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Economie, socialisme, et libéralisme.

7 Mai 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

Le libéralisme est rejeté en tant que doctrine économique, au motif qu'il favoriserait les riches et l'oppression des faibles. Sauf que le libéralisme n'est pas une doctrine économique. Les sources de réflexions des libéraux n'ont pas forcément écrit sur l'économie, que ce soit, par exemple, Etienne de la Boétie, Alexis de Tocqueville, ou Benjamin Constant. Et l'une des figures les plus connues du libéralisme, de par son prix Nobel, Friedrich August Hayek, est plus connue pour ses livres La route de la servitude et Droit, législation et liberté, dont le sujet principal n'est pas l'économie, que pour Prix et production, un de ses principaux ouvrages en économie.

 

L'objet du libéralisme, ce sont les principes d'une société libre. Comment organiser la société pour que chacun soit libre et autonome. L'économie, c'est de la technique. Les libéraux approuvent l'économie de marché, parce que ça marche. Mais ils ne condamnent rien en la matière. Les gens peuvent très bien choisir le collectivisme. Cela ne pose aucun problème aux libéraux.

 

Par contre, n'importe qui est libre de critiquer et de sortir du collectivisme. Le collectivisme ne doit pas être imposé. Il doit être choisi par chacun qui y est impliqué. Chacun doit rester libre et bénéficier de son libre arbitre.

 

C'est le socialisme qui focalise le débat sur l'économie. Le socialisme repose sur trois piliers. C'est une promesse économique d'avoir plus. Cette promesse est totalement absente du libéralisme. Cette promesse passe par une transformation sociale de la société. Que ce soit le fouriérisme ou le marxisme, le socialisme tend vers l'homme nouveau. Dans la société socialiste, tout le monde vivra en harmonie, car tout le monde pensera de la même manière. Pour le marxisme, c'est la société sans classe. C'est par le dirigisme que la société aboutit à ce monde idéal.

 

Notons que cette marche vers la société idéale peut se faire par la force. C'est le concept de révolution. Le socialisme justifie la force car il considère qu'il y a une vérité, un monde idéal.

 

La différence entre le socialisme et le libéralisme n'est donc pas économique, c'est le dirigisme. Le socialisme considère que l'être humain doit être dirigé. Le libéralisme considère qu'il faut développer le libre arbitre de chacun. Que chacun doit pouvoir vivre comme il l'entend, en respectant autrui, et que c'est ainsi que se construit la société.

 

Le libéralisme s'interroge donc sur les règles qui doivent réguler la société, sur leur source. Il considère par exemple qu'une minorité, même si elle est la plus importante, ne doit pas imposer sa volonté à quiconque. Que même une majorité doit respecter les autres. Le libéralisme est basé sur la protection de chacun. Tandis que le socialisme cherche à imposer un comportement, un mode de vie.

 

Ce sont deux conceptions de l'être humain. D'un côté, une sorte d'enfant, à qui on doit dire ce qu'il doit faire. De l'autre, l'idée que chacun est un être qui a le droit de décider de sa vie. Et qui est responsable.

 

La conséquence première du libéralisme étant le principe de non agression : chacun doit respecter la liberté d'autrui. De cette règle découle les autres, et la société est régulée. Par exemple, le respect de la liberté d'autrui implique l'interdiction de chercher à obtenir quelque chose par la force. Cela implique la liberté d'expression.

 

On remarquera que le monde idéal du socialisme n'est pas précisé. Par conséquent, tous le monde peut chercher à imposer SA vérité, par l'intermédiaire de la puissance publique. Celle-ci, quelle que soit sa forme, Etat, collectivité locale, banque centrale, agit en fonction des intérêts de la faction qui a réussi à s'imposer, et qui use de cette même puissance publique pour perdurer. Ces factions peuvent être des intérêts économiques, des associations, des ONG, etc.

 

C'est contre cela que se bat le libéralisme. Personne n'a le droit d'imposer sa volonté à autrui. Chacun doit poursuivre ses buts en respectant ceux d'autrui, et en respectant autrui.

 

Nous sommes bien loin d'un tel monde. Au nom de la démocratie, il est admis que la puissance publique contrôle tout. Comme le montre bien l'inflation législative et réglementaire. Il y a juste quelques interrogations parfois. Est-ce que les partis sont représentatifs ne sont-ils pas trop éloignés des gens. Ou quand des gens se demandent si l'Etat ne veut pas imposer la doctrine sociale du genre.

