Analyse Libérale

Articles récents

Le plan de relance français

4 Décembre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     La France a annoncé le 4 décembre 2008 un plan de relance face à la crise financière. Ceci est un commentaire à chaud de ce plan. Il montre que ce n'est pas vraiment un plan de relance, et explique pourquoi.


Un plan de relance qui n'en est pas vraiment un.

     L'essentiel du plan est constitué de dépenses d'infrastructures et immobilières qui étaient déjà prévues, mais qui doivent être avancées. Il s'agit des dépenses pour la construction de nouvelles lignes de TGV, et des dépenses pour la construction de logements sociaux.

     D'autres sont des dépenses de maintenance, comme l'entretien des lignes SNCF, les travaux d'isolation thermique des HLM. Ces dépenses de construction et de maintenance étaient retardées et étalées en raison du déficit du pays. Leur étalement montrait bien d'ailleurs que le déficit français est un déficit de fonctionnement, et non d'investissement.

     En d'autres termes, ce sont les dépenses de fonctionnement qui sont la cause du déficit, et non les dépenses d'investissement, qui sont étalées. En décidant de ne plus étaler ces dépenses, le gouvernement fait ce qui aurait été fait si le budget de l'Etat n'avait pas été déficitaire. Ce n'est donc pas un programme de grands travaux conçus pour relancer l'économie.

     Par contre, on peut craindre que la précipitation entraîne des dérives. Les travaux pourraient être facturés trop chers par les entreprises, et la construction des logements sociaux menées n'emporte comment, comme par le passé.


     Une autre partie du plan de relance français est constitué de mesures sociales, comme l'augmentation, étalées, du minimum vieillesse, et d'autres mesures en faveur des veufs et des veuves. Ces mesures étaient de toutes façons nécessaires pour éloigner le minimum vieillesse du seuil de pauvreté. Elles auraient certainement été décidées même s'il n'y avait pas eu de crise financière. Une revalorisation du minimum vieillesse avait déjà été annoncée, d'ailleurs. Cette mesure est, somme toute, modeste, et de plus, étalée dans le temps. Donc elle ne produira peut-être même aucun effet dans l'immédiat.


     Les mesures fiscales sont essentiellement des remboursement avancés, des sommes qui auraient donc été remboursées aux entreprises de toutes façons. Cela leur offrira une facilité de trésorerie. On notera que l'on est plus du tout dans le cadre d'une politique de relance keynésienne. On est dans le cadre de la politique structurelle, qui vise à faciliter la vie des entreprises. De même en ce qui concerne l'allégement des cotisations sociales des embauches dans les très petites entreprises, qui perpétue la politique en faveur des micro-structures. Ce ne sont pas des mesures de relances keynésiennes, telles qu'attendues.


     La seule mesure de relance véritable est la prime à l'achat d'une automobile, en échange de la mise à la casse d'une automobile de plus de dix ans. La sarkozette sccède à la juppette et à la balladurette.


     Ce plan n'a donc rien à voir avec la grande époque des relances keynésiennes. Il n'y a pas de nouveaux programmes d'équipements spécialement étudiés et lancés pour sortir de la crise. Il n'y a pas d'augmentation généralisée des salaires, ou une augmentation massive du SMIC comme cela a déjà été fait auparavant. Presque uniquement des dépenses prévues et qui étaient étalées en raison des déficits du pays, et des mesures qui n'ont rien d'une relance keynésienne.


Le poids des réalités.

     Faire des dépenses d'infrastructure pour relancer un pays a du sens. Que l'on soit keynésien ou non, on admet que de telles dépenses favorisent par la suite la croissance. En effet, un pays a besoin de routes, de voies ferrées, d'aéroports, d'électricité. Mais, quand un pays, comme la France, est déjà bien équipé, deux problèmes se présentent. D'abord, que construire? On ne va pas remplacer tous les chemins de terre par des autoroutes à trois voies, ce serait absurde. Ensuite, une nouvelle infrastructure a moins d'impact sur l'économie. Lancer de nouvelles dépenses d'infrastructures est donc difficiles.


     Ensuite, les plans de relance menés par le passé, pour sortir de la crise des années 70, n'ont pas relancé l'économie. Par contre, les déficits qu'ils ont causés ont entraîné des plans de rigueur. Or, la France est déjà confrontée à un déficit budgétaire élevé. Ce qui limite nécessairement son action.

     Bien sûr, nous sommes aujourd'hui protégés par l'euro, alors qu'auparavant, une hausse des déficits affaiblissait le franc, ce qui entraînait dévaluation et plan de rigueur. Cependant, les déficits accumulés entraînent un endettement important pour le pays, et pour lequel il faut payer des intérêts. Les intérêts de la dette sont le deuxième ou le troisième budget de l'Etat.

     La France est donc confrontée à un double problème. Comme elle est en déficit même quand le contexte économique est bon, elle a peu de réserves pour relancer, ou du moins soutenir la croissance. D'autre part, le niveau élevé de la dette pèse sur l'économie. Par conséquent, avancer des investissements déjà prévus est un moyen de contourner le problème. Ces dépenses étaient prévues. Elles se feront plus tôt, c'est tout. Sur 5 ans (ou plus), il n'y a pas de dépenses supplémentaires.


     Ce plan s'apparente donc plutôt à un plan de soutien temporaire à l'économie. Ce qui n'est peut-être pas plus mal. En effet, une réalité incontournable, c'est que les plans de relance réalisés dans les années 70 et 80 n'ont pas relancé l'économie. Ils ont par contre sans doute une responsabilité dans le niveau élevé d'inflation qu'il a fallu ensuite combattre. D'autre part, rappelons que le problème de l'économie, aujourd'hui, est un problème de blocage du crédit. Un plan de relance n'est pas adapté à ce type de problème, comme je l'explique dans mon article sur la relance de l'économie.


     En conclusion, le plan de relance français est plus qu'un plan de soutien temporaire qu'un plan cherchant à relancer l'économie. Certaines mesures n'ont rien d'une relance keynésienne, comme des exonérations de charges sociales en faveur des très petites entreprises.

     On peut ajouter que ce plan comporte encore des mesures pour le crédit, comme un prêt d'un milliard aux filiales de crédit des constructeurs automobiles. Il s'attaque là au cœur du problème. De même, un fonds est créé pour investir dans l'innovation dans le secteur automobile.

     On peut se demander pourquoi un effort d'innovation n'a pas été fait plus tôt d'ailleurs, car les difficultés du secteur automobile, pas des constructeurs mais des sous traitants, ne sont pas récentes. Ce plan de relance met aussi en exergue le problème du déficit budgétaire en France. Les critères de Maastricht ne font que rappeler une réalité: les déficits se paient toujours un jour. Un budget à l'équilibre quand l'économie va bien permet d'utiliser le déficit comme amortisseur en période plus difficile.


Lire la suite

La relance de l'économie

30 Novembre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

 

     Le concept de relance keynésienne est de retour en économie. La relance keynésienne est née après la crise de 1929, pour sortir les économies du marasme. Elle avait été abandonnée dans les années 1970 et 1980. Elle est a nouveau proposée, pour lutter contre la crise financière actuelle.

     Cette politique est-elle adaptée à la situation? Pour discuter de cette question, il sera présenté, dans un premier temps, de manière simple, les différentes théories économique qui ont cours aujourd'hui, ainsi que leur application concrète. Ensuite, seront abordées les différentes propositions de relance.


1ère partie: présentation des différentes théories actuelles et leur application


Présentation de la relance

     La relance, telle qu'elle est envisagée politiquement, consiste à injecter de l'argent dans l'économie, comme on amorce une pompe. On compte sur un effet amplificateur, qui permet à l'économie de redémarrer. Cette relance est dite keynésienne, car elle est inspirée des théories de l'économiste britannique John Maynard Keynes, notamment développée dans son ouvrage Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt, et de la monnaie.

     Ouvrage paru en 1936, pendant la crise économique donc. Keynes est décédé en 1946. Ses théories ont été reprises, développées, appliquées par de nombreux économistes et politiciens. Très vite, est apparu le néo-keynésianisme. Pour certains, les successeurs de Keynes ont trahi l'auteur de la Théorie générale.

     C'est pourquoi j'écris que la relance keynésienne, telle qu'envisagée actuellement, est "inspirée" des théories du grand économiste. Je ne prends pas position sur le sujet. Mais je reprends les expressions qui sont devenues communes.


     Selon la théorie keynésienne, la situation de plein emploi en économie de marché n'est pas automatique. C'est une possibilité, plutôt exceptionnelle. Le marché n'atteint pas forcément cette situation. Il faut donc, en quelque sorte, aider le marché. C'est la dépense publique qui peut aider le marché.

     Ainsi, pour soutenir l'économie, l'Etat doit effectuer des dépenses d'investissement. Une politique de grands travaux d'infrastructures, par exemple. Ces dépenses d'investissement entraînent une augmentation de la demande de matériels (les biens d'investissement) et de matériaux. Voyant l'augmentation de la demande pour ce genre de matériels, les fournisseurs augmentent leur offre et investissent à leur tour pour répondre à la demande.

     Leurs propres fournisseurs voient à leur tour la demande augmenter pour leurs produits, et augmentent à leur tour leurs investissements. Et ainsi de suite. Cette augmentation des investissements entraîne une augmentation de l'activité économique, des embauches, et donc une augmentation des revenus distribués aux salariés. Ces derniers augmentent leur consommation. Ce qui à nouveau entraîne une augmentation des investissement. Et ainsi de suite.

     Il y a ce que la théorie keynésienne appelle un effet multiplicateur. La dépense publique peut distribuer directement de l'argent aux particuliers, par une politique dite de revenu. En embauchant des fonctionnaires par exemple, comme cela a été fait en France. Cependant, l'effet multiplicateur est moins important dans ce cas, toujours selon la théorie.


     C'est là une présentation simpliste du keynésianisme, qui arrive aux conclusions exposées ci-dessus par un raisonnement complexe, incluant une théorie monétaire. Mais il ne s'agit ici que de donner l'idée générale de la relance keynésienne. Le principe est que l'économie de marché n'atteint pas forcément le plein emploi. La dépense publique doit soutenir l'économie. Cette dépense publique a un effet multiplicateur. Elle est plus efficace quand il s'agit de dépenses d'investissements.

