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La déflation

24 Novembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

La baisse des prix est-elle un danger pour l'économie ? C'est ce que suggère la presse ces derniers temps, en titrant sur les dangers de la déflation. Qu'est-ce que la déflation, et pourquoi cela pourrait-être un danger ? Pour expliquer cette problématique, il faut d'abord expliciter les termes, notamment ce qu'on entend ici par déflation. Ils sont utilisés dans un cadre bien précis, celui du keynésianisme. Ensuite, bien sûr, le mécanisme qui, toujours selon le keynésianisme fait que la déflation, telle qu'elle est conçue par cette théorie, est néfaste pour l'économie. Ensuite viendra la confrontation à la réalité.

 

La déflation qu'est-ce que c'est ?

Pour comprendre la déflation, il faut aussi, et d'abord, car c'est plus simple, parler de son pendant, l'inflation. Et le mieux est de revenir à une économie dont la monnaie est constituée par l'or. Chaque pièce d'or a un certain poids, qui détermine sa valeur. S'il y a abondance d'or, la valeur de celui-ci diminue. Et donc ce qu'on peut acheter avec une pièce d'or également. Par conséquent, les prix, mesurés en monnaie or augmentent. C'est ce qu'on appelle l'inflation : les prix augmentent parce que la valeur de la monnaie diminue. Il y a plus d'or, la valeur de l'or diminue, les prix augmentent car ils sont définis par rapport à l'or. Il faut plus d'or pour acheter un même produit. Le prix, défini en quantité d'or, augmente donc.

 

La déflation, c'est le contraire. L'or devient plus rare, donc sa valeur augmente. Par conséquent, il faut moins d'or pour acheter les mêmes produits. La valeur de la monnaie augmente. Le prix, défini en quantité d'or, baisse.

 

Cependant, aujourd'hui, l'or n'est plus utilisé comme monnaie. Ni même l'étalon or, système dans lequel l'or a encore un rôle de référent. La monnaie est fiduciaire, c'est-à-dire basée sur la confiance. C'est la monnaie crédit, dans le sens où la création de monnaie provient du crédit. En effet, quand elles accordent un crédit, les banques créent de la monnaie (pour plus de précisions, voir ici). La banque centrale étant le créateur ultime. Elle peut créer autant de monnaie qu'elle veut.

 

Comment mesurer l'inflation dans un système de monnaie crédit ? Avec une monnaie or, on peut s'apercevoir plus facilement que les prix augmentent parce qu'il y a plus d'or en circulation. Mais pour la monnaie actuelle, comment faire ? Comment lier une augmentation des prix à une augmentation de la masse monétaire ? D'autant qu'il y a plusieurs agrégats monétaires (voir ici).

 

En fait, les statisticiens ont simplifié les choses. Ils ne mesurent pas l'inflation, mais l'indice des prix à la consommation. C'est-à-dire qu''il n'y a aucune considération d'augmentation ou non de la masse monétaire. Et tous les prix ne sont pas pris en compte. Par exemple, le prix des immeubles, des maisons, des terrains, des champs, des machines pour les entreprises, des actifs financiers, comme les actions, les obligations, etc.

 

Pourquoi cette simplification ? En matière de statistiques, il faut toujours se souvenir que les agrégats de la comptabilité nationale ont été définis largement en pleine période keynésienne, après la seconde guerre mondiale. Ils répondent donc à des définitions keynésiennes, et s'intègrent dans la théorie keynésienne.

 

La logique keynésienne.

Selon les keynésiens, c'est l'argent qui est le moteur de l'économie. Plus on injecte d'argent, plus il y a de croissance. L'argent dépensé soutient la demande. Les entreprises voient la demande augmenter, donc elles investissent pour produire plus, ce qui crée de la demande (investissements+salaires supplémentaires), ce qui augmente les investissements, et ainsi de suite. C'est le multiplicateur keynésien. Une injection d'argent dans l'économie agit de façon démultipliée.

 

Dans le contexte de cette théorie, l'inflation, ce qui signifie donc l'augmentation des prix à la consommation pour les keynésiens, est le signe d'une croissance de l'économie. Elle n'est donc pas mauvaise. Elle est associée à la croissance, et jamais ils ne considèrent l'aspect perte du pouvoir d'achat. Implicitement, l'idée est que les salaires suivent, puisque l'inflation est liée à la croissance.

 

A contrario, la baisse des prix à la consommation est mauvaise pour la consommation, et donc la croissance. Selon le keynésianisme, quand les prix baissent, la consommation diminue car les consommateurs gardent leur argent, en espérant que les prix baissent encore. Il y a moins de dépenses, donc les entreprises produisent moins, donc il y a récession. Et aujourd'hui on ajoute : et donc les recettes de l'Etat diminuent.

 

Cette théorie paraît ainsi bien simpliste. Il suffit d'injecter de l'argent pour avoir de la croissance dans un pays, et ce sans aucun effort : pas de restructuration d'entreprises, pas d'interrogation sur les dépenses publiques, sur l'organisation de l'Etat, etc. Et, a priori, cette théorie paraît déconnectée de la réalité : en effet, quand les prix baissent, la consommation n'augmente-telle pas ?

 

Confrontation à la réalité.

Pour confirmer leurs dires, les économistes d'aujourd'hui les confrontent à la réalité. Donc, dans la réalité, que constate-t-on ? Le problème auquel les économies ont été confrontées a plutôt été l'inflation. Pour rester au 20éme et au 21ème siècle, les guerres mondiales ont été financées par la planche à billets et ont provoqué une inflation importante (dans le sens keynésien de hausse des prix à la consommation comme dans l'acception d'origine de hausse généralisée des prix). Dans les années 1970, les pays occidentaux ont été confrontés à la stagflation : une stagnation de la production, c'est-à-dire pas de croissance ni de récession, et de l'inflation, au sens d'augmentation des prix à la consommation. Chose impossible selon la théorie keynésienne. Un pays comme le Brésil a également connu l'hyperinflation. Comme l'Allemagne entre deux guerres.

 

D'autre part, la situation du Japon est présentée comme étant celle que doit éviter l'Europe : la déflation. Or, cela fait des années que ce pays essaie de se redresser par la dépense publique, les déficits publics, et des taux d'intérêt très bas, voire nuls. Sans résultat. Et c'est cette politique qu'on nous propose d'imiter.

 

La réalité donne plutôt raison à ceux qui considèrent une création monétaire excessive comme la cause des crises. Les banques accordent trop de crédit, aujourd'hui avec les encouragements des banques centrales, qui contrôlent la création monétaire puisqu'elles contrôlent les taux d'intérêt, ce qui provoque un boom économique artificiel, qui se finit en crise. On trouvera ici une synthèse de ces théories.