 

Il est ainsi absurde de condamner le libéralisme comme une doctrine économique d'exploitation. Car le sujet n'est pas l'économie. Le sujet est l'idée que l'on se fait de l'être humain. Est-ce que c'est quelque chose qui doit être dirigé, formaté, pour son propre bien, par une élite supérieur, dictatoriale ou élue ? Ou est-ce un être pensant, autonome, capable de faire des choix, de prendre des décisions, et dont la société doit respecter la nature, et, même favoriser son développement et son épanouissement ? Le sujet, finalement, c'est la nature de l'être humain.

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Le complot néolibéral

1 Mai 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

Le terme néolibéralisme est né en août 1938, quand Walter Lippman a rassemblé à Paris 26 intellectuels européens pour une refondation du libéralisme. Depuis, le néolibéralisme est agité comme un chiffon rouge par tous les dirigistes qui stigmatisent ainsi ce qui n'est pas dirigiste. Le colloque de Lippman est parfois décrit comme un complot visant à appliquer un "ultra-libéralisme débridé" à travers le monde.

 

L'idée de complot est très marxiste. Cette idéologie n'hésitant pas à prôner la force, la "révolution", pour s'imposer. Ce que montre le colloque de Lippman c'est d'abord que le libéralisme était déjà faible en 1938. Ensuite, il n'y a pas vraiment eu d'application. Les échecs des politiques keynésiennes, dans les années 1970, et l'effondrement des économies socialistes de l'Est, ont fait que certains gouvernements se sont inspirés des thèses d'économistes libéraux. Ainsi en est-il de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan. Mais le dirigisme n'a pas reculé, du moins en occident. Au contraire, les banques centrales détiennent aujourd'hui le pouvoir absolu sur les monnaies, et s'en servent pour mener des politiques économiques, qui ont conduit à la crise actuelle.

 

Mais, surtout, le colloque de Lippman enferme le libéralisme dans l'économie. Ce qui n'est pas son essence, son origine première. Par exemple, l'une des figures les plus connues de ce colloque, Friedrich August Hayek, est plus connu pour ses ouvrages La route de la servitude et son magnus opus Droit, législation et liberté que pour ses ouvrages d'économie, tels que Prix et production. Dans Droit, législation et liberté, Hayek tente de définir les principes d'une constitution qui garantirait la liberté à chacun. Il s'inscrit ainsi dans la lignée d'Alexis de Tocqueville, qui avec son ouvrage De la démocratie en Amérique s'interrogeait aussi sur la liberté, ou encore Benjamin Constant.

 

Les libéraux s'intéressent d'abord à la place de l'être humain dans la société, et à la promotion de son épanouissement. Comment organiser une société de façon telle que chacun soit libre, mène sa vie, et ait la possibilité de s'épanouir, qu'il utilise ou non cette possibilité.

 

Une telle réflexion est aujourd'hui absente. Elle serait pourtant utile. Aujourd'hui, l'Etat est devenu un état policier, au nom de la sûreté, ainsi que le terrain de jeu des lobbys, des associations et autres ONG qui veulent imposer leurs opinions. Une année on considère qu'un troisième opérateur mobile est nécessaire pour les utilisateurs, une autre on condamne un quatrième opérateur malgré les bénéfices pour les usagers. Et comment faire cohabiter les adeptes de la doctrine sociale du genre avec ceux qui s'y opposent ? Faut-il imposer une doctrine sociale ? C'est là le domaine de réflexion du libéralisme.

 

Le libéralisme a aussi le mérite de remettre l'être humain au centre de la réflexion. Quels sont ses droits, et le rejet de l'oppression, sous toutes ses formes.

 

Un nouveau colloque de Lippman serait donc souhaitable. Un véritable colloque libéral, qui s'empare de tous les sujets de sociétés. C'est ce que devraient faire les libéraux aujourd'hui, à travers internet. Le monde a besoin du libéralisme, il a besoin de retrouver l'esprit des Lumières.

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Le socialisme et l'économie

1 Février 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

Les libéraux se plaignent que le libéralisme soit si méconnu et si galvaudé. Pourtant, je défends la thèse que le socialisme est encore plus méconnu. La différence, c'est que cela ne dérange pas les socialistes.

 

Ainsi en est-il du socialisme et de l'économie. Quelle est la doctrine économique du socialisme ? A vrai dire, il n'y en a pas. Certes, il y a le marxisme. Mais celui-ci ne fait que décrire un monde capitaliste qui doit inévitablement conduire à la dictature du prolétariat, sans détailler ce que sera l'économie de ce nouveau monde socialiste.