     Le keynésianisme est aussi appelé théorie de la demande, dans le sens où il préconise de soutenir la demande globale. Les dépenses d'investissements soutiennent les achats de biens d'investissements, ce qui soutient l'activité des entreprises, qui investissent et distribuent des revenus, ce qui soutient la demande de biens de consommation.


     La politique de relance est réputée avoir permis à l'économie de sortir de la crise de 1929, et aussi d'avoir permis la croissance de l'après seconde guerre mondiale. Cependant, la relance keynésienne a échoué face à la crise des années 1970. Elle a donc été officiellement abandonnée, fin des années 1970 et début des années 1980, pour d'autres politiques économiques.


Les politiques qui ont succédé à la relance.

     A la fin des années 70 et au début des années 80, le principal problème de l'économie était l'augmentation simultanée de l'inflation et du chômage. Or, on considérait à l'époque qu'il fallait choisir entre lutter contre l'inflation ou relancer l'économie pour faire baisser le chômage.

     Cependant, les relance n'avaient pas d'effet contre le chômage, et l'inflation atteignait des taux à deux chiffres, beaucoup trop élevé, et surtout qui augmentaient encore. Une inflation élevée signifie une perte de la valeur de la monnaie. Ce qu'on gagne aujourd'hui ne vaut plus rien le lendemain. Il n'y a plus intérêt à épargner.

     Dans le pire des cas, la monnaie peut disparaître, remplacée par une autre en laquelle les acteurs de l'économie ont plus confiance. C'est le dollar qui sert dans certain pays de monnaie de substitution dans ce cas.


     Pour lutter contre ce phénomène d'inflation, c'est une politique inspirée du monétarisme qui a été appliquée. Le monétarisme a été développé par Milton Friedman, après la seconde guerre mondiale. Friedman s'opposait aux keynésien, critiquant notamment l'effet inflationniste de la relance budgétaire.

     Selon le monétarisme, la politique monétaire doit avoir pour but de maintenir l'inflation à un niveau stable et peu élevé. Ce qui signifie que les interventions sur les taux d'intérêts des banques centrales doivent tendre vers ce but.

     Il faut remarquer que Friedman parle de stabilité à moyen terme. Le taux d'inflation peut fluctuer. En moyenne, il doit rester autour d'un niveau qui est défini comme l'objectif d'inflation. C'est notamment la politique suivie par la banque centrale européenne. Dans les années 70 et 80, les banques centrales ont donc augmenté les taux d'intérêt, pour faire baisser l'inflation. Ce sont les poliriques de désinflation compétitive, de franc fort.


     Parallèlement, ont été menées ce qu'on a appelé des politiques structurelles. Ces politiques consistent à libérer l'économie des contraintes qui pèsent sur elle, pour lui permettre de retrouver la croissance.

     Ce sont les politiques de privatisations. C'est la mise en concurrence dans certains secteurs monopolistiques, comme les télécommunication, le transport aérien, l'énergie. C'est la suppression de l'indexation des salaires sur les prix. La fin du contrôle des prix. C'est la fin du contrôle des changes. Les banques ont plus de liberté pour octroyer des crédits (Auparavant, il y avait les crédits encadrés, c'est à dire que les banques ne pouvaient pas dépasser un certains montants de crédits, il y avait des secteurs pour lesquels le crédit n'étaient pas encadré, comme les crédits à l'export, il y avait les crédits bonifiés pour d'autres secteurs, pour lesquels le crédit était facilité pour les entreprises, car les taux étaient bonifiés par l'Etat: les entreprises payaient un taux d'intérêt plus faible.).


     Ces réformes structurelles sont souvent désignées sous le terme de dérégulation. Ce terme est impropre. Il faut plutôt parler de la fin de l'intervention directe de l'Etat dans l'économie. On passe d'une économie que l'Etat essayait de diriger, par le contrôle du crédit, des prix, par des monopoles, des entreprises nationalisées, à une économie que l'Etat contrôle en l'encadrant par des règles. Les entreprises sont libres, dans le cadre des règles.

     C'est ainsi qu'ont été créés des organismes pour contrômer l'économie, ou que le rôle de ces organismes a été renforcé. L'AMF, l'Autorité des Marchés Financiers est née de la fusion de deux organismes de contrôle de la bourse et de la finance, pour renforcer le contrôle de ces secteur. L'ARCEP a été créée pour contrôler le secteur des télécommunication. Le Conseil de la Concurrence a vu son rôle devenir plus important.


     Ces politiques structurelles sont présentée avec un peu d'emphase, dans le cadre d'une action visant à libérer l'économie de ses contraintes, comme je l'écris plus haut. Elles résultent en fait plutôt d'un pragmatisme forcé. Les politiques interventionnistes n'ont pas réussi. L'Etat ne trouvait pas le bon levier à actionner en quelque sorte. Le dernier recours était de laisser l'action du marché jouer.

     Ces politiques structurelles, et de lutte contre l'inflation, ont ainsi débuté après les politiques interventionnistes et de relance menées par les socialistes de 1981 à 1982. Et ce sont les socialistes eux-mêmes qui se sont trouvés contraints de lancer ce mouvement, par ce qu'on a appelé "le tournant de la rigueur".


     Ces politiques structurelles et de lutte contre l'inflation ont été appelées politiques de l'offre, par opposition à la politique de la demande du keynésianisme. Il s'agit en effet de créer des conditions favorables à l'offre de nouveaux produits ou services par les entreprises.

     En voyant que l'environnement économiques est favorable, les entreprises investissent dans de nouveaux produits. L'investissement entraîne l'achat de biens d'investissement, et la distribution de revenus, ce qui crée un cercle vertueux.

     C'est l'idée que c'est l'offre de produits et services par les entreprises qui stimule la demande, et non la demande qui stimule l'offre. On remarquera que la présentation de ces politiques sous l'expression politique de l'offre reprend les termes keynésiens.

     Cette politique reprend donc les idées monétaristes, nées après la seconde guerre mondiale, mais qui sont basées sur des théories monétaires qui existaient avant Keynes. L'idée de créer les conditions qui permettent au marché de s'ajuster reprends les théorie dites néo-classiques qui existaient là encore avant Keynes. Ces théories ont été complétées depuis. On a parlé de néo-libéralisme.


Remarques sur l'opposition entre les politiques.

     A ce niveau de la réflexion, quelques remarques s'imposent. Il est courant d'opposer la politique de l'offre et la politique de la demande. Il y a une opposition en ce qui concerne les théories monétaires. Cependant, les politiques dites structurelles ne sont pas en opposition avec le keynésianisme. Celui-ci s'inscrit dans le cadre de l'économie de marché. Il ne défend pas un interventionnisme systématique dans tous les domaines de l'économie.


     D'autre part, la présentation, habituelle et reprise ici, selon laquelle des politiques keynésiennes ont été menée, avec succès, des années trente aux années 70-80, puis abandonnées au profit de politiques de l'offre, est très simpliste.

     D'abord, la reprise aux Etats-Unis, après la crise de 1929, a été très lente. Les Etats-Unis ont connu une dépression après guerre. Le keynésianisme n'est pas un remède miracle, et n'a pas prétention à l'être.

     Ensuite, Ce ne sont pas forcément des politiques keynésiennes qui ont été menées dans l'après guerre. Ainsi, la France, après 1958, a mené ce qu'on pourrait appeler une politique structurelle, et une politique de rigueur puisque le budget devait être équilibré. Le Royaume Uni, de son côté, a mené une politique très interventionniste, qui est plus du socialisme que du keynésianisme. Encore une fois, tout interventionnisme n'est pas du keynésianisme.


     A contrario, dans les années 1980, 90 et 2000, des politiques plutôt keynésiennes ont été menées. Ainsi, un débat sans fin concerne la politique de Ronald Reagan aux Etats-Unis. Cette politique est présentée comme un symbole de l'ultra-libéralisme. Cette politique a notamment provoqué un important déficit budgétaire, conséquence d'importante dépenses en matière de défense, et de baisses d'impôt. Ce qui peut-être considéré, selon les keynésiens, comme une relance budgétaire.

     Par ailleurs, la politique menée par la banque centrale américaine, la Réserve Fédérale, était d'inspiration keynésienne. En effet, un moyen de relancer l'économie est de baisser les taux d'intérêt. L'inflation restant à des niveaux faible, la Réserve Fédérale jouait sur les taux pour relancer ou ralentir l'économie. Dès qu'un événement était susceptible de ralentir l'économie, la réserve fédérale baissait ses taux. Cette politique est considérée comme ayant entraîné les bulles financières et immobilières.


La théorie de l'entrepreneur.

     Une troisième théorie économique a pris de l'importance ces dernières années, et mérite d'être citée, ne serait-ce que parce qu'elle est parfois mal interprétée. C'est la théorie de l'entrepreneur, de Joseph Alois Schumpeter.

     Celle-ci a commencé à être développé en 1911, dans l'ouvrage
Théorie de l'évolution économique. Elle est reprise dans un des ouvrages les plus connus de Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, paru en 1942.

     Schumpeter étudie les cycles économiques, les succession de croissance et de ralentissement. Il met en avant le rôle moteur de l'entrepreneur dans la dynamique de l'économie. Un entrepreneur n'est pas un chef d'entreprise. Ou plutôt, tous les chefs d'entreprises ne sont pas des entrepreneurs au sens schumpétérien du terme.

     L'entrepreneur est celui qui introduit une innovation dans l'économie. Une innovation, c'est un nouveau produit, un nouveau service. Ce n'est pas forcément une nouvelle technologie. Ce peut être également un nouveau marché, comme l'exportation. Ce sont les innovations qui entraînent la croissance de l'économie. Les nouvelles entrprises, issues de ces innovations, remplacent les anciennes, en perte de vitesse. On parle de destruction créatrice.


     Cette approche est originale en économie. Elle introduit l'être humain comme moteur de celle-ci. Non pas que les autres théories n'en tiennent pas compte. Les théories de l'offre et keynésienne sont basées sur des observations et des hypothèses comportementales. Mais elles raisonnent en termes d'équilibre global. Pour le keynésianisme, la dépense publique peut permettre le plein emploi. Pour les néo-classiques, il faut créer les conditions pour que le marché s'ajuste.

