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Le socialisme et l'économie

1 Février 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

Les libéraux se plaignent que le libéralisme soit si méconnu et si galvaudé. Pourtant, je défends la thèse que le socialisme est encore plus méconnu. La différence, c'est que cela ne dérange pas les socialistes.

 

Ainsi en est-il du socialisme et de l'économie. Quelle est la doctrine économique du socialisme ? A vrai dire, il n'y en a pas. Certes, il y a le marxisme. Mais celui-ci ne fait que décrire un monde capitaliste qui doit inévitablement conduire à la dictature du prolétariat, sans détailler ce que sera l'économie de ce nouveau monde socialiste.

 

Sinon, les socialistes reprennent des variantes du keynésianisme, qui consistent à dire qu'il suffit d'injecter de l'argent dans l'économie pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des monde du point de vue économique. Une hausse des bas salaires va ainsi mécaniquement relancer l'économie en accroissant la demande. C'est une théorie keynésienne, qui ne provient pas des auteurs socialistes à l'origine.

 

A vrai dire, il y a un socialiste qui a développé une théorie économique célèbre, et reconnue. Ironiquement, il s'agit de Léon Walras, un des fondateurs du marginalisme, de la théorie néo-classique, de la mathématisation de l'économie. Léon Walras, socialiste, défendait donc l'économie de marché pour améliorer la société.

 

Cependant, le socialisme a-t-il besoin d'une théorie économique ? Une recherche internet sur le socialisme permet de découvrir une théorie qui veut transformer la société en transformant l'être humain. C'est le thème de l'homme nouveau, dont l'article suivant donne un exemple : Les projets éducatifs socialistes des années 1830-1848 : pour former l’homme nouveau (Ensuite, pour continuer la découverte, on peut faire des recherches sur les auteurs cités, c'est instructif).

 

En transformant l'être humain, en le formatant par l'éducation, on transforme la société, en quelque chose de mieux, car les comportements seront meilleurs.

 

Ce qui aboutit à un double paradoxe. Les socialistes dénoncent l'argent tout en adoptant, par défaut, la théorie keynésienne qui fait de l'argent le moteur de l'économie. Les gens votent socialistes pour connaître une amélioration matérielle de leur sort, alors que le socialisme apparaît plus comme un projet de transformation de la société par la transformation de l'être humain, notamment par l'éducation.

 

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L'austérité en Europe contre l'expansionnisme de la Fed aux USA

19 Janvier 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

La lecture de la presse dite sérieuse peut se révéler consternante, ou amusante si on prend les choses avec humour. Ainsi en est-il d'une série d'articles consacrés aux Etats-Unis dans le numéro des Echos du vendredi 3 janvier 2014. Ces articles critiquent la soi-disant politique d'austérité européenne :

 

"Les budgets des Etats restent marqués du sceau de l’austérité au moment où le Japon et les Etats-Unis relâchent un peu la pression. Les gouvernements de la zone euro continuent à miser davantage sur la réduction des déficits publics et les réformes structurelles que sur la politique monétaire, qui reste très sage même si les risques de déflation qui se profilent devraient pousser la Banque centrale européenne à baisser encore ses taux d’intérêt."

 

La BCE est critiquée donc tandis que la politique de la Fed est encensée. L'austérité est présentée comme la cause des maux de l'Europe. Ce qui devient amusant, c'est ce passage d'un article du même numéro des Echos :

 

" Et, contrairement à beaucoup de pays d’Europe, il n’y aura pas de hausses d’impôt. Le pays [les Etats-Unis] n’en a pas réellement besoin : il a engagé l’assainissement de ses finances publiques de manière spectaculaire. Le déficit de l’Etat s’est résorbé de 38 % l’an dernier! Il ne représente plus que 4,1 % du PIB. Les dépenses sont en baisse, grâce aux coupes dans les dépenses sociales – les allocations chômage notamment."

 

On notera donc que pour le quotidien Les Echos des coupes dans les dépenses sociales ne sont pas une politique d'austérité.

 

Il y a eu beaucoup d'ajustement de ce type aux Etats-Unis. Les Echos font mention du dynamisme de l'industrie automobile américaine, qui doit beaucoup aux licenciements et aux accords salariaux, ainsi que sur les pensions. Dans un éditorial du 7 janvier 2014 Jean-Marc Vittori évoque les ajustements salariaux. La baisse des salaires a provoqué une amélioration de la compétitivité aux Etas-Unis, faisant dire parfois qu'il ne serait plus rentable pour une firme US de produire en Chine. Mais Jean-Marc Vittori fait aussi l'éloge de la Fed, et explique le rebond des Etats-Unis par l'effet richesse. Les prix de l'immobilier se sont stabilisés, la bourse est en forme, ce qui incite les consommateurs à l'optimisme et donc à la dépense. Il souligne que l'effet richesse est plus puissant aux USA que dans la zone euro. Il est vrai qu'en matière d'immobilier, si on suit l'explication de Jean-Marc Vittori, on se demande où est l'effet richesse car, même si on considère que les prix se sont stabilisés, ils ont beaucoup baissé depuis 2008. Un effet richesse quand la valeur du patrimoine a baissé, c'est curieux.

 

Quant à l'action de la Fed, son efficacité prête largement à discussion. En effet, la Fed injecte de l'argent dans l'économie, pour favoriser la croissance. Or, les banques qui reçoivent cet argent le placent, majoritairement, auprès de la Fed, comme le montre Guillaume Nicoulaud dans Contrpoints :

 

" Sous l’effet, notamment, des roundssuccessifs de Quantitative Easings, la base monétaire du dollar a augmenté de $1,8 trillions mais, dans le même temps, les réserves des banques auprès de la Federal Reservese sont accrues de $1,5 trillions dont 95% de réserves excédentaires, c’est-à-dire de réserves constituées par les banques de leur propre chef, sans aucune contrainte réglementaire. En d’autres termes, l’écrasante majorité (83%) de l’injection monétaire de la Fed ne circule pas dans l’économie et n’a, dès lors, aucune raison de provoquer la moindre forme d’inflation."

 

La BCE poursuit par ailleurs également une politique très interventionniste, même si elle ne passe pas par les même canaux que la Fed, les économies US et européennes étant différentes. Enfin, l'argument de la baisse des taux longs provoquée par la Fed et évoqué par Jean-Marc Vittori est également curieux, des pays comme la France ou l'Allemagne pouvant emprunter à des taux très bas, et n'ayant pas connu d'explosion des taux d'intérêt sur les dettes privées de bonne qualité.