 

Sinon, les socialistes reprennent des variantes du keynésianisme, qui consistent à dire qu'il suffit d'injecter de l'argent dans l'économie pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des monde du point de vue économique. Une hausse des bas salaires va ainsi mécaniquement relancer l'économie en accroissant la demande. C'est une théorie keynésienne, qui ne provient pas des auteurs socialistes à l'origine.

 

A vrai dire, il y a un socialiste qui a développé une théorie économique célèbre, et reconnue. Ironiquement, il s'agit de Léon Walras, un des fondateurs du marginalisme, de la théorie néo-classique, de la mathématisation de l'économie. Léon Walras, socialiste, défendait donc l'économie de marché pour améliorer la société.

 

Cependant, le socialisme a-t-il besoin d'une théorie économique ? Une recherche internet sur le socialisme permet de découvrir une théorie qui veut transformer la société en transformant l'être humain. C'est le thème de l'homme nouveau, dont l'article suivant donne un exemple : Les projets éducatifs socialistes des années 1830-1848 : pour former l’homme nouveau (Ensuite, pour continuer la découverte, on peut faire des recherches sur les auteurs cités, c'est instructif).

 

En transformant l'être humain, en le formatant par l'éducation, on transforme la société, en quelque chose de mieux, car les comportements seront meilleurs.

 

Ce qui aboutit à un double paradoxe. Les socialistes dénoncent l'argent tout en adoptant, par défaut, la théorie keynésienne qui fait de l'argent le moteur de l'économie. Les gens votent socialistes pour connaître une amélioration matérielle de leur sort, alors que le socialisme apparaît plus comme un projet de transformation de la société par la transformation de l'être humain, notamment par l'éducation.

 

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Warren Buffet et l'efficience des marchés

6 Novembre 2013 , Rédigé par LIO Publié dans #Théorie et explications de texte

 

Eugene Fama a été récompensé par le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en l'honneur d'Alfred Nobel, en même temps que Lars Peter Hansen et Robert Shiller, pour son hypothèse d'efficience des marchés. Cette hypothèse d'efficience des marchés est un concept précis, testé de manière empirique par Eugene Fama. Cet article, écrit par Lio, un lecteur de ce blog, explique la signification, le domaine, et la portée de cette hypothèse d'efficience des marchés. C'est aussi un exemple de méthodologie en sciences économiques aujourd'hui : un concept est défini, et un moyen de le tester est élaboré, à l'aide d'un étalon de mesure qui est choisi. Tous les termes ont des significations précises. Sortis de leur contexte, abusivement généralisés, ils n'ont plus de signification, et peuvent être galvaudés, par des détracteurs comme par des thuriféraires.

 

 

Les opposants à l'idée que les marchés sont efficients et de ce fait imprévisibles et imbattables sauf par chance, prennent souvent Warren Buffet (WB) en exemple. Que WB ait réalisé 23% de rendement annuel en moyenne sur 40 ans n'est-il pas la preuve infaillible que l'on peut réellement battre le marché par habileté et que, par conséquent, l'hypothèse d’efficience des marchés (EMH) ne tient pas? Du coté des plus chauds partisans de l'EMH, on avance l'idée que le succès de WB pourrait n'être dû qu'à la chance. Qui a raison, qui a tort? Personne en réalité car WB n'est pas qu'un investisseur et, à ce titre, échappe au champ d'investigation de l'EMH.


Retour sur l'hypothèse d’efficience des marchés


Les tenants de l'efficience des marchés postulent que toute nouvelle information publique se reflète rapidement dans les prix au point qu'il n'est pas possible ou très difficile pour un investisseur d'en tirer parti compte tenu des frais de transaction. Il y a de solides arguments logiques et une abondance d'études empiriques en faveur de l'efficience dans sa forme semi-forte. Toutefois, un certain nombre d'anomalies ont été détectées qui ont pu tempérer la vision de certains défenseurs de l'EMH et conforter celle des plus critiques à son égard. Il y a deux interprétations possibles et opposées de ces anomalies : a) le fait qu'elles existent prouvent que le marché n'est pas efficient et qu'il est possible de le battre b) le fait qu'elles existent et perdurent prouvent justement qu'il n'est pas possible d'en tirer parti sans quoi elles disparaitraient (par l'action même de ceux qui chercheraient à en profiter). Deux façons opposées de voir les choses. Quoiqu'il en soit comme l'indique Burton Malkiel1, les quelques anomalies qui ont été détectées en cinquante ans de recherches n'ont pas persisté très longtemps et ne sont habituellement reconnaissables qu'après coup (comment exploiter a priori ce qui n'est reconnaissable qu'à posteriori? Toutefois on peut très bien imaginer qu'il y ait d'autres moyens que l'analyse des données passées pour anticiper l'avenir). ll faut noter qu'affirmer qu'un marché est efficient ou inefficient ne veut rien dire en soi sans un référentiel, une unité et un instrument de mesure. Dire que tel sprinteur est le plus rapide du monde sans le confronter à d'autres et sans chronomètre relèverait de l'opinion sans fondement. La mesure de l'efficience/inefficience doit être précise, objective et proportionnelle ou comparable à un étalon. Trop de blogueurs et commentateurs sur la toile se contentent d'affirmer que les marchés sont efficients ou inefficients, point barre. Efficient ou inefficient par rapport à qui par rapport à quoi et dans quelle mesure? Passons également sur les multiples confusions et mauvaises interprétations de l'EMH comme celles qui consistent à croire qu'un marché efficient implique obligatoirement que tous les investisseurs soient 100% rationnels et ce tout le temps.