     Schumpeter s'inscrit dans le courant néo-classique, et n'est pas d'accord avec Keynes. Cependant, selon lui, l'économie peut stagner, même si toutes les conditions propres aux néo-classiques sont remplies pour favoriser la croissance. Cette stagnation s'explique par la perte de l'esprit d'entreprise. Selon Schumpeter, les grandes entreprises favorisent un comportement de gestionnaire et non d'entrepreneur. Ce comportement se diffuse à toute la société, et peut donc provoquer la stagnation économique.


     On a considéré que Schumpeter avait prédit la fin du capitalisme. Ce dont il s'est défendu dans la préface de la deuxième édition de Capitalisme, socialisme et démocratie. Il indique un risque pour l'économie, actuel au moment où il écrit, sans préjuger de l'avenir. Schumpeter est devenu à la mode en économie car sa théorie de l'entrepreneur semble bien expliquer les transformations de l'économie ces dernières années. L'innovation est en effet apparue comme le moteur des économie, notamment l'économie américaine.


Conclusion de cette présentation

     Cette présentation des théories et de leur application démythifie quelque peu la relance keynésienne. Elle montre que cette politique a été abandonnée, pour n'avoir pas donné les résultat escomptés dans les années 70 et 80.

     La politique de relance n'est d'ailleurs pas étrangère à la crise financière actuelle, puisque la politique de baisse des taux d'intérêt, pour relancer l'économie, qui a été menée par la banque centrale américaine, est considérée aujourd'hui comme responsable des bulles financières et immobilières.

     A l'époque, les relances budgétaires ont été considérées comme responsable de l'inflation. Or, une bulle, c'est de l'inflation. D'autre part, les relance budgétaires ont engendré des politiques de stop and go. Ou plutôt de go and stop devrait-on dire. Dans un premier temps, on dépense, pour relancer la machine. Puis, on est obligé de mener une politique de rigueur, pour éponger les dettes.


     Face à des résultats au moins discutables, qui ne montrent pas clairement l'efficacité de la relance, et laissent envisager des effets néfastes selon ses opposants, on peut s'étonner de son retour dans le débat. Le retour de la relance budgétaire, plus précisément, puisque des politiques de relances par les taux d'intérêt étaient toujours mises en œuvre jusqu'à aujourd'hui.

     Cependant, le keynésianisme fournit une boîte à outils dans laquelle peuvent puiser les responsable politiques. Le mérite de Keynes est d'avoir cherché à élaborer une réponse à la crise, plutôt que d'attendre qu'elle se passe. Il a cherché comment l'action gouvernementale pouvait provoquer la croissance et le plein emploi, dans le cadre de l'économie de marché.

     Cette rupture dans la théorie économique répond à un besoin exprimé par les populations, et le pouvoir politique lui-même. Ce qui explique l'engouement pour le keynésianisme. Keynes est décédé en 1946, soit dix ans seulement après avoir écrit la Théorie générale. Il n'a pas pu juger les politiques qui ont été menées après guerre, et nul ne peut savoir s'il aurait considéré qu'elles étaient en accord avec sa théorie, ni comment lui même aurait fait évoluer cette théorie, très neuve.


     Parmi les théories présentées ci-dessus, j'apprécie particulièrement celle de Schumpeter, la théorie de l'entrepreneur. Elle s'inscrit dans le cadre de la théorie néoclassique, mais en introduisant un facteur humain qui peut favoriser ou non la croissance. Cette théorie est utilisée pour justifier les politiques en faveur du capital développement notamment, en vue de favoriser la création et le développement de nouvelles entreprises. Elle justifie les mesures en faveur d'un lien plus étroits entre universités et entreprises, ou entre université et fonds de capital risque (qui investissent dès la création dans de nouvelles entreprises).

     Comme le montrent ces exemples, ce ne sont pas forcément de grandes mesures budgétaires. C'est une voie qui me semble mériter plus d'attention dans la théorie politique: étudier les actions concrètes qui permettent de développer l'économie.


2ème partie: les propositions de relance face à la crise financière.


La relance appliquée à la crise actuelle.

     Il découle de ce que j'ai écrit plus haut que je ne crois pas en l'efficacité d'un plan de relance budgétaire. Les Etats-unis ont d'ailleurs déjà lancé un plan de relance, en distribuant de l'argent aux particuliers. Ceux-ci s'en sont servis pour payer quelques dettes, soutenir un peu la consommation, mais il n'y a pas eu de relance. L'effet s'est arrêté dès l'argent dépensé.


     De même, il ne faut surtout pas aider le secteur immobilier. Si celui-ci est bloqué, c'est à cause de la hausse des prix. Prendre des mesures incitatives ne peut que maintenir un certain temps des prix qui sont bien trop élevés, et d'en retarder la baisse. Des mesures de soutien soutiendraient en fait la bulle immobilière. L'immobilier est le secteur qui a toutes les cartes dans ses mains pour sortir seul de la crise, du moins en France. Il suffit de baisser les prix.

     Bien sûr, cela fait aussi baisser les commissions. Les études prouvent que les prix ont beaucoup trop augmenté par rapport à l'évolution des revenus. Et, quoi qu'on en dise, les taux d'intérêt ne sont pas si élevés. Ils seraient tout à fait acceptables si les prix étaient à un niveaux raisonnables.


     Les aides à l'automobile posent problème également. Les difficultés du secteur en France ne datent pas de la crise financière. Et surtout, les suppression d'emplois non plus. Le secteur fait face à une transformation. Il est un marché mature en Europe et aux Etats-Unis, mais en développement dans les pays émergents. Il se segmente, comme les autres catégories de produits, en différentes catégories: véhicules à bas coût, qu'on achète uniquement pour l'utilité qu'on en a, véhicules qui apportent quelques choses en plus, qu'on accepte de payer plus cher, comme la Fiat 500 qui se vend bien malgré la crise.

     La crise, comme toutes les crises, accroit sans doute les difficultés. Une aide temporaire est donc peut-être nécessaire. Mais, il ne faut pas espérer de relance. Le secteur doit achever son adaptation, vers une production, en France, à plus forte valeur ajoutée. C'est donc une aide sous condition qu'il faut accorder.

     Cette aide doit être dirigée vers les salariés, d'abord. Les mesures d'allongement temporaire des dispositifs de chômage partiel peuvent permettre aux entreprises d'être prêtes quand l'économie redémarrera. De même, des dispositifs de reconversion pour ceux qui perdront leur emploi. Car, répétons-le, l'industrie automobile avait déjà commencé à détruire des emplois avant la crise.


Les faux plans de relance keynésiens.

     Parmi toutes les annonces de plans de relance qui sont faites, tous ne sont pas des plans de relance keyunésiens. En effet, le problème auquel doit faire face l'économie aujourd'hui est bien identifié: c'est une crise du crédit.

     Comme je l'ai décrit dans des articles précédents, les banques peinent à se refinancer sur les marchés financiers. Or, elles doivent constamment se refinancer, pour pouvoir faire crédit (cf l'article Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) ).

     Une raréfaction du crédit pose un problème. Cela peut empêcher les consommateurs de faire certains achats. Surtout, le manque de crédit peut mettre en difficultés des entreprises pourtant saines. Le manque de crédit peut les empêcher de faire des investissements nécessaires. Le manque de crédit peut bloquer leur activité.

     Par exemple, il s'écoule du temps entre la fabrication d'un produit et sa vente. Il faut financer les achats de matières premières, les salaires, bien avant d'être payé. Le crédit sert à ce financement.


     La relance budgétaire n'est pas pensée pour ce genre de problème. Elle n'est donc pas adaptée. Les mesures prises par le gouvernement français conviennent.

     Cependant, on entend appeler relance des actions qui ne sont pas des politiques de relance keynésiennes, mais des actions pour sortir de la crise du crédit. C'était un plan de ce type que décrivait le président de la Réserve fédérale américaine, quand il disait qu'un plan de relance pourrait être utile. Et c'est ce genre de plan qu'elle vient de lancer et qu'on a nommé plan de relance.

     Dans un certain sens, c'est une relance, puisque l'objectif est de relancer les secteurs bloqués par la crise du crédit. Mais ce n'est pas une relance keynésienne. Ce genre de plan de relance, indépendamment des discussions qui peuvent se faire sur ses modalités, est lui nécessaire, puisqu'il s'attaque directement au problème subi par l'économie.


Conclusion

     En conclusion, la relance budgétaire ne paraît pas adaptée à la crise actuelle. D'abord, parce que les résultats qu'elle a donnés par le passé sont discutables. Ensuite, elle n'est de toutes façons pas pensée pour le problème de l'économie d'aujourd'hui, qui est un risque de raréfaction du crédit. Cependant, la relance keynésienne suscite beaucoup d'engouement, parce qu'elle propose des outils pour provoquer la croissance. C'est ce qu'attendent les gens, ainsi que les politiques.

Lire la suite

Régulation-dérégulation: les enseignements de la crise.

17 Novembre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Le discours le plus habituel aujourd'hui est de présenter la crise financière actuelle comme la conséquence des excès provoqués par l'économie de marché et la dérégulation. Ce qui signifie que, pour éviter ce genre de crise à l'avenir, il faut plus de régulation, et moins d'économie de marché.

     Des appels se font donc entendre pour un plus grand rôle de l'Etat dans l'économie, une coopération entre Etats également, pour réguler l'économie. Un rôle accru est souhaité pour le FMI (Fonds Monétaire International) dans le système financier mondial. L'Etat, ou d'autres organismes désignés par lui, sont aussi souhaités comme étant les garants d'un système plus sain, moins inégalitaire, plus juste.


     Tenir ce raisonnement suppose que l'on soit dans une économie dérégulée. Or, ce n'est pas le cas. La crise financière force effectivement à se poser des questions en matière de régulation de l'économie.

     Cependant, quand on observe l'économie d'aujourd'hui, ainsi que le mécanisme de la crise, on ne peut pas poser le débat en termes de dérégulation contre régulation. En effet, l'économie n'est pas dérégulée. Elle est régulée, quoi qu'on en dise. Et, d'autre part, l'économie de marché n'est pas un système dérégulé. Au contraire, pour qu'elle fonctionne correctement, il faut que certaines règles soient respectées.