 

La crise actuelle elle même provient de la création monétaire. Les USA, à travers la Fed et le gouvernement fédéral ont encouragé le crédit, notamment hypothécaire, et surtout, aux personnes peu solvables. Ce qui a d'abord provoqué un boom de la croissance, à crédit, puis l'effet inverse, la crise. (Voir pour plus de précisions ici et ici ).

 

La baisse des prix favorable à la croissance.

Quant à la baisse des prix, elle semble plutôt favorable au développement économique. La baisse des prix d'un produit favorise ses ventes et permet le développement de tout un secteur économique. C'est le processus qui se produit depuis la révolution industrielle. Baisse des prix, augmentation des ventes, augmentation des bénéfices, augmentation des investissements. L'exact contraire du keynésianisme.

 

Aujourd'hui, on peut citer l'exemple du secteur des télécommunications. La baisse des prix, et l'augmentation des performances, tant dans le fixe et le mobile, ont fait exploser la demande, et permis le développement de toute une économie. Cette baisse des prix a entraîné croissance et emplois.

 

Dans le secteur des télécommunications justement, l'irruption d'un acteur dont la stratégie est basée sur les prix bas a entraîné des critiques. Cet opérateur menacerait l'emploi. Aujourd'hui, des articles fleurissent dans la presse mettant en avant la pression sur les prix à laquelle les entreprises font face. Le gouvernement critique même le groupement Leclerc sur ce sujet. Avec toujours l'idée que la baisse des prix menace l'emploi. Cependant, d'un autre côté, l'augmentation des prix est dénoncée car elle ampute le pouvoir d'achat. L'argumentation est très confuse.

 

En économie, on constate finalement l'existence de deux écoles. L'une, pour caricaturer un peu, mais pas tellement, qui promet de régler tous les problèmes sans effort. Le keynésianisme fait partie de cette tendance. Il suffit d'augmenter la dépense publique pour retrouver la croissance. Et si ça ne marche pas, il faut dépenser plus. Un keynésianisme mâtiné de socialisme, il ne faut pas accabler Keynes. Il faut donc réglementer la concurrence pour que les prix ne baissent pas, car c'est mauvais pour l'emploi.

 

La deuxième école peut être qualifiée de réaliste. Si l'économie va mal, elle doit se remettre en cause, se restructurer. Les remèdes miracles n'existent pas. Des efforts sont nécessaires. Et le progrès social nécessite une perpétuelle évolution

 

De nos jours, la première école est appelée politique de croissance, et la seconde austérité. Pourtant, c'est plutôt la seconde qui présente une politique réaliste de relance. Mais il est plus vendeur politiquement de suggérer qu'il est possible d'obtenir la croissance sans effort.

 

Le discours sur les dangers de la déflation s'inscrit dans un vieux débat. C'est l'idée que l'argent est le moteur de l'économie. Tout découle de l'argent. Avant même John Maynard Keynes cette idée prédominait, comme le montre Ludwig von Mises ici. A contrario, d'autres économistes s'inscrivent dans l'idée que l'économie découlent des échanges, que les prix véhiculent des informations, et que les remèdes miracles aux crises n'existent pas. Les crises pouvant être elles-mêmes provoquées par les politiques économiques.

 

Pour conclure, voici un extrait du Traité d'économie politique(que vous pouvez lire en cliquant sur le lien) de Jean-Baptiste Say, qui montre l'ancienneté du débat :

« Les entrepreneurs des diverses branches d'industrie ont coutume de dire que la difficulté n'est pas de produire, mais de vendre ; qu'on produirait toujours assez de marchandises, si l'on pouvait facilement en trouver le débit. Lorsque le placement de leurs produits est lent, pénible, peu avantageux, ils disent que l'argent est rare ; l'objet de leurs désirs est une consommation active qui multiplie les ventes et soutienne les prix. Mais si on leur demande quelles circonstances, quelles causes sont favorables au placement de leurs produits, on s'aperçoit que le plus grand nombre n'a que des idées confuses sur ces matières, observe mal les faits et les explique plus mal encore, tient pour constant ce qui est douteux, souhaite ce qui est directement contraire à ses intérêts, et cherche à obtenir de l'autorité une protection féconde en mauvais résultats. »

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Le problème des excédents du commerce extérieur de l'Allemagne

12 Novembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

L'Allemagne est critiquée à la fois par l'administration de Barack Obama et par la Commission Européenne pour les excédents de son commerce extérieur. Ces excédents atteindraient un niveau trop élevé, qui nécessiterait des mesures correctives. Ces excédents seraient mauvais pour l'économie européenne, et l'économie US également. Pourquoi ? C'est la question. Car l'analyse montre que ces excédents sont plutôt le signe d'un problème chez les partenaires de l'Allemagne.

 

D'abord, pourquoi l'Allemagne a-t-elle des excédents de la balance des transactions courantes ? Est-ce que qu'elle force les autres pays à acheter allemand ? Non. Personne ne force des gens à acheter allemand de par le monde. Les produits allemands sont demandés. Mais ce n'est pas un défaut pour le pays. Par contre, les pays qui sont en déficits pourraient se poser des questions quant à leur modèle économique. Mais, dans ce cas, le problème ne vient pas de l'Allemagne. Il vient des pays en déficit.

 

Que peut faire l'Allemagne aussi, qui serait bénéfique pour l'Europe et pour le monde ? Augmenter les salaires, pour augmenter la demande interne ? Mais les salaires ont déjà été augmentés. Sans effet sur les déficits. L'Allemagne ne peut pas non plus obérer sa compétitivité. Que se passerait-il si les produits allemands étaient moins compétitifs ? Soit, ils seraient plus chers, mais resteraient indispensables à ceux qui les achètent. Ces derniers les paieraient plus chers, et donc achèteraient moins d'autres produits, éventuellement issus de la production nationale. Ou encore, les produits allemands ne seraient plus compétitifs, et seraient remplacés par des produits... Chinois. En fait, le problème, c'est la compétitivité de la France, et des autres pays européens. Si les produits allemands étaient moins compétitifs, ils ne seraient pas remplacés par des produits français, mais par des produits chinois, espagnols, ou portugais. Le sujet reste donc la compétitivité française.

 

De même, les excédents allemands sont dépensés. Les allemands voyagent beaucoup à l'étranger. Mais, une fois encore, pour les attirer, il faut être compétitif. De même, pour attirer les investissements allemands, il faut être compétitif. Le problème étant toujours la compétitivité de la France et des pays hors l'Allemagne. Pas la compétitivité de l'Allemagne. Ceci dit, n'oublions pas que les banques allemandes financent les déficits des autres pays européens, et que l'Allemagne finance, ou garantit, les mécanismes de prêts au sein de l'Europe. Dire que l'Allemagne ne fait rien pour l'économie mondiale, et particulièrement l'économie européenne, est ainsi abusif. On peut aussi souligner les investissements allemands en Chine, qui soutiennent le développement du pays, et donc le pouvoir d'achat des chinois qui rêvent de visiter la France. Une fois encore, il faut que la France soigne la compétitivité de son tourisme pour maximiser les revenus issus du tourisme chinois. Le problème est la France, pas l'Allemagne.

