Analyse Libérale

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Les inégalités globales diminuent

9 Septembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le capitalisme est accusé de faire augmenter les inégalités. Dans cet extrait d'un article paru sur le site du Mises Institute , Daniel Fernández Méndez démonte cette thèse, statistiques à l'appui.

Au fil du temps, le discours selon lequel il y a globalement une augmentation des inégalités de revenus apparaît de plus en plus comme un conte de fées. Cette affirmation de la montée des inégalités est basée sur l'idée populaire que le développement du capitalisme mène à une immense augmentation des inégalités de revenus. Les écarts entre riches et pauvres, nous dit-on, augmentent si vite que la situation n'est plus soutenable. Ce discours affirme de plus que le capitalisme a une tendance intrinsèque à l'inégalité. Cette histoire est si souvent répétée que personne ne la met en doute.

Cette description est-elle pertinente ? Les données brutes semblent d'accord avec la version marxiste du processus de marché, dans laquelle un petit nombre de capitalistes deviennent plus riches avec le temps tandis que le peuple s'appauvrit. En effet, il semble que les inégalités ont explosé depuis la révolution industrielle. Nous pouvons voir comment les inégalités mondiales ont explosé depuis 1820 à travers les indicateurs d'inégalité communément utilisés : l'indice de Gini et celui de Theil (figure 1).

Les inégalités globales diminuent

Cependant, une analyse plus approfondie des données suggère autre chose.

Premièrement, nous notons que les inégalités de revenus au niveau mondial ont diminué depuis 1980. Cette baisse provient principalement de la mise en place de réformes en faveur de l'économie de marché en Chine, qui ont provoqué une fantastique augmentation de la productivité et des taux de croissance élevés qui ont sorti des millions de personnes de la pauvreté. En d'autres termes, 1,3 milliard de personnes convergent vers le niveau mondial moyen de revenus.

Néanmoins, les écarts entre les plus riches et les plus pauvres ont augmenté substantiellement entre 1850 et 1980. Donc la question demeure : le capitalisme en est-il la cause ?

Inégalités internes contre inégalités externes.

Au début du 19ème siècle, le coefficient de Gini était de 43, tandis qu'au début du 21ème siècle il était proche de 70 (le chiffre évolue entre 65 et 70 en fonction de l'origine des données).

Mais est-ce que ces chiffres ont comparables ? Pour cette interrogation, nous devons séparer les composantes du coefficient de Gini entre les écarts de revenus à l'intérieur des pays, et les écarts entre les pays.

Durant le début du 19ème siècle, 35% des inégalités globales décrites par l'indice de Gini était dues aux écarts entre les pays. A la même époque, 65% des inégalités provenaient des écarts de revenus à l'intérieur de chaque pays. Mais, au début du 21ème siècle, 85 à 90% des inégalités sont dues aux écarts entre les pays, tandis que seulement 10 à 15% sont dues aux différences de revenus au sein de chaque pays.

En d'autres termes, la principale origine des inégalités dans le monde est passée des inégalités internes aux pays aux inégalités externes, entre les pays.

Ce qui indique clairement que les inégalités ne proviennent pas du capitalisme, mais du développement de l'industrie et des institutions de marché dans différents endroits à différents rythmes. Si la moitié du monde adopte l'économie de marché et l'autre non, il est clair que le développement du premier groupe va rendre le monde plus inégalitaire, mais ce fait ne nous dit rien à propos des inégalités dans les endroits qui ont adopté les institutions de marché. En effet, les données disponibles soutiennent précisément cette hypothèse : les inégalités entre les pays ont augmenté de 15 points, à 60 – 63 points selon l'indice de Gini, tandis que les inégalités internes ont chuté de 28 points, à 7 – 11 points (figure 2 et 3).

Les inégalités globales diminuent
Les inégalités globales diminuent

Selon à la fois les indices de Gini et de Theil, la tendance montre que les inégalités entre les pays augmentent tandis que que les inégalités internes diminuent jusqu'aux années 1980. Les dernières observations modifient la tendance, en partie en raison de la récente intégration de la Chine et de sa force de travail dans l'économie internationale.

Note:les opinions exprimées sur le site Mises.org ne sont pas nécessairement celles du Mises Institute.

