Analyse Libérale

Articles avec #eco actu tag

Pauvreté et inégalités aux Royaume Uni sous le gouvernement Cameron

2 Septembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

La France a le meilleur système social du monde, c'est bien prouvé. Il suffit de regarder dans l'actualité ce qu'il en est de nos voisins : inégalités salariales en Allemagne, emploi zéro heure au Royaume Uni, sans compter l'inégalité croissante entre les salaires des grands patrons et les salariés. Il ne nous faut donc pas adopter la politique économique de nos voisins.

Sauf que l'information qui nous est diffusée est largement incomplète, pour ne pas dire biaisée. Les petits défauts de nos voisins sont largement médiatisés, tandis que leurs réussites sont passées sous silence. Ainsi en est-il pour l'inégalité en Allemagne, comme je l'ai montré dans un précédent article : plus grande inégalité salariale entre la France et l'Allemagne ne signifie pas plus grande inégalité de revenus, car le chômage est plus faible en Allemagne.

Voyons aujourd'hui le cas du Royaume Uni. Durant la torpeur du mois d'août nous a été diffusée la différence entre le salaire moyen des patrons britanniques et le salaire moyen. Ce jour, c'est une augmentation de 20% des contrats dits zéro heure qui nous est annoncée. Tout laisse à penser que le système britannique est très inégalitaire, surtout depuis que ce sont les conservateurs qui gouvernent.

Curieusement, une information parue le 25 juin 2015 a été passée sous silence. Pourtant, il s'agissait d'une étude très attendue sur les revenus au Royaume Uni, du Department for Work and Pensions. Mark Easton, éditorialiste à la BBC, écrit que ce jour "était celui, nous disait-on, où nous verrions une forte augmentation de la pauvreté tandis que serait inclus dans les chiffres officiels pour la première fois le plein impact des coupes dans l'Etat Providence.

Mais, à la place, les chiffres sont restés largement stables, et le gouvernement peut se permettre de déclarer que «la proportion de personnes avec de bas revenus est à son plus bas niveau depuis le milieu des années 80.»"

Les chiffres sont clairs : les revenus sont stables en 2014 par rapport à 2013. La politique de David Cameron a endigué la baisse des revenus provoquée par la crise, et la politique de Gordon Brown. Plutôt que de reporter chiffres et graphiques ici, je vous invite à vous reporter à l'étude, via ce lien. Je reprendrai seulement deux graphiques significatifs.

D'abord, l'évolution des revenus moyens :

Pauvreté et inégalités aux Royaume Uni sous le gouvernement Cameron

Et un graphique décrivant l'évolution des inégalités, si chères à la France :

 

 

Pauvreté et inégalités aux Royaume Uni sous le gouvernement Cameron

On constate que les inégalités n'ont pas augmenté sous le gouvernement Cameron, au contraire du gouvernement travailliste. Et on constate l'inanité d'une statistique comparant les salaires des patrons au salaire moyen pour mesurer l'inégalité.

 

Comme pour l'Allemagne, le résultat de la politique de Cameron est la création d'emplois. Ces emplois procurent des revenus, et des revenus durables ou soutenables pour employer un jargon à la mode, c'est-à-dire que ces revenus ne dépendent pas de la dépense publique. Pour une description de la politique économique du Royaume Uni, on se référera aux articles d'Emploi 2017 : La recette britannique de la réduction du chômage , et Élections britanniques : les ressorts méconnus du succès économique. On pourra y ajouter celui-ci, Apprentissage au Royaume-Uni : les clés d'un succès, qui montre que le Royaume Uni prépare l'avenir en se souciant de la formation de sa main d’œuvre.

 

Voici donc un tableau très différent de ce que nous rapportent les médias français. Il n'est pas idyllique, mais témoigne de l'amélioration de la situation économique au Royaume Uni, notamment du point de vue des revenus. Ceux-ci étant d'ailleurs en augmentation en 2015.

Lire la suite

L'augmentation des salaires aux USA

5 Avril 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

Les magasins Wal-Mart, Target, et la chaîne de fast food Mac-Donald's ont annoncé aux USA des augmentations des salaires minima de leurs salariés. Ce mouvement est significatif de l'évolution de l'économie, ainsi que des effets des politiques économiques.

Il est d'usage en France de regretter le bon temps de l'industrie, et du travail à la chaîne, période de croissance, de plein emploi, et de bons salaires. La vision est idyllique. Il y avait de petites manufactures, sans les avantages des grandes entreprises, le travail à la chaîne était pénible, et critiqué. Cependant, la croissance économique permettait le plein emploi et des salaires corrects. Il en est né un mythe de l'industrie, alors qu'à leur apparition les usines étaient surnommées des moulins de Satan (satanic mills) en Angleterre. Et l'on considérait que la vraie valeur et la prospérité venait de l'agriculture. Mais la prospérité engendrée par la révolution capitaliste, dont l'industrie était le vecteur, a permis l'augmentation des salaires, et du niveau de vie.

