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Où va la politique monétaire?

20 Septembre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

Où va la politique monétaire ? Quelle est sa logique ? Quel est le raisonnement de ceux qui la mènent ? La question se pose, tant elle apparaît déconnectée de la réalité, et incohérente.

 

Déconnexion de la réalité

Ainsi, tout le monde se félicite du nouveau programme de quantitative easing, c'est-à-dire d'injection de monnaie dans l'économie, décidé dernièrement par la BCE. Ce programme de création monétaire est censé relancer l'économie européenne. Cependant, au même moment, le bilan de la même politique, menée au Japon, s'avère être un échec. Curieusement, personne ne tient compte de cet échec. Alors même que le Japon est l'exemple contemporain de multiples politiques de dépenses publiques, de déficits, et de création monétaire, qui n'ont mené à rien. Mais cela ne fait pas la une de l'actualité.

 

Pour justifier la politique de création monétaire, les politiques de la Fed, la banque centrale des Etats Unis d'Amérique, et de la Bank of England, sont mises en avant pour expliquer la reprise économique dans ces pays. Mais on oublie que la politique de la BCE est elle aussi très accommodante. Il y a peu de différences entre la BCE et la Fed et la Bank of England. La BCE avait d'ailleurs déjà lancé un grand programme de crédit aux banques européennes, comme elle veut le refaire aujourd'hui. Par contre, les économies qui connaissent une reprise sont celles qualifiées de plus flexibles. Elles se restructurent après une crise. De plus, c'est justement ce qui manque au Japon, la fameuse troisième flèche des abenomics : des réformes structurelles. Les faits montrent donc que la politique de création monétaire ne relance pas l'économie. Mais personne n'en tirent les conclusions qui s'imposent.

 

Incohérences

La politique monétaire fait aussi preuve d'une grande incohérence. Officiellement, il s'agit d'encourager le crédit aux entreprises. Sauf que, d'un autre côté, la réglementation monétaire fait tout pour rendre désavantageux pour les banques le crédit aux entreprises.

 

En effet, depuis 1988, les banques doivent se conformer aux critères de Bâle. Ces critères décrètent ce qui est risqué ou pas pour les banques. Celles-ci ne sont donc pas libres dans leur activité. Si elles mènent une activité considérée comme risquée par les critères de Bâle, elles doivent respecter plus de contraintes, elles sont désavantagées. Les critères de Bâle favorisent l'investissement et le prêt aux entités publiques, et à l'immobilier. Et défavorisent l'investissement et le crédit aux entreprises ! L'instauration de ces critères a fait chuter la part du crédit aux entreprises (voir le graphique sur Contrepoints). Et ces critères viennent d'être durcis, pénalisant d'autant plus le crédit aux entreprises. D'un côté les autorités veulent donc encourager le crédit aux entreprises, de l'autre, elles le considèrent comme trop risqué !

 

Il n'y a ainsi aucune logique à la politique monétaire. Elle ne tient pas compte des retours d'expérience, et elle est incohérente.

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Quand la régulation devient folle...

10 Juin 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

Dans l'actualité ces dernières semaines, il a été question, entre autre, de la limitation des bonus dans les banques, des critiques de la présidente du FMI contre les banques, et de la politique monétaire agressive de la BCE. Toutes ces mesures ou réflexions se veulent en lien avec la crise. Il s'agit d'empêcher une nouvelle crise, et de sortir de celle dans laquelle nous sommes empêtrés.

 

Seulement, en écoutant nos régulateurs,on peut se demander sur quelle planète ils vivent. En effet, quand on connaît les mécanismes qui ont mené à la crise, on constate qu'ils font tout pour provoquer de nouvelles crises, plutôt que pour les prévenir. Enfermés dans une idéologie, ils ne tirent aucunement les conséquences de la crise actuelle. Il faut dire, c'est vrai, qu'en tirer les conséquences signifierait reconnaître leurs erreur.

 

Quelles sont les leçons à tirer de la crise ? Pour ce faire, il faut d'abord rappeler l'enchaînement qui a mené à cette situation. Puis, d'isoler ce qui a mené à cet enchaînement. Enfin, de souligner ce qu'il ne faut pas faire pour éviter de reproduire la même situation.

 

L'enchaînement qui a mené à la crise.

La crise provient de l'utilisation du crédit immobilier pour soutenir la croissance aux USA. Les taux d'intérêt ont été maintenus bas longtemps, à partir de 2002. Parallèlement, les conditions d'obtention d'un crédit immobilier sont devenues moins contraignantes. Ce qui a provoqué un boom immobilier, avec deux conséquences.

 

D'abord, le secteur de l'immobilier a vu ses effectifs augmenter. Les mises en chantier se multipliaient, il fallait de la main d’œuvre. Ce qui était favorable à la croissance de l'économie.

 

Ensuite, l'augmentation des prix de l'immobilier permettait aux propriétaire de contracter un crédit hypothécaire supplémentaire, même s'ils devaient déjà en rembourser un, basé sur l'augmentation de la valeur de leur maison. L'argent ainsi obtenu servait aux dépenses de consommation.

 

Ainsi, le crédit soutenait la croissance américaine, en soutenant le secteur de l'immobilier et la consommation. Les économistes s'accordaient majoritairement pour dire qu'il s'agissait d'un cercle vertueux : le crédit alimente la consommation, ce qui alimente l'emploi, ce qui alimente la consommation et permet de rembourser les crédits, et ainsi de suite. Un cercle vertueux keynésien.

 

Puis, les prix de l'immobilier sont montés tellement haut, que le marché s'est stabilisé. Dans le même temps, les emprunteurs ont commencé à avoir des difficultés à rembourser leurs crédits. Ils ne pouvaient plus contracter de nouveaux crédit hypothécaires, car la valeur de leur maison ne montait plus. Un cycle inverse s'est donc enclenché : la croissance n'était plus tirée par le crédit, mais au contraire la baisse de la valeur de l'immobilier entraînait une baisse des dépenses de consommation, et une récession.

