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Polémique sur le paiement des impôts en Grèce

29 Mai 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

     Christine Lagarde, présidente du FMI, a créé la polémique en demandant aux grecs de payer leurs impôts, pour sortir la Grèce de la crise. Des propos fort peu diplomatiques il est vrai. Dans le contexte actuel en Grèce, était-il opportun de les tenir? Ou, ne fallait-il pas les formuler d'une autre façon?

 

     Le gouvernement grec est conscient du problème de recouvrement des impôts et taxes. Il modernise dans l'urgence l'administration fiscale, et en augmente le personnel. Il est un peu poussé dans ce sens par le FMI et l'Union Européenne. Mais, c'est un fait, une meilleure efficacité dans le recouvrement des impôts et taxes résoudrait en partie les problèmes de la Grèce. Ce pays comporte une économie souterraine importante, comme le montre cet article : Les grecs payent-ils leurs impôts?

 

     Cependant, quand quelqu'un occupe de hautes responsabilités, il se doit d'envisager toutes les conséquences de sa communication. Il est certain que, dans le contexte actuel, dénoncer globalement les grecs car le recouvrement des impôts et taxes est inefficace est contre productif. La classe politique grecque a désigné l'Europe et le FMI comme les responsables des efforts que doivent faire les grecs. Christine Lagarde, avec ses propos sentencieux, ne fait que renforcer cette rhétorique.

 

     Par contre, Christine Lagarde aurait pu axer ses propos sur les riches grecs. Ce sont ceux qui profitent le plus du laxisme fiscal. Comment demander à la classe moyenne de payer ses impôts, et les taxes, et les cotisations, si elle voit les plus aisés se jouer du système?

 

     Et, plus spécifiquement, qu'en est-il des dirigeants de la Grèce? Ce pays est assez particulier Quelques familles se partagent le pouvoir par delà les générations : les Papandreou, les Karamanlis. Personne n'a protesté quand l'ancien premier ministre Georgios Papandreou a violemment critiqué l'Allemagne et la France. Cependant, sa famille semble riche. Avec beaucoup d'avoirs à l'étranger, apparemment, puisqu'il y a vécu assez longtemps. Et les armateurs grecs, n'ont-ils pas d'argent? Combien d'impôts paient-ils sur leurs bénéfices? Toutes ces grandes familles n'ont-elles pas certains moyens? Ne pourraient-elles pas, d'abord montrer l'exemple, puis, faire une contribution exceptionnelle à leur pays? L'Eglise Orthodoxe est elle aussi critiquée dans la presse pour son patrimoine.

 

     Ces thèmes ne sont pas évoqués dans la presse. Sauf pour l'Eglise Orthodoxe. Il est donc difficile de se faire une idée. Mais, en l'absence d'information, beaucoup de questions se posent. Et Christine Lagarde aurait pu les poser, plutôt que de critiquer le peuple grec dans son ensemble.

 

     L’Allemagne, les marchés financiers, l'Europe, le FMI, sont les cibles privilégiées de la classe politique grecque, et de nombre de commentateurs. Ne serait-il pas temps de s'interroger sur la Grèce, et sur ceux qui l'ont menée là où elle est? Ce n'est pas l'Allemagne, ce n'est pas l'Europe. Ce sont ses dirigeants, ces familles qui se partagent le pouvoir.

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Referendum grec: suite...

3 Novembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

     Les grecs ont le sens de la tragédie: n'ont-ils pas tout inventé en ce domaine? Voici donc que le premier ministre grec, Georges Papandreou, qui semble renoncer à un référendum sur le plan d'aide de la zone euro. Quelques jours à peine après l'avoir annoncé. Toute cette dramaturgie montre deux choses.

 

     D'abord, il faut éviter la dramatisation. Aujourd'hui, médias, politiques et institutions diverses réagissent à la moindre annonce, au moindre frémissement des marchés, par l'affolement. Aujourd'hui encore le nouveau président de la banque centrale européenne a baissé les taux d'intérêt par surprise, mesure qui apparaît bien inutile.

 

     L'annonce d'un référendum a aussi permis d'envisager la sortie de la Grèce de l'euro, et de voir que c'était possible.

 

     Ensuite, dans une crise, il ne faut pas oublier le facteur politique. Quel but vise le premier ministre Georges Papandreou? Ce référendum visait-il l'Europe, ou simplement des considérations de politique intérieure?

 

     Celui que le Figaro qualifiait de ministre sans charisme, celui dont on dit qu'il était un étranger dans son pays, car il a en partie été élevé à l'étranger, vient de faire un coup de maître: il a forcé et son parti, et l'opposition grecque, à se prononcer en faveur du plan européen.

 

     Les médias donnent peu d'information sur les pays étrangers. Notre vision est incomplète, et les événements apparaissent comme des surprises, comme les révoltes au Maghreb et en Egypte. Ainsi, en Grèce, le peuple protesterait plutôt contre l'injustice des mesures de rigueur que contre l'euro, même si c'est l'Europe qui sert de bouc émissaire. Un article rapporte que les lobbys pharmaceutiques ont réussi à éviter une baisse des prix des médicaments vendus aux hôpitaux. On peut remarquer qu'on n'entend pas parler d'impôt sur les armateurs.

 

     Enfin, il ne faut jamais sous-estimer les politiciens. Surtout ceux qui sont parvenus au pouvoir suprême. Ils ne sont jamais là par hasard. Georges Papandreou vient de le démontrer.

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Conséquences du référendum prévu en Grèce.

1 Novembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

     Alors que la situation financière de la zone euro avait fait l'objet d'un accord, et semblait en passe de se stabiliser, le premier ministre grec Georges Papandreou a rétabli l'incertitude et l'instabilité en décidant de soumettre cet accord à référendum dans son pays.

 

     Les motivations du premier ministre grec prêtent à diverses suppositions: un message destinée à l'Europe, ou des motifs de politique intérieure, comme le rapporte Le Figaro.fr.

 

     Le plan du sommet de la zone euro n'en est pas pour autant obsolète. La partie concernant la Grèce est en suspens. Mais celle concernant le renforcement du FESF n'est pas impactée. Au contraire, elle est d'autant plus d'actualité face au renforcement de l'incertitude. D'autre part, la philosophie générale de la déclaration de clôture du sommet, qui va vers un renforcement de la discipline budgétaire, est elle aussi toujours d'actualité.

 

      Il est difficile de prévoir la suite des événements. Dans une période de crise, beaucoup de choses peuvent se produire. Pour le moment, la pression sur l'Europe est renforcée, et particulièrement sur les pays en difficultés.