 

Ceux qui reprochent à l'Allemagne ses excédents souhaitent peut-être que ce pays, qui affiche un quasi équilibre budgétaire, dépense plus d'argent public, dans une optique keynésienne, pour soutenir la demande. Mais, là encore, qui en profiterait ? Les pays les plus compétitifs. Donc, pas la France. Les faits peuvent être retournés dans tous les sens, le problème n'est pas l'Allemagne.

 

D'autre part, une relance keynésienne est-elle efficace ? Ce type de relance a entraîné pour le Royaume Uni un plan d'ajustement du FMI dans les années 1970. Pour la France, ce fut la rigueur des années 1980. Jamais une politique keynésienne n'a permis de relancer la croissance. Aujourd'hui, certains prétendent que les USA s'en sortent mieux que l'Europe car ils ont moins de rigueur budgétaire et font plus appel à la planche à billets. Cependant, la BCE utilise autant la planche à billet, comme je l'ai déjà expliqué dans l'article La Fed contre la BCE. De même, hormis en Allemagne, les déficits publics sont élevés en Europe, comme aux USA. Donc, ce qui pourrait expliquer une différence de croissance entre les USA et la France, c'est, d'une part, la flexibilité de l'économie. Les salaires s'adaptent, les entreprises se restructurent, l'investissement est moins imposé. D'autre part, la baisse du coup de l'énergie, avec le développement du gaz de schiste et du pétrole bitumeux, est aussi mise en avant.

 

Par contre, l'ObamaCare est mise en avant comme favorisant le temps partiel (qui n'est pas soumis aux mêmes obligations en termes d'assurance maladie que le temps plein), ce qui n'est pas bon pour la croissance. Tandis qu'en Allemagne c'est la transition énergétique qui obère le pouvoir d'achat des ménages en renchérissant le coût de l'énergie. Mais les allemands semblent décidés à revenir sur certaines dispositions de cette transition.

 

Il n'en reste pas moins qu'il semble que ce soit plutôt des mesures d'adaptation structurelle, prises par l'Allemagne, et qui existent aux USA, qui expliquent la reprise, plutôt que la relance keynésienne. Sinon, l'Europe serait en pleine reprise, compte tenu des taux d'intérêt bas, de la création monétaire, et des déficits publics.

 

On a beau retourner les faits dans tous les sens, les excédents allemands ne sont pas le symptôme d'un déséquilibre en Allemagne, mais plutôt d'un problème dans les autres pays. D'ailleurs, quand un pays connaît une certaine réussite économique et sociale, sachant que l'Allemagne dispose d'un Etat providence qui n'a rien à envier à la France, ne serait-il pas plus logique d'imiter ce pays plutôt que de le critiquer ?

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Warren Buffet et l'efficience des marchés

6 Novembre 2013 , Rédigé par LIO Publié dans #Théorie et explications de texte

 

Eugene Fama a été récompensé par le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en l'honneur d'Alfred Nobel, en même temps que Lars Peter Hansen et Robert Shiller, pour son hypothèse d'efficience des marchés. Cette hypothèse d'efficience des marchés est un concept précis, testé de manière empirique par Eugene Fama. Cet article, écrit par Lio, un lecteur de ce blog, explique la signification, le domaine, et la portée de cette hypothèse d'efficience des marchés. C'est aussi un exemple de méthodologie en sciences économiques aujourd'hui : un concept est défini, et un moyen de le tester est élaboré, à l'aide d'un étalon de mesure qui est choisi. Tous les termes ont des significations précises. Sortis de leur contexte, abusivement généralisés, ils n'ont plus de signification, et peuvent être galvaudés, par des détracteurs comme par des thuriféraires.

 

 

Les opposants à l'idée que les marchés sont efficients et de ce fait imprévisibles et imbattables sauf par chance, prennent souvent Warren Buffet (WB) en exemple. Que WB ait réalisé 23% de rendement annuel en moyenne sur 40 ans n'est-il pas la preuve infaillible que l'on peut réellement battre le marché par habileté et que, par conséquent, l'hypothèse d’efficience des marchés (EMH) ne tient pas? Du coté des plus chauds partisans de l'EMH, on avance l'idée que le succès de WB pourrait n'être dû qu'à la chance. Qui a raison, qui a tort? Personne en réalité car WB n'est pas qu'un investisseur et, à ce titre, échappe au champ d'investigation de l'EMH.


Retour sur l'hypothèse d’efficience des marchés


Les tenants de l'efficience des marchés postulent que toute nouvelle information publique se reflète rapidement dans les prix au point qu'il n'est pas possible ou très difficile pour un investisseur d'en tirer parti compte tenu des frais de transaction. Il y a de solides arguments logiques et une abondance d'études empiriques en faveur de l'efficience dans sa forme semi-forte. Toutefois, un certain nombre d'anomalies ont été détectées qui ont pu tempérer la vision de certains défenseurs de l'EMH et conforter celle des plus critiques à son égard. Il y a deux interprétations possibles et opposées de ces anomalies : a) le fait qu'elles existent prouvent que le marché n'est pas efficient et qu'il est possible de le battre b) le fait qu'elles existent et perdurent prouvent justement qu'il n'est pas possible d'en tirer parti sans quoi elles disparaitraient (par l'action même de ceux qui chercheraient à en profiter). Deux façons opposées de voir les choses. Quoiqu'il en soit comme l'indique Burton Malkiel1, les quelques anomalies qui ont été détectées en cinquante ans de recherches n'ont pas persisté très longtemps et ne sont habituellement reconnaissables qu'après coup (comment exploiter a priori ce qui n'est reconnaissable qu'à posteriori? Toutefois on peut très bien imaginer qu'il y ait d'autres moyens que l'analyse des données passées pour anticiper l'avenir). ll faut noter qu'affirmer qu'un marché est efficient ou inefficient ne veut rien dire en soi sans un référentiel, une unité et un instrument de mesure. Dire que tel sprinteur est le plus rapide du monde sans le confronter à d'autres et sans chronomètre relèverait de l'opinion sans fondement. La mesure de l'efficience/inefficience doit être précise, objective et proportionnelle ou comparable à un étalon. Trop de blogueurs et commentateurs sur la toile se contentent d'affirmer que les marchés sont efficients ou inefficients, point barre. Efficient ou inefficient par rapport à qui par rapport à quoi et dans quelle mesure? Passons également sur les multiples confusions et mauvaises interprétations de l'EMH comme celles qui consistent à croire qu'un marché efficient implique obligatoirement que tous les investisseurs soient 100% rationnels et ce tout le temps.


