Analyse Libérale

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La politique des républicains aux USA

23 Février 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

     Quiconque cherche à s'informer sur les USA à travers les médias français, ceux dit sérieux, apprendra que les républicains ont « clivé » le spectre politique US. Ils se sont radicalisés, et bloquent ainsi tout le pays.

 

     Qu'est-il reproché aux républicains ? De vouloir moins d'Etat, et par conséquent, de réduire les dépenses publiques. Les démocrates sont contre. Ils veulent augmenter les dépenses publiques et les impôts. Il y a donc un hiatus. Les répu blcains et les démocrates ont des positions opposées. Mais qui est le plus radical ? Le système législatif des USA oblige à des compromis. C'est le Congrès qui a le pouvoir. Reagan et Clinton, qui gouvernaient avec des Congrès dont la majorité leur était opposée, parvenaient à des compromis. Mais Obama n'y parvient pas. La faute aux républcains, selon la presse bien prnsante. Pourtant, les républicains ont accepté dernièrement des augmentations d'impôts. Tandis que les démocrates n'ont fait que de vages promesses de réductions de dépenses. Alors, qui est radical ? Les républcains, qui acceptent les compromis, ou les démocrates, et Obama, qui les refusent ?

 

     La vérité est qu'il y a un clivage. D'un côté les démocrates, qui veulent continuer la politique interventionniste, la politique de dépenses publiques, et de l'autre les républicains, qui considèrent que l'Etat a détraqué l'économie par son interventionnisme. Qui est responsable du clivage ? Personne. Il y a divergence.

 

     Le système US oblige à un certain consensus. Ce qui semble bloqué aujourd'hui. Qui est responsable du blocage ? On ne peut que constater que les républicains aont accepté des augmentations d'impôts. Mais les démocrates n'ont pas proposé de réductions de dépenses. Qui sont les extrémistes donc ?

 

    Les médias imposent l'idée de républicains radicaux, qui empêchent tout compromis. La vérité est qu'il y a une divergence d'opinion. Les républicains ont accepté des compromis. Pas les démocrates. Ce sont donc plutôt les démocrates qui sont extrémistes. Mais ce ne sera pas dit par les médias.

 

  Cela est un nouvel exemple du parti pris des médias. Il y a un manque de puralisme en France. Des gens qui cherchent à s'informer en faisant confiance aux médias officiels ont une information tronquée. Les républicains sont présentaés comme « clivant » car ils vont à l'encontre de l'opinion dominante des médias. Pourtant, ce ne sont pas eux qui bloquent les USA.

 

    Aujourd'hui, l'internet permet de se rendre compte de la partialité des médias, ou de laur « moutonisme » : ils se contentent de répéter l'opinion des politiciens. Mais seule une minorité fouille la toile. Les gens n'en n'ont pas forcément le temps. Une opinion se forge ainsi, sur des interprétations partiales.

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L'union homosexuelle et l'adoption par des homosexuels dans un monde libéral

18 Janvier 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

     Le libéralisme est très mal connu en France, bien qu'il tire ses origines en partie de notre pays. Il est caricaturé en "ultralibéralisme", un terme qui ne signifie rien. Plus encore, il est réduit à une dimension économique. Alors qu'il englobe tout ce qui concerne l'organisation de la société.

 

     L'actualité fournit un sujet, un double sujet à vrai dire, sur lequel appliquer le libéralisme : l'union homosexuelle et la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples homosexuels. Comment ce genre de débat serait-il traité dans un monde libéral?

 

     Nous définirons, pour chaque thème, union homosexuelle et PMA, le cœur de la question, et la manière dont elle se réglerait dans un monde sans Etat. Ce qui est aussi appelé le libertarianisme, ou encore l'anarcho-capitalisme. Les anarcho-capitalistes préconisent un monde sans état, qui se conformerait au principe libéral : le liberté, et son corollaire, ne pas empiéter sur la liberté d'autrui, donc ne pas nuire à autrui.

 

    Au final, nous constaterons que cette approche amène à s'interroger sur le rôle et les prérogatives de l'Etat.

 

    Commençons donc par l'union homosexuelle. Il est réclamé du gouvernement un droit au mariage pour les couples homosexuels, revendication que le gouvernement socialiste a décidé de concrétiser. Pour aborder le sujet, il faut d'abord déterminer ce qu'est le mariage.

 

    Le mariage est un statut, accordé par la société, à un homme et une femme qui souhaitent procréer. D'accord, ce n'est pas très glamour. Mais c'est l'origine du mariage. Un statut institué depuis très longtemps, quand, apparemment, il fallait un statut pour toute situation sociale. Ainsi, avoir des relations sexuelles nécessitait d'être marié, ce qui garantissait aux enfants des droits, aux parents des obligations envers leurs enfants, mais aussi des obligations des enfants vis-à-vis de leurs parents.

 

    Le mariage a été institué par les autorités qui régissaient la vie sociale dans la société. Dans la plupart des contrées, le terme pays ne signifiant pas la nation comme aujourd'hui, c'était le pouvoir religieux. En Europe, par exemple, le pouvoir féodal protégeait ses sujets, tandis que la religion organisait la vie sociale, à travers le mariage notamment. Puis, l'Etat nation a pris le relai.

 

    Par conséquent, le mariage ne concerne pas les couples homosexuels, puisqu'ils ne peuvent pas procréer. Il s'agit dans ce cas de créer un nouveau statut, correspondant à une situation.

 

    Imaginons maintenant un monde anarcho-capitaliste. Un monde qui n'aurait même pas connu l'Etat, ni aucune sorte d'organisation contrainte par quelque pouvoir que ce soit, pas même religieux. Les religions peuvent exister, mais chacun choisit de s'y conformer ou non, aucune ne peut régir la vie de tous. Dans un tel contexte, le mariage n'existerait pas.

 

    Il pourrait y avoir des cérémonies privées, symboliques, pour ceux qui voudraient fêter une union. Il pourrait y avoir différentes dispositions, toujours d'ordre privées, pour assurer l'avenir des enfants, ou pour garantir un revenu à un conjoint. Des associations vantant la fidélité pourraient exister. Mais il n'y aurait pas de statut défini par la loi ou la religion, valable dans tout un pays, pour tous. Il n'y aurait pas de pays d'ailleurs.

 

    Toutes les dispositions seraient possibles. Garantir un revenu à un conjoint, à ses enfants, ou ne rien donner à ses enfants. Une norme sociale pourrait se dégager, ou pas. Ce serait vraiment la société, en tant qu'expression des différentes opinions, et surtout des différentes actions de chacun, qui forgerait d'éventuelles normes sociales.