Chance ou habileté?


Autre simplification ou imprécision qui brouille les cartes, l'affirmation que l'efficience implique que l'on ne peut pas battre le marché. La formule juste est : l'efficience implique que l'on ne peut pas battre le marché si ce n'est par chance. Face à quelqu'un qui enregistre un rendement supérieur au marché sur une période de temps suffisamment longue, il faut donc se poser la question suivante : sa surperformance par rapport au marché est-elle due à la chance ou à une habileté personnelle? Supposons qu'un gérant de fonds ait 50% de chances de battre le marché dans l'année. En deux ans, il aurait encore 25% de chances de faire mieux. Sur 8 ans, sa probabilité de battre le marché serait encore de près de 4/1000. Par conséquent, en étudiant la performance de 1000 gérants de fonds sur 8 ans, il ne serait pas exceptionnel d'en trouver 4 qui surperformeraient encore le marché. Cela ne veut pas dire que les 4 en question seraient obligatoirement là par chance mais cela ne permettrait pas de conclure non plus qu'ils sont la autrement que par chance.


Est-il possible que WB ait atteint un tel niveau d'enrichissement en n’étant que chanceux? Pour l'homme de la rue ce sera non ; pour qui est familier du calcul des probabilités ce sera oui, sans hésiter. La probabilité de toucher le jackpot à la loterie classique (6 numéros sur 49) est, pour chacun d'entre nous, de 1/14 000 000 environ. Pour autant, la probabilité qu'il y ait un gagnant parmi plusieurs millions de joueurs est très élevée. Il ne sera pas rare de trouver plusieurs multimillionnaires parmi les joueurs de loto sur une certaine période de temps. Personne n'ira conclure que leur gain n’est dû à autre chose qu’à la chance. Bien entendu, cela ne signifie pas que WB est le super-gagnant de la loterie mondiale car ses activités ne s'apparentent pas à de purs jeux de hasard. Cela signifie simplement que c'est une possibilité ou que la chance a pu jouer un rôle non négligeable dans son succès.


Warren buffet n'est ni un simple investisseur ni un gérant de fonds


Un investisseur ou un gérant de fonds sur les marchés est typiquement quelqu'un qui sélectionne des actifs dans l'espoir que ceux-ci prennent de la valeur. Pour un investisseur ou un gérant de fonds, il y a théoriquement 4 façons de battre systématiquement le marché : a/ par habileté (plus grande capacité à prévoir l'évolution des marchés et des titres) b/ en ayant systématiquement les informations avant les autres c/ en volant régulièrement le départ (vos ordres sont transmis sur le marché avant ceux des autres; cas de certaines sociétés de trading à haute fréquence) et d/ par pure chance. Toutes les études portant sur l'efficience des marchés cherchent à mesurer si la surperformance de chaque investisseur ou gérant par rapport au marché est due à la chance ou non. Cependant, WB ne peut pas entrer dans la catégorie des investisseurs ou gérants de fonds sur lesquels portent ces études dans la mesure ou une part de ses revenus provient d'autres sources que celles de l'investissement ou du trading en bourse. En effet, comme l’indique Kyle Bumpus2 : "Quand les gens disent que WB a réalisé 23% de rendement annuel sur 40 ans, ils veulent dire que la valeur comptable de Berkshire Hathaway a progressé de 23% par an sur la période. Ce n'est pas exactement pareil que de dire que WB a généré 23% de rendement juste en faisant du stock-picking. Berkshire Hathaway possède plus de 70 sociétés parmi lesquels des marques connues. Sa capacité à générer des rendements élevés tient plus à des qualités managériales qu'à la faculté de prévoir les cours de bourse". Gene Fama, dans une interview récente, ne dit pas autre chose3 : "WB est un entrepreneur pas un investisseur en soi. Il achète des entreprises entières et, j'imagine, les aide à se développer. J'aimerais bien pratiquer les mêmes types de tests qu'avec les fonds de gestion. Si je prenais un large échantillon d'entreprises, la distribution des rendements serait-elle très différente que celle que l'on s'attendrait à obtenir purement par chance? C'est plus difficile à faire pour les entreprises que pour les fonds de gestion car les données sont plus limitées et il y a des milliers et milliers d'entreprises. Mais parce qu'il y a autant d'entreprises on peut s'attendre à ce que le nombre de gagnants uniquement par chance soit assez grand. Maintenant je ne sais pas si WB est chanceux ou talentueux. Mais je voudrais bien faire le test. Et je ne peux pas faire le test juste sur lui. Je dois faire le test sur tout le monde pour savoir si lui est exceptionnel ou non."