     La crise financière ne peut donc être analysée en termes simplistes de dérégulation contre régulation, pour ou contre économie de marché. Ce sont peut-être des idées simplistes, d'ailleurs, qui sont responsables de la crise.


     Que montre l'analyse des événements, l'analyse du mécanisme de la crise? Que c'est à la fois une forme de régulation qui est en partie responsable de cette crise, ainsi que la non application des règles de l'économie de marché.


     Pour analyser cette crise, et sortir de la logique régulation contre dérégulation, il est nécessaire de montrer d'abord que l'économie est régulée. Ce qui sera fait dans une première partie. Ensuite, sera montré quelle forme de régulation a eu un rôle dans la crise financière. Enfin, il sera montré que l'économie de marché a des règles, et qu'il faut les appliquer pour que les marché remplissent le rôle qu'on attend d'eux.


Le système économique d'aujourd'hui est régulé.

     Le sentiment de dérégulation de l'économie s'explique par les évolutions de ces dernières décennies. Celles-ci ont été marquées par les privatisations, par la fin de certains monopoles d'Etat, par le développement du commerce international. Il y a eu un fort développement de la concurrence, des marchés financiers, en même temps qu'un discours de retrait de l'Etat de l'économie.


     L'importance prise par les marchés, la concurrence, ont donné le sentiment que l'économie n'était encadrée par aucune règle. Car on a popularisé l'idée que le marché, c'était l'abolition des règles. Les privatisations, la fin de certains monopoles d'Etat, le discours sur le retrait nécessaire de l'etat, tout cela a donné l'impression que l'Etat n'avait plus de prise sur l'économie. Et ne pouvait plus protéger la société des excès et des inégalités. Le développement du commerce mondial a aussi donné l'impression que l'économie n'était pas régulée, car elle échappait à l'emprise des Etats.


     Pourtant, l'économie actuelle est très régulée. Il y a de nombreuses règles, dont le nombre est plutôt en augmentation, qui régissent l'économie. Ainsi les marchés financiers sont réglementés. En France, ils sont sous la surveillance de l'AMF, l'Autorité des Marchés Financiers. Il existe des règles qui réglementent la concurrence, et un Conseil de la concurrence pour les faire appliquer. Même le commerce international d'ailleurs est encadré par des règles, par l'intermédiaire de l'OMC.


     La finance elle-même est très réglementée, et très surveillée. Les banques sont obligées de se conformer à des ratios de solidité financière. Il existe un organisme de coopération internationale, qui définit les règles prudentielles minimales qu'elles doivent respecter: le comité de Bâle.

     En France, la Commission bancaire veille sur la gestion de celles qui ont des activités sur le territoire. Une amende a même été infligée à un grand établissement, il y a un an ou deux, parce que sa gestion des risques n'était pas jugée suffisamment efficace. Amende avec injonction d'améliorer cette gestion. C'est un des paradoxes de cette crise que d'avoir éclaté dans un des secteurs les plus réglementés et surveillés de l'économie.


     Il s'agit là de régulation au sens de règles à respecter. L'action des acteurs est encadrées par ces règles. Une autre forme de régulation est l'intervention directe d'un Etat ou d'un régulateur dans l'économie, pour agir directement sur elle.

     Or, cette forme de régulation existe toujours également. Par l'intermédiaire des crédits d'impôts, par les dépenses militaires, très importantes, notamment aux USA. Il y a les politiques agricoles. Il ne faut pas oublier non plus que les prélèvements obligatoires sont passés en France de 33% environ à 44% du PIB en moyenne, entre les années 60 et aujourd'hui. Ce qui signifie que 44% de la richesse créée chaque année dans le pays est en fait utilisée par l'Etat.


La régulation à l'origine de la crise.

     A l'origine de la crise, il y a le dégonflement brutal de la bulle immobilière. Cette bulle s'était créée parce que nous étions dans une période de crédit facile. Le crédit étant facile, les taux bas, les gens pouvaient emprunter pour acheter une maison. Le montant du crédit était garanti par le prix de la maison. Comme le crédit était facile, la demande en maisons était forte, donc les prix augmentaient.

     Ce qui ne posait pas de problème pour obtenir un crédit, car le montant du crédit était toujours garanti par le prix de la maison, qui augmentait. Une sorte de cercle vicieux. Ce processus s'est produit aux USA. Mais, en France aussi les taux bas ont provoqué une flambée de l'immobilier.


     La bulle n'était pas seulement immobilière. Il y avait une bulle généralisée sur les marchés financiers. Ainsi, les opérations à effet de levier étaient très nombreuses. Une opération a effet de levier (LBO: Leverage Buy Out, et autres variantes) consiste à racheter une entreprise à crédit.

     Le fonds qui achète l'entreprise n'apporte qu'une partie de la mise, et emprunte pour plus de la moitié du montant de l'achat. On parle d'effet de levier car on peut acheter une grosse entreprise en apportant peu d'argent, comme un levier permet de lever une charge plus lourde que soi.

     Non seulement ces opérations étaient nombreuses, mais la part payée grâce à un crédit était de plus en plus importante.

     De plus, ces entreprises étaient ensuite revendues, au bout de 3-4 ans, à d'autres fonds qui payaient également à crédit.

     On voyait également beaucoup d'entreprises racheter leurs actions. En effet, ces entreprises préféraient emprunter pour investir, et remboursaient donc le capital apporté par les actionnaires. Comme le nombre d'actions était diminué, le prix des actions augmentaient. Cette opération n'était possible que parce que le coût du crédit était inférieur au coût du capital. Là encore, c'était en raison du crédit facile.


     Pourquoi le crédit était-il si facile? On peut incriminer les nouveaux instruments financiers, en particulier la titrisation. La titrisation est la technique qui consiste à transformer les crédits en titres financiers et à les revendre sur les marchés financiers. Ce qui permet aux banques d'accorder plus de crédit.

     Cependant, ce qui détermine le crédit, c'est le niveau des taux d'intérêt. Si les banques ont pu accorder autant de crédit, et se refinancer aussi facilement, c'est parce que les taux d'intérêt le permettaient, c'est à dire qu'ils étaient suffisamment bas. Pour les particuliers comme pour les entreprises, quand les taux d'intérêt sont bas, on peut emprunter plus facilement.


     La question est de savoir pourquoi la bulle financière n'a pas été crevé plus tôt, ce qui aurait causé moins de dégât, au lieu d'attendre qu'elle se dégonfle d'elle même. L'arme qu'on aurait pu employer, ce sont les taux d'intérêt. Une hausse des taux d'intérêt, plus forte et plus rapide que ce qui a été fait, aurait pu crever la bulle. Cependant, une telle hausse posait plusieurs problèmes.


     D'abord, ce sont les banques centrales qui déterminent les taux d'intérêt. Leur première mission est de surveiller l'inflation des prix à la consommation. Pas l'inflation des actifs financiers. Elles auraient pu intervenir pour juguler cette inflation des actifs financiers et de l'immobilier, car une bulle c'est de l'inflation. Mais cela leur aurait été reproché.  


      Ensuite, aux USA, les taux d'intérêt n'étaient plus vraiment utilisés pour lutter contre l'inflation, mais pour réguler l'économie. L'inflation des prix à la consommation ne représentait plus de gros dangers. Alors, les taux variaient en fonction des dangers de ralentissement économiques.

     Si la croissance menaçait de ralentir, les taux étaient baissés. Une baisse des taux, qui facilite le crédit, est censée relancer l'économie.

     Quand on était sûr que la croissance ne courrait aucun danger, on s'inquiétait de l'inflation, et on augmentait les taux d'intérêt. De l'avis général, c'est cette politique qui a entraîné des taux trop bas, et des bulles financières et immobilières.


      Le gouvernement américain était très satisfait de la situation. Les gouvernements apprécient les taux d'intérêt bas, car ils soutiennent la croissance. La bulle immobilière permettait d'abord la bonne tenue du secteur du bâtiment. En France aussi d'ailleurs.

     Ensuite, aux USA, et en Angleterre, aussi, la hausse du prix de l'immobilier permettait aux propriétaires de contracter de nouveaux crédits à la consommation, garantis par cette hausse. Ce qui soutient la consommation, et donc la croissance.


     Nous étions donc en plein dans un processus de régulation, qui arrangeait tout le monde, et même les autres pays, puisque la croissance américaine soutenait la croissance mondiale. L'économie était régulée par les taux d'intérêt, par la banque centrale américaine, avec la bénédiction du gouvernement américain. Et c'est cette forme de régulation qui a amené la crise.


Les règles du marché

     Parmi les raisons de la crise actuelle, il y a l'opacité de certains produits financiers. Quand une banque accorde un crédit, elle se refinance en revendant le crédit sur le marché financier. Les banques ont créé des titres représentant les crédits immobiliers. Un peu comme si elles avaient mis les crédits dans une sorte de fonds, et vendu des titres de ce fonds.

     Les banques ont mélangé dans ces sortent de fonds des prêts immobiliers sans risque, et des prêts risqués, comme les subprime. Ces titres ont été vendus. Ils ont été achetés par d'autres organismes financiers qui ont fait un nouveau mélange. Ils ont pris ces titres, les ont mis dans une sorte de fonds, et les ont vendu sur le marché. On ne sait donc pas du tout comment évaluer ces titres, car on ne s'est pas du tout à quoi ils correspondent.


     Il y a d'autres problèmes liés à l'information.
Ainsi, il y a ces agences de notations qui conçoivent des produits financiers, qu'elles notent elles-mêmes. La notation est l'évaluation du risque d'un produit financier. La confusion des rôle ne garantit pas une bonne notation, c'est à dire une bonne information sur le risque attaché à ce produit.

     Ce sont ces agences qui ont conçu les titres financiers opaques dont il est question au paragraphe précédent. De même, ce sont les entreprises qui sont notées par les agences de notation qui paient ces agences. La notation détermine le profil de risque de l'entreprise, et donc le taux d'intérêt auquel elle peut emprunter sur les marchés financiers.

     Il y a d'autres situations qui posent problème. Comme le cas des banques, qui conseillent les entreprises qui veulent émettre des actions. Ce sont les mêmes banques qui conseillent les investisseurs, dont les particuliers, qui veulent investir dans les actions. Les banques, pour leur défense, disent qu'il y a une "muraille de Chine" entre les activités de conseils aux entreprises qui veulent émettre des actions, et les activités de conseils aux investisseurs. Il y a là aussi un problème d'information.