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Pauvreté et inégalités aux Royaume Uni sous le gouvernement Cameron

2 Septembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

La France a le meilleur système social du monde, c'est bien prouvé. Il suffit de regarder dans l'actualité ce qu'il en est de nos voisins : inégalités salariales en Allemagne, emploi zéro heure au Royaume Uni, sans compter l'inégalité croissante entre les salaires des grands patrons et les salariés. Il ne nous faut donc pas adopter la politique économique de nos voisins.

Sauf que l'information qui nous est diffusée est largement incomplète, pour ne pas dire biaisée. Les petits défauts de nos voisins sont largement médiatisés, tandis que leurs réussites sont passées sous silence. Ainsi en est-il pour l'inégalité en Allemagne, comme je l'ai montré dans un précédent article : plus grande inégalité salariale entre la France et l'Allemagne ne signifie pas plus grande inégalité de revenus, car le chômage est plus faible en Allemagne.

Voyons aujourd'hui le cas du Royaume Uni. Durant la torpeur du mois d'août nous a été diffusée la différence entre le salaire moyen des patrons britanniques et le salaire moyen. Ce jour, c'est une augmentation de 20% des contrats dits zéro heure qui nous est annoncée. Tout laisse à penser que le système britannique est très inégalitaire, surtout depuis que ce sont les conservateurs qui gouvernent.

Curieusement, une information parue le 25 juin 2015 a été passée sous silence. Pourtant, il s'agissait d'une étude très attendue sur les revenus au Royaume Uni, du Department for Work and Pensions. Mark Easton, éditorialiste à la BBC, écrit que ce jour "était celui, nous disait-on, où nous verrions une forte augmentation de la pauvreté tandis que serait inclus dans les chiffres officiels pour la première fois le plein impact des coupes dans l'Etat Providence.

Mais, à la place, les chiffres sont restés largement stables, et le gouvernement peut se permettre de déclarer que «la proportion de personnes avec de bas revenus est à son plus bas niveau depuis le milieu des années 80.»"

Les chiffres sont clairs : les revenus sont stables en 2014 par rapport à 2013. La politique de David Cameron a endigué la baisse des revenus provoquée par la crise, et la politique de Gordon Brown. Plutôt que de reporter chiffres et graphiques ici, je vous invite à vous reporter à l'étude, via ce lien. Je reprendrai seulement deux graphiques significatifs.

D'abord, l'évolution des revenus moyens :

Pauvreté et inégalités aux Royaume Uni sous le gouvernement Cameron

Et un graphique décrivant l'évolution des inégalités, si chères à la France :

 

 

Pauvreté et inégalités aux Royaume Uni sous le gouvernement Cameron

On constate que les inégalités n'ont pas augmenté sous le gouvernement Cameron, au contraire du gouvernement travailliste. Et on constate l'inanité d'une statistique comparant les salaires des patrons au salaire moyen pour mesurer l'inégalité.

 

Comme pour l'Allemagne, le résultat de la politique de Cameron est la création d'emplois. Ces emplois procurent des revenus, et des revenus durables ou soutenables pour employer un jargon à la mode, c'est-à-dire que ces revenus ne dépendent pas de la dépense publique. Pour une description de la politique économique du Royaume Uni, on se référera aux articles d'Emploi 2017 : La recette britannique de la réduction du chômage , et Élections britanniques : les ressorts méconnus du succès économique. On pourra y ajouter celui-ci, Apprentissage au Royaume-Uni : les clés d'un succès, qui montre que le Royaume Uni prépare l'avenir en se souciant de la formation de sa main d’œuvre.

 

Voici donc un tableau très différent de ce que nous rapportent les médias français. Il n'est pas idyllique, mais témoigne de l'amélioration de la situation économique au Royaume Uni, notamment du point de vue des revenus. Ceux-ci étant d'ailleurs en augmentation en 2015.

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Inégalités salariales en Allemagne

30 Août 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

La France se plaint du France bashing, mais elle se complaît à l'Allemagne bashing. Ce qui est d'autant plus dommage que ces deux pays ot des aspirations sociales très proches. L'Allemagne pourrait servir de modèle social-démocrate à la France.