 

    Certains libertariens parlent de privatisation du mariage. Mais ce ne serait pas une privatisation. Le mariage n'existerait pas, et les couples s'organiseraient en fonction de leurs préoccupations : un jour, un contrat pour hériter mutuellement l'un de l'autre, un jour un testament, un jour un legs aux enfants avec obligation de s'occuper des parents en fin de vie, etc.

 

    Même raisonnement pour l'adoption. C'est un droit à l'enfant qui est réclamé. Or, rien n'a jamais interdit à un couple homosexuel d'avoir un enfant. C'est juste une impossibilité naturelle. Un enfant pour un couple homosexuel est donc quelque chose d'artificiel. C'est là le cœur du sujet : l'artificialité en ce qui concerne l'enfant. Notons que c'est un peu la même chose quand une personne seule veut adopter un enfant. Le cœur du sujet, ce n'est pas l'homosexualité, mais le statut de l'enfant dans la société.

 

    Dans un monde sans Etat, comment un tel sujet serait-il traité? Cela est impossible à dire. Par exemple, y aurait-il des homosexuels désireux d'adopter des enfants? Peut-être, peut-être pas. Si des couples homosexuels avaient cette volonté que se passerait-il?

 

    Un principe du libéralisme est la responsabilité de chacun pour ses actes. Ce serait donc chacun qui aurait à se faire une opinion. Les homosexuels désireux d'avoir un enfant seraient confrontés à leur responsabilité, sans aucun Etat pour dire que ce qu'ils font est bien ou mal. De même, chacun pourrait porter un jugement, devrait décider s'il approuve ou si un enfant a besoin d'un papa et d'une maman, sans qu'un Etat n'impose une norme. Un monde sans Etat serait un monde de totale liberté d'expression. Le débat serait permanent, à de multiples niveaux: son entourage, sa ville, le lieu de loisir, etc. En l'absence d'une opinion décidée par un Etat central, qui serait enseignée, chacun serait dans l'obligation de se faire son propre jugement, réellement : pour, contre, indifférent. Influencé, ou pas, par son milieu, son éducation, etc.

 

    Dans un monde sans Etat, qui déciderait du sort des enfants? Sujet d'importance dans cette situation. Un orphelin serait sans doute recueilli par sa famille. C'est ce qui se passe le plus couramment. C'est donc la famille qui déciderait si des homosexuels pourraient s'occuper de l'orphelin. Il y aurait là encore une grande diversité d'opinions possibles. Une mère qui déciderait de faire adopter son enfant, car elle n'aurait pas les moyens de l'élever, pourrait stipuler si elle accepte qu'il soit adopté par des homosexuels ou non. De même, les associations qui recueilleraient les enfants, qui aideraient les familles, pourraient disposer de leurs propres critères. Certaines pourraient même se créer spécialement pour procurer des enfants aux homosexuels.

 

    De même, les médecins seraient libre d'accepter ou non de pratiquer la procréation médicalement assistée pour permettre à des homosexuels d'adopter un enfant. Des mères porteuses pourraient accepter ou refuser de porter un enfant pour un couple homosexuel.

 

    Ce qui caractériserait un monde sans Etat, c'est la diversité des situations possibles : des couples sans aucun lien juridique, ou liés par différents contrats entre eux et avec leurs enfants. Aucun homosexuel ne songeant à adopter, ou de multiples adoptions. Les gens pourraient se rassembler géographiquement en fonction de leurs opinions, de leurs comportements. Un monde sans Etat pourrait également évoluer facilement, en fonction du retour d'expérience de chacun.

 

    Nous avons donc, d'un côté, un Etat qui distribue ou refuse des droits. Est-ce que les couples homosexuels doivent avoir un statut, est-ce que les enfants ont droit à un papa et à une maman? Même s'il ne s'agit pas forcément de droits, c'est ce que réclament les groupes de pression. De l'autre, la possibilité laissée à la société de se construire, et d'évoluer. D'un côté, un pouvoir des groupes de pression, qui peuvent influencer l'Etat. De l'autre, le respect des opinions de chacun, et une société qui se construit et évolue en fonction des opinions et des actes de chacun.

 

    Une société libertarienne serait un monde évolutif, sans certitude, où chacun pourrait être obligé, à un moment, à faire un choix. Par exemple, pour un couple homosexuel qui aurait adopté un enfant, fréquenter des gens qui considèrent que ce n'est pas bon pour l'enfant. La liberté d'expression pourrait conforter certains dans leurs choix, ou au contraire en faire hésiter constamment d'autres.

 

    Un monde comme celui d'aujourd'hui avec des Etats tout puissants, qui décident de ce qui est bien ou mal, et une société libertarienne, sont tous deux des processus de construction de la société. Quel est le plus pertinent? D'un côté, l'Etat, qui décide de ce qui doit être. De l'autre, la société qui évolue et se construit en fonction des décisions de chacun.

 

    L'Etat, en démocratie, dit tirer sa légitimité du peuple. Cependant, est-ce que la majorité a forcément raison? Si un processus démocratique amène au pouvoir quelqu'un qui considère une partie de la population comme une sous-race à cause de ses origines ethniques, cette opinion est-elle bonne car issue d'un processus démocratique? L'argument de la démocratie ne résiste pas à l'histoire. La majorité n'a pas forcément raison. D'ailleurs, ce peut être la minorité la plus nombreuse qui impose une opinion, par exemple 40% de la population. D'autre part, tout dépend de la manière d'imposer une loi : référendum, vote du parlement, décret, la voie imposée par la constitution d'un pays peut influencer la décision. Ainsi, est-ce que le gouvernement aurait pris le risque d'un référendum si cela avait été obligatoire? Enfin, tout peut-il être décidé à la majorité, par le vote?

 

     La question que pose le thème de l'union homosexuelle, et celui de l'adoption et de la procréation médicalement assistée pour des couples homosexuels est celle du rôle de l'Etat. Sur de tels sujets, peut-il y avoir une vérité déterminée par sondage, vote du peuple, vote des représentants du peuple? La société doit-elle évoluer en fonction des majorités qui se font et se défont, des modes, des groupes de pression, car c'est ainsi que fonctionnent nos démocraties? Le mode d'organisation de la démocratie a aussi son importance, puisque la manière dont doivent être prise les décisions, referendum ou décret, influe sur la décision elle-même.

