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Le plan de relance américain

1 Mars 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

 

     Voici à peu près à quoi ressemble le plan de relance voté par le Congrès américain, qui résulte donc d'un compromis entre les volontés du président Barack Obama, celles du Sénat, où la majorité démocrate est faible, et celles de la Chambre des représentant, à forte majorité démocrate, tout en sachant que les élus, aux Etats-Unis, sont très indépendants dans leurs votes. Toute loi résulte d'un compromis.


     Les chiffres fournis sont approximatifs. Tout dépend de la manière sont présentés les projets. Les articles que l'on trouve sur le net se focalisant sur un thème uniquement, ou étant trop globaux pour avoir une idée précise. Mais j'ai presque retrouvé les 787 milliards de dollars annoncés pour cette loi de stimulation, comme elle est appelée aux Etats-Unis.


Ce plan comprend donc:


- 286 milliards d'allègements fiscaux. Dont 115 milliards d'allègements immédiats envers les salariés. 95% des ménages devraient en profiter selon les promoteurs de la loi. Il y a aussi des allègements fiscaux en faveur des entreprises, et des crédits d'impôts, notamment en faveur des énergies renouvelables.


- 141 milliards dans le domaine de la santé. Essentiellement en faveur du programme Medicaid, qui est un programme de financement de soins. Sur ces 141 milliards, 19 seront consacrés à l'aide au développement d'emplois de nouvelles technologies dans la santé. Je ne sais pas ce que cela recouvre.


- 115 milliards dans le domaine de l'éducation au sens large. Ce montant comprend des aides pour les Etats (n'oublions pas que les Etats-Unis sont une fédérations d'Etats, qui ont des prérogatives importantes, notamment en matière d'éducation), en difficultés à cause de la crise, pour éviter qu'ils ne diminuent les dépenses d'éducation. Il comprend un fonds dans lequel les Etats pourront puiser pour moderniser des écoles existantes. Une partie de l'argent ira au programme, déjà existant, No Child Left Behind, en faveur de la scolarisation des enfants défavorisés. Enfin, une partie de l'argent est destiné à des bourses scolaires.


- 87 milliards dans des projets d'infrastructures et de logement social. Cela concerne le réseau électrique, des lognes de trains à grandes vitesse, la rénovation des routes et des ponts, des investissements dans les autoroutes.


- 81 milliards pour l'aide aux chômeurs, et aux retraités, et aux familles en difficultés.


- 50 milliards pour endiguer les expulsions.


     On arrive là à 770 milliards. Ajoutons quelques milliards à des agences scientifiques, comme la NASA, et on approche le bon compte. Mais on a là l'architecture globale de cette loi de stimulation de l'économie. Quelques commentaires maintenant.


     D'abord, d'un point de vue keynésien, ce n'est pas un très bon plan de relance. En effet, selon le keynésianisme, un plan de relance est plus efficace quand il s'agit d'un plan d'investissement. Selon la théorie keynésienne, l'effet multiplicateur est nettement plus élevé dans une relance par l'investissement que par la consommation.

     L'effet multiplicateur est en quelque sorte l'effet d'entraînement que le plan doit donner à l'économie. Or, la proportion de telles dépenses est proportionnellement faible dans l'ensemble du plan. Il s'agit des 87 milliards en faveur des infrastructures et du logement, et, parmi les dépenses consacrées à l'éducation, un fonds de 54 milliards pour rénover des écoles existantes.

     Il y a, il les vrai, aussi les crédits d'impôt, dont une part est consacrée à favoriser les économies d'énergie et les énergies renouvelables. J'ai vu le chiffre de 42 milliards de dollars pour ce poste, se répartissant en crédit d'impôts pour les ménages propriétaires, et des financements accordés aux entreprises concernées, comme les fabricants d'éoliennes, de batteries de la prochaine génération. L'énergie solaire est mise à l'honneur aussi. Il n'en reste pas moins que le principal poste concerne des réductions d'impôts.


     Ces réductions d'impôts soulèvent des questions, toujours d'un point de vue keynésien. En effet, elles doivent toucher 95% de ceux qui paient des impôts. Or, selon les partisans des plans de relance par la consommation, les populations qui doivent-être visées par des mesures de relance par la consommation sont les moins favorisées.

     En effet, ce sont celles qui sont le plus susceptibles de dépenser l'argent reçu. Tandis qies les autres sont plus susceptibles de l'épargner. Mais, cette baisse des impôts pour 95% des contribuables était une promesse électorale. A ce titre, les dépenses en faveur des allocations chômage sont plus pertinentes.


     Certaines dépenses n'ont rien à voir avec un plan de relance. Parmi les dépenses de santé, 87 milliards sont consacrés à Medicaid, le programme d'aide médicale. Ce sont plutôt des dépenses d'urgence pour aider le système de santé.


     D'autres dépenses sont aussi des dépenses d'urgence, même si elles s'apparentent également en partie à des mesures de soutien de l'économie. Je pense aux fonds débloqués compenser dans le domaine de l'éducation les effets la baisse des recettes fiscales des Etats.


     On peut noter également que ce plan est très "américain". Il met l'accent sur les allègements fiscaux, car il faut privilégier l'initiative individuelle. Ces allègements représentent plus du tiers du plan. Il est saupoudré d'investissements dans les sciences et nouvelles technologies, parce que c'est dans l'innovation et le renouvellement économique que se trouve la croissance.

     Les américains n'ayant pas besoin de favoriser sur ce point leur système de laboratoires de recherche ou de capital développement, celui-ci étant déjà très développé.

     Enfin, l'investissement dans les énergies renouvelables est présenté comme nécessaire à l'indépendance énergétique du pays. On fait appel à l'esprit patriotique. Même si une petite taxe sur l'énergie aurait été sans doute plus efficace, comme l'a montré la hausse des prix du pétrole. Mais, cela aurait été moins populaire.


     Des questions se posent sur la pérennité des mesures prises, comme la baisse des impôts, l'augmentation des allocations chômage. Des mesures ponctuelles de baisse des impôts ont déjà été prises par le président George W. Bush. Les sommes ainsi débloquées ont été en partie épargnées, en partie dépensées. Ces dépenses ont soutenu la consommation mais ce soufflé est vite retombé.

     Or, la politique de Barack Obama n'est pas claire. Il prévoit ainsi de diminuer le déficit budgétaire à l'avenir. En taillant dans les dépenses. Deux questions se posent. Des coupes dans les dépenses suffiront-elles à diminuer le déficit, ou faudra-t-il augmenter les impôts?

     De plus, des coupes dans les dépenses, ne vont-elles pas à l'encontre de la relance. Par exemple, les dépenses de Défense sont traditionnellement des mesures de soutien à l'économie américaine. c'est ainsi que Ronald Reagan à soutenu l'économie. Mais les restructurations engagées après la baisse de ces dépenses, sous George Bush senior, ont entraîné un ralentissement de l'économie.

     Barack Obama prévoit bien d'augmenter les impôts pour les plus riches, mais pour créer un système de remboursement des soins pour ceux ne disposant pas de mutuelles et n'ayant pas accès aux programmes Medicaid et Medicare. La politique de Barack Obama manque de visibilité. Pour l'instant, il gère au jour le jour. Tout le monde voulait un plan de relance, alors il en a bricolé un.


     Certains veulent faire des comparaisons avec le plan de relance français. Cela ne me semble pas pertinent. Concernant les dépenses en faveur des chômeurs, du logement social, de la santé, de l'éducation, le gouvernement français intervient déjà beaucoup plus que le gouvernement fédéral américain. On peut discuter de l'efficacité de ces dépenses, mais c'est un autre débat. De même pour les dépenses d'infrastructures.

     Les impôts ne sont payés que par la moitié de la population en France, et toutes les tranches d'impostion ont bénéficié des baisses d'impôt sous la présidence de Jacques Chirac. Même si, quand on paie des impôts, on a toujours l'impression d'en payer trop. Je suis comme tout le monde sur ce point.

     Pour les crédits d'impôt, aux entreprises où aux particuliers, et en faveur de l'environnement, là encore ce genre de dispositif existe en France.


     Enfin, ce plan de "stimulation" est le plus médiatisé, mais il n'est pas le seul. Le gouvernement américain est conscient que la sortie de la crise dépend de la remise en état du système financier.

     Ainsi, il y a eu le plan Paulson, sous la précédente administration, de 700 milliards de dollars environ si je me souviens bien. Il devait servir à racheter les actifs dits toxiques des banques. Il a en fait servi à la recapitalisation de ces banques, ainsi qu'au renflouement de General Motors et Chrysler.

     Il y a les liquidités, les prêts aux banques hypothécaires, déversés par la Fed, la banque centrale américaine. Il y a le plan esquissé par Timothy Geithner, de la nouvelle administration Obama. Ce plan consacre 500 milliards de dollars aux rachats des actifs toxiques des banques, plan pour lequel le président Barack Obama a réclamé 250 milliards de plus au Congrès.

     Plan qui veut associer des fonds privés au rachat de ces actifs toxiques, ce qui fait son originalité par rapport au plan Paulson. Mais qui reste imprécis car il se heurte à la même difficulté que ce plan Paulson: à quel prix racheter ces actifs toxiques, qui ont la particularité de n'avoir aucun prix de marché, car personne ne sait comment les évaluer. (cf
Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés)


(NB: le plan de relance français est commenté dans ce blog dans l'article Le plan de relance français . Quant à mes commentaires sur les plans de relance en général, cf La relance de l'économie , Réflexions sur la relance, l'interventionnisme et le retour de l'Etat dans l'économie. )


 

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Crise financière: qui est responsable?

21 Février 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

Préambule

Les explications sur le mécanisme de la crise des subprimes sont reprise du précédent article Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés , tandis que celui intitulé Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire)  pourra être lu pour mieux comprendre le fonctionnement des banques et leurs besoins de refinancement, ainsi que leur rôle dans l'économie.


     Aujourd'hui, en raison de la crise, les banquiers, les traders, les hedge funds, l'innovation financière sont en accusation. La réglementation est en accusation également. Les financiers et la réglementation sont accusés d'être responsables de cette crise, considérée comme la plus grave depuis celle de 1929. Il faut des responsables. Je me propose ici de jouer à ce petit jeu: trouver les responsables de la crise.


     Tout d'abord, rappelons le mécanisme de la crise financière. Elle a été provoquée par la chute du marché immobilier aux Etats-Unis. Les prix de l'immobilier ont augmenté considérablement aux Etats-Unis. Les prix étaient tirés à la hausse par la forte demande.

     Toute une catégorie de la population peu aisée a pu accéder à la propriété, participant à cette forte demande. Cette population bénéficiaient des prêts dits subprimes. Ces prêts proposent, par exemple, des remboursements très faibles les deux premières années, puis qui augmentent considérablement.


     Pourquoi les banques prêtaient-elles à une population a priori risquées sur le plan de la solvabilité? parce que le prêt était garanti par la maison achetée ou construite. Comme les prix de l'immobilier augmentaient, ces prêts paraissaient sans risque. En effet, si les emprunteurs ne pouvaient pas payer, les traites, les banques se remboursaient en vendant la maison. Les emprunteurs pouvaient eux-mêmes vendre la maison.


     Pour se financer, les banques revendent, en quelque sorte, les prêts sur le marché financier. C'est le principe de la titrisation. Les prêts sont découpés en titres, qui sont vendus comme on vend des actions ou des obligations (les articles cités en préambule expliquent plus en détail ce mécanisme). Ces titres étaient achetés par différents acteurs financiers, dont des fonds de placements, et d'autres banques.


     On était donc dans un système ou les facilités de crédits nourrissaient la demande de l'immobilier, et partant l'augmentation des prix.


     Mais, selon l'adage, les prix ne montent pas jusqu'au ciel. Les prix de l'immobilier avaient considérablement augmenté, ils ont considérablement chuté. La machinerie des prêts s'est enrayée. Une part importante des nouveaux accédants à la propriété, peu solvable, ne peuvent plus rembourser les prêts subprimes.

     Les banques ne peuvent pas récupérer leurs prêts en vendant les maisons, car la valeur de celles-ci a chuté, et et devenue inférieure au montant du prêt. Ce qui crée des pertes pour ces banques. Les titres vendus sur les marchés financiers voient leur valeur baisser. Ce qui crée des pertes pour les établissements financiers qui les ont achetés. Ce qui a créé la crise des subprimes, et un blocage des marchés financiers (cf les articles cités en préambule).


     D'autre part, aux Etats-Unis, l'augmentation de l'immobilier permettait aux gens d'obtenir de nouveaux prêt. Par exemple, quelqu'un a acheté une maison 150 000 $. Il a contracté un prêt hypothécaire pour ce montant. Deux ans plus tard, la valeur de sa maison a doublé ( ce qui est à peine exagéré). Il peut à nouveau emprunter, en augmentant l'hypothèque sur sa maison. Ce qui nourrissait la demande, et la croissance américaine.

     De plus, même en dehors de ce genre de prêt hypothécaire, le crédit était accordé assez facilement aux Etats-Unis. Et les taux d'intérêt bas. Les ménages ont fini par atteindre leur limite de remboursement. Ce qui provoque une augmentation du risque d'impayé pour les banques, donc des provisions supplémentaires, donc des petres supplémentaires.


     Les difficultés des banques, les problèmes de remboursement des américain, tout cela entraîne un resserrement des conditions de crédits aux Etats-Unis, donc une baisse de la consommation aux Etats-Unis.


      Les problèmes des banques, les inquiétudes concernant l'économie ont entraîné la chute des bourses. Et donc d'autres pertes pour les établissements financiers. Sans compter que les sociétés ont elles aussi profité du crédit. Les taux d'intérêts étaient bas. Les sociétés ont donc emprunté pour racheter leurs actions. Ce qui était une mesure d'optimisation de leur structure financière. Aujourd'hui, elles peuvent avoir des difficultés à se financer.


     Au cœur de la crise, on a donc toujours le crédit. Une hausse du crédit qui fait augmenter les prix de l'immobilier, ainsi que la consommation. Le crédit n'est pas en soi un problème. Il est nécessaire à l'économie. Mais, trop de crédit, cela s'appelle de l'inflation. En effet, le crédit, c'est de la création de monnaie (cf l'article Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) .

     Quand il y a trop de création monétaire, on parle d'inflation. C'est cette création monétaire excessive qui fait augmenter les prix. Il y a plus d'argent disponible. Les gens ont plus d'argent à leur disposition. Donc les prix augmentent. C'est ce qui s'est passé dans l'immobilier.

     Dans la finance, aussi, avec ce qu'on appelle l'effet de levier. Le levier, c'est le crédit. Des fonds rachètent des entreprises en empruntant de l'argent, à crédit donc. Ils la revendent trois à cinq ans plus tard, à un pris plus élevé, à un autre fonds qui la rachète lui aussi grâce au crédit. Et ainsi de suite. Le prix de l'entreprise, actif financier, augmente à cause d u crédit. c'est de l'inflation.


     Dans cette explication, on peut objecter que les prix à la consommation n'ont pas augmenté. Que cette inflation de crédit n'a pas provoqué une inflation des prix, et que ce n'est pas une inflation au sens économique du terme, c'est à dire une augmentation trop importante de la masse monétaire, qui provoque une augmentation des prix, et, en fait, une diminution de la valeur de la monnaie. En gros, ce ne sont pas les prix qui augmentent, c'est la valeur de la monnaie qui diminue.