Les services ont suivi le même chemin. Avant même la révolution industrielle, le service était essentiellement la domesticité. Puis il est devenu une activité très variée, jusqu'à devenir majoritaire auprès de la population active. Et les supermarchés tels que Wal-Mart, Target, ou les entreprises de fast food telles que Mac-Donald's, remplacent les grandes industries de la précédente époque. Comme les grandes industries, elles proposent de meilleures conditions de travail pour attirer de bons salariés, à un moment où une part importante de la population active des USA s'est retirée du marché du travail. Même si le taux de chômage paraît faible, il y a un taux d'inactivité important.

Du point de vue de la politique économique, l'augmentation des salaires est un camouflet à la politique keynésienne de relance de l'économie. Depuis les années 1990, la politique économique consiste à utiliser la monnaie pour relancer la dépense. La Fed baisse les taux d'intérêt pour relancer la croissance. Le summum a été atteint après l'éclatement de la bulle ineternet en 2001. En 2002, les USA décident de créer une bulle immobilière, en baissant les taux d'intérêt, et en favorisant les prêts immobiliers. La réglementation bancaire, via les critères de Bâle, favorise également l'immobilier, comme le montre l'évolution du crédit depuis 1973. L'objectif est dans un premier temps de favoriser le marché immobilier. Ce qui provoque la croissance du secteur de la construction, et l'augmentation de la valeur des maisons. Cette augmentation de la valeur des maisons crée un effet richesse. C'est-à-dire que les propriétaires empruntent, en hypothéquant leur maison, au besoin en prenant une deuxième hypothèque, pour consommer. Toutes ces dépenses, selon la logique keynésienne, doivent favoriser la croissance, l'augmentation des revenus, ce qui devrait favoriser à nouveau la dépense, et ainsi de suite, dans un cercle vertueux. Cette politique était notamment encouragée par le Prix Nobel Paul Krugman, chantre du keynésianisme.

Cette politique a débouché sur la crise actuelle. Les emprunteurs ne pouvaient plus rembourser. Et s'ils ne pouvaient plus rembourser, c'est notamment parce qu'il n'y a pas eu d'augmentation des revenus réels. La politique de dépense n'a pas provoqué de hausse de salaires. Or, des hausses se produisent aujourd'hui, alors même que l'effet richesse, et tout le mécanisme de soutient de la demande, a cessé. Certes, la Fed a repris sa politique de taux bas, elle a provoqué une hausse des marchés financiers, et a injecté beaucoup de liquidités dans l'économie. Mais le marché immobilier s'est effondré. Les banques ne prêtent plus aussi facilement. Il y a un phénomène logique de rémanence dans l'économie, qui se souvient des enchaînements qui ont mené à la crise. L'effet richesse ne profite qu'aux plus riches, qui ont un patrimoine financier important. Par contre, l'économie US s'est restructurée, et a gagnée en productivité. Comme par hasard, les hausses de salaires apparaissent après la hausse de la productivité. Il s'agit d'une hausse de productivité globale, qui finit par tirer à la hausse des salaires d'emplois qui ne sont pas forcément les plus productifs.

Une hirondelle ne fait pas le printemps. L'économie repose sur plusieurs leviers. Il est trop tôt pour y voir un enchaînement vertueux de la croissance. L'Etat doit notamment se désintoxiquer de la dette. Ce qu'il faut retenir, c'est que la politique en faveur de la dépense n'a pas produit de hausses de salaires, et que celles-ci apparaissent quand l'économie américaine se restructure et gagne en productivité. C'est une défaite de la macroéconomie keynésienne. Et une victoire des théories classiques et néoclassiques de l'échange.

Lire la suite

Tirole Prix Nobel

13 Octobre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

Le prix d'économie de la banque de Suède, dit prix Nobel d'économie, a été décerné en 2014 à Jean Tirole. J'avais lu quelques papiers de ce chercheur sur web. Je n'imaginais pas qu'il puisse être nobélisable.

 

Tirole m'a paru être un économiste big brother, de ceux qui veulent contraindre les agents économiques, en leur imposant un comportement. Il est récompensé pour ses travaux sur la régulation. Mais j'ai plutôt trouvé qu'il était dirigiste, et non régulateur.

 

Il y aune différence entre dirigisme et régulation. Le dirigisme, c'est imposer un comportement aux agents économiques, les banques par exemple. La régulation, c'est établir des règles, qui permettent de limiter les excès, en créant une sorte d'effet de rappel, ou de cliquet.

 

Par exemple, le dirigisme peut précipiter l'économie dans une crise systémique, en imposant le même comportement aux banques. Et, en fait, c'est ce qui s'est produit (voir ici).

 

La crise financière provient en effet à la fois de ce qui est appelé régulation, et de la politique économique des USA, mais aussi de certains pays, comme l'Espagne ou la Grèce. L'idée de la "régulation" et de la politique économique est de stimuler l'économie par la création monétaire, c'est-à-dire le crédit. C'est ainsi qu'après 2001, la Réserve Fédérale, a maintenu les taux d’intérêt bas, pour relancer l'économie. Le gouvernement US a encouragé l'accession à crédit à la propriété par les agences Fannie Mae et Freddy Mac. Il a également encouragé, ou imposé, le crédit aux ménages moins solvables par le Community Reinvestment Act. Tandis que les critères de Bâle, qui régulent les banques, ont encouragé les prêts immobiliers. Tous ces éléments ont conduit à la crise.

