Analyse Libérale

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Autorité sur les enfants à l'école et à la maison

2 Juin 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Education

 

      L'APEL, l'Association des Parents d'élèves de l'Enseignement Libre et le quotidien La Croix ont commandé un sondage à l'institut CSA sur le thème: Autorité des parents et des enseignants: regards croisés parents/enfants. Ce sondage a été effectué sur un échantillon de parents et un échantillon de jeunes de 15 à 24 ans. 
 

      Ce sondage montre que l'autorité est perçue comme une valeur positive, chez les élèves comme chez les parents. Les parents, comme les enfants, considèrent qu'il y a un manque d'autorité chez les parents. mais pas en ce qui les concerne! Un manque d'autorité chez les autres comme dit l'étude. 
 

      De même, parents et enfants considèrent que les enseignants manquent d'autorité sur les élèves. 
 

      Mais, à la maison, les jeunes comme les parents considèrent qu'il vaut mieux s'imposer par le dialogue plutôt qu'en demandant l'obéissance aux enfants. 
 

       Il y a donc une apparente contradiction, entre l'autorité comme valeur reconnue, mais finalement refusée en pratique. 
 

      L'on nous apprend en statistiques l'importance des questions posées lors d'un sondage, l'importance du sujet étudié. En l'occurrence, Le sujet du sondage est l'autorité, dans le cadre de l'éducation, à la maison et à l'école. C'est pour ou contre l'autorité. 
 

      Les sondés ne veulent pas dire qu'ils sont pour l'anarchie. Un certain ordre est utile dans l'éducation. Mais ils ne sont pas pour la notion d'obéissance absolue. 
 

      L'éducation est un domaine complexe. Comme je l'ai montré dans un précédent article, L'éducation, ébauche d'un constat et de pistes.  , un bon environnement, à l'école et à la maison, est utile à l'éducation. En France, le débat est très réducteur: on parle tout de suite de discipline, d'autorité, et des clivages se forment. Ne pourrait-on pas parler, plus simplement, de conditions d'enseignement? Débattre, franchement, clairement, de ces conditions? Si on explique qu'il faut apprendre l'enfant à se concentrer, cela passera peut-être mieux que de parler d'autorité. Par ailleurs, ne plus raisonner en terme d'autorité pourrait favoriser l'interactivité de l'enseignement.

  

      Pour cela, il faut un véritable débat, une volonté politique de rassembler parents et enseignants autour de valeurs communes. Aujourd'hui, on ne peut pas construire l'Éducation Nationale sans les parents. C'est un fait. 
 

 

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La SNCF et la Commission Européenne

31 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

      La Commission Européenne proteste contre le statut de la SNCF, qui est un établissement public, ce qui lui confère la garantie de l'Etat, et la favorise pour emprunter sur les marchés financiers. Bruxelles voudrait que la SNCF prenne le statut de société anonyme. 
 

      Nouvelle poussée d'ultra-libéralisme au sein de la Commission? Mieux vaut chercher une autre explication. D'abord, parce que l'ultra-libéralisme n'existe pas en économie. C'est un terme politique inventé pour faire peur. Il y a différents courants libéraux, qui est une école très vaste, et les "plus libéraux" sont les libertariens. Mais nous ne sommes plus là véritablement dans l'économie. Les fondements du libertarianisme, ou libertarisme, sont philosophiques. C'est une réflexion sur la liberté. 
 

      D'autre part, dans la théorie économique, le chemin de fer a un statut bien particulier. Il est le symbole d'un débat sans fin sur les monopoles. Il est en effet considéré comme un monopole naturel. Ce qui signifie qu'on ne va pas construire trente lignes entre Paris et Lille par exemple. Par conséquent, celui qui possède la ligne, jouit d'un monopole.

 

      Ensuite, on peut aussi dire que le rail ne bénéficie pas seulement à ceux qui l'empruntent. C'est comme une route. Le rail peut amener de l'activité à une ville, des consommateurs, des touristes. Dont profitent les magasins de la ville, ses habitants, ceux qui n'utilisent pas le rail. Le rail peut désenclaver un port maritime aussi. D'où un argument en faveur d'un financement public. 
 

      Ces deux arguments sont des arguments libéraux. Il y a un débat sans fin. Avec toutes les solutions intermédiaires: concession, séparation de l'exploitant des rails et du matériel roulant, etc. 
 

      La Commission Européenne, elle, a choisi la libéralisation et la concurrence. Pourquoi? Il y a sans doute l'influence de la plupart des pays d'Europe, qui ont libéralisé et privatisé, ou en partie privatisé, le rail. La plupart ne l'ont pas fait par idéologie. Il s'agissait à la fois de réformer l'entreprise ferroviaire, ce qui, à tort ou à raison, paraissait difficile sous un statut public, réputé favoriser l'inertie; et d'attirer des investissements privés pour soulager un peu le budget de l'Etat. Un choix somme toute pragmatique. 
 

      Les dirigeants de ces entreprises d'Etat ont sans doute pensé aussi à l'expansion internationale, plus difficile quand il s'agit d'un groupe appartenant à un pays. Il y a certainement dans cette poussée de libéralisation des ambitions personnelles. 
 

      Il y a aussi peut-être un enjeu de pouvoir du côté de la Commission Européenne. Réclamer la fin du statut public des chemins de fer ne peut qu'entamer le pouvoir des Etats. Cela peut favoriser des liaisons et des entreprises transfrontalières, sur lesquels c'est le pouvoir de la Commission qui s'exercera. De même pour les éventuels rapprochements transfrontaliers entre entreprises de chemins de fers. 
 

      C'est ainsi que derrière des débats économiques de façade, il y a plutôt des manœuvres politiques. 
 

      Quant à savoir si la SNCF doit être privatisée, il y a des arguments pour, des arguments contre. Le système ferroviaire français est globalement de qualité, pour les voyageurs. Mais les grèves incitent à dire que le statut public entache la qualité de service, et entraîne une gêne et un surcoût pour les usagers (les grèves ont un coût, et le pouvoir de blocage des cheminots leur permettrait d'avoir un salaire élevé et des avantages). De plus, un statut privé peut favoriser les alliances européennes. Enfin, la régionalisation des TER peut favoriser la demande de choix de la part des régions, et donc de la concurrence, du moins pour les opérateurs de matériels roulants.

 

(A propos des monopoles, voir aussi Monopoles et logiciel libre )

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Comment réduire les déficits

29 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Un article du quotidien Les Echos indique que la mutualisation des achats des hôpitaux monte en puissance. C'est un moyen de maîtriser les coût, de faire des économies. Les économie prévues en 2010 s'élèvent à 102 millions.