 

     Cet article avait ainsi pour but de montrer l'étendue des réflexions libérales. Et aussi, leur pertinence aujourd'hui. Dans un monde qui se veut l'expression du peuple, le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple, comment doivent se prendre les décisions pour ce qui était régi par la morale? Comment doit évoluer la société? Par les décisions d'un gouvernement tout puissant, qui cherche à se faire réélire, par le vote, influencé par la communication? Ou autrement? Le libéralisme libère le champ de la réflexion.

 

(Cet article se veut une réflexion libre. Je ne prétends pas être une référence en matière d'anarcho-capitalisme. Ceci précisé au cas où j'offusquerais de véritables anarcho-capitalistes. Je me suis placé dans l'hypothèse d'un monde sans Etat, et j'imagine ce qui pourrait se produire, afin d'ouvrir le champs de la réflexion pour l'organisation de notre société. Telle est ma démarche.)

 

 

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Les effets de la déflation sur l'épargne : l'exemple du Japon

20 Août 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

     Le quotidien Les Echos a publié ce lundi 20 août 2012 un article traitant du Japon, intitulé :

Japon : après vingt ans de marasme, le gouvernement entrevoit la fin de la déflation.

Dans cet article, Yann Rousseau, correspondant des Echos à Tokyo, écrit :

 

     « Depuis que ses bulles immobilières et boursières ont éclaté au début des années 1990, le Japon a vu ses prix à la consommation stagner ou reculer et s'est retrouvé enlisé dans une déflation qui incite ménages et entreprises à épargner plutôt qu'à dépenser. La baisse des prix pousse en effet mathématiquement à la hausse la valeur réelle des dettes et, dans un même temps, gonfle automatiquement les taux d'intérêt réels. »

 

     Ce qui est totalement dans la ligne des théories keynésiennes ou néo-keynésienne dominante. Pourtant la situation de l'épargne au Japon contredit totalement le fait que la déflation conduit à une hausse de l'épargne et à une baisse de la consommation. C'est ainsi qu'il est écrit dans cet article de Project Syndicate, La crise de l'épargne au Japon:

 

      «Au début des années 1980, les ménages japonais épargnaient près de 15 % de leur revenu après impôt. (...) Quand bien même le taux d’épargne a diminué progressivement durant les années 1980, il était toujours de 10 % en 1990. (...) Ainsi, le taux d’épargne des foyers a continué de chuter pour passer en dessous des 5 % à la fin des années 1990. En 2009, il était à peine supérieur à 2 %. »

 

      Le plus savoureux, c'est que cet article de Project Syndicate a été repris par Les Echos!

 

      Le Japon est un pays qui pourrait être intéressant pour les adeptes de l'endettement public, car c'est le pays développé le plus endetté. Cependant, les différents plans de relance n'ont pas eu d'effets sur l'économie. Et la baisse de l'épargne laisse penser que le pays vit sur ses réserves.

 

      La plupart du temps, la situation du Japon est vue dans la presse selon la vision keynésienne : une lutte contre une déflation néfaste pour l'économie car elle incite à l'épargne plutôt qu'à la consommation. C'est la vision dominante en économie. Illustrée par l'article du correspondant à Tokyo des Echos. Malgré la contradiction flagrante des faits, que personne ne songe à regarder.

 

 

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Les économistes dans le doute?

11 Août 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

      Le journaliste et éditorialiste du quotidien Les Echos, Jean-Marc Vittori, a signé ce jeudi 9 août un article intitulé Le grand doute de la science économique. Il faut comprendre le grand doute de la science économique face à la crise. Dans cette article, Jean-Marc Vittori, bon connaisseur de la science économique, rapporte les doutes des économistes quant à l'efficience des marchés, des anticipations rationnelles, et la rationalités des acteurs du marché. C'est donc la théorie néoclassique d'équilibre des marchés qui est mise en cause.

 

      Ce qui est très significatifs, et, d'une certaine manière, amusant, c'est que cet article sur Le grand doute de la science économique est placé sous un article intitulé : Les banques centrales, rempart contre le chaos. Cet article fait l'éloge des banques centrales, et donc du soutien de l'économie par l'expansion monétaire.

 

      Par conséquent, les économistes doutent, mais ne remettent pas en cause la politique économique menée avant la crise, basée sur un soutien de l'économie par la monnaie, et sur un encadrement très stricte des organismes financiers. (Voir à ce sujet l'article Monnaie et finances : de l'orthodoxie à l'expansionnisme.)

 

      Les économistes dans le doute ignorent totalement le monétarisme, qui enseignait à ne pas manipuler la monnaie. Il est vrai que certains sont persuadés que les banques centrales ont mené une politique monétaristes. En effet, Milton Friedman a attribué à une brusque contraction de la masse monétaire, opérée par la Réserve Fédérale US, la crise de 1929. Par conséquent, le pilotage de l'économie par la monnaie, en baissant les taux d'intérêt pour relancer l'économie, en les relevant pour la ralentir, est qualifié de monétariste. Or, la conclusion de Milton Friedman c'est qu'au contraire il ne faut pas jouer avec la monnaie. Il préconisait une augmentation faible et régulière de la masse monétaire, et non un jeu de yoyo avec les taux d'intérêt.

 

      Sont également totalement ignorées les théories autrichiennes, qui pourtant expliquent clairement la crise. (Voir à ce sujet la série d'articles de Gérard Dréan, L'école autrichienne d'économie, une présentation.) Les économistes du courant dominant, ou économistes mainstream, refusent totalement toute alternative à leurs conceptions. Pourtant, d'autres théories existent. Il n'y a pas de quoi douter, d'être désemparé.

 

     Jean-Marc Vittori conclut en écrivant que «La vision globale des grands mécanismes économiques est entièrement à rebâtir .» Dans une chronique, dont je n'ai malheureusement plus les références, il y a quelque temps, il s'interrogeait sur la science économique. Aujourd'hui, le système de récompense encourage à écrire des articles sur des points très précis, plutôt que des livres qui auraient une vision globale de l'économie. Gérard Dréant parle lui des économistes qui« la part théorique de l’économie n’est qu’une boîte à outils, où chacun peut avoir son utilité sans qu’il soit besoin d’un fondement théorique commun. » Ce qui est qualifié de science économique est une tentative d'envisager l'économie comme un système mécanique, que l'Etat pourrait contrôler. Ce qui est logique : c'est ce que les Etats demandent aux économistes. La nature humaine de l'économie est totalement ignorée.

 

     La crise devrait remettre en cause cette conception dominante de l'économie. Ce n'est pas le cas. Sauf un peu aux USA, avec Ron Paul qui se fait l'écho, au niveau politique, des idées autrichiennes. Mais qui est snobé par les médias. Les théories alternative existent. Elles sont dans le corpus libéral. Il faudrait revenir au fameux doute scientifique, mettre en cause les théories dirigistes, mécaniques, constructivistes, les mettre à l'épreuve, et regarder vers les théories proposées par le libéralisme.

