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La réforme des retraites est-elle injuste?

24 Juin 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

      Le projet de réforme des retraites est-il injuste? C'est ce que l'on entend aujourd'hui. Les reproches sont de deux ordres.

 

      Le principal, c'est que le projet de réforme ne demande des efforts qu'aux salariés, par l'allongement de la durée de cotisation. Le second est que le projet prend insuffisamment en compte la pénibilité du travail.

 

      Sur le premier reproche, on peut répondre que telle est la retraite par répartition. Les cotisants paient pour les retraités. Les cotisants sont les salariés. Les autres se débouillant tout seul. Ils peuvent néanmoins cotiser. Ils en récupèrent des droits à la retraite, comme les salariés. Il en était ainsi avant le projet de réforme, il en est ainsi après.

 

      Le projet de réforme affiche au contraire la volonté de faire payer les riches. Et, surtout, de financer les retraites autrement que par les revenus du travail. Par l'augmentation de la tranche supérieure du taux marginal d'impôt sur le revenu, et par l'augmentation des impôts sur les plus values et les revenus financiers. Bien sûr, ce n'est qu'une petite partie de l'effort. Mais c'est un changement radical: la retraite par répartition n'est pas financée par l'impôt. Il y a ainsi introduction de solidarité. Par conséquent, dire que les salariés supporteront tout l'effort n'est pas fondé. Le gouvernement modifie un peu le principe de financement de la retraite, en introduisant l'impôt en plus de la répartition.

 

       En ce qui concerne la pénibilité, on peut constater que le projet en tient compte, au contraire. Il est vrai que le gouvernement lui même ne surestime pas le volet consacré à la pénibilité dans le projet. Peu de personnes sont concernées. Mais ce volet existe. Jusqu'à présent, rien dans notre système de retraite ne prenait en compte ce genre de situation.

 

      Par conséquent, les reproches ne sont pas forcément mérités. Mais, en fait, le plus grand reproche, à peine caché par cette rationalisation, c'est la fin de la retraite à 60 ans. Une fin toute symbolique pourtant, puisque, par la nécessité de cotiser un certain nombre d'années, beaucoup n'auraient pas pu prendre leur retraite à cet âge.

 

       Au fil des ans, s'était installée l'idée d'une période de travail, salarié, stable, avec un salaire augmentant à l'ancienneté, de plus en plus courte, suivie d'une période où l'on pourrait profiter de la vie: la retraite.

 

      Cette vision a-t-elle jamais été une réalité? Les baby boomers ont certes profité d'une période d'expansion. Mais on l'exagère largement. Dans les années cinquante, les conditions de travail étaient difficiles. Ensuite, beaucoup ont connu les pré-retraites et la mise au "rebut" à 50-55 ans. Les dix, ou même vingt dernières années de carrières ont pu être hachées.

 

       Plus que les baby-boomers, ce sont ceux qui sont nés entre deux guerres qui ont connu la plus longue période d'expansion. Mais ils ont connu la guerre aussi.

 

       Encore, l'un des principaux avantages était un immobilier relativement bon marché par rapport à aujourd'hui. On pouvait plus facilement acquérir une maison pour ne pas payer de loyer durant ses vieux jours.

 

      Mais l'idée s'est ancrée d'un mouvement vers une vie active plus courte, un temps de travail réduit durant cette vie active, et une retraite longue, douce, tranquille, sans problème financier.

 

      C'était une idée agréable, née d'un cycle d'expansion économique. Les politiciens l'ont soutenue, mais aussi des économistes. La vie se résumait à trois périodes, l'enfance et les études, le travail, puis la retraite. Une vie sous contrôle, bien normée.

 

       La crise n'a pas balayé cette conception. Au contraire, on a vu dans la retraite, et la réduction du temps de travail, un moyen de réduire le chômage.

 

       Cette conception est très profonde, et inhérente à l'ère industrielle. Quand j'ai étudié la notion de travail à l'université, j'ai été frappé de voir à quel point elle était liée au travail industriel. A tel point que les définitions du travail ne permettaient pas d'étudier le travail avant l'ère industrielle. De notre point de vue, le travail est rattaché au salariat. Alors qu'avant l'ère industrielle, ce qui ressemblait au salariat, c'est à dire travailler pour quelqu'un, ne pas être artisan, ou surtout ne pas avoir son lopin de terre, signifiait être la lie de la société. 
 

       Depuis la révolution industrielle, depuis l'instauration du capitalisme, de l'économie de marché, il y a une marche qui nous paraît continue et naturelle vers moins de travail, plus de loisir. 
 

      La crise n'a pas tout à fait interrompu ce mouvement. En effet, jamais le système social n'a été aussi protecteur. Les pauvres d'aujourd'hui vivent dans de bonnes conditions selon les critères d'hier. Nous avons vécu en partie sur notre lancée en quelque sorte. 
 

      La retraite à 60 ans en est un exemple. A l'époque de son instauration, on savait déjà que le pays n'en avait pas les moyens: l'évolution démographique ne le permettait pas. 
 

       Aujourd'hui, ce qui paraissait naturel, ne l'est définitivement plus. L'augmentation de l'âge de la retraite est vécu comme un recul symbolique. Même s'il s'explique par des raisons purement démographiques: la proportion d'actifs, qui financent les retraites, diminuant par rapport à la proportion de retraités.

 

       Les reproches contre la réforme des retraites traduisent la perte d'un idéal. D'autant plus que la majorité des français pensent que cette réforme est inéluctable, et que même la gauche ne rétablira pas la retraite à 60 ans. 
 