 

Enfin, on peut ajouter l'impact sur les dépenses des collectivités locales de la crise aux USA. Par exemple, une ville comme Détroit est en faillite. D'autres villes sont en faillite aux Etats-Unis, ou connaissent des difficultés budgétaires. Ces faillites et difficultés budgétaires se traduisent par des diminutions de dépenses concernant des services publics tels que la police, ou les écoles.

 

En résumé, les Etats-Unis ont taillé dans les dépenses sociales, dans les salaires, et certaines villes dans les dépenses d'éducation et de police. En France, il n'y a eu aucune baisse des dépenses publiques, ni des salaires. En Allemagne non plus. L'Europe a largement soutenu l'Irlande, l'Espagne, le Portugal, la Grèce. Les efforts qu'ont fait ces pays s'apparentent à ceux des USA. Quant à la BCE, elle a ouvert les vannes de la création monétaire, tout comme la Fed. Pourtant, la politique européenne en général, et française en particulier, est qualifiée d'austérité. Tandis que la politique US est qualifiée d'expansionniste. Cherchez l'erreur.

 

La vérité, c'est qu'on essaie par tout moyen de faire entrer les faits dans la théorie keynésienne. Selon cette dernière, c'est l'argent le moteur de l'économie. Plus on injecte de l'argent, plus on connaîtra de croissance. C'est aussi l'optimisme. En fait, injecter de l'argent augmenterait la demande, et donc l'optimisme des entreprises, qui alors embauchent, versent des salaires, ce qui entretient la demande. Ce qui explicite l'explication par l'effet richesse de la reprise aux Etats-Unis selon Jean-Marc Vittori. Même si l'effet richesse a été théorisé par le néoclassique Arthur Cecil Pigou, qui a constaté que quand les gens se sentaient riches ils dépensaient plus. Il n'en a cependant pas tiré de recommandation de politique économique en faveur d'un expansionnisme monétaire.

 

Alors même que la théorie keynésienne est en échec. Les faits montrent que les économies ont besoin de marges de manœuvre pour se relancer, ce qui correspond plus à la théorie d'Hayek que de Keynes.

 

Cette volonté de valoriser le keynésianisme illustre le biais idéologique des articles sur l'économie en France. En même temps, on peut s'interroger sur le sérieux des journaux, même si Les Echos comportent des articles de qualité. Critiquer l'austérité européenne en comparaison aux Etats-Unis tout en soulignant la baisse des dépenses sociales aux Etats-Unis, c'est à tout le moins remarquable.

 

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La presse face au web

29 Décembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

Le web est mis en cause par la presse pour justifier de ses difficultés. Et c'est vrai qu'il constitue un profond changement. Mais quel changement, précisément ? Et comment les entreprises de presse s'y adaptent-elles ?

 

D'abord, quels étaient les métiers de la presse avant le développement du web ? En tant que média, la presse relayait les annonces du gouvernement, de l'INSEE, des grosses sociétés, des syndicats, etc. Comme la télévision ou la radio. Mais chaque média avait sa spécificité. La presse, média écrit, pouvait être plus exhaustive que la radio ou la télévision. La radio étant le média de l’instantanéité (ce que la presse a été avant l'apparition de la radio, avec des éditions spéciales tout au long de la journée en cas de besoin), et la télévision le média du reportage, du débat, de l'image.

 

La presse était aussi un vecteur de petites annonces, ce qui la faisait vivre. Deux types d'annonces en particulier : les annonces immobilières, et les offres d'emplois, ces dernières incluant des offres de postes très qualifiés, qui se retrouvaient dans le Fig éco par exemple.

 

Le web a changé deux choses. D'abord, plus besoin d'intermédiaire pour avoir certaines infos : celles en provenance du gouvernement ou des ministères, qui ont leurs sites web. Celles en provenance de l'INSEE, ou d'autres organismes, ou en provenance des grandes entreprises, des syndicats, de l'OCDE, etc. Mine de rien, cette fonction de transmission d'information représente une part importante de l'activité de la presse. Cette fonction d’agrégation de contenus existe toujours. Mais, aujourd'hui, elle est remplie à un coût modique sur le web. Il suffit de payer un fil d'informations chez l'agence France Presse ou Reuters pour compléter.

 

 

Par ailleurs, les petites annonces se sont également dirigées vers le web, et notamment dans l'immobilier et les offres d'emplois. Tous les secteurs sont concernés, car même les journaux gratuits de petites annonces sont concurrencés, par des sites comme le Bon Coin par exemple.

 

La presse se trouve ainsi confrontée à une sorte d'effet ciseau. Une de ses fonctions disparaît, celle de transmission. Mais ses revenus diminuent également, ce qui complique la mise en place d'un nouveau modèle. Plus encore, la baisse des revenus engendre des économies et donc une paupérisation des contenus. Les quotidiens, les magazines, sont plus aérés, les caractères sont plus gros. Où ils traitent de sujets ne nécessitant pas de coûteuses investigations ou d'analyses.

 

Le défi de la presse est, finalement, de trouver quelque chose à faire payer. Elle a pu à une époque faire des reportages, proposer des analyses, grâce aux revenus de la publicité. Aujourd'hui, il faudrait, face à la baisse des revenus publicitaires, en incluant la baisse des petites annonces, faire payer pour tout ce que ces revenus publicitaires payaient. Ce qui suppose d'investir, pour réinventer le modèle économique.

 

D'autre part, le web permet l'apparition de nouveaux acteurs, qui offrent des analyses, des traductions d'informations de sites étrangers, des débats. Bref, un enrichissement sans précédent de l'offre, en quantité, et aussi en qualité. On peut citer à ce titre Contrepoints, un pure player de l'information, ou encore l'Institut Coppet, qui popularise l'Ecole française d'économie, et l'école autrichienne, entre autre.

 

Quelles réponses sont apportées par la presse ? Les quotidiens et les hebdomadaires régionaux disposent d'un modèle plus solide. En effet, on est toujours content de voir en photo la fête de sa ville, de connaître les intentions de son conseil municipal, et il est utile de consulter la nécrologie et de pouvoir présenter ses condoléances à la famille de son collègue pendant 30 ans décédé. On retrouve ici la fonction de transmission. Cependant, même la presse régionale a des difficultés. Et les progrès des réseaux sociaux lui feront certainement une concurrence à l'avenir.