 

 

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La régulation financière et l'Europe

6 Septembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

     Le Conseil Européen et le Parlement semblent s'être accordés sur un renforcement de la supervision financière à l'échelle de l'Union. Rien n'est encore acté, puisque les ministres des finances de l'Union doivent se prononcer le 7 septembre.

 

     Rien de bien nouveau par rapport à ce qui était discuté depuis plus d'un an (cf Les propositions de la Commission pour la surveillance financière.  ). Création de trois autorités de supervision, pour les banques, les marchés financiers, et le secteur de l'assurance. Emanation d'organisme déjà existants. (cf aussi le site de la Commission Européenne pour l'historique du projet). Création d'un conseil européen du risque systémique, une sorte de coordinateur.

 

     Aucune de ces organisations n'aura de pouvoir contraignant, sauf cas exceptionnel, et si les Etats membres sont d'accord. Elle ne pourront pas prendre de décisions contraignant budgétairement les Etats, comme le renflouement d'une banque.

 

     Ce sont dons les autorités nationales qui seront toujours en première ligne. Cependant, il est attendu des autorités européennes qu'elles élaborent des règles communes, qui seront appliquées par les autorités nationales. Cela semble peu, mais cela suffit à inquiéter la City de Londres selon le Financial Times.

 

     Et c'est vrai que c'est un progrès. C'est un pas de plus vers une harmonisation européenne, et, surtout, une supervision de la finance à une échelle plus judicieuse que le territoire nationale.

 

     L'Europe se construit, peu à peu. Les crises, comme toujours dans l'histoire, sont un accélérateur.

 

    Ce projet a ses défauts, ses limites. J'ai déjà écrit sur le sujet. Mais, ce qu'il faut retenir, c'est le renforcement de la coopération européenne. La crise, jusqu'à présent, n'a pas mené à un éclatement, mais à un resserrement de l'Europe. Malgré les propos excessifs engendrés par les difficultés de la Grèce.

 

     Historiquement, c'est notable. A d'autres époques, une crise aurait engendré une guerre.

 

     Nous avons l'habitude de voir ce qui va mal. Je ne suis personnellement pas d'accord avec tout ce que fait l'Union Européenne. Je suis conscient des enjeux de pouvoirs entre les pays, et entre les pays et les institutions. Je ne suis pas d'accord avec l'organisation de l'Union. J'ai voté contre la constitution européenne, pour diverses raisons.

 

     Mais saluons la coopération, qui vaut mieux que la guerre. Coopérer en temps de crise. En nous souvenant que telle est l'origine de l'Union: éviter la guerre, entretenir l'amitié entre les peuples. Nous devons être capable de coopérer, et de ne pas être d'accord sans se faire la guerre.

 

     De temps en temps, un peu d'optimisme, ça fait du bien.

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Faut-il suivre l'exemple de l'Allemagne?

12 Juin 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

      L'Allemagne est souvent montrée en exemple, pour sa gestion budgétaire, et sa compétitivité. Et il est vrai que l'Allemagne se veut aujourd'hui un exemple de gestion budgétaire, en proposant un plan ambitieux de réduction des déficits. D'autre part, l'Allemagne vient à peine de céder la place de premeir exportateur mondial à la Chine. Elle reste deuxième, proche de la Chine, malgré une population beaucoup moins nombreuse, et des coûts salariaux qui sont parmi les plus élevés au monde (cf l'article sur la TVA sociale).

 

      Cependant, il est utile de rappeler que l'Allemagne n'a pas toujours respecté les critères qu'elle défend aujourd'hui. Elle s'est trouvée, récemment, dans la même situation que la France, avant la crise, sous la menace d'une sanction pour non respect des règles de déficits. L'Allemagne et la France n'ont pas été sanctionnées... car elles ont refusé de l'être! 
 

      D'autre part, voici deux graphiques, qui proviennent de la Banque de France, et qui retracent la croissance du PIB de la France et de l'Allemagne ces dernières années.

 

      PIB aux prix de l'année précédente chaînés en données cvs-cjo, en pourcentage

 

  croissance France et Allemagne

 

      Comme on le remarque, la France n'a pas à rougir de la comparaison avec l'Allemagne en matière de croissance. Ces graphiques montrent aussi que la croissance de l'Allemagne est très dépendante de la croissance mondiale.

 

      L'Allemagne ne connaît donc pas une croissance exceptionnelle, comparée à la France, elle est très dépendante du commerce extérieur, et elle n'est pas si vertueuse sur le plan budgétaire.

 

      Ajoutons que la consommation en Allemagne stagne, signe que la population n'a pas profité de la croissance. Celle-ci est entièrement tirée par le commerce international. Ces dernières années, les salariés ont même vu leurs salaires stagner. L'Allemagne ne semble pas avoir de "moteur interne" pour son économie.

 

      Observant la situation allemande, avant la crise, j'attendais le moment où les salaires augmenteraient. Mais, tout comme la croissance mondiale portait la Allemagne, la récession mondiale l'a enfoncée.

 

      A contrario, un pays comme la Chine exporte beaucoup, mais sa croissance est aussi interne. Par exemple, ce n'est pas pour exporter que les constructeurs automobiles s'installent dans ce pays. Mais bien pour le marché chinois.

 

      Il y a certainement des choses à imiter en Allemagne. C'est un pays qui a une remarquable organisation à l'exportation, qui sait faire évoluer son industrie, en fabriquant des produits demandés dans le monde entier. Elle est également efficace dans l'agroalimentaire, ce qui est moins connu.

 

      Cependant, l'absence de ressort interne, de croissance interne, doit interpeller. De même, la comparaison avec la croissance française n'est pas si flatteuse.

 

      L'Allemagne a certes un chômage inférieur à celui de la France. Mais, là encore, une analyse plus fine s'impose. Je ne dispose malheureusement pas de tous les éléments pour mener cette analyse. Mais, on peut noter le recours massif au chômage partiel, qui explique en partie les bons résultat actuels de l'Allemagne en matière d'emploi. Il y a aussi la dégradation des conditions d'emploi. Les réformes de Schroder ont favorisé l'emploi mal payé. Ce n'est pas un progrès quand un pays doit moins payer ses habitants pour maintenir l'emploi. Le fait que l'Allemagne soit encore dans la moyenne des plus hauts salaires mondiaux, malgré les réformes de Schroder, laisse à penser qu'il y a dans ce pays de fortes disparités salariales.