 

     J'avais lu il y a quelque temps un article concernant la réorganisation des urgences, ou des consultations externes, je ne me souviens plus exactement, à l'hôpital de Beaujon , à Clichy La Garenne, à côté de Paris. Cette réorganisation avait permis d'ugmenter la productivité, grâce à des mesures simples. Par exemple, faciliter l'accès des infirmières ou des aides soignants à certains médicaments, alors qu'avant il fallait chercher une clef à un endroit éloigné de l'armoire contenant les produits en question.

 

     Ces exemples illustrent les économies qui sont possibles, dans l'optique de la réduction des déficits. Il faut pour cela s'intéresser au fonctionnement concret des services publics. On peut réduire les coûts, sans réduire le service. Et même dans la santé!

 

     En effet, dans ce domaine, des économies peuvent être réalisées sur tous les achats. Par exemple, les analyses médicales. Aujourd'hui, ce sont des machines qui effectuent les analyses. Il y a eu de grands progrès de productivités. mais les bénéfices vont aux propriétaires des labos. Imaginons des appels d'offres pour chaque ville, pour faire baisser les coûts en échange de l'exclusivité des analyses. Ou, plus simplement, des établissements publics, qui achèteraient, ou loueraient, des machines très puissantes, pour faire baisser les coûts?

 

     Ce sont des pistes peu explorées et qui pourtant permettraient des économies sans toucher à la qualité des soins. On pourrait ajouter une distribution des médicaments par les centres médicaux. Un organisme publics les achèterait en grande quantité, et, surtout, ce serait cette organisme qui informerait les médecins sur les nouveaux médicaments utiles, et non les visiteurs médicaux (lire à ce sujet cet article dans Challenges: Les médicamenteurs, la grande intox).

 

     Ce sont des pistes peu explorées et qui pourtant permettraient des économies sans toucher à la qualité des soins. Ni à la rémunération des médecins. Mais il faut pour cela mettre les mains dans le cambouis, en quelque sorte.

 

    Un autre exemple de réduction des coûts est donné par le système éducatif finlandais, sur lequel je me suis documenté dans le cadre de l'article . Le système éducatif finlandais obtient de meilleur résultat que celui de la France, mais, en pourcentage du PIB, les dépenses ne sont pas plus élevées. Pourtant, l'encadrement des élèves y est supérieur.

 

     L'une des raisons de cette économie de coût est l'absence de corps d'inspecteurs. Or, c'est une caractéristiques françaises que d'avoir des corps d'inspection dans les administration. Un changement d'organisation pourrait générer des économie.

 

     Une réflexion sur l'organisation administrative du pays pourrait aussi permettre des économies. Il y a tous ces comités Théodules, cette multitudes d'observatoires qui sont créés pour observer tel ou tel problème. Il y a toutes les agences, qui pourraient être fusionnées. L'Arcep, qui régule les télécoms, pourrait rejoindre le Conseil de la concurrence. Le CSA, pour l'audiovisuel, et le CNC, pour le cinéma, pourrait également fusionner. La simplification de la hiérarchie administrative aménerait des économie récurrente.

 

     Plutôt que d'embaucher des énarques, on pourrait aussi faire monter en grade des fonctionnaire cadre A. Cela coûterait moins cher, et ils seraient tout aussi capable. L'ENA a quelque chose d'anachronique. Aujourd'hui, les fonctionnaires de catégories A ont au moins une licence universitaire. Nous ne sommes plus au temps où il fallait une école pour former spécifiquement les hauts fonctionnaires. De plus, il existe aujourd'hui les IRA, les Instituts Régionaux d'Administration. On se demande pourquoi l'Ena existe toujours.

 

      Toujours ce même fil conducteur: s'intéresser au fonctionnement concret de l'administration, pour déterminer comment gagner en efficacité. Toutes les lois, tous les décrets devraient être analysés selon des critères d'efficacité. par exemple, on veut renforcer la lutte contre les fraudes en tout genre. Mais, une simplification des lois et des règlements pourrait diminuer les possibilités de fraudes, et économiser aussi le coût du contrôle. Le gouvernement veut diminuer le nombre de fonctionnaires. Mais il ne pourra le faire qu'en simplifiant les lois et le fonctionnement de l'administration.

 

     Qu'il faille ,réduire les déficits, la plupart des économistes en convient, avec réticence parfois, mais la nécessité s'impose. L'expérience passée sert d'exemple. Même si certains essaient encore de faire croire que les dépense vont nécessairement provoquer de la croissance. Il est donc temps de s'intéresser, enfin, aux moyens de réduire le déficit en faisant le moins de mal possible, économiquement et socialement. Nous payons les erreurs, errements du passé. Essayons de minimiser la casse. C'est possible.

 

     Mais, en politique, le débat est bien mal engagé. Nous avons les partisans de la rigueur, prêt à une diminution aveugle des dépenses, face aux opposants, qui protestent contre cette rigueur. Le résultat risque d'être pénible.

 

(Sur les moyens de relancer l'économie, cf Le schéma de base de l'économie   et La relance, l'innovation, capital risque et capital développement  )

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Faut-il réduire les déficits en période de crise?

23 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Les pays de l'Union Européenne, depuis la crise grecque, cherchent à montrer qu'ils sont capables de maîtriser leurs déficits budgétaires, pour ne pas connaître les mêmes problèmes que la Grèce. C'est-à-dire qu'ils doivent trouver des moyens de réduire ce déficits. 
 

     Cette politique fait débat. En effet, selon certains, une politique de réduction des dépenses est susceptible de retarder la reprise. 
 

     Tous les économistes s'accordent pour dire qu'en période de récession, il n'est pas anormal d'accepter un déficit. En effet, une récession entraîne une baisse des recettes fiscales (impôts) et sociales (cotisations sociales). Ainsi qu'une augmentation des allocations, allocations chômage et toutes celles sous condition de revenu. On a donc une baisse des recettes, et une augmentation des dépenses. Par conséquent, le déficit augmente. 
 

     Dans ces conditions, augmenter les prélèvements, sociaux et fiscaux, pour équilibrer le budget, c'est moins d'argent pour la consommation et l'investissement, et donc cela peut aggraver la récession. 
 

     Au contraire, avoir un déficit en période de récession, c'est avoir une politique "contra-cyclique", pour atténuer cette récession. 
 

     Il y a bien entendu toujours les keynésiens, qui comptent sur un effet relance de la dépense publique. Effet qui ne s'est pas vérifié. 
 

     Puisque la majorité des économistes s'accordent sur l'idée de laisser filer les déficits en cas de crise, pourquoi ces déclarations sur la baisse des déficits? En fait, c'est une question de niveau. Ce ne sont pas les déficits en tant que tels qui inquiètent, mais leur amplitude. L'expérience montre en effet qu'il faut les rembourser! Historiquement, il a toujours fallu rembourser les déficits. Actuellement, les différents états sont marqués par l'histoire récente, des années 1970 et 1980, quand les politiques keynésiennes de dépenses publiques ont finalement entraîné des plan de rigueur.