     Or, une des conditions d'un bon fonctionnement de l'économie de marché, c'est la transparence. C'est à dire, en théorie, que l'information doit être pure et parfaite. En pratique, on se contentera d'une information fiable et suffisante. Le marché ne peut pas fonctionner correctement sinon. Ce qui est logique. On doit savoir ce que recouvre un produit pour pouvoir l'évaluer. Pour pouvoir s'engager, il faut une bonne information. Pour ne pas prendre trop de risque, il faut que ce risque soit bien évalué. C'est une règle de fonctionnement.


     Ce problème de l'information peut être étendu à la communication financière des banques et des entreprises. Pour contrôler les banques, il faut connaître l'étendu des risques qu'elles prennent. Il faut donc qu'elles communiquent les chiffres de leurs opérations. Cette communication n'est peut-être pas suffisante aujourd'hui, notamment dans le domaine de certains produits comme les produits dérivés. Connaître plus en détail les activités des banques peut permettre de s'apercevoir plus tôt qu'elles prennent trop de risques.


     Au delà de la transparence, d'autres règles doivent être respectées pour éviter certaines situations choquantes, comme les parachutes dorés de certains PDG. Je ne pense pas que les conditions de rémunération soient une cause de la crise et des risques pris par les banques.

     Mais elles révèlent un problème de gouvernance. Ce sont les actionnaires qui dirigent une entreprise, normalement. Le conseil d'administration doit être l'émanation de ces actionnaires.

     Mais il ne l'est pas forcément pour les grosses entreprises. Pense-t-on vraiment que les actionnaires aient voulu récompenser des patrons qui ont failli? Il y a un problème de représentativité des actionnaires, ce qui est, en fait, un problème de contrôle de l'action des patrons.


     En conclusion, les enseignements à tirer de la crise, ce n'est pas qu'il faille plus de régulation, plus d'Etat, et moins d'économie de marché. La réalité est moins simpliste qu'elle n'est présentée habituellement. Il faut effectivement faire respecter certaines règles de transparence, qui sont des conditions de bon fonctionnement de l'économie de marché.

     Mais il faut aussi s'interroger sur les méfaits d'une régulation simpliste de l'économie, comme cela a été fait avec les taux d'intérêt. L'Etat n'étant pas non plus le garant de l'intérêt général, puisqu'il approuvait cette régulation par les taux d'intérêt. En terme de politique monétaire, des réflexions s'imposent sur le niveau des taux d'intérêts, ainsi que sur les modes d'intervention possibles pour détecter et casser au plus vite les bulles financières.


Lire la suite

La responsabilité de l'innovation financière dans la crise actuelle

2 Novembre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

     

     L'innovation financière est aujourd'hui en accusation. Tous ces produits financiers sophistiqués, qui ont proliféré ces dernières années, et auxquels peu de gens comprennent quelque chose, sont pointés du doigt comme étant parmi les responsable de la crise financière. Ils apparaissent comme des produits de spéculation, parfaitement inutiles à ce qu'on appelle l'économie réelle. Et le comportement spéculatif de certains est accusé d'avoir créé la crise actuelle.


     Pourtant contrairement à l'opinion largement diffusée, tous ces produits ont une utilité. Une utilité dans cette économie réelle. C'est même pour cette économie réelle qu'ils ont été créés. Par exemple, beaucoup de ces produits financiers sont des produits de couverture. C'est à dire qu'ils servent à se couvrir contre un risque, comme une assurance.

     Ainsi, dans un contexte de prix du pétrole incertain, une compagnie aérienne va chercher à s'assurer contre la hausse des prix du carburant. Elle va acheter un produit financier conçu pour voir son prix augmenter quand le pétrole augmente. Si le pétrole augmente, la compagnie aérienne voit ses coûts augmenter.

     Mais le produit financier qu'elle a acheté augmente lui aussi. Elle fait donc un profit avec le produit financier qui compense la hausse des coûts de carburant. Si le prix du pétrole baisse, celui du produit financier baisse également. La compagnie aérienne fait une perte.

     Mais le carburant a baissé lui aussi. Ce qui compense la perte. Le but de la compagnie aérienne n'est pas de faire un bénéfice sur les marchés financier, mais de compenser la volatilité des prix du pétrole.


     Les nouveaux produits financiers peuvent également servir pour un fonds de placement à se protéger de la baisse d'un titre, particulièrement volatil. Certains fonds doivent reproduire l'évolution du CAC 40, c'est à dire augmenter ou baisser en valeur comme l'indice boursier de la bourse de Paris. Les nouveaux produits financiers peuvent aider à atteindre ces performances. Tous les produits ont une utilités.


      Ces produits peuvent bien entendu être utilisés par des spéculateurs, qui eux ne chercheront pas à se couvrir, mais à faire un profit. Cette spéculation est-elle néfaste? Ces spéculateurs ont une utilités. Quel que soit le produit financier, une action de société ou un produits dérivé très compliqué, ces spéculateurs assurent une certaine liquidité au marché.

     Si une société veut revendre, sur un marché, un produit qu'elle a acheté, elle est bien contente de trouver un spéculateur pour racheter ce produit. Pour certains produits financiers, le spéculateur peut servir de contrepartie. C'est à dire que si une entreprise achète un produit qui, par exemple, augmente quand le pétrole augmente, la spéculateur va acheter le produit inverse, qui augmente quand le pétrole baisse. Si le pétrole augmente, les pertes du spéculateurs paient les gains de l'entreprise. A l'inverse, si le pétrole baisse, les pertes de l'entreprise paient les gains du spéculateur.


     L'opinion communément admise est que ces nouveaux produits financiers ont provoqué des excès, qui sont responsable de la crise, ou, du moins, de sa gravité. Il faut d'abord rappeler que la crise n'est pas venue de ces produits sophistiqués, ni des spéculateurs. Elle est venue d'une classique bulle immobilière, qui a crevé. Ce n'est pas l'effondrement d'un marché de produits sophistiqués qui a produit la crise.

     D'autre part, si excès il y a sur ces marchés, ils ne proviennent pas des fonds spéculatifs. Le métier d'un fonds spéculatif est de prendre des risques. S'il perd trop d'argent, il disparaît, ce qui ne cause aucun tort à l'économie.

     Par contre, un problème survient quand des banques classiques, celles qui gèrent les dépôts des particuliers, signifie que ces banques prennent trop de risque. C'est un problème de gestion interne des banques, mais aussi de contrôle des banques par les régulateurs.

     Car ce secteur est très réglementé, très surveillé. Ainsi la commission bancaire avait infligé une amende à une grande banque car elle estimé que le contrôle des risques de cette banque n'était pas suffisant. Pourtant, certaines pertes sur des marchés comme celui des dérivés incitent à penser qu'une réflexion sur un meilleur encadrement des risques pris par les banques des particuliers est nécessaire.

     Cependant, ce n'est pas l'objet de cet article. L'essentiel est de souligner que la crise n'a pas été déclenchée par un marché de produits financiers sophistiqués. C'est l'effondrement de la bulle immobilière qui a provoqué cette crise.


     L'innovation financière n'a-t-elle pas, néanmoins, une responsabilité dans la formation de la bulle immobilière? En effet, la pratique aujourd'hui est de transformer les prêts que les banques accordent en titres financiers, et de revendre ces titres sur les marchés financiers. Ce qu'on appelle la titrisation. Cela permet aux banques de se refinancer. Les banques ont pu accorder plus de crédit grâce à la titrisation.

     Elles ont aussi vendu des titres qui mélangeaient des prêts normaux et des prêts à risque, appelés subprime. Le mélange permettait de vendre plus facilement les titres en question (cf l'article "Crise financière et régulation des marchés"). On peut penser que cette pratique a contribué au gonflement de la bulle immobilière.


      La question peut être posée autrement: sans la titrisation, y aurait-il eu une telle bulle immobilière? Il faut d'abord souligner que ces titres financiers sont plutôt simple. Ce sont des titres qui vont nécessairement perdre de la valeur si le marché immobilier s'écroule, qu'ils soient ou non mélangés avec des prêts subprime. C'est donc en connaissance de cause que ces titres ont été achetés, alors que tout le monde voyait bien que les prix de l'immobilier atteignaient des sommets jamais atteints.

     Sur les marchés, on appelle ça une bulle, et la correction, c'est à dire la baisse, est toujours sévère dans ce cas. On le sait. Ce qui n'a pas empêché l'achat de ces titres.

     Si les banques n'avaient pas eu recours à la titrisation, elles auraient vendu des obligations, et augmenté leur capital, ou créé des filiales spécialisées, pour se refinancer sur les marchés financiers. Elles auraient expliqué qu'elles avaient besoin de se refinancer pour accorder des prêts immobiliers.

     Pour quelles raisons ces refinancements auraient pu ne pas leur être accordés? Puisque les marchés ont accepté des titres liés directement à l'immobilier. On ne peut bien sûr réécrire l'histoire, et être certain de ce qui se serait passé si la titrisation n'avait pas existé. Mais pourquoi penser que les marchés auraient refusé de financer les crédits immobiliers par une autre méthode si la titrisation n'avait pas existé?


     Même si on accorde une part de responsabilité à l'innovation financière dans le gonflement de la bulle, la question centrale reste: mais pourquoi n'a-t-on pas crevé la bulle plus tôt?

     C'était possible. Les régulateurs auraient pu imposer des conditions de solvabilité pour les prêts immobiliers. La banque centrale américaine (la Fed, abréviation de Feral Reserve) aurait pu augmenter fortement ses taux d'intérêt, plus tôt et plus fortement qu'elle ne la fait.

     Cela aurait provoqué sans doute un ralentissement économique, mais celui-ci aurait été de courte durée. Il y aurait peut-être eu une récession, mais temporaire elle aussi. Surtout, le système financier n'aurait pas été ainsi mis en danger, et l'économie exposée à un danger autrement plus important qu'un courte récession.