 

     La BCE est aussi impliquée, car elle possède de la dette grecque, ainsi que des produits financiers grecs fournis par les banques grecques en échange de liquidités. Résultat d'une politique un peu aventureuse. Mais elle trouvera certainement un subterfuge pour se refinancer, il n'y a pas trop d'inquiétude à avoir de ce côté.

 

     La Grèce peut-elle sortir de la zone euro? C'est une possibilité, mais cela ne changera rien aux efforts que le pays devra faire. Quant à l'Europe, elle devra aider directement son système financier, qui possède des titres grecs, et qui sera entraîné par l'incertitude, plutôt que la Grèce. C'est tout.

 

     A ce stade, il faudrait se préparer à différentes hypothèses, comme un défaut de la Grèce, ou une sortie de l'euro de celle-ci. C'est un jeu politique qui est engagé. L'Europe doit montrer qu'elle est prête à toute éventualité.

 

     Il faut surtout garder son sang froid. Les marchés ont réagi fortement, mais il en est toujours ainsi: la première réaction est toujours forte. L'évolution des marchés n'est jamais linéaire, mais faite de soubresauts. Il ne faut pas s'en inquiéter excessivement.

 

     Le véritable test sera l'émission de dette par des pays comme l'Espagne, l'Italie, la Portugal, l'Irlande. A ce moment, tout dépendra des mesures prises par ces pays pour renforcer leur crédibilité. La zone euro disposant par ailleurs du Fonds Européen de Stabilité Financière pour les aider.

 

     L'Europe dispose des moyens de traverser la crise. Elle n'évitera pas les efforts. Et la politique empêchera des discussions sereines. C'est ainsi.

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Eurobonds: utilité et implications.

30 Juillet 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

      Des voix se font entendre en faveur d'eurobonds, d'obligations européennes. Il s'agirait d'émettre des obligations à l'échelle européenne, de l'eurozone plus précisément, pour financer les dépenses des pays de l'euro.

 

      Ces eurobonds sont justifiées de deux façons: aider les pays de l'eurozone en difficultés, et permettre de peser sur les marchés financiers par la puissance de l'eurozone. Cependant, ce type d'obligations auraient des inconvénients qui ne sont pas mentionnés par ceux qui les proposent. Sans doute parce que leur idée apparaît plutôt de faire une grande relance keynésienne européenne, et que les eurobonds n'en seraient que le moyen.

 

      La première justification des eurobonds est ainsi l'aide aux pays en difficultés de l'eurozone. L'eurozone se substituerait, au moins partiellement, aux Etats, ce qui permettrait à ceux qui seraient en difficultés d'emprunter à des taux bas, ce qui leur est hors d'accès aujourd'hui. L'idée serait de profiter que certains de la zone puissent accéder à des emprunts à taux bas pour compenser les difficultés d'autres pays.

 

      La seconde justification est de peser sur les marchés financiers par l'effet de masse de l'eurozone. Et, en fait, d'avoir la même puissance que les USA, qui ont une capacité d'emprunt supérieure à l'addition de celles des pays de l'eurozone. La confiance des marchés dépend en effet de la taille de l'économie. La puissance économique de l'eurozone devrait permettre d'emprunter plus sans faire augmenter les taux d'intérêt.

 

      Cependant, cette argumentation est un peu simpliste. D'abord, dans le cas où les eurobonds doivent permettre aux pays en difficultés de profiter des taux d'emprunt de ceux en meilleurs santé, on peut comprendre que les pays dits "vertueux" trouvent quelques objections, ou cherchent à tout le moins à imposer des conditions. C'est sur eux que repose finalement le risque de l'emprunt.

 

      D'autre part, la création d'eurobonds ne permettrait pas forcément des conditions favorables d'emprunt. Les eurobonds reposent sur l'idée que les conditions d'emprunt s'aligneraient sur celles du pays le mieux loti, l'Allemagne en l'occurrence. Ce pourrait très bien être le contraire: le pays le moins bien loti entraînerait les autres. Les conditions d'emprunt reposent sur la confiance. Si un pays, ou une zone économique, montre des signes de fuite en avant de sa dépense, les taux d'emprunt vont augmenter.

 

       Sur Contrepoints, Thibault Doidy de Kerguelen, fait une comparaison avec les subprime. La mutualisation des emprunts, en mélangeant les bons et les mauvais, a entraîné les bons titres dans sa chute.

 

      Les conditions d'emprunt dépendent de la confiance. A partir du moment où la dette d'une zone est mutualisée, le taux d'emprunt dépend finalement du maillon le plus faible. Il faudrait donc l'existence de mécanismes contraignants, efficaces surtout, pour les pays de la zone, pour uniformiser la gestion des deniers publics. Ce qui implique d'obliger les pays en difficulté à des efforts.

 

      Ou encore, les eurobonds impliquerait de transférer des prérogatives gouvernementales à une instance supranationale. Les emprunts financeraient les actions de cette instance, qui aurait par ailleurs des ressources. Mais, notons que dans ce cas, un Etat peut toujours faire faillitte. Si on prende l'exemple des Etats-Unis d'Amérique, un Etat fédéré, la Californie par exemple, peut faire faillite. Les obligations fédérales américaines ne signifie pas qu'un Etat fédéré ne puisse pas faire faillite. Les Etats fédérés doivent se financer eux-mêmes.

 

      Ces considérations sur les obligations des pays en difficultés en cas de création d'eurobonds ne sont pas abordés par ceux qui préconisent ces eurobonds. De même, ils ne soulignent pas que même dans un contexte fédéral comme aux USA, les Etats peuvent faire faillite. Et pourtant, ils parlent d'harmonisation des politiques économiques européennes.

 

      Il semble que cette harmonisation soit une relance keynésienne européenne. Dans ce cas, pas besoin de s'interroger sur les obligations de chacun. L'idée étant qu'il faut financer coûte que coûte la relance, qui financera l'emprunt par la croissance économique.

 

      Sauf que c'est ce qui est fait depuis les années 1970, et qui a entraîné une augmentation de la dette des Etats. A l'échelle européenne, cela risque d'aggraver la crise de la dette, et donc de mener à une rigueur d'autant plus terrible.

 

      En conclusion, les eurobonds ne sont pas le véritable débat. Elles sont mises en avant dans le but de promouvoir une relance keynésienne, relance qui est justement une des causes des problèmes de dettes des pays européens. Les eurobonds, par ailleurs, ne sont pas la garantie d'un financement des Etats à taux préférentiel.

 

      Soulignons enfin que le plan européen pour aider la Grèce, et, éventuellement, d'autres pays, répond à toutes les questions sur les eurobonds. Le plan souligne la nécessité des efforts de la Grèce. Il rappelle donc la contrainte. La garantie des obligations émises par les structures européennes est apportée par les pays de l'eurozone notés AAA. Ce qui écarte le risque que l'appréciation du risque s'aligne sur le pays le plus faible.