 

     C'est ainsi que les déficits français ont provoqué dans les années 1980 un grand plan de rigueur. Et pourtant, à l'époque, on ne pouvait pas comme aujourd'hui accuser l'euro, ou dire qu'il suffit d'un peu d'inflation pour les résorber. L'euro n'existait pas, et l'inflation n'a pas empêché un plan de rigueur. 
 

     Personne ne veut d'un plan de rigueur ou d'austérité. Mais la réalité l'impose. Le problème est différent selon les pays. Pour la France, le problème, c'est que même en période de croissance elle est en déficit. Il n'y a donc plus de réserve pour les périodes de crise. Finalement, ceux qui critiquent l'austérité aujourd'hui sont en partie responsables de celle-ci, puisque ce sont ceux qui ont protesté contre les critères de Maastricht et la politique de la BCE (Banque Centrale Européenne). 
 

     Cela rappelle que les problèmes de la France ne datent pas de la crise financière. Comme rien n'a été fait avant, nous sommes obligés de nous attaquer au problème du déficit en pleine crise. Ce qui est plus pénible. 
 

     Cependant, rien ne dit que quelque chose de significatif sera fait avant la présidentielle de 2012. La France a encore de la marge. Mais, plus nous attendrons, plus ce sera pénible. Encore une fois, souvenons-nous du gouvernement Mauroy, sous Mitterrand: un plan de relance keynésien de grande ampleur a été suivi d'un plan de rigueur d'une ampleur au moins aussi grande! 
 

     Pour lutter contre les déficits, les européens parlent de sanctions, d'autres veulent inscrire un objectif de réduction dans la Constitution française. Ce qui me paraît hors de propos. Au sein de l'Union Européenne, de la zone euro plus précisément, les sanctions ont fait le preuve de leur inefficacité. En particulier, deux pays qui auraient dû être sanctionnés il y a peu, pour déficit excessif, ont tout simplement refusé les sanctions: la France, et la si vertueuse Allemagne. 
 

     Quant à mettre un objectif de déficit dans la constitution, comment le faire respecter? Si la situation économique se dégrade brusquement, si le déficit se creuse, pourrait-on vraiment faire appliquer ce genre de loi? Un président ne le voulant pas aurait beau jeu de provoquer un référendum constitutionnel.

 

     D'ailleurs, quel objectif mettre? La politique budgétaire dépend de beaucoup d'éléments: les théories à la mode, la consjoncture. Inutile de bouleverser la Constitution à tout bout de champ. 
 

     Pour inciter les pays européens à une bonne gestion, je pencherais plus pour une sorte de FMI européen: un organisme, ou simplement un processus d'aide aux pays en difficultés, mais sous conditions. Cet organisme, ou la BCE, pourrait prêter de l'argent au pays en question, à condition qu'il prenne concrètement des mesures pour réduire son déficits. Aucun pays n'aurait envie d'être dans cette situation. Ce serait à la fois une incitation à une meilleure gestion, et une solution en cas de dérapage. Mais ce n'est qu'une réflexion, je ne crois pas à la solution miracle sur la question. 
 

     Plutôt que de savoir s'il faut ou non réduire les déficits (les réduire, pas forcément les éliminer en période de crise, pour parvenir à les faire disparaître en période de croissance), le débats devraient donc plutôt porter sur la manière de le faire. Ce qui implique deux volets. Un volet concernant la gestion des dépenses et des recettes: il faut éliminer les dépenses inutiles, s'assurer de l'efficacité des dépenses engagés, ainsi que de l'efficacité du système de prélèvement obligatoire. 
 

     Un deuxième volet concerne la politique économique, pour favoriser la croissance. Car la crise financière ne doit pas nous faire oublier que la France, et l'Europe, avaient déjà auparavant un chômage élevé et un problème de renouvellement économique. 
 

 

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Régulation financière: le projet du Sénat des USA.

21 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

Voici un lien vers un article qui résume les principaux points du projet de régulation financière adopté par le sénat des USA: USA, ce que prévoit la régulation financière votée par le Sénat . La Chambre des représentant ayant précédemment voté un projet, il reste à mettre les deux assemblées d'accord. Ce n'est donc pas un texte définitif.

(Pour un commentaire sur ce qu'il faudrait faire selon moi, voir mes articles   Régulations financière: les projets, et ce qu'il faudrait changer.   et  Le projet américain de réforme de la régulation financière   ).

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L'éducation, ébauche d'un constat et de pistes.

19 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Education

 

     La Cour des Comptes a rendu un rapport intitulé "L'éducation National face à l'objectif de réussite de tous les élèves". C'est l'occasion de publier un article sur l'école en France, que je prépare depuis quelque temps.


     L'école est un sujet complexe. Cet article présente juste quelques réflexions, rien d'autre. J'essaierai d'abord de sortir du catastrophisme, en montrant que la situation de la France en ce domaine est équivalente à celle de beaucoup de pays développés, et qu'elle est parfois meilleure. Puis, je déterminerai quelques pistes d'amélioration de l'école, en observant les pays qui obtiennent de bons résultats dans les comparaisons internationales.


Une ébauche de constat

     Les médias aiment le sensationnalisme, et ils nous présentent une situation critique. Qu'en est-il exactement? Pour situer la France, regardons le classement PISA de l'OCDE. Pisa est une étude très complète du niveau d'éducation dans les pays de l'OCDE, qui comprennent tous les pays développés, et des pays émergents. Selon les classements de cette étude Pisa, la France est dans la moyenne. Ce qui signifie trois choses. D'abord, que la France peut progresser. Ensuite, que les problèmes de la France sont aussi ceux d'autres pays. Enfin, que la situation, comparée aux autres pays, n'est pas si catastrophique. Il faut le souligner, dans les comparaisons internationales, si la France n'a pas le rang qui siérait à la nation de Jules Ferry, où l'Education est un pilier de la République, elle n'a pas une position honteuse non plus.

(Cliquer sur les tableaux pour les agrandir)

 

Pisa 2006 Cour des Comptes

 


(Classement Pisa 2006, extrait du rapport de la Cour des Comptes)

 

Pisa 2006 réussite et niveau social

 

     Ajoutons que la France intègre bien les enfants issus de l'immigration. Une étude publiée sous le titre Le destin des enfants d'immigrés: un désenchaînement des générations , montre que globalement les problèmes rencontrés par ces enfants sont ceux de tous les enfants. C'est l'origine sociale qui est déterminante dans leur parcours.


     Je ne veux pas ici brosser un tableau idyllique, ni négliger les problèmes. Ce que je veux souligner, c'est que le système français n'a pas que des défauts, et que ce qui est fait ailleurs n'a pas que des qualités. Ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain. L'école est complexe. Gardons toujours cela à l'esprit.