Chance ou habileté?


Autre simplification ou imprécision qui brouille les cartes, l'affirmation que l'efficience implique que l'on ne peut pas battre le marché. La formule juste est : l'efficience implique que l'on ne peut pas battre le marché si ce n'est par chance. Face à quelqu'un qui enregistre un rendement supérieur au marché sur une période de temps suffisamment longue, il faut donc se poser la question suivante : sa surperformance par rapport au marché est-elle due à la chance ou à une habileté personnelle? Supposons qu'un gérant de fonds ait 50% de chances de battre le marché dans l'année. En deux ans, il aurait encore 25% de chances de faire mieux. Sur 8 ans, sa probabilité de battre le marché serait encore de près de 4/1000. Par conséquent, en étudiant la performance de 1000 gérants de fonds sur 8 ans, il ne serait pas exceptionnel d'en trouver 4 qui surperformeraient encore le marché. Cela ne veut pas dire que les 4 en question seraient obligatoirement là par chance mais cela ne permettrait pas de conclure non plus qu'ils sont la autrement que par chance.


Est-il possible que WB ait atteint un tel niveau d'enrichissement en n’étant que chanceux? Pour l'homme de la rue ce sera non ; pour qui est familier du calcul des probabilités ce sera oui, sans hésiter. La probabilité de toucher le jackpot à la loterie classique (6 numéros sur 49) est, pour chacun d'entre nous, de 1/14 000 000 environ. Pour autant, la probabilité qu'il y ait un gagnant parmi plusieurs millions de joueurs est très élevée. Il ne sera pas rare de trouver plusieurs multimillionnaires parmi les joueurs de loto sur une certaine période de temps. Personne n'ira conclure que leur gain n’est dû à autre chose qu’à la chance. Bien entendu, cela ne signifie pas que WB est le super-gagnant de la loterie mondiale car ses activités ne s'apparentent pas à de purs jeux de hasard. Cela signifie simplement que c'est une possibilité ou que la chance a pu jouer un rôle non négligeable dans son succès.


Warren buffet n'est ni un simple investisseur ni un gérant de fonds


Un investisseur ou un gérant de fonds sur les marchés est typiquement quelqu'un qui sélectionne des actifs dans l'espoir que ceux-ci prennent de la valeur. Pour un investisseur ou un gérant de fonds, il y a théoriquement 4 façons de battre systématiquement le marché : a/ par habileté (plus grande capacité à prévoir l'évolution des marchés et des titres) b/ en ayant systématiquement les informations avant les autres c/ en volant régulièrement le départ (vos ordres sont transmis sur le marché avant ceux des autres; cas de certaines sociétés de trading à haute fréquence) et d/ par pure chance. Toutes les études portant sur l'efficience des marchés cherchent à mesurer si la surperformance de chaque investisseur ou gérant par rapport au marché est due à la chance ou non. Cependant, WB ne peut pas entrer dans la catégorie des investisseurs ou gérants de fonds sur lesquels portent ces études dans la mesure ou une part de ses revenus provient d'autres sources que celles de l'investissement ou du trading en bourse. En effet, comme l’indique Kyle Bumpus2 : "Quand les gens disent que WB a réalisé 23% de rendement annuel sur 40 ans, ils veulent dire que la valeur comptable de Berkshire Hathaway a progressé de 23% par an sur la période. Ce n'est pas exactement pareil que de dire que WB a généré 23% de rendement juste en faisant du stock-picking. Berkshire Hathaway possède plus de 70 sociétés parmi lesquels des marques connues. Sa capacité à générer des rendements élevés tient plus à des qualités managériales qu'à la faculté de prévoir les cours de bourse". Gene Fama, dans une interview récente, ne dit pas autre chose3 : "WB est un entrepreneur pas un investisseur en soi. Il achète des entreprises entières et, j'imagine, les aide à se développer. J'aimerais bien pratiquer les mêmes types de tests qu'avec les fonds de gestion. Si je prenais un large échantillon d'entreprises, la distribution des rendements serait-elle très différente que celle que l'on s'attendrait à obtenir purement par chance? C'est plus difficile à faire pour les entreprises que pour les fonds de gestion car les données sont plus limitées et il y a des milliers et milliers d'entreprises. Mais parce qu'il y a autant d'entreprises on peut s'attendre à ce que le nombre de gagnants uniquement par chance soit assez grand. Maintenant je ne sais pas si WB est chanceux ou talentueux. Mais je voudrais bien faire le test. Et je ne peux pas faire le test juste sur lui. Je dois faire le test sur tout le monde pour savoir si lui est exceptionnel ou non."


Conclusion


Il y a plusieurs raisons qui expliquent le succès de Berkshire Hathaway qui n'ont rien à voir avec le trading et l'investissement en bourse (voir ici4 et ici2). Les tests d'efficience ne s'appliquent qu'aux entreprises qui tirent leurs revenus uniquement de la spéculation boursière. Ils ont pour objet de vérifier que les purs investisseurs et fonds de gestion en actions ne génèrent pas systématiquement des rendements supérieurs au marché autrement que par pure chance. Ils n'ont pas pour objet de vérifier si et dans quelle mesure les entreprises ayant réussi dans d'autres secteurs doivent leur succès à la chance ou au talent. Et faute de suffisamment de données, ils ne le pourraient pas. WB est-il un chef d'entreprise chanceux ou talentueux? La question reste ouverte mais hors du champ d’application de l’EMH.

 

Liens et références:

1)  The EffiŽcient Market Hypothesis and Its Critics,  Burton G. Malkiel

2) Warren Buffett's Record Is Not Evidence The Efficient Market Is Wrong, Kyle Bumpus

3) The father of efficient markets : is Warren Buffett smart or lucky ? , Dan Richards

4) Why is it that i am not Warren Buffet ? , Elena Chirkova

 

 

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Le prix Nobel d'économie est-il pertinent ?

14 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

Le prix d'économie de la banque de Suède, en mémoire d'Alfred Nobel, couramment appelé le prix Nobel d'économie, a été décerné au titre de l'année 2013 à Eugène Ferma, Lars Peter Hansen, et Robert Shiller, pour leurs travaux sur les marchés financiers. Le site La Tribune rapporte que « Les trois économistes sont récompensés pour "leur analyse empirique des prix des actifs", a indiqué l'Académie royale suédoise des sciences, qui souligne:

 

"Les lauréats ont posé les bases de la compréhension actuelle des prix des actifs. Celle-ci repose en partie sur les fluctuations du risque et les attitudes envers le risque, et en partie sur les biais comportementaux et les frictions des marchés" »

 

La Tribune souligne également que ce sont deux opinions opposées sur l'économie qui sont récompensées en même temps. Ainsi, un coup d’œil sur Wikipedia montre qu'Eugène Fama est considéré comme le père de la théorie de l'efficience des marchés. Tandis que pour Robert Shiller, c'est sa critique de l'efficience des marchés qui est mise en avant !