Aujourd'hui, c'est un titre du Figaro sans ambiguïté : "Comment l'Allemagne a profité d'une politique salariale très inégalitaire". Cet article commente une publication de France Stratégie, appellation actuelle de l'ancien Commissariat Général du Plan, intitulée : "Comment se comparent les salaires entre la France et l'Allemagne". Cette publication indique notamment que le coût du travail est plus faible en Allemagne qu'en France, et le salaire moyen plus élevé par contre. Elle insiste surtout sur les inégalités salariales, beaucoup plus fortes en Allemagne qu'en France. Des inégalités qui sont moins compensées par la redistribution depuis les années 2000. La publication conclut :

"Ce régime a permis à l'industrie allemande de combiner gestion de la contrainte de compétitivité coût et maintien de salaires relativement attractifs, en tirant bénéfice des différentiels de salaires avec les services à faibles valeur ajoutée."

"A contrario, la France ressort comme un pays ayant, jusqu'à présent du moins, organisé des modalités plus uniformes d'évolution salariale entre secteurs. En conséquence, l'industrie et plus généralement le secteur des biens échangeables ont beaucoup moins bénéficié d'un faible coût de leurs intrants, ce qui a pesé sur leur compétitivité."

Le ton de la publication est ainsi nettement négatif envers l'Allemagne. Elle souligne les inégalités salariales, elle précise que depuis les années 2000, elles sont moins compensées par la redistribution, ce qui est une critique implicite des réformes économiques du social-démocrate Peter Hartz. Elle considère que la compétitivité allemande provient de ces inégalités. Les entreprises offrent de bons salaires pour attirer la main d'oeuvre la plus compétente et la plus susceptible d'aller voir ailleurs, et se rattrape sur le reste. Ce qui explique la puissance allemande dans le secteur des "biens échangeables", et quand on pense à l'industrie allemande on pense à ses excédents dans le commerce international.

Le figaro.fr commente ainsi :

"Dans la deuxième partie de l'étude, France Stratégie relève que l'Allemagne a su valoriser les secteurs les plus exposés à l'exportation – dans l'industrie notamment -, en offrant des salaires en moyenne plus élevés que dans les autres secteurs «protégés» de la concurrence internationale.

(...)

Outre la flexibilité des salaires sur laquelle l'Allemagne a pu jouer pour contenir ses coûts et préserver ses élites, notre voisin a choisi de miser sur ses secteurs exportateurs à forte valeur ajoutée, en leur permettant de se fournir en intrants pas chers."

Cette présentation de l'Allemagne dont la compétitivité s'expliquerait par le caractère inégalitaire de son économie est cependant infondé. Elle est incorrecte à la fois sur l'inégalité, et sur la compétitivité.

En insistant sur les inégalités de revenus, plus forte en Allemagne qu'en France, France Stratégie tend à faire penser que l'Allemagne est un pays inégalitaire, que ces inégalités explique sa compétitivité, mais que ce modèle n'est pas à imiter car anti-social. Pourtant, un petit détail est mis sous silence : le chômage.

L'Allemagne a fait le choix de l'emploi. Aujourd'hui, le taux de chômage en Allemagne est de 6,4% en juillet 2015, contre 10,4% en France au premier trimestre 2015. Ce qui signifie une plus grande exclusion du marché du travail en France, et une proportion plus importante de personnes qui gagnent leur vie grâce à leur emploi en Allemagne. Ce qui signifie moins d'inégalité de revenue en Allemagne.

C'est ce que confirme ce blog, qui critique pourtant les réformes Hartz. Un blog d'Alternative Eco, qu'on ne pourra donc pas accuser d'ultra-libéralisme débridé. Il présente un graphique qui montre que l'inégalité, parmi les ménages en âge de travailler, est plus forte en France qu'en Allemagne. Et même, ces inégalités se réduisent actuellement, après une hausse aui a suivi les réformes Hartz. L'auteur du blog écrit :

"La reprise de la croissance, la baisse du chômage et, plus récemment, la hausse des salaires se sont donc traduites par un resserrement des inégalités de revenus primaires (marchands), que la récession de 2009 n’a pas interrompu, en raison du maintien de l’emploi et de l’impact à court terme de la crise sur les revenus du patrimoine des ménages les plus aisés."

L'amplitude es salaires en Allemagne permet l'emploi des moins productifs, tandis qu'en France le niveau du SMIC exclut les moins productifs, accroissant les inégalités. Forte inégalité salariale ne signifie donc pas forte inégalité de revenus, mais au contraire plus d'égalité.