     Cependant, le mandat de la banque centrale américaine lui impose de soutenir la croissance. Elle aurait été accusée de ne pas remplir sa mission si elle avait provoqué un ralentissement économique en remontant les taux d'intérêt de façon trop importante. La hausse de l'immobilier arrangeait bien le gouvernement américain, car elle soutenait la croissance, par l'effet richesse.

     En effet, la hausse des prix de l'immobilier permettait aux gens d'emprunter de l'argent aux banques, pour consommer. Ces crédits étaient garantis par l'augmentation de la valeur de l'habitation (cf l'article Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés ). Indirectement, la croissance américaine soutenait la croissance mondiale. 

     D'autres pays, comme la France, voulait importer le système de prêts gagés sur l'augmentation de la valeur de l'immobilier. 

     De plus, le prêt subprime permettait à des populations peu aisée d'accéder à la propriété, ce qui était vu d'un bon œil par le gouvernement américain. 

     Enfin, personne ne s'inquiétait car on pensait qu'il suffisait d'une baisse des taux d'intérêt pour relancer le croissance, d'une façon quasi mécanique. Or, c'est justement la gestion des taux d'intérêt par l'ancien président de la banque centrale américaine, Alan Greenspan, qui est accusée aujourd'hui, et l'était avant la crise, de déclencher des bulles financières.


     Tout cela mériterait d'être développé. Mais le sujet évoqué ici est la responsabilité de l'innovation financière dans la crise actuelle. Ces nouveaux produits financiers sont accusés d'être purement spéculatifs, et d'avoir déclenché, ou favorisé, la crise.

     On a vu qu'au contraire ces produits n'étaient pas purement spéculatifs, qu'ils avaient une utilité. Ils peuvent mettre des banques en danger quand elles prennent trop de risques, mais ce ne sont pas les produits innovants en eux-mêmes qui sont dangereux. C'est la gestion du risque par la banque.

     Une banque peut très bien prendre trop de risques sur un simple marché d'actions. La crise financière a été déclenché par la crevaison de la bulle immobilière. La question, pour éviter d'autres crises du même genre, c'est pourquoi a-t-on laissé se développer une telle bulle, alors qu'on avait les moyens de la dégonfler plus tôt? Cette question amène à se questionner sur les politiques monétaires et économiques menées ces dernières années. Et nous emmènent bien loin de l'innovation financière.

Lire la suite

Le Plan de recapitalisation des banques par l'Etat (Ratio Tier 1)

25 Octobre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

 

     La recapitalisation par l'Etat, à hauteur de 10,5 milliards d'euros, des six principales banques françaises peut susciter des interrogations. Pourquoi en effet recapitaliser des banques qu'on nous dit en bonne santé, et dont nous et vanté le modèle économique, à même, nous dit-on, de traverser la crise.


     En fait, il ne semble pas pour le moment que les banques françaises soient fragiles. Ce qu'on dit sur la solidité de leur modèle semble effectivement vrai.


     Cependant, l'Angleterre a lancé une sorte de surenchère. Les banques de ce pays sont plus touchées par la crise. Pour leur permettre d'inspirer à nouveau confiance, le gouvernement anglais a décidé de les recapitaliser, afin d'augmenter ce qu'on appelle le ratio tiers 1.


     Ce ratio est la proportion du capital de la banque par rapport aux crédits qu'elle accorde. Par exemple, un tiers 1 égale à 8% signifie que le capital de la banque représente 8% des crédits que celle-ci a distribués (cf l'article précédent, la partie consacrée au fonctionnement des banques).

     En réalité, le calcul du tiers 1 est plus compliqué. Il comprend les fonds propres, les quasi fonds propres, etc, rapportés aux différents engagement de la banque, suivant différents prorata. Mais, l'esprit de ce ratio c'est la proportion de l'argent que possède la banque par rapport à celui qu'elle prête.


     Plus le tiers 1 est élevé, plus la banque est considérée comme solide. Le tiers 1 des banque française est bon, entre 7,5% et 8%. Ce qui est bon, répétons le. Mais le gouvernement anglais a évoqué un tiers 1 à 9% pour ses banques. Aussitôt, les marchés ont considéré que ce serait mieux si les banques françaises augmentaient leur tiers 1. Le cours des banques françaises cotées en bourse a donc baissé, des rumeurs inquiétantes ont couru, chahutant encore plus ces cours.


     De plus, avec un tiers 1 plus élevé que les banques françaises, les banques anglaises auraient pu emprunter sur les marchés à un taux d'intérêt plus bas que les banques françaises. D'où un avantage concurrentiel.


     C'est pourquoi le gouvernement a décidé d'augmenter le capital des banques. Cela rassure les marchés, donnée essentielle alors que le manque de confiance est la cause de la crise. Cela met les banques françaises a égalité avec les banques anglaises. Et cela peut-être considéré comme une mesure préventive, qui anticipe d'éventuelles difficultés, et prépare les banques à ces difficultés.


     Cependant, mesurer la solidité d'une banque à ce ratio tier 1 est un peu réducteur. En fait, la force des banques françaises, ce sont les dépôts, que leur ont confiés les particuliers et les entreprises. Ces dépôts sont de l'argent qu'elles ont en caisse. Il permet de limiter les besoins d'emprunter sur les marchés financiers (cf l'article précédent, la partie sur le fonctionnement des banque).

     La banque la plus en difficulté est d'ailleurs Dexia, une banque sans dépôt, qui n'a pas pu se refinancer sur les marchés. De plus, comme ces banques gèrent les dépôts des particuliers, elles sont un peu plus surveillées par les autorités que les banques d'affaires.


     Maintenant, même si les banques françaises sont solides grâce à leurs dépôts, même si le gouvernement donne des gages aux marchés en renforçant leur capitaux, il faudra quand même du temps pour que la confiance revienne. Le retour de la confiance prend toujours du temps. Les marchés craignent qu'on ne découvre encore des risques cachés. Pour le moment, nul ne peut garantir que ce soit une crainte sans fondement.

Lire la suite

Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire)

19 Octobre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Les responsables européens se sont réunis en urgence et se sont accordés sur ce qu'ils pouvaient faire. Le gouvernement a sorti dans la foulée un plan de soutien aux banques, que le Parlement a voté sans coup férir. Ce plan n'ayant plus qu'à être mis en œuvre. L'Europe est-elle sauvée? Peut-on s'attendre à voir disparaître cette crise financière que nous pouvons suivre en direct dans tous les médias?

     Pour répondre à cette interrogation, il est nécessaire de présenter d'abord le problème principal posé par la crise, et qui peut bloquer l'économie: le problème du crédit. Ensuite, de décrire le plan.


I Le problème du crédit


Le crédit: comment ça marche?

     Le métier d'une banque est de faire crédit. Le produit qu'elle vend est le crédit, et le prix le taux d'intérêt. Quand une banque, que j'appellerai B1 fait crédit à une entreprise, elle met de l'argent sur le compte de cette entreprise. Puis, l'entreprise sort cet argent du compte, pour payer un fournisseur par exemple.

     Le fournisseur met l'argent sur son compte, à une autre banque, B2. Le problème, pour la première banque, c'est que ses comptes ne sont plus équilibrés, puisque l'argent est sorti. Or, les comptes doivent toujours être équilibrés. Elle doit refinancer le crédit sur le marché financier. Et qui peut lui prêter de l'argent? B2, la banque du fournisseur, puisque l'argent est dans ses comptes. On a le schéma suivant:


      

     Maintenant, multiplions le nombre de banques, d'entreprises, de fournisseurs. L'argent est au départ sur les comptes des entreprises. A l'arrivée, il est sur les comptes des fournisseurs. Mais la répartition entre les banques a changé. L'équilibre est obtenu sur le marché financier, les banques prêtant ou empruntant.


     Ce schéma peut paraître bizarre. Les banques ne prêtent-elles pas l'argent qu'elles ont en dépôt? En fait, le métier des banques, c'est de créer de la monnaie. Le crédit bancaire, au sens strict du terme, c'est de la création de monnaie. Les banques ne prêtent pas de l'argent qu'elles ont dans leurs comptes. Elles créent cet argent. Qui ensuite se retrouve dans les dépôts. D'où l'expression « les crédits font les dépôts », et non l'inverse.


     D'un côté, les banques créent de l'argent, et, de l'autre, elles doivent se refinancer car cet argent ne reste pas sur leurs comptes. Les sources de financement sont les dépôts, et différents emprunts sur les marché financiers: emprunt à un jour, un mois, un an, etc. Les banques ont aussi de l'argent à elles, ce qu'on appelle les capitaux propres. Mais ces capitaux sont nécessairement bien inférieurs au montant total des crédits accordés. Tel est le métier des banques: créer de la monnaie, et se refinancer.


     Ce qu'il faut retenir de ce schéma, c'est que par la nature même de leur activité, la "vente" de crédits, les banques doivent constamment se refinancer sur les marchés financiers, et se prêter de l'argent entre elles. Si les marchés financiers sont bloqués, les banques ne peuvent plus faire crédit. Or, c'est le cas aujourd'hui. Par manque de confiance, les banques ne se prêtent plus entre elles. Seule la banque centrale continue de prêter, pour soutenir le système.


Le risque systémique

     Les banques ne se prêtent plus entre elles car elles ne se font plus confiance. Elles ont peur que l'une ou plusieurs d'entre elles possèdent ce qu'on appelle des titres toxiques, c'est à dire, pour simplifier, des fameux titres subprime. Mais ce n'est pas la plus grande peur. Le problème, c'est aussi ce qu'on appelle le risque systémique.


     Prenons deux banques, B1 et B2, et un troisième établissement financier, pas forcément une banque, F1. B1 a prêté de l'argent à B2, qui a financé F1. Si F1 fait faillite, B1 et B2 sont toutes les deux en difficultés. Ou encore, B1 et B2 peuvent toutes les deux avoir prêté de l'argent à F1. La faillite de F1 peut donc avoir des conséquences sur tout le système bancaire.


     Dans la réalité, les banques ne prêtent pas forcément directement de l'argent à F1. Elles peuvent être liées à F1 à travers certains instruments financiers complexes, comme ceux appelés CDS. La faillite de F1 peut entraîner des pertes sur ce genre d'instruments. Certains établissement financiers peuvent-être impliqués dans de nombreux produits financiers de ce type. La faillite d'un établissement peut fragiliser tout le système financier. C'est pourquoi les Etats-Unis ont soutenu l'entreprise AIG. C'est pourquoi le fait qu'une banque d'affaires telle que Lehman Brothers fasse faillite suscite autant de conséquences.