     Par ailleurs, les pays étrangers sont toujours friands de nos scientifiques. Notre filière mathématique est reconnue dans le monde. De même les connaissances des cadres français, et la capacité inventive. Nous sommes à la croisée de la rigueur germanique et de la créativité latine.


     Faire simplement un état des lieux est complexe. Par exemple, y a-t-il ou non une baisse du niveau des élèves? La réponse classique, qui sonne comme une évidence, c'est oui, le niveau baisse! D'autres répondrons l'inverse. En argumentant que l'analphabétisme est rare aujourd'hui chez les jeunes générations. Et que le niveau global a augmenté. En moyenne, les élèves en savent plus. On peut aussi à nouveau signaler cette reconnaissance internationale pour nos scientifiques.


     Il y a aussi, en France, mais également aux USA, une relative désaffection pour les filières scientifiques. C'est ce qui ressort régulièrement dans la presse. Je ne connais pas exactement la mesure de ce phénomène. Mais cela montre un facteur externe à l'école. Si les filières scientifiques sont moins pourvues, ce n'est pas forcément à cause d'une baisse de niveau due à l'école, mais aussi aux choix des élèves et des parents. 
 

     Cependant, on constate quelques problèmes d'orthographe jusque chez les cadres, pour qui des stages sont même organisés sur ce sujet. Les bacs généralistes paraissent moins exigeants qu'il y a quelques années. Nous sommes passés de math-élem à bac C puis S. Le bac B, assez exigeant, a lui disparu. Il y a des arguments en faveur de la thèse de la baisse de niveau.

 

Il y a donc un mouvement vers plus de connaissances de base, un autre vers une baisse, apparemment, du niveau moyen. Mais les grandes écoles très sélectives trouvent toujours les cerveaux en nombre suffisant.


     Le grand défi, finalement, reste l'éducation de masse. Comment s'adapter aux enfants,comment assurer à un tel nombre d'enfants, de milieux si divers, de conditions de vie si diverses, la meilleure éducation possible? Nous n'avons pas encore répondu à cette question en France, et d'autres pays non plus.


     Pour finir sur cette ébauche de constat, abordons le thème de l'ascenseur social. Cet ascenseur est unanimement considéré comme étant en panne de nos jours, et l'école est pointée comme étant responsable. Selon moi, cette responsabilité est à relativiser. En effet, il y a de nos jours beaucoup plus de formations accessibles à toutes les catégories de population, du moins quand on habite les centres urbains. Par contre, ce sont les débouchés qui ont diminué. En effet, même si l'élévation du niveau d'éducation est nécessaire pour l'ascension sociale, c'est surtout la croissance qui a permis cette ascension. En effet, c'est avant tout l'augmentation du besoin en personnel d'encadrement et de niveau supérieur en général qui a forcé les bonnes familles bourgeoises à recruter parmi le peuple.


Un "climat" d'étude

     Ce constat, ou plutôt cette ébauche de constat faite, que peut-on faire pour améliorer le système éducatif français? Une méthode logique consiste à voir ce qui se fait ailleurs. Deux des pays qui obtiennent les meilleurs résultats au classement PISA de l'OCDE sont la Finlande et la Corée du Sud. On peut trouver facilement des informations sur la Finlande. Malheureusement beaucoup moins sur la Corée. Par conséquent, la comparaison se fera essentiellement par rapport à la Finlande. 
 

     La Finlande et la Corée du Sud ont deux systèmes éducatifs très différents. Pour caricaturer, disons que celui de la Finlande se veut "progressif", en faisant en sorte par exemple que l'enfant se sente comme chez lui à l'école. Tandis que le système coréen ressemble plus à la France des années 1950-1960, avec par exemple une discipline stricte. Quels point communs peut-on néanmoins leur trouver?


     Un point commun est ce que j'appellerai le respect de la classe. En effet, en Corée du Sud, c'est la discipline à l'ancienne qui est appliquée. Ce qui permet à l'instituteur de "tenir" une classe nombreuse. En Finlande, il est développé un respect mutuel entre l'enseignant et les élèves, ce qui favorise l'attention en classe. Les élèves respectant également les locaux. Il est notable aussi que parmi les objectifs de l'éducation en Finlande il y ait «d'aider les élèves à croître en humanité et à devenir responsables de la société» (Basic Education Act,1998), ou «des individus bons, équilibrés, cultivés et intégrés dans la société» (Upper Secondary Schools AcT, 1998) (citations extraites de La Finlande: un modèle éducatif pour la France? de Paul Robert).


     Par ailleurs, la Corée du Sud est un pays où la compétition scolaire est acharnée: les parents poussent leurs enfants dans les études. La Finlande a su réformer son système éducatif dans un relatif consensus, ce qui dénote un souci commun pour l'éducation. Enfin, aux USA, certains comparent les immigrés asiatiques aux immigrés "wasp" (white, Anglo-Saxon, Protestant) des précédentes vagues. Les enfants de ces immigrés asiatiques sont poussés par leurs parents, pour qui l'éducation est importante, comme les wasp de l'époque. En effet, ces enfants asiatiques ont de bons résultats scolaires.


     Quelles conclusions tirer de tout cela? D'abord, l'ambiance en classe est importante. Il y a plusieurs méthode pour l'obtenir. La discipline, comme en Corée. L'acceptation de valeurs communes, et un climat de confiance, comme en Finlande.


     Ensuite, l'état d'esprit des parents est important. En Corée, les parents poussent leurs enfants. En Finlande, il y a manifestement un consensus en faveur de l'éducation. Et les observations faites aux USA confirment l'importance de cette composante. L'ambiance du milieu familial a une importance.


     Il y a régulièrement en France un courant réclamant le retour à la discipline et à l'uniforme à l'école. On voit avec l'exemple de la Finlande que l'important est surtout l'ambiance de la classe, la capacité d'attention de l'enfant. La discipline à la coréenne peut être efficace au début. Mais ensuite, il y a un moment, que je suis bien incapable de préciser, où il est important que les élèves apprennent à travailler en groupe. En effet, il est reconnu que le système éducatif américain n'est pas le meilleur globalement, mais qu'il a une qualité: il apprend les élèves à coopérer.


     Nous sommes à nouveau confronté à la complexité du sujet. Le débat sur la discipline renvoie à l'ambiance en classe. Mais l'attitude des parents a de l'importance. Il faut qu'ils acceptent les méthodes de l'école, et le fait, peut-être de pousser un peu les enfants à l'école. En tout cas, il est nécessaire de créer une ambiance propice à l'enseignement.


Tout se joue très tôt

     L'enseignement en Finlande se caractérise également par la volonté de détecter tôt les difficultés des enfants, et d'y remédier le plus vite possible. Dès le plus jeune âge. Sachant que pour la Finlande, l'école proprement dite commence au plus tôt à 6 ans. Auparavant, les enfants sont au jardins d'enfants.