 

Patrick de Saint Exupéry a lui créé le magazine XXI, vendu en librairie. C'est un magazine de grands reportages, vendu à un prix élevé pour un magazine, mais normal pour un livre. Il ne dépend pas de la publicité. C'est l'objectif de son fondateur. Patrick de Saint Exupéry explique que la dépendance à la publicité oblige les journaux et magazines à créer des pages "art de vivre", pour mettre en valeur la pub correspondante. Et son magazine investit plus dans le grand reportage que des journaux établis de longue date.

 

Le groupe Le Figaro a une stratégie encore différente. Officiellement, le site internet est moins rentable que le journal papier, car les revenus publicitaires sont plus valorisés sur le papier que le web. Cependant, le groupe Le Figaro a opéré une mutation radicale. Il a racheté des sites de petites annonces sur internet, dans le domaine de l'immobilier et des offres d'emplois. Ainsi, si TOUS les revenus du web étaient pris en compte, est-ce que le web serait moins rentable que le papier ?

 

Parallèlement, LeFigaro.com a développé différents sites web, sur la santé, le golf par exemple, pour développer l'audience, et il développe également la vidéo, qui apporte plus de revenus publicitaires. C'est en fait un nouveau métier que développe Le Figaro. Il se place sur le plan de l'interview vidéo, et de l'image pour les faits divers. Tout en monétisant les analyses, réservé aux abonnés. C'est une stratégie qui va dans plusieurs directions en même temps.

 

Dans le monde, le groupe allemand de presse Springer vient de racheter une chaîne d'informations. Il est aussi actionnaire majoritaire du groupe Au féminin.com. Tandis que l'hebdomadaire The Economist et le quotidien The Financial Times ont augmenté leurs prix pour moins dépendre de la publicité. Ils capitalisent sur la qualité de leurs rédactions, sur le caractère international de la langue anglaise, le niveau de vie élevé de leur lectorat, et, sans doute, au moins pour le Financial Times, le fait que ce sont les employeurs qui paient une partie des abonnements.

 

Le web entraîne donc une transformation du monde médiatique. Deux tendances se distinguent. L'une, consiste pour la presse à rester un média de masse, en occupant le terrain sur internet dans tous les domaines qui relevaient auparavant de la presse, quotidienne ou magazine. Ainsi, Au Féminin.com peut être considéré comme une évolution des magazines féminins. C'est la stratégie du groupe Le Figaro, ou de Springer. Les revenus sont diversifiés : publicité, petites annonces, abonnement. L'internet permet aux journaux de concurrencer la télévision en incluant de plus en plus de vidéos sur leurs sites, stratégie clairement affichée du Figaro.

 

L'autre tendance consiste à faire payer l'information. C'est le cas de The Economist, du Financial Times, du New York Times, du quotidien Les Echos, du journal régional La Voix Du Nord aussi. 5 ou 10 articles sont généralement consultables gratuitement, et il faut ensuite payer. Il faut dans ce cas que l'information ait suffisamment de valeur, et aussi que le lectorat ait les moyens. Ainsi, le Financial Times profite d'un lectorat aisé, et qui peut éventuellement faire payer l'abonnement par sa société. De même pour Les Echos. La Voix Du Nord vend une information régionale introuvable ailleurs. (Je précise que La Voix Du Nord a d'autres diversifications, dans la télévision notamment).

 

Enfin, il y a un nouveau modèle qui émerge, sur internet. Le site financé en partie par des dons. C'est le cas de Contrepoints par exemple. Il y a des reportages financés par internet aussi. Un modèle qu'on pourrait appeler participatif. Il permet à des gens recherchant certaines informations, certaines analyses, de les trouver, en dehors du circuit des médias classiques. C'est la particularité d'internet de libérer l'information et l'analyse. Souvent, des analyses pertinentes sont d'ailleurs disponibles gratuitement sur des blogs, qui n'ont aucun but lucratif. Mais, le net est si vaste, que des sites qui sélectionnent ces articles, comme Contrepoints, ont une grande utilité.

 

En fait, le web force les médias à se poser la question de leur finalité. Patrick Le Lay, président de TF1, avait choqué en parlant à l'époque de "temps de cerveau disponible". On aurait dû saluer sa franchise. C'est une des fonctions des médias : accaparer les gens, pour placer de la pub. Peu importe dans ce cas la qualité de l'info, de l'analyse, du programme. Il faut retenir le chaland. L'autre fonction peut être de délivrer une information, une analyse, reconnue. Ou encore, d'agréger des informations, articles de blogs, le media se voulant sélectionneur. Attention, une information ou une analyse reconnue ne veut pas dire pertinente. Krugman, dans le New York Times, est reconnu par exemple, malgré quelques éditoriaux malheureux. N'en déplaise aux puristes, il s'agit toujours de vendre quelque chose. Là, on vend une réputation, des sujets qui correspondent aux attentes du lectorat, à une tendance politique.

 

Internet développe une troisième tendance, encore en construction. Celle des médias financés par les dons, des reportages préfinancés par les lecteurs. Ce secteur rassemble des organisations à but non lucratif, comme Contrepoints, et d'autres sites héritiers des fanzines qui permettaient de partager une passion, et qui ont trouvé une nouvelle vie sur le net. C'est aussi une piste pour certaines entreprises.

 

Le web représente donc une formidable opportunité pour la presse. C'est aussi un moment de vérité, l'obligeant à choisir ce qu'elle est, dispensateur de temps de cerveau disponible, d'articles respectant une tendance politique, de véritables analyses. Les opportunités sont encore nombreuses, tant l'information est difficile à obtenir et à analyser. Il manque des sites, des journaux ou des magazines, du moins en France, qui présenteraient, sélectionneraient, agrégeraient une information mondiale, et les analyses qui vont avec. Mais nous ne sommes qu'au début d'une nouvelle ère. Les nouveaux "pure players" peuvent se développer.

 

 

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La politique monétaire de la Fed et ses effets sur l'économie réelle.

22 Décembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Revue du web

Voici un excellent article sur la politique monétaire de la Fed ces dernières années, clair, concis, appuyé par des statistiques. A lire.

 

Le Chiffre du Jour: La masse monétaire US a triplé en cinq ans sans effet sur l’économie réelle

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Le libéralisme, qu'est-ce que c'est?

21 Décembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

 

C'est un exercice difficile et présomptueux : résumer le libéralisme en quelques thèmes simples. En effet, les penseurs libéraux ne se cachent pas derrière des slogans simplistes et populistes. Ce texte ne rassemblera pas tous les suffrages (que serait le libéralisme sans débat?), mais je le pense utile. 