     Pourtant, cette inflation s'est peut-être produite, en fait. D'abord, en Chine. Ce pays connaissait une inflation, ce qui paraissait normal dans un pays en forte croissance. Maintenant que les débouchés fournis par le marché américain aux produits chinois se sont réduits, l'inflation a considérablement diminué en Chine. La croissance mondiale provoquée par la croissance américaine a aussi causé une hausse des matières premières, dont le pétrole. Cette hausse qui a ensuite provoqué une inflation des prix à la consommation aux Etats-Unis, et en Europe.


     Je reconnais que cette idée d'une inflation mondiale causée par l'expansion du crédit aux USA est une idée personnelle. Les conséquences d'une telle expansion monétaire dans une économie mondialisée sont à étudier. Cependant, que l'on adhère ou non à cette dernière hypothèse, la cause de la crise reste la même: une expansion inconsidérée du crédit.


     Qui est responsable de cette expansion inconsidérée? Peut-on accuser la sophistication financière? Pas vraiment. Certes, des titres particuliers ont été mis sur le marché. Ces titres qui sont dits aujourd'hui toxiques. Les banques ont en quelque sorte mélangé les prêts "normaux" et les prêts "subprimes", plus risqués. Et elles ont vendu sur le marché financier des titres qui représentent à la fois les prêts "subprimes" et des prêts "normaux".

     La partie subprime de ces titres financiers étaient "garanties" par un montage, sur un autre marché financier. Cela permettait de revendre plus facilement ces titres sur les marchés financiers. Ces titres étaient vendus comme des titres de prêts normaux, ils n'étaient pas considérés comme plus risqués.

     Aujourd'hui, ils sont dits toxiques, car il est difficile d'évaluer quelle part de mauvais prêts ils représentent. Comme on ne peut pas leur donner un prix, les banques qui en ont acheté ne peuvent pas les revendre. (Cf l'article Crise financière et régulation des marchés.)


     Cependant, ceux qui achetaient des titres de ce genre, savaient qu'ils achetaient des parts de prêts immobilier. Des prêts accordés pour des maison dont le prix avait considérablement augmenté déjà. Le niveau des prix était si élevé que le moment du retournement du marché était de plus en plus probable. Ce qui signifiait que même des prêts dits "normaux" étaient de plus en plus risqués, puisqu'ils étaient gagés sur la valeur de l'immobilier.

     De même que ceux qui investissaient dans les produits financiers sophistiqués qui garantissaient les prêts subprimes. D'ailleurs, l'Espagne est victime d'une crise immobilière également, sans produits subprimes. Là aussi on a accordé des prêts à gogo, les taux d'intérêts étant bas, comparé à l'augmentation des prix.


     Est-ce que les banquiers sont responsables, d'avoir accordé des prêts inconsidérément? On peut leur reprocher d'avoir manqué de bon sens, de réflexion. Il est vrai qu'ils ont ouvert de manière démesurée les vannes du crédit, en prenant pour garantie, quand ils en prenaient, la croissance des prix de l'immobilier. Ou simplement en faisant confiance à la croissance de l'économie. Alors même que les prix de l'immobilier finissent toujours par baisser, et la croissance elle même est fluctuante.


     Les investisseurs sur les marché financiers peuvent aussi être considérés comme fautifs, pour avoir investi inconsidérément dans des produits financiers adossés au marché immobilier américain, ou parfois sans trop savoir dans quoi ils investissaient, sur les simples recommandations de leurs conseillers.


     Enfin, les agences de notations peuvent également être montrées du doigt. En effet, elles attribuent une note aux produits qui sont proposés sur les marchés financiers. Les produits adossés à l'immobilier américain bénéficiaient d'une bonne note, qui signifiait qu'ils étaient des placement dans risque. Même les produits contenant des subprimes, du fait du montage financier qui garantissait la partie subprime.

     Sans ces bonnes notations, les banques n'auraient pas pu placer ces produits financiers aussi facilement sur les marché financiers, et les investisseurs ne les auraient pas achetés. Il faut aussi indiquer que les agences de notation participaient à l'élaboration des produits financiers qu"elles notaient, ce qui est un peu être juge et partie.


      On se dit après coup que tout ce petit monde de la finance aurait bien besoin d'être surveillé. Pourtant, il était surveillé. Il y a différents organismes aux Etats-Unis qui surveillent les marchés et les banques. Surtout, ce processus d'augmentation des prix de l'immobilier alimentée par le crédit se faisait au vu et au su de tous. Ce n'était pas un processus caché.

     De même, le fait que l'augmentation des prix de l'immobilier nourrissait le crédit à la consommation était aussi un phénomène parfaitement visible et reconnu, qui n'a pas été découvert après la crise. On parlait de l'effet richesse: l'augmentation de la valeur du patrimoine immobilier des ménages leur donnait du pouvoir d'achat.


     L'augmentation des prix de l'immobilier à cause du crédit, en économie, cela porte un nom: l'inflation. Même si cette inflation n'est pas prise en compte dans l'indice des prix censé la mesurer.

     De même, une économie qui est en croissance grâce une consommation des ménages alimentée par le crédit, ce n'est pas de bon augure. Normalement, cela provoque l'augmentation des prix. Cela ne s'est pas produit car beaucoup de biens étaient importés, et aussi parce que certains produits provenaient de secteur où les capacités de production étaient trop importantes. Je pense là à l'industrie automobile américaine, qui vendaient ses produits grâce aux promotions et au crédit facile.

     Ce phénomène de croissance alimentée par le crédit ou l'effet richesse aurait dû susciter des inquiétudes. En effet, qu'est-ce c'est que le crédit? C'est de la création monétaire (cf l'article sur Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) , qui explique le mécanisme de la création monétaire). Selon toutes les théories économiques, une croissance alimentée par la création monétaire crée de l'inflation. Le contexte de mondialisation évitait cette inflation. Mais, comme je l'écris plus haut, elle a fini par arriver, de manière indirecte.


     On peut ajouter à ce tableau les opérations à effet de levier. Des fonds financiers s'endettaient pour racheter une entreprise. Puis, au bout de trois à cinq, l'entreprise était revendue, avec une plus value, à un autre fonds, qui s'endettait à son tour pour ce rachat. Là aussi, c'était de l'inflation.


     Or, l'inflation, la création monétaire, sont surveillés par les banques centrales, c'est à dire la Réserve Fédérale aux Etats-Unis, présidée à l'époque par le célèbre Alan Greenspan. A aucun moment la Réserve Fédérale n'a considérée comme inquiétant cette inflation et cette croissance à crédit.

     Pourtant, la question à fini par lui être posée, à propos de l'augmentation faramineuse des prix de l'immobilier. Et pourtant, l'on disait depuis longtemps que l'inflation s'était réfugiée sur les marchés financiers. Alors, la Réserve Fédérale, son conseil des gouverneurs et son président de l'époque, Alan Greenspan, sont-ils responsables de la crise?


     Toutefois, pour mieux appréhender ce qui s'est passé, et dégager d'éventuelles responsabilités, il faut se replonger dans le contexte du passé. L'année 2001 a vu l'éclatement de la bulle internet, et la fin d'une période de croissance aux Etats-Unis. Ainsi que le début d'une période de guerre contre le terrorisme. Il fallait soutenir la croissance. C'est ainsi que General Motors lançait des promotions "patriotiques" pour soutenir ses ventes. Le crédit était une solution qui arrangeait tout le monde pour relancer la croissance. Et ça marchait.


     Les subprimes étaient aussi une forme d'action sociale. En effet, ils permettaient à des catégories de ménages peu aisés d'accéder à la propriété, et de se constituer un patrimoine. Un banquier d'affaires, Joseph Perella, interrogé par le journal Les Echos, en date du 29 octobre 2008, déclare que les banques étaient sous pression des autorités de régulation qui leur demandaient d'accorder des crédits aux populations les plus pauvres. Les régulateurs regardaient par exemple la part de crédit distribué aux ménages pauvres par les banques avant de leur donner l'autorisation de racheter d'autres établissements.


     Le crédit facile alimentait la croissance et en plus avait un rôle social. Il y avait un consensus sur ce sujet. On peut penser que, face à cette manière de voir les choses, l'institution qui aurait émis des inquiétudes se serait faite vilipender. Elle aurait été accusée de casser la croissance. Souvenons nous des reproches dont on accable les banques centrales dès qu'elles haussent les taux d'intérêt.

     En Europe, le même phénomène jouait. Ainsi, l'Espagne connaissait une inflation importante, et un boom immobilier permis par le crédit. La Banque Centrale Européenne le savait. Mais, globalement, dans la zone euro, l'inflation était contenue. On n'a donc pas cherché de moyens, ni la BCE, ni le gouvernement espagnol, pour ralentir la surchauffe immobilière. Parce que quiconque l'aurait fait aurait été accusé de casser la croissance.


     Ajoutons qu'à l'époque, on pensait avoir trouvé un moyen simple de réguler l'économie: en agissant sur les taux d'intérêt. Ceux-ci étaient déjà relativement bas (5%, ce n'est pas très élevé, ils sont montés bien plus haut à l'époque de la lutte contre l'inflation). On était persuadé qu'il suffisait, quand l'économie ralentissait, de les baisser, pour qu'elle reparte. 

     On ne s'inquiétait donc pas d'un éventuel krach boursier, ou immobilier. On encensait cette politique menée par Alan Greenspan, et on critiquait la mission de la Banque Centrale Européenne, qui est, en théorie, de veiller exclusivement sur l'inflation, et rien d'autre. Tandis que la Réserve Fédérale a aussi pour mission, en plus de veiller sur l'inflation, de favoriser la croissance.


     Alors, où sont les responsabilités? Une vision court-termiste de l'économie. Politiquement, il est plus facile de se reposer sur un moyen simple et rapide de relancer l'économie, que d'expliquer à la population qu'il vaut mieux laisser à l'économie un peu de temps pour construire une croissance plus solide. Et on ne s'est pas préoccupé des conséquences. Une volonté de mener la politique économique comme on contrôle une machine, en appuyant sur des boutons pour l'accélérer ou la ralentir. Ce qu'on croyait faire avec les taux d'intérêt. C'est un peu jouer au marchand de rêve. Oubli des bases de l'économie, ou refus de les considérer.


     La crise résulte donc d'une politique économique voulue, et qu'une grande majorité de personnes, qui tenaient les manettes du pouvoir à l'époque, approuvaient. Et même les commentateurs dans la presse l'approuvaient. Tout juste de temps en temps s'inquiétait-on du niveau d'endettement grandissant des américains. On ne s'est pas inquiété de savoir comment finirait cette spirale du crédit, et jamais on ne s'est préoccupé de la question de l'inflation de l'immobilier ou dans la sphère de la finance.

     A chaque fois, on trouvait des excuses. Et comme la Réserve Fédérale ne s'en préoccupait pas, on pensait qu'il n'y avait pas de raisons de s'inquiéter. Aujourd'hui, tout le monde cherche des responsables. Mais hier, les mêmes encensaient généralement la politique de Greenspan.


     Trouver des responsables est donc vain. C'est faire le procès de la politique, et, au delà, du pouvoir. Car tout le problème est là. On peut espérer que certaines mesures de bon sens serons prises suite à cette crise. Comme, par exemple, mieux contrôler la solvabilité des ménages avant d'accorder un crédit. Sans tomber dans l'excès inverse, c'est à dire refuser toute prise de risque.

     Il y a les agences de notations, qu'il faut réformer. Il n'est pas normal qu'elles notent des produits qu'elles conçoivent elles-mêmes. Il faut déterminer des critères clairs de notation, en fonction de ce que la crise nous a appris.

     Il faut améliorer la transparence des bilans des banques et des compagnies d'assurances, pour contrôler les risques qu'elles prennent. Qu'un hedge fund prenne de gros risques, ce n'est pas grave pour l'économie. Qu'une grande banque de dépôts lui prête de l'argent pour prendre des risques, ou se trouve être sa contrepartie sur un marché financier quelconque, là c'est un problème.


     On peut espérer, enfin, que l'on tienne mieux compte des phénomènes inflationnistes, dans l'immobilier, dans la finance. Que l'on tienne compte de ce qu'est l'inflation: une augmentation anormale de la masse monétaire. C'est un phénomène plus difficile à prendre en compte qu'on ne le pense généralement. Ce n'est pas simplement l'augmentation des prix à la consommation, comme je l'explique dans l'article Inflation, déflation: explications et risques.  C'est un phénomène plus complexe.


     On peut noter au passage que l'origine de la crise n'est pas un manque de coopération internationale, ni de réglementation internationale. En effet, la politique menée par les Etats-Unis et la Réserve Fédérale plaisait à tout le monde, et à tous les dirigeants. Tous espéraient un effet richesse dans leurs pays. Il y avait un consensus, qui vaut toutes les coopérations. Ce qui ne signifie pas que la coopération n'est pas nécessaire. Elle est déjà très avancée, et l'approfondir peut éviter des guerre comme par le passé. Mais ce n'est pas un manque de coopération ni de règles internationales qui sont la cause de la crise.


     Toutes ces mesures ne règleront pas le problème principale: on recherche toujours la solution de facilité, et tout le monde s'engouffre pour la soutenir. C'est ce qui a produit la crise. On a choisi la facilité pour relancer l'économie, persuadé qu'on pouvait la relancer à volonté en cas de crise. Or, l'économie est quelque chose de complexe. Mais les jeux de pouvoirs et d'intérêts influent énormément la politique économique, plus que l'analyse et la réflexion.

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Partage des profits

6 Février 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

     Juste une petite réflexion rapide sur le partage des profits. L'idée se développe d'un partage égal entre les salariés, les actionnaires, et la société elle même. Cette idée est présentée comme un partage équitable. Elle pose au contraire de nombreux problèmes.


     D'abord, elle ne tient pas compte de la variété des situations. Par exemple, toutes les société ne distribuent pas un tiers de leurs profits. Les situations sont très différentes d'une société à une autre.

     Les jeunes sociétés en développement, notamment, font souvent le choix de ne pas distribuer de dividendes pour les réinvestir, les actionnaires étant gagnant par l'augmentation de la valeur de la société. Ainsi, Microsoft est restée longtemps sans distribuer de dividendes.

     Les sociétés vivent différentes phases au cours de leur existence, au cours desquelles elles ont plus ou moins à distribuer, car elles investissent plus ou moins. Un système rigide pourrait pénaliser l'investissement, et donc, l'emploi.

     Bien sûr, les projecteurs sont braqués sur quelques grosses sociétés du CAC 40, mais n'oublions pas que la majorité des salariés du privé sont employés par de petites ou moyennes entreprises, ou même de très petites entreprises, aux situations plus ou moins variées.


      Mais, surtout, cette idées de partage met en cause le fondement même du salariat. Le salarié de base n'est pas responsable de la stratégie de la société qui l'emploie. Le principe est une stabilité du revenu, que le bénéfice augmente ou baisse. Le principe, c'est que les augmentations sont acquises, et ne peuvent être révisées à la baisse qu'en cas de situation exceptionnelle. 
    
     Si l'entreprise est régulièrement bénéficiaire, le salaire peut être augmenté régulièrement. Si l'entreprise a une mauvaise année, la salaire ne bouge pas.

     Or, l'idée de partager le bénéfice en trois fait dépendre la rémunération du simple salarié de l'évolution du bénéfice de la société. Ce qui signifie que si le bénéfice baisse, la rémunération baisse. Alors même que le salarié de base n'est pas responsable de la stratégie de l'entreprise.