Conclusion


Il y a plusieurs raisons qui expliquent le succès de Berkshire Hathaway qui n'ont rien à voir avec le trading et l'investissement en bourse (voir ici4 et ici2). Les tests d'efficience ne s'appliquent qu'aux entreprises qui tirent leurs revenus uniquement de la spéculation boursière. Ils ont pour objet de vérifier que les purs investisseurs et fonds de gestion en actions ne génèrent pas systématiquement des rendements supérieurs au marché autrement que par pure chance. Ils n'ont pas pour objet de vérifier si et dans quelle mesure les entreprises ayant réussi dans d'autres secteurs doivent leur succès à la chance ou au talent. Et faute de suffisamment de données, ils ne le pourraient pas. WB est-il un chef d'entreprise chanceux ou talentueux? La question reste ouverte mais hors du champ d’application de l’EMH.

 

Liens et références:

1)  The EffiŽcient Market Hypothesis and Its Critics,  Burton G. Malkiel

2) Warren Buffett's Record Is Not Evidence The Efficient Market Is Wrong, Kyle Bumpus

3) The father of efficient markets : is Warren Buffett smart or lucky ? , Dan Richards

4) Why is it that i am not Warren Buffet ? , Elena Chirkova

 

 

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Friedrich Hayek, présentation de la pensée de l'auteur.

13 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

Friedrich Hayek est sans doute l'auteur le plus connu du courant dit autrichien en économie. Il doit cette célébrité à son prix Nobel, et aussi pour avoir été cité comme référence par des politiciens, comme Margaret Thatcher. Et Hayek est devenu une cible des anti-libéraux. Hayek est devenu le symbole de ce que ces anti-libéraux nomment "ultra-libéralisme", présentation diabolisée du libéralisme.


Au final, la pensée d'Hayek est peu connue. On parle de lui selon des stéréotypes anti-libéraux, anti-économie de marché, sans savoir ce qu'il a écrit.


Pour ceux qui veulent faire l'effort de dépasser les clichés, voici un texte court, très bien fait, qui explique ses domaines d'activité, son cheminement, sa pensée: Hayek et sa reconstruction du libéralisme. Il est écrit par Gilles Dostaler, qui n'apartient pas du tout au courant autrichien. Ce n'est donc pas un texte hagiographique, mais une présentation distanciée d'Hayek.


Dostaler souligne notamment qu'Hayek donne un rôle finalement important à l'Etat, et fut critiqué par les anarcho-capitalistes, dont Murray Rothbard. Il souligne que l'image qui est donné du grand auteur autrichien est caricaturale, face à un personnage à la pensée complexe.

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Schumpeter et le courant autrichien.

25 Août 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

En économie, la théorie autrichienne désigne un courant née dans la lignée de l'économiste autrichien Carl Menger. Seulement, tous les économistes de nationalité autrichienne n'appartiennent pas à ce courant, et en particulier l'un des plus célèbres d'entre eux : Joseph Alois Schumpeter.

 

Ainsi, Schumpeter est un admirateur de la théorie mathématique de l'équilibre général de Léon Walras, alors que Carl Menger a contesté cette approche. Les théories de Schumpeter s'inscrivent dans le corpus dominant de l'équilibre général.

 

Son originalité est d'avoir introduit dans ce corpus un élément du courant autrichien : l'entrepreneur. Pour le courant autrichien, nous sommes tous des entrepreneurs, dans le sens où nous entreprenons pour atteindre nos objectifs ( nous agissons, pour reprendre la terminologie de Ludwig von Mises ). Schumpeter introduit l'entrepreneur comme vecteur d'innovation, et pour donner une dynamique à la théorie de l'équilibre général.