 

La banque de Suède ne fait que refléter que l'état de la science économique aujourd'hui. D'une certaine façon, cet état pose la question de la pertinence de l'attribution chaque année d'un prix Nobel d'économie.

 

La théorie économie se veut aujourd'hui une discipline scientifique, comme la physique par exemple. Elle prétend examiner scientifiquement des faits, ce qui est le domaine de la microéconomie aujourd'hui, et s'en servir pour créer des modèles globaux, ce qui est désigné sous le terme de macroéconomie (voir sur cette distinction l'article Microéconomie et macroéconomie )

 

Cependant, en sciences physiques, en chimie, en biologie, les faits, les observations mènent à des conclusions incontestées.Il y a des débats, sur des domaines très pointus, ou encore peu connus, des polémiques peuvent exister dans des domaines très politiques, comme la climatologie. Mais, globalement, au moins sur les bases, tout le monde va dans le même sens, si une théorie est remise en cause, tout le monde la remet en cause. Le prix Nobel peut venir récompenser la découverte d'une nouvelle molécule, d'une nouvel particule, la confirmation empirique d'une hypothèse théorique, etc.

 

Rien de tout cela en économie. La macroéconomie est divisée en deux courants : un courant keynésien, qui va justifier l'interventionnisme des politiciens, et un courant néoclassique, qui va montrer l'inefficacité de ces interventions politiques. En fait, les conclusions dépendent des hypothèses de départ. Et on peut trouver ce que l'on veut par des études statistiques, comme le soutient Ludwig von Mises dans L'action humaine. C'est d'ailleurs une règle en statistique : on ne trouve que ce qu'on cherche. Ainsi, avec une méthodologie identique, en étudiant la même réalité, les économistes aboutissent à des conclusions radicalement différentes (pour plus de détails, voir l'article L'économie qu'est-ce que c'est ?)

 

Les praticiens de l'économie, ceux qui donnent des conseils, puisent un peu dans les deux grands courants. La crise actuelle sonne comme un échec pour eux, et l'un des plus illustres d'entre eux, Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, s'interroge sur l'état de la science économique, sans cependant en remettre en cause ses méthodes ( Voir l'article L'état de la science économique aujourd'hui).

 

Le jury de la banque de Suède est donc finalement assez neutre. Il récompense les différents courants, selon les années. Sans doute en tenant compte des influences du moment. Et peut récompenser en même temps des théories différentes. Ce qui amène à s'interroger sur la pertinence d'un tel prix pour l'économie, puisqu'il ne peut absolument pas récompenser une avancée incontestable, car rien n'est incontesté en économie.

 

 

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Friedrich Hayek, présentation de la pensée de l'auteur.

13 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

Friedrich Hayek est sans doute l'auteur le plus connu du courant dit autrichien en économie. Il doit cette célébrité à son prix Nobel, et aussi pour avoir été cité comme référence par des politiciens, comme Margaret Thatcher. Et Hayek est devenu une cible des anti-libéraux. Hayek est devenu le symbole de ce que ces anti-libéraux nomment "ultra-libéralisme", présentation diabolisée du libéralisme.


Au final, la pensée d'Hayek est peu connue. On parle de lui selon des stéréotypes anti-libéraux, anti-économie de marché, sans savoir ce qu'il a écrit.


Pour ceux qui veulent faire l'effort de dépasser les clichés, voici un texte court, très bien fait, qui explique ses domaines d'activité, son cheminement, sa pensée: Hayek et sa reconstruction du libéralisme. Il est écrit par Gilles Dostaler, qui n'apartient pas du tout au courant autrichien. Ce n'est donc pas un texte hagiographique, mais une présentation distanciée d'Hayek.


Dostaler souligne notamment qu'Hayek donne un rôle finalement important à l'Etat, et fut critiqué par les anarcho-capitalistes, dont Murray Rothbard. Il souligne que l'image qui est donné du grand auteur autrichien est caricaturale, face à un personnage à la pensée complexe.

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Peugeot pourrait lever 3 milliards d'euros auprès de l'Etat français et de Dongfeng

12 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

Selon une dépêche de l'agence Reuters publiée ce jour sur différents sites d'information, dont Le Figaro.fr, ou La Tribune, ou encore Capital, PSA Peugeot Citroën s’apprêterait à lever un montant de 3 milliards d'euros à parité auprès du contribuable français et de l'entreprise chinoise Dongfeng. Le ministère de l'économie et des finances se refuse à tout commentaire pour le moment, et Peugeot a formulé une réponse laissant la porte ouverte à toutes les possibilités, ce qui finalement accrédite l'information.

 

Les français vont donc peut-être payer 1,5 milliards d'euros pour Peugeot. Ce qui sera certainement présenté comme une défense de l'emploi et de l'industrie en France. En oubliant que la participation de l'Etat dans Renault n'a pas vraiment permis de préserver l'emploi et l'industrie en France. Renault a diminué ses effectifs et ses volumes fabriqués en France, tandis que la société construit des chaînes de montage au Maroc, en Inde, au Brésil.

 

Cependant, la véritable raison de cette prise de participation sera sans doute la volonté de garder l'entreprise française. L'Etat manifeste un intérêt pour le secteur automobile depuis longtemps. C'est un secteur considéré comme stratégique. Ainsi, après la seconde guerre mondiale, le secteur a été réorganisé par l'Etat. Ce qui explique en partie l'absence en France de constructeur haut de gamme, la fabrication de masse ayant été privilégiée. Plus récemment, chaque trou d'air du secteur a entraîné une prime à la casse. La France a également privilégié le gazole par sa fiscalité, soutenant le développement des véhicules à moteur diesel. Ce qui fait que les motorisations françaises ne sont pas adaptées au marché US, et explique en partie l'absence des constructeurs français de ce marché (le gazole n'est pas consommé par les véhicules des particuliers aux USA). Enfin, le système de bonus - malus aujourd'hui contribue à orienter la demande de véhicules, favorisant les petits véhicules, au détriment des plus gros à plus forte marge.