 

Les difficultés des emprunteurs à rembourser ont également entraîné une crise financière. Les banques devaient classer en crédit douteux des crédits qui auparavant étaient considérés comme sûr. D'autre part, certains crédits avaient été titrisés, c'est-à-dire transformés en titres financiers, et vendus à d'autres banques ou d'autres établissements financiers comme des titres sans risques. Ils sont devenus des titres à risques, puisque les emprunteurs ne remboursaient pas forcément.

 

Les causes de la crise

Le crédit s'est développé car les taux d'intérêt étaient bas. Ces taux sont contrôlés par la banque centrale US, la Réserve Fédérale. Celle-ci avait décidé de les maintenir bas pour relancer l'économie US. Les économistes étaient favorable à une bulle immobilière. Pour s'en convaincre, voici un articlequi rappelle que le célèbre économiste keynésien, et prix Nobel, Paul Krugman, appelait en 2002 à la création d'une bulle immobilière. J'aime bien mettre des liens vers cet article, et j'encourage tout le monde à le faire aussi. Il montre que la bulle immobilière était volontaire, et que les économistes keynésiens sont favorables à ce genre de bulle, même s'ils les dénoncent quand elles éclatent.

 

Le crédit immobilier s'est aussi développé en raison de la réglementation bancaire. Le secteur bancaire est en effet hyper régulé. C'est le régulateur qui décide de ce qui est risqué ou non, en l'occurrence le Comité de Bâle. Plus un crédit, ou un titre financier, est considéré comme risqué, plus la banque doit détenir de fonds propre, ce qui, en clair, détériore sa rentabilité. Le Comité de Bâle a décrété que les crédits aux Etats, ou les titres émis par les Etats, étaient sans risque. Le crédit immobilier arrive en deuxième position des activités les moins risquées. Ce qui explique pourquoi les banques ont prêté largement aux USA pour les prêts immobiliers. La réglementation les y encourageait. Guillaume Nicoulaud propose d'ailleurs sur Contrepoints un graphiquetrès intéressant qui montre les conséquences des critères de Bâles sur le crédit aux entreprises.

 

Ajoutons que le Comité de Bâle a donné aux agences de notation leur rôle actuel. Auparavant, ces agences conseillaient les investisseurs. Le Comité de Bâle les a intronisées comme référence des emprunteurs. Ceux-ci sont obligés d'être notés s'ils veulent bénéficier de conditions d'emprunt favorables sur les marchés financiers. Ces agences ne sont pas des boîtes noires ainsi qu'elles ont été dénoncées. Elles respectent les règles du comité de Bâle. C'est logiquement qu'elles ont bien noté des titres dit subprime, car ils étaient adossés à de l'immobilier.

 

Dans cette course à la croissance à crédit, le gouvernement des USA a joué l'escalade. Dans ce pays, les crédits hypothécaires sont rachetés ou garantis par deux agences contrôlées par le gouvernement, Fannie Mae et Freddy Mac. Pour développer le crédit, les gouvernements successifs ont permis à ces agences de racheter des crédits plus risqués.

 

De plus, le gouvernement US a agi pour l'accès au crédit des plus défavorisés, avec le Community Reinvestment Act.

 

Ajoutons que les pays les plus touchés par la crise ont aussi eu des autorités qui ont encouragé la croissance à crédit. Comme l'Espagne, dont les caisses régionales, contrôlées par des potentats locaux, finançaient l'immobilier. Ne parlons pas de la Grèce, dont les comptes publiques n'étaient pas sincères.

 

Les leçons de la crise.

La crise provient donc de l'encouragement du crédit par les autorités monétaires, Réserve Fédérale et gouvernement, et de la régulation bancaire en matière de risque.

 

La régulation bancaire décrète ce qui est risqué et ce qui ne l'est pas. Or, dans la vraie vie, l'évaluation du risque n'est pas figée, et elle est aléatoire. Ce qui est sans risque aujourd'hui peut le devenir demain. Il peut y avoir une incertitude, des activités étant considérées comme risquées par certains, sans risque par d'autres, sans qu'on puisse avoir de certitudes.

 

La régulation est donc complètement inadaptée. Il n'est pas possible de décider a priori, par décret, par règlement, de ce qui est risqué ou non en économie. Par son inadaptation, la régulation en vient à favoriser les crises, en empêchant une véritable régulation du risque.

 

Mais comment éviter que les banques, aguichées par l'appât du gain, ne prennent trop de risque et ne créent de risques systémiques ? Et mettent en danger les dépôts des épargnants ? Assurément, la réglementation actuelle n'est pas la solution, car même les dépôts ne sont plus protégés, comme on l'a vu à Chypre.

 

Un autre moyen reposerait sur la responsabilité et la transparence. La responsabilité suppose que la baque soit libre de décider de ce qui est risqué ou non. Mais qu'elle assume les risques, sans être protégée de la faillite par une banque centrale ou une autre autorité monétaire.

 

Quid de l'épargne des déposants ? D'abord, soulignons que les dépôts ne sont d'ores et déjà plus en sécurité, pouvant être ponctionnés en cas de coup dur. La solution existe pour mieux les protéger. L'économiste Jesus Huerta de Soto rappelle, dans Monnaie, crédit bancaire, et cycles économiques, que le dépôt auprès d'une banque est aussi un contrat juridique. Le déposant peut donc décider de ce qui sera fait de son argent. Plutôt que d'être mis dans un vaste pot commun dans lequel la banque se servirait à loisir, les dépôts pourraient être logés dans des fonds de placement, aux objectifs bien définis. Les comptes de dépôt auraient la garantie de n'être placés qu'à très court terme, pour garantir la sécurité et la liquidité. L'épargne plus longue serait placée en fonction des desiderata des déposants. Les risques pris par les déposants et ceux pris par la banque, pour compte propre, serait bien isolés.