     Il peut, bien sûr, être rémunéré en fonction d'objectifs sur lesquels il a un pouvoir, comme la rapidité d'exécution de sa tâche. Mais pas en fonction de l'évolution du bénéfice. Sauf, bien sûr, pour les cadres qui participent à l'élaboration de la stratégie.

     En ce sens, il est au contraire normal que la rémunération d'un PDG dépende du bénéfice de la société qu'il dirige. Il ne faut donc pas s'offusquer des salaires élevés des PDG quand le bénéfice est élevé, mais se demander si leurs rémunérations ne pourraient pas baisser si l'entreprise est tout le temps en déficit.


     En conclusion, ce partage par tiers du bénéfice risque de rendre la rémunération des salariés encore plus variable, alors qu'elle a déjà tendance à l'être de plus en plus. L'argument sera: vous avez été augmentés, car vous avez touchés une part des bénéfices.
     Et, l'année suivante, la rémunération baisse, car le bénéfice baisse. Ce n'est pas le principe du salariat. Il me semble que les salariés ont plutôt besoin d'une certaine visibilité à moyen terme sur leur rémunération, plutôt qu'encore plus de variabilité.

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La convergence des crises

31 Janvier 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

    

     Une crise, en économie, agit comme un révélateur. La crise financière actuelle ainsi que les réactions à celle-ci me font penser que nous vivons la convergence de plusieurs crises. Dans le domaine économique, je distingue au moins trois crise: la crise financière, bien sûr, une crise de la politique économique, et une crise du débat.


     La crise financière a provoqué un blocage du crédit, qui entrave l'activité économique, à de multiples niveaux. Ainsi, les entreprises ont besoin du crédit pour financer leur production. En effet, avant de vendre leurs produits, elles doivent acheter des matières premières, payer l'énergie, les salariés, les dépenses de publicité. Une partie de cers dépenses se font à crédit.

     Si le crédit est plus rare, ou plus cher, c'est-à-dire que les taux d'intérêt sont plus élevés, une entreprise peut être contrainte de serrer les coûts au maximum, afin de faire face à ses dépenses de production, ou, dans le pire des cas, elle ne peut plus financer sa production et tombe en faillite. Le crédit sert aussi à l'investissement. Moins de crédit, c'est moins d'investissement, et donc moins de croissance.


     Certains secteurs ou pays ont profité de conditions de crédits particulièrement avantageuses, ce qui leur a permis d'accélérer leur croissance, mais ce qui explique leurs difficultés aujourd'hui.

     C'est notamment le cas des Etats-Unis. Les crédits immobiliers ont été rendus très accessibles à la population, grâce à des taux bas, les subprimes (mais qui ne sont pas seuls responsables de la crise), et de la bienveillance du gouvernement américain, qui voyait d'un bon œil l'accès d'une majorité de l& population à la propriété. La demande immobilière favorisait le secteur de la construction, et donc créait des emplois.

    Elle provoquait également une hausse des prix des logements. Les américains pouvaient ainsi augmenter les hypothèques pesant sur leur logement, pour obtenir des prêts à la consommation. Ce qui augmentait la consommation, et donc la croissance économique, pour le plus grand bonheur du gouvernement américain. cette augmentation de la consommation grâce à des emprunts garantis par l'augmentation des prix de l'immobilier avait même un nom: l'effet richesse. Et on regrettait en France que cet effet richesse ne soit pas aussi développé.


     Quand la crise du crédit est arrivée, le château de cartes s'est effondré. Ou plutôt, il est en train de se désagréger peu à peu. Le secteur de la construction connaît un marasme, la consommation ralentit. Ce qui s'ajoute bien sûr aux difficultés causées aux entreprises par la crise du crédit et décrites plus haut.


     Cette crise prendra du temps à se résorber car il faut, en quelque sorte, que l'économie se déconstruise et se reconstruise. Par exemple, on ne peut pas dans ce cas lancer un plan de soutien à la construction, cela ne ferait que recréer une bulle, qui finirait de la même manière. Les gens ont vécu un temps au-dessus de leurs moyens, on ne peut pas les encourager à emprunter à nouveau.

     Il faut que la croissance se place sur des rails plus sains. C'est la difficulté de la crise actuelle. D'abord recréer des conditions d'un bon fonctionnement du marché du crédit, c'est à dire sans retomber dans une bulle. Ensuite, et en même temps d'ailleurs, reconstruire progressivement l'économie.


     Les banques centrales et les gouvernements ont pris différentes mesures pour lutter contre la crise du crédit. Pour faire face à la crise économique engendrée par la crise financière, les gouvernements ont décidé de mener des politiques de relance. Ce qui paraît paradoxale, puisque ces mêmes politiques ont été abandonnées dans les années 1970 et 1980, en raison des échecs de plusieurs politiques de relance successive face à la crise économique de ces années.

     L'on dit en France que les relances ont échoué à l'époque car elles n'ont pas été coordonnées au niveau international, entre les différents pays. Ce qui est faux. cette explication est avancée pour expliquer l'échec du plan de relance français des années 1980. Effectivement, ce plan a été mené alors que d'autres pays essayaient d'autres politiques. Mais d'autres plan de relance avaient été menés, en France précédemment, et en Angleterre notamment.

     Cette politique a été abandonnée car elle provoquait soit, la stagflation, c'est-à-dire que l'économie stagnait et que l'inflation augmentait; soit, des politiques de stop and go, c'est-à-dire que l'économie repartait avec l'augmentation de la dépense publique, puis ralentissait quand cette dépense diminuait. Il n'y avait pas d'effet de relance. C'est pourquoi la reprise de ce genre de politique aujourd'hui traduit selon moi une crise de la politique économique.


     Pour expliciter mon propos, un retour en arrière s'impose. Après la seconde guerre mondiale, le monde occidentale a connu une période de croissance, jusqu'au premier choc pétrolier. Cette croissance a été attribuée à des politiques keynésiennes de dépenses publiques. Quand le choc pétrolier s'est produit, plusieurs politiques de relance ont été conduites, notamment en France. Elles ont donc échoué.

     Ensuite, pendant quelque temps, la priorité a été la lutte contre l'inflation, qui menaçait de dégénérer en hyper inflation, ce qui était une menace grave pour l'économie. Puis, les politiques pour sortir de la crise ont été plutôt variée. On met l'accent sur la libéralisation de l'économie, et on parle souvent de dérégulation. Ce qui est faux. Certains secteurs ont été ouvert à la concurrence, ce qu'on a appelé la dérégulation, certains monopoles abolis.

     Mais, globalement, comme je le montre dans l'article
Réflexions sur la relance, l'interventionnisme et le retour de l'Etat dans l'économie.  on ne peut pas parler de recul de l'Etat, ni donc d'ultralibéralisme. Même aux Etats-Unis d'ailleurs. L'économie a fini par repartir. Cette reprise a été attribuée au développement du commerce mondial, et à l'innovation, la création et le développement de nouvelles entreprises. Ce qu'on pourrait appeler le phénomène de la Silicon Valley.


     Un nouveau type de régulation de l'économie a également été mis en place, une fois que l'inflation a été vaincue: la régulation par les taux d'intérêt. Schématiquement, dès qu'une menace semblait peser sur l'économie, on baissait les taux d'intérêt. C'est la politique qui a été mené par la Banque centrale américaine.

     Cette politique était encensée, et on reprochait à la banque centrale européenne de ne pas faire de même. Alors même que je soupçonne cette dernière d'avoir néanmoins maintenu les taux plus bas qu'elle l'aurait du, car elle a quand même tenu compte de cet argument, le soutien à la croissance, sans le dire. en effet, les taux de ma BCE ont toujours été assez bas.

     Des bulles se sont formées, notamment sur le marché immobilier. Mais rien n'était fait contre ces bulles, car, comme je l'explique plus haut, elles soutenaient la croissance par ce qu'on appelait l'effet richesse. Cet effet richesse explique en partie la croissance de ces dernières années. D'autre part, on était persuadé qu'il suffisait de baisser les taux pour relancer l'économie, quand les bulles éclateraient.


     Les bulles éclatent les unes après les autres et la régulation par les taux d'intérêt n'y peut rien. Alors, on ressort le concept du plan de relance. Pourquoi, puisque les plans de relance ont précédemment échoué?

     Peut-être tout simplement parce qu'on ne sait pas trop quoi faire, et que les populations réclament des solutions simples. La régulation par les taux d'intérêt était une solution simple. Elle a échoué.

     On remarque aussi beaucoup d'appel à une gouvernance internationale de l'économie. Pourtant, cette gouvernance fonctionne assez bien. En effet, les banques centrales coopèrent assez bien entre elle. Il y a des contact institutionnalisés entre les pays, G7, G20, qui pour l'instant ont bien fonctionné. Il y a même un organisme qui régule le commerce international, l'OMC.

     Mais ce n'est pas ce genre de gouvernance qui est souhaitée par les populations. Il y a le souhait d'un genre de super organisme international qui contrôle l'économie, en actionnant les leviers qui garantissent la croissance mondiale. Il y a le souhait de pouvoir contrôler l'économie comme on contrôle un véhicule, en accélérant quand c'est nécessairre, en ralentissant, en conduisant le véhicule dans la bonne direction.


     Or, la politique économique qui donne le plus cette illusion, puisque la régulation par les taux d'intérêt a échoué, c'est la relance dite keynésienne. En effet, qu'avons nous dans le paysage de la théorie économique aujourd'hui?

     Les contempteurs de l'économie de marché, qui n'ont pas vraiment de projet convaincant à proposer. De grands patrons, qui se disent libéraux, qui défendent le libre échange quand ça les arrangent et se réfugient dans les jupes de l'Etat au moindre problème.

     De brillants économistes qui vont vous construire de beaux modèles mathématiques, avec des hypothèses qui ne sont jamais complètement vérifiées dans la réalité. Des gens qui vont vous expliquer doctement que ces hypothèses ne sont pas vérifiées.

     En fait, il n'y a rien de vraiment prtique et applicable. Ou, si ces recherches existent, elle ne sont pas mises en valeur, par les prix nobels et les universités. Les gens réclament des politiques applicables. Pas de beaux modèles mathématiques, ni de la simple contestation.

     En ce sens, la théorie économique s'est détournée de sa mission, en voulant devenir une science mathématique. Elle devrait revenir à ce qu'elle était à l'origine: l'économie: l'économie politique. C'est encore le keynésianisme qui offre une boîte à outils, contestable, mais applicable et explicable.


     C'est peut-être une conséquence des dérives de la théorie économique, mais il y a aussi une crise du débat. En effet, on nous assène qu'une politique de relance doit être menée. Et, finalement, très peu de média s'interrogent sur l'utilité d'une telle politique.

     Déjà, il faut distinguer ce qu'on appelle politique de relance. Stricto sensu, c'est un plan de relance par la dépense publique. Or, il arrive qu'on qualifie les actions de Ben Bernanke, le présdent de la banque centrale américaine, de politique de relance, alors que ce sont des politiques monétaires de soutien aux établissements financiers.

     Il n'y a pas non plus d'enquêtes historiques sur les politiques de relance depuis le New deal de 1933, et la parution de la Théorie Générale de Keynes en 1936. Tous les médias devraient faire de grands dossiers sur le sujets, pour que les gens puissent se faire une opinion.

     Or, ce n'est pas le cas. Trouver l'information est difficile. J'en ai fait l'expérience en faisant des recherches pour mon articles
Réflexions sur la relance, l'interventionnisme et le retour de l'Etat dans l'économie. 
Et encore, je ne partais pas de zéro, puisque j'avais eu l'occasion de lire des documents sur cette période lors de mes études à l'Université.

     Même la crise financière elle même n'est pas très bien présentée. On met l'accent sur la responsabilité des banquiers, qui est réelle. Mais que fait-on de la responsabilité des régulateurs, qui savaient ce qui se passait, et de celle des dirigeants politiques, qui étaient favorables à l'effet richesse?


     Or, pour juger de l'action de leurs dirigeants, les citoyens ont besoin d'être informés. Pour se faire une opinion, ils ont besoin d'avoir les faits, et de pouvoir confronter différentes versions, différentes opinions. Pour chacun d'entre nous. Le débat fait progresser la réflexion. Il y a un réel manque de débat.

     Ainsi pour l'anecdote, ce blog est né d'un texte que j'avais envoyé à des amis, pour critiquer les explications que j'entendais sur la crise, et donner mon opinion. Les retours ont été flatteurs. Je me suis dit que ces amis étaient gentils avec moi. Puis, je me suis aperçu que ce qui les avait intéressé, ce n'était pas mon opinion, mais l'explication de la crise financière. Qui était le premier texte synthétyque qu'ils lisaient sur le sujet. Et pourtant, ce sont des gens qui cherchent à trouver l'information sur le net.

     Ainsi est né le premier article de ce blog,
Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés
. Ce n'est qu'une anecdote. Mais qui est révélatrice du manque de débat, ou du manque de médiatisation des débats économiques.

     Et pourtant, il me semble que dans une situation de crise, la presse généraliste, papier et internet, a une carte à jouer. Malheureusement, il faut lire la presse spécialisée pour avoir plus d'informations, et avoir un bagage universitaire en sciences économiques pour en tirer des conclusions. Ce n'est pas le cas de la majorité des citoyens, loin de là.


     Bien sûr, nous sommes aujourd'hui dans l'époque du cybermonde, l'information et les opinions circulent en temps réel sur le web, sur ce blog par exemple. Mais tout le monde n'a pas internet, ou simplement le temps de faire les recherches nécessaires pour se tenir informé. Je pense par exemple à un couple avec deux ou trois enfants. Le temps est compté dans ce genre de situation.


     Une situation de crise peut être l'occasion de se remettre en question. Espérons que ce sera le cas cette fois. Tout en sachant que les évolutions sont lentes, même si nous sommes pris dans un tourbillon.


 

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La crise était-elle prévisibe?

11 Janvier 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     L'on entend dire ici ou là que la théorie économique n'a pas su prédire la crise. Alan Greenspan lui même, l'ancien président de la Réserve fédérale (la Fed), la banque centrale américaine, déclare en substance qu'il ne pouvait pas imaginer une telle crise. Toutes les théories seraient-elles obsolètes?

     En fait, on tombe des nues en entendant de tels propos. De vagues connaissances économiques suffisaient pour constater qu'il y avait un problème. Mais rien n'a été fait.


     Bien sûr, personne n'a prédit ni la forme, ni la date et l'heure de la crise actuelle. Aucune théorie économique n'est prédictive, n'en déplaise à ceux qui cherchent à concevoir de beaux modèles mathématiques.

     Cependant, la théorie économique, ou l'expérience des marchés, permettaient de comprendre que quelque chose allait se produire. Plaçons nous d'abord au niveau le plus basique, l'expérience. Le proverbe veut que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Traduction, un marché ne peut pas indéfiniment augmenter.

     L'expérience montre même que le retournement peut-être sévère. Plus l'augmentation a été forte, plus le krach est brutal. Or, l'augmentation des prix de l'immobilier aux Etats Unis a été exponentielle. Il était évident, sans connaissance théorique approfondie, par le simple bon sens, qu'il y aurait un retournement brutal.


     D'autre part, aux Etats-Unis, comme en Grande Bretagne, l'augmentation de la valeur du logement que l'on possède peut permettre d'obtenir un crédit supplémentaire, garanti par l'augmentation de la valeur du logement. Or, les américains ont abondamment utilisé ce système pour consommer à crédit. Ce qui signifie qu'une partie de la croissance économique venait de cette hausse de l'immobilier. Que se passerait-il au moment du krach, inévitable? C'était la grande interrogation.