 

       On peut évidemment ne pas être d'accord avec l'intervention européenne, et considérer que les pays en difficultés doivent faire appel au FMI, comme n'importe quels autres pays, ou faire défaut. Mais, au moins, le plan européen tient compte de toutes les contraintes. Il est réaliste. Et il a créé de véritables eurobonds, ad hoc.

 

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Plan de l'Eurogroupe pour la Grèce: spéculation et instabilité?

24 Juillet 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

     Ce jeudi 21 juillet 2011, l'eurogroupe a accouché d'un plan de financement de la Grèce. Ont également été mis en place des mécanismes pour que l'Europe intervienne en cas de crise du même genre que la crise de la dette grecque. Les mesures de ce plan sont les suivantes.

 

Ce plan accorde une aide substantielle à la Grèce. En lui accordant des prêts. En refinançant sa dette. En diminuant les taux d'intérêt des prêts. En orientant vers ce pays une partie des fonds structurels européens. De plus, les banques participent à ce plan.

 

     Le fonds européen pourra en outre intervenir sur la base d'un programme établi à titre de précaution, pour financer la recapitalisation des établissements financiers par des prêts aux gouvernements, et de racheter des obligations souveraines sur les marchés financiers.

 

     Ce plan insiste sur les efforts de la Grèce. Il se félicite de ces efforts, en indiquant qu'ils sont indispensables «pour la reprise économique et qu'ils contribueront à la stabilité et à la prospérité futures du pays.» Il se félicite également des efforts du Portugal, de l'Irlande, de l'Espagne et de l'Italie. L'eurogroupe assure ces pays de sa confiance dans leurs efforts d'assainissement.

 

     Par ailleurs, les pays qui ne bénéficient pas d'une aide s'engagent à ramener leurs déficits sous le ratio de 3% du PIB.

 

     L'aide au refinancement de la dette grecque est certainement nécessaire. Que l'Europe en arrive à un accord est une bonne chose. C'est une grande réussite. N'oublions pas que le but premier de l'Europe, c'est la paix. Il n'y a pas si longtemps, les européens se seraient faits la guerre dans une telle situation. Qu'on soit favorable ou non à ce plan, la négociation et la coopération dont il est le résultat sont des réussites de la construction européenne.

 

     Ce texte est aussi une construction diplomatique. Il faut satisfaire ceux qui veulent faire payer le privé, ceux qui ne veulent pas de défaut de la Grèce, souligner que ce n'est pas un financement sans contrepartie, pour calmer les opinions publiques des pays qui vont payer.

 

     Parmi les objectifs de ce plan, il y a l'aide à la Grèce. Mais il y a aussi l'idée qu'un pays de la zone euro ne peut pas faire défaut sur sa dette. Il y a une question de définition, certains considérant que la Grèce est en défaut partiel. Cependant, les banques s'en sortent très bien, et ne devraient pas perdre grand chose.

 

     Cet objectif d'éviter le défaut d'un pays est une erreur. Le risque fait partie du métier des investisseurs. En protégeant les investisseurs, on les encourage à ne pas se préoccuper de la qualité des investissements, puisqu'il n'y a aucun risque. On risque ainsi une fuite en avant de l'endettement des pays européens, jusqu'à un coup d'arrêt très brutal.

 

     Le risque détermine le taux d'intérêt des emprunts. La perception du risque en fait. Si un pays est très endetté, comme le Japon, mais trouve toujours des investisseurs pour acheter la dette, à un taux raisonnable, pas de problème. Le niveau de la dette n'est pas forcément un problème en soi, si on peut toujours la placer. L'évolution des taux est un indicateur de la perception global du risque, un indicateur de la possibilité d'emprunter.

 

     Si cet indicateur est faussé, la correction est brutale. Le pays emprunteur s'imagine qu'il peut emprunter indéfiniment, mais il y a toujours une limite. La manipulation des taux à un niveau trop bas se termine par l'excès inverse, des taux trop élevés.

 

     Le plan de l'Europe pourrait également provoquer et encourager la spéculation. Un peu sur le modèle de ce qui se passait avec le SME, le système monétaire européen.

 

     Grâce à ce plan, des spéculateurs ont intérêt à attaquer la dette d'un pays en difficulté. L'Europe, pour aider le pays en difficulté, va racheter sa dette, comme elle peut le faire désormais, pour limiter la hausse des taux. Mais elle ne pourra pas le faire indéfiniment. Les spéculateurs pariant toujours plus sur la hausse des taux, et la baisse de la valeur des obligations, ils vont ramasser beaucoup d'argent quand l'Europe ne pourra plus soutenir la dette d'un pays en difficulté. Ce qui favorise la spéculation, c'est la manipulation des marchés.

 

     Les crises du SME, la crise asiatique,  provenaient de la manipulation des taux de changes. La crise actuelle provient de l'utilisation du crédit pour relancer l'économie. Les manipulations des marchés par les Etats ont toujours amené des crises.

 

     On peut se dire que la situation est exceptionnelle, les banques étant fragilisées par la crise financière. La BCE craint que les banques soient mises dans une position difficile par le défaut de la dette grecque. Elle craint aussi qu'un défaut ne complique la situation de l'Espagne et du Portugal.

 

     Cependant, un message aurait pu être clairement envoyé aux monde de la finance, indiquant qu'un pays pouvait faire défaut. Après tout, un Etat fédéré des USA peutr faire faillite. Pourquoi pas un Etat de la zone euro?

 

     La BCE craint peut-être aussi pour elle même: elle a en effet acheté beaucoup de dette grecque. Elle a beaucoup d'actifs grecs et espagnol dans ses comptes.

 

     Il y a néanmoins une sécurité à l'intervention de l'Eurogroupe: l'accord de tous ses membres doit être unanime. On peut penser que l'Allemagne, et les pays du Nord, ou encore l'Autriche, sauront protéger la zone euro. Mais ils ne pourront pas grand chose si on encourage tous les excès sur les marchés financiers, en supprimant les mécanismes de régulation prévus par l'économie de marché.

 

Annexe: le texte des gouvernements de la zone euro (provenant du site Europa):

CONSEIL DE L'UNION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 21 juillet 2011(OR. en)

 

DÉCLARATION DES CHEFS D'ÉTAT OU DE GOUVERNEMENT DE LA ZONE EURO

ET DES INSTITUTIONS DE L'UE

 

Nous réaffirmons notre attachement à l'euro et sommes résolus à faire tout ce qui est nécessaire pour assurer la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble et celle de ses États membres.