 

La deuxième leçon de la crise, c'est que l'idée que le crédit peut être utilisé pour relancer la croissance a montré sa nocivité. En fait, le crédit, par essence, n'est pas contra-cyclique : il ne peut pas être utilisé pour inverser un cycle économique. L'expérience montre qu'il est pro-cyclique, c'est-à-dire qu'il favorise les excès. Par exemple, aujourd'hui, dans un environnement incertain, les taux d'intérêt bas en Europe, et la politique ultra-accommodante de la BCE, ne provoquent pas une forte augmentation du crédit aux entreprises. Parce qu'il y a un risque, qui est globalement reconnu par la communauté financière. Par contre, si aucun risque n'est perçu, on assiste à un emballement du crédit, comme dans le secteur immobilier avant la crise aux USA.

 

Conclusion : l'aveuglement idéologique.

Aucune leçon n'a été tirée de la crise. La régulation bancaire suit touours la même logique de définir les risques a priori, et encourage à l'irresponsabilité des banques avec l'aléa moral, c'est-à-dire en garantissant qu'une banque trop grosse ne pourrait pas faire faillite. Parallèlement, les banques centrales comptent toujours sur le crédit, sur la création monétaire, pour soutenir l'économie, encourageant ainsi les bulles et préparant les crises. Les faits montrent l'ineptie d'une telle politique, et pourtant elle est menée avec obstination. Ce qui laisse à penser que la régulation est devenue folle.

 

 

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Alerte à la déflation

28 Mars 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

L'alerte est lancée, et tous les médias la relaie : l'hydre maléfique de la déflation menace ! Le dernier numéro du magazine Capital s'en fait l'écho, diffusant les raisonnements qui mènent à la conclusion d'une menace inflationniste. Ces raisonnements sont ultra-simplistes, et font penser qu'il ne s'agit que de théories mal comprises par un journaliste non spécialiste. Malheureusement, Capital ne fait que relayer la pensée dominante en économie. Ce qui montre à quel point cette théorie dominante repose de des bases incertaines, et qu'elle ignore même l'histoire économique, alors qu'elle prétend souvent reposer sur des bases empiriques, ou, au moins, vérifier ses théories empiriquement.

 

Les dangers de la déflation sont décrits par deux phénomènes. D'abord, en période de baisse des prix, les consommateurs ne consomment plus. En effet, ils espèrent une baisse des prix ultérieure, et attendent, attendent, encore et encore. Ce qui fait entrer l'économie en récession. Ensuite, quand les prix baissent, les entreprises doivent serrer les marges, bloquer ou diminuer les salaires, voire licencier, ce qui diminue la demande et fait entrer l'économie en récession.

 

Que la baisse des prix fasse baisser la consommation est une affirmation des plus étranges. Dans ce cas, comment expliquer le succès du constructeur automobile Dacia ? Comment expliquer l'explosion des ventes de tablettes et de smartphones ? Comment expliquer le succès de l'opérateur mobile Free ? A travers l'histoire, les baisses de prix ont entraîné une hausse de la consommation, notamment depuis la révolution industrielle, hausse illustrée par tout ce que nous possédons aujourd'hui, même, et c'est la un grand progrès, chez les plus défavorisés. Par contre, l'augmentation trop importante des prix peut entraîner une accélération des achats, car les gens préfèrent stocker des biens plutôt que de garder de la monnaie, ce qui entraîne une spirale inflationniste, vers l'hyperinflation. Ce phénomène a souvent été observé.

 

On remarquera que la révolution industrielle, qui a permis les baisses de prix, n'a pas non plus entraîné de récession, bien au contraire. Pourtant, selon le raisonnement déflationniste, les baisses de prix entraînent la baisse des marges des entreprises, et donc des économies sur les coûts, et, in fine, une baisse de la demande.

 

Le phénomène observé est que les gains de productivité font baisser les prix. Un nouveau mode de production permet de vendre moins cher. Ce qui évidemment met en difficulté les entreprises les moins performantes. Mais cela n'a jamais empêché la croissance de l'emploi, car l'économie est en mouvement, et se restructure en permanence, si elle n'est pas entravée. Sinon, comment expliquer la formidable croissance du niveau de vie et de l'emploi depuis la révolution industrielle, alors que la productivité a explosé, que l'automatisation, soi-disant destructrice d'emplois, s'est généralisée ? Et que les prix ont chuté ?

 

La concurrence, et aujourd'hui la distribution, font également baisser les prix, ce qui oblige les entreprises à évoluer. Soit en revoyant leur organisation pour baisser les prix, soit en développant des produits incontournables, comme Ferrero avec Nutella, soit en développant de nouveau canaux de distribution, comme Nestlé avec Nespresso. Les prix sont à la fois un argument de vente, et un indicateur de la désirabilité d'un produit.

 

Cette dénonciation de la déflation comme un danger n'a donc aucun fondement. Elle repose sur une vision ultra-simpliste de l'économie, très loin des réalités. Mais, elle sert de justification à des politiques de relances monétaires, alors que celles-ci ont toujours créé des crises. D'ailleurs, nous sommes en plein dans une crise créée par une relance par le crédit.

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La crise financière, rappel.

2 Mars 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

Ce qui se disait à la veille de la crise financière.
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Historique: la suppression de Fannie Mae et Freddy Mac est envisagée!

7 Août 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

La nouvelle la plus importante du numéros des Echos du mardi 7 août se trouve page 5. Elle aurait pu faire la une. En effet, le quotidien annonce que le président US Obama veut supprimer les agences Fannie Mae et Freddy Mac !

 

Ce serait un geste historique. Fannie Mae a été créée par le New Deal, pour faciliter l'accession à la propriété des habitants des USA. Freddy Mac a été créé plus tard, mais reprend la même philosophie. Ce serait un symbole du New Deal qui serait supprimé.

 

Ces deux agences rachètent aux banques les crédits hypothécaires, afin de permettre à ces dernières d'augmenter le volume des prêts immobiliers. Ainsi, les Echos rapportent qu'avant la crise neuf demande de prêt sur dix sont passés par une des deux agences. Et, à ce titre, ce que ne souligne pas le quotidien économique, ces deux agences ont été parmi les principaux vecteurs de cette crise.