 

Le libéralisme, c'est d'abord un humanisme. Le libéralisme, c'est l'être humain, son développement, son accomplissement. C'est permettre à chacun de faire des choix, de suivre ses buts, en toute liberté. C'est l'être humain d'abord.

 

Le libéralisme, c'est le "vivre ensemble". C'est l'être humain en société. Si chacun vivait en ermite, il n'y aurait pas de libéralisme. C'est même le "vivre ensemble" dans la grande société, la société ouverte, composée de milliards de personnes qu'on ne peut toutes connaître. Hayek oppose ainsi la vie dans la société ouverte à celle de la petite tribu où tout le monde se connaît. Le libéralisme, c'est la vie dans la grande société.

 

Le libéralisme, c'est le respect d'autrui. C'est respecter les opinions, le mode de vie d'autrui. C'est respecter la propriété d'autrui. La conséquence du respect étant la responsabilité : c'est assumer ses actes, sans en reporter les conséquences sur autrui.

 

Le libéralisme, c'est la règle. La société est régulée, dans le sens où il y a des règles (et non administrée, dans le sens où il n'y a pas de règles, mais un pouvoir qui décide de  la manière d'agir). Que la règle découle du droit naturel, du principe premier de liberté pour les anarco-capitalistes, ou des règles de juste conduite pragmatiques d'Hayek. Le capitalisme, c'est la régulation.

 

Le capitalisme, c'est l'égalité. Dans le sens où tous sont égaux devant la règle, y compris les politiciens !Un groupe, majoritaire ou non, ne doit pas imposer sa volonté sur les autres. Le gouvernement, s'il existe doit faire respecter et respecter lui-même les règles, et non faire du clientélisme électoral.

 

Le libéralisme, c'est la coopération. Chacun a ses objectifs, ses désirs. Mais le respect oblige à tenir compte des objectifs et des désirs des autres. Alors, un vaste mouvement de coopération s'engendre, décrit primitivement par Adam Smith comme la division du travail, mais qui peut prendre diverses formes : coopération entre associés, au sein d'une entreprise, sur le marché, etc.

 

Humanisme, vivre ensemble, respect, règle, égalité, coopération. C'est le libéralisme.

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Une interview d'un entrepreneur: Pierre Chappaz

11 Décembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 


 
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La déflation

24 Novembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

La baisse des prix est-elle un danger pour l'économie ? C'est ce que suggère la presse ces derniers temps, en titrant sur les dangers de la déflation. Qu'est-ce que la déflation, et pourquoi cela pourrait-être un danger ? Pour expliquer cette problématique, il faut d'abord expliciter les termes, notamment ce qu'on entend ici par déflation. Ils sont utilisés dans un cadre bien précis, celui du keynésianisme. Ensuite, bien sûr, le mécanisme qui, toujours selon le keynésianisme fait que la déflation, telle qu'elle est conçue par cette théorie, est néfaste pour l'économie. Ensuite viendra la confrontation à la réalité.

 

La déflation qu'est-ce que c'est ?

Pour comprendre la déflation, il faut aussi, et d'abord, car c'est plus simple, parler de son pendant, l'inflation. Et le mieux est de revenir à une économie dont la monnaie est constituée par l'or. Chaque pièce d'or a un certain poids, qui détermine sa valeur. S'il y a abondance d'or, la valeur de celui-ci diminue. Et donc ce qu'on peut acheter avec une pièce d'or également. Par conséquent, les prix, mesurés en monnaie or augmentent. C'est ce qu'on appelle l'inflation : les prix augmentent parce que la valeur de la monnaie diminue. Il y a plus d'or, la valeur de l'or diminue, les prix augmentent car ils sont définis par rapport à l'or. Il faut plus d'or pour acheter un même produit. Le prix, défini en quantité d'or, augmente donc.

 

La déflation, c'est le contraire. L'or devient plus rare, donc sa valeur augmente. Par conséquent, il faut moins d'or pour acheter les mêmes produits. La valeur de la monnaie augmente. Le prix, défini en quantité d'or, baisse.

 

Cependant, aujourd'hui, l'or n'est plus utilisé comme monnaie. Ni même l'étalon or, système dans lequel l'or a encore un rôle de référent. La monnaie est fiduciaire, c'est-à-dire basée sur la confiance. C'est la monnaie crédit, dans le sens où la création de monnaie provient du crédit. En effet, quand elles accordent un crédit, les banques créent de la monnaie (pour plus de précisions, voir ici). La banque centrale étant le créateur ultime. Elle peut créer autant de monnaie qu'elle veut.

 

Comment mesurer l'inflation dans un système de monnaie crédit ? Avec une monnaie or, on peut s'apercevoir plus facilement que les prix augmentent parce qu'il y a plus d'or en circulation. Mais pour la monnaie actuelle, comment faire ? Comment lier une augmentation des prix à une augmentation de la masse monétaire ? D'autant qu'il y a plusieurs agrégats monétaires (voir ici).

 

En fait, les statisticiens ont simplifié les choses. Ils ne mesurent pas l'inflation, mais l'indice des prix à la consommation. C'est-à-dire qu''il n'y a aucune considération d'augmentation ou non de la masse monétaire. Et tous les prix ne sont pas pris en compte. Par exemple, le prix des immeubles, des maisons, des terrains, des champs, des machines pour les entreprises, des actifs financiers, comme les actions, les obligations, etc.

 

Pourquoi cette simplification ? En matière de statistiques, il faut toujours se souvenir que les agrégats de la comptabilité nationale ont été définis largement en pleine période keynésienne, après la seconde guerre mondiale. Ils répondent donc à des définitions keynésiennes, et s'intègrent dans la théorie keynésienne.

 

La logique keynésienne.

Selon les keynésiens, c'est l'argent qui est le moteur de l'économie. Plus on injecte d'argent, plus il y a de croissance. L'argent dépensé soutient la demande. Les entreprises voient la demande augmenter, donc elles investissent pour produire plus, ce qui crée de la demande (investissements+salaires supplémentaires), ce qui augmente les investissements, et ainsi de suite. C'est le multiplicateur keynésien. Une injection d'argent dans l'économie agit de façon démultipliée.

 

Dans le contexte de cette théorie, l'inflation, ce qui signifie donc l'augmentation des prix à la consommation pour les keynésiens, est le signe d'une croissance de l'économie. Elle n'est donc pas mauvaise. Elle est associée à la croissance, et jamais ils ne considèrent l'aspect perte du pouvoir d'achat. Implicitement, l'idée est que les salaires suivent, puisque l'inflation est liée à la croissance.