 

Il y a également une certaine schizophrénie chez les dirigistes. Aujourd'hui, ils critiquent les banques car elles ne prêtent pas assez au secteur productif, et de l'autre ils multiplient les contraintes à l'encontre des banques qui prêtent au secteur productif.

 

Pourtant, il est assez facile de réguler le secteur financier. Jesus Huerta de Soto, dans son livre Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, souligne que le dépôt dans une banque est un contrat. Les déposants pourraient donc choisir où leur argent est investi, ainsi que réclamer des garanties de leur banque. En clair, les "régulateurs" pourraient obliger les banques à avoir un contrat type de placement sans risque des dépôts, un contrat transparent, dont la liquidité serait garantie par un dépôt auprès de la banque centrale. Les banques qui ne respecteraient pas la réglementation verraient leurs dirigeants punis pénalement. Les banques pourraient par ailleurs accorder tous les crédits qu’elles voudraient, mais elles ne seraient plus protégées par une banque centrale en cas de faillite. C'est le principe de responsabilité, le meilleur régulateur.

 

Mais, ce schéma pose problème. Parce que le crédit esst considéré clmme l'alpha et l’oméga de la croissance. Et, surtout, car la régulation favorise l'endettement des Etats. En effet, selon les critères de Bâle, les obligations d'Etat sont sans risque.

 

La fondation Nobel vient donc de récompenser le courant économique responsable de la crise. Cependant, il faut reconnaître que le Nobel récompense indifféremment tous les courants en économie. La problématique est de savoir si l'économie va enfin adopter une démarche scientifique. C'est-à-dire mettre à l'épreuve ses hypothèses,et accepter de les changer si la réalité les contredit, comme c'est le cas aujourd'hui.

Lire la suite

Mauvaise nouvelle: le taux de pauvreté diminue!

22 Septembre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

L'actualité illustre malheureusement l'absurdité de ce qui est considéré comme le taux de pauvreté en France et en Europe. En effet, comme le montre l'INSEE, le taux de pauvreté a baissé en 2012 par rapport à 2011, mais c'est une mauvaise nouvelle. Car, en fait, les français sont plus pauvres !

 

Ce paradoxe est directement lié au concept choisi comme taux de pauvreté. Dans un premier temps, on calcule le revenu médian. C'est le revenu qui sépare en deux la population : 50% gagne plus, 50% gagne moins. Ensuite, on considère que ceux qui gagnent moins de 60% du revenu médian sont pauvres. Le taux de pauvreté est donc le pourcentage de personnes qui gagnent moins de 60% du revenu médian.

 

Avec une conséquence mécanique : quand le revenu médian diminue, et que par conséquent la population s'appauvrit, le taux de pauvreté diminue. Et, quand le revenu médian augmente, et que la population s'enrichit donc, le taux de pauvreté augmente. En 2012, le revenu médian a baissé, et donc le taux de pauvreté a diminué.

 

Pourquoi mesurer le taux de pauvreté de cette façon ? Il s'agit bien sûr plutôt d'un taux d'inégalité. Ce qui est mesuré, c'est l'inégalité des revenus. Le taux diminue si l'inégalité diminue, et inversement. Mais quel lien avec la pauvreté ? Même si on considère que la pauvreté vient de l'inégalité, la construction de ce taux de pauvreté est aberrante. Un égalitariste forcené ne considérerait quand même me pas qu'un taux de pauvreté qui diminue quand la pauvreté globale augmente est une bonne mesure ! Ou alors, nous sommes dans une situation où l'égalitarisme mène à l'aveuglement idéologique.

 

Aux USA, la pauvreté est mesurée différemment. On considère le prix de ce qui est nécessaire pour subsister. La mesure n'est sans doute pas parfaite, mais plus logique.

 

Le taux de pauvreté tel qu'il existe doit donc être abandonné, pour une mesure meilleure. En se basant sur les conditions de vie par exemple.

Lire la suite

Le prix Nobel d'économie est-il pertinent ?

14 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

Le prix d'économie de la banque de Suède, en mémoire d'Alfred Nobel, couramment appelé le prix Nobel d'économie, a été décerné au titre de l'année 2013 à Eugène Ferma, Lars Peter Hansen, et Robert Shiller, pour leurs travaux sur les marchés financiers. Le site La Tribune rapporte que « Les trois économistes sont récompensés pour "leur analyse empirique des prix des actifs", a indiqué l'Académie royale suédoise des sciences, qui souligne:

 

"Les lauréats ont posé les bases de la compréhension actuelle des prix des actifs. Celle-ci repose en partie sur les fluctuations du risque et les attitudes envers le risque, et en partie sur les biais comportementaux et les frictions des marchés" »

 

La Tribune souligne également que ce sont deux opinions opposées sur l'économie qui sont récompensées en même temps. Ainsi, un coup d’œil sur Wikipedia montre qu'Eugène Fama est considéré comme le père de la théorie de l'efficience des marchés. Tandis que pour Robert Shiller, c'est sa critique de l'efficience des marchés qui est mise en avant !