 

Sous les présidence de G. W. Bush et B. Clinton, il a été demandé à ces agences de soutenir davantage l'effort envers les emprunteurs plus fragiles, comme l'écrit Les Echos. En clair, il s'agit d'accorder des prêts à des populations peu ou pas solvables. Cela afin de soutenir la croissance. Ce sont ces crédits, appelés crédits subprime, qui ont provoqué la crise (voir sur ce sujet les articles La politique de la bulle, Le procès de la crise,Les véritables objectifs de la réglementation financière).

 

Cependant, Obama veut supprimer les agences, mais continuer à encourager le crédit, ce qui n'est pas logique. C'est supprimer un moyen pour le remplacer par un autre, pas de supprimer le principe de favoriser le crédit. Selon Les Echos, l'idée de l'administration US est de faire assumer les risques par le privé. Mais, dans le même temps, il propose que l'Etat ait un rôle de réassurance. Un rôle « limité » selon Les Echos. Mais la garantie de l'Etat a-t-elle jamais été limitée ? Les USA ont connu un précédent sauvetage bancaire, il n'y a pas si longtemps, celui des caisses d'épargne.A partir du moment où l'Etat garantit, le risque repose sur l'Etat.

 

En outre, faire peser le risque sur les banques privées supposerait également de retirer à la Fed, la banque centrale US, le rôle de prêteur en dernier ressort, qui garantit aux banques qu'elles disposeront toujours d'une sources de refinancement en cas de problème. Il n'y a pas de moyen terme en matière de risque : soit, le privé assume tout, soit les autorités publiques garantissent tout. A partir du moment où l'Etat entre en jeu, le mécanisme de responsabilisation des acteurs est faussé.

 

D'autant que l'administration US continue de vouloir stimuler l'économie par le crédit. Il y aura donc toujours des encouragements aux banques pour qu'elles prêtent sans être trop regardantes.

 

La suppression des agences Fannie Mae et Frddy Mac serait donc un geste historique, mais sans effet si la relance par le crédit est toujours à l'ordre du jour, à travers la Fed notamment, et de nouveaux canaux.

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L'Europe, remède miracle et bouc émissaire

19 Mai 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

Selon la presse, François Hollande veut « sortir l'Europe de sa langueur ». On se demande dans quel dimension il vit pour proférer pareil propos. L'Europe n'a jamais été aussi active. Entre l'aide au pays en difficultés, et la réforme bancaire, elle n'a jamais évolué aussi rapidement.

 

Ce que veut Hollande, c'est que l'Union Européenne emprunte pour donner de l'argent à ses membres. C'est toujours l'idée d'une relance par l'endettement financée par l'Europe que veut le socialiste. Il se place ainsi dans la continuité de l'utilisation que font les politiciens français de l'Europe.

 

Quand il s'agit de voter un référendum, l'Europe est parée de tous les atouts. Ceux qui votent contre sont des europhobes. Car l'Europe doit permettre à la France d'imposer sa politique à tout le continent. Par contre, quand la France connaît des difficultés économiques, c'est la faute à l'Europe. Celle-ci libéralise les services, et tire les salaires vers le bas, où elle maintient un euro trop fort et pénalise les exportations françaises.

 

Aujourd'hui, Hollande refuse toute réforme en France et attend le salut de l'Europe. Pourtant, croire qu'un emprunt européen relancera par miracle l'économie est une totale absurdité.

 

En effet, pour emprunter, l'Union Européenne a deux solutions. Soit les Etats membres garantissent les emprunts. Ce qui fait que les emprunts dépendent de leur capacité à rembourser, finalement. C'est déjà ce qui existe aujourd'hui pour l'aide aux pays en difficultés. Et ne change rien pour la France.

 

Soit, l'Union Européenne instaure un nouvel impôt, sur les citoyens, les entreprises ou les nations, pour rembourser l'emprunt. Ce qui signifie des prélèvements supplémentaires sur la France. Et donc plus d'austérité. D'autant que la France est la deuxième économie de la zone euro. Elle supporterait une part importante d'un emprunt européen.

 

De plus, le taux d'intérêt d'un emprunt européen ne serait pas forcément très bas. Il dépendrait de la situation de l'Union dans son ensemble. Le taux pourrait dépendre du maillon le plus faible. Un problème en Espagne et le taux augmenterait. Finalement, la France devrait, indirectement, payer un taux plus élevé que pour ses propres emprunts.

 

Hollande considère sans doute que c'est l'Allemagne qui paiera. Mais l'Allemagne n'a pas une situation budgétaire si saine. Son endettement est important, du même ordre que celui de la France. D'autre part, l'Allemagne n'est pas assez grande pour financer l'Europe à elle seule. La France est la deuxième économie de la zone euro, l'Italie la troisième. L'Allemagne n'est pas à ce point puissante pour financer ces pays.

 

François Hollande propose donc un emprunt européen sans se soucier des modalités qu'il pourrait prendre. Dans la droite ligne de l'attitude des politiciens français vis-à-vis de l'Europe. Et se défausse sur l'Europe des problèmes de la France : si la France va mal, c'est la faute à l'Europe qui ne veut pas l'aider !

 

Et pourtant, la France a beaucoup profité de l'Union. Son agriculture s'est construite avec l'Europe. L'euro a maintenu des taux d'intérêt très bas pour les entreprises et les particuliers. L'euro a permis à la France d'emprunter à des taux très bas, et continue de lui permettre d'emprunter à des taux très bas. L'euro permet le déficit budgétaire, et la politique de relance que mène le pays. En effet, les établissements financiers de la zone euro ont des obligations d'investir en euro, et dans des titres d'Etat. La France, dans une Europe en crise, est un des pays les moins mal en point. Elle a une économie diversifiée. Son marché obligataire est large. Donc des capitaux affluent pour financer la France. Ils affluent d'autant plus que les difficultés d'autres pays réduisent le choix des gérants de fonds.

 

Malheureusement, la France n'a pas utilisé les facilités que lui offre l'Europe pour chercher à améliorer son économie. Elle en a profité pour ne rien faire. Et elle accuse l'Europe qui l'aide de l'obliger à des efforts, alors que l'Europe soulage les efforts que la France devrait faire sans elle. Ce faisant, elle crédibilise les extrémistes qui accusent eux aussi l'Europe.