 

A contrario, la baisse des prix à la consommation est mauvaise pour la consommation, et donc la croissance. Selon le keynésianisme, quand les prix baissent, la consommation diminue car les consommateurs gardent leur argent, en espérant que les prix baissent encore. Il y a moins de dépenses, donc les entreprises produisent moins, donc il y a récession. Et aujourd'hui on ajoute : et donc les recettes de l'Etat diminuent.

 

Cette théorie paraît ainsi bien simpliste. Il suffit d'injecter de l'argent pour avoir de la croissance dans un pays, et ce sans aucun effort : pas de restructuration d'entreprises, pas d'interrogation sur les dépenses publiques, sur l'organisation de l'Etat, etc. Et, a priori, cette théorie paraît déconnectée de la réalité : en effet, quand les prix baissent, la consommation n'augmente-telle pas ?

 

Confrontation à la réalité.

Pour confirmer leurs dires, les économistes d'aujourd'hui les confrontent à la réalité. Donc, dans la réalité, que constate-t-on ? Le problème auquel les économies ont été confrontées a plutôt été l'inflation. Pour rester au 20éme et au 21ème siècle, les guerres mondiales ont été financées par la planche à billets et ont provoqué une inflation importante (dans le sens keynésien de hausse des prix à la consommation comme dans l'acception d'origine de hausse généralisée des prix). Dans les années 1970, les pays occidentaux ont été confrontés à la stagflation : une stagnation de la production, c'est-à-dire pas de croissance ni de récession, et de l'inflation, au sens d'augmentation des prix à la consommation. Chose impossible selon la théorie keynésienne. Un pays comme le Brésil a également connu l'hyperinflation. Comme l'Allemagne entre deux guerres.

 

D'autre part, la situation du Japon est présentée comme étant celle que doit éviter l'Europe : la déflation. Or, cela fait des années que ce pays essaie de se redresser par la dépense publique, les déficits publics, et des taux d'intérêt très bas, voire nuls. Sans résultat. Et c'est cette politique qu'on nous propose d'imiter.

 

La réalité donne plutôt raison à ceux qui considèrent une création monétaire excessive comme la cause des crises. Les banques accordent trop de crédit, aujourd'hui avec les encouragements des banques centrales, qui contrôlent la création monétaire puisqu'elles contrôlent les taux d'intérêt, ce qui provoque un boom économique artificiel, qui se finit en crise. On trouvera ici une synthèse de ces théories.

 

La crise actuelle elle même provient de la création monétaire. Les USA, à travers la Fed et le gouvernement fédéral ont encouragé le crédit, notamment hypothécaire, et surtout, aux personnes peu solvables. Ce qui a d'abord provoqué un boom de la croissance, à crédit, puis l'effet inverse, la crise. (Voir pour plus de précisions ici et ici ).

 

La baisse des prix favorable à la croissance.

Quant à la baisse des prix, elle semble plutôt favorable au développement économique. La baisse des prix d'un produit favorise ses ventes et permet le développement de tout un secteur économique. C'est le processus qui se produit depuis la révolution industrielle. Baisse des prix, augmentation des ventes, augmentation des bénéfices, augmentation des investissements. L'exact contraire du keynésianisme.

 

Aujourd'hui, on peut citer l'exemple du secteur des télécommunications. La baisse des prix, et l'augmentation des performances, tant dans le fixe et le mobile, ont fait exploser la demande, et permis le développement de toute une économie. Cette baisse des prix a entraîné croissance et emplois.

 

Dans le secteur des télécommunications justement, l'irruption d'un acteur dont la stratégie est basée sur les prix bas a entraîné des critiques. Cet opérateur menacerait l'emploi. Aujourd'hui, des articles fleurissent dans la presse mettant en avant la pression sur les prix à laquelle les entreprises font face. Le gouvernement critique même le groupement Leclerc sur ce sujet. Avec toujours l'idée que la baisse des prix menace l'emploi. Cependant, d'un autre côté, l'augmentation des prix est dénoncée car elle ampute le pouvoir d'achat. L'argumentation est très confuse.

 

En économie, on constate finalement l'existence de deux écoles. L'une, pour caricaturer un peu, mais pas tellement, qui promet de régler tous les problèmes sans effort. Le keynésianisme fait partie de cette tendance. Il suffit d'augmenter la dépense publique pour retrouver la croissance. Et si ça ne marche pas, il faut dépenser plus. Un keynésianisme mâtiné de socialisme, il ne faut pas accabler Keynes. Il faut donc réglementer la concurrence pour que les prix ne baissent pas, car c'est mauvais pour l'emploi.

 

La deuxième école peut être qualifiée de réaliste. Si l'économie va mal, elle doit se remettre en cause, se restructurer. Les remèdes miracles n'existent pas. Des efforts sont nécessaires. Et le progrès social nécessite une perpétuelle évolution

 

De nos jours, la première école est appelée politique de croissance, et la seconde austérité. Pourtant, c'est plutôt la seconde qui présente une politique réaliste de relance. Mais il est plus vendeur politiquement de suggérer qu'il est possible d'obtenir la croissance sans effort.

 

Le discours sur les dangers de la déflation s'inscrit dans un vieux débat. C'est l'idée que l'argent est le moteur de l'économie. Tout découle de l'argent. Avant même John Maynard Keynes cette idée prédominait, comme le montre Ludwig von Mises ici. A contrario, d'autres économistes s'inscrivent dans l'idée que l'économie découlent des échanges, que les prix véhiculent des informations, et que les remèdes miracles aux crises n'existent pas. Les crises pouvant être elles-mêmes provoquées par les politiques économiques.