 

      La comparaison entre la France et l'Allemagne ne donne donc pas un avantage évident à l'Allemagne. Surtout, celle-ci n'est pas un modèle de croissance. Il y a certainement des choses à imiter dans l'industrie allemande. Son organisation à l'export est excellente. Sa discipline budgétaire est également remarquable, même si la manière prête à débat. Mais, a contrario, sur le plan de la croissance, ces dernières années, l'Allemagne n'a pas fait ses preuves. Ni sur le plan social, les salariés ayant fait tous les efforts pour la compétitivité du pays ces dernières années. L'idée de prendre l'Allemagne pour modèle nécessiterait donc une analyse plus approfondie.

 

 

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La taxe sur les banques

30 Mars 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

      La possibilité d'une taxe spécifique sur les banques alimente l'actualité. L'idée est de faire payer les banques pour les plans de sauvetage dont elles ont bénéficié. Mais, surtout, d'avoir des fonds pour les renflouer lors d'une prochaine crise, comme un fonds de garantie.
 

      Cette idée de taxe est dans la droite ligne des projets de l'après crise. Ces projets visent à éviter un risque systémique. En créant d'abord des autorités de surveillance chargé de surveiller les établissements financiers, et d'intervenir dès qu'un risque systémique apparaîtra. Il s'agit en particulier de d'éviter une faillites des plus grands établissements. Et, maintenant, en prévoyant le renflouement des établissements qui auraient des difficultés.

 

     J'ai décrit les projets de régulation dans l'article Régulations financière: les projets, et ce qu'il faudrait changer.  . Et la critique formulée à l'époque vaut toujours. L'action des gouvernements ne vise pas à empêcher une nouvelle crise, mais à éviter qu'une crise ne devienne systémique, c'est-à-dire qu'elle contamine toute l'économie.

 

      J'ai déjà décrit les problèmes posés par cette position, ainsi que ce qu'il faudrait faire pour empêcher qu'une nouvelle crise se produise, dans l'article déjà cité: Régulations financière: les projets, et ce qu'il faudrait changer.   . Je me focaliserai ici sur les effets d'une éventuelles taxe sur les banques.

 

      Cette taxe agirait comme une garantie, comme une assurance. Les marchés financiers pourront se dire qu'ils peuvent jouer sans risque, la banque sera toujours renflouée.

 

      Surtout, cette taxe fera payer les usagers, ceux qui déposent leur argent, qui utilisent les services de la banques pour leur vie de tous les jours, mais pas les responsables des mauvais placements financiers.

 

      En effet, ce genre de taxe sera, d'une manière ou d'une autre, répercutée sur les clients de la banque. Ce sont toujours les clients qui paient les taxes, puisqu'ils assurent les revenus.

 

      Par contre, ceux qui auront eu un comportement risqué ne perdront rien. Ils ne perdront pas les primes accumulées avant une éventuelle crise. Ils risquent même d'être toujours là après la crise. Les établissements ne disparaîtront pas car trop gros pour faire faillite.

 

      Le principe de l'économie de marché est que celui qui prend un risque assume ce risque. Ce n'est pas le cas avec les projets actuels, où, au contraire, on s'arrange pour qu'une crise soit indolore pour ceux qui prenne le risque, mais que ce soit les autres, les clients de tous les jours, qui paient.

 

      La solution, comme je l'explique dans , est d'éviter les conflit d'intérêt, et de séparer les activités à risque de l'activité de banque et de conseil aux investisseurs. Nous ne prenons pas ce chemin.

 

      (Je rappelle que les banques sont complices mais pas responsables de la crise. On se reportera sur ce sujet à ma série d'article: Les essentiels sur la crise   Pour plus d'articles sur les projets de régulation, cf Le projet américain de réforme de la régulation financière  , Les propositions de la Commission pour la surveillance financière.  )

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La relance de l'inflation

27 Mars 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

      Certaines voix se font entendre, notamment au FMI, pour relancer l'inflation. Ce qui, selon ces personnes, permettrait d'avoir plus de croissance économique. Ce qui pose la question du lien entre croissance et inflation.


      Si l'inflation est souhaitée, c'est parce que qu'elle favoriserait la croissance. Ainsi, les pays en forte croissance ont souvent une forte inflation. Par exemple, en Chine, en 2008, la croissance a atteint 9%, tandis que l'inflation atteignait 5,9%. En 2009, la croissance était de 8,7%, tandis que l'indice des prix reculait de 0,7%. Mais 2009 était une année particulière, pas forcément significative.


      La lutte contre l'inflation, surtout, serait néfaste pour la croissance. En effet, elle consiste à augmenter les taux d'intérêt, et donc, à ralentir l'économie.


      Il a même été élaboré des modèles macro-économiques montrant une correspondance entre la croissance et l'emploi d'une part, et l'inflation d'autre part. La lutte contre l'inflation se faisait au détriment de l'emploi selon ce modèle.


      Cependant, si l'inflation est ainsi favorable à la croissance, d'où viennent les politiques destinées à lutter contre elle? Ces politiques ont été imposées par la réalité économique. En effet, dans les années 1970 est apparu le phénomène appelé stagflation, caractérisé par une forte inflation et une stagnation économique. Il y avait donc de l'inflation, mais pas de croissance. Ce qui était gênant donc pour la théorie dominante.


      Par ailleurs, l'inflation commençait à devenir incontrôlable. Une inflation trop élevée devient de l'hyperinflation, et là, aucune théorie économique n'y est favorable. L'hyperinflation signifie que ce vous gagnez aujourd'hui ne vaut rien demain. Il faut se dépêcher de dépenser son argent, pour avoir un produit à échanger plus tard. Il n'y a plus d'épargne possible, l'investissement à moyen terme, et a fortiori à long terme devient difficile.


      Les théories classiques de maîtrise sont donc redevenues à la mode, actualisées par les monétaristes et leur représentant le plus connu: Milton Friedman.


      Le choc fut sévère: taux d'intérêt élevé, suppression de nombreux mécanismes d'indexation sur l'inflation, notamment pour les salaires, car ces mécanismes alimentaient l'inflation.


      Depuis, les pays surveille l'inflation, et notamment les pays européens, par l'intermédiaire de la Banque Centrale Européenne.


      Que nous enseigne l'expérience de ces soixante dernières années? Que la croissance peut produire de l'inflation, mais que l'inflation ne produit pas la croissance. C'est ainsi que la Chine Connaît des périodes d'inflation forte, parce que sa croissance est forte. La forte croissance entraîne une augmentation des revenus qui entraîne une inflation.