     L'explication qui précède est simple, basée sur l'expérience. Bien sûr, pour les responsable des banques centrales et des gouvernements, une théorie plus académique est peut-être souhaitée. Cette théorie existe, elle est acceptée par la plupart des économistes.

     Comme je l'ai déjà expliqué dans d'autres articles de ce blog, la crise financière trouve son origine dans une gigantesque inflation, qui se développait au vue et au su de tout le monde, du moins tous ceux qui daignaient appliquer à la situation quelques rudiments de théorie économique.

     En effet, les prix de l'immobilier augmentaient parce que le crédit était facile. Cette augmentation des prix de l'immobilier servait à garantir de nouveaux crédit. Nous sommes dans la définition même de l'inflation, comme je l'explique dans l'article
Inflation, déflation: explications et risques. 

     Une croissance basée sur une telle inflation, selon les théories économiques courantes, n'est pas viable. Le secteur concerné ne peut que s'effondrer. Et si c'est la croissance qui est soutenue par ce phénomène d'infation, alors il y a un problème.

     Il est vrai qu'on ne pouvait pas prévoir précisément la forme que prendrait la crise, son ampleur ni à quel moment elle se produirait, mais on savait que la situation ne pouvait que déboucher sur une correction de grande ampleur, comme on dit en jargonnant.


     Pourquoi n'a-t-on rien fait? La banque centrale américaine avait le pouvoir de ralentir cette inflation. C'est même une de ses obligations. De même; le gouvernement américain pouvait prendre des dispositions pour éviter le surendettement des ménages peu solvables.

     Mais il semble que ce soit le contraire qui ait été fait. Le gouvernement était favorable à l'accession à la propriété d'une catégorie peu aisée de la population, grâce aux taux d'intérêt bas. De même, le système du crédit à la consommation nourri par l'augmentation des prix de l'immobilier plaisait au gouvernement, car cela soutenait la croissance. C'était ce qu'on appelait l'effet richesse.

     En France, on jalousait à l'époque l'ampleur de cet effet richesse, que l'on aurait bien voulu importer.

     Quant à la banque centrale américaine, voulait-elle aussi soutenir la croissance? C'est en effet un des objectifs qui lui est assignés. La nomination du président de la banque centrale américaine dépendant des autorités politiques, Greenspan voulait-il se faire bien voir en garantissant la croissance, et en s'aveuglant sur ses bases malsaines? La question reste posée. Parmi tous ceux qui tenaient les manettes du pouvoir, aucun n'est intervenu pour enrayer, ou ne serait-ce que dénoncer, le processus inflationniste.


     Les banques et les acteurs agissant sur les marché financiers auraient aussi pu interrompre la spirale inflationniste. Les banques ont la liberté de fixer les taux d'intérêt qu'elles accordent. Les acteurs des marché financiers ont la liberté d'acheter ou non les titres financiers mis sur la marché. Si la demande pour certains titres financiers est faible, cela fait augmenter le taux d'intérêt offert par ces titres. Les banques, qui se refinancent sur les marchés financiers, auraient été obligées d'augmenter les taux d'intérêts des prêts et des crédits. Les banques et les acteurs des marchés financiers voyaient qu'il y avait une gigantesque bulle immobilière.


     Pourquoi ont-ils continué leurs affaires comme si de rien n'était? Pression de l'Etat américain en faveur des prêts aux ménages peu aisées? Un peu, peut-être. Ignorance ou mauvaise connaissance du fonctionnement de l'économie? Sans doute.

     Ces dernières années, un consensus s'était établi en faveur de la régulation de l'économie par les taux d'intérêts. Quand l'économie semblait ralentir, quand un choc externe était susceptible de l'affecter, comme la crise asiatique, les taux d'intérêts étaient abaissés, fortement.

     C'était une politique de relance par les taux d'intérêt, inspirée du keynésianisme. Quand le danger semblait s'être éloigné, les taux d'intérêt retrouvaient leur ancien niveau. Par conséquent, si une crise se produisait, on pensait qu'il suffirait d'abaisser les taux d'intérêt pour relancer l'économie. On faisait confiance à Alan Greenspan. Il y a eu une sorte de vaste déresponsabilisation des acteurs financiers.

     Si quelqu'un pensait autrement, on lui riait au nez. La banque centrale européenne a certainement été infuencée elle aussi par ces considérations. En effet, elle avait des raisons d'augmenter les taux d'intérêt. Elle les a au contraire maintenu très bas. On peut supposer que c'est pour ne pas être accusée de casser la croissance, même si son mandat ne lui demande que de se préoccuper de l'inflation.


     En conclusion, la théorie économique avait prévu la crise. Mais elle ne peut indiquer le moment des crises, ni les formes qu'elles peuvent prendre. Ce qu'on peut reprocher aux économistes, c'est de laisser croire que des modèles mathématiques peuvent expliquer l'économie. Ces modèles ne sont en rien prédictifs. Ou encore de n'être pas assez pédagogiques, pour expliquer l'économie aux gens.

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Inflation, déflation: explications et risques.

2 Janvier 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     L'on parle beaucoup aujourd'hui des risques de déflation, après avoir pendant des années lutté contre l'inflation. Quels sont les dangers de la déflation, qu'est-ce que la déflation? Celle-ci ne peut être étudié indépendamment de son pendant, l'inflation. Je vais donc ici essayer de schématiser simplement ces phénomènes monétaires. Puis, j'exprimerai mon opinion quant aux dangers de la déflation.


     On ne peut pas parler de la déflation sans parler de l'inflation, car la déflation est le contraire de l'inflation. Les définitions sont peu parlantes, mais il faut quand même les citer. L'inflation est une expansion trop forte de la masse monétaire. La déflation est une contraction de cette masse monétaire. La masse monétaire étant l'argent en circulation.

     Elle n'est pas très facile à mesurer d'ailleurs. Par convention, on utilise souvent l'agrégat appelé M3 comme mesure. Ceci ne nous avance pas trop. La monnaie est un instrument que nous utilisons tous les jours, mais en vérité très complexe à comprendre. Les théoriciens de la monnaie ne sont d'ailleurs pas d'accord entre eux. Essayons d'être plus simple.


     Pour comprendre l'inflation, un détour vers des temps plus simples du point de vue monétaire peut être utile. Aux temps anciens où la monnaie était d'or et d'argent, la découverte d'un nouveau gisement de métal précieux permettait de frapper plus de monnaie, et pouvait provoquer une augmentation des prix, tout simplement parce qu'il y avait plus de monnaie disponible.

     C'est la définition même de l'inflation: plus d'argent entraîne une augmentation des prix, non pas parce que les produits sont plus rares, plus difficiles à obtenir, mais, tout simplement, parce qu'il y a plus de monnaie en circulation.

     A contrario, un manque d'or et d'argent entraîne des difficultés dans le paiement des produits. Dans ce cas, les prix peuvent baisser, mais c'est parce que le métal précieux est rare, et donc plus cher. C'est la déflation. Les prix baissent parce que la monnaie a plus de valeur.


     Le monde d'aujourd'hui est bien différent. La monnaie est créée par le crédit, comme je l'explique dans l'article Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) . Si trop de crédits sont accordés, parce que les taux d'intérêt sont trop bas, cela provoque une augmentation des prix. C'est ce qui s'est produit dans l'immobilier ces dernières années. Une augmentation des prix provoquée par le crédit facile.


     L'augmentation généralisée des prix est mauvaise pour l'économie. Les pays qui l'ont subie en garde un goût prononcé pour l'orthodoxie monétaire, comme l'Allemagne, et, aussi, aujourd'hui, le Brésil. Quand les prix augmentent trop vite, la population dépense immédiatement l'argent qu'elle gagne. Car demain les prix seront plus élevés. Garder l'argent signifie perdre du pouvoir d'achat.

     Cette frénésie d'achat fait augmenter les prix. L'augmentation des salaires ne fait qu'augmenter les prix également. Epargner ne rapporte rien. Il est très compliqué d'investir dans cet environnement. Au final, il est plus sûr de se faire payer en marchandises; La monnaie perd toute valeur. On revient dans une économie de troc, bien moins efficace qu'une économie monétaire.


     Soulignons que l'inflation n'est pas l'augmentation des prix en eux même. Le problème vient que les prix n'augmentent pas parce que les produits sont plus rares, par exemple, ou plus cher à fabriquer, mais parce que la monnaie perd de sa valeur.

     Imaginons qu'un gouvernement donne une très grosse somme d'argent à ses citoyens. Et ceux-ci dépensent la somme d'argent. Ce qui provoque une augmentation des prix, car en dépensant cet argent les consommateur provoquent une forte demande. La forte demande, et l'augmentation des prix, provoque des augmentation de salaires.

     Comme les prix augmentent, les salaires sont très vite dépensés, car les consommateurs anticipent l'augmentation des prix. Les prix augmentent, ce qui permet d'augmenter les salaires, et on entre dans une spirale inflationniste.

     Par l'argent qui est injecté dans l'économie, le gouvernement augmente la masse monétaire, c'est à dire l'argent en circulation, et provoque de l'inflation.


     Dans l'immobilier, ces dernières années, nous avons vécu une spirale similaire. Aux Etats-Unis, mais aussi en France. Les taux d'intérêt bas, et l'allongement de la durée des prêts, ont permis aux ménages d'emprunter plus pour acheter un bien immobilier. Ce qui a nourri la hausse des prix, qui s'est complètement déconnectée de la hausse des moyens des ménages. Jusqu'à ce que ce système se bloque.

     Aujourd'hui, les professionnels de l'immobilier accusent les banques du ralentissement des achats. Mais c'est plutôt en n'ayant pas durci leurs conditions de crédit plus tôt que les banques sont fautives. La situation actuelle est plus normale que la situation antérieure. C'est parce que les crédits augmentaient trop vite que les prix montaient. 

     Or, qu'est-ce que le crédit? C'est de la création de monnaie, de l'augmentation de l'argent en circulation. Nous sommes dans la définition même de l'inflation.


     Il est à noter que le même phénomène s'est produit sur les marchés financiers. On a vu s'y multiplier ce qu'on appelle les opérations à effet de levier. C'est à dire que des fonds d'investissement empruntaient aux banques pour acheter des entreprises. Quelques années plus tard, 3 à 5 ans seulement, les mêmes entreprises étaient revendues, plus chères, à d'autres fonds, qui empruntaient également pour les acheter.

     Les fonds pouvaient emprunter à des conditions de plus en plus avantageuses. Aujourd'hui, ces fonds peuvent être en difficultés. C'est ainsi que le groupe de presse américain Tribune a fait faillite (rien à voir avec le quotidien français La Tribune). Il avait été racheté par un riche homme d'affaires, avec un effet de leviers.

     Dans ce genre de rachat, la dette est ensuite logée dans la société rachetée, ou dans une holding qui possède cette société rachetée. Ainsi, c'est société rachetée qui paie les intérêts de la dette, ce qui diminue aussi son résultat imposable. Cependant, avec le resserrement des conditions de crédit, le groupe tribune ne pouvait plus payer ses dettes. Il a donc été mis en faillite.


     C'est ainsi qu'à bien des égards, la crise actuelle semble due à l'inflation. Depuis bien longtemps on considérait que l'inflation s'était reportée sur les marchés financiers, sans que personne ne fasse rien pour y remédier. On s'inquiétait aussi de l'augmentation vertigineuse de l'immobilier, là encore sans réaction.

     Cette inflation ne s'est pas généralisée aux produits de grande consommation. Mais elle a provoqué des dégâts que la théorie monétaire ferait bien d'étudier, pour éviter de refaire les mêmes erreurs.


     Notons que l'inflation n'est pas simplement l'augmentation de la masse monétaire. En effet, celle-ci peut augmenter sans provoquer d'augmentation des prix, pour suivre les besoins de l'économie. La masse monétaire augmente quand la croissance augmente, quand le nombre de transactions augmente, à l'intérieur du pays ou avec l'extérieur, pour assurer le financement de l'économie, etc.

     La masse monétaire est en constante expansion. Il est difficile de juger quand cette expansion est trop forte. Bien des théories existent, mais aucune formule ne peut réellement prévoir le bon niveau de la masse monétaire à un moment donné.


     La déflation est le contraire de l'inflation. C'est une contraction de la masse monétaire, c'est à dire de l'argent en circulation. Aujourd'hui, elle peut se traduire par une diminution du crédit. C'est à dire que les banques accordent moins de crédits, aux entreprises et aux consommateurs. 
    
     Le crédit est de la création monétaire. Moins de crédit, c'est moins d'argent en circulation. C'est une diminution de la masse monétaire. Le manque de crédit peut empêcher les entreprises de se financer, et les consommateurs de financer leurs achats. Ce qui entraîne une baisse de la demande, de la consommation, et au final une baisse des prix.

     Les prix baissent car les vendeurs n'arrivent pas à vendre. Les consommateurs retardent leurs achats, car ils attendent que les prix baissent encore. Ce qui entraîne de nouvelles baisses de prix. C'est une spirale déflationniste.


     On craint aussi aujourd'hui une déflation provoquée par l'attentisme des consommateurs. La crise peut provoquer une baisse des dépenses. Les producteurs baissent leurs prix pour vendre leurs produits. Les fournisseurs des producteurs également. La baisse des prix des producteurs entraîne une baisse des salaires. Par conséquent, les dépenses baissent encore. De plus, le consommateur, voyant les prix baisser, retarde encore ses dépenses, attendant la prochaine baisse des prix.

     Et ainsi de suite. Ce qui provoque une spirale déflationniste. Sauf que ce n'est pas la déflation qui entraîne la baisse des prix, mais la baisse des prix qui entraîne la déflation. Le problème est ici moins la déflation que la baisse de l'activité.


     Là encore, la déflation n'est pas la baisse des prix. Les prix ont constamment baissé ces dernières années: prix des téléviseurs, des ordinateurs. Les progrès de la productivité font baisser les prix, sans danger pour l'économie car ils rendent les produits plus accessibles. La masse monétaire ne diminue pas. La vraie déflation, c'est la diminution de la masse monétaire, car cette diminution peut empêcher le financement de l'économie.

     C'est pourquoi il est important de distinguer les deux cas décrits ci-dessus. Le premier, un assèchement du crédit, est une crise provoquée par la baisse de la masse monétaire, donc la déflation.

     Le second, la baisse de la consommation qui provoque une baisse des prix, est une crise qui provoque de la déflation. Les remèdes ne sont pas les mêmes dans les deux cas. Dans le premier, il faut soutenir la création monétaire. Dans le second, c'est un problème de croissance économique.


     Soulignons par ailleurs que les prix peuvent baisser sans qu'il y ait de déflation. En effet, la déflation, c'est la diminution de la masse monétaire. Les prix à la consommation peuvent légèrement baisser, mais la masse monétaire augmenter.

     Par exemple, les prix peuvent baisser, mais pas la consommation globalement. Les prix à la consommation peuvent baisser, mais pas les crédits aux entreprises.

     La déflation, comme l'inflation, est finalement difficile à mesurer, à appréhender. La monnaie a ceci de paradoxale, qui est d'être un système totalement artificiel, créé par l'être humain, par la société, mais que nous avons du mal à comprendre. Diverses théories s'opposent sur ce sujet, prouvant la difficulté qu'il y a à saisir la monnaie.