      Les débats économiques d'aujourd'hui n'incitent pas non plus à l'enthousiasme. Augmenter les prélèvements? C'est difficile. En effet, les prélèvements sont déjà élevés, à près de 50% du PIB, en comptant les prélèvement obligatoires, autour de 44%, et les prélèvements qui ne sont pas considérés comme obligatoires par les statistiques. Tout au plus pourrait-on, à taux de prélèvement constant, alléger, par exemple, les prélèvements sur le travail, pour les augmenter sur d'autres revenus (comme je le propose dans l'article  Le Smic à 1 343 euros net: c'est possible  ) 
 

       Les discours économiques médiatisés ont aussi un côté surréaliste. En effet, Nous revivons en accéléré les débats des années 1970 et 1980, sur le stop and go! Avec la crise, nous avons retrouvé le réflexe keynésien de relance par le déficit. En oubliant son inefficacité. Et nous nous retrouvons dans une problématique de lutte contre les déficits, en pleine crise. Nous avons agi en oubliant l'histoire économique récente. 
 

        Mais qui y croit vraiment, à la relance par la dépense publique? Qui croit qu'il suffit d'augmenter les prélèvement? Qui croit qu'il est possible d'éviter la rigueur? 
 

       Le problème de notre époque, c'est le manque de perspective, le manque d'espoir. C'est cela qui caractérisait les années 60, que l'on idéalise. La règlementation du travail était bien plus légère qu'aujourd'hui, les licenciements plus faciles, la protection sociale bien plus faible, et ne parlons pas des retraites, avec un seuil de pauvreté élevé en raison des faibles revenus des personnes âgées. 
 

      Le discours économique doit ouvrir des perspectives, contenir de l'espoir. Tout en étant crédible. C'est cela que l'on demande à l'économie, et c'est ce qui explique le succès keynésianisme. C'est une théorie qui a légitimé ce que les Etats faisaient déjà: relancer l'économie par la dépense publique. On sait aujourd'hui que ça ne fonctionne pas. 
 

       Le rêve, c'était aussi la force du marxisme. 
 

      Il faut donc un discours réaliste, mais aussi porteur d'espoir, avec cette ambition un peu folle de "changer le monde". C'est ce qui manque en France aujourd'hui. 
 

 

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Sujet du Bac ES

22 Juin 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Education

 

    La presse vient de publier le sujet de synthèse proposé au Bac ES ce jour:

 

    "Après avoir montré que l'insertion dans le commerce international peut favoriser le développement, vous présenterez les limites de cette relation"

 

    Je n'ai pas passé le Bac d'économie de mon époque, qui était le bac B. Je ne ferai donc pas de comparaison. Je souhaite juste réagir à la pauvreté du sujet.

 

    C'est en effet un sujet fermé, qui ne demande aucune réflexion, mais simplement de réciter un cours. Il demande de montrer que l'insertion dans le commerce international peut favoriser le développement, mais dans certaines limites. Pas d'opinion, pas de réflexion, le plan quasiment imposé.

 

    Ce n'est pas ça l'économie. L'économie est débat, découvertes, confrontation d'idées, argumentation. Quelle que soit l'opinion que l'on professe. L'économiste doit avoir un esprit d'analyse, et savoir argumenter une opinion propre. Le sociologue également.

 

    Au delà des débats sur ce qu'il faut enseigner en économie, je pense que l'école doit préparer à la réflexion, à l'argumentation.

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Le projet de réforme des retraites du gouvernement.

16 Juin 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

 

      Le gouvernement vient de présenter son projet de réforme des retraites. Le projet est disponible sur le site du ministère du travail. Voici différents liens: il y a une synthèse, un dossier de presse qui présente le projet en fiches (ce n'est pas trop long, c'est écrit gros et c'est aéré). Il y a aussi le discours du ministre, que je n'ai pas lu. 
 

      Il s'agit d'un projet, qui doit encore passer par l'Assemblée Nationale et le Sénat. 
 

      Le projet est basé sur l'allongement de la durée de la vie active. L'âge légal de droit commun est progressivement augmenté, pour arriver à 62 ans en 2018. L'âge légal augmentera de la même manière pour ceux qui aujourd'hui peuvent prendre leur retraite à 50 ans et 55 ans. Il sera porté à 52 et 57 ans. 
 

      Par contre, pas pour les régimes spéciaux. Pour tenir compte de la réforme de ces régimes en 2008, le mouvement d'augmentation de l'âge légal commencera en 2017. Une année d'élection présidentielle, mais bien après la prochaine élection de 2012! 
 

      La durée de cotisation pour bénéficier d'une retraite à taux plein augmentera en fonction de l'espérance de vie, jusqu'en 2020. Compte tenu des estimations de l'INSEE, la durée de cotisation devrait être de 41,5 ans en 2020 (ce peut-être plus si l'espérance de vie augmente plus rapidement). 
 

      De même, l'âge permettant de bénéficier d'une retraite à taux plein sans avoir le temps de cotisation requis est relevé de 65 à 67 ans. 
 

      Cette augmentation de la durée de la vie active est logique. La retraite est avant tout un problème de démographie. Il y a proportionnellement de plus en plus de retraités par rapport au nombre d'actifs. Il faut rétablir une proportion qui permette de financer les retraites (cf La réforme des retraites  ). 
 

      Le gouvernement va aussi chercher à augmenter un peu les recettes pour les retraites. La mesure principale est peut-être l'augmentation du taux de cotisation dans la fonction public, passe de 7,85% à 10,55%, en s'alignant sur celui du privé. Soit une augmentation de 2,7 points, c'est-à-dire 34,4%. Cette augmentation sera étalée sur 10 ans. Précisons que ce taux s'applique sur le traitement des fonctionnaires, mais pas sur leurs primes, qui n'entrent pas dans le calcul de la retraite des fonctionnaires (cf Retraites: salariés du privé contre Fonction Publique  ). 
 

      Les syndicats pourront protester que les négociations salariales dans la fonction publique ont toujours tenu compte de ce taux de cotisation. Ils demanderont parallèlement une compensation salariale. 
 