Les effets d'une restriction du crédit.

     Le crédit permet d'acheter et de payer plus tard, de manière échelonnée généralement. Il soutient donc la consommation. Il permet de faire de gros achats, comme un achat immobilier. Actuellement, les agents immobiliers accusent les restrictions de crédit d'empêcher les gens d'acheter. Pour les entreprises, le crédit peut-être utilisé pour investir. Consommation, immobilier, investissement, le crédit est un soutien à la croissance. Une restriction du crédit (appelée "crédit crunch") peut donc ralentir la croissance.


     Les entreprises utilisent aussi le crédit pour leur trésorerie. En effet, il s'écoule du temps entre le moment où une entreprise commence à fabriquer un produit, et celui où elle le vend, et encaisse le prix. Pendant ce temps, il faut payer les fournisseurs, les loyers, les salariés. La trésorerie, c'est l'argent qui sert à toutes ces dépenses. Ainsi, sans crédit de trésorerie, une entreprise peut être saine, avoir de bonnes perspectives de développement, mais faire faillite parce qu'elle ne peut pas fabriquer ses produits.


II Le plan du gouvernement


Une structure de refinancement

     La principale mesure du plan gouvernemental est un système de prêts aux banques garantis par l'Etat. Il s'agit de faire en sorte que les banques recommencent à se prêter entre elles, par l'intermédiaire d'une structure spécifique. Concrètement, cette structure financière va emprunter sur les marchés avec la garantie de l'Etat. Donc avec un taux d'intérêt bas. Elle va ensuite prêter cet argent aux banques, avec un taux d'intérêt plus élevé, prix de la garantie de l'Etat. Cette garantie pourra couvrir jusqu'à 320 milliards d'euros.


     Les prêts accordés aux banques seront adossés à des crédits qu'apporteront ces banques: crédit aux particuliers et aux entreprises. Ces prêts doivent servir à financer des crédits à l'économie, et, pour contrôle, les banques devront publier mensuellement l'évolution des encours de ces crédits.


     Cette structure de refinancement est détenue aux deux tiers par les banques. L'Etat a la minorité de blocage, ce qui lui permet de bloquer des décisions. Certains se sont émus que les banques soient majoritaires. L'objectif est de ne pas compter l'endettement de cette structure dans le calcul des critères de Maastricht.

     En fait, le capital pourrait être possédé à 100% par les banques, cela n'aurait pas d'importance. C'est l'Etat qui garantit les emprunts, donc la structure dépend de lui. Les banques paieront directement la garantie à l'Etat. Et c'est la Commission bancaire qui contrôlera la qualités des crédits auxquels les prêts aux entreprises seront adossés. Cette structure doit prêter à des banques qui disposent de fonds propres suffisants. Elle n'a pas vocation à aider des établissements fragiles.


     Cette structure s'attaque donc directement au principal problème posé par la crise, le crédit, et qui peut paralyser l'économie.


Une structure de recapitalisation

     Une autre structure va être créée pour injecter de l'argent directement dans les banques cette fois, en prenant une participation au capital. Le capital est l'argent que possède en propre la banque, qui ne provient pas des dépôts bancaires ni d'un emprunt sur les marchés financiers. Il est apporté par les actionnaires, et il est aussi composé de la part des bénéfices mis en réserve.

     La proportion de capital de la banque par rapport aux crédits qu'elle a accordés doit toujours être supérieur à un seuil décidé par les autorités bancaires. Plus ce ratio est élevé, plus la banque inspire confiance. Par ailleurs le capital d'une banque diminue quand elle fait des pertes.


     Cette structure permettra donc à l'Etat d'injecter de l'argent dans une banque si celle-ci fait des pertes trop importante, et qu'elle ne parvient pas à lever des fonds sur les marchés. Elle pourra aussi renforcer le capital des banques françaises, même si celles-ci sont plutôt bien capitalisées.

     En effet, l'Angleterre a lancé une sorte de surenchère, pour augmenter le capital des banques. Sans doute pour frapper un grand coup, et restaurer la confiance dans les banques anglaises, qui surmontent plus difficilement la crise que les banques françaises.

     Le gouvernement anglais veut donner un avantage à ses banques, en augmentant la part de capital par rapport aux engagements de crédit. Les banques françaises pourraient se sentir obliger de suivre, et de faire appel pour cela, en partie, à l'Etat.


     Cette structure de recapitalisation peut lever jusqu'à 40 milliards d'euros.


Combien tout ça va-t-il nous coûter?

     C'est la question que se pose tout le monde: combien le citoyen moyen va devoir payer pour les erreurs des grands financiers? Sur ce point, on peut être rassurant. La structure de refinancement ne devrait rien coûter.

     En effet, l'argent sera emprunté sur les marchés, et tout de suite prêté aux banques, à un taux d'intérêt plus élevé. Le contribuable n'aura donc même pas à supporter le coût du taux d'intérêt. De plus, les prêts seront garantis par des crédits relativement sûrs. On peut donc raisonnablement penser que cette structure ne coûtera rien au contribuable.


     La structure de recapitalisation sera elle entièrement supportée par l'Etat. Là encore, ce sera un emprunt, mais les intérêts seront supportés par l'Etat. L'idée est de faire une plus-value, au moment de la revente de ces parts dans le capital des banques, et ainsi au final de gagner de l'argent.

     Ce qui n'est pas impossible, car le cours des banques est vraiment très bas. Néanmoins, ce bénéfice dépend, comme tous les investissements, des aléas de la bourse. De plus, dans un premier temps, les Français supporteront le coût des taux d'intérêt.


     En conclusion, l'objectif est d'arriver au moins à une opération neutre, au final, pour le budget.


(Une troisième mesure du plan concerne les normes comptables. Les organismes qui définissent les règles vont chercher à atténuer les effets des nouvelles normes comptables, qui aggravent la crise. Ces effets sont décrits dans mon précédent article du 13/10/2008, dans la partie "Les erreurs des régulateurs")


Conclusion: quelles suites pour la crise?


     Bien évidemment, tout le monde le sait, la crise ne va pas s'arrêter d'un seul coup. Les mesures prises par le gouvernement vont dans le bon sens. Elles visent à éviter une crise du crédit, en soulageant un peu la Banque centrale Européenne. Et doivent permettre d'intervenir si une banque est en difficultés. 

     Il y a un facteur dont il faut tenir compte, et que l'on oublie souvent en économie: c'est le temps. L'ajustement, ou la correction des marchés, n'est jamais instantanée. Nous sommes ici dans la situation où une bulle s'est formée sur le marché immobilier, alimentée par un excès de crédit. Il faut que la situation se décante.

     Avec le temps, on pourra voir quelle est la situation réelle des différents acteurs sur le marché, et quels niveaux de risque ils représentent réellement. Aucune mesure du gouvernement ne peut avoir un effet instantané. N'oublions pas qu'il y a un problème de confiance sur les marché. La confiance se perd plus vite qu'elle ne se gagne.


     Le plan du gouvernement pourrait être le début du développement de la transparence chez les banques. En effet, ce plan demande aux banques de publier l'évolution de leurs crédits à l'économie. Ces données permettent de mieux évaluer les risques que prennent les banques, et donc de mieux les contrôler. Il faut développer ce genre de transparence. Comme je l'explique dans mon texte du 13/10/2008, Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés , la transparence est indispensable au bon fonctionnement des marchés. C'est une des règles de base de l'économie de marché. Mais souvent oubliée par les patrons.


     Par ailleurs, en ce qui concerne la structure de refinancement, on a vu que les banques obtiendront des prêts adossés à des crédits, et que la qualité de ces crédits, apportés par les banques, sera contrôlée par la Commission bancaire. Là aussi, ce peut être le début d'un nouveau type de contrôle, et de notation, des actifs que les banques apportent sur le marché.

     On peut imaginer, dans une seconde phase, que les banques ne se refinancent plus par la structure mise en place par l'Etat. Elles pourraient apporter directement les crédits en garanties sur les marchés. La qualité de ces crédits seraient toujours contrôlée par l'Etat, contre rémunération toujours.

     Et juridiquement le prêteur pourrait se rembourser sur le crédit apporté en garantie, même si la banque fait faillite. Je précise que ceci est une spéculation tout à fait personnel. Le gouvernement espère que la structure de refinancement agira comme une pompe qu'on amorce: les banques, voyant qu'il n'y a plus de craintes à avoir, se prêteront l'une à l'autre directement. En ce qui concerne la suite de la crise, la prochaine étape envisagée est l'élaboration de nouvelles règles pour les marchés financiers. Ce qui pourra être l'objet d'un prochain article de ce blog.


Lire la suite

Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés

13 Octobre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     

     Le capitalisme est sur le banc des accusés, coupable de la crise financière actuelle. Beaucoup voient en cette crise l'échec du capitalisme, ou du néo-capitalisme pour certains, et de son corollaire, la dérégulation. Et l'on en appelle à une nouvelle régulation, à une nouvelle organisation des marchés financiers, à un nouveau Bretton Woods même.

     Et quelles sont les propositions concrètes de réorganisation des marchés financiers? Pour le moment, il n'y a pas grand chose. Ce qui revient le plus souvent, c'est que les marchés doivent être régulés, et on sous entend que les Etats, à l'échelon international, doivent-être les maître d'œuvre de cette régulation.


     Pourtant, contrairement à ce qu'on laisse entendre, les marchés financiers sont déjà régulés. Il sont sous la surveillance de régulateurs, comme la SEC et la FED aux USA, et chaque Etat veille attentivement sur eux. Chaque Etat encadre l'activité des marchés. On ne peut pas lancer comme on veut un nouveaux produits sur un marché financier.

     Pourtant, il y a une crise. Est-ce à dire que les régulateurs ont failli? La réponse paraît évidente. Si les marchés sont régulés, et qu'il y a quand même une crise, c'est que les régulateurs ont commis une erreur. C'est ce qui s'est passé.


Le mécanisme de la crise


     Pour comprendre la crise, il faut d'abord rappeler comment fonctionnent les banques. Aujourd'hui, quand les banques accordent des crédits, elles ne gardent pas ces crédits dans leurs comptes. Elles les revendent sur les marchés financiers.

