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Les bases de la politique monétaire

27 Avril 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Monnaie

 

Les médias économiques font leurs titres avec la déflation. Ce qui est une nouvelle illustration de l'importance prise par la politique monétaire de nos jours. La monnaie est utilisée pour piloter l'économie. Les taux d'intérêt sont diminués pour relancer l'économie, ralentis pour éviter une surchauffe. La création monétaire est considérée comme le remède aux crises, tandis que la déflation est vue comme une abomination. Il est étonnant de constater que les bases sur lesquelles reposent ces politiques monétaires sont pour le moins indigentes.

 

La justification de l'utilisation de la monnaie pour piloter l'économie part du livre Une Histoire Monétaire des USA d'Anna Schwartz et Milton Friedman. Ceux-ci ont considéré que la gravité de la crise de 1929 provenait du fait que la Réserve Fédérale, la banque centrale US, avait réduit l'offre de monnaie, entraînant une déflation. Sur cette base, Alan Greenspan est devenu une sorte de grand manitou dans les années 1990 et 2000, sur qui on comptait pour piloter l'économie US, depuis son poste de président de la Fed. Bernanke a suivi cette voie, et Yellen la poursuit aujourd'hui.

 

Pourtant, Milton Friedman ne soutenait pas la politique de Greenspan. En effet, ses conclusions n'ont jamais été d'utiliser la politique monétaire pour piloter l'économie. Il préconisait une création monétaire modérée. A la fin de sa vie, il aurait dit une fois que finalement Greenspan était dans le vrai, mais n'a cependant pas remis en cause ses théories monétaristes. Il est difficile de dire s'il s'agissait là d'un compliment fait par gentillesse par un homme âgé, ou une véritable conviction. Toujours est-il qu'il est impossible de s'appuyer sur les travaux statistiques et de recherche de Milton Friedman pour piloter l'économie à travers la monnaie.

 

D'autre part, la corrélation entre déflation et crise n'est pas démontrée empiriquement, contrairement à l'interprétation qui est faite des travaux de Schwartz et Friedman. Ainsi, Chris Casey souligne que les USA ont connu des périodes de forte croissance alors que la déflation pouvait atteindre 50%. Il cite une étude de la Réserve Fédérale, indiquant que :

 

"… le seul épisode pour lequel nous trouvons des preuves d'un lien entre déflation et dépression est la Grande Dépression (1929-34). Nous ne trouvons en fait aucun lien durant aucune autre période. … Ce qui est frappant c'est que presque 90% des épisodes de déflation n'ont pas connu de dépression. Dans un large contexte historique, au delà de la Grande Dépression, la notion que déflation et dépression sont liées disparaît en fait."

Atkeson, Andrew and Kehoe, Patrick. Federal Reserve Bank of Minneapolis. Deflation and Depression: Is There an Empirical Link?January 2004.

 

Citant la même étude d'Atkeson et Kehoe, d'où est tirée la citation ci-dessus, qui porte sur une période de 180 ans et 17 pays, Frank Hollenbeck indique qu'aucune corrélation n'a été trouvée entre déflation et crise. Par ailleurs, Murray Rothbard souligne que ce qui est considéré comme la Longue Dépression de 1873, en raison de la déflation, était en fait une période de croissance assez enviable. Enfin, la période de croissance dite des trente glorieuses s'est produite alors que la création monétaire était contrainte, pour les USA par le lien entre l'or et le dollar, et pour les autres pays par le lien entre le dollar et leur devise. Le dollar représentait une certaine quantité d'or, ce qui de facto limitait la création monétaire au niveau des réserves en or. La parité entre les autres devises et le dollar était fixe, il fallait donc avoir des dollars avant de créer de la monnaie. Comme par hasard, la crise est arrivée quand ce système n'a plus été respecté.

 

Bien sûr, cette idée de relance par le crédit peut être rattachée au keynésianisme au sens large. Keynes ayant déclaré qu'un peu d'inflation n'était pas mauvais par exemple, et considérant qu'il faut soutenir la demande. Le très keynésien Paul Krugman avait d'ailleurs en 2002 encouragé la Réserve Fédérale à créer une bulle immobilière pour développer la demande. Cependant, nul ne sait ce que Keynes aurait pu penser d'une telle pratique, soutenir une bulle pour développer l'économie.

 

En fait, ceux qui dirigent les économies semblent en être restés à la vieille idée que, si les affaires vont mal, c'est qu'il y a un manque de monnaie. Ludwig von Mises souligne dans L'Action Humaine que les gouvernements cherchaient déjà à soutenir la demande avant même les théories keynésiennes. De même qu'il souligne que ce qui est appelée la loi de Say est juste une réfutation de cette vieille croyance. Or, aujourd'hui, nos dirigeants ont un jouet qu'ils ne possédaient pas autrefois : une monnaie totalement fiat. C'est une monnaie qui n'est plus reliée à l'or, ni à aucun autre bien, et qu'ils peuvent manipuler à loisir. Ils peuvent se livrer à loisir à des manipulations monétaires, laissant croire que cela suffit pour piloter l'économie, sans demander aucun effort aux peuples. Et même si c'est de cette manière qu'ils ont provoqué la crise actuelle, en soutenant le crédit immobilier et le crédit à la consommation, jusqu'à ce que tout s'écroule, ils persistent dans cette voie.

 

L'idée que la politique monétaire peut permettre de piloter l'économie ne repose en fait sur aucune base, ni théorique, ni empirique. Elle perpétue la volonté de nos dirigeants de faire croire qu'ils disposent des boutons magiques pour contrôler la croissance sans efforts ni conséquences pour les peuples. Au final, cela ressemble fort à une politique d'apprentis sorciers.

 

(NB : pour ceux qui penseraient qu'il est exagéré de dire que la Fed a volontairement créé une bulle immobilière, je recommande cet article dans lequel Daniel J. Sanchez rappelle l'appel de Krugman, en 2002, à la Fed en faveur d'une bulle immobilière. Il est une bonne illustration de l'état d'esprit des économistes qui nous dirigent, et dont Krugman est un parangon.)

 

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Les véritables objectifs de la règlementation financière

30 Janvier 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Monnaie

 

      L'Assemblée Nationale va examiner un nouveau projet de loi de régulation des banques. Celui-ci concerne cette fois la séparation des activités considérées comme spéculatives. Ce qui nécessite déjà de déterminer ces activités spéculatives. Ce projet de loi cherche à tirer les conséquences de la crise financière. Il a été jugé que c'est la dérégulation des marchés financiers qui a provoqué la crise.

 

      Pourtant, il est difficile de parler de dérégulation quand il est question de finance. Il suffit d'aller jeter un coup d’œil sur le site de la Banque des Règlements Internationaux, à la section du Comité de Bâle. Ce comité existe depuis 1974, et ses règlements s'appliquent depuis 1988 aux banques et aux établissements financiers. Le nombre de publications témoigne de la multitude des règlements. Tout est envisagé dans les moindres détails. Dont la titrisation par exemple. Il suffit de faire une recherche, pour se faire une idée, du mot "titrisation" dans ce rapport sur la Convergence internationale de la mesure et des normes de fonds propres (juin 2004).

 

      Un rapport du Sénat montre que l'importance donnée aux agences de notation, tellement décriées, provient de la règlementation, que ce soit le Comité de Bâle ou les autorités régulant les marchés financiers. Ce rapport montre en fait que le fonctionnement de la finance est formaté par la réglementation.

 

      Le principe de la réglementation financière est de diriger la fonctionnement des établissements financiers, et des marchés. Le moyen est l'instauration de normes prudentielles, censées limiter les risques pris par les acteurs du secteur financier. C'est ainsi que la notation a été développée comme outil d'information sur les risques des placements obligataires, et de ceux pris par les banques. Si les banques investissent dans des titres considérés comme risqués, elle doivent augmenter leurs fonds propres, ce qui dégrade leur rentabilités. Le système a été très efficacement mis en place.