 

La banque de Suède ne fait que refléter que l'état de la science économique aujourd'hui. D'une certaine façon, cet état pose la question de la pertinence de l'attribution chaque année d'un prix Nobel d'économie.

 

La théorie économie se veut aujourd'hui une discipline scientifique, comme la physique par exemple. Elle prétend examiner scientifiquement des faits, ce qui est le domaine de la microéconomie aujourd'hui, et s'en servir pour créer des modèles globaux, ce qui est désigné sous le terme de macroéconomie (voir sur cette distinction l'article Microéconomie et macroéconomie )

 

Cependant, en sciences physiques, en chimie, en biologie, les faits, les observations mènent à des conclusions incontestées.Il y a des débats, sur des domaines très pointus, ou encore peu connus, des polémiques peuvent exister dans des domaines très politiques, comme la climatologie. Mais, globalement, au moins sur les bases, tout le monde va dans le même sens, si une théorie est remise en cause, tout le monde la remet en cause. Le prix Nobel peut venir récompenser la découverte d'une nouvelle molécule, d'une nouvel particule, la confirmation empirique d'une hypothèse théorique, etc.

 

Rien de tout cela en économie. La macroéconomie est divisée en deux courants : un courant keynésien, qui va justifier l'interventionnisme des politiciens, et un courant néoclassique, qui va montrer l'inefficacité de ces interventions politiques. En fait, les conclusions dépendent des hypothèses de départ. Et on peut trouver ce que l'on veut par des études statistiques, comme le soutient Ludwig von Mises dans L'action humaine. C'est d'ailleurs une règle en statistique : on ne trouve que ce qu'on cherche. Ainsi, avec une méthodologie identique, en étudiant la même réalité, les économistes aboutissent à des conclusions radicalement différentes (pour plus de détails, voir l'article L'économie qu'est-ce que c'est ?)

 

Les praticiens de l'économie, ceux qui donnent des conseils, puisent un peu dans les deux grands courants. La crise actuelle sonne comme un échec pour eux, et l'un des plus illustres d'entre eux, Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, s'interroge sur l'état de la science économique, sans cependant en remettre en cause ses méthodes ( Voir l'article L'état de la science économique aujourd'hui).

 

Le jury de la banque de Suède est donc finalement assez neutre. Il récompense les différents courants, selon les années. Sans doute en tenant compte des influences du moment. Et peut récompenser en même temps des théories différentes. Ce qui amène à s'interroger sur la pertinence d'un tel prix pour l'économie, puisqu'il ne peut absolument pas récompenser une avancée incontestable, car rien n'est incontesté en économie.

 

 

Lire la suite

Peugeot pourrait lever 3 milliards d'euros auprès de l'Etat français et de Dongfeng

12 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

Selon une dépêche de l'agence Reuters publiée ce jour sur différents sites d'information, dont Le Figaro.fr, ou La Tribune, ou encore Capital, PSA Peugeot Citroën s’apprêterait à lever un montant de 3 milliards d'euros à parité auprès du contribuable français et de l'entreprise chinoise Dongfeng. Le ministère de l'économie et des finances se refuse à tout commentaire pour le moment, et Peugeot a formulé une réponse laissant la porte ouverte à toutes les possibilités, ce qui finalement accrédite l'information.

 

Les français vont donc peut-être payer 1,5 milliards d'euros pour Peugeot. Ce qui sera certainement présenté comme une défense de l'emploi et de l'industrie en France. En oubliant que la participation de l'Etat dans Renault n'a pas vraiment permis de préserver l'emploi et l'industrie en France. Renault a diminué ses effectifs et ses volumes fabriqués en France, tandis que la société construit des chaînes de montage au Maroc, en Inde, au Brésil.

 

Cependant, la véritable raison de cette prise de participation sera sans doute la volonté de garder l'entreprise française. L'Etat manifeste un intérêt pour le secteur automobile depuis longtemps. C'est un secteur considéré comme stratégique. Ainsi, après la seconde guerre mondiale, le secteur a été réorganisé par l'Etat. Ce qui explique en partie l'absence en France de constructeur haut de gamme, la fabrication de masse ayant été privilégiée. Plus récemment, chaque trou d'air du secteur a entraîné une prime à la casse. La France a également privilégié le gazole par sa fiscalité, soutenant le développement des véhicules à moteur diesel. Ce qui fait que les motorisations françaises ne sont pas adaptées au marché US, et explique en partie l'absence des constructeurs français de ce marché (le gazole n'est pas consommé par les véhicules des particuliers aux USA). Enfin, le système de bonus - malus aujourd'hui contribue à orienter la demande de véhicules, favorisant les petits véhicules, au détriment des plus gros à plus forte marge.