 

L'arrivée de Dongfeng serait, elle, parfaitement logique. La Chine est en train de devenir le premier marché de PSA, et le premier marché mondial. Il est donc normal que des investisseurs de ce pays s'intéressent à Peugeot. Une alliance pour l'ensemble du continent asiatique est également parfaitement cohérente. Les modèles de Peugeot et Citroën sont déjà adaptés à la Chine à partir d'un bureau d'étude que la société a installé en Chine. Il est logique que la Chine devienne le centre de décision pour l'Asie.

 

On va sans doute entendre des commentaires sur le péril jaune, qui va profiter des technologies de Peugeot. A une autre époque, un PDG de Peugeot, Jacques Calvet, mettait ainsi en garde contre les Japonais. Aujourd'hui, Toyota a une usine en France. Dongfeng va profiter des technologies de Peugeot, mais il va payer pour ça. Il peut même offrir des opportunité à la technologie de moteur hybride à air comprimé, présentée par PSA. La France pourrait aussi devenir une tête de pont européenne pour Dongfeng. Et, finalement, pourquoi pas, fournir activité et emplois aux usines et bureaux d'études du constructeur français. Cette alliance peut être une opportunité. Mais il faut développer un environnement favorable à l'emploi, comme le Royaume Uni a su le faire, lui qui voit la production automobile augmenter et créer des emplois par l'intermédiaire de Nissan et Land Rover.

 

Des risques existent, bien sûr, tant les mentalités sont différentes entre les deux pays. Le développement de la Chine constitue également une interrogation : à quel rythme peut-il continuer ? Jamais un pays aussi peuplé n'a connu un développement aussi rapide. PSA a aussi un partenariat avec une autre société en Chine, Changan. Qu'est-ce que ce partenaire va penser d'une alliance avec Dongfeng ? Même si on peut penser qu'une participation de Dongfeng dans PSA aura nécessairement l'aval du gouvernement chinois, ce qui aplanira certaines difficultés.

 

Des commentaires sur la gestion de PSA peuvent également resurgir. La famille Peugeot a été accusée de privilégier le renforcement du contrôle sur l'entreprise à son développement. En effet, quand PSA a eu des difficultés, la famille a accepté d'être diluée. Mais, ensuite, une partie des bénéfices a été utilisée pour racheter des actions. La famille ne vendant pas d'actions, elle a vu son contrôle augmenter. Sauf qu'il est bien facile de donner des leçons a posteriori. La famille garantissait ainsi le contrôle par des français du deuxième constructeur européen, ce qui ne pouvait qu'être bien vu par l'Etat. Si la famille s'était laissée diluer, nul doute que la menace d'une prise de contrôle étrangère aurait été agitée.

 

Cette nouvelle péripétie dans l'histoire du groupe PSA s'inscrirait donc à la fois dans une tradition et comme un pari sur l'avenir. La tradition de l'interventionnisme des politiciens dans le secteur de l'automobile. Et le pari sur la Chine et l'Asie. Une décision sera prise. Elle sera critiquée, sur le moment, et a posteriori si le pari rate. Elle sera encensée si le pari réussit. Et gageons que les choses seront présentées de la manière suivante : si ça rate, ce sera la faute de la famille Peugeot, si ça réussit, ce sera grâce à l'Etat.

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Le blocage du budget US par Obama

9 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

La présentation du shutdown, le blocage sur le vote du budget des USA, illustre à nouveau l'absence totale de sens critique des médias. Aucun ne s'interroge sur la pertinence du budget US. Aucun n'explique le fonctionnement des institutions US. Aucun ne livre de détail sur ce vote. Tous décrètent que le budget doit être voté, ce qui est un premier parti pris. Des médias neutres s'interrogeraient sur la pertinence du budget. Et tous désignent le grand méchant, le Tea Party, l'affublant du qualificatif d'extrémiste.

 

La réalité est cependant quelque peu différente. Aux USA, le Parlement a plus de pouvoir qu'en France. Et il peut y avoir un parlement contrôlé par l'opposition. Aujourd'hui, c'est la Chambre des Représentants qui est à majorité républicaine. Le Président est démocrate, et le Sénat également. Ce qui impose de négocier. Ce qui est courant aux USA. Sous Ronald Reagan, le Congrès ( Chambre des Représentants et Sénat ) était démocrate, alors que le Président était républicain. Obama a présenté un budget. La majorité républicaine de la Chambre des Représentants n'est pas d'accord. La suite logique est une négociation. Mais Obama refuse la négociation. Qui est intransigeant. Qui met en danger la gouvernance US ?

 

Les Républicains acceptent quasiment tout le budget. Ils refusent juste le financement de "l'obamacare". Ils proposent de reporter d'un an les cotisations salariales, comme cela a été fait pour les cotisations patronales. C'est le seul point d'achoppement.

 

Obama, dans une présidence classique, ou normale, pourrait soit accepter la proposition républicaine, soit proposer des économies dans d'autres postes du budget pour faire passer l'obamacare. Or, il ne le fait pas, préférant le psychodrame. Et les médias suivent.

 

Une analyse correcte de la situation exigerait de s'interroger sur l'état des finances publiques US. Or, une telle analyse montrerait que les dépenses augmentent plus vite que le PIB, et ce de manière structurelle (cf Ce que cachent les affrontements au sujet des dépenses publiques américaines ). Ce qui amènerait à s'interroger sur la pertinence d'un budget qui préconise plus de dépenses.

 

Et aussi sur la pertinence de l'obamacare. La population des USA a globalement un bon niveau de vie, et de santé. Elle dispose de programme sociaux, que sont Medicare et Medicaid. Certaines personnes n'ont pas d'assurance maladie. Mais, parmi elles, il y en a qui ont fait le choix de ne pas en avoir, s'estimant jeunes et en bonne santé. Selon les différents critères sociaux et de santé, de longévité, les USA ne sont pas à un mauvais niveau, preuve que leur système n'est pas si mauvais. Evidemment, selon nos critères étatistes français, nous les critiquons. Mais les USA sont un autre monde. Nous ne devons pas y calquer nos raisonnements français. L'obamacare y est très controversée.

 

Ajoutons que l'effet de l'obamacare sur l'emploi est négatif. En effet, les employeurs retardent les embauches, ou embauchent à temps partiel, pour ne pas être touchés par l'obamacare. Une discussion sur cette loi, en pleine période de crise, paraît donc nécessaire. On peut d'ailleurs se demander pourquoi Obama s'est plus préoccupé de l'obamacare que de la crise. Ce qui paraît une position très idéologique, plutôt que pragmatique.

 

Quant au Tea party, quel est sont pouvoir réel ? Il ne faut pas oublier qu'il représente les valeurs des Pères Fondateurs des USA. L'idée qu'il faut réussir par soi même. Que l'Etat doit être bien géré. Il titre son nom de la Révolution US contre les taxes imposées par le Royaume Uni. Le Tea Party n'a rien d'extrémiste donc. Il se réfère juste aux valeurs fondatrices des USA. Rien à voir, par exemple, avec les extrémistes religieux du temps de George W. Bush. Par contre, quelqu'un qui bloque le budget en refusant toute négociation, comme Obama, comment le qualifier ?