      Il faut aussi noter que la mesure touchera proportionnellement plus les bas salaires de la fonction publique. En effet, dans la fonction publique, plus la rémunération est élevée, plus la part des primes est importante. 40% par exemple pour certains cadres A, parfois plus. Par conséquent, par rapport à la rémunération totale, l'effort sera proportionnellement plus important pour les rémunérations les plus basses. 
 

      Les syndicats pourront également dire que, avec l'augmentation de la taxation des fonctionnaires, c'est une partie de la classe moyenne qui trinque. Pas les riches. 
 

      En réponse, le gouvernement veut augmenter divers impôts. Comme la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu, qui passe de 40 à 41%. Je ne suis pas certain que cette mesure soit si "équitable" que ça. En effet, plus on est riche, plus on échappe à ce taux. Soit par les niches fiscales, soit par des montages, comme le déficit fonciers, soit parce que les revenus financiers sont moins taxés que les revenus salariaux (cf Faut-il augmenter les impôts des riches?  ). Finalement, ce sont les hauts revenus salariés qui trinqueront le plus. Pas le 1% de la population, qui est la plus aisée. 
 

      Le gouvernement va certes également augmenter l'impôt sur les revenus financiers, en faisant passer le taux d'imposition de 18% à 19%. Mais il maintient l'abattement de 40% sur les dividendes. On peut penser qu'une refonte de l'impôt sur le revenu, avec une réelle simplification, une suppression de la plupart des niches fiscales, aurait été plus efficace. Selon le principe qu'un impôt est efficace s'il a un taux bas, et une assiette large (l'assiette étant la base d'imposition: plus il y a de revenus imposés, c'est-à-dire moins il y a d'exonération, plus l'imposition est efficace). On pourrait même augmenter le rendement de l'impôt sur les revenus, c'est-à-dire augmenter les rentrées d'argent.. en baissant le taux marginal d'imposition! 
 

      Par ailleurs, le gouvernement parle d'augmenter le taux d'imposition sur les plus values immobilières, mais celles-ci sont exonérées si la vente a lieu 15 ans après l'achat de l'immeuble. Or, un achat immobilier est un investissement de long terme. 
 

      Le projet propose aussi un mécanisme pour tenir compte de la pénibilité, et permettre à ceux qui sont "dans une situation d'usure constatée" de prendre leur retraite à 60 ans. Mais seules 10 000 personnes seraient concernées selon le gouvernement. 
 

      Ce sont donc les principaux points du projet, basé donc sur l'allongement de la durée de cotisation, essentiellement.

 

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La notation à l'école, un avis critique.

13 Juin 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Education

Voici un lien vers l'observatoire des inégalités, un entretien avec Andé Antibi, professeur de mathématiques, qui porte un regard critique sur le système de notation de l'école en France. Pour nourrir le débat sur l'éducation.


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Faut-il suivre l'exemple de l'Allemagne?

12 Juin 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

      L'Allemagne est souvent montrée en exemple, pour sa gestion budgétaire, et sa compétitivité. Et il est vrai que l'Allemagne se veut aujourd'hui un exemple de gestion budgétaire, en proposant un plan ambitieux de réduction des déficits. D'autre part, l'Allemagne vient à peine de céder la place de premeir exportateur mondial à la Chine. Elle reste deuxième, proche de la Chine, malgré une population beaucoup moins nombreuse, et des coûts salariaux qui sont parmi les plus élevés au monde (cf l'article sur la TVA sociale).

 

      Cependant, il est utile de rappeler que l'Allemagne n'a pas toujours respecté les critères qu'elle défend aujourd'hui. Elle s'est trouvée, récemment, dans la même situation que la France, avant la crise, sous la menace d'une sanction pour non respect des règles de déficits. L'Allemagne et la France n'ont pas été sanctionnées... car elles ont refusé de l'être! 
 

      D'autre part, voici deux graphiques, qui proviennent de la Banque de France, et qui retracent la croissance du PIB de la France et de l'Allemagne ces dernières années.

 

      PIB aux prix de l'année précédente chaînés en données cvs-cjo, en pourcentage

 

  croissance France et Allemagne

 

      Comme on le remarque, la France n'a pas à rougir de la comparaison avec l'Allemagne en matière de croissance. Ces graphiques montrent aussi que la croissance de l'Allemagne est très dépendante de la croissance mondiale.

 

      L'Allemagne ne connaît donc pas une croissance exceptionnelle, comparée à la France, elle est très dépendante du commerce extérieur, et elle n'est pas si vertueuse sur le plan budgétaire.

 

      Ajoutons que la consommation en Allemagne stagne, signe que la population n'a pas profité de la croissance. Celle-ci est entièrement tirée par le commerce international. Ces dernières années, les salariés ont même vu leurs salaires stagner. L'Allemagne ne semble pas avoir de "moteur interne" pour son économie.

 

      Observant la situation allemande, avant la crise, j'attendais le moment où les salaires augmenteraient. Mais, tout comme la croissance mondiale portait la Allemagne, la récession mondiale l'a enfoncée.

 

      A contrario, un pays comme la Chine exporte beaucoup, mais sa croissance est aussi interne. Par exemple, ce n'est pas pour exporter que les constructeurs automobiles s'installent dans ce pays. Mais bien pour le marché chinois.

 

      Il y a certainement des choses à imiter en Allemagne. C'est un pays qui a une remarquable organisation à l'exportation, qui sait faire évoluer son industrie, en fabriquant des produits demandés dans le monde entier. Elle est également efficace dans l'agroalimentaire, ce qui est moins connu.

 

      Cependant, l'absence de ressort interne, de croissance interne, doit interpeller. De même, la comparaison avec la croissance française n'est pas si flatteuse.