 

L'Europe est une grande idée. Elle a permis la paix. Là est son plus grand apport. Auparavant, une crise comme celle d'aujourd'hui entraînait une guerre. Ce sont les leçons des guerres qui ont conduit à l'Europe. Malheureusement, les politiciens ne respectent rien. Ils sont prêts à gâcher une belle idée à leur intérêt personnel.

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France : quand la dépense publique conduit à l'austérité.

17 Mai 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

La France est en récession, c'est officiel, elle a aligné deux trimestres consécutifs de baisse du PIB. Modérons tout de suite le propos, pour ne pas tomber dans les excès des médias pourtant dits sérieux : la France est en stagnation, et ce n'est pas nouveau. La baisse du PIB au premier trimestre 2012 serait de 0,2% , après également une baisse de 0,2% fin 2012, selon l'INSEE. Le même institut qui calcule une croissance nulle en 2012. Le PIB est une mesure imprécise, tant elle agrège de chiffres divers et variés. L'INSEE commence par ailleurs toujours par donner une estimation, qui sera révisée par la suite. Par conséquent, titrer qu'un pays est en récession quand il est à -0,2% à la première estimation, ou en croissance quand il est à +0,2%, n'a pas grand sens.

 

Par contre, il est indéniable que le PIB stagne, depuis au moins un an. Le PIB de la France en 2012 dépasse à peine celui de 2007, d'après l'INSEE. Ce qui n'est pas conforme à la théorie économique suivie par le gouvernement français, ou, plutôt, les gouvernements français depuis 2008.

 

En effet, la France pratique une politique de dépenses publiques massives pour relancer l'économie. Le déficit budgétaire était de 2,7% en 2007, 3,3% en 2008, 7,5% en 2009, 7,1% en 2010, 5,3% en 2011, et 4,8% en 2012. La dépense publique est passée de 52,3% du PIB en 2007 à 56,6% du PIB en 2012, tandis que les recettes publiques totales, prélèvements obligatoires et hors prélèvements obligatoires, passaient de 49,9% à 51,8% du PIB.

 



Principaux agrégats de Finances Publiques en point de PIB

Intitulé

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

Dépenses

53,6 %

53,0 %

52,6 %

53,3 %

56,8 %

56,6 %

55,9 %

56,6 %

Dépenses hors cotisations sociales imputées (1)

51,8 %

51,2 %

50,8 %

51,5 %

54,8 %

54,6 %

53,9 %

54,6 %

Recettes

50,6 %

50,6 %

49,9 %

49,9 %

49,2 %

49,5 %

50,6 %

51,8 %

Recettes hors cotisations sociales imputées (1)

48,8 %

48,8 %

48,1 %

48,1 %

47,3 %

47,5 %

48,6 %

49,8 %

Déficit au sens de Maastricht

- 2,9 %

- 2,3 %

- 2,7 %

- 3,3 %

- 7,5 %

- 7,1 %

- 5,3 %

- 4,8 %

Dette notifiée des administrations publiques (2)

66,8 %

64,1 %

64,2 %

68,2 %

79,2 %

82,4 %

85,8 %

90,2 %

Dette nette des administrations publiques (3)

60,6 %

59,6 %

59,6 %

62,3 %

72,0 %

76,0 %

78,7 %

82,4 %

Prélevements obligatoires (4)

43,8 %

44,1 %

43,4 %

43,2 %

42,1 %

42,5 %

43,7 %

45,0 %

dont au profit de l'Union Européenne

0,3 %

0,3 %

0,3 %

0,3 %

0,2 %

0,2 %

 

 

(1) Les dépenses/recettes hors cotisations sociales imputées peuvent permettre

d'obtenir une mesure plus comparable entre pays compte tenu du périmètre

variable des administrations publiques.

(2) Dette au sens de Maastricht.

(3) La dette nette des administrations publiques est définie comme la

différence entre la dette au sens de Mastricht et les actifs exigibles

(dépôts, crédits, titres de créance négociables) détenues par les

administrations publiques sur des agents privés.

(4) Hors cotisations sociales imputées.

Source : Comptes nationaux - Base 2005, Insee

 

L'augmentation du déficit provient de l'augmentation des dépenses. Selon la théorie de la dépense publique, ces niveaux de dépense publiques financées par le déficit devraient se traduire par une augmentation de la croissance. Et une baisse du chômage. Ce qui n'est pas le cas. Le PIB stagne, l'emploi diminue.

 

La dépense publique doit également permettre de soutenir le pouvoir d'achat. Or, celui-ci a diminué en 2012. Paradoxalement, une partie de cette baisse est imputable à la hausse des prélèvements obligatoires. Ce qui signifie que, malgré des niveaux de déficits inédits en temps de paix, les rentrées fiscales n'augmentent pas, contrairement à ce que stipule la théorie de la dépense publique. Il faut augmenter les prélèvements.

 

Le gouvernement coupe même dans des programmes sociaux. C'est ainsi que les allocations familiales vont être attribuées sous condition de revenus, et diminuées pour de nombreuses familles. C'est un abandon de la politique nataliste du pays. Les allocations ne sont plus un avantage octroyé aux couples qui font des enfants. Elles deviennent une aide sociale.

 

Enfin, la dépense publique est censée redonner la confiance à la population, ce qui entraîne un effet bénéfique sur l'économie. Or, là encore, personne ne conteste que la confiance n'est pas au rendez-vous. Une illustration en est donné par le débat sur l'exil entrepreneurial. Quel que soit les chiffres, que personne ne connaît, il est indéniable que la France apparaît de moins en moins comme un pays où entreprendre.

 

L'alternative aujourd'hui en matière de politique économique est soit une politique de dépense publique, soit une politique de réformes structurelles. La première consiste à augmenter la dépense publique, en considérant que l'économie est comme une pompe qu'il faut amorcer. Il suffit d'injecter de l'argent dans le circuit pour que tout reparte.