 

      Le problème posé par ce type de règlementation est évident : tous les acteurs agissent de la même manière. Par conséquent, en cas d'erreur de la règlementation, tout tombe comme des dominos. Le risque systémique est maximisé.

 

      Pourtant, il existe d'autres moyens d'éviter les surchauffes des marchés financiers, et de limiter l'impact des crises financières. Par exemple, le système de l'étalon or, qui a fonctionné de longues années. Le free banking, qui laisse chaque banque émettre sa monnaie, dans la même unité de compte, et laisse aussi chaque banque responsable de sa gestion, c'est-à-dire qu'elle fait faillite si sa gestion est mauvaise. Il y a le débat sur les réserves fractionnaires, qui n'est jamais abordé (voir à ce sujet la série d'articles de Contrepoints)

 

      Cependant, la priorité de la règlementation n'est pas vraiment la stabilité financière. Pour comprendre, un peu d'histoire s'impose. Jusqu'à la guerre de 1914-1918, l'étalon or régissait le système monétaire. Ce qui offrait une très grande stabilité monétaire. La guerre a été financée largement par l'inflation. L'étalon or était difficile à remettre en place. L'entre deux guerres a été une période perturbée pour les monnaies, l'étalon or n'ayant jamais été vraiment remis en place. La crise a amené l'abandon des tentatives de rétablissement de ce système.

 

      Les perturbations monétaires ayant grandement contribué à la crise des années trente, dès la fin de la seconde guerre mondiale, il a été décidé de rétablir la stabilité monétaire. Une sorte d'étalon or indirect a été mis en place. La valeur du dollar étaient fixée par rapport à l'or, tandis que celle des autres monnaies était fixée par rapport au dollar. Les règlements internationaux s'effectuaient en dollars. Chaque pays devait avoir suffisamment de dollars pour payer ses importations. Ce qui limitait la création monétaire. C'étaient les accords de Bretton Woods.

 

      Les USA pouvaient eux faire ce qu'ils voulaient. Ils ont usé de la planche à billet pour soutenir leur économie, et donc créé trop de dollar par rapport au stock d'or qu'ils possédaient. Normalement, le rapport entre le stock d'or et le montant total de dollars devait rester fixe. Ce qui a fait exploser le système issu de Bretton Woods, et a abouti aux changes flottants en 1973. Le Comité de Bâle fut créé en 1974 pour faire face à cette situation.

 

      Le système de Bretton Woods a donc explosé car les USA ont utilisé la création monétaire pour soutenir leur économie. C'est la caractéristique de l'après Bretton Woods : la monnaie est devenu le levier pour contrôler l'économie, notamment pour la relancer. C'est un curieux syncrétisme, un mélange de keynésianisme et de monétarisme. Le keynésianisme considère que la dépense relance l'économie, et le monétarisme qu'en cas de crise il faut créer de la monnaie (c'est un raccourci des plus sommaire, mais c'est ainsi que ces théories sont appliquées).

 

      La règlementation a peu à peu construit un système financier correspondant à cette politique monétaire. Il faut favoriser la création monétaire, c'est-à-dire le crédit. Sachant que l'argent se retrouve toujours dans le système financier. Il faut protéger les banques, considérées comme poumon de l'économie : elle ne doivent pas faire faillite.

 

      Il a donc été construit un système qui favorise la création monétaire, et donc le crédit, et donc les activités financières indispensables à la création monétaire. Et, pour éviter des faillites, des crises, des bulles financières, des surchauffes, la règlementation contrôle strictement le comportement des acteurs financiers.

 

      Le système favorise également la dépense publique. En effet, les Etats sont considérés comme des emprunteurs de bonne qualité. Les critères prudentiels des achats d'obligations peuvent être assouplis par chacun des Etats. En clair, pour une banque, acheter des obligations d'Etat est considéré a priori comme étant moins risqué que d'accorder un crédit à une entreprise, et donc nécessite moins de fonds propres. Toujours ce syncrétisme keynéso-monétariste.

 

     La crise a été provoquée par la création monétaire, justement. A la fois la politique monétaire accommodante de la Fed, qui a favorisé le crédit, et de la BCE, qui n'a jamais pris en considération l'augmentation vertigineuse de la masse monétaire dans sa politique (la masse monétaire mesure la création monétaire). C'est aussi le gouvernement américain qui a encouragé le crédit aux plus démunis, et notamment le crédit immobilier hypothécaire. Quand les ménages n'ont plus remboursé, la bulle immobilière, et de consommation à crédit, a éclaté, provoquant la crise.

 

      La leçon à tirer de cette crise serait de s'interroger sur la politique monétaire. En gros, est-il bon de baser la croissance sur la création monétaire, et donc le crédit? Alors même que l'Europe de l'après-guerre s'est développée dans un contexte plus restrictif sur le plan monétaire, alors même que la révolution industrielle s'est développée dans un contexte d'étalon or.

 

      Mais le débat n'a même pas lieu. Sauf chez les libéraux, en particulier ceux de l'école autrichienne. Le dogme est que la monnaie est le moteur de l'économie. Il n'est pas remis en cause. La problématique est de continuer à mener la même politique monétaire, tout en évitant les crises. On considère, en quelque sorte, que les marchés ont mal réagi à cette politique monétaire. Il faut donc encore plus contrôler les marchés, et leurs acteurs, notamment les banques, pour qu'ils réagissent conformément aux souhaits des autorités.

 

      Le débat sur la séparation des activités spéculatives de ce qui serait considéré comme le métier normal des banques illustre bien les objectifs de la réglementation. Elle s'attaque au coupable désigné : la spéculation. Sauf que la crise est venu du secteur des prêts immobiliers et des prêts à la consommation. Le cœur de métier des banques donc. La crise est venue de titres considérés comme non spéculatifs, car liés à l'immobilier.

 

     Le débat devrait porter sur la politique économique. Progressivement, l'économie occidentale est pilotée par la création monétaire. On pense pouvoir accélérer ou ralentir la croissance en agissant sur les taux d'intérêt et le crédit. Les autorités, gouvernants et technocrates, ont trouvé ce levier pour promettre la prospérité sans effort aux citoyen. Le dogme s'est imposé comme une évidence, oubliant des siècles d'étalon or. Les autorités ont trouvé un bouc émissaire, pour éviter d'affronter leurs responsabilités : les marchés financiers. La monnaie devrait être le débat aujourd'hui. De là découle le cadre réglementaire.

 

(Articles complémentaires : La politique économique avant et après la crise, et Éléments d'histoire contemporaine : sortir des poncifs.)

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Monnaie, relance, économie

12 Mai 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Monnaie

 

     L'opinion courante considère que c'est la demande qui tire l'économie. Keynes a théorisé cette opinion, mais elle paraît naturelle à beaucoup, sans qu'il soit besoin de se pencher sur la théorisation (qui n'est pas convaincante d'ailleurs comme cela est décrit dans l'article Keynésianisme et libéralisme, comparaison ). La relance se traduit par une politique monétaire accommodante, ou de la dépense publique. C'est la monnaie qui prête à confusion. Il paraît naturel de considérer que la monnaie donne du pouvoir d'achat, qu'elle est une richesse. Car c'est avec la monnaie que nous payons ce que nous désirons.

 

     La confusion est d'autant plus grande que la monnaie a longtemps été une marchandise comme une autre, qui était utilisée dans l'échange : l'or, ou l'argent. Posséder de la monnaie, à l'époque, c'était posséder un bien de valeur. Une richesse donc.

 

     Pour comprendre le fonctionnement de l'économie, il est utile de faire abstraction de la monnaie. De décrire d'abord une économie sans monnaie, puis le passage à la monnaie. Cependant, une économie sans monnaie n'est pas une économie sans moyen d'échange indirect. Incidemment, cette méthode permet de comprendre ce que doit être la monnaie.