 

Pour conclure, voici un extrait du Traité d'économie politique(que vous pouvez lire en cliquant sur le lien) de Jean-Baptiste Say, qui montre l'ancienneté du débat :

« Les entrepreneurs des diverses branches d'industrie ont coutume de dire que la difficulté n'est pas de produire, mais de vendre ; qu'on produirait toujours assez de marchandises, si l'on pouvait facilement en trouver le débit. Lorsque le placement de leurs produits est lent, pénible, peu avantageux, ils disent que l'argent est rare ; l'objet de leurs désirs est une consommation active qui multiplie les ventes et soutienne les prix. Mais si on leur demande quelles circonstances, quelles causes sont favorables au placement de leurs produits, on s'aperçoit que le plus grand nombre n'a que des idées confuses sur ces matières, observe mal les faits et les explique plus mal encore, tient pour constant ce qui est douteux, souhaite ce qui est directement contraire à ses intérêts, et cherche à obtenir de l'autorité une protection féconde en mauvais résultats. »

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Le problème des excédents du commerce extérieur de l'Allemagne

12 Novembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

L'Allemagne est critiquée à la fois par l'administration de Barack Obama et par la Commission Européenne pour les excédents de son commerce extérieur. Ces excédents atteindraient un niveau trop élevé, qui nécessiterait des mesures correctives. Ces excédents seraient mauvais pour l'économie européenne, et l'économie US également. Pourquoi ? C'est la question. Car l'analyse montre que ces excédents sont plutôt le signe d'un problème chez les partenaires de l'Allemagne.

 

D'abord, pourquoi l'Allemagne a-t-elle des excédents de la balance des transactions courantes ? Est-ce que qu'elle force les autres pays à acheter allemand ? Non. Personne ne force des gens à acheter allemand de par le monde. Les produits allemands sont demandés. Mais ce n'est pas un défaut pour le pays. Par contre, les pays qui sont en déficits pourraient se poser des questions quant à leur modèle économique. Mais, dans ce cas, le problème ne vient pas de l'Allemagne. Il vient des pays en déficit.

 

Que peut faire l'Allemagne aussi, qui serait bénéfique pour l'Europe et pour le monde ? Augmenter les salaires, pour augmenter la demande interne ? Mais les salaires ont déjà été augmentés. Sans effet sur les déficits. L'Allemagne ne peut pas non plus obérer sa compétitivité. Que se passerait-il si les produits allemands étaient moins compétitifs ? Soit, ils seraient plus chers, mais resteraient indispensables à ceux qui les achètent. Ces derniers les paieraient plus chers, et donc achèteraient moins d'autres produits, éventuellement issus de la production nationale. Ou encore, les produits allemands ne seraient plus compétitifs, et seraient remplacés par des produits... Chinois. En fait, le problème, c'est la compétitivité de la France, et des autres pays européens. Si les produits allemands étaient moins compétitifs, ils ne seraient pas remplacés par des produits français, mais par des produits chinois, espagnols, ou portugais. Le sujet reste donc la compétitivité française.

 

De même, les excédents allemands sont dépensés. Les allemands voyagent beaucoup à l'étranger. Mais, une fois encore, pour les attirer, il faut être compétitif. De même, pour attirer les investissements allemands, il faut être compétitif. Le problème étant toujours la compétitivité de la France et des pays hors l'Allemagne. Pas la compétitivité de l'Allemagne. Ceci dit, n'oublions pas que les banques allemandes financent les déficits des autres pays européens, et que l'Allemagne finance, ou garantit, les mécanismes de prêts au sein de l'Europe. Dire que l'Allemagne ne fait rien pour l'économie mondiale, et particulièrement l'économie européenne, est ainsi abusif. On peut aussi souligner les investissements allemands en Chine, qui soutiennent le développement du pays, et donc le pouvoir d'achat des chinois qui rêvent de visiter la France. Une fois encore, il faut que la France soigne la compétitivité de son tourisme pour maximiser les revenus issus du tourisme chinois. Le problème est la France, pas l'Allemagne.

 

Ceux qui reprochent à l'Allemagne ses excédents souhaitent peut-être que ce pays, qui affiche un quasi équilibre budgétaire, dépense plus d'argent public, dans une optique keynésienne, pour soutenir la demande. Mais, là encore, qui en profiterait ? Les pays les plus compétitifs. Donc, pas la France. Les faits peuvent être retournés dans tous les sens, le problème n'est pas l'Allemagne.

 

D'autre part, une relance keynésienne est-elle efficace ? Ce type de relance a entraîné pour le Royaume Uni un plan d'ajustement du FMI dans les années 1970. Pour la France, ce fut la rigueur des années 1980. Jamais une politique keynésienne n'a permis de relancer la croissance. Aujourd'hui, certains prétendent que les USA s'en sortent mieux que l'Europe car ils ont moins de rigueur budgétaire et font plus appel à la planche à billets. Cependant, la BCE utilise autant la planche à billet, comme je l'ai déjà expliqué dans l'article La Fed contre la BCE. De même, hormis en Allemagne, les déficits publics sont élevés en Europe, comme aux USA. Donc, ce qui pourrait expliquer une différence de croissance entre les USA et la France, c'est, d'une part, la flexibilité de l'économie. Les salaires s'adaptent, les entreprises se restructurent, l'investissement est moins imposé. D'autre part, la baisse du coup de l'énergie, avec le développement du gaz de schiste et du pétrole bitumeux, est aussi mise en avant.

 

Par contre, l'ObamaCare est mise en avant comme favorisant le temps partiel (qui n'est pas soumis aux mêmes obligations en termes d'assurance maladie que le temps plein), ce qui n'est pas bon pour la croissance. Tandis qu'en Allemagne c'est la transition énergétique qui obère le pouvoir d'achat des ménages en renchérissant le coût de l'énergie. Mais les allemands semblent décidés à revenir sur certaines dispositions de cette transition.

 

Il n'en reste pas moins qu'il semble que ce soit plutôt des mesures d'adaptation structurelle, prises par l'Allemagne, et qui existent aux USA, qui expliquent la reprise, plutôt que la relance keynésienne. Sinon, l'Europe serait en pleine reprise, compte tenu des taux d'intérêt bas, de la création monétaire, et des déficits publics.

 

On a beau retourner les faits dans tous les sens, les excédents allemands ne sont pas le symptôme d'un déséquilibre en Allemagne, mais plutôt d'un problème dans les autres pays. D'ailleurs, quand un pays connaît une certaine réussite économique et sociale, sachant que l'Allemagne dispose d'un Etat providence qui n'a rien à envier à la France, ne serait-il pas plus logique d'imiter ce pays plutôt que de le critiquer ?