 

La seconde s'interroge sur la structure de l'économie : la pertinence du système fiscal, de la réglementation du travail, de la réglementation économique, de l'efficacité de la dépense publique. L'économie est considérée comme un système complexe, où, finalement, ce sont les gens qui créent de la richesse, de la croissance, et de l'emploi. Il faut donc créer des conditions favorables à ces gens.

 

En France, la balance penche en faveur de la politique de dépense publique. Elle est désignée comme une politique de relance. La politique de réforme structurelle est dénigrée. Elle est désignée comme une politique d'austérité. Il lui est reprochée de provoquer une baisse temporaire du PIB, un sacrilège quand le moindre dixième de pourcentage de ce dernier est scruté à la loupe. Il lui est reprochée de demander des efforts temporaires à la population. Elle préconiqe en effet de s'interroger sur la manière de dépenser l'argent public, et sur les mesures d'adaptation de l'économie, dont des mesures de flexibilité.

 

Les défenseurs d'une politique de réforme structurelle ne nient pas ces efforts. Ils sont nécessaires pour relancer l'économie, rétablir la confiance, et relancer l'entrepreneuriat et l'investissement.

 

Le paradoxe, en France, c'est que le pays connaît finalement l'austérité sans mener une politique de réformes structurelles. La population est confrontée à des efforts similaires. Aux réductions d'emplois, à des doutes sur la croissance, à des diminutions de programmes sociaux, à des gels de rémunération dans la fonction publiquess, des gels d'embauches.

 

On peut toujours dire que les efforts seraient plus grands avec une politique de réformes structurelles. On peut dire que la dépense publique atténue les difficultés sociales. Mais où mène-t-elle finalement, s'il s'agit uniquement de compenser les effets de la crise, sans mener des réformes pour sortir de la crise ? C'est là le principal problème. Personne ne nie que la dépense publique peut servir à aider les gens en difficultés. Mais, s'il n'y a pas de réformes, l'économie ne générera pas suffisamment de revenus pour maintenir le niveau de protection sociale.

 

L'échec de la politique de relance par la dépense publique devrait, au moins, inciter à mener une politique de réformes structurelles, et à ne considérer la dépense que comme un accompagnement, non comme un outil de relance, mais comme une aide sociale. Sachant par ailleurs que la dépense n'est pas neutre : il faut la rembourser, et si l'Etat emprunte trop, il peut y avoir un effet d'éviction à l'encontre des entrepreneurs. Il faudra donc faire des choix de dépenses publiques, pour ne pas entraver la relance que permettront les réformes structurelles par une dépense et des prélèvements excessifs. Mais, pour le moment, ce n'est pas la politique choisie par la France.

 

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La Fed contre la BCE

18 Avril 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Le quotidien Les Echos présentait dans son édition du 17 avril 2013 une comparaison des actions de la Fed et de la BCE. La Fed est présentée comme étant plus efficace, car la croissance est repartie aux USA, tandis que la zone euro stagne. Pour faire bonne mesure, ce dossier dénonçait également les risques de ces politiques basées sur la création de monnaie, tant par la Fed que par la BCE. La création monétaire a provoqué une ruée sur différents actifs financiers, comme les obligations, les matières premières, les devises (le real brésilien par exemple). Ce qui fait craindre la formation de bulles financières, qui causeront des crises en se dégonflant.

 

     Cependant, ce dossier n'explique pas en quoi la politique de la Fed serait plus efficace que celle de la BCE, et serait la responsable de la croissance aux USA. La principale différence entre les banques centrales réside dans le fait que la Fed intervient plus directement sur les marchés financiers. Elle rachète directement des titres d'Etat, des titres hypothécaires. La politique de la BCE consiste plus à prêter des liquidités aux banques. Notons que les banques apportent en échange des titres, comme des titres d'Etat par exemple. Ce qui réduit un peu la différence.

 

    L'explication des différences entre les deux politiques tient aux différences entre les modes de financement des entreprises de part et d'autre de l'Atlantique. L'économie des USA se finance plus sur les marchés financiers. La stratégie de la Fed est donc de faire baisser les taux sur ces marchés. En achetant des obligations d'Etat, elle fait baisser les taux des obligations, entraînant les taux des obligations privées. En rachetant des titres hypothécaires, elle fait baisser les taux de ces titres, encourageant les prêts hypothécaires (et les restructurations de crédits hypothécaires).

 

     En Europe, l'économie est plus financée par les banques. Logiquement, la BCE fournit à ces dernières des liquidités, pour, toujours, éviter que les taux de crédits n'augmentent, et pour éviter un crédit crunch, c'est-à-dire une pénurie de crédit.

 

     Les politiques des deux banques centrales semblent avoir les mêmes effets. Des deux côtés de l'Atlantique, les taux d'intérêt, de crédit ou de financement obligataire sont très bas. En Europe, le financement par les marchés financiers est en croissance, profitant de taux bas. Par exemple, le groupe Auchan, qui ne passe pas pour aimer s'endetter, a effectué un emprunt obligataire pour se financer. Des deux côtés de l'Atlantique, les entreprises sont attentives à leur trésorerie, et quand elles en ont, en gardent une bonne partie plutôt que d'investir.

 

     Il est donc difficile d'expliquer la croissance économique des USA par les différences entre les politiques de la Fed et de la BCE. Les objectifs des deux banques sont largement les mêmes, les moyens diffèrent car les économies sont différentes.

 

      Il faut donc regarder les autres différences entre la zone euro et les USA pour expliquer la croissance. Serait-ce la plus forte flexibilité de l'économie ? Les entreprises peuvent se restructurer plus rapidement, les salaires baisser, tandis que dans le même temps la productivité par tête augmente. Serait-ce le marché financier, plus développé, qui finance plus facilement de nouvelles entreprises ? Serait-ce les impôts sur les plus values, plus faibles qu'en France, même s'ils ont été augmentés début 2013, qui expliquent l'investissement dans de nouvelles entreprises ? Serait-ce le gaz de schiste, qui crée des emplois pour son exploitation, et permet un développement industriel grâce à la baisse des coûts de l'énergie qu'il induit ?