     Y a-t-il un danger déflationniste aujourd'hui? Il y a un blocage du crédit, qui fait craindre une déflation. Cependant, de ce côté, tant les banques centrales que les gouvernements, ont pris des mesures adéquates. Il faut rester vigilant sur ce front. On peut regretter que les gouvernements et les médias parlent beaucoup de relance et occultent ce problème pourtant central.

     Heureusement, les banques centrales sont vigilantes, et on peut penser qu'elles combattront tout problème de déflation par le crédit. Cependant, il faut distinguer le blocage du crédit et le problème de la demande viable de crédit. L'important, c'est que le financement de l'économie soit assuré. Si le crédit baisse parce que les prix de l'immobilier baissent, ce n'est pas un problème, mais un ajustement. Il ne faut pas non plus qu'une politique de maintien du crédit maintienne les excès des années passées.


     Est-ce que la crise actuelle peut provoquer une spirale déflationniste? Tout dépend bien sûr de l'ampleur de la crise, et de l'efficacité des politiques économiques mises en œuvre. Et si les prix baissent, il faudra bien en analyser la cause: gains de productivité, baisse des prix des matières premières et de l'énergie, ou déflation. Une baisse des prix ne signifie pas forcément la déflation, ni une aggravation de la crise, compte tenu de la baisse des prix des matières premières.


     Ceci dit, la question de savoir si la crise va ou non déclencher une déflation ramène à la question de savoir ce qu'il faut faire contre cette crise, pour l'empêcher d'être trop grave, et en sortir plus vite. Cette question ramène aux débats sur la dépense publique, la relance, etc, qui ne sont pas l'objet de cet article.

     En effet, dans ce cas, la déflation est une conséquence de la crise, et non une cause. Ce n'est donc pas contre la déflation qu'il faut alors lutter. La reprise économique permettra de sortir de la déflation. Tandis que dans la cas d'un blocage du crédit, c'est la déflation qui est la cause, ou une des causes de la crise. Lutter contre la déflation, c'est à dire assurer à l'économie le financement dont elle a besoin, aidera à sortir de la crise.


     En conclusion, un risque déflationniste existe en raison des blocages du crédit. Les banques centrales ont tout de suite combattu ce risque. Il faudra néanmoins un peu de temps pour que la situation se rétablisse, car c'est seulement dans les théories que l'économie s'ajuste instantanément à un nouvel environnement. Les banques centrales sont très vigilantes face à ce risque de déflation.


     D'autre part, une récession trop forte peut entraîner une déflation. La problématique dans ce cas n'est plus vraiment monétaire. C'est un problème de niveau d'activité économique.


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Réflexions sur la relance, l'interventionnisme et le retour de l'Etat dans l'économie.

27 Décembre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     La crise financière a été l'occasion de reparler de relance en économie, et d'intervention de l'Etat. On a parlé du retour de l'Etat entre autre. Pourtant, l'Etat a-t-il jamais été absent? Pourtant, la politique de relance a-t-elle vraiment été abandonnée ces dernières années? Il y a une tendance à présenter les choses de manière très tranchées en économie.

     La simple observation de la réalité donne une image toute autre. C'est cette observation qui sert de base à ces quelques réflexions. D'abord, en décrivant la situation en France ces dernières années. Puis, en observant le bilan des politiques de relances depuis la crise de 1929. Enfin, en s'interrogeant sur la crise actuelle.


La relance et l'interventionnisme aujourd'hui


     On parle aujourd'hui beaucoup de relance, en disant qu'une telle politique est nécessaire pour sortir de la crise économique. Pourtant, la France n'a-t-elle jamais cessé de mener une politique de relance?

     En effet, la relance consiste, entre autre, à distribuer du revenu pour soutenir la demande. Or, c'est précisément ce qui est fait depuis de nombreuses années en France, même si ce n'est pas présenté comme une relance.

     Cette politique de distribution de revenu prend la forme du RMI, qui, combiné à d'autres mesures, comme le logement social, permet à des gens sans ressources d'avoir un pouvoir d'achat. Il s'agit des allocations chômage, des emplois aidés dont une partie des salaires est payés par l'Etat.

     Ces politiques sont identiques à celles menées durant le new deal américain. Elles distribuent du pouvoir d'achat, ce qui doit permettre de soutenir la demande. Même si elle ne sont pas présentées comme des politiques de relances, mais comme des politiques sociales, elles correspondent à ce qui est préconisé pour une politique de relance de la consommation.


     Ces politiques de revenus permanentes sont complétées par des mesures plus ponctuelles. Comme la prime de rentrée scolaire, la prime de Noël pour les bénéficiaires du RMI. Il y a eu également deux primes pour l'achat d'automobiles, la baladurette et la juppette.

     Ces mesures sont présentées comme ayant un objectif social, pour aider les gens ou préserver l'emploi. Mais même si elles ne sont pas pensées comme telles, ce sont aussi des mesures qui s'inscrivent parfaitement dans une politique de relance keynésienne par le soutien à la demande.


     Par ailleurs, un autre moyen de relancer l'économie est une politique de grands travaux. Or, là encore, la France n'a jamais cessé de faire des travaux, contrairement aux Etats-Unis. Il y a eu les travaux de tramways, les rénovations de lycées, les constructions de logements sociaux, le RER E à Paris, la nouvelle ligne de métro, le viaduc de Millau. Il y a eu le programme de construction de centrales nucléaires, les TGV. L'Etat et les collectivités territoriales n'ont pas cessé d'investir dans des infrastructures.


     nfin, les dépenses publiques en France n'ont pas diminué depuis l'époque des politiques de relances keynésiennes. Elles représentaient 44% du PIB en 1978, et 53% en 2006. De plus, la France est en situation de déficit budgétaire depuis des années. Exactement une situation de relance. La politique de rigueur n'a duré que peu de temps en France. Une fois dans les années 80, puis en 95, quand Alain Juppé était Premier ministre. Sinon, la politique budgétaire a été plutôt accommodante.


     D'autre part, l'interventionnisme, autre que la dépense publique, n'a pas cessé en France, malgré ce qu'on a appelé la dérégulation. Sa plus importante manifestation concerne le temps de travail. C'est la loi sur les 35h. Les 39h auparavant. Mais aussi l'encouragement des préretraites, la retraite à 60 ans.

     De manière continue, quelle que soit la couleur politique des différents gouvernements, tous ont considéré que le problème du chômage en France venait du nombre d'actifs, trop nombreux. Il a donc été mené une politique continue et constante de réduction de cette population active, ou de réduction des heures travaillées par chacun des membres de cette population.

     C'est une politique interventionniste de grande ampleur. Historiquement, le temps de travail s'est stabilisé aux alentours de huit heures par jour, quarante heures par semaine, pour un temps plein. Les pays qui sont descendus en dessous le doivent à une politique volontaire de réduction du temps de travail, dans le but de favoriser l'emploi.


     L'interventionnisme se traduit également par d'autres mesures. Une autre constante de la politique française a été le soutient à l'immobilier. Il y a eu le dispositif fiscal Besson, Borloo, de Robien. Le prêt à taux zéro. Et d'autres mesures comme les nombreux crédits d'impôt qui ont été créés ces dernières années, les zones franches également. Ces mesures ont moins d'ampleur que les mesures de limitation de la population active et du temps de travail, mais elles témoignent de l'importance de l'interventionnisme en France.


     La politique de relance et l'interventionnisme ont donc été constants en France ces dernières années. Ce qui contredit le discours d'une économie dérégulée. La situation est plus complexe qu'on ne la présente. On ne sort pas d'une période de libéralisme sauvage, comme on dit, qui nécessiterait automatiquement le retour à l'interventionnisme de l'Etat.

     Il y a eu effectivement ce qui a été appelé des mesures structurelles, qui sont également définies sous l'expression « politique de l'offre ». Cette politique a mené à des privatisations, à la fin de certains monopoles, au développement des marchés financiers aussi. La philosophie était de libérer les entreprises des contraintes qui pesaient sur elles. L'Etat a moins cherché à orienter l'activité des entreprises, comme il le faisait par l'intermédiaire des prêts bonifiés par exemple.

     Cependant, même si la rhétorique de la relance a été abandonnée, cette politique était toujours mise en œuvre en fait. Le discours était cette fois un discours social. De même, l'Etat a toujours cherché à agir directement sur le marché du travail, dans le cadre de la lutte contre le chômage. La France n'était donc pas ces dernières années un pays où seules agissaient les forces du marché.


Le bilan des relances et de l'augmentation de la dépense publique


     Le bilan des politiques de relance est très controversé. Le symbole de la relance est la politique de New Deal lancé par le président américain Franklin D. Roosevelt, en 1933, avant même que cette politique soit théorisée par son plus célèbre défenseur, John Maynard Keynes. En 1933, les Etats Unis ont connu une forte croissance, après des années de récession. Le New Deal est généralement présenté comme ayant permis de sortir les Etats-Unis de la grande dépression.


     Cependant, cette opinion est très débattue. Certains objectent que c'est le desserrement de la politique monétaire de la Réserve Fédérale, la banque centrale américaine, qui a permis cette reprise. De plus, le New Deal n'a pas été le succès évident que l'ion décrit.

     Ainsi, en 1938, les Etats Unis ont connu une nouvelle dépression. Ensuite, c'est l'économie de guerre qui a soutenu la croissance américaine, et qui a permis d'éradiquer le chômage. Mais, au sortir de la guerre, les Etats-Unis ont connu une terrible récession: -11% en 1946, malgré un déficit budgétaire.

     Puis, les USA ont connu une croissance chaotique, alternant les périodes de fortes croissantes et de stagnation. Après la 2ème guerre mondiale, les dépenses publiques ont augmenté, mais les prélèvements aussi. On ne peut donc pas parler de relance par les déficits. Mais on peut souligner l'augmentation de la place de l'Etat dans l'économie, par l'augmentation des dépenses publiques.


     La relance keynésienne par les déficits est revenue à la mode dans les années 70, quand l'économie mondiale a connu une nouvelle crise. Le premier réflexe des gouvernements a été d'augmenter les déficits pour relancer l'économie. L'économie repartait. Mais il fallait combler le déficit. Donc, on stoppait les dépense, ou augmentait les prélèvements. L'économie ralentissait. On parlait d'une politique de stop and go.

     Puis, et apparu la stagflation. C'est à dire que l'économie stagnait, et que l'inflation augmentait. L'inflation est ainsi devenue le fléau à combattre. Officiellement, les politiques de relance keynésiennes ont été abandonnée, et des politiques monétaristes de lutte contre l'inflation, et structurelles ont pris leur place. Les politiques structurelles consistant, dans leurs principes, à "libérer" l'économie des contraintes qui l'empêche de croître.


     Cette expérience des années 70 semble montrer que l'effet relance par le déficit budgétaire n'existe pas. L'injection d'argent dans l'économie peut soutenir l'activité, mais une fois que cette injection cesse, l'économie ne continue pas sur sa lancée. Elle ralentit. L'expérience des années 70 semble aussi montrer les limites de la dépense publique.


     On constate en effet, aux USA, au Royaume Uni, et dans la plupart des pays développés, une augmentation des dépenses publiques, en pourcentage du PIB (produit intérieur brut), c'est à dire en pourcentage de la richesse créée chaque année dans le pays, depuis les années 30.

     Aux USA, elles étaient d'un peu plus de 10% du PIB avant la crise de 1929, elles sont montées à environ 20% en 1940, pour se fixer autour de 35% depuis les années 80. Le mouvement d'expansion de ces dépenses, en pourcentage du PIB, a cessé dans tous les pays développés, et le niveau de dépenses publique en pourcentage du PIB s'est stabilisé.

     Il est à noter que ce niveau n'a généralement pas baissé, ou peu. Sauf des cas exceptionnels, comme la Suède, qui a connu un pic de dépenses publiques à près de 70% du PIB, pour redescendre actuellement à moins de 55%. Il est à noter également que beaucoup de pays développés étaient en déficit avant le déclenchement de la crise financière.


     Quelles leçons tirer de l'histoire économique depuis 1929? Manifestement, le déficit ne suffit pas à relancer l'économie. Il peut la soutenir, il ne crée pas une situation de redécollage, de rétablissement. Il faut aussi souligner que ce soutien à l'économie par la dépense publique n'a pas régressé ces dernières années.

      On objectera que ces dépenses publiques sont essentiellement des dépenses sociales: prestations familiales, retraites, indemnisation des chômeurs. Mas c'est précisément ce type de mesures qui ont été prises lors du New Deal. Dans l'optique des économistes se réclamant de Keynes, ce sont des mesures qui favorisent la consommation. Donc, qui soutiennent l'économie.

     Les dépenses publiques sont aussi, aux USA, des dépenses d'armement, qui soutiennent l'industrie. On peut aussi noter que l'accroissement des dépenses publiques après la seconde guerre mondiale n'a pas empêché la croissance. Il semble simplement qu'un certain niveau de dépenses constitue une limite. Mais ce niveau est difficile à déterminer, compte tenu des différences entre pays.

     Ainsi, les dépenses publique des USA sont bien inférieures aux dépenses françaises (35% contre plus de 50%). Mais en France, les dépenses maladies sont largement prises en compte par la dépense publique, tandis qu'aux USA ce sont majoritairement des assurances privées, payées par l'assuré ou son entreprise.

     Enfin, beaucoup de pays développés, dont les Etats-Unis, le Royaume Uni, la France, l'Allemagne, était en situation de déficit budgétaire avant le déclenchement de la crise financière. Techniquement, cela signifie qu'ils injectaient de l'argent dans l'économie.


     On constate ensuite qu'il a fallu laisser l'économie se restructurer d'elle même pour retrouver la croissance. En effet, la croissance semble être repartie, dans les années 90, aux USA, grâce, de l'avis général, à l'innovation.

     On considère que deux mesures ont favorisé l'innovation aux USA, et, partant, la croissance économique. Le fait que les universités deviennent propriétaires des découvertes faites en leur sein. Et un avantage fiscal accordé à ceux qui investissent dans des start up, c'est à dire à ceux qui investissent dans la création et le développement de nouvelles sociétés.

     Et l'innovation s'est diffusée dans le monde entier. Mais elle n'a été décidée par personne. Parallèlement, des industries se sont restructurées et ont perdu des emplois. Comme la sidérurgie, l'automobile. Certaines entreprises, bien établies dans un secteur donné, ont connu une régression, tandis que d'autres entreprises, nouvellement créées, connaissaient une forte croissance, créatrice d'emploi, dans le même secteur.

     Ainsi, dans les télécoms, Cisco a connu une croissante fulgurante, tandis qu'Alcatel et Lucent, acteurs historiques, régressaient. (Cf l'article La relance de l'économie , la partie sur La théorie de l'entrepreneur.)


La relance et la crise actuelle.

     Aujourd'hui, face à la crise financière, beaucoup appelle à de grands plans de relance, et au retour de l'Etat dans l'économie. Cet appel au retour de l'Etat paraît étonnant, puisque nous avons vu qu'il n'a jamais cessé d'intervenir.

     On présente la crise comme une conséquence des excès du libéralisme, alors que l'économie n'a jamais été excessivement libérale. La principale raison de la crise est même une gestion trop laxiste de la monnaie, qui s'inspirait du keynésianisme. On a laissé se développer des bulles immobilières et financières, car elles soutenaient l'économie.

     En fait, dans cet appel au retour de l'Etat et à la relance keynésienne, il y a sans doute un esprit de revanche. Le keynésianisme et l'interventionnisme ont été remis en cause ces dernières années. L'intervention de l'Etat pour soutenir le système financier est perçu comme une défaite de tous ceux qui prônent moins d'Etat dans l'économie. Mais, peut-on baser une politique économique sur un esprit de revanche?