 

     Pour schématiser le fonctionnement de l'économie, imaginons donc un échange entre trois personnages, A, B, et C. Le personnage A, madame Alphonsine, par exemple, rend un service au personnage B, madame Berthe. En échange, madame Berthe signe une déclaration de dette à madame Alphonsine : moi soussignée madame Berthe doit un service à madame Alphonsine.

 

     Madame Alphonsine, qui a besoin d'un service, fait appel au personnage C, madame Colette. En échange, madame Alphonsine remet à madame Colette la reconnaissance de dette de madame Berthe. Nous sommes dans une communauté où tous se font confiance. Madame Alphonsine ne doit donc rien à madame Colette.

 

     Enfin, madame Colette a besoin d'un service que peut lui rendre madame Berthe. Elle va donc voir celle-ci, qui lui rend ce service. En échange, madame Colette lui remet sa propre reconnaissance de dette. Reconnaissance de dette qui donc est annulée.

 

     Il y na donc eu production, puisque trois services ont été réalisés. Il y a eu échange, il y a eu paiement. Au final, il n'y a pas de monnaie. Pourtant, la production est réelle : trois services. La monnaie n'est pas non plus à l'origine de la production.

 

     Introduisons maintenant la monnaie. Tout le monde ne se connaît pas dans la communauté, qui est par ailleurs très nombreuse. Un organisme va certifier les reconnaissances de dette. Ainsi, madame Alphonsine va porter la reconnaissance de dette de madame Berthe à cet organisme. Elle reçoit en échange l'équivalent en... monnaie! Elle échange avec madame Colette cette monnaie contre un service. Madame Colette fait de même avec madame Berthe. Qui va ensuite rembourser sa dette à l'organisme de certification.

 

     Ce processus n'est pas utopique. C'est l'escompte. Les comptoirs d'escompte ont compté parmi les premières grandes banques. Les entreprises venaient escompter les traites reçues de leurs clients, et recevaient en échange de la monnaie. Aujourd'hui existe l'affacturage : des sociétés rachètent des factures contre de la monnaie. La méthode de l'escompte s'est aussi simplifiée : une banque va accorder directement un crédit à une entreprise au vu de son volume de factures en attente d'être payées.

 

     Nous voyons là le rôle de la monnaie crédit (par opposition à la monnaie marchandise, comme l'est par exemple une pièce d'or) : à la fois étalon de mesure de la valeur, et instrument d'échange. Et nous voyons aussi qu'au final, la monnaie disparaît, au terme de son parcours. C'est là ce que devrait vraiment être la monnaie crédit.

 

     Bien entendu, si un Etat crée de la monnaie et la distribue, il va stimuler l'activité. Observons ce qui se produit dans ce cas. Imaginons que l'Etat décide de créer de la monnaie, et de mener une politique de grands travaux, pour relancer l'économie. Supposons qu'il y ait suffisamment de main d’œuvre inemployée et suffisamment qualifiée pour mener ces grands travaux. Les travaux diffusent donc de la monnaie en salaires. Supposons qu'il y ait suffisamment de main d’œuvre inemployée et qualifiée pour que les fournisseurs puissent vendre les produits et services nécessaires aux grands travaux. Faisons la même hypothèse pour les produits et services qu'achèteront les nouveaux embauchés avec leurs salaires. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'inflation exagérée. Il y a là beaucoup d'hypothèses. Mais ce ne sont que celles du keynésianisme.

 

     L'activité économique va augmenter. Les nouveaux salariés vont consommer, acheter voitures, maisons, séjours en hôtel, etc. Tout une chaîne économique va se mettre en place.

 

     Problème, si l'Etat cesse la création monétaire, que se passe-t-il? Tout l'édifice s'effondre. Car tout provient de la création initiale. L'économie devrait se reconstruire. La stimulation initiale produirait l'effet inverse. L'arrêt des grands travaux entraîne la baisse de la consommation, et une réaction en chaîne inverse de la réaction initiale.

 

     Mais, si l'Etat continue la création monétaire, que se passe-t-il? L'activité augmente jusqu'à saturation. Quand l'activité ne peut plus augmenter, faute de main d’œuvre, ce sont les prix qui augmentent. Pas forcément uniformément. Ce peut être les prix de l'immobilier, les prix à la consommation, les marchés financiers. Il faut un déversoir pour toute la monnaie créée.

 

     Certains préconisent une durée de vie limitée pour la monnaie. Au bout d'un an, par exemple, elle perdrait sa valeur. Ce qui ne changerait rien. Les gens se rueraient sur des produits dont ils penseraient que la valeur perdurerait. Il y aurait sans doute un surcroît d'inflation des produits d'épargne, ou de l'immobilier.

 

     Changeons un peu d'hypothèse, et imaginons que l'Etat ne fasse pas de grands travaux, mais qu'il favorise la création monétaire à travers les banques. Par exemple, les taux d'intérêt sont décidés par une banque centrale. Celle-ci les maintient à un niveau très bas. Deux organismes publics rachètent aux banques les prêts hypothécaires accordés aux particuliers, même des prêts accordés à des personnes peu solvables. L'Etat obligeant d'ailleurs les banques à faire crédit à des gens peu solvables.

 

     Que provoque cette politique? Indubitablement, une croissance économique. La croissance de l'immobilier dope le secteur de la construction. Le prix des maisons augmente. Ce qui dope la consommation, car il est possible de contracter de nouveaux prêts hypothécaires, grâce à l'augmentation de la valeur de la maison. Les taux étant bas, le crédit à la consommation est très accessible également.

 

     La banque centrale, qui contrôle la création de monnaie, via essentiellement les taux d'intérêt, s'inquiète. Les prix de l'immobilier sont si élevé que les transactions stagnent. Une bulle s'est indéniablement formée dans ce secteur. Elle augmente donc les taux d'intérêt pour dégonfler la bulle. Ce qui provoque la baisse des prix de l'immobilier. Mais aussi la baisse de la consommation. D'autant plus que les particuliers ont souscrit des prêts à taux variables pour acquérir leurs maisons. Leurs remboursements augmentent, diminuant leur consommation. Sachant par ailleurs que leur épargne est quasi nulle, tellement le crédit était encouragé. L'économie entre donc en récession. C'est là la description de la crise actuelle aux USA. L'Europe subit les répercussion de cette crise, comme elle a bénéficié des effets de la croissance US. Mais l'Europe a aussi vécu à crédit, même si c'était à une moins grande échelle.

 

     Imaginons maintenant que l'Etat intervienne sans création monétaire. Il dépense simplement les montants qu'il a prélevés sur les revenus des citoyens. Il y a deux sortes de dépenses étatiques. Ce peut être des investissement collectifs. Certains investissements doivent être faits en commun. Les citoyens peuvent se rassembler pour construire des routes, des centrales électriques, etc. Si ces dépenses sont librement consenties par les citoyens, elles ne diffèrent pas du schéma originel de l'échange.

 

     Par contre, l'Etat peut aussi faire des dépenses pour satisfaire des électeurs, des intérêts clientélistes. Telle ligne de TGV est construite grâce au lobbying d'une région, et elle s'arrête dans le village dont le ministre des transports est le maire. L'Etat prend des revenus aux citoyens, pour les distribuer selon des intérêts électoralistes, et privés.

 

     Ce qui crée un nouvel état d'esprit. Les gens vont chercher à attirer cette manne de l'Etat. Comportement au demeurant tout à fait rationnel, et qui n'est pas blâmable : il s'agit de s'adapter à la politique du pays. Evidemment, toute l'économie est chamboulée. L'Etat cherche à prélever un maximum de pouvoir d'achat, en faisant croire à chacun qu'il perçoit plus qu'il ne donne. Mais le mécanisme de l'échange est perturbé. Il y a beaucoup de perdants. Le système est profondément injuste. Et il n'est plus efficient.