La publication de France Stratégie tend aussi à présenter l'Allemagne comme un pays exportateur qui profite des autres pays, en leur vendant des produits. Tordons tout de suite le cou à cette idée. L'Allemagne ne vit pas sur le dos de l'Europe. Au contraire, les exportations de l'Allemagne vers l'Europe stagnent, comme le montre cet article de l'IFRAP. En fait, l'excédent commercial allemand augmente grâce aux échanges hors union européenne, tandis les importations en provenance de l'UE augmente plus vite que les exportations dans l'autre sens. En clair, comme l'écrit l'IFRAP, l'Allemagne fait travailler l'UE.

D'ailleurs, soyons réaliste : l'Allemagne, au niveau des salaires, reste bien supérieure à des pays tels que la Roumanie, ou le Maroc, où Renault fait fabriquer ses véhicules Dacia, importés ensuite en Allemagne. Et ne parlons pas de la Chine. La compétitivité de l'Allemagne, au niveau mondial, ne repose pas sur la faiblesse des coûts salariaux.

L'idée même que la prospérité d'un pays se fait au détriment d'un autre est du pur mercantilisme. Il est décevant de voir un organisme officiel français s'inscrire dans cette logique, alors que les grands économistes français ont combattu cette conception de l'économie, comme le montre le site de l'Institut Coppet. C'est un rejet des valeurs françaises.

La prospérité, la croissance, dépend de plusieurs éléments. L'Allemagne a su mener une politique pragmatique en la matière, avec néanmoins des dérives comme la politique énergétique, absolument pas pragmatique, mais au contraire idéologique. Il y a plus de 20 ans, le magazine L'Expansion vantait un modèle allemand fait de relations fortes entre les banques et les entreprises, et de participations croisées inter-entreprises. A la veille de l'explosion de ce système, explosion accompagnée par les pouvoirs publics qui ont diminué les impôts sur les plus-values pour que les participations croisées soient dénouées plus facilement. L'Allemagne a aussi abaissé son impôt sur les sociétés. Les syndicats ont accepté la modération salariale pour préserver l'emploi. La transmission des entreprises familiales est facilitée. On peut aussi citer la politique éducative allemande, qui favorise l'insertion professionnelle via la formation professionnelle.

La publication de France Stratégie est ainsi décevante à plus d'un titre. Elle n'analyse pas les effets de l'amplitude des salaires sur l'employabilité, et donc sur l'égalité de revenus. Elle s'inscrit dans une logique mercantiliste surannée et dépassée, et contraire à la tradition économique française, en insinuant que l'Allemagne profite des bas salaires pour exporter.

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LA CRISE GRECQUE

10 Juillet 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Humeur

Prenant un café au resto derrière chez moi, je tombe sur un reportage de BFM, sur la pénurie de médicaments en Grèce. C'est bien sûr l'Europe, l'Union Européenne plus précisément, qui est, de façon sous entendue, accusée de cette pénurie. De nombreux médias relaient les accusations contre l'Union Européenne, et le FMI, et surtout la terrible Allemagne, qui impose l'austérité à la Grèce. La rock star (selon le Financial Times) Thomas Piketty se rappelle au bon souvenir des médias en disant qu'un pays comme l'Allemagne, qui a bénéficié en son temps d'un effacement de ses dettes, devrait être plus indulgent avec la Grèce. Le Pape y va de son sermon, avec tout le respect que j'ai pour le catholicisme, d'où vient une partie de mon éducation, fustigeant le FMI et ceux qui portent atteinte à la souveraineté des peuples en imposant des plans d'austérité.

Cependant, toutes ces allégations sont fausses. Complètement fausses.

Pourquoi la Grèce, et d'autres pays, appellent-ils à l'aide ? Parce que leur économie s'écroule. Ce n'est pas le FMI qui impose l'austérité, ce n'est pas l'Europe qui impose la rigueur, à la Grèce notamment. La Grèce ne peut plus payer ses retraités, ni ses fonctionnaires, non pas à cause de l'Europe, mais parce que son économie s'écroule. Et l'Europe ne vient pas imposer plus d'austérité à la Grèce, mais, au contraire, apporte des fonds pour soulager ce pays, et lui permettre de payer en partie les retraites et les fonctionnaires. L'Europe atténue les souffrances des Grecs. Accuser l'Europe d'imposer l'austérité, c'est comme accuser les pompiers des dégâts du feu qu'ils viennent éteindre.