     La vérité, c'est que la politique économique se cherchait avant la crise, et se cherche encore. Ainsi, des réformes structurelles ont été faites, par obligation. Mais on continuait à avoir un niveau de dépense publique important. La politique de réduction du temps de travail montre l'importance de l'interventionnisme.

     La France n'est pas seule dans ce cas. L'Allemagne aussi a réduit le temps de travail. Même le Royaume Uni était en situation de déficit budgétaire, et les créations d'emplois venaient du secteur public. La France ne réduisait pas son déficit budgétaire car elle craignait que cela n'annihile une croissance déjà faible.

     En fait, le pays n'est jamais vraiment sorti de la crise des années 70. Il y a toujours, depuis, un sentiment d'insatisfaction dans la population, la crainte du chômage, de la précarité. Et il est vrai que le chômage est resté à un niveau élevé.

     Quant à la précarité, c'est un autre débat. La comparaison entre les années 60, période de prospérité, et aujourd'hui, est compliquée. Les licenciements étaient plus faciles à l'époque, la pauvreté plus élevée. Mais l'emploi était plus facile à trouver, et on était dans une période d'optimisme.

     Nous n'avons jamais retrouvé cet état d'esprit. De même, en Allemagne, le chômage est resté élevé (même si l'Allemagne est un cas particulier du fait de la réunification). Le Royaume Uni a connu une période plus optimiste. Mais on notera une grande proportion de personnes en incapacité, de fait sorties des statistiques du marché du travail. Tout ça pour dire qu'il reste un malaise dans la société.

     Même aux Etats-Unis, les gens étaient optimistes, mais des articles font part de la stagnation des revenus de l'américain moyen au cours des dernières années. C'est donc le contexte dans lequel la crise financière s'est produite. Un contexte d'incertitude économique, et de déficit budgétaire pour de nombreux

     Etats. Même si, parallèlement, le monde connaissait une forte croissance, tiré par le développement des pays émergents. Des centaines de personnes sont sorties de la pauvreté ces dernières années.


     On veut aujourd'hui faire une relance. Qu'elle en est l'utilité? Une injection d'argent soutient l'économie. Il peut être utile d'éviter une surréaction de l'économie, c'est à dire une dépression trop profonde. Mais une grande relance n'est pas nécessaire, parce qu'elle se fera automatiquement.

     En effet, si l'économie ralentit, les dépenses sociales augmenteront, les rentrées d'argent diminueront, le déficit augmentera, soutenant automatiquement l'économie. En maintenant les dépenses prévues d'infrastructures, malgré la baisse des rentrées d'argent pour l'Etat, on contribue également à soutenir l'activité.

     Il y a donc ce qu'on appelle aujourd'hui des stabilisateurs automatiques, qui soutiennent quasi automatiquement l'économie en cas de récession. On peut par contre s'interroger sur l'efficacité des mesures sociales, et s'assurer que tous ceux qui en ont besoin sont aidés.


     Notons que la situation des Etats-Unis et celle la France sont différentes. Les dépenses sociales publiques sont moins élevées aux Etats Unis, ainsi que les dépenses d'infrastructure. Aujourd'hui, les Etats-Unis prévoient un plan de relance par des programmes de construction d'infrastructures.

     Ces dépenses étaient de toutes façons indispensables, tant les infrastructures avaient besoin d'être rénovées. Les Etats Unis n'ont pas une politique constante d'infrastructures. En raison de dépenses publiques moins élevées, et des besoins en infrastructures, les Etats Unis ont moins de "stabilisateurs automatiques".


     On remarque au passage la pertinence des critères de Maastricht. Ils recommandent un budget à l'équilibre en période de croissance, pour permettre un un déficit en période de récession, et ainsi soutenir l'économie. On en remarque aujourd'hui l'utilité. Si la France avait respecté ces critères, elle aurait plus de marge de manœuvre aujourd'hui. Mais, comme nous l'avons vu, la situation du pays était-elle si bonne avant la crise? Ou n'était-elle pas déjà soutenue, un peu, par le déficit budgétaire?


     Faut-il dépenser encore plus que ces dépenses automatiques? Pas nécessairement. La dépense publique peut éviter une récession trop sévère. Elle peut servir à aider les personnes touchées par la récession. Mais elle n'a pas d'effet de relance. Il vaut mieux réagir en fonction de l'évolution de la crise. Cela ne sert à rien de réagir avant l'apparition de la récession. La récession apparaîtra quand même après l'arrêt des dépenses supplémentaires, et on aura utilisé des moyens pour rien.

     Les Etats-Unis ont ainsi déjà effectué une relance par la consommation, qui n'a été qu'un feu de paille. Il faut garder des munitions, pour être prêt à réagir. Car, répétons le, ces dépenses supplémentaires n'auront aucun effet de relance.


     Faut-il aider certains secteurs, plus en difficultés? Peut-être. On peut aider certains secteurs, pour compenser la soudaineté de la crise. Mais sans se faire d'illusions. Il faut aider pour rendre moins difficile la restructuration, mais celle-ci est inévitable. C'est ce qui ressort de l'histoire de l'économie contemporaine.

     L'économie a besoin d'évoluer, de se reconfigurer, pour sortir de la crise. C'est comme si elle avait emprunter un mauvais chemin, et doive retrouver le bon. Elle peut rebrousser chemin, ou couper à travers champ, mais ça prend nécessairement un peu de temps de retrouver le bon chemin, et ce n'est pas un chemin facile.


     Un tel discours peut paraître sans cœur. En effet, restructurations signifient perte d'emplois. Cependant, cette vision n'est pas juste. Quand je dis que l'économie doit évoluer, se reconfigurer, cela signifie que des entreprises doivent voir leur taille diminuer, voire disparaître, certes.

     Mais cela signifie aussi que d'autres entreprises se crée, et se développent, et créent des emplois. Bien sûr, ce serait mieux de pouvoir éviter l'étape restructuration, qui signifie, entre autre, licenciements.

     Malheureusement, ceux qui prétendent qu'on peut éviter les licenciements ne disent pas la vérité. Ceux-ci n'ont pas été évité dans les années 80, quand la sidérurgie et, déjà, l'automobile se restructuraient. Pour caricaturer, on peut prendre l'exemple des régimes communistes, qui garantissaient l'emploi à vie, et qui se sont effondrés, avec de terribles conséquences sociales.

     Si on veut favoriser la croissance, l'emploi, et, au final, le progrès social, car la croissance et l'emploi favorise le progrès social, il faut une politique économique qui favorise la création, et, surtout, le développement de nouvelles activités. Tout en utilisant la politique sociale pour atténuer les effets des restructurations, pour les salariés qui en sont victimes.


    Cela montre que la politique de relance n'est pas la seule politique possible. La politique économique doit actionner plusieurs leviers. La politique de relance n'est qu'un de ces leviers. Nous avons vu qu'elle ne permet pas la relance. Mais elle soutient l'économie.

     A côté de ce levier, l'Etat doit en actionner d'autres. Ainsi, aujourd'hui, le débat sur la relance occulte le principal problème, bien identifié, auquel fait face l'économie: le crédit. C'est le problème principal de l'économie. Le crédit est bloqué. Même ce que Carlos Gohsn, le PDG de Renault, réclame, ce sont des facilités de crédit. Sans crédit, c'est l'économie qui est bloquée (j'explique les problèmes du crédit dans l'article Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) .)

     Le gouvernement a déjà pris une série d'initiatives, plutôt bonne, pour s'attaquer à ce problème. Il faut continuer à être vigilant sur ce front. Aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale, la banque centrale, a également pris des mesures pour débloquer le crédit. Elle a aussi pris des mesures pour modérer les saisies immobilières.


     Il s'agit là de mesures contre la crise très différentes d'un plan de relance. Plutôt que d'injecter de l'argent dans le but de relancer l'économie, on recrée les conditions de fonctionnement qui sont bloquées. Ce problème de blocage du crédit, qui est le problème central aujourd'hui, ne peut pas être réglé par une politique de relance. En effet, une politique de relance n'a jamais été pensée pour ça.


     Ensuite, nous avons vu que l'économie française n'était pas si en forme que ça avant la crise. Le problème de la france est lui aussi bien identifié. Elle ne sait pas favoriser le développement des nouvelles entreprises.

     J'insiste sur le développement, car c'est là que le bât blesse. Il y a beaucoup de création d'entreprise en France, mais le pays n'a pas suffisamment de PME. D'autre part, la politique économique favorise toujours les entreprises déjà bien établies, et pas le développement de nouvelles entreprises. C'est donc un axe que devrait étudier la politique éconiomique aujourd'hui: comment créer et développer de nouvelles activités, pour remplacer celles qui sont en pertes de vitesse.


     Quelles conclusions pour ces quelques réflexions sur la relance et l'interventionnisme? D'abord, souligner que nous ne sortons pas d'une époque ultra libérale, sans intervention de l'Etat. Ce dernier a, au contraire toujours été très présent dans l'économie. On ne peut donc pas parler d'un retour de l'Etat dans l'économie.

     Ensuite, les politiques de relance menées jusqu'à présent n'ont pas démontré d'effet de relance sur l'économie. Ces politiques peuvent soutenir l'économie, mais la croissance retombe quand la dépense publique diminue, ou les prélèvements augmentent. Il semble que l'économie doive évoluer, se transformer, pour repartir.

     Enfin, la relance n'est pas la seule forme d'interventionnisme possible. Ce sont ainsi d'autres formes d'interventions qui ont été mises en œuvre face à la crise financière, car elles répondaient mieux aux besoins du moment.


     Là est peut-être la principale conclusion de ces réflexions. Aujourd'hui, beaucoup appelle à une politique de relance. On dirait un réflexe. Or, ce dont nous avons besoin, c'est peut-être une réflexion sur la politique économique en général.

      La théorie de la relance a eu le mérite de relancer, sans jeu de mots, le rôle de l'Etat dans l'économie. Aujourd'hui, face aux échecs des relances, et face à la mise en œuvre d'autres mesures, il faut approfondir la réflexion sur les interventions possibles de l'Etat. Ce qui suppose de sortir du débat stérile, interventionnisme contre non interventionnisme. Et, aussi, regarder la réalité en face, et non la déformer en parlant, par exemple, de recul de l'Etat ces dernières années.


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Justice Sociale

16 Décembre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

    

     La crise financière actuelle est pour beaucoup l'occasion de dénoncer les dérives de l'économie de marché, de l'appât du gain, de condamner l'ultralibéralisme et de réclamer plus de justice sociale. En effet, cette crise est la preuve des conséquences néfastes du libéralisme, dont seuls profitent les plus aisées. Par conséquent, il est indispensable de changer de système, pour construire une économie plus sociale, plus humaine, plus solidaire. Il faut un retour de l'Etat dans l'économie.


     Dénoncer ainsi l'ultralibéralisme comme cause du manque de justice sociale suppose que nous vivons dans un pays où sont appliquées les règles de l'ultralibéralisme, ou plutôt l'absence de règle. Un pays avec une action sociale faible, peu de dépenses publiques, pas d'interventionnisme de la part de l'Etat.


     Or, ce n'est absolument pas le cas. L'Etat n'est absent de l'économie ni du social en France. Il est au contraire très présent, à la fois à travers la dépense publique, et par son interventionnisme.


     La présence de l'Etat dans l'économie et le social se manifeste d'abord par l'importance de la dépense publique. Ainsi, celle-ci représente plus de 50% de la richesse nationale dans notre pays. Ces dépenses étaient à peine de 40% en 1974, et 35% en 1960 (Source: La documentation française). On ne peut guère accuser l'Etat de n'être plus présent.

     On peut aussi noter que la part des prestations sociales correspond à 30% en moyenne du revenu des ménages en 2005 (source: INSEE). En 2004, les dépenses d'éducation représentaient 7,1% de la richesse nationale, dont 8% seulement assurée par les ménages (Source: INSEE). Toujours en 2004, environ 78% des dépenses de santé sont financées par la sécurité sociale, ou l'Etat et les collectivités locales. Le système économique en France est donc loin d'être ultra libéral. Il paraît au contraire très redistributeur, avec une présence très importante de l'Etat dans l'allocation des ressources.


     Pourtant, il est indéniable qu'il y a des inégalités. Malgré toutes ces dépenses sociales, les études montrent avec constance qu'on a toujours plus de chance de faire des études supérieures quand on est enfant de cadres plutôt qu'enfant d'ouvriers. Ce qui conditionne tout l'avenir. L'ascension sociale paraît totalement paralysée en France actuellement.

     En 2004, selon l'INSEE, 14% des jeunes de 18 à 24 ans ont quitté l'école avant le second cycle du secondaire. Quelles sont leurs chances dans la vie? De même, en matière de santé, il y a toujours de fortes inégalités sociales. Sans compter les services d'urgences débordés la nuit parce que les gens ne trouvent pas de médecins de garde la nuit.


     Au vu du montant de la dépense publique, on ne peut pas accuser un excès de libéralisme d'être responsable des problèmes sociaux de la France. On ne peut même pas parler de désengagement de l'Etat, puisque les dépenses ont augmenté.

     Le niveau atteint est par ailleurs impressionnant, puisqu'il représente plus de la moitié de la richesse créée dans le pays chaque année. Pour donner un ordre de grandeur, la France est en ce domaine proche du niveau de la Suède, référence en matière d'Etat-providence, qu'elle a inventée du reste.


     Ce niveau de dépenses publiques, associé à un niveau d'inégalité sociale trop élevé pour beaucoup en France, ne peut amener qu'à deux réactions. Soit, on considère que c'est la dépense publique qui est responsable de la faible croissance, et, partant, du manque de perspectives sociale pour la population. Soit, on considère que l'action sociale de l'Etat doit être repensée, pour être plus efficace, à dépenses constante.

     Une réflexion doit donc s'engager sur l'action sociale de l'Etat, sur les moyens mis en œuvre, sur les initiatives concrètes à mener pour améliorer la justice sociale. Mais accuser la France de mener une politique ultra-libérale n'a pas de sens.


     L'Etat est aussi très interventionniste en politique économique en France. L'Etat intervient essentiellement en matière d'emploi. La politique la plus emblématique et la plus constante est celle de réduction du temps de travail et de réduction de la population active. Elle a pris la forme de la retraite à 60 ans et des préretraites, pour réduire la population active, des 39h et des 35h, pour réduire le temps de travail.

     Cette politique est basée sur la théorie selon laquelle la hausse du chômage est due à l'augmentation de la population active, que l'économie ne peut pas suivre, c'est à dire qu'elle ne peut pas créer suffisamment d'emploi pour absorber cette augmentation de la population active. Donc, il faut mener une politique de réduction de la population active, ou du volume d'heures travaillées. Nous sommes là très loin d'une politique ultralibérale, et franchement dans une politique interventionniste.


     La politique de l'emploi en France consiste aussi à favoriser les services à la personne, par des incitations fiscales, ainsi que les bas salaires, par des exonérations de charges. L'idée étant que la proportion d'emploi peu qualifiée est inférieure en France à ce qu'elle est aux Etats Unis. Pour diminuer le chômage, il faut donc "forcer" la création de ce type d'emploi. Là encore, nous sommes loin d'une politique ultralibérale.