 

      L'Allemagne a certes un chômage inférieur à celui de la France. Mais, là encore, une analyse plus fine s'impose. Je ne dispose malheureusement pas de tous les éléments pour mener cette analyse. Mais, on peut noter le recours massif au chômage partiel, qui explique en partie les bons résultat actuels de l'Allemagne en matière d'emploi. Il y a aussi la dégradation des conditions d'emploi. Les réformes de Schroder ont favorisé l'emploi mal payé. Ce n'est pas un progrès quand un pays doit moins payer ses habitants pour maintenir l'emploi. Le fait que l'Allemagne soit encore dans la moyenne des plus hauts salaires mondiaux, malgré les réformes de Schroder, laisse à penser qu'il y a dans ce pays de fortes disparités salariales.

 

      La comparaison entre la France et l'Allemagne ne donne donc pas un avantage évident à l'Allemagne. Surtout, celle-ci n'est pas un modèle de croissance. Il y a certainement des choses à imiter dans l'industrie allemande. Son organisation à l'export est excellente. Sa discipline budgétaire est également remarquable, même si la manière prête à débat. Mais, a contrario, sur le plan de la croissance, ces dernières années, l'Allemagne n'a pas fait ses preuves. Ni sur le plan social, les salariés ayant fait tous les efforts pour la compétitivité du pays ces dernières années. L'idée de prendre l'Allemagne pour modèle nécessiterait donc une analyse plus approfondie.

 

 

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La réforme des retraites

9 Juin 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

 

     La énième réforme des retraites est lancée. Le jeu de pouvoirs entre le gouvernement et les syndicats est en cours. Les différentes mesures commencent à être révélées.

 

     Quelle est la situation? Dans le système français, les retraités bénéficient d'un revenu prélevé sur l'économie du pays. En effet, le revenu qu'ils touchent ne provient pas de leurs placements, mais des revenus générés par l'activité économique du pays.

 

     Ces revenus sont répartis de deux manières. Pour certains, la clef de répartition est constituée de leurs revenus passés, à l'époque où ils travaillaient. D'autres bénéficient du minimum vieillesse, un revenu de solidarité.

 

     Certains revenus sont donc des revenus de subsistance, les revenus de solidarité, et d'autres constituent, dans une certaine mesure, la préservation d'un train de vie.

 

     Ce système a été permis par la croissance économique. Il a été possible de le financer, tout en permettant l'augmentation des revenus des actifs, de ceux qui travaillent.

 

     Les retraites ont permis de diminuer considérablement la pauvreté, qui a longtemps touché les personnes qui ne pouvaient plus travailler.

 

     Il y a parfois un malentendu sur les retraites. Les retraités estimant qu'ils ont gagné le droit à la retraite par leurs cotisations. C'est d'ailleurs ainsi que les choses leur ont été présentées. Alors que le temps passé à travailler et le niveau de salaire représentent en fait une clef de répartition des prélèvements sur l'économie. Leurs cotisations ayant servi aux prélèvement en faveur des retraités de l'époque.

 

    Aujourd'hui, le système ne permet pas d'assurer le même niveau de retraite à taux de prélèvement constant. Or, le taux de prélèvement est déjà élevé en France, autour de 44% du PIB pour les prélèvements obligatoires, et un peu plus en comptant les recettes de l'Etat qui ne sont pas classées en prélèvements obligatoires. Il peut augmenter, mais de peu.

 

     Les différentes prévisions sur les besoins de financement futures sont controversées. Il est vrai qu'il est très difficile de prévoir l'avenir. Ces prévisions sont à prendre comme des évaluations, pas comme des chiffres précis.

 

     Cependant, il y a des éléments objectifs qui démontrent que le système ne permet plus d'assurer le même niveau de retraite à un taux de prélèvement constant.

   

     En effet, la proportion de la population retraitée augmente par rapport à la population qui a une activité économique. Cela est dû à l'augmentation de la durée de vie, à l'abaissement de l'âge de la retraite, et à la diminution des naissances par rapport à l'époque du baby-boom.

 

     De plus, la croissance économique est ralentie. L'économie stagne presque. D'une part, nous ne connaissons plus la croissance de l'après guerre. D'autre part, les retraites sont aussi la conséquence de cette rupture qu'a été la révolution industrielle,  l'économie de marché, qui a permis l'instauration de tout un système social. Nous avons en quelque sorte atteint la limite que permet ce système aujourd'hui.

 

     Pour assurer la pérennité des retraites, il y a  plusieurs actions possibles, qui peuvent être menées en même temps.

 

     Il est possible d'agir sur la population de retraités, pour la stabiliser ou la diminuer. En relevant l'âge de départ à la retraite, ou en relevant le nombre d'années de cotisation nécessaires pour bénéficier d'une retraite à taux plein.

 

     Il est possible d'agir sur le montant des retraites. Ce qui a été fait d'ailleurs, en ne les indexant plus sur les salaires, mais en les revalorisant en fonction de l'inflation.

 

     L'augmentation des prélèvements est toujours possible, bien sûr. Mais les déficits français, et le niveau déjà élevé de ces prélèvements, limitent les marges de manœuvre en ce domaine.

 

     Des économies budgétaires pourraient également permettre de dégager des moyens pour les retraites. Ce blog milite pour une gestion plus efficace de la dépense publique, pour que l'argent aille là où il y en a besoin, sans gaspillage. Mais dans quelle mesure une telle politique permettrait d'allouer plus de moyens aux retraites, il est difficile de le dire.

 

     D'autre part, une des raisons des difficultés du système de retraite tient aussi, comme nous l'avons vu, à la faiblesse de la croissance économique depuis plusieurs années. Ce qui remet en cause au passage l'idée de mettre les gens à la retraite pour favoriser l'embauche des jeunes. Cette conception de la lutte contre le chômage occulte totalement le financement des retraites. De même pour la politique de pré-retraite.