Nous réaffirmons également notre détermination à renforcer la convergence, la compétitivité et la gouvernance dans la zone euro. Depuis le début de la crise de la dette souveraine, des mesures importantes ont été prises pour stabiliser la zone euro, réformer les règles et élaborer de nouveaux outils de stabilisation. Dans la zone euro, la reprise est en bonne voie et l'euro repose sur des fondamentaux économiques solides. Mais les difficultés auxquelles nous sommes confrontés ont montré que des mesures plus ambitieuses s'imposent.

Aujourd'hui, nous sommes convenus de prendre les mesures suivantes:

Grèce:

1. Nous nous félicitons des mesures prises par le gouvernement grec pour stabiliser ses finances publiques et réformer son économie, ainsi que du nouveau train de mesures, y compris de privatisation, récemment adopté par le parlement grec. Ces mesures constituent des efforts sans précédent, mais qui sont nécessaires pour que l'économie grecque retrouve la voie d'une croissance durable. Nous sommes conscients des efforts que les mesures d'ajustement entraînent pour les citoyens grecs, et nous sommes convaincus que ces sacrifices sont indispensables pour la reprise économique et qu'ils contribueront à la stabilité et à la prospérité futures du pays.

2. Nous convenons de soutenir un nouveau programme pour la Grèce et, avec le FMI et la contribution volontaire du secteur privé, de couvrir intégralement le déficit de financement.

Le financement public total s'élèvera à un montant estimé à 109 milliards d'euros. Ce programme visera, notamment grâce à une réduction des taux d'intérêt et à un allongement des délais de remboursement, à ramener l'endettement à un niveau bien plus supportable et à améliorer le profil de refinancement de la Grèce. Nous appelons le FMI à continuer de contribuer au financement du nouveau programme pour la Grèce. Nous avons l'intention d'utiliser le FESF en tant qu'instrument de financement pour le prochain décaissement. Nous suivrons avec beaucoup d'attention la mise en oeuvre rigoureuse du programme sur la base d'une évaluation régulière effectuée par la Commission en liaison avec la BCE et le FMI.

3. Nous avons décidé d'allonger dans toute la mesure du possible le délai de remboursement des futurs prêts consentis par le FESF à la Grèce en le portant des 7,5 années actuelles à un minimum de 15 ans et jusqu'à 30 ans avec un délai de grâce de 10 ans. À cet égard, nous assurerons une surveillance adéquate après la fin du programme. Dans le cadre du FESF, nous accorderons des prêts à des taux d'intérêt équivalents à ceux prévus par le mécanisme de soutien à la balance des paiements (environ 3,5 % actuellement), proches du coût de financement du FESF, sans descendre en dessous. Nous avons également décidé de repousser sensiblement les échéances de la facilité existante mise en place pour la Grèce. Cela s'accompagnera d'un mécanisme prévoyant des incitations appropriées en faveur de la mise en œuvre du programme.

4. Nous préconisons l'adoption d'une stratégie globale pour la croissance et l'investissement en Grèce. Nous saluons la décision de la Commission de créer un groupe de travail qui collaborera avec les autorités grecques pour canaliser les fonds structurels vers la compétitivité et la croissance, la création d'emplois et la formation. Nous mobiliserons des fonds et des institutions de l'UE, comme la BEI, vers cet objectif et relancerons l'économie grecque. Les États membres et la Commission mobiliseront immédiatement toutes les ressources nécessaires pour apporter une assistance technique exceptionnelle en vue d'aider la Grèce à mettre en œuvre ses réformes. La Commission fera rapport en octobre sur les progrès accomplis à cet égard.

5. Le secteur financier a indiqué qu'il était prêt à soutenir la Grèce sur une base volontaire en recourant à différentes possibilités permettant de renforcer encore la viabilité globale. La contribution nette du secteur privé est estimée à 37 milliards d'euros1. Un rehaussement de crédit sera fourni pour étayer la qualité de la garantie, afin d'en permettre l'utilisation continue pour que les banques grecques puissent accéder aux opérations de liquidités de l'Eurosystème. Nous fournirons des ressources appropriées pour recapitaliser les banques grecques si nécessaire. 1 En prenant en compte le coût du rehaussement de crédit pour la période 2011-2014. De plus, un programme de rachat de la dette contribuera à hauteur de 12,6 milliards d'euros, portant le total à 50 milliards d'euros. Pour la période 2011-2019, la contribution nette totale de la participation du secteur privée est estimée à 106 milliards d'euros.

Participation du secteur privé:

6. Pour ce qui est de notre approche générale à l'égard de la participation du secteur privé dans la zone euro, nous tenons à préciser que la Grèce appelle une solution exceptionnelle et bien spécifique.

7. Tous les autres pays de la zone euro réaffirment solennellement qu'ils sont fermement déterminés à honorer pleinement leur propre signature souveraine et tous les engagements qu'ils ont pris en matière de viabilité des finances publiques et de réformes structurelles durables. Les chefs d'État ou de gouvernement de la zone euro appuient sans réserve cette volonté, la crédibilité de toutes leurs signatures souveraines étant un élément déterminant pour assurer la stabilité financière de l'ensemble de la zone euro.

Outils de stabilisation:

8. Afin d'améliorer l'efficacité du FESF et du MES et de faire face au risque de contagion, nous décidons d'augmenter leur souplesse, assortie de conditions appropriées, pour leur permettre:

- d'intervenir sur la base d'un programme établi à titre de précaution;

- de financer la recapitalisation des établissements financiers par des prêts aux

gouvernements, y compris dans les pays ne bénéficiant pas d'un programme;

- d'intervenir sur les marchés secondaires sur la base d'une analyse de la BCE constatant l'existence d'une situation exceptionnelle sur les marchés financiers et de risques pour la stabilité financière et sur la base d'une décision prise d'un commun accord par les États participant au FESF/MES, afin d'éviter la contagion. Nous mettrons en place les procédures nécessaires pour la mise en œuvre de ces décisions le plus rapidement possible.

9. Le cas échéant, un contrat de garantie sera mis en place de façon à couvrir le risque résultant, pour les États membres de la zone euro, des garanties qu'ils auront fournies au FESF.

Assainissement budgétaire et croissance dans la zone euro:

10. Nous sommes déterminés à continuer à apporter un soutien aux pays bénéficiant d'un programme jusqu'à ce qu'ils puissent accéder à nouveau au marché, à condition qu'ils mettent en œuvre ces programmes avec succès. Nous nous félicitons de la détermination de l'Irlande et du Portugal à mettre en œuvre leurs programmes de manière rigoureuse et réaffirmons notre ferme volonté de voir aboutir ces programmes. Les taux et les délais de remboursement de prêt que nous avons arrêtés pour la Grèce dans le cadre du FESF seront appliqués également au Portugal et à l'Irlande. Dans ce contexte, nous notons que l'Irlande est disposée à participer de manière constructive aux discussions sur le projet de directive sur l'assiette commune consolidée pour l'impôt sur les sociétés (ACCIS) et aux discussions structurées sur les questions de politique fiscale dans le cadre du Pacte pour l'euro plus.