 

L'arrivée de Dongfeng serait, elle, parfaitement logique. La Chine est en train de devenir le premier marché de PSA, et le premier marché mondial. Il est donc normal que des investisseurs de ce pays s'intéressent à Peugeot. Une alliance pour l'ensemble du continent asiatique est également parfaitement cohérente. Les modèles de Peugeot et Citroën sont déjà adaptés à la Chine à partir d'un bureau d'étude que la société a installé en Chine. Il est logique que la Chine devienne le centre de décision pour l'Asie.

 

On va sans doute entendre des commentaires sur le péril jaune, qui va profiter des technologies de Peugeot. A une autre époque, un PDG de Peugeot, Jacques Calvet, mettait ainsi en garde contre les Japonais. Aujourd'hui, Toyota a une usine en France. Dongfeng va profiter des technologies de Peugeot, mais il va payer pour ça. Il peut même offrir des opportunité à la technologie de moteur hybride à air comprimé, présentée par PSA. La France pourrait aussi devenir une tête de pont européenne pour Dongfeng. Et, finalement, pourquoi pas, fournir activité et emplois aux usines et bureaux d'études du constructeur français. Cette alliance peut être une opportunité. Mais il faut développer un environnement favorable à l'emploi, comme le Royaume Uni a su le faire, lui qui voit la production automobile augmenter et créer des emplois par l'intermédiaire de Nissan et Land Rover.

 

Des risques existent, bien sûr, tant les mentalités sont différentes entre les deux pays. Le développement de la Chine constitue également une interrogation : à quel rythme peut-il continuer ? Jamais un pays aussi peuplé n'a connu un développement aussi rapide. PSA a aussi un partenariat avec une autre société en Chine, Changan. Qu'est-ce que ce partenaire va penser d'une alliance avec Dongfeng ? Même si on peut penser qu'une participation de Dongfeng dans PSA aura nécessairement l'aval du gouvernement chinois, ce qui aplanira certaines difficultés.

 

Des commentaires sur la gestion de PSA peuvent également resurgir. La famille Peugeot a été accusée de privilégier le renforcement du contrôle sur l'entreprise à son développement. En effet, quand PSA a eu des difficultés, la famille a accepté d'être diluée. Mais, ensuite, une partie des bénéfices a été utilisée pour racheter des actions. La famille ne vendant pas d'actions, elle a vu son contrôle augmenter. Sauf qu'il est bien facile de donner des leçons a posteriori. La famille garantissait ainsi le contrôle par des français du deuxième constructeur européen, ce qui ne pouvait qu'être bien vu par l'Etat. Si la famille s'était laissée diluer, nul doute que la menace d'une prise de contrôle étrangère aurait été agitée.

 

Cette nouvelle péripétie dans l'histoire du groupe PSA s'inscrirait donc à la fois dans une tradition et comme un pari sur l'avenir. La tradition de l'interventionnisme des politiciens dans le secteur de l'automobile. Et le pari sur la Chine et l'Asie. Une décision sera prise. Elle sera critiquée, sur le moment, et a posteriori si le pari rate. Elle sera encensée si le pari réussit. Et gageons que les choses seront présentées de la manière suivante : si ça rate, ce sera la faute de la famille Peugeot, si ça réussit, ce sera grâce à l'Etat.

Lire la suite

Le blocage du budget US par Obama

9 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

La présentation du shutdown, le blocage sur le vote du budget des USA, illustre à nouveau l'absence totale de sens critique des médias. Aucun ne s'interroge sur la pertinence du budget US. Aucun n'explique le fonctionnement des institutions US. Aucun ne livre de détail sur ce vote. Tous décrètent que le budget doit être voté, ce qui est un premier parti pris. Des médias neutres s'interrogeraient sur la pertinence du budget. Et tous désignent le grand méchant, le Tea Party, l'affublant du qualificatif d'extrémiste.

 

La réalité est cependant quelque peu différente. Aux USA, le Parlement a plus de pouvoir qu'en France. Et il peut y avoir un parlement contrôlé par l'opposition. Aujourd'hui, c'est la Chambre des Représentants qui est à majorité républicaine. Le Président est démocrate, et le Sénat également. Ce qui impose de négocier. Ce qui est courant aux USA. Sous Ronald Reagan, le Congrès ( Chambre des Représentants et Sénat ) était démocrate, alors que le Président était républicain. Obama a présenté un budget. La majorité républicaine de la Chambre des Représentants n'est pas d'accord. La suite logique est une négociation. Mais Obama refuse la négociation. Qui est intransigeant. Qui met en danger la gouvernance US ?

 

Les Républicains acceptent quasiment tout le budget. Ils refusent juste le financement de "l'obamacare". Ils proposent de reporter d'un an les cotisations salariales, comme cela a été fait pour les cotisations patronales. C'est le seul point d'achoppement.

 

Obama, dans une présidence classique, ou normale, pourrait soit accepter la proposition républicaine, soit proposer des économies dans d'autres postes du budget pour faire passer l'obamacare. Or, il ne le fait pas, préférant le psychodrame. Et les médias suivent.

 

Une analyse correcte de la situation exigerait de s'interroger sur l'état des finances publiques US. Or, une telle analyse montrerait que les dépenses augmentent plus vite que le PIB, et ce de manière structurelle (cf Ce que cachent les affrontements au sujet des dépenses publiques américaines ). Ce qui amènerait à s'interroger sur la pertinence d'un budget qui préconise plus de dépenses.