 

En effet, la théorie de l'équilibre général montre qu'il existe un point d'équilibre, qui représente un optimum en économie : à ce point d'équilibre, chacun maximise son utilité. Mais elle n'explique pas l'évolution de l'économie, les progrès, les changements. Schumpeter introduit donc la notion d'entrepreneur, qui est l'élément dynamique.

 

Schumpeter part de l'idée d'une économie stationnaire, qui répète le même processus, sans changement : le cultivateur achète engrais et semences, vend sa récolte, rachète des engrais et semences, vend sa récolte, et ainsi de suite chaque année. De même l'industriel achète ses fournitures, fabrique sa production, la vend, paie ses salariés, qui achètent ce qu'ils consomment, et ainsi de suite. Il n'y a pas de changement, pas d'augmentation de la production, pas de progrès.

 

L'entrepreneur apporte l'innovation, avec un nouveau produit, un nouveau procédé de fabrication, ou un nouveau débouché pour une production déjà existante. Ce qui provoque une évolution du système économique, avec des industrie qui apparaissent, et qui font disparaître d'autres industries. La fameuse destruction créatrice.

 

Cette théorie est qualifiée de théorie de l'entrepreneur. Mais c'est plutôt une théorie de l'innovation. L'entrepreneur n'est là que comme vecteur d'innovation, parce que c'est le seul moyen d'introduire le changement dans le système théorique. Par la suite, des travaux ont réfléchi aux moyens de susciter l'innovation au sein des grandes organisations.

 

Joseph Alois Schumpeter est donc un économiste du courant dominant, celui de l'équilibre général, concept que Keynes et la macroéconomie ont également repris.

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Le troisième numéro de Laissons Faire est paru

18 Août 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

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Pour découvrir l'histoire de la traduction de la Richesse des Nations de Smith en français, pour mieux connaître Jean-Baptiste Say, pour découvrir les causes de la crise de 1907 par Yves Guyot, pour apprendre à connaître l'Ecole Française d'Economie, que L'Institut Coppet s'attache à remettre à sa juste place. (Cliquer sur l'image pour découvrir la revue Laissons Faire d'août 2013)

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Explications sur la régulation bancaire.

15 Août 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

Bâle et les défaillances du marché.

 

Un excellent article de Guillaume Nicoulaud qui explique clairement et simplement la régulation bancaire, et ses conséquences.


A diffuser largement.

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Microéconomie et Macroéconomie

9 Décembre 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     Le terme microéconomie est utilisé pour désigner l'étude des agents économiques, comme le consommateur, l'entreprise, tandis que la macroéconomie désigne l'étude globale de l'économie, à travers des agrégats comme la consommation, la production, l'emploi. On considère que la microéconomie apporte des fondements à la macroéconomie, les deux champs d'études se complétant.

 

     Cependant, si la définition de la macroéconomie est acceptable, celle de la microéconomie ne l'est pas tout à fait. Le sens de ce terme est ambigu car il désigne deux choses différentes. A la fois le sens courant défini plus haut, et elle peut dans ce sens être englobé dans la macroéconomie. Mais c'est aussi un courant économique totalement différent de la macroéconomie. L'évolution du sens du terme traduit ainsi l'évolution dans la manière d'appréhender l'économie.

 

     Nous déterminerons ici les différences entre la microéconomie et la macroéconomie, et l'évolution de ce que recouvre la notion de microéconomie. Pour cela, nous présenterons d'abord la microéconomie, puis la macroéconomie, puis la microéconomie au sein de la macroéconomie.

 

     La microéconomie utilise les mathématiques pour décrire la théorie économique. C'est la première forme de mathématisation de l'économie. Les représentants de ce courznt sont, par exemple, Léon Walras, Alfred Marshall. Sa méthode consiste à partir du comportement de l'individu, mathématisé en un "homo œconomicus". La microéconomie considère que l'individu cherche à maximiser son utilité. Cette maximisation se fait sous contrainte. En effet, l'individu n'a pas des moyens illimités à sa disposition, doit prendre en considération son environnement et les autres individus. L'économie est ainsi l'interaction des actions des individus.

 

     La microéconomie, à l'origine, décrit donc le fonctionnement globale de l'économie en partant du comportement de l'individu. Et non simplement le comportement des entreprises et des ménages. Ainsi, l'équilibre général de Léon Walras est une mathématisation globale de l'économie.