 

Qui a raison dans cette confrontation ? C'est un choix qui devrait être démocratique, et qui devrait être présenté dans les médias de manière neutre. Tel n'est pas le cas, malheureusement. Les médias versent dans une présentation caricaturale, le gentil Obama face aux méchants du Tea Party, sans s'interroger sur la pertinence du budget d'Obama. Je ne sais pas pour vous, mais quand quelqu'un est ainsi cloué au pilori sans arguments, comme le Tea Party, j'ai tendance à à penser qu'il est dans le vrai.

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Les suppressions d'emplois chez Alcatel - Lucent

9 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

Les suppressions d'emplois chez Alcatel – Lucent mettent en mouvement la classe politique française, d'autant que le fief électoral du premier ministre est touché. Michel Combes, le PDG d'Alcatel – Lucent, est un ancien des cabinets ministériels de la gauche. Il a présenté son plan à Bercy. D'autre part, les suppressions d'emplois en France, 900, sont relativement faible. Donc, gageons qu'un moyen sera trouvé pour que gouvernement apparaisse comme le défenseur des emplois face aux méchantes entreprises.

 

Cependant, toute cette agitation politique est significative du problème français de l'emploi. En voulant à tout prix préserver l'emploi existant, les politiciens se trompent de cible. L'exemple de Lucent aux USA est sur ce point parfait.

 

Lucent est une entreprise de télécom jumelle d'Alcatel. Elle est confronté aux mêmes difficultés : changements technologiques, avec le développement de la téléphonie mobile, de l'internet, et changement de clientèle, avec la multiplication des opérateurs de télécoms. Auparavant, tout comme Alcatel, Lucent était sur des marchés avec peu d'opérateurs, et souvent des opérateurs nationaux et publics.

 

Cependant, est-ce à dire que l'emploi lié au secteur des équipementiers des télécoms a diminué aux USA ? Je n'ai pas les chiffres, mais rien n'est moins sûr. En effet, les USA ont vu la naissance d'un nouveau champion, qui a grandit avec l'internet : CISCO. Ajoutons les smartphone d'Apples, les puces de Qualcom, les serveurs de Dell, IBM et consorts, qui peuvent se retrouver chez les opérateurs de télécoms, ou encore les logiciels.

 

Ce qu'il faut défendre, c'est l'emploi, pas les emplois. Il faut permettre le renouvellement des emplois, et apprendre aux gens à vivre dans un environnement en perpétuel mutation. Les politiciens, bien qu'ils le promettent tous, ne peuvent pas faire de miracle, assurer à chacun d'occuper le même emploi plus de 40 ans durant. Par contre, il y a moyen d'assurer à chacun un emploi. En permettant le renouvellement de l'économie, et en apprenant à chacun à s'adapter.

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Loi anti-Amazon : inutile et rétrograde

5 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

L'Assemblée Nationale française vient de voter ce qui est considéré par les médias comme une proposition de loi " anti - Amazon ", le célèbre site de vente à distance sur internet. Cette loi vise à faire payer les frais de port des livres. Elle est aussi présentée comme défendant les intérêts des libraires français, qui l'ont d'ailleurs soutenue.

 

Pourtant, cette loi ne défavorisera pas Amazon, elle ne favorisera pas les libraires. Elle va juste défavoriser les lecteurs, qui paieront leurs livres plus chers, et perdront ainsi du pouvoir d'achat.

 

Elle ne défavorisera pas Amazon car ce n'est pas le tarif l'avantage de ce site. Elle ne favorisera pas les libraires, car leurs difficultés ne proviennent pas d'Amazon mais de l'évolution de leur métier. Cette loi est également symbolique d'un refus du progrès économique et social en France, où toute évolution est perçue comme un recul, alors qu'elle représente une amélioration majeure.

 

Pourquoi acheter sur Amazon ? Je ferai part ici de mon expérience de lecteur. Est-ce qu'on trouve à la librairie du coin le livre d'Ayn Rand, La grève ? Je ne l'ai pas trouvé. Ou encore, le livre Théorie de l'évolution économique, dans lequel Joseph Alois Schumpeter expose sa fameuse théorie de l'entrepreneur ? Non. Ou le Traité d'économie politique de Jean-Baptiste Say ? Toujours pas. Et Principles of economics, livre fondateur de l'école autrichienne d'économie. Et non !

 

Le principal atout d'internet est le choix. Je précise par ailleurs que j'habite en région parisienne, pas très loin de la FNAC de La Défense. J'ai donc, théoriquement, à ma disposition, une grande librairie. Certains livres peuvent se trouver à Paris, chez Gibert par exemple. Ou, dans les grandes villes, dans les librairies universitaires. Mais vous n'y trouverez pas Principles of economics de Carl Menger, et il est peu probable d'y trouver Théorie de l'évolution économique, de Schumpeter. Et tout le monde n'habite pas Paris, ni une grande ville. Alors j'achète ces livres sur le net. De préférences directement chez les éditeurs. J'ai acheté Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, de Jesus Huerta de Soto sur le site de L'Harmattan, Théorie de l'évolution économique chez Dalloz, mais je ne le retrouve plus sur le site de l'éditeur aujourd'hui, La Grève sur le site des Belles Lettres, L'école autrichienne de Jesus Huerta de Soto sur le site de l'Institut Charles Coquelin.

 

Internet permet d'acheter des titres introuvables en librairie. C'est une première raison de son succès. Il permet également de découvrir de nouveaux titres. Je cherchais récemment quel livre de science fiction je pourrais lire. Je voulais me remettre à ce genre. Je vais à la FNAC, au CNIT de La Défense, et j'y trouve mis en exergue les mêmes auteurs qu'il y a plus de vingt ans, quand je découvrais le genre. Je vais donc faire un tour sur le net, et j'y découvre Gradisil, d'Adam Roberts, qui ne me paraît pas trop mal (je l'ai commencé, et je confirme, c'est bien). Je retourne à la FNAC pour l'acheter, car j'aime bien disposer tout de suite du bouquin que je désire. Surtout que ça ne semble pas être un bouquin marginal difficile à obtenir. Bien sûr, je n'ai pas trouvé ce titre en rayon. Je l'ai donc commandé chez Amazon.

 

Internet permet donc le choix. En plus, concernant plus spécifiquement Amazon, ce dernier offre un excellent service. Mais il faut souligner qu'il n'est pas seul sur le secteur. Il y a également chapitre.com, et des librairies comme Le Furet du Nord. Ce n'est pas le combat des librairies contre internet. Certaines sont présentes sur le net.