 

     Conceptuellement, une question se pose dans cette situation : comment mesurer la production? Nous avons vu au début de ce texte qu'une économie sans monnaie était productive. Mais, les dépenses de l'Etat, quand elles sont clientélistes, sont-elles productives? Par exemple, quand une société de travaux publique reçoit un chantier, uniquement grâce à son entregent auprès de l'Etat, chantier qui ne satisfera qu'un ministre, comment mesurer la production? Sachant que la production vient de l'échange, alors qu'il s'agit là de prendre du pouvoir d'achat aux citoyens pour la satisfaction d'un ministre? Ou quand l'Etat subventionne des emplois, tels des emplois jeunes? Une dépense monétaire n'engendre pas forcément une production économique.

 

     La monnaie ne représente pas forcément la production. Elle n'est certes pas à l'origine de la croissance économique. C'est l'échange librement consenti qui est à l'origine de la croissance. La création monétaire crée une croissance suivie d'une crise. Et la dépense publique doit être encadrée, sous peine de détruire le fonctionnement de l'économie, et de favoriser le copinage.

 

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Augmentation de l'inflation dans la zone euro en septembre 2011

2 Octobre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Monnaie

 

      L'inflation des prix à la consommation augmente en 2011, aux USA comme en Europe. L'inflation importée est la première accusée. Cependant, cette augmentation de l'inflation monétaire pose la question de la pertinence des politiques monétaire des USA et de l'Europe.

 

 

      L'institut statistique européen Eurostat a publié sa première estimation de l'inflation en zone euro pour septembre 2011, le vendredi 30 de ce même mois. Cette estimation est de 3% en variation annuelle. Elle confirme une accélération de l'inflation en zone euro au cours de l'année 2011. A titre de comparaison, en octobre 2010, l'évolution était de 1,6%. L'évolution de l'indice moyen entre 2009 et 2010 est également d'environ 1,6%.

 

      L'inflation a aussi augmenté aux USA. En août, en données annuelles non désaisonnalisées, elle s'élevait à 3,8% (indice CPI-U du Bureau of Labor Satistics). En août 2010, elle s'élevait à 1,1%. Elle est passé de 0,5% au premier semestre 2010 à 2,3% au premier semestre 2011.

 

      Les USA et l'Europe avaient connu pareille poussée d'inflation au cours de l'année 2008. Comme à cette époque, les premiers commentaires soulignent la hausse des prix de l'énergie comme une des causes de cette poussée. Les commentateurs voulant ainsi montrer que cette inflation est importée, et que la BCE n'a pas à augmenter ces taux d'intérêt pour la conjurer.

 

     Une rapide revue des communiqués d'Eurostat en 2011 montre effectivement l'énergie comme une des principale source d'inflation, à travers le transports notamment, les combustibles et l'énergie. Les produits alimentaires sont aussi source d'inflation. Énergie comme alimentation dépendant, pour partie, des cours mondiaux.

 

      La situation actuelle présente des similitude avec 2008. Cette année là était la fin de la croissance US provoquée par l'expansion monétaire. Le crédit hypothécaire, c'est-à-dire la création monétaire, a financé la bulle immobilière et la consommation. Cela s'est terminé par une inflation des prix à la consommation, provoquée par l'inflation des prix des matières premières. Dans quelle mesure l'augmentation des prix des matières premières était provoquée par la demande US ou par de la création monétaire qui s'y investissait directement, cela serait à vérifier. Il y a au moins une inflation des matières premières produite indirectement par la création monétaire.

 

      Aujourd'hui, le circuit est plus direct. Les banques centrales, Fed en tête, créent de la monnaie pour racheter des obligations d’État aux établissements financiers. La monnaie ainsi créée est ensuite investie dans des placements sûr, comme les matières premières, les produits alimentaires, ou l'or. Provoquant une augmentation des prix de ces produits.

 

      L'inflation des prix à la consommation arrive donc en bout de chaîne. Ce qui est logique, pour des questions de temporalité. Les conséquences d'une politique ne sont pas instantanées. Néanmoins, des leçons sont à tirer du circuit de l'inflation aujourd'hui.

 

      D'abord, une question de définition. L'inflation est généralement définie comme une augmentation généralisée des prix. Ce qui est faux. L'inflation monétaire est une augmentation des prix provoquée par un excès de création monétaire. Les prix n'augmentent pas parce que la demande augmente, ou car l'offre diminue, mais parce que le volume de monnaie a augmenté. Cette monnaie excédentaire fait augmenter les prix des produits dans lesquels elle est dépensée, que ce soient des actifs financiers ou autres.

 

      Par conséquent, la hausse des prix n'est pas forcément généralisée, et l'indice des prix à la consommation n'est pas un indice précurseur. Une surveillance de l'inflation suppose de surveiller à la fois les prix dans tous les domaines, pas seulement la consommation, mais aussi le rythme de création monétaire. Au passage, soulignons que se fier à un unique indicateur est rarement pertinent en économie. L'inflation monétaire n'est pas si facile à cerner.

 

      Ensuite, l'analyse du circuit de l'inflation montre que les taux d'intérêt ne sont pas forcément le levier adéquat pour éviter l'inflation monétaire. En l'occurrence, aujourd'hui, ce sont les politiques de monétisation des dettes souveraines qui déclenchent l'inflation. Il serait donc pertinent de les cesser. L'inflation de 2008 venait des taux d'intérêt maintenu longtemps à des niveaux bas par la Fed, mais aussi de l'assouplissement des conditions de crédit hypothécaire par l'administration Clinton, permettant à des ménages peu solvables d'emprunter.

 

      La monnaie a été utilisée par les USA pour relancer l'économie, elle est à nouveau utilisée aujourd'hui pour simplement la soutenir, à la fois aux USA et en Europe. L'inflation monétaire vient rappeler que ces manipulations sont délicates, et qu'elles ont des conséquences, qui viennent par des chemins qui ne sont pas forcément directs.

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Démissions à la BCE

11 Septembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Monnaie

 

      L'économiste en chef de la BCE, l'allemand Jürgen Stark, a démissioné, invoquant des raisons personnelles. C'est le deuxième allemand qui démissionne de l'institution européenne, après Axel Weber. La raison de ces démissions est en fait l'opposition au programme de rachat de dette souveraine par la BCE. Ces démissions illustrent l'importance du débat au sein de la BCE, ainsi que la partie majoritaire.

 

      Pour comprendre l'enjeu du débat, quelques précisions sont nécessaires. Le cœur du débat est ce qui permet à la BCE de racheter la dette souveraine. Ce n'est pas avec des capitaux. C'est en créant de la monnaie. La BCE crée de la monnaie pour racheter de la dette. Ce qui est couramment désigné par l'expression "faire marcher la planche à billet".

 

      Statutairement, laBCE n'a pas le droit de financer les Etats européens. Elle a contourné cette interdiction en achetant la dette sur le marché secondaire. Elle n'achète pas la dette quand elle est émise par les Etats, sous forme d'obligations, mais elle rachète ces obligations à ceux qui les revendent sur les marchés financiers.

 

      Cette monétisation de la dette souveraine est réclamée par certains, pour, selon eux, soustraire la dette à la spéculation. La banque centrale pourrait également offrir un taux d'intérêt avantageux.

 

      Les opposants arguent des risques d'inflation. la création monétaire excessive fait chuter la confiance dans la monnaie, pour finir par bloquer l'économie. La BCE a été conçue sur le modèle de la banque centrale allemande, car le mark allemand était la monnaie européenne qui inspirait le plus confiance. Les allemands ont été traumatisés par la période d'hyperinflation de l'entre-deux guerres. Leur monnaie a été gérée de manière à ne plus connaître cet épisode.

 

      Mais d'autres rétorquent que l'inflation n'est plus un problème. Les prix à la consommation n'augmentant que très peu.