Concernant la Grèce, comme le montre Guillaume Nicoulaud sur Contrepoints, ce sont 107 milliards d'euros de dettes grecs qui ont été effacés en 2012, tandis que depuis 231,2 milliards lui ont été versés, dont plus de 200 milliards par l'Europe et le FMI (plus de 180 milliards en ce qui concerne l'Europe).

Ces chiffres établissent plusieurs choses. D'abord, accuser l'Allemagne de manquer d'indulgence en refusant d'effacer une partie de la dette grecque, comme on aurait effacé une partie de sa dette, est sans fondement. L'Allemagne a, au sein de l'Union Européenne, participé à l'effacement d'une grande partie de la dette grecque. On s'étonne que les médias qui rapportent les propos de Piketty ne le rappellent pas.

D'autre part, ces chiffres montrent que l'Europe a injecté des milliards dans l'économie grecque. Exactement comme le lui demande les keynésiens, et tout ceux qui la fustigent en la rendant responsable des malheurs des grecs. Or, les Grecs souffrent malgré les milliards déversés par l'Europe. On s'étonne que les médias ne le soulignent pas.

Ensuite, ces milliards déversés sur la Grèce n'ont pas entraîné cette fameuse relance keynésienne, qu'ils auraient dû provoquer selon la théorie keynésienne, et d'éminents économistes tel Paul Krugman. Ce qui montre l'ineptie de cette théorie. D'ailleurs, d'où viennent les problèmes de la Grèce ? De la politique de dépense publique et de déficit budgétaire menée par ses dirigeants. Si la dépense publique apportait la croissance, la Grèce serait un des pays les plus prospère de la Terre. On s'étonne que les médias ne le rappellent pas.

Faut-il néanmoins financer les fonctionnaires grecs, les retraités grecs, toute l'économie grecque, par solidarité ? La première question est de savoir si on en a les moyens, sachant que c'est de l'argent perdu, qui n'entraînera aucune relance keynésienne. La deuxième question est de savoir s'il est juste que la Grèce vive aux crochets de l'Europe, dont de nombreux habitants ont consenti des sacrifices pour relancer l'économie. Enfin, ce serait un chèque en blanc donné à des politiciens qui utiliserait cet argent pour asseoir leur pouvoir sur les gens. Serait-ce juste ? Serait-ce éthique ?

Les politiciens ont l'habitude de rejeter la responsabilité des difficultés de leur pays sur d'autres. Le FMI, l'Union Européenne, les marchés financiers, cet ennemi sans visage qu'est la finance. C'est ce que fait la Grèce. C'est ce que fait la France. C'est ce que font tous ceux qui veulent s'attirer la sympathie des gens confrontés aux difficultés économiques. Mais, dans des économies qui n'ont jamais été aussi dirigistes, ce sont les politiques internes qui sont responsables des difficultés. L'aide extérieure peut les atténuer, mais pas les résoudre. Tout dépend de chacun des pays. De la Grèce. De la France aussi.

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Les 800 ans de la Magna Carta

16 Juin 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Saluons la presse quand elle fait son boulot, en l'occurrence Le Figaro.fr signale la commémoration des 800 ans de la Magna Carta, dans un article assez bien écrit.

La Magna Carta est peut-être un des premiers actes de libéralisme. En effet, son objet est de limiter le pouvoir arbitraire du roi. Elle préfigure les réflexions de John Locke ou de Benjamin Constant sur la limitation du pouvoir de l'Etat.

Bien sûr, la comparaison avec les temps modernes est limitée. La Magna Carta protège les nobles de l'arbitraire du roi, le peuple étant largement constitué de serfs. Elle protège aussi la liberté de circulation des marchands.

Cet anniversaire est l'occasion de rappeler ce que les Lumières Françaises doivent à la Perfide Albion. Voltaire et d'autres étaient inspirés par le développement des droits au Royaume Uni. La première Révolution a été la Glorieuse Révolution de 1688. L'Habeas Corpus est aussi une invention britannique.