 

Et aussi sur la pertinence de l'obamacare. La population des USA a globalement un bon niveau de vie, et de santé. Elle dispose de programme sociaux, que sont Medicare et Medicaid. Certaines personnes n'ont pas d'assurance maladie. Mais, parmi elles, il y en a qui ont fait le choix de ne pas en avoir, s'estimant jeunes et en bonne santé. Selon les différents critères sociaux et de santé, de longévité, les USA ne sont pas à un mauvais niveau, preuve que leur système n'est pas si mauvais. Evidemment, selon nos critères étatistes français, nous les critiquons. Mais les USA sont un autre monde. Nous ne devons pas y calquer nos raisonnements français. L'obamacare y est très controversée.

 

Ajoutons que l'effet de l'obamacare sur l'emploi est négatif. En effet, les employeurs retardent les embauches, ou embauchent à temps partiel, pour ne pas être touchés par l'obamacare. Une discussion sur cette loi, en pleine période de crise, paraît donc nécessaire. On peut d'ailleurs se demander pourquoi Obama s'est plus préoccupé de l'obamacare que de la crise. Ce qui paraît une position très idéologique, plutôt que pragmatique.

 

Quant au Tea party, quel est sont pouvoir réel ? Il ne faut pas oublier qu'il représente les valeurs des Pères Fondateurs des USA. L'idée qu'il faut réussir par soi même. Que l'Etat doit être bien géré. Il titre son nom de la Révolution US contre les taxes imposées par le Royaume Uni. Le Tea Party n'a rien d'extrémiste donc. Il se réfère juste aux valeurs fondatrices des USA. Rien à voir, par exemple, avec les extrémistes religieux du temps de George W. Bush. Par contre, quelqu'un qui bloque le budget en refusant toute négociation, comme Obama, comment le qualifier ?

 

Qui a raison dans cette confrontation ? C'est un choix qui devrait être démocratique, et qui devrait être présenté dans les médias de manière neutre. Tel n'est pas le cas, malheureusement. Les médias versent dans une présentation caricaturale, le gentil Obama face aux méchants du Tea Party, sans s'interroger sur la pertinence du budget d'Obama. Je ne sais pas pour vous, mais quand quelqu'un est ainsi cloué au pilori sans arguments, comme le Tea Party, j'ai tendance à à penser qu'il est dans le vrai.

Lire la suite

Les suppressions d'emplois chez Alcatel - Lucent

9 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

Les suppressions d'emplois chez Alcatel – Lucent mettent en mouvement la classe politique française, d'autant que le fief électoral du premier ministre est touché. Michel Combes, le PDG d'Alcatel – Lucent, est un ancien des cabinets ministériels de la gauche. Il a présenté son plan à Bercy. D'autre part, les suppressions d'emplois en France, 900, sont relativement faible. Donc, gageons qu'un moyen sera trouvé pour que gouvernement apparaisse comme le défenseur des emplois face aux méchantes entreprises.

 

Cependant, toute cette agitation politique est significative du problème français de l'emploi. En voulant à tout prix préserver l'emploi existant, les politiciens se trompent de cible. L'exemple de Lucent aux USA est sur ce point parfait.

 

Lucent est une entreprise de télécom jumelle d'Alcatel. Elle est confronté aux mêmes difficultés : changements technologiques, avec le développement de la téléphonie mobile, de l'internet, et changement de clientèle, avec la multiplication des opérateurs de télécoms. Auparavant, tout comme Alcatel, Lucent était sur des marchés avec peu d'opérateurs, et souvent des opérateurs nationaux et publics.

 

Cependant, est-ce à dire que l'emploi lié au secteur des équipementiers des télécoms a diminué aux USA ? Je n'ai pas les chiffres, mais rien n'est moins sûr. En effet, les USA ont vu la naissance d'un nouveau champion, qui a grandit avec l'internet : CISCO. Ajoutons les smartphone d'Apples, les puces de Qualcom, les serveurs de Dell, IBM et consorts, qui peuvent se retrouver chez les opérateurs de télécoms, ou encore les logiciels.

 

Ce qu'il faut défendre, c'est l'emploi, pas les emplois. Il faut permettre le renouvellement des emplois, et apprendre aux gens à vivre dans un environnement en perpétuel mutation. Les politiciens, bien qu'ils le promettent tous, ne peuvent pas faire de miracle, assurer à chacun d'occuper le même emploi plus de 40 ans durant. Par contre, il y a moyen d'assurer à chacun un emploi. En permettant le renouvellement de l'économie, et en apprenant à chacun à s'adapter.

Lire la suite

Loi anti-Amazon : inutile et rétrograde

5 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

L'Assemblée Nationale française vient de voter ce qui est considéré par les médias comme une proposition de loi " anti - Amazon ", le célèbre site de vente à distance sur internet. Cette loi vise à faire payer les frais de port des livres. Elle est aussi présentée comme défendant les intérêts des libraires français, qui l'ont d'ailleurs soutenue.