     L'interventionnisme économique de le France se manifeste également par le soutien constant des différents gouvernements à l'immobilier. Il y a eu les dispositifs Besson, de Robien, Borloo. Là encore, il y a une constance, quelque soit les gouvernements. L'idée étant l'adage très répandu selon lequel quand le bâtiment va, tout va. On peut aussi citer les multiples crédits d'impôts, ainsi que la législation et la jurisprudence contre les licenciements. Cette dernière politique, contre les licenciements, ayant pour but de préserver les emplois existants.


     On ne peut donc accuser les différents gouvernements français d'avoir mené une politique économique ultralibérale. Au contraire, ils ont été franchement interventionnistes. Par conséquent, si on critique l'injustice sociale, à nouveau le même choix s'impose: soit, on critique l'intervention de l'Etat en matière économique, et on prône moins d'intervention; soit, on s'interroge sur une politique interventionniste plus efficace. Mais, en aucun cas, on ne peut critiquer l'ultralibéralisme.


     En conclusion, la situation sociale actuelle de la France ne résulte pas d'une politique ultra-libérale. L'Etat mène une politique sociale et économique interventionniste. Par conséquent, dénoncer l'économie de marché n'a pas grand sens.

     Si l'on considère qu'il y a un problème de justice sociale, on est face à un choix. Soit on considère que c'est la trop grande implication de l'Etat dans l'économie et le social qui bride la croissance et par conséquent le progrès social. Soit on considère que l'action de l'Etat est nécessaire mais doit évoluer, car ce qui est fait aujourd'hui est insuffisamment efficace. Et on doit étudier ce que doit être l'action de l'Etat en matière sociale et économique, et proposer de nouvelles solutions.

     La dénonciation d'un ultralibéralisme inexistant ne pouvant amener aucun progrès. C'est cette démarche qui a ma préférence: définir une nouvelle politique économique et sociale. Mais, aujourd'hui, j'ai assez peu d'espoir que les débats en économie, dans les médias ou les enceintes universitaires, aillent dans ce sens. Il est tellement plus facile de dénoncer que de proposer.

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Le plan de relance français

4 Décembre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     La France a annoncé le 4 décembre 2008 un plan de relance face à la crise financière. Ceci est un commentaire à chaud de ce plan. Il montre que ce n'est pas vraiment un plan de relance, et explique pourquoi.


Un plan de relance qui n'en est pas vraiment un.

     L'essentiel du plan est constitué de dépenses d'infrastructures et immobilières qui étaient déjà prévues, mais qui doivent être avancées. Il s'agit des dépenses pour la construction de nouvelles lignes de TGV, et des dépenses pour la construction de logements sociaux.

     D'autres sont des dépenses de maintenance, comme l'entretien des lignes SNCF, les travaux d'isolation thermique des HLM. Ces dépenses de construction et de maintenance étaient retardées et étalées en raison du déficit du pays. Leur étalement montrait bien d'ailleurs que le déficit français est un déficit de fonctionnement, et non d'investissement.

     En d'autres termes, ce sont les dépenses de fonctionnement qui sont la cause du déficit, et non les dépenses d'investissement, qui sont étalées. En décidant de ne plus étaler ces dépenses, le gouvernement fait ce qui aurait été fait si le budget de l'Etat n'avait pas été déficitaire. Ce n'est donc pas un programme de grands travaux conçus pour relancer l'économie.

     Par contre, on peut craindre que la précipitation entraîne des dérives. Les travaux pourraient être facturés trop chers par les entreprises, et la construction des logements sociaux menées n'emporte comment, comme par le passé.


     Une autre partie du plan de relance français est constitué de mesures sociales, comme l'augmentation, étalées, du minimum vieillesse, et d'autres mesures en faveur des veufs et des veuves. Ces mesures étaient de toutes façons nécessaires pour éloigner le minimum vieillesse du seuil de pauvreté. Elles auraient certainement été décidées même s'il n'y avait pas eu de crise financière. Une revalorisation du minimum vieillesse avait déjà été annoncée, d'ailleurs. Cette mesure est, somme toute, modeste, et de plus, étalée dans le temps. Donc elle ne produira peut-être même aucun effet dans l'immédiat.


     Les mesures fiscales sont essentiellement des remboursement avancés, des sommes qui auraient donc été remboursées aux entreprises de toutes façons. Cela leur offrira une facilité de trésorerie. On notera que l'on est plus du tout dans le cadre d'une politique de relance keynésienne. On est dans le cadre de la politique structurelle, qui vise à faciliter la vie des entreprises. De même en ce qui concerne l'allégement des cotisations sociales des embauches dans les très petites entreprises, qui perpétue la politique en faveur des micro-structures. Ce ne sont pas des mesures de relances keynésiennes, telles qu'attendues.


     La seule mesure de relance véritable est la prime à l'achat d'une automobile, en échange de la mise à la casse d'une automobile de plus de dix ans. La sarkozette sccède à la juppette et à la balladurette.


     Ce plan n'a donc rien à voir avec la grande époque des relances keynésiennes. Il n'y a pas de nouveaux programmes d'équipements spécialement étudiés et lancés pour sortir de la crise. Il n'y a pas d'augmentation généralisée des salaires, ou une augmentation massive du SMIC comme cela a déjà été fait auparavant. Presque uniquement des dépenses prévues et qui étaient étalées en raison des déficits du pays, et des mesures qui n'ont rien d'une relance keynésienne.


Le poids des réalités.

     Faire des dépenses d'infrastructure pour relancer un pays a du sens. Que l'on soit keynésien ou non, on admet que de telles dépenses favorisent par la suite la croissance. En effet, un pays a besoin de routes, de voies ferrées, d'aéroports, d'électricité. Mais, quand un pays, comme la France, est déjà bien équipé, deux problèmes se présentent. D'abord, que construire? On ne va pas remplacer tous les chemins de terre par des autoroutes à trois voies, ce serait absurde. Ensuite, une nouvelle infrastructure a moins d'impact sur l'économie. Lancer de nouvelles dépenses d'infrastructures est donc difficiles.


     Ensuite, les plans de relance menés par le passé, pour sortir de la crise des années 70, n'ont pas relancé l'économie. Par contre, les déficits qu'ils ont causés ont entraîné des plans de rigueur. Or, la France est déjà confrontée à un déficit budgétaire élevé. Ce qui limite nécessairement son action.

     Bien sûr, nous sommes aujourd'hui protégés par l'euro, alors qu'auparavant, une hausse des déficits affaiblissait le franc, ce qui entraînait dévaluation et plan de rigueur. Cependant, les déficits accumulés entraînent un endettement important pour le pays, et pour lequel il faut payer des intérêts. Les intérêts de la dette sont le deuxième ou le troisième budget de l'Etat.

     La France est donc confrontée à un double problème. Comme elle est en déficit même quand le contexte économique est bon, elle a peu de réserves pour relancer, ou du moins soutenir la croissance. D'autre part, le niveau élevé de la dette pèse sur l'économie. Par conséquent, avancer des investissements déjà prévus est un moyen de contourner le problème. Ces dépenses étaient prévues. Elles se feront plus tôt, c'est tout. Sur 5 ans (ou plus), il n'y a pas de dépenses supplémentaires.


     Ce plan s'apparente donc plutôt à un plan de soutien temporaire à l'économie. Ce qui n'est peut-être pas plus mal. En effet, une réalité incontournable, c'est que les plans de relance réalisés dans les années 70 et 80 n'ont pas relancé l'économie. Ils ont par contre sans doute une responsabilité dans le niveau élevé d'inflation qu'il a fallu ensuite combattre. D'autre part, rappelons que le problème de l'économie, aujourd'hui, est un problème de blocage du crédit. Un plan de relance n'est pas adapté à ce type de problème, comme je l'explique dans mon article sur la relance de l'économie.


     En conclusion, le plan de relance français est plus qu'un plan de soutien temporaire qu'un plan cherchant à relancer l'économie. Certaines mesures n'ont rien d'une relance keynésienne, comme des exonérations de charges sociales en faveur des très petites entreprises.

     On peut ajouter que ce plan comporte encore des mesures pour le crédit, comme un prêt d'un milliard aux filiales de crédit des constructeurs automobiles. Il s'attaque là au cœur du problème. De même, un fonds est créé pour investir dans l'innovation dans le secteur automobile.

     On peut se demander pourquoi un effort d'innovation n'a pas été fait plus tôt d'ailleurs, car les difficultés du secteur automobile, pas des constructeurs mais des sous traitants, ne sont pas récentes. Ce plan de relance met aussi en exergue le problème du déficit budgétaire en France. Les critères de Maastricht ne font que rappeler une réalité: les déficits se paient toujours un jour. Un budget à l'équilibre quand l'économie va bien permet d'utiliser le déficit comme amortisseur en période plus difficile.


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La relance de l'économie

30 Novembre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

 

     Le concept de relance keynésienne est de retour en économie. La relance keynésienne est née après la crise de 1929, pour sortir les économies du marasme. Elle avait été abandonnée dans les années 1970 et 1980. Elle est a nouveau proposée, pour lutter contre la crise financière actuelle.

     Cette politique est-elle adaptée à la situation? Pour discuter de cette question, il sera présenté, dans un premier temps, de manière simple, les différentes théories économique qui ont cours aujourd'hui, ainsi que leur application concrète. Ensuite, seront abordées les différentes propositions de relance.


1ère partie: présentation des différentes théories actuelles et leur application


Présentation de la relance

     La relance, telle qu'elle est envisagée politiquement, consiste à injecter de l'argent dans l'économie, comme on amorce une pompe. On compte sur un effet amplificateur, qui permet à l'économie de redémarrer. Cette relance est dite keynésienne, car elle est inspirée des théories de l'économiste britannique John Maynard Keynes, notamment développée dans son ouvrage Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt, et de la monnaie.

     Ouvrage paru en 1936, pendant la crise économique donc. Keynes est décédé en 1946. Ses théories ont été reprises, développées, appliquées par de nombreux économistes et politiciens. Très vite, est apparu le néo-keynésianisme. Pour certains, les successeurs de Keynes ont trahi l'auteur de la Théorie générale.

     C'est pourquoi j'écris que la relance keynésienne, telle qu'envisagée actuellement, est "inspirée" des théories du grand économiste. Je ne prends pas position sur le sujet. Mais je reprends les expressions qui sont devenues communes.


     Selon la théorie keynésienne, la situation de plein emploi en économie de marché n'est pas automatique. C'est une possibilité, plutôt exceptionnelle. Le marché n'atteint pas forcément cette situation. Il faut donc, en quelque sorte, aider le marché. C'est la dépense publique qui peut aider le marché.

     Ainsi, pour soutenir l'économie, l'Etat doit effectuer des dépenses d'investissement. Une politique de grands travaux d'infrastructures, par exemple. Ces dépenses d'investissement entraînent une augmentation de la demande de matériels (les biens d'investissement) et de matériaux. Voyant l'augmentation de la demande pour ce genre de matériels, les fournisseurs augmentent leur offre et investissent à leur tour pour répondre à la demande.

     Leurs propres fournisseurs voient à leur tour la demande augmenter pour leurs produits, et augmentent à leur tour leurs investissements. Et ainsi de suite. Cette augmentation des investissements entraîne une augmentation de l'activité économique, des embauches, et donc une augmentation des revenus distribués aux salariés. Ces derniers augmentent leur consommation. Ce qui à nouveau entraîne une augmentation des investissement. Et ainsi de suite.

     Il y a ce que la théorie keynésienne appelle un effet multiplicateur. La dépense publique peut distribuer directement de l'argent aux particuliers, par une politique dite de revenu. En embauchant des fonctionnaires par exemple, comme cela a été fait en France. Cependant, l'effet multiplicateur est moins important dans ce cas, toujours selon la théorie.


     C'est là une présentation simpliste du keynésianisme, qui arrive aux conclusions exposées ci-dessus par un raisonnement complexe, incluant une théorie monétaire. Mais il ne s'agit ici que de donner l'idée générale de la relance keynésienne. Le principe est que l'économie de marché n'atteint pas forcément le plein emploi. La dépense publique doit soutenir l'économie. Cette dépense publique a un effet multiplicateur. Elle est plus efficace quand il s'agit de dépenses d'investissements.

     Le keynésianisme est aussi appelé théorie de la demande, dans le sens où il préconise de soutenir la demande globale. Les dépenses d'investissements soutiennent les achats de biens d'investissements, ce qui soutient l'activité des entreprises, qui investissent et distribuent des revenus, ce qui soutient la demande de biens de consommation.


     La politique de relance est réputée avoir permis à l'économie de sortir de la crise de 1929, et aussi d'avoir permis la croissance de l'après seconde guerre mondiale. Cependant, la relance keynésienne a échoué face à la crise des années 1970. Elle a donc été officiellement abandonnée, fin des années 1970 et début des années 1980, pour d'autres politiques économiques.


Les politiques qui ont succédé à la relance.

     A la fin des années 70 et au début des années 80, le principal problème de l'économie était l'augmentation simultanée de l'inflation et du chômage. Or, on considérait à l'époque qu'il fallait choisir entre lutter contre l'inflation ou relancer l'économie pour faire baisser le chômage.

     Cependant, les relance n'avaient pas d'effet contre le chômage, et l'inflation atteignait des taux à deux chiffres, beaucoup trop élevé, et surtout qui augmentaient encore. Une inflation élevée signifie une perte de la valeur de la monnaie. Ce qu'on gagne aujourd'hui ne vaut plus rien le lendemain. Il n'y a plus intérêt à épargner.

     Dans le pire des cas, la monnaie peut disparaître, remplacée par une autre en laquelle les acteurs de l'économie ont plus confiance. C'est le dollar qui sert dans certain pays de monnaie de substitution dans ce cas.


     Pour lutter contre ce phénomène d'inflation, c'est une politique inspirée du monétarisme qui a été appliquée. Le monétarisme a été développé par Milton Friedman, après la seconde guerre mondiale. Friedman s'opposait aux keynésien, critiquant notamment l'effet inflationniste de la relance budgétaire.

     Selon le monétarisme, la politique monétaire doit avoir pour but de maintenir l'inflation à un niveau stable et peu élevé. Ce qui signifie que les interventions sur les taux d'intérêts des banques centrales doivent tendre vers ce but.

     Il faut remarquer que Friedman parle de stabilité à moyen terme. Le taux d'inflation peut fluctuer. En moyenne, il doit rester autour d'un niveau qui est défini comme l'objectif d'inflation. C'est notamment la politique suivie par la banque centrale européenne. Dans les années 70 et 80, les banques centrales ont donc augmenté les taux d'intérêt, pour faire baisser l'inflation. Ce sont les poliriques de désinflation compétitive, de franc fort.


     Parallèlement, ont été menées ce qu'on a appelé des politiques structurelles. Ces politiques consistent à libérer l'économie des contraintes qui pèsent sur elle, pour lui permettre de retrouver la croissance.

     Ce sont les politiques de privatisations. C'est la mise en concurrence dans certains secteurs monopolistiques, comme les télécommunication, le transport aérien, l'énergie. C'est la suppression de l'indexation des salaires sur les prix. La fin du contrôle des prix. C'est la fin du contrôle des changes. Les banques ont plus de liberté pour octroyer des crédits (Auparavant, il y avait les crédits encadrés, c'est à dire que les banques ne pouvaient pas dépasser un certains montants de crédits, il y avait des secteurs pour lesquels le crédit n'étaient pas encadré, comme les crédits à l'export, il y avait les crédits bonifiés pour d'autres secteurs, pour lesquels le crédit était facilité pour les entreprises, car les taux étaient bonifiés par l'Etat: les entreprises payaient un taux d'intérêt plus faible.).