C'est aussi l'occasion de souligner le lien entre liberté et prospérité. Est-ce un hasard si c'est le pays qui a le premier protégé les droits de ses sujets (il n'y avait pas de concitoyens à l'époque), qui a connu le premier la révolution industrielle, et une expansion et une puissance fantastique ? Et surtout un niveau de vie pour sa population bien supérieur à celui du continent ? Je me souviens d'un texte du voyage d'un anglais en France, fin 18ème ou début 19ème. L'anglais était stupéfait par la misère des campagnes françaises. Les pays socialistes ont essayé de copier les techniques pour connaître la prospérité, mais ils se sont effondrés économiquement et socialement, car ce n'est pas la technique qui fait la prospérité.

Cependant, au-delà de la prospérité économique, la Magna Carta est le début de l'affirmation de la liberté de l'être humain, du rejet de l'oppression et de l'aliénation. Le début de l'humanisme, qui s'étendra peu à peu à tous.

Joyeux anniversaire.

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LA MAGIE KEYNESIENNE

7 Juin 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le keynésianisme a quelque chose de magique.Il suffit d'injecter de l'argent dans l'économie, pour que la croissance reparte. Ainsi, on se demande pourquoi les Etats n'usent-ils pas de cette méthode pour relancer la croissance aujourd'hui. C'est ainsi que le socialiste Arnaud Montebourg et le banquier Matthieu Pigasse ont écrit une tribune dans le Journal du Dimanche en faveur d'une injection d'argent dans l'économie.

Problème, c'est déjà ce que fait le gouvernement, avec ses déficits abyssaux, les plus élevés en temps de paix, et cela depuis des années. C'est aussi ce que fait la BCE, avec sa politique monétaire ultra accommodante. Alors, devant cet échec, une variaante apparaît : il faut injecter de l'argent pour soutenir l'économie, mais en même temps faire des réformes structurelle, pour une croissance pérenne.

Cependant, les politiques keynésiennes n'ont jamais eu les résultats escomptés. Ainsi, dans les années 1970 et 1980 elles ont été un échec cuisant. Au point qu'a été inventé la séparation entre crise de la demande, qui appelle une politique de dépense, et crise de l'offre, sur laquelle une telle politique est sans effet. Les politiques keynésiennes ont également été sans effet sur la crise des années trente. La croissance est repartie après guerre, grâce au développement du commerce international, et des accords de Bretton Woods concernant la monnaie (voir ici).

D'où vient l'idée que l'injection de monnaie relance la croissance ? Selon Ludwig von Mises, les gouvernements ont toujours cherché à injecter de l'argent pour créer de la croissance. John Maynard Keynes n'a fait que donner une justification à ces politiques. Selon Keynes, c'est la hausse des prix qui provoque la croissance. Quand on injecte de l'argent dans l'économie, la consommation augmente, ce qui provoque une hausse des prix, ce qui provoque des investissements de la part des entreprises pour augmenter la production, ce qui provoque une distribution de revenus, ce qui provoque une hausse des prix, et ainsi de suite. C'est le multiplicateur keynésien.

Mais cette théorie est en contradiction totale avec la réalité, en contradiction totale avec les faits. En effet, l'expansion économique a été accompagnée par une baisse des prix phénoménale, qui a mis a disposition de la majorité de la population des produits inaccessibles auparavant. Cela a été la révolution dans les filatures, puis tous les gains de productivité de l'essor industriel. La baisse des prx a nourri la consommation et la croissance. Encore aujourd'hui, la baisse des prix dans la téléphonie, à la fois concernant le matériel et les services, permet l'essor de tout un écosystème de sites internet et d'applications mobiles, qui nourrissent la croissance. La hausse des prix a, au contraire, tendance à ralentir la croissance en pesant sur le pouvoir d'achat.

D'où vient la théorie keynésienne, totalement en contradiction avec la réalité ? Keynes était un boursicoteur, et un bon. Il gagnait de l'argent en bourse. Or, sur les marchés financiers, il y a effectivement un effet moutonnier : quand les cours baissent, tout le monde vend pour minimiser les pertes. Et quand les cours montent, tout le monde achète pour revendre avec profit. C'est la base de la théorie keynésienne : les marchés financiers.