      Qu'est-ce qu'une inflation provoquée? Et quels seraient ses effets? C'est en fait ce que nous avons connu avec la crise financière. C'est même un remarquable cas d'école. D'abord, l'administration Clinton a permis à deux organismes contrôlés par les pouvoirs publics, Fannie Mae et Freddy Mac, de racheter aux banques des prêts hypothécaires risqués, c'est à dire octoyés à des foyers potentiellement insolvables. L'administration Clinton, de même que celle de W. Bush, ont aussi encouragé les banques à prêteraux plus démunis. La Federal Reserve, la banque centrale américaine, a complété le tableau en maintenant les taux d'intérêt à un niveau très bas.


      Il y a donc eu abondance de crédit offert pour acheter des biens immobiliers, même sans apport et sans un grand contrôle du niveau des ressources, puisqu'il fallait prêter aux plus pauvres. Le résultat a été une envolée des prix de l'immobilier. Ce qui est de l'inflation. Mais une inflation non prise en compte, puisque seule est prise en compte l'inflation des prix à la consommation.


      Aux Etats-Unis, quand la valeur de la maison augmente, il est possible d'obtenir un nouveau prêt hypothécaire, sur la base de de la valeur supplémentaire, même s'il y a déjà un premeir prêt hypothécaire à rembourser. Les américains ont donc emprunter pour consommer. Ce qui a été appelé l'effet richesse: l'augmentation de la richesse patrimoniale permet aux gens d'emprunter pour consommer, ce qui tire la croissance économique.


      Le monde entier a été entraîné par la croissance américaine. D'autres pays ont également joué avec le crédit facile, comme l' Royaume Uni et l'Espagne. En France, il été déporé que l'effet richesse ne joue pas autant, les français s'endettant moins.


      Puis, les américains ont eu des difficultés à rembourser. Et la belle mécanique s'est enrayée, pour aboutir à une crise financière. (Pour une vision globale de la crise, cf Les essentiels sur la crise  ). Nous avons donc là un bel exemple de crise causée par l'inflation, et une inflation provoquée par l'encouragement au crédit.


      Cette crise, et la stagflation, montre d'abord que l'inflation ne peut pas être contrôlée. Il arrive toujours un moment où elle échappe à ses initiateurs.


      La dernière crise financière montre aussi que l'inflation peut se manifester là où elle n'est pas attendue, ou mesurée. Cela faisait des années que l'inflation des prix à la consommation était faible, mais que certains disaient qu'elle s'était réfugiée sur les marchés financiers. En fait, c'était d'abord dans l'immobilier, puis par ricochet dans les marchés financiers.


      Pourquoi, au vu des expériences passées, vouloir relancer l'inflation? Par entêtement idéologique, peut-être. Aucun élément objectif ne justifie cette position.


      D'autant plus qu'il n'est pas besoin d'essayer de relancer l'inflation aujourd'hui: tout est déjà fait pour. En effet, les banques centrales européenne, britannique, et américaine, ont déversé énormément de liquidité dans le circuit financier. La Federal Reserve en particulier, avec les interventions dites non conventionnelles, qui font un peu peur. Pour résumer succinctement, la Fed a prêté directement par divers mécanisme, au lieu de ne prêter qu'aux banques. Pour l'instant, aucune inflation ne semble s'être déclarée, les banques préférant garder leur argent auprès de la Fed justement, et les américains préférant épargner. Mais il serait temps que la situation revienne vite à la normale.


      Pourtant, certains, au FMI notamment, voudraient que ce genre de situation perdure, même une fois la crise passée. Il est évident que ce ne sont pas ces donneurs de leçons qui en paieront le coût, social notamment.


       Pour conclure, signalons le cas du Brésil. Ce pays a connu des années d'hyperinflation. Depuis plusieurs années, c'est la contraire, la banque centrale, et le gouvernement, luttent contre l'inflation. Contre toutes les critiques. Le Brésil connaît aujourd'hui une croissance, et une stabilité économique comme il n'en a pas connue depuis longtemps.


      Mais, surtout, cette lutte contre l'inflation a permis la mise en place d'un programme social d'aide aux plus démunis. Le versement de cette allocation n'aurait en effet pas étét possible sans la lutte contre l'inflation. L'allocation aurait été versée, mais elle aurait perdue toute valeur à cause de l'inflation. Elle aurait commencé par être réévaluée, mais l'inflation augmentant trop, l'indexation aurait été abandonnée. Tandis que dans un contexte de stabilité monétaire, ce genre de politique est possible.


(Pour une définition plus complète de l'inflation, et de son pendant, la déflation, cf: Inflation, déflation: explications et risques.  )

 

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Commerce extérieur, balance commerciale

21 Mars 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

       Le commerce extérieur de la France est déficitaire. Est-ce inquiétant? La réponse la plus courante est affirmative. Pourtant, les choses ne sont pas si simples. D'abord, de quoi parle-t-on? Les échanges extérieurs sont mesurés par différents indicateurs. Ainsi, en France, la balance commerciale concerne les échanges de biens avec l'étranger. L'indicateur des États-Unis donne lui le solde des échanges de biens et de services. Il faut donc faire très attention quand on procède à des comparaisons.


       La balance commerciale n'est qu'une partie des échanges internationaux. Il y a aussi les services, les revenus financiers, les capitaux. L'ensemble constitue la balance des paiements. Voici quelques chiffres provenant de l'OCDE, qui décrivent des soldes de différentes balances des échanges extérieurs. J'ai retenu les chiffres de la France, comparés à ceux de l'Allemagne et du Japon, deux pays développés exportateurs.


balance des paiements par pays


      On peut constater que si l'Allemagne a un excédent commercial, elle a un déficit en ce qui concerne les services. De même, pour le compte financier. Pour la France, c'est l'inverse. Et on constate qu'elle a un solde du compte de capital meilleur que celui de l'Allemagne.


      On remarquera également un tableau intitulé "Erreurs et omissions". Les chiffres de ce tableau représentent le solde des échange extérieurs des pays. Ainsi, pour la France, en 2008, c'est un déficit de 34 milliards d'euros, tandis que pour l'Allemagne, c'est un excédent de 40 milliards. On remarquera que l'excédent de l'Allemagne est bien moins important que l'excédent commercial, qui ne prend en compte que les échanges de biens.


      Pourquoi appelle-t-on ce compte "Erreurs et omissions"? Tout simplement parce que le commerce extérieur est toujours à l'équilibre. Si on trouve un déséquilibre, c'est qu'il y a une erreur ou une omission. Par exemple, un client étranger a accordé un crédit. C'est un flux financier. Mais qui n'est pas forcément facile à détecter. Il y a bien un déficit commercial, mais pas financier puisque de l'argent est entré dans le pays débiteur par le crédit.