 

    Mais ce sont là des sujets autrement plus polémiques que de disserter sur les politiques des banques centrales !

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L'austérité mère du populisme...

29 Mars 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

La politique qualifiée "d'austérité"est accusée aujourd'hui de favoriser la montée des populismes en Europe. François Hollande lui même a déclaré, selon la presse :

 

« Aujourd’hui, prolonger l’austérité, c’est le risque de ne pas aboutir à réduire les déficits et la certitude d’avoir des gouvernements impopulaires dont les populistes feront une bouchée le moment venu » (Ouest France)

 

C'est de même "l'austérité"qui a été accusée du résultat des élections en Italie, aujourd'hui en situation de blocage.

 

La lutte contre le populisme pour défendre les politiques de dépenses publiques et de création monétaire, tel est le nouveau leitmotiv. Alors même que ce sont justement les discours de lutte contre l'austérité qui reprennent la rhétorique populiste.

 

D'abord, le fait de qualifier "d'austérité"toute politique qui demande des efforts, et de relance une politique de dépenses publiques et de création monétaire, sans qu'aucun effort ne soit évoqué. N'est-ce pas la marque du populisme de présenter des politiques miracle, sans effort pour la majorité de la population ?

 

Ensuite, la désignation de boucs émissaires caractérise le discours de la relance. C'est l'Europe, bien entendu, qui aurait le pouvoir de faire des miracles, mais qui impose, par plaisir, des efforts aux populations. Alors même que l'Europe apporte une aide précieuse, qui atténue les efforts. Jamais n'est mise en cause la politique menée par les pays, comme la folie immobilière financée par les caisses d''épargne régionales espagnoles, organismes sans but lucratif contrôlés par les potentats locaux, ou les maquillages des comptes grecs, ou les déficits excessifs en période de croissance. Le pompier, qui intervient en urgence, est accusé du mal.

 

Le bouc émissaire désigné est aussi la finance, internationale de préférence, un classique du populisme. Oubliées les politiques de crédit et de bulles organisées par les USA. Alors même que la crise s'est déclenchée sur le secteur le plus contrôlé et le plus manipulé de l'économie, le crédit et la politique monétaire, les autorités étatiques et monétaire sont innocentées, tandis que la finance est accusée. (Voir sur ce sujet les articles La politique économique avant et après la crise, Les véritables objectifs de la régulation financière, et Crise, mensonges et oublis.)

 

Il n'y a pas de populisme sans dénonciation de l'étranger. En France, la Corée a été accusée des maux de notre industrie automobile, au moment même où ce pays développe sa production en Europe, et ouvre ses frontières à l'automobile européenne. La pénétration des voitures européennes y progresse d'ailleurs. La Chine est également critiquée, alors que ses touristes soutiennent le tourisme hexagonal. L'Allemagne, est accusée de ne pas soutenir les pays en difficultés, alors que c'est bien grâce à sa crédibilité que les mécanismes d'aide européens peuvent exister.

 

Cette rhétorique est débitée continuellement dans les médias, par des gens dits "sérieux"et "modérés". Comment s'étonner alors que, quand des populistes proposent des solutions de facilité, accusent l'Europe et l'étranger de tous les maux, et qu'ils promettent de passer aux actes, accusant les partis traditionnels de frilosité, ils soient pris au sérieux et s'attirent les votes des citoyens ? Qui soutient leurs discours ?

 

Cette rhétorique illustre le problème de la politique aujourd'hui. Nous considérons que l'Etat doit avoir tous les pouvoirs. Et nous confions notre destinée aux politiciens. Ne sommes nous pas un peu naïf de croire qu'ils veulent notre bien ? L'école des choix publics enseigne que les politiciens suivent leur propre intérêt. Ce qui rejoint ce que disait Ludwig von Mises également. Pour se faire élire et réélire, ils recherchent des boucs émissaires pour les crises, et promettent des solutions de facilité. Ils reprennent ainsi la rhétorique populiste, tellement efficace en ce domaine. Gerhard Schroder, le chancelier allemand qui a lancé la rénovation de l'Allemagne, aurait déclaré que pour lancer un tel plan, il ne fallait pas penser à se faire réélire.

 

Les libéraux et les libertariens n'ont pas cette vision angélique des politiciens. C'est pourquoi ils prônent une limitation de leur pouvoir, ou même, pour les libertariens, la disparition de l'Etat. Car les politiciens ne peuvent pas, selon les libéraux, faire les miracles qu'ils promettent.

 

 

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La restructuration bancaire à Chypre

26 Mars 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Un accord a été conclu sur la restructuration bancaire chypriote dans la nuit de dimanche à lundi. La base du plan est le gel des comptes de dépôt de plus de 100 000 € des deux principales banques. Une de ces banques, Laïki, sera liquidée. Les dépôts inférieurs à 100 000 € seront transférés à l'autre banque, Bank of Cyprus. Les dépôts de cette dernière supérieurs à 100 000 € seront gelés.

 

      La bad bank servira à liquider les actifs de Laïki. Les déposants dont les comptes auront été transférés dans cette nouvelle entité récupéreront ce qu'il restera après les opérations de liquidation. Les dépôts gelés à Bank of Cyprus serviront également à la restructuration de cette dernière. Ajoutons que les créanciers obligataires de Laïki ont tout perdu.

 

       Ce plan rappelle la nature des dépôts bancaires aujourd'hui : c'est de l'argent que nous prêtons à la banque, qui ensuite l'utilise. Elle ne le garde pas précieusement en sécurité. C'est un véritable placement. En échange, il est disponible immédiatement. Il y a également des intérêts qui sont versés, dans de nombreux pays.

 

       Il a été appliqué à Laïki et à Bank of Cyprus ce qui est appliqué à n'importe quelle entreprise en difficulté : une liquidation d'un côté, avec les créanciers, dont les déposants, qui se partagent ce qu'il peut rester, et un plan de sauvegarde avec restructuration financière d'un autre côté, où, là encore, les créanciers sont mis à contribution.