 

     Et aussi en ce qui concerne la politique de réduction du temps de travail, qui réduit l'activité, la croissance, les salaires, et le financement des retraites.

 

     Un trait essentiel de la politique économique depuis la crise pétrolière, en France, a consisté à gérer la population active pour diminuer le chômage: mise en préretraite, diminution du temps de travail. Un autre trait caractéristique est la relance keynésienne, qui n'a rien relancé.

 

     Les retraites font donc aussi partie du problème globale de faiblesse de la croissance et de l'emploi. Plus de croissance, plus d'emploi privé, c'est plus de cotisation, plus de ressource pour l'Etat, et plus de moyens pour les retraites (et le social également).

 

     Maintenant, il y a aussi les théories de la décroissance, qui considèrent que nous devons diminuer notre niveau de vie. Ou, plus simplement, l'idée que la croissance n'est pas la solution, qu'il faut réfléchir à notre mode de vie, se contenter de moins, et donc avoir moins de besoin. Ce qui signifie, pour les retraites, mais pour les autres revenus également, l'instauration par exemple d'un revenu maximum. Et la diminution du niveau de vie qui pourrait être qualifié de matériel.

 

     Pour ma part, je considère qu'il doit s'agir là de décisions individuelles, chacun choisissant son mode de vie. La politique économique devant permettre à chacun d'obtenir des opportunités, et devant également permettre de financer le social. Le niveau du social étant bien entendu relatif, en fonction de considérations culturelles, du niveau de vie global, de la solidarité souhaitée. Il n'y a pas de vérité absolue en la matière. Les mentalités française et nord américaine étant par exemple très différentes en la matière. 
 

     Quelques remarques subsidiaires pour terminer. D'abord, bénéficier d'une retraite à taux plein suppose un certain nombre de trimestres de travail. Or, ces dernières années, beaucoup de gens ont eu des carrières en dents de scie, des périodes de travail, de stage, et d'autres plus ou moins longues de chômage. Ce qui réduit le montnat de la retraite dont ils peuvent bénéficier. Ce qui rend plus nécessaire la partie solidarité de la retraite, c'est-à-dire un minimum vieillesse qui permet d'échapper à la pauvreté. 
 

     Ensuite, un élément a changé qui complique dans une certaine mesure le futur des retraites: il s'agit de l'immobilier. Si le niveau de vie de beaucoup de retraités est élevé, c'est aussi parce qu'ils possèdent leur logement. Or, les prix de l'immobilier ont considérablement augmenté, compliquant l'accès à la propriété. Il est probable qu'une proportion plus importante des futurs retraités seront locataires. Cependant, les héritages devraient atténuer ce phénomène. 
 

     Il y a aussi beaucoup de régimes de retraites différents. Je me suis déjà exprimé sur le régime des fonctionnaires, dans l'article Retraites: salariés du privé contre Fonction Publique  . Aujourd'hui, le gouvernement veut augmenter le taux de cotisation des fonctionnaires. Ce qui peut paraître logique, car le taux de cotisation est inférieur à celui du privé. Cependant, les syndicats pourront dire, avec raison, que ce fait était intégré dans les négociation salariale, et que si le taux avait été plus élevé, les salaires auraient été plus élevés également. 
 

     Les syndicats ont cependant fait preuve d'imprévoyance et de vision à court terme. Il était illogique de défendre autant de régimes différents. Cela devait inévitablement entraîner des frictions. Au final, les fonctionnaires seront perdants (ils n'ont pas de retraite complémentaires, et, pour les catégories supérieures, une grande partie du salaire est composée de primes non incluses dans le calcul du montant de la retraite. Et leur salaire va baisser avec l'augmentation du taux de cotisation). 
 

     Enfin, il est nécessaire de mentionner ici la retraite par capitalisation. La retraite en France est une retraite par répartition. C'est-à-dire qu'il y a un prélèvement sur les revenus des actifs pour financer les retraites. Dans le système par capitalisation, les actifs économisent et placent ces économies pour s'assurer un revenu pendant leur retraite. 
 

     Un tel système pourrait-il remplacer avantageusement la retraite par répartition? J'avoue que j'en doute. Le problème étant la proportion de personnes qui auraient vraiment les moyens d'économiser suffisamment pour s'assurer une bonne retraite. Déjà, tous ceux qui ont une carrière en dents de scie ne le peuvent pas. De même pour les smicards, même si les cotisations patronales sont incluses dans un éventuel fonds de pension. Enfin, ce genre de retraite est très tributaire de l'évolution des marchés financiers. C'est pourquoi je pense que la retraite par capitalisation ne peut concerner qu'une retraite complémentaire, au libre choix de chacun. Sachant également que l'immobilier est un poste important de nos jour. Epargner pour acheter son habitation est un moyen aussi de s'assurer un meilleur niveau de vie une fois à la retraite. Mais c'est de l'argent qui ne sera pas investi dans un fonds de pension.

 

Il faut ajouter que le passage d'une retraite par répartition vers une retraite par capitalisation est compliqué. Il faut assurer la retraite par répartition des retraités actuels, et gérer le passage à une retraite par capitalisation des actifs. Il est possible, par exemple, d'abonder un fonds de pension, pour tenir compte des cotisations déjà versées des actifs. Mais cela coûterait cher à l'Etat. Ou alors, il est possible de décider que ceux qui entre aujourd'hui dans la vie active auront une retraite par capitalisation. Leurs cotisations financeront dons un fonds de placement. Mais quid du financement des retraites actuelles?  
 

     Je n'ai évoqué ici que les aspects économiques de la retraite. Mais la retraite, ce sont aussi de multiples aspects sociologiques, de choix de vie, de choix de société. Des aspects fort intéressant. Mais j'ai voulu ici me limiter à l'aspect purement économique du financement. Le sujet est très vaste, trop pour un article de blog!  