     Ces réformes structurelles sont souvent désignées sous le terme de dérégulation. Ce terme est impropre. Il faut plutôt parler de la fin de l'intervention directe de l'Etat dans l'économie. On passe d'une économie que l'Etat essayait de diriger, par le contrôle du crédit, des prix, par des monopoles, des entreprises nationalisées, à une économie que l'Etat contrôle en l'encadrant par des règles. Les entreprises sont libres, dans le cadre des règles.

     C'est ainsi qu'ont été créés des organismes pour contrômer l'économie, ou que le rôle de ces organismes a été renforcé. L'AMF, l'Autorité des Marchés Financiers est née de la fusion de deux organismes de contrôle de la bourse et de la finance, pour renforcer le contrôle de ces secteur. L'ARCEP a été créée pour contrôler le secteur des télécommunication. Le Conseil de la Concurrence a vu son rôle devenir plus important.


     Ces politiques structurelles sont présentée avec un peu d'emphase, dans le cadre d'une action visant à libérer l'économie de ses contraintes, comme je l'écris plus haut. Elles résultent en fait plutôt d'un pragmatisme forcé. Les politiques interventionnistes n'ont pas réussi. L'Etat ne trouvait pas le bon levier à actionner en quelque sorte. Le dernier recours était de laisser l'action du marché jouer.

     Ces politiques structurelles, et de lutte contre l'inflation, ont ainsi débuté après les politiques interventionnistes et de relance menées par les socialistes de 1981 à 1982. Et ce sont les socialistes eux-mêmes qui se sont trouvés contraints de lancer ce mouvement, par ce qu'on a appelé "le tournant de la rigueur".


     Ces politiques structurelles et de lutte contre l'inflation ont été appelées politiques de l'offre, par opposition à la politique de la demande du keynésianisme. Il s'agit en effet de créer des conditions favorables à l'offre de nouveaux produits ou services par les entreprises.

     En voyant que l'environnement économiques est favorable, les entreprises investissent dans de nouveaux produits. L'investissement entraîne l'achat de biens d'investissement, et la distribution de revenus, ce qui crée un cercle vertueux.

     C'est l'idée que c'est l'offre de produits et services par les entreprises qui stimule la demande, et non la demande qui stimule l'offre. On remarquera que la présentation de ces politiques sous l'expression politique de l'offre reprend les termes keynésiens.

     Cette politique reprend donc les idées monétaristes, nées après la seconde guerre mondiale, mais qui sont basées sur des théories monétaires qui existaient avant Keynes. L'idée de créer les conditions qui permettent au marché de s'ajuster reprends les théorie dites néo-classiques qui existaient là encore avant Keynes. Ces théories ont été complétées depuis. On a parlé de néo-libéralisme.


Remarques sur l'opposition entre les politiques.

     A ce niveau de la réflexion, quelques remarques s'imposent. Il est courant d'opposer la politique de l'offre et la politique de la demande. Il y a une opposition en ce qui concerne les théories monétaires. Cependant, les politiques dites structurelles ne sont pas en opposition avec le keynésianisme. Celui-ci s'inscrit dans le cadre de l'économie de marché. Il ne défend pas un interventionnisme systématique dans tous les domaines de l'économie.


     D'autre part, la présentation, habituelle et reprise ici, selon laquelle des politiques keynésiennes ont été menée, avec succès, des années trente aux années 70-80, puis abandonnées au profit de politiques de l'offre, est très simpliste.

     D'abord, la reprise aux Etats-Unis, après la crise de 1929, a été très lente. Les Etats-Unis ont connu une dépression après guerre. Le keynésianisme n'est pas un remède miracle, et n'a pas prétention à l'être.

     Ensuite, Ce ne sont pas forcément des politiques keynésiennes qui ont été menées dans l'après guerre. Ainsi, la France, après 1958, a mené ce qu'on pourrait appeler une politique structurelle, et une politique de rigueur puisque le budget devait être équilibré. Le Royaume Uni, de son côté, a mené une politique très interventionniste, qui est plus du socialisme que du keynésianisme. Encore une fois, tout interventionnisme n'est pas du keynésianisme.


     A contrario, dans les années 1980, 90 et 2000, des politiques plutôt keynésiennes ont été menées. Ainsi, un débat sans fin concerne la politique de Ronald Reagan aux Etats-Unis. Cette politique est présentée comme un symbole de l'ultra-libéralisme. Cette politique a notamment provoqué un important déficit budgétaire, conséquence d'importante dépenses en matière de défense, et de baisses d'impôt. Ce qui peut-être considéré, selon les keynésiens, comme une relance budgétaire.

     Par ailleurs, la politique menée par la banque centrale américaine, la Réserve Fédérale, était d'inspiration keynésienne. En effet, un moyen de relancer l'économie est de baisser les taux d'intérêt. L'inflation restant à des niveaux faible, la Réserve Fédérale jouait sur les taux pour relancer ou ralentir l'économie. Dès qu'un événement était susceptible de ralentir l'économie, la réserve fédérale baissait ses taux. Cette politique est considérée comme ayant entraîné les bulles financières et immobilières.


La théorie de l'entrepreneur.

     Une troisième théorie économique a pris de l'importance ces dernières années, et mérite d'être citée, ne serait-ce que parce qu'elle est parfois mal interprétée. C'est la théorie de l'entrepreneur, de Joseph Alois Schumpeter.

     Celle-ci a commencé à être développé en 1911, dans l'ouvrage
Théorie de l'évolution économique. Elle est reprise dans un des ouvrages les plus connus de Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, paru en 1942.

     Schumpeter étudie les cycles économiques, les succession de croissance et de ralentissement. Il met en avant le rôle moteur de l'entrepreneur dans la dynamique de l'économie. Un entrepreneur n'est pas un chef d'entreprise. Ou plutôt, tous les chefs d'entreprises ne sont pas des entrepreneurs au sens schumpétérien du terme.

     L'entrepreneur est celui qui introduit une innovation dans l'économie. Une innovation, c'est un nouveau produit, un nouveau service. Ce n'est pas forcément une nouvelle technologie. Ce peut être également un nouveau marché, comme l'exportation. Ce sont les innovations qui entraînent la croissance de l'économie. Les nouvelles entrprises, issues de ces innovations, remplacent les anciennes, en perte de vitesse. On parle de destruction créatrice.


     Cette approche est originale en économie. Elle introduit l'être humain comme moteur de celle-ci. Non pas que les autres théories n'en tiennent pas compte. Les théories de l'offre et keynésienne sont basées sur des observations et des hypothèses comportementales. Mais elles raisonnent en termes d'équilibre global. Pour le keynésianisme, la dépense publique peut permettre le plein emploi. Pour les néo-classiques, il faut créer les conditions pour que le marché s'ajuste.

     Schumpeter s'inscrit dans le courant néo-classique, et n'est pas d'accord avec Keynes. Cependant, selon lui, l'économie peut stagner, même si toutes les conditions propres aux néo-classiques sont remplies pour favoriser la croissance. Cette stagnation s'explique par la perte de l'esprit d'entreprise. Selon Schumpeter, les grandes entreprises favorisent un comportement de gestionnaire et non d'entrepreneur. Ce comportement se diffuse à toute la société, et peut donc provoquer la stagnation économique.


     On a considéré que Schumpeter avait prédit la fin du capitalisme. Ce dont il s'est défendu dans la préface de la deuxième édition de Capitalisme, socialisme et démocratie. Il indique un risque pour l'économie, actuel au moment où il écrit, sans préjuger de l'avenir. Schumpeter est devenu à la mode en économie car sa théorie de l'entrepreneur semble bien expliquer les transformations de l'économie ces dernières années. L'innovation est en effet apparue comme le moteur des économie, notamment l'économie américaine.


Conclusion de cette présentation

     Cette présentation des théories et de leur application démythifie quelque peu la relance keynésienne. Elle montre que cette politique a été abandonnée, pour n'avoir pas donné les résultat escomptés dans les années 70 et 80.

     La politique de relance n'est d'ailleurs pas étrangère à la crise financière actuelle, puisque la politique de baisse des taux d'intérêt, pour relancer l'économie, qui a été menée par la banque centrale américaine, est considérée aujourd'hui comme responsable des bulles financières et immobilières.

     A l'époque, les relances budgétaires ont été considérées comme responsable de l'inflation. Or, une bulle, c'est de l'inflation. D'autre part, les relance budgétaires ont engendré des politiques de stop and go. Ou plutôt de go and stop devrait-on dire. Dans un premier temps, on dépense, pour relancer la machine. Puis, on est obligé de mener une politique de rigueur, pour éponger les dettes.


     Face à des résultats au moins discutables, qui ne montrent pas clairement l'efficacité de la relance, et laissent envisager des effets néfastes selon ses opposants, on peut s'étonner de son retour dans le débat. Le retour de la relance budgétaire, plus précisément, puisque des politiques de relances par les taux d'intérêt étaient toujours mises en œuvre jusqu'à aujourd'hui.

     Cependant, le keynésianisme fournit une boîte à outils dans laquelle peuvent puiser les responsable politiques. Le mérite de Keynes est d'avoir cherché à élaborer une réponse à la crise, plutôt que d'attendre qu'elle se passe. Il a cherché comment l'action gouvernementale pouvait provoquer la croissance et le plein emploi, dans le cadre de l'économie de marché.

     Cette rupture dans la théorie économique répond à un besoin exprimé par les populations, et le pouvoir politique lui-même. Ce qui explique l'engouement pour le keynésianisme. Keynes est décédé en 1946, soit dix ans seulement après avoir écrit la Théorie générale. Il n'a pas pu juger les politiques qui ont été menées après guerre, et nul ne peut savoir s'il aurait considéré qu'elles étaient en accord avec sa théorie, ni comment lui même aurait fait évoluer cette théorie, très neuve.


     Parmi les théories présentées ci-dessus, j'apprécie particulièrement celle de Schumpeter, la théorie de l'entrepreneur. Elle s'inscrit dans le cadre de la théorie néoclassique, mais en introduisant un facteur humain qui peut favoriser ou non la croissance. Cette théorie est utilisée pour justifier les politiques en faveur du capital développement notamment, en vue de favoriser la création et le développement de nouvelles entreprises. Elle justifie les mesures en faveur d'un lien plus étroits entre universités et entreprises, ou entre université et fonds de capital risque (qui investissent dès la création dans de nouvelles entreprises).

     Comme le montrent ces exemples, ce ne sont pas forcément de grandes mesures budgétaires. C'est une voie qui me semble mériter plus d'attention dans la théorie politique: étudier les actions concrètes qui permettent de développer l'économie.


2ème partie: les propositions de relance face à la crise financière.


La relance appliquée à la crise actuelle.

     Il découle de ce que j'ai écrit plus haut que je ne crois pas en l'efficacité d'un plan de relance budgétaire. Les Etats-unis ont d'ailleurs déjà lancé un plan de relance, en distribuant de l'argent aux particuliers. Ceux-ci s'en sont servis pour payer quelques dettes, soutenir un peu la consommation, mais il n'y a pas eu de relance. L'effet s'est arrêté dès l'argent dépensé.


     De même, il ne faut surtout pas aider le secteur immobilier. Si celui-ci est bloqué, c'est à cause de la hausse des prix. Prendre des mesures incitatives ne peut que maintenir un certain temps des prix qui sont bien trop élevés, et d'en retarder la baisse. Des mesures de soutien soutiendraient en fait la bulle immobilière. L'immobilier est le secteur qui a toutes les cartes dans ses mains pour sortir seul de la crise, du moins en France. Il suffit de baisser les prix.

     Bien sûr, cela fait aussi baisser les commissions. Les études prouvent que les prix ont beaucoup trop augmenté par rapport à l'évolution des revenus. Et, quoi qu'on en dise, les taux d'intérêt ne sont pas si élevés. Ils seraient tout à fait acceptables si les prix étaient à un niveaux raisonnables.


     Les aides à l'automobile posent problème également. Les difficultés du secteur en France ne datent pas de la crise financière. Et surtout, les suppression d'emplois non plus. Le secteur fait face à une transformation. Il est un marché mature en Europe et aux Etats-Unis, mais en développement dans les pays émergents. Il se segmente, comme les autres catégories de produits, en différentes catégories: véhicules à bas coût, qu'on achète uniquement pour l'utilité qu'on en a, véhicules qui apportent quelques choses en plus, qu'on accepte de payer plus cher, comme la Fiat 500 qui se vend bien malgré la crise.

     La crise, comme toutes les crises, accroit sans doute les difficultés. Une aide temporaire est donc peut-être nécessaire. Mais, il ne faut pas espérer de relance. Le secteur doit achever son adaptation, vers une production, en France, à plus forte valeur ajoutée. C'est donc une aide sous condition qu'il faut accorder.

     Cette aide doit être dirigée vers les salariés, d'abord. Les mesures d'allongement temporaire des dispositifs de chômage partiel peuvent permettre aux entreprises d'être prêtes quand l'économie redémarrera. De même, des dispositifs de reconversion pour ceux qui perdront leur emploi. Car, répétons-le, l'industrie automobile avait déjà commencé à détruire des emplois avant la crise.


Les faux plans de relance keynésiens.

     Parmi toutes les annonces de plans de relance qui sont faites, tous ne sont pas des plans de relance keyunésiens. En effet, le problème auquel doit faire face l'économie aujourd'hui est bien identifié: c'est une crise du crédit.

     Comme je l'ai décrit dans des articles précédents, les banques peinent à se refinancer sur les marchés financiers. Or, elles doivent constamment se refinancer, pour pouvoir faire crédit (cf l'article Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) ).

     Une raréfaction du crédit pose un problème. Cela peut empêcher les consommateurs de faire certains achats. Surtout, le manque de crédit peut mettre en difficultés des entreprises pourtant saines. Le manque de crédit peut les empêcher de faire des investissements nécessaires. Le manque de crédit peut bloquer leur activité.

     Par exemple, il s'écoule du temps entre la fabrication d'un produit et sa vente. Il faut financer les achats de matières premières, les salaires, bien avant d'être payé. Le crédit sert à ce financement.


     La relance budgétaire n'est pas pensée pour ce genre de problème. Elle n'est donc pas adaptée. Les mesures prises par le gouvernement français conviennent.

     Cependant, on entend appeler relance des actions qui ne sont pas des politiques de relance keynésiennes, mais des actions pour sortir de la crise du crédit. C'était un plan de ce type que décrivait le président de la Réserve fédérale américaine, quand il disait qu'un plan de relance pourrait être utile. Et c'est ce genre de plan qu'elle vient de lancer et qu'on a nommé plan de relance.

     Dans un certain sens, c'est une relance, puisque l'objectif est de relancer les secteurs bloqués par la crise du crédit. Mais ce n'est pas une relance keynésienne. Ce genre de plan de relance, indépendamment des discussions qui peuvent se faire sur ses modalités, est lui nécessaire, puisqu'il s'attaque directement au problème subi par l'économie.


Conclusion

     En conclusion, la relance budgétaire ne paraît pas adaptée à la crise actuelle. D'abord, parce que les résultats qu'elle a donnés par le passé sont discutables. Ensuite, elle n'est de toutes façons pas pensée pour le problème de l'économie d'aujourd'hui, qui est un risque de raréfaction du crédit. Cependant, la relance keynésienne suscite beaucoup d'engouement, parce qu'elle propose des outils pour provoquer la croissance. C'est ce qu'attendent les gens, ainsi que les politiques.

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