     Je n'ai pas d'info sur la Corée du Sud à ce sujet. Par contre, tous les articles que j'ai pu lire confirment qu'il est essentiel de détecter tôt les difficultés de l'enfant. Il est généralement préconisé de prendre à part quelque temps ces enfants, pour des cours plus spécifiques, mais pas de les mettre dans des classes spéciales.


     Notons que ce qui vient d'être évoqué ici va à l'encontre de la politique de discrimination qui est régulièrement préconisée aujourd'hui. Pour l'éducation, beaucoup se joue au primaire. La discrimination ne règlera donc rien.


     Pour illustrer les différences entre la Finlande et la France, voici la répartition des budgets. On constate que la Finlande dépense plus par élève que la France en primaire et au niveau du collège, tandis que la France dépense plus au lycée.

 

Dépenses par élève


Le budget de l'école

     Les bons résultats de la Finlande ne s'explique pas par des dépenses plus élevées que la France, en montant par élève, ni en pourcentage du PIB. La Corée présente des dépenses plus élevées en pourcentage du PIB, du fait de l'investissement des familles.

 

 

Dépense d'éducation en fonction du PIB
 

Dépenses d'éducation en fonction du PIB 2005

 

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir, les chiffres sont ceux de 2004 (-1), ou 2003 (-2)

Graphique provenant de l'Institut de Statistique de l'Unesco)    

 

 Ces tableaux montrent donc que la France ne souffre pas d'une insuffisance d'investissement public dans l'éducation. C'est plutôt l'organisation, la manière d'enseigner qui font la différence. Sachant qu'en Finlande les élèves sont bien encadrés, le professeur disposant souvent d'un assistant au primaire et au collège, et les classes ne sont pas surchargées. Par contre, il n'y a pas de corps d'inspecteurs.


     Par ailleurs, les dépenses des USA en matière d'éducation, en pourcentage du PIB, sont très élevées. Cependant, les USA n'ont pas de meilleurs résultat que la France en matière d'éducation.


Conclusion

     Ce bref article rappelle que la France est dans la moyenne de l'OCDE quant au niveau de l'éducation. Et loin devant les pays en développement.


     Il est difficile ici de tirer plus de pistes de cette comparaison internationale. Pour aller plus loin, il faudrait plus d'informations, et comparer plus de pays entre eux. De ces comparaisons, il ressort donc que le climat d'étude est important, à l'école et au foyer; les difficultés des enfants doivent être détectées tôt; le montant des dépenses allouées à l'éducation en France semble suffisant, mais son utilisation peut être améliorée.


     Nous sommes ici loin des thèmes habituels quand il est question de l'école en France. C'était aussi le but de l'article que de montrer ces facettes du débat, qui m'ont interpellé quand je me suis intéressé au sujet de l'école d'une manière un peu sérieuse.


     Il y a bien des choses à écrire, bien d'autres thèmes à aborder. La méthode des comparaisons internationales ma paraît bonne. Mais elle doit être abordée avec pragmatisme, et il ne faut pas prendre un seul pays comme référence, ou se servir de ce pays pour corroborer d'autres études. Répétons le, le sujet est complexe.

 

(Sur le thème de l'éducation, voir aussi Nombre d'élèves par classe, nombre d'élèves par enseignants... )

 

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Un pas de plus vers la rigueur européenne...

12 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Encore un nouveau pas vers plus de coordination économique. Mais, comme je l'ai déjà écrit précédemment, pas dans le sens qu'auraient sans doute désiré ceux qui en France veulent un gouvernement économique de l'Europe. C'est en effet un pas vers plus de rigueur.

 

     En effet, selon les Echos, la Commission européenne propose de donner son avis sur les budgets des pays européens avant qu'ils soient votés par les parlements. La Commission ne donnerait qu'un avis. Les parlements nationaux resteraient souverain. 
 

     Angela Merkel applaudit à la proposition. 
 

     Il n'est pas certain qu'une telle procédure change grand chose. L'Allemagne et la France ont échappé aux sanctions quand ils n'ont plus respecté les critères de Maastricht. Cependant cette proposition montre bien que la tendance est à plus de contrôle budgétaire au niveau européen.

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Reculer pour mieux sauter?

10 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

      Une dépêche des Echos suscite de ma part une réaction à chaud. Il n'est pas toujours bon de réagir ainsi, mais la nouvelle est d'importance. Cette dépêche indique que les banques centrales des différents pays de l'eurozone vont racheter de la dette souveraine. C'est à dire qu'elles vont racheter sur le marché des emprunts d'Etat. Par contre, elles ne pourront pas acheter directement les emprunts émis par les Etats, car les statuts de la BCE l'interdisent. Les banques centrales de chaque pays étant aujourd'hui des émanations de la BCE. 
 

      Concrètement, un investisseur va acheter des obligations émises par un Etat, et il va pouvoir les vendre à une banque centrale de la zone euro. Le marché primaire, c'est quand on achète directement à l'Etat, au moment de l'émission des obligations. Le marché secondaire, c'est quand on achète en "deuxième main", en quelque sorte. Les obligations étant un emprunt d'Etat. Quand on achète une obligation d'Etat, on prête de l'argent à l'Etat, et on reçoit en échange un taux d'intérêt. 
 

      L'achat d'obligation d'Etat par la BCE, car c'est elle au final qui achète, est destiné à faire baisser les taux sur les marchés obligataires. 
 

      Notons d'abord que cette idée de faire baisser les taux n'est pas très pertinente. En effet, certains pays empruntent à des taux élevés, comme la Grèce, mais d'autres peuvent le faire à des taux très bas, comme la France et l'Allemagne. La situation en Europe n'est pas uniforme. 
 

      Ensuite, cette décision de la BCE fait très peur. A telle point qu'elle est qualifiée d'arme nucléaire. Pourquoi? Pour comprendre, il faut se rappeler d'où vient l'argent de la BCE. L'argent de la BCE, c'est du crédit. Il ne provient pas de dépôts bancaires. C'est de la création monétaire pure. (cf Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire)  pour comprendre le mécanisme du crédit) C'est ce qu'on appelle la planche à billet. Alors qu'un emprunt obligataires c'est de l'argent prêté par des investisseurs. Or, l'expérience montre que la planche à billet, ce n'est jamais bon. Je dis bien l'expérience, nous ne sommes même pas là dans la théorie économique. 
 

      Par exemple, nous sortons, ou plutôt nous sommes dans une crise financière provoquée par un excès de crédit. L'excès de crédit a provoqué la hausse des marchés immobiliers, c'est-à-dire de l'inflation. L'excès de crédit a entraîné une hausse de la consommation, jusqu'à ce que tout s'effondre  (cf Les essentiels sur la crise ). 
 

      Ici, c'est le même risque: une croissance à crédit, qui entraîne un effondrement. Par le passé, la planche à billet a produit une inflation des prix à la consommation. La précédente inflation était dans l'immobilier. On ne sait plus trop comment elle peut se manifester aujourd'hui. Ce peut-être une inflation sur les marchés obligataires. Ou, tout simplement, une croissance alimentée par le seul crédit, et qui s'effondre quand les remboursements deviennent trop importants. 
 