      Il faut aussi savoir que les chiffres du commerce extérieur sont faux. En effet, il est déjà difficile de suivre les échanges de biens, de marchandises. Mais, pour les services, c'est impossible. Par exemple, une bonne partie du chiffre d'affaires des grands magasins parisiens provient des visiteurs étrangers. Le montant est difficile à estimer. De même pour les achats des touristes néerlandais qui traversent la France, tractant leur caravane vers l'Espagne. Ou encore, ces anglais qui viennent faire des courses à Sangatte, à la sortie du tunnel sous la Manche.


      Il est très difficile d'estimer les échanges de services, que l'on appelle les invisibles, et tous ceux induits par le tourisme.


      D'autre part, il est d'usage de distinguer la balance des transactions courantes, qui comprend les échanges de biens, de services, ainsi que les transferts de revenus (par exemple, les revenus qu'un immigré envoie à son pays), et la balance des capitaux. Je considère que c'est une erreur. Les capitaux investis sont un achat de savoir faire. Par exemple, France Télécom a un laboratoire en Californie, pour profiter du savoir faire de la Silicon Valley.


      D'autre part, il y a un lien entre les capitaux investis et les échanges de biens. Par exemple, les capitaux investis peuvent servir à acheter des machines dans un autre pays. Ainsi, un pays en développement peut avoir un déficit dans les échanges de biens, parce qu'il est en excédent dans les échanges de capitaux. Les deux se compensent.


      Analyser les échanges extérieurs est donc complexe. Faut-il faire comme l'Allemagne, et rechercher un excédent dans les échanges de biens? Le cas de l'Allemagne est intéressant. C'est un pays qui a un fort excédent dans les échanges de biens, mais un déficit dans les services. Le Japon est dans la même situation. Ce sont, le Japon et l'Allemagne, deux pays qui dépendent fortement de la conjoncture mondiale, leur économie n'ayant pas de ressort propre apparemment.


      Indiquons au passage que la force du commerce extérieur allemand ne provient pas de la faiblesse des salaires. Même si les salariés ont fait des efforts ces dernières années, les rémunérations restent équivalentes à celle de la France. Et sont bien supérieures à celles de la Chine. La modération salariale n'explique pas tout. Les français aussi connaissent la modération salariale du reste.


      Dans un système économique ouvert, pratiquant les changes mobiles, les ajustements se font tout seul. Le commerce, c'est un échange. Si on veut quelque chose produit par un pays étranger, il faut pouvoir l'échanger contre autre chose. C'est un jeu à somme nulle.


      Par conséquent, on ne peut échanger avec un pays étranger que tant qu'on a autre chose à échanger, ou tant qu'on inspire suffisamment confiance pour obtenir un crédit.


      Si un pays n'a plus de quoi échanger, et s'il n'inspire plus confiance, son déficit se résorbe. Puisqu'il ne peut plus rien acheter à l'étranger.


      L'ajustement peut se faire par les monnaies. Un pays qui n'inspire plus confiance voit sa monnaie baisser. Les importations sont plus chères, donc il achète moins à l'étranger. Le pouvoir d'achat des habitants de ce pays diminue aussi. Le pays connait une augmentation des prix: de l'inflation importée.


      Évidemment, avec l'euro, la situation est plus difficile à examiner.


      Un pays exportateur peut être en fait dépendant de ses acheteurs, comme l'Allemagne. Même la Chine commence à se demander si elle n'est pas trop dépendante des USA. Elle a d'énormes réserves en dollars, qui se dévaloriseront si la valeur du dollar diminue. Elle est forcé d'en placer une partie sur le marché américain, ce qui lui a fait acheter des titres subprimes par exemple. La Chine milite pour que le dollar ne soit plus une monnaie de référence, pour se libérer de sa dépendance. Mais cela ne se décrète pas.


      Ajoutons que le dynamisme de la Chine ne vient pas uniquement des exportations. Bien sûr, ce pays est l'atelier du monde. Mais c'est aussi un pays en plein développement. Toutes les grandes entreprises s'y précipitent pour s'y installer. Les investissements dans ce pays sont très importants.


       L'idée qu'un pays doit exporter plus qu'il n'importe date des théories mercantilistes. On en est revenu depuis. Le dynamisme d'une économie ne dépend pas forcément des exportations, comme le montre la situation de l'Allemagne et du Japon. Ces deux pays ne sont pas très dynamiques, en particulier le Japon,et sont très dépendants de l'extérieur.


      A contrario, les USA sont en déficit commercial. Mais leur économie mène le monde. Et les capitaux affluent vers ce pays. A la fois les investissements dans des entreprises. Mais aussi, dans les emprunts d'Etat. Parce que l'économie des USA est dynamique.


      L'analyse des échanges extérieurs est donc très complexe. On en revient finalement toujours à la même problématique. Une économie est forte quand elle est dynamique par elle même. Dépendre des échanges extérieurs n'est pas bon. Le modèle allemand n'est donc pas à copier. Le modèle américain, d'avant les subprimes, et uniquement le modèle économique, pas le modèle fiscal, ni le modèle social de discrimination, mais le modèle de capital risque basé sur l'innovation, est meilleur.


       En conclusion, c'était juste quelques réflexions sur les échanges extérieurs. On a tendance à adopter les conceptions mercantilistes selon lesquelles il faut avoir un excédent des échanges de biens. La réalité n'est pas si simple. Et les commentaires des médias pas forcément pertinents. Ainsi, l'Allemagne a un excédent des échanges de biens très important, alors que la France a un déficit. Mais le solde des échanges extérieur montre une différence moindre. Et le pays qui mène le monde n'est pas un pays qui a un excédent.

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Le Smic à 1 343 euros net: c'est possible

12 Mars 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied


      Pour augmenter la croissance, une solution est d'augmenter la demande. Pour augmenter la demande, la meilleure solution est d'augmenter les bas salaires. En effet, une large part de cette augmentation serait dépensée, et non épargnée. Et celle qui est épargnée finirait par être dépensée, pour 'achat d'une voiture par exemple. Toutes les études montrent que les gens qui gagnent peu dépensent une part importante de leur revenu. Ce qui est logique: ils n'ont pas trop les moyens d'épargner. D'autre part, quand le revenu augmente, la consommation évolue, en s'enrichissant en services par exemple.


      Cependant, décréter une augmentation importante du SMIC causerait quelques problèmes à beaucoup d'entreprises, en particulier les PME. Si par exemple on passe d'un SMIC net de 1 055 euros à 1 343 euros, cela représente une augmentation de 27%, difficile à encaisser pour beaucoup d'entreprises.