 

      L'autre solution aurait été que l'Etat supporte seul la restructuration, et donc les pertes. Au Royaume-Uni, aux USA, les Etats ont choisi cette option. En ce qui concerne Chypre, l'ampleur des besoins financiers rendait difficile une telle option. D'après les articles des médias, les besoins équivalaient au PIB de l'île. D'autre part, une partie des dépôts bancaires les plus importants proviennent de non résidents, attirés par l’environnement financier chypriote, considéré comme complaisant par les autres pays de l'Union Européenne. Un financement des banques par l'Etat aurait été considéré comme un cadeau à de riches déposants profitant du système. Enfin, les Etats, et l'Europe, ont été beaucoup mis à contribution ces dernières années. Reprendre des pratiques normales, car ces pratiques de restructurations sont communes dans les entreprises, évitait d'alourdir encore plus les dettes des Etats, et les engagements de l'Union Européenne.

 

      Les banques sont habituellement protégées. Les créanciers des banques sont protégés. Aussi ce plan chypriote a-t-il inquiété les marchés financiers, et les déposants. Ce plan est exceptionnel. Pour le moment, aucune banque, en France, ne connaît de telles difficultés. Au Royaume Uni, aux USA, et dans d'autres pays, les Etats ont déjà aidé, ou même nationalisé les banques. Cependant, ce plan montre que les créanciers peuvent être mis à contribution.

 

      Est-ce injuste ? Ou est-il plus juste que ce soit l'Etat, et donc le citoyen, qui paie ? Car telle est l'alternative : créanciers ou citoyens.

 

     La crise a d'ailleurs amené un changement dans la réglementation bancaire, puisqu'on admet que même les grandes banques pourraient faire faillite. Il leur a été demandé d'avoir un plan de démantèlement prêt à être mis en œuvre.

 

     La crise chypriote rappelle quelques vérités simples. Une banque peut faire faillite. Le client doit veiller à l'emploi de son argent. En fait, ce qui est fait à Chypre est un processus habituel en cas de difficultés d'une entreprise. Cela surprend, car nous n'en avons plus l'habitude. Nous sommes accoutumés à ce que l'Etat prenne tout en charge. Mais même l'Etat a des limites. Même l'Union Européenne a ses limites. Ce n'est qu'une union d'Etats, dont les principaux sont en difficultés.

 

     N'est-ce pas plus sain, d'ailleurs, que chacun soit responsable de ses actes ? Les actionnaires ne seraient-ils pas prudents s'il ne comptaient pas sur la protection des autorités financières ? De même que les dirigeants, et les souscripteurs d'emprunts obligataires ? Les clients ne seraient-ils pas plus exigeants avec leurs banques s'ils étaient conscients des risques, et les banques ne seraient-elles pas plus prudentes avec l'argent des clients ?

 

      Cependant, nous saurions difficilement vivre dans un tel système, car nous n'y sommes plus habitués. D'autre part, ce genre de système exigerait que les banques soient libres d'agir comme bon leur semble, sous le contrôle de leurs actionnaires, créanciers et clients. Or, tel n'est pas le cas aujourd'hui. Les banques sont soumises à un carcan réglementaire très strict. La création monétaire est sous le contrôle des banques centrales. En échange, les banques sont assurées de ne pas faire faillite. L'idée étant que la création monétaire, à travers le crédit, permet de créer de la croissance économique. La création monétaire, et donc le crédit, et donc les banques, sont au centre de l'économie. Il faut à la fois favoriser les banques, en les soutenant pendant les crises, et les contrôler, pour qu'elles aient le comportement que l'on attend d'elles. (Voir sur ce sujet les articles La politique économique avant et après la crise, Les véritables objectifs de la régulation financière, et Crise, mensonges et oublis.)

 

     Ce paradigme a été remis en cause par la crise. D'abord parce que la politique d'expansion monétaire a amené la crise justement. Mais la plupart des économistes, dont les doctrines sont inspirées du keynésianisme, ou de l'idée monétariste de création monétaire pour sortir de la crise, ne reconnaissent pas le fait que la création monétaire a causé la crise. Par conséquent, les marchés continuent de croire au pouvoir protecteur des banques centrales et des Etats. C'est cette promesse que la restructuration bancaire chypriote a spectaculairement rompu. La protection financière est mise en doute.

 

     Bien sûr, Chypre est un cas particulier. Les pays développés n'en sont pas encore à cette extrémité avec leurs banques. Mais le doute est là. Et c'est un monde qui s'écroule.

 

      Pourtant, une prise de conscience ne serait-elle pas saine ? Et ne permettrait-elle pas de quitter le paradigme de la création monétaire de manière ordonnée, en minimisant les peines, autant que possible, pour les citoyens ? Mais le débat monétaire n'est même pas engagé. Il est trop dangereux pour les politiciens, pour qui les promesses de relance facile valent mieux que celles d'efforts. Quant aux économistes qui dominent les débats aujourd'hui, ce serait pour eux une remise en cause de leurs dogmes. Humainement, c'est quasiment impossible. Il y a des gens, par-ci par là, comme l'américain Ron Paul, le professeur Jesus Huerta de Soto (auteur d'un livre prémonitoire :Monnaie, crédit bancaire, et cycles économiques), du courant autrichien. Mais c'est bien peu.

 

      La crise chypriote devrait être comprise comme un avertissement : la défaillance d'un système. La défaillance de la promesse de la croissance par la création monétaire, et la protection des banques, et des déposants. La méthode choisie pour restructurer le secteur bancaire n'ayant rien d'extraordinaire. C'est la méthode normale de restructuration d'une entreprise. C'est le traitement appliqué habituellement aux banques qui est anormal. La question qui se pose, c'est jusqu'où irons-nous dans la crise avant de reconsidérer le paradigme monétaire qui nous gouverne ? Et jusqu'où irons nous dans la reconsidération également. Des mesurettes pourront toujours permettre de légers rétablissements pour quelques années. C'est ce que nous faisons depuis quarante ans. Mais, depuis quarante ans, les crises se succèdent finalement, comme une lente chute. Le temps d'une civilisation est le long terme. Les mouvements sont lents. Quand, et dans quel état nous réveillerons nous ?

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