 

Pourtant, cette loi ne défavorisera pas Amazon, elle ne favorisera pas les libraires. Elle va juste défavoriser les lecteurs, qui paieront leurs livres plus chers, et perdront ainsi du pouvoir d'achat.

 

Elle ne défavorisera pas Amazon car ce n'est pas le tarif l'avantage de ce site. Elle ne favorisera pas les libraires, car leurs difficultés ne proviennent pas d'Amazon mais de l'évolution de leur métier. Cette loi est également symbolique d'un refus du progrès économique et social en France, où toute évolution est perçue comme un recul, alors qu'elle représente une amélioration majeure.

 

Pourquoi acheter sur Amazon ? Je ferai part ici de mon expérience de lecteur. Est-ce qu'on trouve à la librairie du coin le livre d'Ayn Rand, La grève ? Je ne l'ai pas trouvé. Ou encore, le livre Théorie de l'évolution économique, dans lequel Joseph Alois Schumpeter expose sa fameuse théorie de l'entrepreneur ? Non. Ou le Traité d'économie politique de Jean-Baptiste Say ? Toujours pas. Et Principles of economics, livre fondateur de l'école autrichienne d'économie. Et non !

 

Le principal atout d'internet est le choix. Je précise par ailleurs que j'habite en région parisienne, pas très loin de la FNAC de La Défense. J'ai donc, théoriquement, à ma disposition, une grande librairie. Certains livres peuvent se trouver à Paris, chez Gibert par exemple. Ou, dans les grandes villes, dans les librairies universitaires. Mais vous n'y trouverez pas Principles of economics de Carl Menger, et il est peu probable d'y trouver Théorie de l'évolution économique, de Schumpeter. Et tout le monde n'habite pas Paris, ni une grande ville. Alors j'achète ces livres sur le net. De préférences directement chez les éditeurs. J'ai acheté Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, de Jesus Huerta de Soto sur le site de L'Harmattan, Théorie de l'évolution économique chez Dalloz, mais je ne le retrouve plus sur le site de l'éditeur aujourd'hui, La Grève sur le site des Belles Lettres, L'école autrichienne de Jesus Huerta de Soto sur le site de l'Institut Charles Coquelin.

 

Internet permet d'acheter des titres introuvables en librairie. C'est une première raison de son succès. Il permet également de découvrir de nouveaux titres. Je cherchais récemment quel livre de science fiction je pourrais lire. Je voulais me remettre à ce genre. Je vais à la FNAC, au CNIT de La Défense, et j'y trouve mis en exergue les mêmes auteurs qu'il y a plus de vingt ans, quand je découvrais le genre. Je vais donc faire un tour sur le net, et j'y découvre Gradisil, d'Adam Roberts, qui ne me paraît pas trop mal (je l'ai commencé, et je confirme, c'est bien). Je retourne à la FNAC pour l'acheter, car j'aime bien disposer tout de suite du bouquin que je désire. Surtout que ça ne semble pas être un bouquin marginal difficile à obtenir. Bien sûr, je n'ai pas trouvé ce titre en rayon. Je l'ai donc commandé chez Amazon.

 

Internet permet donc le choix. En plus, concernant plus spécifiquement Amazon, ce dernier offre un excellent service. Mais il faut souligner qu'il n'est pas seul sur le secteur. Il y a également chapitre.com, et des librairies comme Le Furet du Nord. Ce n'est pas le combat des librairies contre internet. Certaines sont présentes sur le net.

 

Internet implique une évolution pour les librairies. Elles peuvent choisir d'être des supermarchés du livre, livrant les produits de grandes marques, c'est-à-dire les livres mis en avant par les éditeurs. C'est le choix de la FNAC. Dans les villes universitaires, il y a toujours des librairies spécialisées. La Procure a une spécialisation dans le livre religieux. Je connais une petite librairie qui a un rayon religieux conséquent par rapport à sa taille. La librairie Critic, à Rennes, se lance carrément dans l'édition, et vend sur internet. Je ne suis pas de Rennes, mais elle me semble avoir un bon rayon de science fiction aussi. (Je recommande le titre Gurvan de P.J. Hérault que la librairie Critic republie, les trois tomes en un seul livre, pour tous les amateurs de space opera.)

 

Les libraires doivent cultiver leur singularité, c'est-à-dire faire leur métier de commerçant, pour attirer le chaland. Aucune loi ne pourra changer les choses. Ajoutons que l'internet est une chance pour les petits éditeurs, en élargissant leur diffusion, en permettant de faire connaître leur catalogue. .

 

Je citerai ainsi la collection Rivière Blanche, de BCP, qui n'est pas très distribuée en librairie. Ou encore Ravet Anceau, qui est un exemple d'éditeur régional. Et aussi Mythologica, où officie l'écrivain et anthologiste Lucie Chenu. L'auto-édition se développe également grâce à internet et à Amazon. Je prendrai pour exemple La crise avec des mots simples, le livre que j'ai publié. Ou encore, Le Cercle des Elus, un roman policier dont l'intrigue se déroule à Arras, ma ville natale. On peut citer également le Best of de Contrepoints, et aussi Introduction à la méthodologie économique de Benoît Malbranque, sous l'égide de l'Institut Coppet. Soulignons qu'Amazon vend tous ces bouquins publiés en auto-édition comme des titres de grands éditeurs, sans discrimination. Du point de vue de la créativité et de la liberté d'expression, il s'agit donc d'un grand progrès.