 

     Cette mathématisation n'est pas descriptive, mais normative. Les mathématiques ne sont pas utilisés ici pour prédire un taux de croissance. Ils sont un outil pour expliquer, de manière abstraite, le fonctionnement de l'économie. Il est souvent reproché à la microéconomie cette conceptualisation d'un homo œconomicus, qui ne correspond pas à la réalité. C'est en fait le principe des mathématiques de travailler avec des abstractions. La microéconomie ne prétend pas que cet homo œconomicus soit réel. C'est un outil.

 

     En outre, la microéconomie d'origine s'inscrit dans la continuité des travaux économiques précédents. Elle fait partie du courant néoclassique, qui est lui même une évolution du courant classique, dans la lignée d'Adam Smith, David Ricardo. Les mathématiques sont utilisés pour mettre en équation une conceptualisation de l'économie issue d'une tradition littéraire.

 

     La macroéconomie a ensuite supplanté la microéconomie. La macroéconomie qui s'est développée était d'abord une mathématisation des théories keynésiennes. Keynes étant lui-même assez peu favorable à cette mathématisation. La macroéconomie modélise l'économie à partir d'agrégats globaux : dépenses publiques, épargne par exemple. Elle étudie comment l'action de l'Etat, par la dépense publique, par le contrôle des taux d'intérêt, par la redistribution, peut créer de la croissance et des emplois.

 

     La macroéconomie ne s'inscrit pas dans la tradition économique des classiques aux néoclassiques. Certes, Keynes considérait que le modèle microéconomique d'équilibre général était un cas particulier qui pouvait s'inscrire dans sa théorie. Cependant, la théorie keynésienne s'appuie pour cela sur une interprétation erronée de la loi de Say, qui la rend totalement différente de la tradition classique et néoclassique. En fait, le keynésianisme est basé sur la dépense. C'est une théorie de la circulation monétaire.

 

     La macroéconomie s'appuie cependant sue des fondements microéconomiques. Elle étudie le comportement des consommateurs, des entreprises, pour modéliser les effets de la dépense publique. C'est aussi une reprise par la macroéconomie des outils mathématiques développés par la microéconomie.

 

     Ce mélange d'outils de microéconomie et de macroéconomie keynésienne a reçu pour nom économie de la synthèse. Le plus souvent appelé synthèse néoclassique. Cependant, elle est largement keynésienne au départ, et je préfère donc le terme de synthèse keynésienne.

 

     Mais ce n'est pas la microéconomie d'origine dont il est ici question. En effet, celle-ci était une théorisation globale de l'économie, qui partait du comportement de l'individu. La microéconomie est réduite à des outils mathématiques de modélisation du comportement des individus et des entreprises.

 

     La macroéconomie est donc d'origine keynésienne. Cependant, une macroéconomie classique s'est ensuite développée. Avec par exemple Milton Friedman. Cette macroéconomie démontre que l'intervention de l'Etat ne permet pas de relancer l'économie. Cette macroéconomie classique reprend la méthode de la macroéconomie keynésienne. Le comportement des individus, des entreprises, est modélisé, pour ensuite étudier les effets des décisions du gouvernement, par la dépense publique par exemple. C'est une méthode qui se veut empirique. Des hypothèses microéconomiques sont définies à partir de l'observation des agents économiques, puis elles sont utilisées pour construire un modèle macroéconomique.

 

     La science économique rassemble ainsi la microéconomie et la macroéconomie. Certains économistes se focalisent sur l'étude d'un type d'agent, sur une hypothèse. Le champ d'étude peut être le marché du travail, l'hypothèse l'asymétrie de l'information. La méthode est de développer une hypothèse à partir de l'observation, et de construire une modélisation à partir de l'hypothèse, tout en la confrontant à la réalité.

 

     Le sens du terme "microéconomie" a donc évolué. Il est trompeur. A chaque fois qu'il est employé, il faut faire attention à ce qu'il désigne réellement. Cette évolution illustre aussi la manière d'appréhender l'économie, d'une conceptualisation théorique vers une méthode qui se veut plus empirique. La macroéconomie, et ses fondements microéconomique, est dominante. Même si d'autres branches existent encore, à travers notamment l'école autrichienne.

 

 

 

 

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Infaillibilité du marché et régulation étatique

18 Novembre 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     L'Etat est présenté comme nécessaire pour tempérer les excès du marché. Ce dernier étant considéré comme étant "dérégulé". A contrario, l'expression "infaillibilité" des marchés est parfois employée par ceux qui s'opposent à la régulation par l'Etat.

 

     Le débat est cependant faussé par le vocabulaire. En effet, le marché ne prétend pas à l'infaillibilité. Il est juste un mode de régulation. D'autre part, l'opposition entre l'Etat et le marché n'est pas systématique. Le marché peut donner une place à l'Etat. En outre, l'action de l'Etat, en dehors du marché, n'est pas régulatrice, et appellerait à être régulée justement. L'absence de régulation de l'action de l'Etat pose par ailleurs la question des buts poursuivis par ce dernier.