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Autorité sur les enfants à l'école et à la maison

2 Juin 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Education

 

      L'APEL, l'Association des Parents d'élèves de l'Enseignement Libre et le quotidien La Croix ont commandé un sondage à l'institut CSA sur le thème: Autorité des parents et des enseignants: regards croisés parents/enfants. Ce sondage a été effectué sur un échantillon de parents et un échantillon de jeunes de 15 à 24 ans. 
 

      Ce sondage montre que l'autorité est perçue comme une valeur positive, chez les élèves comme chez les parents. Les parents, comme les enfants, considèrent qu'il y a un manque d'autorité chez les parents. mais pas en ce qui les concerne! Un manque d'autorité chez les autres comme dit l'étude. 
 

      De même, parents et enfants considèrent que les enseignants manquent d'autorité sur les élèves. 
 

      Mais, à la maison, les jeunes comme les parents considèrent qu'il vaut mieux s'imposer par le dialogue plutôt qu'en demandant l'obéissance aux enfants. 
 

       Il y a donc une apparente contradiction, entre l'autorité comme valeur reconnue, mais finalement refusée en pratique. 
 

      L'on nous apprend en statistiques l'importance des questions posées lors d'un sondage, l'importance du sujet étudié. En l'occurrence, Le sujet du sondage est l'autorité, dans le cadre de l'éducation, à la maison et à l'école. C'est pour ou contre l'autorité. 
 

      Les sondés ne veulent pas dire qu'ils sont pour l'anarchie. Un certain ordre est utile dans l'éducation. Mais ils ne sont pas pour la notion d'obéissance absolue. 
 

      L'éducation est un domaine complexe. Comme je l'ai montré dans un précédent article, L'éducation, ébauche d'un constat et de pistes.  , un bon environnement, à l'école et à la maison, est utile à l'éducation. En France, le débat est très réducteur: on parle tout de suite de discipline, d'autorité, et des clivages se forment. Ne pourrait-on pas parler, plus simplement, de conditions d'enseignement? Débattre, franchement, clairement, de ces conditions? Si on explique qu'il faut apprendre l'enfant à se concentrer, cela passera peut-être mieux que de parler d'autorité. Par ailleurs, ne plus raisonner en terme d'autorité pourrait favoriser l'interactivité de l'enseignement.

  

      Pour cela, il faut un véritable débat, une volonté politique de rassembler parents et enseignants autour de valeurs communes. Aujourd'hui, on ne peut pas construire l'Éducation Nationale sans les parents. C'est un fait. 
 

 

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La SNCF et la Commission Européenne

31 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

      La Commission Européenne proteste contre le statut de la SNCF, qui est un établissement public, ce qui lui confère la garantie de l'Etat, et la favorise pour emprunter sur les marchés financiers. Bruxelles voudrait que la SNCF prenne le statut de société anonyme. 
 

      Nouvelle poussée d'ultra-libéralisme au sein de la Commission? Mieux vaut chercher une autre explication. D'abord, parce que l'ultra-libéralisme n'existe pas en économie. C'est un terme politique inventé pour faire peur. Il y a différents courants libéraux, qui est une école très vaste, et les "plus libéraux" sont les libertariens. Mais nous ne sommes plus là véritablement dans l'économie. Les fondements du libertarianisme, ou libertarisme, sont philosophiques. C'est une réflexion sur la liberté. 
 

      D'autre part, dans la théorie économique, le chemin de fer a un statut bien particulier. Il est le symbole d'un débat sans fin sur les monopoles. Il est en effet considéré comme un monopole naturel. Ce qui signifie qu'on ne va pas construire trente lignes entre Paris et Lille par exemple. Par conséquent, celui qui possède la ligne, jouit d'un monopole.

 

      Ensuite, on peut aussi dire que le rail ne bénéficie pas seulement à ceux qui l'empruntent. C'est comme une route. Le rail peut amener de l'activité à une ville, des consommateurs, des touristes. Dont profitent les magasins de la ville, ses habitants, ceux qui n'utilisent pas le rail. Le rail peut désenclaver un port maritime aussi. D'où un argument en faveur d'un financement public. 
 

      Ces deux arguments sont des arguments libéraux. Il y a un débat sans fin. Avec toutes les solutions intermédiaires: concession, séparation de l'exploitant des rails et du matériel roulant, etc. 
 

      La Commission Européenne, elle, a choisi la libéralisation et la concurrence. Pourquoi? Il y a sans doute l'influence de la plupart des pays d'Europe, qui ont libéralisé et privatisé, ou en partie privatisé, le rail. La plupart ne l'ont pas fait par idéologie. Il s'agissait à la fois de réformer l'entreprise ferroviaire, ce qui, à tort ou à raison, paraissait difficile sous un statut public, réputé favoriser l'inertie; et d'attirer des investissements privés pour soulager un peu le budget de l'Etat. Un choix somme toute pragmatique. 
 

      Les dirigeants de ces entreprises d'Etat ont sans doute pensé aussi à l'expansion internationale, plus difficile quand il s'agit d'un groupe appartenant à un pays. Il y a certainement dans cette poussée de libéralisation des ambitions personnelles. 
 

      Il y a aussi peut-être un enjeu de pouvoir du côté de la Commission Européenne. Réclamer la fin du statut public des chemins de fer ne peut qu'entamer le pouvoir des Etats. Cela peut favoriser des liaisons et des entreprises transfrontalières, sur lesquels c'est le pouvoir de la Commission qui s'exercera. De même pour les éventuels rapprochements transfrontaliers entre entreprises de chemins de fers. 
 

      C'est ainsi que derrière des débats économiques de façade, il y a plutôt des manœuvres politiques. 
 