 

L'internet est ainsi une chance extraordinaire pour les écrivains et les maisons d'édition. Amazon fait partie de cet écosystème qui offre sa chance à tout écrivain et à toute maison d'édition. En contrepartie, les librairies doivent évoluer pour se conformer aux désirs du chaland. C'est dans l'ordre des choses. Quant à la loi prétendument anti Amazon, on voit bien, à la fois son inutilité et son caractère rétrograde. Elle prétend empêcher le progrès. Elle prétend pérenniser des situations acquises. Cependant, elle n'avantagera personne, mais désavantagera les lecteurs.

Lire la suite

Contre l'euroscepticisme

29 Septembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

Les élections en Europe sont marquées par la montée de ce qui est appelé l'euro-scepticisme. Après la bonne performance d'un parti anti-euro en Allemagne, c'est vers les legislatives en Autriche que les regards se tournent. En France, la sortie de l'euro est évoquée par le FN, ce parti rencontrant un échos certain aujourd'hui. Ne parlons pas de la Grèce, où l'Europe est vilipendée.

 

L'euroscepticisme est-il justifié ? L'Europe est-elle à ce point diabolique ? Il faut d'abord s'interroger sur l'origine de l'euroscepticisme pour répondre à ces questions.

 

L'euroscepticisme est d'abord issu du populisme. En effet, l'Europe a été vendue d'abord aux européens comme un remède miracle. Votez pour l'Europe, et la croissance sera là, sans effort. Votez pour l'euro, et tous les pays convergerons sans effort vers la prospérité. Mais voici qu'une crise se produit. Ce n'est évidemment pas la faute des gouvernements des pays européens. C'est, bien entendu, la faute à l'Europe si les gouvernements grecs ont inconsidérément endetté le pays, jusqu'à présenter des comptes qui n'étaient pas sincères. C'est la faute à l'Europe s'il y a la crise, car il suffirait que l'Europe lance une grande politique de relance keynésienne pour que, sans effort de la part des populations, la prospérité revienne.

 

L'Europe est présentée tour à tour comme un remède miracle, et comme un bouc émissaire. Ce qui a déjà provoqué des tours à nos très chers politiciens, si compétents et attentionnés envers le peuple. Ainsi, les votes en faveur des traités européens par les français s'avèrent désormais si aléatoires, qu'on préfère les éviter. Ce qui est logique. L'Europe est accusée en France de promouvoir "l'ultralibéralisme".

 

Dans un pays comme l'Allemagne, l'euroscepticisme a d'autres sources. Les allemands ont fait beaucoup d'efforts pour que leur pays ait une situation économique et sociale stable et solide. Or, voilà que, non seulement on leur demande de payer pour des pays dont les gouvernements rechignent à faire les mêmes efforts, mais qu'en plus on les accuse d'égoïsme. Leur réaction est tout à fait logique, sachant tout ce que l'Allemagne a fait pour la Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande (Si les grecs critiquent violemment l'Allemagne, les autres pays acceptent mieux la réalité, il faut le souligner).

 

L'Europe a certes bien des défauts, il faut le reconnaître. Elle a une tendance à l'ultra-interventionnisme. Les règlements partent dans tous les sens, plutôt que de favoriser la décentralisation, ou la subsidiarité dans le langage eurocrate. Au point qu'on peut se demander si elle n'est pas plus interventionniste, en matière économique et sociale, que l'Etat fédéral des USA.

 

Cependant, elle n'est pas responsable de ce dont on l'accuse. Elle n'est pas responsable de la crise. Elle n'est pas responsable de la gabegie grecque. Elle n'a pas non plus le remède miracle qui permettrait, sans peine, de sortir de la crise. Et on peut comprendre les allemands, qui ont fait des efforts pour remettre à flot leur économie, et à qui on demande de soutenir des pays qui rechignent à faire les mêmes efforts.

 

Pourtant, l'Europe nous apporte beaucoup. L'Europe nous apporte la paix. La crise de 1929 a entraîné la deuxième guerre mondiale car tous les pays se sont lancés dans le protectionnisme et la dévaluation des monnaies. L'Europe, et aussi l'OMC, nous protège des extrémismes de cette époque. L'euro nous protège aussi. Un peu trop peut-être. Sans l'euro, la France vivrait une catastrophe financière. Il n'est que voir l'affolement des pays émergents face à la baisse de valeur de leur monnaie ces temps ci. ( Cf Crise des devises : les effets de la création monétaire).

 

Nous devons beaucoup à l'Europe. Nous devons combattre l'euroscepticisme, en revenant à l'origine de la création de l'Europe : la paix. Nous devons combattre les tendances ultra-interventionnistes, sans jeter le bébé avec l'eau du bain.

Lire la suite
1 2 3 > >>