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Warren Buffet et l'efficience des marchés

6 Novembre 2013 , Rédigé par LIO Publié dans #Théorie et explications de texte

 

Eugene Fama a été récompensé par le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en l'honneur d'Alfred Nobel, en même temps que Lars Peter Hansen et Robert Shiller, pour son hypothèse d'efficience des marchés. Cette hypothèse d'efficience des marchés est un concept précis, testé de manière empirique par Eugene Fama. Cet article, écrit par Lio, un lecteur de ce blog, explique la signification, le domaine, et la portée de cette hypothèse d'efficience des marchés. C'est aussi un exemple de méthodologie en sciences économiques aujourd'hui : un concept est défini, et un moyen de le tester est élaboré, à l'aide d'un étalon de mesure qui est choisi. Tous les termes ont des significations précises. Sortis de leur contexte, abusivement généralisés, ils n'ont plus de signification, et peuvent être galvaudés, par des détracteurs comme par des thuriféraires.

 

 

Les opposants à l'idée que les marchés sont efficients et de ce fait imprévisibles et imbattables sauf par chance, prennent souvent Warren Buffet (WB) en exemple. Que WB ait réalisé 23% de rendement annuel en moyenne sur 40 ans n'est-il pas la preuve infaillible que l'on peut réellement battre le marché par habileté et que, par conséquent, l'hypothèse d’efficience des marchés (EMH) ne tient pas? Du coté des plus chauds partisans de l'EMH, on avance l'idée que le succès de WB pourrait n'être dû qu'à la chance. Qui a raison, qui a tort? Personne en réalité car WB n'est pas qu'un investisseur et, à ce titre, échappe au champ d'investigation de l'EMH.


Retour sur l'hypothèse d’efficience des marchés


Les tenants de l'efficience des marchés postulent que toute nouvelle information publique se reflète rapidement dans les prix au point qu'il n'est pas possible ou très difficile pour un investisseur d'en tirer parti compte tenu des frais de transaction. Il y a de solides arguments logiques et une abondance d'études empiriques en faveur de l'efficience dans sa forme semi-forte. Toutefois, un certain nombre d'anomalies ont été détectées qui ont pu tempérer la vision de certains défenseurs de l'EMH et conforter celle des plus critiques à son égard. Il y a deux interprétations possibles et opposées de ces anomalies : a) le fait qu'elles existent prouvent que le marché n'est pas efficient et qu'il est possible de le battre b) le fait qu'elles existent et perdurent prouvent justement qu'il n'est pas possible d'en tirer parti sans quoi elles disparaitraient (par l'action même de ceux qui chercheraient à en profiter). Deux façons opposées de voir les choses. Quoiqu'il en soit comme l'indique Burton Malkiel1, les quelques anomalies qui ont été détectées en cinquante ans de recherches n'ont pas persisté très longtemps et ne sont habituellement reconnaissables qu'après coup (comment exploiter a priori ce qui n'est reconnaissable qu'à posteriori? Toutefois on peut très bien imaginer qu'il y ait d'autres moyens que l'analyse des données passées pour anticiper l'avenir). ll faut noter qu'affirmer qu'un marché est efficient ou inefficient ne veut rien dire en soi sans un référentiel, une unité et un instrument de mesure. Dire que tel sprinteur est le plus rapide du monde sans le confronter à d'autres et sans chronomètre relèverait de l'opinion sans fondement. La mesure de l'efficience/inefficience doit être précise, objective et proportionnelle ou comparable à un étalon. Trop de blogueurs et commentateurs sur la toile se contentent d'affirmer que les marchés sont efficients ou inefficients, point barre. Efficient ou inefficient par rapport à qui par rapport à quoi et dans quelle mesure? Passons également sur les multiples confusions et mauvaises interprétations de l'EMH comme celles qui consistent à croire qu'un marché efficient implique obligatoirement que tous les investisseurs soient 100% rationnels et ce tout le temps.


Chance ou habileté?


Autre simplification ou imprécision qui brouille les cartes, l'affirmation que l'efficience implique que l'on ne peut pas battre le marché. La formule juste est : l'efficience implique que l'on ne peut pas battre le marché si ce n'est par chance. Face à quelqu'un qui enregistre un rendement supérieur au marché sur une période de temps suffisamment longue, il faut donc se poser la question suivante : sa surperformance par rapport au marché est-elle due à la chance ou à une habileté personnelle? Supposons qu'un gérant de fonds ait 50% de chances de battre le marché dans l'année. En deux ans, il aurait encore 25% de chances de faire mieux. Sur 8 ans, sa probabilité de battre le marché serait encore de près de 4/1000. Par conséquent, en étudiant la performance de 1000 gérants de fonds sur 8 ans, il ne serait pas exceptionnel d'en trouver 4 qui surperformeraient encore le marché. Cela ne veut pas dire que les 4 en question seraient obligatoirement là par chance mais cela ne permettrait pas de conclure non plus qu'ils sont la autrement que par chance.


Est-il possible que WB ait atteint un tel niveau d'enrichissement en n’étant que chanceux? Pour l'homme de la rue ce sera non ; pour qui est familier du calcul des probabilités ce sera oui, sans hésiter. La probabilité de toucher le jackpot à la loterie classique (6 numéros sur 49) est, pour chacun d'entre nous, de 1/14 000 000 environ. Pour autant, la probabilité qu'il y ait un gagnant parmi plusieurs millions de joueurs est très élevée. Il ne sera pas rare de trouver plusieurs multimillionnaires parmi les joueurs de loto sur une certaine période de temps. Personne n'ira conclure que leur gain n’est dû à autre chose qu’à la chance. Bien entendu, cela ne signifie pas que WB est le super-gagnant de la loterie mondiale car ses activités ne s'apparentent pas à de purs jeux de hasard. Cela signifie simplement que c'est une possibilité ou que la chance a pu jouer un rôle non négligeable dans son succès.