      La BCE déclare qu'elle va compenser cette injection de liquidités en absorbant celles qu'elle a injecté sur d'autres marchés financiers. Pourquoi pas. La BCE a en effet fait crédit aux banques pour des montants bien supérieurs à la normal. Ce sont ces crédits qu'elle va se faire rembourser. Ou, plutôt, quand ces crédit seront remboursés, elles en accordera encore, mais moins. Cela diminuera peut-être le danger de sa décision. 
 

      Cette décision de la BCE, qui n'a pas su résister aux pressions des gouvernements, consiste pour ces derniers à reculer pour mieux sauter. En effet, les déficits, il faudra bien les rembourser un jour. Cette situation, nous l'avons déjà connue. Les déficits des relances des années 70 et 80 ont abouti à des plans de rigueur, dont le plan français du gouvernement socialo-communiste de l'époque. Ce n'est pas une question d'idéologie donc: quand on a trop vécu à crédit, même si on ne rembourse pas ses emprunts, il faut réduire son train de vie. La réduction du train de vie est pénible. Elle a donné le forfait hospitalier. La diminution du pouvoir d'achat (A l'époque, petit garçon, j'avais remarqué que la contenance de la bouteille de mon soda favori avait diminué. J'ai compris plus tard que c'était l'effet du blocage des prix.) 
 

      Evidemment, on peut penser que je verse dans le catastrophisme. Mais, n'a-t-on pas considéré qu'un Etat ne pouvait pas faire défaut sur sa dette, du moins les Etats de l'eurozone, il y a deux ans? N'a-t-on pas ignoré ceux qui se méfiaient de l'explosion des déficits, insistant sur le danger que ces déficits représentaient, avec à l'appui les expériences du passé? Malheureusement, aujourd'hui, les craintes sont avérées. 
 

      On parle beaucoup du principe de précaution. Peut-être faudrait-il l'appliquer dans le domaine des finances publiques. Où cela s'appelle aussi de la prudence, du bon sens. Le risque que nous courons aujourd'hui, c'est que plus on attend, plus l'atterrissage sera pénible. Pour le moment, on berce d'illusions les populations. Nous sommes, encore et toujours, dans une politique de très, très  court terme. 
 

      Nous vivons en quelque sorte une expérience: jusqu'à quel point pourra-t-on pousser la logique du déficit? 
 

(Le lecteur qui ne connaît pas mon blog pourrait croire que je suis de ceux qui n'ont comme solution que la baisse des dépense publiques. Aujourd'hui, il y a effectivement des dépenses excessives. Mais il y a aussi des dépenses mal utilisées. Je suis pour une refonte de l'action publique comme je l'explique dans l'article Justice Sociale .)


 

 

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Crise de l'euro: mécanisme et enseignement

9 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

      Crise de l'euro, crise de l'Europe, risque de contagion, la crise grecque semble entraîner toute l'Europe dans la tourmente. Mais qu'est-ce qui se passe exactement, et quels sont les enseignements de tous ces événements pour l'Europe?

 

L'origine de la crise

      Bien sûr, à la base il y a la crise financière, dont je parle abondamment dans différents articles,  Les essentiels sur la crise et même dans un livre La crise avec des mots simples . Je n'oublie pas cet aspect, mais je traiterai ici plus spécifiquement de la crise grecque et de ses suites.

 

      L'origine de la crise grecque est le déficit public de ce pays. Mais pas seulement. C'est le manque de confiance à la fois dans la capacité à rembourser ses emprunts, et aussi dans les statistiques de ce pays. En effet, ce déficit a plusieurs fois été réévalué. Ensuite, la Grèce était en pleine campagne électorale, ce qui ne favorise pas la mise en place de mesures pour lutter contre les déficits. A titre de comparaison, l'Irlande a un déficit supérieur à celui de la Grèce. Mais elle a pris des mesures drastiques. Et son économie inspire plus confiance. 
 

      En effet, la confiance est le maître mot. C'est un principe de base en finance. Une économie comme la France, plus riche, inspire plus confiance que l'économie de la Grèce. De plus, la France a démontré qu'elle était capable de prendre des mesures de rigueur. Ainsi, dans les années 80, un des plans de rigueur les plus drastiques que le pays ait jamais connu a été mis en place par un gouvernement socialo-communiste. Par conséquent, même les diatribes du parti socialiste contre la rigueur n'inquiètent pas trop. 
 

      Le manque de confiance en la capacité de la Grèce à rembourser ses emprunts a fait monter le taux d'intérêt auquel ce pays peut emprunter. Plus le taux d'intérêt est élevé, plus le coût des emprunts est élevé. La Grèce pouvait toujours emprunter, mais les remboursements devenaient trop élevés. C'est pourquoi un plan d'aide européen a été mis en place. Ce plan permet à la Grèce de se financer, à un taux moins élevé que sur les marchés financiers, mais élevé quand même. Et en échange d'une politique de réduction du déficit budgétaire.

 

      Le fait que la Grèce se soit retrouvée presque dans l'incapacité de rembourser ses emprunts a suscité des inquiétudes envers d'autres pays, dont le déficit budgétaire est inquiétant. Inquiétant par les montants en pourcentage du PIB, mais aussi parce que ces déficits semblent devoir augmenter. C'est la volonté et la capacité des pays à juguler, à stabiliser au moins, ces déficits qui est mise en doute. Les pays concernés sont l'Espagne, le Portugal, et, dans une moindre mesure, l'Irlande.

 

Conséquences pour l'euro et l'Europe

      L'euro est-il en danger? La crise grecque en elle même ne met pas l'euro en péril. Un éclatement de la zone euro est toujours possible, mais la probabilité est faible. D'autre part, l'euro est encore loin de ses plus bas niveaux. Il est déjà descendu jusqu'à 0,80 $.

 

      Certains se félicitent même d'une baisse de l'euro, arguant qu'une telle baisse augmente la compétitivité des produits européens. Cependant, une baisse de l'euro entraîne une hausse des prix des matières premières importées, une hausse des carburants. Il y aura donc une hausse des prix dans la zone euro, et la baisse de la monnaie sera contrebalancée au moins en partie par la hausse des prix des matières premières, et donc la compétitivité ne sera pas forcément améliorée.
 

      Mais la variation du cours de l'euro n'est qu'une conséquence, presque un épiphénomène. En effet, plus il y aura de pays en difficulté, plus on aura de craintes pour les autres pays. Par exemple, si l'Espagne est en défaut de paiement, c'est-à-dire si elle ne peut plus rembourser sa dette, on se posera la question: et l'Italie? Et la France? Les difficultés de ces pays rappellent, un peu brusquement, qu'un déficit, ça doit se rembourser.