11. Tous les États membres de la zone euro respecteront à la lettre les objectifs budgétaires fixés, amélioreront la compétitivité et remédieront aux déséquilibres macroéconomiques. Les déficits publics dans tous les pays, à l'exception de ceux bénéficiant d'un programme, seront ramenés sous le seuil de 3 % d'ici 2013 au plus tard. Dans ce contexte, nous nous félicitons du train de mesures budgétaires présenté récemment par le gouvernement italien, qui permettra de ramener le déficit sous le seuil des 3 % en 2012 et d'équilibrer le budget en 2014. Nous saluons également les réformes ambitieuses entreprises par l'Espagne sur les plans budgétaire, financier et structurel. Pour donner suite aux résultats des tests de résistance des banques, les États membres fourniront à celles-ci, le cas échéant, des filets de sécurité.

12. Nous mettrons en œuvre les recommandations adoptées en juin en ce qui concerne les réformes qui favoriseront notre croissance. Nous invitons la Commission et la BEI à développer les synergies entre les programmes de prêts et les fonds de l'UE dans tous les pays bénéficiant d'une assistance de l'UE/du FMI. Nous appuyons tous les efforts déployés par ces pays pour améliorer leur capacité à absorber les fonds de l'UE afin de stimuler la croissance et l'emploi, notamment par une augmentation temporaire des taux de cofinancement.

Gouvernance économique:

13. Nous appelons à la mise au point rapide du paquet législatif sur le renforcement du Pacte de stabilité et de croissance et sur la nouvelle surveillance macroéconomique. Les membres de la zone euro appuieront sans réserve la présidence polonaise afin de parvenir à un accord avec le Parlement européen sur l'adoption de règles de vote dans le volet "prévention" du pacte.

14. Nous nous engageons à mettre en place, d'ici la fin 2012, des cadres budgétaires nationaux, comme prévu dans la directive relative aux cadres budgétaires.

15. Nous convenons qu'il y a lieu de réduire la dépendance à l'égard des notations de crédit externes dans le cadre réglementaire de l'UE, en tenant compte des récentes propositions de la Commission dans ce sens, et nous attendons avec intérêt les propositions de la Commission sur les agences de notation.

16. Nous invitons le président du Conseil européen, en concertation étroite avec le président de la Commission et le président de l'Eurogroupe, à présenter d'ici le mois d'octobre des propositions concrètes sur la manière d'améliorer les méthodes de travail et de renforcer la gestion des crises dans la zone euro.

 

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Jacques Sapir et l'euro, fin

9 Juin 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

     Un internaute a aimablement indiqué le lien vers le document de travail de Jacques Sapir, dans lequel il spécule sur une sortie de l'euro de la France.

 

     Il en ressort que ce n'est pas l'euro le problème selon Sapir. C'est l'ultra-libéralisme.

Jacques Sapir préconise un financement de l'Etat par la banque Centrale, en l’occurrence la banque de France si le pays sort de l'euro.

 

     Reconnaissant que l'inflation sera forte en cas de sortie de l'euro, il préconise une augmentation des salaires, d'abord les plus bas, puis l'ensemble des salaires par le biais d'une grande conférence patronat - syndicats.

 

      En somme, Sapir propose l'hyper-inflation, que la France à évité de justesse dans les années 1980, et que le Brésil, qui l'a connue, ne veut plus connaître.

 

      Selon Sapir, la dévaluation permettra de réindustrialiser la France. Il faut selon lui maintenir la parité du franc basse, en dévaluant à chaque fois que la compétitivité diminue.

 

     Le problème, c'est que, dans un système de changes mobiles, la parité dépend de la confiance dans une monnaie. Si la confiance s'écroule, la monnaie s'écroule, pas besoin de la dévaluer. Sapir prétend contrôler cet écroulement par un contrôle des changes. Sauf que dans tous les pays, comme Cuba, qui sont dans cette situation, le résultat est un taux de change parallèle, et, même, la préférence pour une monnaie étrangère, comme le dollar.

 

     Sapir soutient que cette issue est évitable, par un contrôle des changes et des capitaux, en prenant pour exemple la Chine, qui contrôle sa monnaie.Sauf que la Chine ralentit l'appréciation de sa monnaie. Ce qui n'a rien à voir avec le fait de freiner la dépréciation d'une monnaie.

 

     En résumé, Jacques Sapir veut plonger la France dans la misère, en réitérant toutes les erreurs du passé.

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Jacques Sapir et l'euro, suite

2 Juin 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

      Après s'être interrogé sur l'opportunité pour la Grèce de sortir de l'euro, Jacques Sapir, toujours dans Marianne 2, s'interroge sur l'intérêt même de l'euro, en particulier pour la France.

 

      On retrouve dans cet article tous les poncifs sur l'euro. Celui-ci serait responsable de la rigueur, de la faible croissance, de la désindustrialisation.

 

      Dans cet article, Jacques Sapir semble indiquer que le fait de sortir de l'euro et d'adopter une monnaie dévaluée, de 25% dans son raisonnement, provoquera un choc de 2% sur le PIB, du fait d'une baisse de la consommation. Ce choc serait inférieur aux mesures de rigueur imposées, selon lui par l'euro, et la dévaluation permettrait à l'économie de repartir.

 

      Dans son raisonnement, Sapir fait totalement l'impasse sur le financement du budget public. Il n'en parle pas. Pourtant, une dévaluation ne permet pas de trouver des financements. Pourquoi la Grèce est-elle soumise à un plan de rigueur? Parce qu'elle a des dépenses supérieures à ses ressources, et que les prêteurs demande des taux d'intérêt de plus en plus élevés, par manque de confiance. Le problème est le même dans la zone euro ou hors de cette zone. Dans les années 1980, la dévaluation n'a pas évité à la France un plan de rigueur mémorable. Sapir élude complètement cette question, ce qui rend son raisonnement totalement vide.

 

      Sapir fait allusion à un document de travail duquel il a tiré cet article. La question est peut-être étudiée dans ce document. L'article de Marianne n'en parlant pas, on peut considérer qu'il n'aborde pas le sujet qu'il prétend traiter, à savoir les avantages et les inconvénients de l'euro.

 

      De même, il ne traite pas du taux d'intérêt dont bénéficieraient les entreprises si la France sortait de l'euro. C'est un point éludé par tous les contempteurs de l'euro, qui décrètent que la politique de la BCE est trop rigoureuse. Hors, il n'est pas certain que hors de l'euro les entreprises, et les ménages, bénéficieraient de taux si bas.