     Ainsi, prenons par exemple une banque qui a accordé des prêts pour un montant total de 500 millions de dollars. Elle va créer alors une sorte de fonds de placement, appelé véhicule, dans lequel elle va mettre ces 500 millions de prêts. Puis, elle vend des titres de ce fonds de placement sur les marchés financiers. Ces titres sont achetés par d'autres institutions financières. Cette pratique est usuelle, et bénéfique pour l'économie: elle permet d'octroyer plus de crédits.


     Pour vendre les titres de ce véhicule sur le marché financier, ces titres s'apparentant à des obligations, il faut qu'ils soient notés. La note accordée indique le degré de risque du titre. Par exemple, un produit noté AAA (triple A), désigne un titre sans risque, ou quasiment.

     Un titre noté BBB est plus risqué, se vend moins facilement, et un investisseur en exigera un rendement plus levé, pour compenser le risque. Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on appelle les junk bonds, c'est-à-dire les obligations pourries, qui sont très risquées, mais peuvent rapporter gros.


     Ce mécanisme marche parfaitement. Il permet un bon fonctionnement des marchés en donnant une bonne information sur le risque. Le problème commence quand l’information est fausse. C’est-ce qui s’est produit.

     En effet, une technique a été inventée pour placer plus facilement des titres à risque sur les marchés financiers. Il s’agit de les mélanger avec des titres sans risque.

     Concrètement, les banques créent des sortes de fonds de placement, en mélangeant des prêts sans risque, avec une petite quantité de prêts subprime, ces fameux prêts très risqués. Les titres de ces fonds de placement « mélangés » sont notés AAA, comme des titres sans risque.


     La première conséquence de cette pratique a été le développement de ces prêts subprime. En effet, les banques parvenaient toujours à les revendre sur les marchés financiers. Donc, elles continuaient à développer ces prêts. Si on avait séparé les bon prêts des prêts subprime, les banques n’auraient pas pu placer si facilement des subprime, et elles auraient alors arrêté d’en accorder.


     Ensuite, la bulle immobilière, entretenue par les prêts subprime, a fini par éclater. Les prix de l’immobilier ont chuté aux Etats-Unis. De plus, les emprunteurs de prêts subprime bénéficiaient de deux ans de taux d'intérêts bas, avant de rembourser leurs prêts au taux réel. Après deux ans de taux d’intérêt bas, ils ont vu leurs remboursements augmenter considérablement. Ils sont devenus insolvables, et les prêts n’ont plus été remboursés.

     Les marchés se sont inquiétés. Ils se sont demandés où étaient les mauvais titres. Ils ont reçu la pire des réponses: on ne sait pas. Ces mauvais titres étaient mélangés avec de bons titres, pour mieux les vendre.

     Alors, l’effet inverse s’est produit: plus personne n’a voulu de ces titres de prêts immobiliers, car on ne savait pas combien ils valaient. On était, et on est, incapable d’évaluer la valeur de ces titres, qui mélangent les bons et les mauvais prêts.

     Par conséquent, les marchés sont bloqués. Il n’y a plus d’échanges sur ces titres. On ne sait pas non plus dans quelles proportions les établissements financiers sont exposés au risque subprime. Il y a une crise de confiance.

     Or, s'il n'y a pas de confiance, il n'y a pas de crédit. Donc, plus personne ne fait crédit à personne sur la place financière (en temps normal, les établissements financiers empruntent tous les jours sur les marchés). Le système est donc bloqué. C’est pourquoi les banques centrales ont prêté à tout le monde, pour débloquer le système.


Les erreurs des régulateurs


     Ce qu’il faut savoir, c’est que les régulateurs, en décidant de laisser faire ce mélange de bonnes et de mauvaises créances dans les mêmes titres, sont allés à l’encontre des règles de l’économie de marché. En effet, pour qu’un marché fonctionne, il faut savoir ce qu’on achète. Il y a eu ainsi une décision des régulateurs qui a provoqué in fine une crise financière. Mais pourquoi a-t-on laissé faire ce mécanisme, qui consiste donc à donner la même notation à des titres présentant un profil de risque différents?


     Evidemment, après coup, il est facile de faire la leçon. Sur le moment, on pensait vraiment que ces titres étaient sans risque, puisque des spécialistes le disaient. Cependant, un élément aurait pu pousser les régulateurs et les Etats, principalement l'Etat américain, mais aussi d'autres pays, à agir: c'est le gonflement de la bulle immobilière.

     En effet, il ne faisait aucun doute, à l'époque, qu'une bulle immobilière se formait. De même, il ne faisait aucun doute que cette bulle était largement alimentée par les prêts subprime. Cette opinion qu'il y avait une bulle immobilière était largement partagée à l'époque. On peut donc se demander pourquoi rien n'a été fait pour dégonfler la bulle.


      On peut imaginer qu'à l'époque, les régulateurs et les Etats, pensaient sincèrement que cette bulle se dégonflerait naturellement, sans problème. Cependant, les états ne voulaient pas vraiment que cette bulle soit dégonflée. En effet, l'augmentation de la valeur de l'immobilier créait ce qu'on appelle un effet richesse. Les propriétaires sont plus riches car la valeur de leur logement augmente.

     L'augmentation de la valeur du logement permet d'obtenir un nouveau crédit d'un montant équivalent. Schématiquement, si on a emprunté 200 000 pour acheter une maison, et que la valeur de celle-ci augmente à 300 000, alors on peut obtenir un crédit supplémentaire, peut-être pas de 100 000, mais conséquent tout de même.

     Cet effet richesse était considéré comme un moteur de la croissance aux Etats-Unis, et, indirectement, dans le monde. En Grande-Bretagne également la hausse de l'immobilier provoquait un effet richesse. Par conséquent, les responsables politiques ne voulaient pas provoquer le dégonflement de cette bulle. Ainsi, la banque centrale américaine aurait pu augmenter ses taux d'intérêt plus tôt, et de manière plus conséquente. Décision que généralement les responsables politiques n'encouragent pas.


     Une autre décision favorise l'aggravation de la crise financière, une décision prise dans le cadre d'une coopération internationale. Cette décision concerne l'évolution des normes comptables. Ce qui est en jeu, c’est la manière dont les entreprises doivent comptabiliser leurs actifs, en particulier leurs actifs financiers.

     Pour mieux comprendre, prenons un exemple. Un établissement financier achète pour 500 millions de titres. Il les inscrits dans ses comptes pour 500 millions. S’il les vend plus cher qu’il les a achetés, il fait une plus value, qui augmente son bénéfice. S’il les vend moins cher, il fait une moins value, qui vient diminuer son bénéfice, ou provoque un déficit. Si le déficit est trop élevé, l’établissement financier peut avoir besoin de se recapitaliser, c’est-à-dire aller chercher de l’argent frais sur les marchés.


     Les normes comptables évoluent aujourd’hui dans un autre sens. Le but est de coller à la valeur du marché. Si un établissement financier achète pour 500 millions de titres, il les inscrits dans ses comptes pour 500 millions. Si la valeur de ces titres baisses sur les marchés, l’établissement, même s’il ne les vend pas, doit comptabiliser une moins value, qui peut provoquer un déficit. Ce qui peut l’obliger à se recapitaliser.

     Si les marchés baissent, tous les établissements sont en déficit. Toutes les valeurs du secteur baissent . Ils devient très difficile de trouver de l’argent sur les marchés. Ce qui cause des faillites. Les nouvelles normes comptables entraîne un effet boule de neige en cas de crise.


Les enseignements de la crise financière.


     Cette crise financière ne marque donc pas l'échec du capitalisme. Elle ne montre pas que les marchés ont besoin de plus de régulation. Elle résulte du non respect d'une règle de fonctionnement des marchés: donner une bonne information (ce qu'on appelle la transparence).

     Le non respect de cette règle est à l'origine de la crise. La crise aurait pu aussi être évitée, ou être d'une ampleur beaucoup moins grande, si on n'avait pas laissé se former une telle bulle immobilière. Ce qui s'appelle aussi de l'inflation.


     Pour éviter qu'une telle crise se reproduise à l'avenir, l'idée communément admise est qu'il faut renforcer la régulation. Il ne faut pas laisser les marchés faire ce qu'ils veulent, et il faut renforcer le contrôle des gouvernements, dans le cadre d'une coopération internationale.

     Or, comme on l'a vu, les gouvernements n'étaient pas favorables à l'époque, à une augmentation des taux d'intérêt, qui aurait pu faire dégonfler plus tôt la bulle immobilière, et donner un coup de frein aux subprime.

     Par ailleurs, les normes comptables, définies en coopération internationale (américano-européenne du moins), ont été un facteur aggravant de la crise.


      L'enseignement de cette crise est qu'il faut faire respecter les règles de l'économie de marché. En l'occurrence, le problème ici est celui de l'information, ce qu'on appelle la transparence en économie. Il faut que les marchés disposent d'une information suffisante et fiable.

     C'est le problème de la notation par exemple. Deux produits différents ne doivent pas être présentés comme étant identiques. Un titre contenant des subprime, par exemple, n'a pas le même profil de risque qu'un titre sans subprime, même si des mécanismes financiers sophistiqués sont censés réduire à zéro le risque des subprime.

     La notation doit être revue, et ne doit peut-être plus constituer le seul élément d'information. Obliger à indiquer plus précisément de quoi sont constitués les titres mis sur le marché serait utile.


     La crise peut être aussi l'occasion d'obliger les établissements financiers à plus de transparence. Par exemple, si les établissements qui investissaient massivement dans les subprime avaient été obligés d'indiquer trimestriellement le montant de ces investissements, quelle que soit la note attribuée au titres achetés, certains actionnaires auraient pu s'inquiéter. Et freiner le mouvement.

     Il faudrait donc renforcer l'information financière que doit donner ce genre d'établissement. Les patrons vont rechigner à jouer le jeu de la transparence. En effet, cela place leur action sous le contrôle des actionnaires. Mais c'est ça aussi l'économie de marché: les patrons ne sont pas tout puissant.


NB: Voir aussi l'article Crise financière: qui est responsable?

Lire la suite
<< < 10 20 30 40 50 51 52 53 54