 

      Là est le véritable problème: jusqu'où peuvent aller les déficits? S'ils semblent hors de contrôle, les taux d'intérêt auxquels les pays doivent emprunter pour les combler vont augmenter, jusqu'à devenir insupportables. Il n'y a pas de seuil objectif. Le Japon est en déficit depuis des années, et a accumulé une dette qui représente 200% de son PIB. Mais, pour l'instant, les épargnants japonais financent la dette de leur gouvernement. Mais, un pays ne peut vivre indéfiniment à crédit. Ou, plutôt, il faut que sa croissance puisse financer ce crédit.

 

      Par exemple, si un pays a un déficit de 2% de son PIB, et que sa dette reste stable, en pourcentage du PIB, cela signifie que ce pays a connu une croissance qui a financé le déficit, a posteriori (ou ex post, pour employer des termes appréciés des économistes). Chacun peut vivre à crédit si ses revenus futurs permettent le remboursement du crédit. Mais il existe un seuil, qui dépend de chacun, où cela n'est plus possible.

 

      Chaque pays européen en difficulté renforce le doute sur la capacité de la zone euro à rembourser ses emprunts. Là est le problème. Ensuite, la baisse de l'euro est une conséquence de ce manque de confiance. Mais elle n'est pas vraiment le problème .

 

      Par ailleurs, si à chaque fois qu'un pays a des difficultés, les autres se portent à sa rescousse, en s'endettant pour lui prêter de l'argent, la capacité d'endettement de ceux-ci va vite atteindre ses limites. Et donc, pour eux aussi, on doutera de leur capacité à rembourser et les taux d'intérêt vont augmenter.

 

      C'est ce qui explique les déclarations du gouvernement français s'engageant sur un gel des dépenses publiques. Il faut montrer que la situation est maîtrisée. 
 

L'Europe critiquée

     L'Europe a-t-elle trop tardé à agir? J'ai déjà écrit sur le sujet, dans deux articles: La crise grecque et l'Europe  La crise grecque et l'Europe, suite.   . Le fait que les pays européens aident la Grèce est déjà historique. Quant à la lenteur, là encore le reproche n'est pas fondé. Pour une négociation entre autant de pays, on peut dire au contraire que l'Europe a été très réactive. Dans ce domaine, les négociations sont d'ordinaire bien plus longues. 
 

      D'autre part, il faudrait cesser de prendre comme référence l'instant. On se base sur les variations journalières des marchés financiers pour conclure qu'il faudrait réagir uniquement en fonction de ces réactions. Sachons prendre du recul. 
 

      L'on entend parfois dire qu'il faudrait mutualiser les dettes des pays de la zone euro. Ce serait l'Europe qui emprunterait, ce qui permettrait au pays plus fragile de bénéficier des mêmes taux d'intérêt que les pays mieux considérés. Mais ce raisonnement fait l'impasse sur le fait que la confiance dépend du maillon le plus faible. Que se passe-t-il aujourd'hui? La confiance dans les pays de la zone euro est mise en danger par les pays considérés comme les maillons faibles. Ce serait pareil, et plus rapide, en cas de mutualisation des dettes. La situation serait pire. Car tous les pays seraient touchés en même temps par la baisse de confiance. Et on en reviendrait au même point: montrer que les déficits ont vocation à être réduits. 
 

      On parle aussi d'un manque de coordination entre pays de la zone euro, de la nécessité d'une gouvernance économique, d'une harmonisation fiscale et sociale. Pourtant, on a vraiment l'impression d'une bonne coordination des politiques économiques ces derniers temps: tous les pays sont en déficit, et, par exemple, beaucoup ont instauré des primes à la casse pour l'automobile. 
 

      Par ailleurs, ce genre de revendication correspond parfois en France à la volonté de voir l'Europe suivre une politique keynésienne de relance, de voir la BCE abandonner la lutte contre l'inflation, de voir tous les pays suivre la même politique, et une politique qui ne soit pas une politique de rigueur, ni libérale. Mais nos partenaires seraient-ils d'accord? Une politique unifiée à l'échelle de l'Europe serait plutôt l'inverse de ce que souhaitent ceux qui critiquent l'Europe en France (L'Europe des 27, pas seulement l'eurogroupe). Les pays nordiques, l'Allemagne, l'Autriche, n'accepteraient pas d'abandonner la lutte contre l'inflation, ni une politique budgétaire trop laxiste. Les déficits actuels devant être clairement temporaires. L'Italie et l'Espagne non plus, je pense. En fait, peu de pays se rallieraient à une telle politique. Une politique unifiée à l'échelle européenne serait le contraire de ce que veulent beaucoup de ceux qui la réclament en France. 
 

      Les reproches faits à l'Europe donnent l'impression qu'on attend d'elle qu'elle soit le père Noël. L'Europe est souvent présentée par nos dirigeants comme la solution à tous nos problèmes, et comme le bouc émissaire quand elle n'a pas de solution miracle. Ce n'est pas comme cela que l'Europe va progresser. 
 

Les enseignements de la crise

      La crise force l'Europe à envisager de nouveaux mécanismes. Le traité de Maastricht avait instauré un seuil de déficit et un seuil d'endettement à ne pas dépasser, sous peine de sanction. Ce système s'est avéré inopérant. Il n'a pas empêché un pays comme la France d'être constamment en déficit, par exemple. 
 

      Les pistes envisagées passent par exemple par un fonds de soutien européen. Ce serait une sorte de FMI européen, en fait: les pays en difficultés pourraient y avoir recours. Mais, même si rien n'est dit à ce propos aujourd'hui, ce ne serait pas sans contrepartie, comme pour la Grèce. Ce système est intéressant, plus qu'un système de sanctions. On peut penser que les pays chercheraient à éviter de passer sous les fourches caudines d'un tel organisme. 
 

      On pourrait aussi envisager un renforcement de l'appareil statistique européen. Il apparaît en effet insuffisant. Que l'organisme européen Eurostat ne s'aperçoive pas que les statistiques de la Grèce soient incorrectes est inadmissible. 
 

      Mais, surtout, ce que nous vivons, c'est en accéléré que qui est écrit dans les livres d'histoire économique. Dans les années soixante dix, quand la crise est survenue, ce sont d'abord des politiques de relance qui ont été menées. Puis, ont alterné les politiques de relance (go) et les politiques de rigueur (stop) pour résorber les déficits nés de la relance. C'était la politique de stop and go. Aujourd'hui on s'interroge sur l'opportunité de maintenir les déficits pour soutenir la croissance, ou sur la nécessité de ne pas entrer dans une spirale de l'endettement. Comme autrefois. Et après seulement deux ans de crise. 
 