 

      Cependant, l'inflation n'apparaîtrait-elle pas dans d'autres marchés? par exemple, la crise actuelle ne viendrait-elle pas de l'inflation du marché immobilier US engendrée par le crédit facile? L'augmentation des cours des commodities, matières premières et agricoles, ne viendrait-elle pas des politiques de création monétaire américaines? L'inflation des prix à la consommation est repartie en Grande Bretagne, ainsi qu'en Chine, comme par hasard après des période de forte création monétaire.

 

      La question centrale est donc la création monétaire. Sont vainqueurs aujourd'hui ceux qui prônent la création monétaire pour financer les Etats, et les économies donc.

 

      Mais les conséquences de cette politique sont-elles correctement envisagées? N'y a-t-il pas un problème dans la manière d'appréhender l'inflation, uniquement à travers les prix à la consommation? C'est le message que font passer les démissions d'Axel Weber et de Jürgen Stark.

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La Monnaie: qu'est-ce que c'est?

26 Juin 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Monnaie

 

     La monnaie est utilisée quotidiennement par des milliards de personnes. Mais comment se fait-il que nous pouvons payer avec des bouts de papiers, appelés billets, ou un bout de plastique, appelé carte? La monnaie a ceci de paradoxal qu'elle est utilisée quotidiennement par des personnes qui ignorent totalement d'où elle vient, comment elle s'est créé, comment fonctionne le système monétaire.

 

     Il y a diverses théories en matières de monnaie. En économie, l'étude de la monnaie embraye directement sur ces théories, notamment les motifs de détention de la monnaie selon John Maynard Keynes: motif de précaution, de transaction, de spéculation. La théorie ne sera pas le sujet ici.

 

     Pour comprendre un phénomène, en économie, rien de mieux que de décortiquer sa construction, la manière dont il est apparu, dont il a évolué, pour être ce qu'il est aujourd'hui. Il s'agit de comprendre concrètement ce qu'est la monnaie, plutôt que de discuter des théories monétaires.

 

     La monnaie est née de l'échange. En effet, l'échange a commencé par le troc: l'échange de quelque chose, bien ou service, contre autre chose, un autre bien ou un autre service. Le problème, c'est de trouver un bien, un service, à échanger. On peut avoir besoin de vin, mais ne pas avoir en échange quelque chose qui intéresserait le producteur de vin.

 

     Il faut dans ce cas un medium, un bien qui soit accepté par tous, car chacun sait qu'il pourra l'échanger contre autre chose, qu'il sera toujours accepté dans l'échange. On pense naturellement à l'or. Mais, il y a eu aussi les grains, et couramment accepté.

 

     Progressivement, les métaux précieux, l'or surtout, et un peu l'argent, se sont imposés comme monnaie d'échange. Ce qui comptait, c'était le poids de métal précieux. Est ainsi né la profession de changeur. Les changeurs contrôlaient les poids des pièces venant de différents endroits d'Europe.

 

     Transporter de l'or n'était pas aisé. Surtout pour de grosses sommes. En Europe, la lettre de change permettait permettait d'éviter le transport de fonds importants en or. Un commerçant pouvait payer par un écrit, dans lequel il s'engage à ce que son fournisseur soit payé par son banquier, à partir d'une date déterminée. C'est donc à la fois un paiement et un crédit.

 

     Ensuite, la lettre de change sera déposée auprès du banquier, qui versera les fonds. Le banquier récupèrera les fonds auprès de la banque du fournisseur. En fait, il opérera une compensation. En effet, un marchand parisien peut déposer auprès de son banquier une lettre de change d'un montant que lui doit un marchand de Venise. Le banquier vénitien doit donc verser les fonds au banquier parisien. Mais un marchand de Venise peut aussi déposer une lettre de change, au banquier vénitien, et le banquier parisien doit lui aussi verser des fonds au banquier vénitien. Il y a ainsi des opération de part et d'autre.

 

     Un calcul global sera fait, et seul sera versé le solde. Si, globalement, c'est le banquier français qui doit des fonds au banquier vénitien, c'est lui qui versera des fonds. Et inversement. Il y a compensation entre les sommes dues et les sommes dues et les créances.

 

 

     La lettre de change peut aussi circuler. Dans ce cas, elle n'est pas directement remise à la banque. Elle est utilisée par celui qui l'a reçu comme moyen de paiement. Plutôt que d'émettre lui-même une lettre de change, un commerçant peut utiliser une lettre de change qu'il a reçu en paiement.

 

     Ce système repose sur la confiance. Cette confiance fait que la lettre de change est acceptée en paiement.

 

    Ensuite, se sont développés les billets au porteur. Ce sont donc les ancêtres des billets de baques actuels. Ils sont dits au porteur, car ils ne comportent pas le nom de la personne qui l'a reçu. Le porteur du billet peut recevoir l'équivalent du montant en or, sans autre formalisme.

 

     Ces billets sont émis en échange du dépôt d'un montant en or. Ils représentent cet or, qu'il n'est plus nécessaire de transporter.

 

     La encore, le maître mot est la confiance. Ces billets sont acceptés parce que chacun est certain de pouvoir les échanger contre de l'or. Ils se développent parce qu'ils sont acceptés.

 

     Cette confiance fait que les gens ne vont pas forcément transformer en or les billets qu'ils reçoivent. Ils les gardent, les utilisent comme moyen de paiement.

 

     Puisque tous les billets ne reviennent pas, les banques peuvent en émettre plus qu'elle ne reçoivent d'or en échange. C'est ce qui s'appelle le crédit. Les banques vont fournir des billets sans recevoir d'or en échange.

 

     Ce sera d'abord l'escompte des effets de commerce. Un effet de commerce est un peu comme une lettre de change. C'est un engagement écrit reçu en paiement. L'escompte, cela consiste à porter cet effet à la banque, pour recevoir des billets donc désormais en échange. C'est la banque qui encaissera le paiement à l'échéance.

 

    Les banques vont de plus en plus faire du crédit. Ce crédit prendra la forme de billets, ou simplement d'une écriture dans les comptes.

 

     Le principe est que la banque doit toujours être capable de convertir les billets en or quand quelqu'un le lui demande. Ou de convertir les montants inscrits dans ses comptes en or.

 

      Il y a là un calcul à faire. C'est le principe de la gestion des banques. La banque prend des garanties aussi quand elle fait crédit. On peut noter qu'il s'agit d'une façon de monétiser du capital immobilisé, comme un immeuble, sans avoir à le vendre.

 

     On remarquera aussi que l'émission de monnaie n'a pas nécessairement à être un monopole d'Etat. Ce dernier n'apporte aucune garantie particulière. Le système peut fonctionner sans l'Etat.

 

     Mais l'Etat s'est toujours occupé de la monnaie. Il s'est arrogé le privilège de la frappe. Officiellement, la raison était de garantir par la frappe le poids des pièces d'or. Mais c'était surtout un attribut du pouvoir. Les pièces pouvaient être rognées.

 

     Par conséquent, l'émission de billets, et de crédit, ne pouvait se faire que par privilège de l'Etat.

 

     Par la création de banques centrales, les Etats ont contrôlé l'émission de billets. Au début, il s'agissait surtout d'assurer le financement de l'Etat, en échange du monopole sur la monnaie. Mais la banque centrale fonctionnait normalement. C'est-à-dire qu'elle assurait la convertibilité des billets.

 

     Peu à peu a été instauré un cours légal, c'est-à-dire que dans le pays, les gens sont obligés d'accepter la monnaie de la banque centrale. Puis, c'est le cours forcé qui a été instauré. C'est-à-dire que la monnaie n'est plus convertible en or.

 

     Le cours légal a été instauré pour favoriser la banque centrale. La monnaie n'est plus convertible en or car trop de monnaie a été créée.

 

     La monnaie est donc un outil de transaction, conçue pour éviter de se servir d'un bien intermédiaire, comme l'or. La crédit est de la création monétaire, basée sur la confiance. La monnaie et le crédit ont été étatisés.