 

     Le terme infaillibilité ne correspond pas au fonctionnement de l'économie de marché. Il suppose qu'est atteint un équilibre qui conviendrait à tous. Or, le marché est un processus. Il n'est jamais en équilibre. Il tend vers l'équilibre, mais ce dernier est continuellement perturbé par les actions de chacun.

 

     Le marché est le processus par lequel chacun est libre de proposer un produit ou un service à autrui, à un certain prix. Ensuite, le prix s'ajuste en fonction du succès du produit ou du service. Si un secteur d'activité a du succès, d'autres protagonistes entrent dans ce secteur. A contrario, si un secteur est en perte, les acteurs se retirent.

 

     Le marché est ainsi un processus de régulation, basé sur le responsabilité : chacun est responsable de ses pertes. Ce qui limite les excès. Chacun est prudent sachant qu'un échec entraîne des pertes.

 

     Le fonctionnement du marché nécessite des règles. Il est évident que le non respect de la propriété privée entraîne des déséquilibres. Le vol, la violence, la force, pourrait permettre à ceux qui utilisent ces moyens d'acquérir des richesses au détriment d'autrui. Il faut donc un mécanisme pour faire respecter les règles. C'est là que l'Etat peut agir, en tant qu'appareil de contrainte et de répression, pour reprendre l'expression de Ludwig von Mises. L'Etat détient le pouvoir de faire respecter des règles. C'est là son pouvoir de régulation, dans le libéralisme.

 

     Par conséquent, l'opposition entre Etat régulateur et marché n'a pas cours. Dans le cadre du processus de marché, l'Etat fait respecter les règles qui permettent la régulation. L'opposition existe dans le cadre des théories anarcho-capitalistes, ces dernières s'opposant à l'existence d'un Etat. Cependant, elles ne s'opposent pas à l'existence de règles ainsi que d'un appareil visant à les faire respecter, qui serait en l'occurrence privé.

 

     L'Etat peut donc être régulateur dans le cadre du marché, en faisant respecter les règles de fonctionnement du marché. Mais quand l'Etat intervient directement, pour, par exemple, soutenir un secteur économique, il n'est pas régulateur. Il est interventionniste. Et, en l'occurrence, son interventionnisme n'est pas régulé. Les excès de l'Etat ne sont pas stoppés.

 

     Ainsi, la crise actuelle a pour origine l'interventionnisme de l'Etat américain et de la Federal Reserve, la banque centrale des Etats Unis d'Amérique. Ces deux organismes ont encouragé le crédit. Le gouvernement US a encouragé le crédit hypothécaire, en faisant racheter des prêts accordés à des personnes peu solvables par deux organismes qu'il contrôle, Fanie Mae et Freddy Mac. Il a, de plus, promulgué une loi forçant les banques à prêter sans considération de solvabilité. La Fed, quant à elle, a maintenu les taux d'intérêt bas pour soutenir le crédit.

 

     Le résultat a été une croissance du secteur immobilier, qui a créé beaucoup d'emploi. L'emploi a entraîné à son tour la croissance, et a soutenu l'économie. Ce mouvement d'euphorie s'est cependant terminé par une crise.

 

     Cet enchaînement n'a été possible que grâce au pouvoir sans limite, non régulé, de l'Etat. Aucun garde fou n'existe actuellement à l'action de l'Etat.

 

     Se pose également la question des buts de l'Etat. Ceux qui soutiennent que l'Etat doit réguler les hypothétiques excès du marché ont une vision très idéaliste de l'Etat : celui-ci suivrait l'intérêt général. Les libéraux ont une vision plus réaliste de l'être humain. Celui-ci poursuit son propre intérêt, ce qui vaut également pour les politiciens qui nous gouvernent. Ce qui a été développé par l'école des choix publics.

 

     L'action de l'Etat vise donc les objectifs des politiciens qui nous gouvernent : leur réélection, leur clientélisme, une croissance à très court terme. Rien qui concerne l'intérêt général.

 

     En conclusion, la régulation est une notion intégrée au fonctionnement du marché, et qui n'exclut par forcément l'Etat, mais dans le cadre du marché. Il n'y a donc pas d'opposition marché-régulation, ni forcément marché-Etat (Excepté dans le cas des anarcho-capitaliste)). Par contre, quand l'Etat intervient directement dans l'économie, se pose la question de la régulation de son action, et de ses objectifs.

 

 

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