      Quant à savoir si la SNCF doit être privatisée, il y a des arguments pour, des arguments contre. Le système ferroviaire français est globalement de qualité, pour les voyageurs. Mais les grèves incitent à dire que le statut public entache la qualité de service, et entraîne une gêne et un surcoût pour les usagers (les grèves ont un coût, et le pouvoir de blocage des cheminots leur permettrait d'avoir un salaire élevé et des avantages). De plus, un statut privé peut favoriser les alliances européennes. Enfin, la régionalisation des TER peut favoriser la demande de choix de la part des régions, et donc de la concurrence, du moins pour les opérateurs de matériels roulants.

 

(A propos des monopoles, voir aussi Monopoles et logiciel libre )

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Comment réduire les déficits

29 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Un article du quotidien Les Echos indique que la mutualisation des achats des hôpitaux monte en puissance. C'est un moyen de maîtriser les coût, de faire des économies. Les économie prévues en 2010 s'élèvent à 102 millions.

 

     J'avais lu il y a quelque temps un article concernant la réorganisation des urgences, ou des consultations externes, je ne me souviens plus exactement, à l'hôpital de Beaujon , à Clichy La Garenne, à côté de Paris. Cette réorganisation avait permis d'ugmenter la productivité, grâce à des mesures simples. Par exemple, faciliter l'accès des infirmières ou des aides soignants à certains médicaments, alors qu'avant il fallait chercher une clef à un endroit éloigné de l'armoire contenant les produits en question.

 

     Ces exemples illustrent les économies qui sont possibles, dans l'optique de la réduction des déficits. Il faut pour cela s'intéresser au fonctionnement concret des services publics. On peut réduire les coûts, sans réduire le service. Et même dans la santé!

 

     En effet, dans ce domaine, des économies peuvent être réalisées sur tous les achats. Par exemple, les analyses médicales. Aujourd'hui, ce sont des machines qui effectuent les analyses. Il y a eu de grands progrès de productivités. mais les bénéfices vont aux propriétaires des labos. Imaginons des appels d'offres pour chaque ville, pour faire baisser les coûts en échange de l'exclusivité des analyses. Ou, plus simplement, des établissements publics, qui achèteraient, ou loueraient, des machines très puissantes, pour faire baisser les coûts?

 

     Ce sont des pistes peu explorées et qui pourtant permettraient des économies sans toucher à la qualité des soins. On pourrait ajouter une distribution des médicaments par les centres médicaux. Un organisme publics les achèterait en grande quantité, et, surtout, ce serait cette organisme qui informerait les médecins sur les nouveaux médicaments utiles, et non les visiteurs médicaux (lire à ce sujet cet article dans Challenges: Les médicamenteurs, la grande intox).

 

     Ce sont des pistes peu explorées et qui pourtant permettraient des économies sans toucher à la qualité des soins. Ni à la rémunération des médecins. Mais il faut pour cela mettre les mains dans le cambouis, en quelque sorte.

 

    Un autre exemple de réduction des coûts est donné par le système éducatif finlandais, sur lequel je me suis documenté dans le cadre de l'article . Le système éducatif finlandais obtient de meilleur résultat que celui de la France, mais, en pourcentage du PIB, les dépenses ne sont pas plus élevées. Pourtant, l'encadrement des élèves y est supérieur.

 

     L'une des raisons de cette économie de coût est l'absence de corps d'inspecteurs. Or, c'est une caractéristiques françaises que d'avoir des corps d'inspection dans les administration. Un changement d'organisation pourrait générer des économie.

 

     Une réflexion sur l'organisation administrative du pays pourrait aussi permettre des économies. Il y a tous ces comités Théodules, cette multitudes d'observatoires qui sont créés pour observer tel ou tel problème. Il y a toutes les agences, qui pourraient être fusionnées. L'Arcep, qui régule les télécoms, pourrait rejoindre le Conseil de la concurrence. Le CSA, pour l'audiovisuel, et le CNC, pour le cinéma, pourrait également fusionner. La simplification de la hiérarchie administrative aménerait des économie récurrente.

 

     Plutôt que d'embaucher des énarques, on pourrait aussi faire monter en grade des fonctionnaire cadre A. Cela coûterait moins cher, et ils seraient tout aussi capable. L'ENA a quelque chose d'anachronique. Aujourd'hui, les fonctionnaires de catégories A ont au moins une licence universitaire. Nous ne sommes plus au temps où il fallait une école pour former spécifiquement les hauts fonctionnaires. De plus, il existe aujourd'hui les IRA, les Instituts Régionaux d'Administration. On se demande pourquoi l'Ena existe toujours.

 

      Toujours ce même fil conducteur: s'intéresser au fonctionnement concret de l'administration, pour déterminer comment gagner en efficacité. Toutes les lois, tous les décrets devraient être analysés selon des critères d'efficacité. par exemple, on veut renforcer la lutte contre les fraudes en tout genre. Mais, une simplification des lois et des règlements pourrait diminuer les possibilités de fraudes, et économiser aussi le coût du contrôle. Le gouvernement veut diminuer le nombre de fonctionnaires. Mais il ne pourra le faire qu'en simplifiant les lois et le fonctionnement de l'administration.

 

     Qu'il faille ,réduire les déficits, la plupart des économistes en convient, avec réticence parfois, mais la nécessité s'impose. L'expérience passée sert d'exemple. Même si certains essaient encore de faire croire que les dépense vont nécessairement provoquer de la croissance. Il est donc temps de s'intéresser, enfin, aux moyens de réduire le déficit en faisant le moins de mal possible, économiquement et socialement. Nous payons les erreurs, errements du passé. Essayons de minimiser la casse. C'est possible.

 

     Mais, en politique, le débat est bien mal engagé. Nous avons les partisans de la rigueur, prêt à une diminution aveugle des dépenses, face aux opposants, qui protestent contre cette rigueur. Le résultat risque d'être pénible.

 

(Sur les moyens de relancer l'économie, cf Le schéma de base de l'économie   et La relance, l'innovation, capital risque et capital développement  )

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Faut-il réduire les déficits en période de crise?