 

      Les poncifs sur l'euro repris par Sapir sont très mal étayés, en contradiction avec la réalité. Ainsi, l'austérité serait due à l'euro. Il a déjà été montré qu'euro ou pas, c'est l'endettement qui provoque l'austérité.

 

      L'euro serait aussi responsable de la faible croissance et de la désindustrialisation. Le tout provoqué par un euro trop fort, et qui serait résolu par une forte dévaluation.

 

      On peut d'abord se demander ce que l'on appelle désindustrialisation, la valeur ajoutée produite par l'industrie augmentant, bien que certains services, qui étaient intégrés auparavant, soient externalisés, ce qui réduit le poids relatif de l'industrie dans les statistiques mais pas son poids réel ( comme l'explique très bien cet article: La mondialisation a bon dos).

 

      Ensuite, le pays qui est montré en exemple pour avoir gardé un poids de l'industrie très fort, c'est l'Allemagne! Pays membre de la zone euro, et, plus encore, dont l'ancienne monnaie est le modèle de l'euro. D'ailleurs, la BCE est à Francfort! L'Allemagne est par ailleurs un des principaux pays exportateur de la planète, et ne vient de perdre son titre de premier exportateur qu'il y a peu. (Concernant l'Allemagne, cf la série d'articles de ce blog sur ce pays.)

 

      D'autre part, une économie comme la France est quand même suffisamment forte pour avoir un niveau de vie largement supérieur à celle des pays émergents. Ce qui signifie qu'elle n'est pas tant que ça en concurrence avec les pays émergents, et, surtout, reprendre les productions assurées aujourd'hui par les pays émergents ne peut-il pas avoir des conséquences sur le niveau de vie?

 

      Sapir adopte les théories mercantilistes. Des théories simplistes, qui ne tiennent pas compte de la réalité.

 

      Sapir ne tient pas compte de la réalité non plus quand il traite de l'inflation. Il estime qu'une sortie de l'euro entraînera de l'inflation, qui pèsera donc sur le pouvoir d'achat. Il préconise donc une échelle mobile des salaires, soit une indexation sur l'inflation.

 

      Ce système avait été remis en œuvre avec la crise des années 1970. Il a ensuite été abandonné car il créait une spirale inflationniste!

 

      L'article de Sapir ignore totalement l'expérience économique de ces dernières années. Si les pays en sont venus à la rigueur, ce n'est pas par idéologie. Les gouvernants, élus, évitent de proposer des efforts aux électeurs. Ils ne le font que quand c'est vraiment inévitable.

 

      Le débat est toujours bienvenue, mais il n'y a ici pas d'argument. Peut-être ces arguments sont-ils dans le document de travail cité par Sapir. Dans ce cas, l'article est vraiment trop pauvre.

 

      Cet article ne démontre donc aucunement que la Grèce, la France, ni aucun pays de la zone n'aurait intérêt à la quitter.

 

(On peut citer ici l'exemple du Brésil, qui n'a jamais été aussi prospère que depuis qu'il a une politique monétaire stricte. Cette politique stricte permettant de rendre efficace la politique sociale par ailleurs: cf   Présidentielle 2010 au Brésil    )

 

 

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La Grèce a-t-elle intérêt à sortir de l'euro?

30 Mai 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

      L'auteur de l'excellent blog sur la Grèce Kafenio m'a suggéré cet article de Marianne. Dans celui-ci, Jacques Sapir suggère que l'intérêt de la Grèce est de quitter l'euro. Il écrit: «Si la sortie de l’Euro posera certainement des problèmes importants, le choc social sera cependant bien moins important que dans l’austérité continue que la Grèce devrait s’imposer pour plusieurs années si elle voulait à tout prix rester dans l’Euro.»

 

      Donc, selon Jacques Sapir, c'est l'euro qui force la Grèce à l'austérité. Il est toujours étonnant de lire de tels propos de la part d'un économiste. L'histoire économique se charge de le démentir. Ainsi, la dévaluation n'a pas empêché le terrible plan de rigueur qu'a connu la France dans les années 1980. La rigueur a été si terrible que le mot en est devenu tabou, en particulier chez ceux qui l'ont initiée, les socialistes.

 

      A l'initiative de l'Allemagne, l'Union Européenne a placé l'aide à la Grèce sous l'égide du FMI, du fait de son expérience. Les plans du FMI, même ceux qui incluent des dévaluations, impliquent toujours la rigueur.

 

      Une dévaluation équivaut en fait à une baisse des salaires. Les produits importés augmentent, dont le pétrole, si indispensable au transport, et le pouvoir d'achat baisse. Il n'est même pas garanti que les exportations repartent.

 

      Mais une dévaluation ne règle pas le problème du financement de la dette. D'où la rigueur.

 

      D'autant plus quand la dette est libellée dans une monnaie étrangère. Si la Grèce quitte l'euro, sa dette sera de facto libellée dans une monnaie étrangère. La nouvelle monnaie grecque sera dévaluée par rapport à l'euro, et donc la dette flambera, à la fois le principal et les intérêts. D'où encore plus de rigueur.

 

      Une restructuration de la dette dans l'euro permettra de soulager la Grèce. Une restructuration hors de l'euro n'aura pas beaucoup d'effet.

 

      Enfin, n'oublions pas les effets bénéfiques de l'euro. Les banques grecques sont soutenues par la Banque centrale Européenne, qui les refinance. Ce qui permet aux entreprises grecques de bénéficier de taux d'intérêt beaucoup plus bas que si le pays n'était pas dans la zone euro.

 

      La dévaluation ne fait pas de miracle. Elle n'évite pas la rigueur, et équivaut à une baisse de pouvoir d'achat. Tout ce qu'on reproche à l'euro en fait.

 

      En conclusion, l'euro n'est pas la cause des problèmes de la Grèce. On peut éventuellement lui reprocher d'avoir faciliter l'endettement du pays. Mais en fait, même si c'est difficile pour les grecs, il préserve des taux d'intérêt bas pour le financement des entreprises.

 

(Sur la Grèce, voir aussi: L'Europe est-elle trop sévère avec la Grèce? ,  La crise grecque et l'Europe La crise grecque et l'Europe, suite.  , Le plan européen pour la Grèce  , Grèce: un retournement monétaire?  )

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L'Europe est-elle trop sévère avec la Grèce?

29 Mai 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

      Le plan d'aide à la Grèce suscite des critiques, de la part des grecs notamment. Ce plan, concocté par l'Union Européenne et le FMI, est accusé d'être trop rigoureux, et donc trop injuste, d'enfoncer le pays par ses mesures d'austérité alors que ce dernier aurait besoin d'une relance, de peser trop sur les défavorisés. Enfin, il est reproché à l'Union Européenne de demander des taux d'intérêt trop élevés, et d'avoir laissé les déficits se creuser en Grèce sans rien dire pour favoriser l'accession au pouvoir d'un socialiste, mieux à même d'imposer la rigueur.