      La crise financière a fait croire aux néo-keynésiens que leurs politiques pouvaient revenir en grâce. Mais voila qu'elles sont brutalement remises en question. Les critiques contre les critères de Maastricht perdent aussi de leur pertinence. Mêmes si ceux-ci sont inopérants, leur principe se montre d'une actualité criante: on finit toujours par payer les déficits. 
 

      Ce que nous payons aujourd'hui, c'est d'avoir été constamment en déficit. Il n'est pas anormal d'être en déficit en période de crise. Mais nous l'étions même en période de croissance. Nous avons peu de réserve. 
 

      Beaucoup en France ont réclamé plus de coordination économique en Europe, pour appliquer à l'échelle européenne une politique de relance, pour être plus souple sur les déficits. Une coordination se met en place... dans le sens inverse. 
 

      Et ce n'est pas par idéologie. Personne n'aime la rigueur. C'est la réalité qui nous rattrape. C'est cette réalité qui avait guidé le principe des critères de Maastricht. C'est pourquoi ce que nous vivons actuellement est un peu la revanche de Maastricht. 
 

      Bien sûr, ce sont les populations qui paient pour les erreurs des dirigeants politiques, qui n'ont qu'une vue à court terme. Comme d'habitude. 
 

Conclusion

      Nous vivons une étape importante de la construction européenne. Contrairement à ce que beaucoup écrivent, l'Europe est très présente. Il est vrai que le traité de Maastricht, sur l'union monétaire, est incomplet. Cependant, pour faire adopter des mesures contraignantes à plusieurs pays, malheureusement, il faut une situation de crise. Le point positif c'est que les européens coopèrent. Il y a des chances de faire un nouveau pas de la construction européenne. Mais pas dans le sens qu'auraient imaginé les pourfendeurs de la BCE et de Maastricht. Et ce n'est pas une question d'idéologie. C'est la réalité qui s'impose à nous. 
 

      Et c'est la principale leçon. Nous avons cru pouvoir nous affranchir de cette réalité. Elle nous a rattrapé. 
 

      Cependant, de bonnes choses peuvent sortir de cette crise. Une organisation européenne plus efficace que le traité de Lisbonne, qui, comme la constitution européenne, s'éloignait de la méthode de construction de l'Union: des projets concrets, pour s'attaquer à des problèmes concrets. Là encore, nous revenons à la réalité.

 

     (Pour des informations sur la Grèce, faites un tour sur Kafenio, un blog intéressant sur le sujet. Et, à propos du déficit en France, voir Déficit public: les limites, et comment il sera réduit. )


 

 

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La crise grecque et l'Europe, suite.

5 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

     Les événements qui se produisent en Grèce semblent indiquer que j'ai fait preuve de trop d'optimisme dans mon article précédent. j'y avais souligné le progrès que constituait le plan d'aide à la Grèce. Je soulignais qu'il n'y a pas si longtemps, une crise financière telle qu'aujourd'hui aurait entraîné une guerre. Or, le Grèce a connu aujourd'hui des violences, et des morts. 
 

     Dans cet article, je prenais le contrepied des critiques adressées à l'Europe, sur sa lenteur à aider la Grèce. J'écris que les pays d'Europe n'ont pas été si lent: un pré-accord rapide, et une aide dès qu'elle est demandée. J'ai aussi souligné que ce processus paraissait normal. Ce qui était une évolution considérable. Il était une époque pas si lointaine où cette solidarité n'aurait pas paru normale. Par conséquent, je maintiens ce que j'ai écrit. 
 

     Par contre, j'ai effectivement négligé d'envisager les réactions, prévisibles, des Grecs. Dans un cas comme celui-ci, l'Europe apparaît souvent comme bous émissaire. Elle est souvent choisie comme bouc émissaire par les pays européens. L'euro, en particulier, rempli bien ce rôle. En France, c'est à cause de l'euro, et de la BCE, qu'on ne peut faire une politique de relance. Sauf que c'est ce que le pays fait actuellement, sans que la croissance soit au rendez-vous. Sauf que la France oublie qu'elle n'aurait jamais eu des taux d'intérêt aussi bas, malgré son déficit récurrente, malgré ses vicissitudes politiques, sans l'euro. Et, sans l'euro,nous serions déjà en plein plan de rigueur. 
 

     Le FMI aussi a l'habitude d'être critiqué, à tel point qu'il en paraît parfois traumatisé. Il est le grand méchant, qui impose des plans de rigueur aux populations. Et l'on oublie que le FMI arrive toujours quand un pays est en crise. Mais que ce n'est pas sa faute si le pays est en crise. Le FMI agit comme une banque, imposant des conditions purement financières. Mais, justement, le FMI est une banque! Et il réussit plutôt bien sa tâche. Par exemple, les pays d'Asie se sont bien remis de la crise qu'ils ont connu. Accuser le FMI des crises c'est comme accuser les pompiers d'être pyromanes. Le FMI n'intervient que quand la situation est catastrophique. Il ne peut être tenu responsable d'une situation qu'il n'a pas contribué à créer. Ses méthodes sont dures. Oui, car il est le dernier recours. Les vrais responsables, dans ces cas, sont ceux qui ont mis le pays dans la nécessité d'une intervention du FMI. Le FMI n'est rien d'autre qu'une banque, et agit comme telle. Il n'est que voir le grand écart de son président, qui a poussé aux plans de relance et donc aux déficits budgétaires, mais qui contraint à la rigueur les pays auxquels il prête. 
 

     Dans le cas de la Grêce, l'Europe tient le rôle du banquier. Mais elle n'est pas responsable de la situation du pays. 
 

     Il faut reconnaître que les critiques des allemands, et le surnom de PIGS (cochons en anglais) donné par les anglais pour désigner le Portugal, l'Italie, la Grêce, et l'Espagne (Spain en anglais), n'ont pu qu'envenimer la situation. 
 

     Il faut aussi souligner que la crise grecque a débuté alors que ce pays était en période électorale, ce qui est peu propice à une action efficace dans le domaine budgétaire. 
 

     Enfin, soulignons les déclarations du ministres des finances grecs, relayées par Le Figaro, qui reconnaît que son pays a fait des erreurs. On verra ce que donne ce genre de déclaration. Mais cela montre que les Grecs, contrairement à ce qu'on dit, prennent leurs responsabilités. La France aussi à tendance à ne se réformer qu'en temps de crise. 
 

     Certains pourraient conclure que je suis trop compréhensifs à l'égard des grecs. Peut-être. J'ai tendance à blâmer les dirigeants plutôt que les populations.

 

     Enfin, on pourrait souligner ce que l'Europe, et en particulier l'euro, apportent à la Grêce, dans cette situation de crise: des taux d'intérêt bas. En effet, les banques grecs peuvent toujours se refinancer auprès de la BCE,à des taux très bas. Si la Grêce n'était pas dans l'euro, ces taux de refinancement flamberait, ralentissant encore plus l'économie. Cela, aucun média ne le dit, à ma connaissance.

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