 

     Cette étatisation fait que le cours de la monnaie dépend, entre autre, mais aussi principalement, de la confiance en l'économie du pays qui la contrôle. C'est le principe de la confiance. Si une grande puissance comme les USA accepte toujours le dollar, celui-ci fluctuera selon l'offre et la demande, mais restera une monnaie mondiale, acceptée partout dans le monde.

 

     La monnaie d'un pays en mauvaise santé, mais pas aussi puissant, sera elle en difficulté.

 

     De quoi dépend la monnaie? Puisqu'il n'y a plus de convertibilité en or, on peut penser que, dans ces conditions, la monnaie, c'est du vent. Certains le pensent.

 

     La monnaie obéit toujours à certains fondamentaux. Ainsi, les banques doivent toujours accorder du crédit en fonction des garanties et des capacités de remboursement des emprunteurs. C'est ce qui régule le système.

 

     Cependant, des politiques monétaires se greffent sur ce processus de régulation. Ainsi, les taux d'intérêt sont contrôlés par la banque centrale. Ils ont été utilisés pour relancer l'économie.

 

     Cette politique monétaire est ambigüe. D'abord, elle s'est voulue expansive, sous le keynésianisme. L'inflation n'est pas un problème pour les théories keynésiennes. Cependant, elle est devenu un problème dans la réalité. Alors, c'est la lutte contre l'inflation qui est devenue une priorité... Officiellement. Alors qu'en fait, c'est une volonté de soutenir la croissance par le crédit qui a causé la crise actuelle.

 

     Ce n'est bien sûr qu'une opinion, celle de votre serviteur, qui illustre les débats sur la monnaie. Face aux désordres monétaires, des appels au retour de l'étalon or sont apparus. C'est un appel à la convertibilité de la monnaie en or. Ceci afin de réguler la création monétaire, et éviter les crises. D'autres veulent relancer l'économie par la création monétaire, qui devrait financer l'action de l'Etat.

 

     Il y a là deux conceptions de la monnaie. C'est le constat final de cet article. Aller plus loin nécessiterait de longs développements, qui feront éventuellement l'objet d'un autre article.

 

     Ce rappel sur l'apparition de la monnaie montre que son fonctionnement ne nécessite pas forcément l'action de l'Etat. Cette action, elle, qui est la politique monétaire, prête à débat. Il faut, plus spécifiquement, parler d'action des autorités monétaires,puisque, officiellement, une banque centrale comme la Banque Centrale européenne, ou la Fed américaine, sont indépendante. Cette action est, d'une part, accusée de provoquer les crises économiques. D'autre part, elle est souhaitée par certains pour relancer la croissance.

 

   La monnaie est assurément un maillon essentiel de la compréhension de l'économie.

 

Articles complémentaires: Monnaie et crédit1694: Londres invente la banque centrale,     

 

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L'explosion de la zone euro, et idées reçues sur la monnaie

19 Juin 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Monnaie

 

      L'éclatement de la zone euro est un leitmotiv. Il y a six mois, ce blog publiait déjà un article sur le sujet, La zone euro va-t-elle éclater?  . Aujourd'hui, la question est de nouveau évoquée avec insistance, et on se demande comment l'euro a pu être mis en place face à tant de scepticisme de la part des économistes. Pourtant, sa création a bien dû être soutenue autrefois!

 

      Entrer dans l'euro a été une décision politique pour chacun des pays membres de la zone. Chacun peut prendre la décision contraire, et donc sortir.

 

      L'entrée dans l'euro présentait des avantages: des taux d'intérêt faibles, absence de volatilité monétaire entre les monnaies de la zone. Et, sans doute, entrée dans le club des monnaies fortes.

 

      Une sortie de l'euro ne présenterait pas forcément les avantages qu'on lui prête. Il est vrai que si certains pays n'étaient pas membre de la zone, leur monnaie aurait été dévaluée. Mais cela aurait été une contrainte, qui les aurait obligés à augmenter les taux d'intérêt pour redonner confiance. L'euro offre toujours des avantages en termes de financement de l'économie, même à la Grèce.

 

      Par ailleurs, même si un pays sortait de l'euro, cette monnaie serait toujours utilisée par ses citoyens, en raison de la confiance qu'elle inspire. L'euro est bien utilisé, largement, par des pays limitrophes à la zone.

 

      Cependant, ce qui est intéressant, c'est l'argumentation développée par les économistes qui ne croient pas à l'euro. Ils pointent le fait que les pays de la zone sont trop différents économiquement pour avoir la même monnaie. La convergence est insuffisante. Au mieux, ils estiment qu'il faut renforcer la gouvernance politique de la zone, pour que chaque pays ait la même politique. Au pire, ils prévoient que ces différences ne peuvent qu'entraîner l'éclatement de la zone, ou, tout du moins, la sortie de certains pays.

 

      Cette argumentation découle de l'enseignement dispensé en économie. L'opinion dominante est que la monnaie est un domaine régalien, une prérogative de l'Etat, et un instrument de politique économique. Par conséquent, dans ce paradigme, l'euro s'intègre mal.

 

      Pourtant, la monnaie n'est pas forcément une prérogative d'Etat. Les lettres de change, ancêtres de la monnaie fiduciaire, étaient privées. Le système de l'étalon or peut être aussi bien public que privé. Il contraint les banques à une discipline, une régulation monétaire. Des économistes, comme les autrichiens, défendent une monnaie privée.

 

      D'ailleurs, le fait que l'étalon or revienne dans le débat montre que le problème des désordres monétaires et économiques, c'est justement le fait que la monnaie soit devenue un instrument de politique économique.

 

      En effet, la politique monétaire a pour but d'assurer la croissance. On diminue systématiquement les taux d'intérêt quand la croissance ralentit. Le taux d'intérêt n'est plus le régulateur du risque, mais un instrument de politique économique. Il est diminué quand la croissance ralentit pour la relancer, et augmenté éventuellement quand les risques d'inflation deviennent vraiment trop grand.

 

      La crise actuelle provient ainsi d'une relance de l'économie américaine par le crédit, relance provoquée par le gouvernement américain et la banque centrale américaine. Les pays qui ont connu un phénomène similaire, comme le Royaume Uni et l'Espagne, sont les pays les plus touchés après les USA.

 

      Les banques sont également protégées, pour ne pas mettre en péril l'économie. C'est d'ailleurs pour elle que les taux d'intérêt sont baissés au moindre accroc conjoncturel: pour reconstituer leurs marges.

 

      La croyance en la protection de la politique monétaire est très forte. C'est ainsi que des pays de la zone euro ont pu s'endetter excessivement. Mais d'autre pays ont pu aussi s'endetter en dollars ou en euros, comme la Hongrie.

 

      Le monde était tellement confiant dans le mécanisme monétaire: il suffit de diminuer les taux d'intérêt pour relancer l'économie. Par conséquent, où est le risque, si on peut contrôler l'économie comme on contrôle le débit d'un robinet, par l'intermédiaire des taux d'intérêt?

 

      Le résultat est une absence de régulation du risque. La régulation du risque repose sur la responsabilité. Si quelqu'un fait un mauvais investissement, il en supporte les pertes. Or, aujourd'hui, les banques sont protégées, les acheteurs d'obligations d'Etat sont protégés. Ils ne s'interrogent pas sur la pertinence de leurs investissements, des crédits qu'ils accordent dans le cas des banques. Ils savent qu'ils seront protégés en cas de faillite des emprunteurs.

 

      Le taux d'intérêt devrait être l'indicateur du risque. Comme il est fixé par les autorités, il ne remplit plus ce rôle. Le taux d'intérêt devrait résulter de l'analyse du risque. Il est au contraire établi en fonction de la politique monétaire.

 

      La BCE est en théorie indépendante, et n'a qu'un objectif de stabilité monétaire. Cependant, dans les faits, elle a suivi le mouvement de la banque centrale américaine, même si elle s'en est écarté parfois.