 

      Ces reproches sont-ils justifiés? Les grecs paient un lourd tribut à la crise, et on ne peut que comprendre leur ressentiment. Un bilan, ou point d'étape, n'est pas inutile, pour évaluer si le plan d'aide à la Grèce est trop rigoureux, la responsabilité de l'Europe, et pour déterminer ce qu'il reste à faire pour la Grèce.

 

      Les contreparties demandées à la Grèce en échange du plan d'aide de l'Union Européenne et du FMI sont-elles trop rigoureuses? A chaque fois que le FMI aide un pays, il est accusé d'être trop sévère. On parle de dogmatisme de l'équilibre financier, d'ultra-libéralisme.

 

      Quand un pays a besoin de l'aide du FMI, c'est qu'il est au bord de la faillite. Il a emprunté, sa gestion n'inspire pas confiance, les préteurs ne veulent plus rien lui prêter, sauf à des taux prohibitifs.

 

      Ce n'est pas une question idéologique, ni une question de théorie économique. C'est un problème purement financier. Ce n'est pas non plus les marchés financiers qui font la loi. Que le financement provienne des banques, des marchés financiers, des particuliers, le problème est le même: quand la confiance n'est plus là, le crédit se tarit.

 

      Il faut alors faire des économies, chercher des ressources supplémentaires, d'où la rigueur.

 

      Bien sûr, il y a toujours des gens, l'ancien président du FMI, Dominique Strauss Kahn en tête, pour prôner la relance keynésienne, disant qu'il faut dépenser pour relancer l'économie. D'autres qu'il faut faire marcher la planche à billets. Mais la réalité est inévitable, et même Strauss Kahn a élaboré des plans de rigueur pour permettre à la Grèce de bénéficier d'une aide. Notons d'ailleurs que la BCE a fait marcher la planche à billet pour soutenir les banques, et les banques grecques en profitent largement, et qu'elle a utilisé une part des liquidités créées pour racheter des obligations grecques. Cela n'a pas suffi.

 

      Les pays obligés de se plier à la discipline du FMI ont du ressentiment envers l'organisme. D'autant que les gouvernements n'acceptent pas de reconnaître leurs erreurs. Le FMI, et, dans le cas de la Grèce, l'Union Européenne, sont les boucs émissaires de la rigueur, inévitable pourtant.

 

      L’Europe a-t-elle une responsabilité, en ayant sciemment ignoré certains signes avant-coureurs, pour favoriser des amis politiques? Le bruit a couru, mais c'est difficile à vérifier.

 

      Par contre, l'appareil statistique de l'Union Européenne laisse à désirer. Il ne fait que reprendre les chiffres des organismes nationaux, sans contrôle. Alors qu'on pourrait penser qu'un chiffre publié sous son égide est signe de crédibilité. Eurostat avait même repris les chiffres du chômage de l'INSEE, à l'époque où ce dernier avait changé de méthode et constaté des discordances. Il n'avait pas publié ses chiffres en France, ce qui avait créé une polémique sur les chiffres du chômage.

 

      D'autre part, l'empressement à accueillir de nouveaux pays dans la zone euro a peut-être été un peu trop grand. On peut pardonner à des économies comme celles de l'Allemagne ou de la France des écarts budgétaires. Mais la Grèce n'inspirait pas la même confiance.

 

      L'euro a certainement permis à la Grèce d'emprunter plus facilement. Peut-être d'emprunter trop facilement.

 

      Enfin, l'Union Européenne n'a absolument pas prévu qu'il soit nécessaire de renflouer un pays. Tout reposait sur les critères de Maastricht. Le respect de ces critères devait empêcher un pays de faire défaut. La crise budgétaire grecque illustre bien les limites de cette approche uniquement préventive. Il est difficile de forcer un pays à respecter ces critères. Sanctionner un pays quand il est en déficit est délicat, et trop tardif. La France et l'Allemagne ont d'ailleurs refusé de se plier aux sanctions en 2003. La crise budgétaire grecque a montré la nécessité de prévoir un dispositif, ce à quoi les européens se sont attelés, mais dans l'urgence, et en pleine crise. Ce qui rend les débats plus difficiles et moins sereins.

 

      De plus, si un dispositif de renflouement avait été prévu à l'avance, identique pour tout le monde, il aurait certainement mieux accepté. Aujourd'hui, les grecs se sentent stigmatisés, d'autant plus que certaines remarques de la part de certains pays ont été acerbes.

 

      Enfin, sachant ce qui se passerait en cas de défaut, un dispositif prévu à l'avance, avec toutes les contraintes que cela suppose, aurait eu un effet plus dissuasif que les critères de Maastricht.

 

      La Grèce revient dans l'actualité car elle aurait à nouveau besoin d'aide. Comment l'aider? Le débat est ouvert, entre restructuration de la dette et nouvelle aide européenne, en passant par des privatisations.

 

      Il est impossible d'envisager quoi que ce soit de précis simplement avec les informations des médias. Il faudrait connaître précisément la situation du pays. Mais on peut rester dans le domaine théorique.

 

      Aujourd'hui, on s'aperçoit, ou on feint de s'apercevoir, que la Grèce aura besoin de temps pour sortir de sa situation. L'aide d'urgence ne suffit pas. Ce qu'il faut, c'est un programme, étalé dans le temps, avec des objectifs réalistes, et, surtout, crédibles, pour diminuer les déficits. La Grèce retrouverait ainsi la confiance des prêteurs. Elle en aurait moins besoin aussi.

 

      Un tel programme doit tenir compte de nombreux éléments. Par exemple, quelle est l'efficacité en matière de recouvrement d'impôt, les prélèvements sont-ils assis sur une base assez large, les règles juridiques sont-elles un frein ou non à l'activité, etc. C'est une grande revue et un grand travail de réforme, à faire en collaboration avec, en l'occurrence, l'Union Européenne.

 

      Ce qui implique de prendre son temps. Il aurait fallu utiliser le ballon d'oxygène fourni par la première aide européenne pour négocier un tel programme.

 

      Ce programme doit aussi tenir compte de la situation des autres pays européens. Rappelons que ces derniers ne sont pas au mieux financièrement non plus, et que leur population doit elle aussi faire des efforts. Efforts sans commune mesure avec ceux demandés au grecs, mais qui réduisent la marge de manœuvre des gouvernements.

 

      Par ailleurs, quel serait l'impact d'une restructuration de la dette grecque sur les banques européennes? On nous prédit une catastrophe en cas de restructuration. Tandis que les banques se font rassurantes.