23 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Les pays de l'Union Européenne, depuis la crise grecque, cherchent à montrer qu'ils sont capables de maîtriser leurs déficits budgétaires, pour ne pas connaître les mêmes problèmes que la Grèce. C'est-à-dire qu'ils doivent trouver des moyens de réduire ce déficits. 
 

     Cette politique fait débat. En effet, selon certains, une politique de réduction des dépenses est susceptible de retarder la reprise. 
 

     Tous les économistes s'accordent pour dire qu'en période de récession, il n'est pas anormal d'accepter un déficit. En effet, une récession entraîne une baisse des recettes fiscales (impôts) et sociales (cotisations sociales). Ainsi qu'une augmentation des allocations, allocations chômage et toutes celles sous condition de revenu. On a donc une baisse des recettes, et une augmentation des dépenses. Par conséquent, le déficit augmente. 
 

     Dans ces conditions, augmenter les prélèvements, sociaux et fiscaux, pour équilibrer le budget, c'est moins d'argent pour la consommation et l'investissement, et donc cela peut aggraver la récession. 
 

     Au contraire, avoir un déficit en période de récession, c'est avoir une politique "contra-cyclique", pour atténuer cette récession. 
 

     Il y a bien entendu toujours les keynésiens, qui comptent sur un effet relance de la dépense publique. Effet qui ne s'est pas vérifié. 
 

     Puisque la majorité des économistes s'accordent sur l'idée de laisser filer les déficits en cas de crise, pourquoi ces déclarations sur la baisse des déficits? En fait, c'est une question de niveau. Ce ne sont pas les déficits en tant que tels qui inquiètent, mais leur amplitude. L'expérience montre en effet qu'il faut les rembourser! Historiquement, il a toujours fallu rembourser les déficits. Actuellement, les différents états sont marqués par l'histoire récente, des années 1970 et 1980, quand les politiques keynésiennes de dépenses publiques ont finalement entraîné des plan de rigueur.

 

     C'est ainsi que les déficits français ont provoqué dans les années 1980 un grand plan de rigueur. Et pourtant, à l'époque, on ne pouvait pas comme aujourd'hui accuser l'euro, ou dire qu'il suffit d'un peu d'inflation pour les résorber. L'euro n'existait pas, et l'inflation n'a pas empêché un plan de rigueur. 
 

     Personne ne veut d'un plan de rigueur ou d'austérité. Mais la réalité l'impose. Le problème est différent selon les pays. Pour la France, le problème, c'est que même en période de croissance elle est en déficit. Il n'y a donc plus de réserve pour les périodes de crise. Finalement, ceux qui critiquent l'austérité aujourd'hui sont en partie responsables de celle-ci, puisque ce sont ceux qui ont protesté contre les critères de Maastricht et la politique de la BCE (Banque Centrale Européenne). 
 

     Cela rappelle que les problèmes de la France ne datent pas de la crise financière. Comme rien n'a été fait avant, nous sommes obligés de nous attaquer au problème du déficit en pleine crise. Ce qui est plus pénible. 
 

     Cependant, rien ne dit que quelque chose de significatif sera fait avant la présidentielle de 2012. La France a encore de la marge. Mais, plus nous attendrons, plus ce sera pénible. Encore une fois, souvenons-nous du gouvernement Mauroy, sous Mitterrand: un plan de relance keynésien de grande ampleur a été suivi d'un plan de rigueur d'une ampleur au moins aussi grande! 
 

     Pour lutter contre les déficits, les européens parlent de sanctions, d'autres veulent inscrire un objectif de réduction dans la Constitution française. Ce qui me paraît hors de propos. Au sein de l'Union Européenne, de la zone euro plus précisément, les sanctions ont fait le preuve de leur inefficacité. En particulier, deux pays qui auraient dû être sanctionnés il y a peu, pour déficit excessif, ont tout simplement refusé les sanctions: la France, et la si vertueuse Allemagne. 
 

     Quant à mettre un objectif de déficit dans la constitution, comment le faire respecter? Si la situation économique se dégrade brusquement, si le déficit se creuse, pourrait-on vraiment faire appliquer ce genre de loi? Un président ne le voulant pas aurait beau jeu de provoquer un référendum constitutionnel.

 

     D'ailleurs, quel objectif mettre? La politique budgétaire dépend de beaucoup d'éléments: les théories à la mode, la consjoncture. Inutile de bouleverser la Constitution à tout bout de champ. 
 

     Pour inciter les pays européens à une bonne gestion, je pencherais plus pour une sorte de FMI européen: un organisme, ou simplement un processus d'aide aux pays en difficultés, mais sous conditions. Cet organisme, ou la BCE, pourrait prêter de l'argent au pays en question, à condition qu'il prenne concrètement des mesures pour réduire son déficits. Aucun pays n'aurait envie d'être dans cette situation. Ce serait à la fois une incitation à une meilleure gestion, et une solution en cas de dérapage. Mais ce n'est qu'une réflexion, je ne crois pas à la solution miracle sur la question. 
 

     Plutôt que de savoir s'il faut ou non réduire les déficits (les réduire, pas forcément les éliminer en période de crise, pour parvenir à les faire disparaître en période de croissance), le débats devraient donc plutôt porter sur la manière de le faire. Ce qui implique deux volets. Un volet concernant la gestion des dépenses et des recettes: il faut éliminer les dépenses inutiles, s'assurer de l'efficacité des dépenses engagés, ainsi que de l'efficacité du système de prélèvement obligatoire. 
 

     Un deuxième volet concerne la politique économique, pour favoriser la croissance. Car la crise financière ne doit pas nous faire oublier que la France, et l'Europe, avaient déjà auparavant un chômage élevé et un problème de renouvellement économique. 
 

 

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