 

      Surtout, la BCE considère qu'elle peut contrôler la création monétaire. Qu'elle peut savoir quelle création est nécessaire à l'économie. Et elle a effectivement agi comme si la zone euro était un pays homogène.

 

      On constate donc deux échecs. Celui de la Fed, la banque centrale américaine, qui a voulu, avec le gouvernement US, relancer l'économie par le crédit. La BCE a échoué en ayant un même taux d'intérêt pour la zone euro, sans tenir compte des particularités de chaque pays. Quant aux institutions financières, elles ont abandonné toute analyse de solvabilité des emprunteurs publics, et même privés parfois, comptant sur la protection de la politique monétaire, et sur l'efficacité de cette politique.

 

      Ce qu'il faudrait, c'est tirer les conséquences de ces échecs. En émancipant, au moins partiellement, la création monétaire des Etats, la BCE est un pas dans cette direction. Ce mouvement est partiel, car la BCE se sent toujours investie d'une mission de politique économique, comme le montre sa décision d'acheter des obligations de pays de la zone euro. C'est néanmoins un premier mouvement, qui bouscule les idées reçues.

 

      Le modèle de la BCE ne provient pas d'une grande théorie économique. Il provient de la Bundesbank, la banque centrale allemande, qui a assuré la stabilité monétaire du pays, et sa prospérité. Modèle qui a incité différents pays, dont la France, à accorder l'indépendance à leur banque centrale. Mais tout en nommant leurs dirigeants. L'indépendance est donc relative.

 

      L'expérience milite pour continuer ce mouvement. Mais rétablir la régulation ne sera pas simple. Depuis des décennies, les banques et autres institutions financières sont habituées être protégées.

 

      Le processus libéral est un processus d'apprentissage. Les mauvaises décisions entraînent des partes, ce qui évite de les reproduire. Mais, on a laissé grandir le système sans ce processus d'apprentissage et de régulation. Tour est à réapprendre, alors que le système a considérablement grandi. Une mauvaise décision peut alors effectivement entraîner un effondrement.

 

      La BCE peut également différencier les taux d'intérêt servis aux banques en fonction des pays. Au lieu de servir un taux d'intérêt global comme aujourd'hui.

 

      Enfin, la BCE pourrait cesser de financer systématiquement les banques. Le principe des banques centrales étant de financer les banques qui manquent de liquidités. En les forçant à se financer uniquement sur les marchés financiers, on force ces derniers à contrôler la solvabilité des banques, et donc leur comportement, leurs crédits, leurs investissements.

 

      Ce ne sont là que des hypothèses de travail. Une autre hypothèse serait de revenir à la discipline imposée par l'étalon or (Cf Le retour de l'étalon or).

 

      L'enjeu est la régulation de la prise de risque. Mais il faut aussi que les établissements financiers aient conscience que même les Etats peuvent faire faillite. C'est pour cela que restructurer la dette de la Grèce serait utile.

 

      Ce débat sur le rôle de la monnaie, ou, plus encore sur la conception de ce qu'est la monnaie, est largement absent, mais dans les journaux et magazines économiques. Il apparaît parfois sous le forme d'un appel au retour de l'étalon or. Pourtant, c'est le vrai débat posé par les crises de ces dernières années, depuis les années 1970 en fait, quand est apparu la nécessité de lutter contre l'inflation.

 

      Cette lutte contre l'inflation fut une première étape. Maintenant, c'est le contrôle de la création monétaire par une banque centrale toute puissante, plutôt que par un mécanisme de marché régulateur, qui est en question.

 

(Quelques articles pour comprendre le fonctionnement de la monnaie: Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire)  , Inflation, déflation: explications et risques.  , Dévaluation: qu'est-ce c'est, et quelles conséquences?  )

 

 

 

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Dévaluation: qu'est-ce c'est, et quelles conséquences?

13 Juin 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Monnaie

 

      Face aux difficultés budgétaires de la Grèce, certains prônent une sortie de l'euro de ce pays, ce qui lui permettrait de dévaluer sa monnaie. Certains, comme Jacques Sapir, envisagent même une sortie de la France de l'euro, toujours dans le but de dévaluer la monnaie.

 

      La dévaluation est présentée comme un moyen de relancer l'économie, simple et indolore. L'euro est présenté comme un carcan rigide empêchant toute politique dite volontariste.

 

      Mais qu'est-ce qu'une dévaluation, et quels en sont les effets? Beaucoup en parlent, mais sans en décortiquer le mécanisme. Ce qui sera fait ici.

 

Les différents systèmes monétaires

      Avant de parler de dévaluation, rappelons les deux systèmes de création monétaire. Il y a d'abord l'étalon or. Dans ce système, l'unité monétaire correspond à une certaine quantité d'or. Pour créer de la monnaie, il faut donc augmenter la quantité d'or détenue par la banque, la banque centrale dans le système actuel.

 

      Les parités entre les différentes monnaies sont fixes, puisqu'elles dépendent de la quantité d'or que représente chaque unité monétaire. Il y a dévaluation par conséquent quand la quantité d'or correspondant à l'unité monétaire diminue.

 

      Les règlements entre pays s'effectuent en or. Une diminution de la quantité d'or d'un pays entraîne donc une contraction de la masse monétaire, et donc des prix et des salaires. L'effet classique, mais ici visible, d'une dévaluation. C'est ce qu'on appelle aussi la déflation. Dans ce contexte, la déflation n'est pas le danger qui est souvent décrit de nos jours, juste un ajustement monétaire nécessaire.

 

      L'autre système est celui de la monnaie crédit et des changes flottants. La monnaie est simplement créée par les banques, à chaque fois qu'elles octroient un crédit (Cf pour plus de détail  Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) . Les banques doivent respecter certaines obligations en matière de fonds propres, mais il n'y a pas de lien entre la monnaie et l'or.

 

      Les parités monétaires dépendent de la demande pour chaque monnaie. Elles varient constamment les unes par rapport aux autres. Une monnaie peut voir en même temps sa valeur diminuer par rapport à une autre, mais augmenter par rapport à une troisième.

 

      Il n'y pas vraiment de dévaluation dans un tel système, puisque la valeur de la monnaie varie constamment. Il y a des monnaies dites fortes et des monnaies dites faibles. Les monnaies fortes sont des monnaies de références, qui peuvent être utilisées même par d'autres pays que ceux dont elles sont l'unité monétaire. Par exemple, le dollar est la monnaie internationale. L'euro est aussi une monnaie internationale. Une monnaie forte est acceptée facilement en paiement. Une monnaie forte peut être aussi une monnaie en phase d'appréciation. Ainsi, le deutschmark s'appréciait constamment face aux autres monnaies.

 

      Dans un système de changes flottants, une monnaie peut s'effondrer, c'est-à dire que personne n'en veut: elle ne vaut plus rien.

 

      Entre l'étalon or et les changes flottants, il existe diverses combinaisons. Ainsi, de 1944 à 1971, le système en vigueur était issu des accords de Bretton woods. Le dollar était défini par rapport à l'or, et les autres monnaies par rapport au dollar. Une dévaluation était une baisse de la parité par rapport au dollar.

 

      Des pays peuvent aussi choisir de maintenir leur monnaie stable par rapport à une autre monnaie. C'est ce qu'ont fait les pays asiatiques dans les années 1990, en maintenant une parité fixe avec le dollar. Il y a eu dévaluation quand ces pays n'ont pas pu maintenir cette parité.

 

      Enfin, il y a eu, avant le lancement de l'euro, le système monétaire européen, plus connu sous le nom de serpent monétaire. Dans ce système, les monnaies européennes devaient garder entre elles une parité stable. Elles ne pouvaient s'éloigner que légèrement d'un cours pivot. Il y avait dévaluation quand le cours pivot de la monnaie diminuait.

 

 Les dévaluations    

       Dans ces différents systèmes ci-dessus décrits, il y a eu des dévaluations. Sous le régime de l'étalon or, la première guerre mondiale a fait exploser la création monétaire, alors que les quantités d'or diminuaient.