      Mais d'où viennent ces chiffres si précis: 1 055 et 1343? Le premier est le montant du SMIC net au premier janvier 2010, le second le SMIC brut. Il y a 288 euros de différence, qui correspondent à des cotisations sociales. D'où mon idée, un peu folle: faire passer le montant du SMIC net à 1 343 euros, en créant une franchise de 288 euros de cotisations sociales. Ce qui serait indolore pour les entreprises.


      L'idée est en fait tout bêtement d'appliquer aux cotisations sociales un peu de la progressivité qui est la règle pour l'impôt sur le revenu. Mais, bien sûr, se pose le problème du financement d'une telle mesure.


      Tout d'abord, notons qu'une telle franchise s'appliquerait à tous les salariés. Qu'ils gagnent le SMIC ou beaucoup plus, ils verraient leurs revenus augmenter de 288 euros. Ce qui signifie des impôts supplémentaires. Ou encore, on pourrait créer une nouvelle tranche de cotisation sociale, pour les hauts revenus, qui compenserait en partie cette augmentation.


      D'autre part, l'augmentation du SMIC entraînera une hausse de la consommation, et donc de la TVA. On pourrait même augmenter d'un point le taux de TVA.


      Enfin, il y a toutes ces niches fiscales, qui n'apportent rien, et qui pourraient être supprimées et remplacées par la progressivité des cotisations sociales. Après tout, ne serait-ce pas démocratique de remplacer ces niches fiscales, qui profitent à quelques uns, et pas les plus défavorisés, par une mesure qui profiterait aux bas salaires, et à la croissance?


      Comme on le voit, il y a bien des solutions. Après tout, on a bien réussi à accorder des réductions de charges sociales aux employeurs, pourquoi pas aux salariés?


      Je précise par ailleurs que cette franchise devrait être proratisée pour les temps partiels. Il ne s'agit pas d'encourager les entreprises à embaucher à temps partiel, au contraire. Je milite pour un renforcement des droits des salariés. Par exemple, le SMIC s'appliquerait au temps partiel à horaire fixe uniquement. Si les horaires sont flexibles, le salaire minimum serait le SMIC majoré de 25%.


      Ce qui serait tout à fait normal. Un employé qui a des horaires flexibles peut moins facilement avoir un autre emploi, ou moins facilement s'occuper de ses enfants, par exemple. De plus, la flexibilité est un avantage pour l'entreprise.


       Nous sommes dans une époque de chômage de masse. Donc, l'employeur est en position de force. Ce qui pose problème, c'est que les emplois stables à temps complets sont favorables à la croissance. Il faut donc que l'Etat crée les conditions nécessaires à cette croissance, en créant des conditions défavorables au temps partiel contraint.


      Enfin, le temps de travail à temps plein pourrait aller jusqu'à 40 heures par semaine. Là encore, pour favoriser le revenu, et donc la croissance. On nous parle de relance par la consommation. Pourquoi faire les 35 heures alors? Je parle de 40 heures payées 40 heures, bien sûr, et non de 40 heures payées 35. Il est important d'avoir un revenu mensuel assuré, plutôt que de compter sur les heures supplémentaires. Cette stabilité favorise la croissance.


       On pourrait rétorquer que certains, qui préféreraient travailler 35 heures, seraient forcer de travailler 40 heures. Mais a-t-on demandé l'avis des salariés quand on a imposé les 35 heures, avec la modération salariale? Alors que tous les sondages de l'époque montraient que les salariés n'attendaient pas une réduction du temps de travail, mais une augmentation du pouvoir d'achat. Là, au moins , ils auraient le choix.


       On peut imaginer des 35 heures de droit pour les salariés âgés, et ceux qui ont des enfants. Mais j'estime juste de laisser les salariés choisir.


      Enfin, les heures complémentaires, pour les salariés à moins de 35 heures, seraient majorées de 25% dès la première minute. Pour les salariés à temps plein, on peut imaginer, même si je n'y suis pas favorable, des heures supplémentaires majorées seulement de 12,5%, dans la limite de 4 par mois par exemple. Et 25 % au-delà. Cela pour favoriser l'emploi à temps plein, et donc la demande, et donc la croissance.


       Bien sûr, les CDD et autre contrats intérimaires doivent voir leurs cotisations patronales augmenter, pour compenser la précarité, les allocations chômage versées plus souvent par l'État, et l'avantage fourni par ce régime aux entreprises. (Il existe déjà un mécanisme de ce type pour l'intérim si je me souviens bien). N'oublions pas que dans une économie libérale, il est juste de payer pour ce qu'on reçoit. Les entreprises profitent de la flexibilité, des CDD, de l'intérim, elles doivent donc payer.


      Les habitués de ce blog savent que je suis un libéral. Un libéral qui proteste contre tous ceux qui se disent libéraux, mais qui demandent toujours plus de l'Etat et de la législation, ce qui est anti-libéral.


      Le stabilité de l'emploi est un gage de croissance. De même qu'un niveau correct de rémunération. On fait ainsi d'une pierre deux coups: progrès économique, et progrès social.


       Ce que je propose ici n'est pas un remède miracle. Je ne propose qu'un moyen d'améliorer un peu la croissance, en même temps que la situation des bas salaires, et des travailleurs précaires. Ce n'est pas le grand soir. Une politique économique doit agir sur plusieurs facteurs. Le niveau des bas salaires, et la stabilité de l'emploi des salariés en font partie. Mais demander une hausse des salaires ne constitue pas une politique économique. Il y a la politique d'innovation, de renouvellement du tissu économique, de formation, etc. Je me garde d'être trop simpliste et populiste.


       Maintenant, ce que je propose est peut-être irréaliste. Peut-être guidé par ce que j'ai vécu quand je gagnais un peu plus que le SMIC, quand j'ai débarqué en région parisienne, cette région où les loyers sont si élevés! Ce n'est pas facile de vivre avec un SMIC. Je le sais. Ce n'est pas facile de vivre dans la précarité, dans le temps partiel subi. Je ne l'ai pas vécu, ça, et je n'en ai pas envie. Il y a tant de gens qui souhaitent travailler, pour vivre dignement. L'économiste se doit de répondre à ces aspirations humaines, plutôt que de se cloîtrer dans des équations. Et de s'étonner ensuite de la percée des populismes en tout genre.

      Ce que j'écris ici n'est qu'une idée. Mais je la crois réaliste, et répondant aux aspirations des gens, ainsi que conforme au libéralisme.

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