Warren buffet n'est ni un simple investisseur ni un gérant de fonds


Un investisseur ou un gérant de fonds sur les marchés est typiquement quelqu'un qui sélectionne des actifs dans l'espoir que ceux-ci prennent de la valeur. Pour un investisseur ou un gérant de fonds, il y a théoriquement 4 façons de battre systématiquement le marché : a/ par habileté (plus grande capacité à prévoir l'évolution des marchés et des titres) b/ en ayant systématiquement les informations avant les autres c/ en volant régulièrement le départ (vos ordres sont transmis sur le marché avant ceux des autres; cas de certaines sociétés de trading à haute fréquence) et d/ par pure chance. Toutes les études portant sur l'efficience des marchés cherchent à mesurer si la surperformance de chaque investisseur ou gérant par rapport au marché est due à la chance ou non. Cependant, WB ne peut pas entrer dans la catégorie des investisseurs ou gérants de fonds sur lesquels portent ces études dans la mesure ou une part de ses revenus provient d'autres sources que celles de l'investissement ou du trading en bourse. En effet, comme l’indique Kyle Bumpus2 : "Quand les gens disent que WB a réalisé 23% de rendement annuel sur 40 ans, ils veulent dire que la valeur comptable de Berkshire Hathaway a progressé de 23% par an sur la période. Ce n'est pas exactement pareil que de dire que WB a généré 23% de rendement juste en faisant du stock-picking. Berkshire Hathaway possède plus de 70 sociétés parmi lesquels des marques connues. Sa capacité à générer des rendements élevés tient plus à des qualités managériales qu'à la faculté de prévoir les cours de bourse". Gene Fama, dans une interview récente, ne dit pas autre chose3 : "WB est un entrepreneur pas un investisseur en soi. Il achète des entreprises entières et, j'imagine, les aide à se développer. J'aimerais bien pratiquer les mêmes types de tests qu'avec les fonds de gestion. Si je prenais un large échantillon d'entreprises, la distribution des rendements serait-elle très différente que celle que l'on s'attendrait à obtenir purement par chance? C'est plus difficile à faire pour les entreprises que pour les fonds de gestion car les données sont plus limitées et il y a des milliers et milliers d'entreprises. Mais parce qu'il y a autant d'entreprises on peut s'attendre à ce que le nombre de gagnants uniquement par chance soit assez grand. Maintenant je ne sais pas si WB est chanceux ou talentueux. Mais je voudrais bien faire le test. Et je ne peux pas faire le test juste sur lui. Je dois faire le test sur tout le monde pour savoir si lui est exceptionnel ou non."


Conclusion


Il y a plusieurs raisons qui expliquent le succès de Berkshire Hathaway qui n'ont rien à voir avec le trading et l'investissement en bourse (voir ici4 et ici2). Les tests d'efficience ne s'appliquent qu'aux entreprises qui tirent leurs revenus uniquement de la spéculation boursière. Ils ont pour objet de vérifier que les purs investisseurs et fonds de gestion en actions ne génèrent pas systématiquement des rendements supérieurs au marché autrement que par pure chance. Ils n'ont pas pour objet de vérifier si et dans quelle mesure les entreprises ayant réussi dans d'autres secteurs doivent leur succès à la chance ou au talent. Et faute de suffisamment de données, ils ne le pourraient pas. WB est-il un chef d'entreprise chanceux ou talentueux? La question reste ouverte mais hors du champ d’application de l’EMH.

 

Liens et références:

1)  The EffiŽcient Market Hypothesis and Its Critics,  Burton G. Malkiel

2) Warren Buffett's Record Is Not Evidence The Efficient Market Is Wrong, Kyle Bumpus

3) The father of efficient markets : is Warren Buffett smart or lucky ? , Dan Richards

4) Why is it that i am not Warren Buffet ? , Elena Chirkova

 

 

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Le prix Nobel d'économie est-il pertinent ?

14 Octobre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

Le prix d'économie de la banque de Suède, en mémoire d'Alfred Nobel, couramment appelé le prix Nobel d'économie, a été décerné au titre de l'année 2013 à Eugène Ferma, Lars Peter Hansen, et Robert Shiller, pour leurs travaux sur les marchés financiers. Le site La Tribune rapporte que « Les trois économistes sont récompensés pour "leur analyse empirique des prix des actifs", a indiqué l'Académie royale suédoise des sciences, qui souligne:

 

"Les lauréats ont posé les bases de la compréhension actuelle des prix des actifs. Celle-ci repose en partie sur les fluctuations du risque et les attitudes envers le risque, et en partie sur les biais comportementaux et les frictions des marchés" »

 

La Tribune souligne également que ce sont deux opinions opposées sur l'économie qui sont récompensées en même temps. Ainsi, un coup d’œil sur Wikipedia montre qu'Eugène Fama est considéré comme le père de la théorie de l'efficience des marchés. Tandis que pour Robert Shiller, c'est sa critique de l'efficience des marchés qui est mise en avant !

 

La banque de Suède ne fait que refléter que l'état de la science économique aujourd'hui. D'une certaine façon, cet état pose la question de la pertinence de l'attribution chaque année d'un prix Nobel d'économie.

 

La théorie économie se veut aujourd'hui une discipline scientifique, comme la physique par exemple. Elle prétend examiner scientifiquement des faits, ce qui est le domaine de la microéconomie aujourd'hui, et s'en servir pour créer des modèles globaux, ce qui est désigné sous le terme de macroéconomie (voir sur cette distinction l'article Microéconomie et macroéconomie )

 

Cependant, en sciences physiques, en chimie, en biologie, les faits, les observations mènent à des conclusions incontestées.Il y a des débats, sur des domaines très pointus, ou encore peu connus, des polémiques peuvent exister dans des domaines très politiques, comme la climatologie. Mais, globalement, au moins sur les bases, tout le monde va dans le même sens, si une théorie est remise en cause, tout le monde la remet en cause. Le prix Nobel peut venir récompenser la découverte d'une nouvelle molécule, d'une nouvel particule, la confirmation empirique d'une hypothèse théorique, etc.

 

Rien de tout cela en économie. La macroéconomie est divisée en deux courants : un courant keynésien, qui va justifier l'interventionnisme des politiciens, et un courant néoclassique, qui va montrer l'inefficacité de ces interventions politiques. En fait, les conclusions dépendent des hypothèses de départ. Et on peut trouver ce que l'on veut par des études statistiques, comme le soutient Ludwig von Mises dans L'action humaine. C'est d'ailleurs une règle en statistique : on ne trouve que ce qu'on cherche. Ainsi, avec une méthodologie identique, en étudiant la même réalité, les économistes aboutissent à des conclusions radicalement différentes (pour plus de détails, voir l'article L'économie qu'est-ce que c'est ?)

 

Les praticiens de l'économie, ceux qui donnent des conseils, puisent un peu dans les deux grands courants. La crise actuelle sonne comme un échec pour eux, et l'un des plus illustres d'entre eux, Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, s'interroge sur l'état de la science économique, sans cependant en remettre en cause ses méthodes ( Voir l'article L'état de la science économique aujourd'hui).

 

Le jury de la banque de Suède est donc finalement assez neutre. Il récompense les différents courants, selon les années. Sans doute en tenant compte des influences du moment. Et peut récompenser en même temps des théories différentes. Ce qui amène à s'interroger sur la pertinence d'un tel prix pour l'économie, puisqu'il ne peut absolument pas récompenser une avancée incontestable, car rien n'est incontesté en économie.

 

 

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