 

      Sous le régime de Bretton woods, il y a eu des dévaluations quand le fonctionnement économique d'un pays ne lui permettait pas de détenir suffisamment de réserves en dollars.

 

      Les dévaluations au sein du système monétaire européen (SME), ainsi que celles qui se sont produites en Asie du Sud-Est en 1998, sont un peu particulières. C'est une volonté de maintenir des parités fixes, qui étaient supérieure à la valeur du marché, qui a provoqué de brusques décrochages à la baisse des parités. Il est difficile de maintenir la valeur d'une monnaie supérieure à sa valeur de marché. Et le rétablissement de la vraie valeur est souvent violent.

 

      Toutes ces dévaluations évoquées ci-dessus ont été des symptômes et des conséquences de difficultés économiques. Elles étaient subies, et non voulues. A chaque fois, elles étaient accompagnées d'une restructuration de l'économie du pays concerné.

 

      En effet, il faut s'attaquer aux problèmes qui sont à l'origine de la dévaluation. Si une monnaie perd constamment de sa valeur, l'économie est déstabilisée. Ce peut être l'hyper inflation, comme en Allemagne entre les deux guerres mondiales. La monnaie peut disparaître, ou une monnaie peut être utilisée en parallèle. Certaines économies sont dollarisées, comme Cuba.

 

      Ainsi, en Corée du Sud, ce sont les conglomérats, les chaebols, qui ont été profondément remaniés. Le pays a tenté de relancer la création de PME.

 

      La France a connu un plan de rigueur sans précédent en temps de paix en 1983, accompagnée d'une lutte contre l'inflation toujours d'actualité.

 

      Toujours en France, le plan Armand-Rueff, dans les années 1960, a été une profonde restructuration de l'économie française, avec une réforme fiscale, une désindexation de nombreux prix, une libéralisation de l'économie.

 

La dévaluation est-elle une solution aujourd'hui?     

       Aujourd’hui, la dévaluation est évoquée dans le cadre de l'euro, notamment pour la Grèce, mais aussi pour la France. Dévaluation, cela signifie sortie de l'euro, pour une nouvelle monnaie plus faible. Le but est d'éviter la rigueur, et de relancer l'économie grâce aux exportations, la dévaluation devant rendre le pays plus compétitif.

 

      L'expérience montre cependant que la dévaluation est une conséquence des difficultés économiques, et non un remède. Les difficultés restent après la dévaluation.

 

      Dans le cas de la Grèce, par exemple, les difficultés proviennent de la dépense publique. Celle-ci est trop importante par rapport aux rentrées d'argent. L'Etat doit donc emprunter. Comme il est déjà très endetté, de nouveaux emprunts sont difficiles. Ce problème demeurera après toute dévaluation. Et donc la politique de rigueur demeurera.

 

      D'ailleurs, c'est pourquoi ceux qui prônent la sortie de l'euro préconisent également un financement de l'Etat par la nouvelle banque centrale. Ce qui est aussi appelé la planche à billet. C'est de la création monétaire, qui provoque de l'inflation.

 

      Il faut aussi souligner qu'une nouvelle monnaie doit inspirer confiance. Sinon, elle disparaît, même les habitants du pays cessant de l'utiliser. Ce qui implique des taux d'intérêt plus élevés que ceux en zone euro.

 

      Une dévaluation permet-elle une reprise économique grâce à la relance des exportations? Nous venons déjà de voir que les problèmes principaux du pays dont la monnaie est dévaluée demeurent. Sans une action pour résoudre ces problèmes, la dévaluation n'aura aucun effet. Une dévaluation n'évite donc pas les politiques douloureuses, contrairement à ce qui est souvent laissé entendre.

 

      Une dévaluation peut-elle cependant, dans le cadre d'une politique qui s'attaquerait aux problèmes principaux, aider au rétablissement économique, notamment dans l'exemple de la Grèce? Il y a le problème du financement de l'Etat, dans cet exemple, mais on peut imaginer un emprunt national plus ou moins obligatoire pour certaines catégories sociales. Il y a aussi le problème des taux d'intérêt évoqué plus haut. Mais, une dévaluation peut-elle engendrer un rebond des exportations qui participera à la relance de l'économie?

 

      La réponse n'est pas si évidente. Une dévaluation engendre d'abord une augmentation du déficit extérieur. En effet, il faut toujours importer les mêmes produits, l'économie ne pouvant s'adapter immédiatement.

 

      Ensuite, c'est selon le profil du pays. Si c'est un pays fortement importateur de matières premières, notamment pour la production d'énergie, la dévaluation va augmenter les coûts, ce qui limitera les baisses de prix à l'exportation. Il faut aussi que la production nationale puisse prendre le relai, à un coût raisonnable, des produits importés. Et, si la dévaluation est suffisante pour rendre les produits nationaux compétitifs, cela signifie aussi que ces produits sont plus onéreux pour les habitants du pays. Une dévaluation est une baisse du pouvoir d'achat. Et donc une perte de niveau de vie.

 

      L'effet global d'une dévaluation sur le commerce extérieur est donc aléatoire. D'autre part, dans le cas de la Grèce, cela ne permettra pas de concurrencer l'ouvrier chinois. De plus, la Grèce, la Grèce a accès à un grand marché, l'Europe, dans lequel elle ne doit pas être le pays qui a le coût du travail le plus élevé.

 

      D'autre part, il n'est pas non plus possible de fonder une politique économique sur une monnaie faible. D'abord, si la monnaie reste faible, c'est que l'économie reste faible. Une économie faible, dont la monnaie se déprécie constamment, c'est une économie qui se dégrade, dont le pouvoir d'achat et le niveau de vie diminuent.

 

      Même si le problème d'un pays est la compétitivité, une dévaluation n'est qu'une solution temporaire. Le monde bouge. Les pays qui sont plus compétitifs augmentent leur compétitivité, ce qui efface les gains d'une dévaluation. Par exemple, l'Allemagne voyait sa monnaie s'apprécier constamment, et donc les autres monnaies être dévaluées par rapport au deutschmark, cela n'empêchait pas le pays d'augmenter ses exportations.

      Peut-on empêcher une monnaie de se réévaluer quand l'économie va mieux, afin de préserver la croissance? Le jeu est dangereux. Quelle sera la réaction des autres pays? N'oublions pas que les dévaluations compétitives entre les deux guerres mondiales ont attisé les tension entre les pays. C'est d'ailleurs ce qui a amené la coopération internationale en la matière, avec les accords de Bretton Woods, la création de la Banque Mondiale, du FMI, et les accords du GATT.

 

      La Chine, et d'autres pays d'Asie notamment, freinent l'appréciation de leur monnaie actuellement. Cet action est toléré pour certains pays, car les perturbations monétaires viennent au moins en partie du quantitative easing des USA. Mais les Etats Unis commencent à s'irriter de l'attitude chinoise. Pourtant, ils ont favorisé le développement de ce pays, en le laissant exporter ses produits chez eux.

 

      Cependant, la Chine était engagé dans un processus continue de revalorisation de sa monnaie avant la crise. Et, dernièrement, elle a permis une petite appréciation. Avoir une monnaie forte est appréciable. Elle est facilement acceptée en paiement, elle attire les investisseurs dans le pays, elle est un gage de stabilité.

 

      En conclusion, une dévaluation peut, temporairement, augmenter légèrement la compétitivité à l'exportation. Mais elle ne résout pas les problèmes économiques et sociaux d'un pays. Elle n'empêche pas les mesures de restructuration de l'économie, elle n'empêche pas les réformes. Elle est une conséquence des difficultés, un symptôme, et non un remède. Toutes les mesures envisagées par exemple pour la Grèce resterait d'actualité. Une dévaluation s'analyse aussi comme une perte de pouvoir d'achat, et donc de niveau de vie pour la population.

 



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