 

Internet implique une évolution pour les librairies. Elles peuvent choisir d'être des supermarchés du livre, livrant les produits de grandes marques, c'est-à-dire les livres mis en avant par les éditeurs. C'est le choix de la FNAC. Dans les villes universitaires, il y a toujours des librairies spécialisées. La Procure a une spécialisation dans le livre religieux. Je connais une petite librairie qui a un rayon religieux conséquent par rapport à sa taille. La librairie Critic, à Rennes, se lance carrément dans l'édition, et vend sur internet. Je ne suis pas de Rennes, mais elle me semble avoir un bon rayon de science fiction aussi. (Je recommande le titre Gurvan de P.J. Hérault que la librairie Critic republie, les trois tomes en un seul livre, pour tous les amateurs de space opera.)

 

Les libraires doivent cultiver leur singularité, c'est-à-dire faire leur métier de commerçant, pour attirer le chaland. Aucune loi ne pourra changer les choses. Ajoutons que l'internet est une chance pour les petits éditeurs, en élargissant leur diffusion, en permettant de faire connaître leur catalogue. .

 

Je citerai ainsi la collection Rivière Blanche, de BCP, qui n'est pas très distribuée en librairie. Ou encore Ravet Anceau, qui est un exemple d'éditeur régional. Et aussi Mythologica, où officie l'écrivain et anthologiste Lucie Chenu. L'auto-édition se développe également grâce à internet et à Amazon. Je prendrai pour exemple La crise avec des mots simples, le livre que j'ai publié. Ou encore, Le Cercle des Elus, un roman policier dont l'intrigue se déroule à Arras, ma ville natale. On peut citer également le Best of de Contrepoints, et aussi Introduction à la méthodologie économique de Benoît Malbranque, sous l'égide de l'Institut Coppet. Soulignons qu'Amazon vend tous ces bouquins publiés en auto-édition comme des titres de grands éditeurs, sans discrimination. Du point de vue de la créativité et de la liberté d'expression, il s'agit donc d'un grand progrès.

 

L'internet est ainsi une chance extraordinaire pour les écrivains et les maisons d'édition. Amazon fait partie de cet écosystème qui offre sa chance à tout écrivain et à toute maison d'édition. En contrepartie, les librairies doivent évoluer pour se conformer aux désirs du chaland. C'est dans l'ordre des choses. Quant à la loi prétendument anti Amazon, on voit bien, à la fois son inutilité et son caractère rétrograde. Elle prétend empêcher le progrès. Elle prétend pérenniser des situations acquises. Cependant, elle n'avantagera personne, mais désavantagera les lecteurs.

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Contre l'euroscepticisme

29 Septembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

Les élections en Europe sont marquées par la montée de ce qui est appelé l'euro-scepticisme. Après la bonne performance d'un parti anti-euro en Allemagne, c'est vers les legislatives en Autriche que les regards se tournent. En France, la sortie de l'euro est évoquée par le FN, ce parti rencontrant un échos certain aujourd'hui. Ne parlons pas de la Grèce, où l'Europe est vilipendée.

 

L'euroscepticisme est-il justifié ? L'Europe est-elle à ce point diabolique ? Il faut d'abord s'interroger sur l'origine de l'euroscepticisme pour répondre à ces questions.

 

L'euroscepticisme est d'abord issu du populisme. En effet, l'Europe a été vendue d'abord aux européens comme un remède miracle. Votez pour l'Europe, et la croissance sera là, sans effort. Votez pour l'euro, et tous les pays convergerons sans effort vers la prospérité. Mais voici qu'une crise se produit. Ce n'est évidemment pas la faute des gouvernements des pays européens. C'est, bien entendu, la faute à l'Europe si les gouvernements grecs ont inconsidérément endetté le pays, jusqu'à présenter des comptes qui n'étaient pas sincères. C'est la faute à l'Europe s'il y a la crise, car il suffirait que l'Europe lance une grande politique de relance keynésienne pour que, sans effort de la part des populations, la prospérité revienne.

 

L'Europe est présentée tour à tour comme un remède miracle, et comme un bouc émissaire. Ce qui a déjà provoqué des tours à nos très chers politiciens, si compétents et attentionnés envers le peuple. Ainsi, les votes en faveur des traités européens par les français s'avèrent désormais si aléatoires, qu'on préfère les éviter. Ce qui est logique. L'Europe est accusée en France de promouvoir "l'ultralibéralisme".

 

Dans un pays comme l'Allemagne, l'euroscepticisme a d'autres sources. Les allemands ont fait beaucoup d'efforts pour que leur pays ait une situation économique et sociale stable et solide. Or, voilà que, non seulement on leur demande de payer pour des pays dont les gouvernements rechignent à faire les mêmes efforts, mais qu'en plus on les accuse d'égoïsme. Leur réaction est tout à fait logique, sachant tout ce que l'Allemagne a fait pour la Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande (Si les grecs critiquent violemment l'Allemagne, les autres pays acceptent mieux la réalité, il faut le souligner).

 

L'Europe a certes bien des défauts, il faut le reconnaître. Elle a une tendance à l'ultra-interventionnisme. Les règlements partent dans tous les sens, plutôt que de favoriser la décentralisation, ou la subsidiarité dans le langage eurocrate. Au point qu'on peut se demander si elle n'est pas plus interventionniste, en matière économique et sociale, que l'Etat fédéral des USA.

 

Cependant, elle n'est pas responsable de ce dont on l'accuse. Elle n'est pas responsable de la crise. Elle n'est pas responsable de la gabegie grecque. Elle n'a pas non plus le remède miracle qui permettrait, sans peine, de sortir de la crise. Et on peut comprendre les allemands, qui ont fait des efforts pour remettre à flot leur économie, et à qui on demande de soutenir des pays qui rechignent à faire les mêmes efforts.

 

Pourtant, l'Europe nous apporte beaucoup. L'Europe nous apporte la paix. La crise de 1929 a entraîné la deuxième guerre mondiale car tous les pays se sont lancés dans le protectionnisme et la dévaluation des monnaies. L'Europe, et aussi l'OMC, nous protège des extrémismes de cette époque. L'euro nous protège aussi. Un peu trop peut-être. Sans l'euro, la France vivrait une catastrophe financière. Il n'est que voir l'affolement des pays émergents face à la baisse de valeur de leur monnaie ces temps ci. ( Cf Crise des devises : les effets de la création monétaire).

 

Nous devons beaucoup à l'Europe. Nous devons combattre l'euroscepticisme, en revenant à l'origine de la création de l'Europe : la paix. Nous devons combattre les tendances ultra-interventionnistes, sans jeter le bébé avec l'eau du bain.

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