 

      Enfin, dans quelle mesure ce qui se passe en Grèce va influencer la situation dans d'autres pays, tel le Portugal et l'Espagne?

 

      Cela fait de nombreux éléments à prendre en compte, et ce n'est pas par les médias que l'on peut avoir toutes les informations.

 

      Par contre, l'Europe pourrait faire plusieurs gestes. D'abord, les taux d'intérêt des prêts accordés à la Grèce doivent être bas, indexé sur l'évolution de l'emprunt européen. A partir du moment ou un programme est décidé, et appliqué, il faut en favoriser la réussite sans en renchérir le coût pour le pays.

 

      L’Europe pourrait aussi s'occuper sérieusement de ses frontières, plutôt que de laisser la Grèce, qui est une porte d'entrée dans l'Union, aussi esseulée. Une véritable coopération en ce domaine permettrait des économies, peu importantes, mais bienvenue pour la Grèce.

 

      Il faudrait aussi clarifier la situation sur les achats d'armes de la Grèce aux pays de l'Union Européenne. Certains parlent de demandes pressantes, de la part de la France et de l'Allemagne notamment, pour que la Grèce achètent des armes. On peut espérer que ce ne sont que des spéculations, car il ne faudrait pas renforcer les difficultés du pays.

 

      En conclusion, la leçon que nous donne la crise budgétaire grecque, c'est qu'il ne faut pas jouer avec les déficits publics. Leçon connue pourtant. Si la situation en est là, c'est parce que la Grèce a une dépense publique trop importante par rapport à ses ressources, et parce que les autres pays de l'Union Européenne ne sont pas dans une situation brillante non plus de ce côté. Et ce n'est pas à cause de la crise. Celle-ci a accru les déficits, certes, mais si l'Europe est obligée de s'infliger, en pleine crise, de la rigueur pour les diminuer, c'est parce que même en période de croissance, elle est en déficit.

 

      La deuxième leçon, c'est qu'il aurait été nécessaire de prévoir le renflouement de pays en difficultés au moment de la création de l'euro. L’Europe construit aujourd'hui un dispositif d'aide, mais dans l'urgence et la confusion, et en pleine crise.

 

      Même si les crises font avancer l'économie, quand on en tire des leçons, il aurait été préférable de prévoir, et d'atténuer ainsi les difficultés des populations.

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La crise grecque et l'Europe, suite.

5 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

     Les événements qui se produisent en Grèce semblent indiquer que j'ai fait preuve de trop d'optimisme dans mon article précédent. j'y avais souligné le progrès que constituait le plan d'aide à la Grèce. Je soulignais qu'il n'y a pas si longtemps, une crise financière telle qu'aujourd'hui aurait entraîné une guerre. Or, le Grèce a connu aujourd'hui des violences, et des morts. 
 

     Dans cet article, je prenais le contrepied des critiques adressées à l'Europe, sur sa lenteur à aider la Grèce. J'écris que les pays d'Europe n'ont pas été si lent: un pré-accord rapide, et une aide dès qu'elle est demandée. J'ai aussi souligné que ce processus paraissait normal. Ce qui était une évolution considérable. Il était une époque pas si lointaine où cette solidarité n'aurait pas paru normale. Par conséquent, je maintiens ce que j'ai écrit. 
 

     Par contre, j'ai effectivement négligé d'envisager les réactions, prévisibles, des Grecs. Dans un cas comme celui-ci, l'Europe apparaît souvent comme bous émissaire. Elle est souvent choisie comme bouc émissaire par les pays européens. L'euro, en particulier, rempli bien ce rôle. En France, c'est à cause de l'euro, et de la BCE, qu'on ne peut faire une politique de relance. Sauf que c'est ce que le pays fait actuellement, sans que la croissance soit au rendez-vous. Sauf que la France oublie qu'elle n'aurait jamais eu des taux d'intérêt aussi bas, malgré son déficit récurrente, malgré ses vicissitudes politiques, sans l'euro. Et, sans l'euro,nous serions déjà en plein plan de rigueur. 
 

     Le FMI aussi a l'habitude d'être critiqué, à tel point qu'il en paraît parfois traumatisé. Il est le grand méchant, qui impose des plans de rigueur aux populations. Et l'on oublie que le FMI arrive toujours quand un pays est en crise. Mais que ce n'est pas sa faute si le pays est en crise. Le FMI agit comme une banque, imposant des conditions purement financières. Mais, justement, le FMI est une banque! Et il réussit plutôt bien sa tâche. Par exemple, les pays d'Asie se sont bien remis de la crise qu'ils ont connu. Accuser le FMI des crises c'est comme accuser les pompiers d'être pyromanes. Le FMI n'intervient que quand la situation est catastrophique. Il ne peut être tenu responsable d'une situation qu'il n'a pas contribué à créer. Ses méthodes sont dures. Oui, car il est le dernier recours. Les vrais responsables, dans ces cas, sont ceux qui ont mis le pays dans la nécessité d'une intervention du FMI. Le FMI n'est rien d'autre qu'une banque, et agit comme telle. Il n'est que voir le grand écart de son président, qui a poussé aux plans de relance et donc aux déficits budgétaires, mais qui contraint à la rigueur les pays auxquels il prête. 
 

     Dans le cas de la Grêce, l'Europe tient le rôle du banquier. Mais elle n'est pas responsable de la situation du pays. 
 

     Il faut reconnaître que les critiques des allemands, et le surnom de PIGS (cochons en anglais) donné par les anglais pour désigner le Portugal, l'Italie, la Grêce, et l'Espagne (Spain en anglais), n'ont pu qu'envenimer la situation. 
 

     Il faut aussi souligner que la crise grecque a débuté alors que ce pays était en période électorale, ce qui est peu propice à une action efficace dans le domaine budgétaire. 
 

     Enfin, soulignons les déclarations du ministres des finances grecs, relayées par Le Figaro, qui reconnaît que son pays a fait des erreurs. On verra ce que donne ce genre de déclaration. Mais cela montre que les Grecs, contrairement à ce qu'on dit, prennent leurs responsabilités. La France aussi à tendance à ne se réformer qu'en temps de crise. 
 

     Certains pourraient conclure que je suis trop compréhensifs à l'égard des grecs. Peut-être. J'ai tendance à blâmer les dirigeants plutôt que les populations.

 

     Enfin, on pourrait souligner ce que l'Europe, et en particulier l'euro, apportent à la Grêce, dans cette situation de crise: des taux d'intérêt bas. En effet, les banques grecs peuvent toujours se refinancer auprès de la BCE,à des taux très bas. Si la Grêce n'était pas dans l'euro, ces taux de refinancement flamberait, ralentissant encore plus l'économie. Cela, aucun média ne le dit, à ma connaissance.

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