Mais il y a aussi une explication complémentaire à l'expansion du keynésianisme. Gilles Dostaler, daNs son livre Keynes et ses combats, met en avant le "progressisme" du keynésianisme. Il promeut une idéologie hédoniste, opposée aux théories classiques et néoclassiques, pour qui c'est l'effort qui amène un résultat. On ne peut s'empêcher de faire un lien avec la dénomination de politique "d'austérité" pour désigner la relance par l'assainissement budgétaire et les réformes structurelles. Il y a d'un côté les grands méchants, qui prônent des politiques réalistes, et de l'autre les progressistes, avec la politique du Père Noël. Quand l'idéologie pollue le raisonnement économique.

Le keynésianisme tient donc véritablement de la magie, dans le sens où il n'est qu'illusion. Mais il est d'actualité, car il arrange les gouvernants qui veulent des politiques miracles, et qu'il correspond à l'idéologie "progressiste", opposée à la notion d'effort, considérée comme conservatrice, et réactionnaire, pour progresser. L'idéologie mène le monde, et ce sont des hommes, des femmes, des enfants, qui en pâtissent.

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Remarque sur l'Etat libéral

17 Mai 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'entrepreneur Pierre Chappaz a commenté le livre de Gaspard Koenig, Le Révolutionnaire, l'Expert et le Geek. D'après ce commentaire, Gaspard Koenig semble considérer un Etat puissant comme indispensable pour protéger la liberté, un Etat allant jusqu'à interdire l'éducation privée. Pierre Chappaz écrit :

Le philosophe réclame l’interdiction de l’enseignement privé. Pour lui, la mission première de l’État est de libérer l’individu en l’arrachant à son milieu d’origine, sa famille ou sa religion. Ainsi il propose « une réforme (de l’enseignement) brutale, (qui) entraînera des résistances, que l’État jacobin devra briser sans état d’âme ».

Je n'ai pas lu le livre de Gaspard Koenig, qui est, je le reconnais, un fin lettré. Cette réaction est basée donc sur le compte rendu de Pierre Chappaz. Il s'agit ici de faire une remarque, une simple remarque et non une réflexion, sur le rôle de l'Etat dans la pensée libérale.

Ludwig von Mises décrit l'Etat comme un organe de coercition. Et comme le seul à pouvoir avoir ce pouvoir de coercition. Il faut bien se souvenir que la coercition est antinomique au libéralisme : nul n'a le droit de contraindre autrui. C'est le principe de non agression du libéralisme. Mais, pour la plupart des libéraux, il faut un organisme pour faire respecter ce principe. Et c'est l'Etat. C'est à la fois le rôle de l'Etat, et la source de sa légitimité.

Cette conception de l'Etat se rapproche donc de celle de Gaspard Koenig, selon le commentaire de Pierre Chappaz. L'Etat est nécessaire pour garantir la liberté à chaque individu. Tous les courants libéraux sont d'accord sur cette base, à l'exception des anarcho-capitalistes, qui ont une vision que je qualifierais, et je précise bien que le terme est de mon fait, de puriste. Puisque le principe premier du libéralisme est la liberté, et sa conséquence première le principe de non agression, alors nul ne peut se voir accorder un pouvoir de coercition. L'Etat est donc inutile. Soulignons qu'une société sans Etat n'est pas une société sans règles. Les règles découlent du principe de liberté, et don de la non agression, et sont reconnues par la population.

Cependant, l'Etat n'est pas tout puissant, et n'a certainement pas un rôle éducatif, par exemple. C'est ainsi que le rôle d'une constitution, originellement, c'est de limiter le pouvoir de l'Etat. C'est avant tout la lutte contre le pouvoir absolutiste. John Locke s'opposait à l'absolutisme. Benjamin Constant soulignait la différence entre la liberté des modernes et celle des anciens, ainsi que le rôle d'une constitution pour protéger le peuple contre l'Etat dans ses Principes de politique. Locke, comme l'indique Corentin de Salle dans le tome 1 de La tradition de la Liberté, soulignait que le peuple peut toujours se délier des autorités qu'il a mises sur pied, y compris le pouvoir suprême. Enfin, Friedrich August Hayek a dénoncé dans La route de la servitude le processus qui même à une dictature, et a tenté de définir une constitution respectueuse de le liberté dans Droit, Législation et Liberté.

L'Etat est en quelque sorte un mal nécessaire, dont il faut limiter le pouvoir pour ne pas tomber dans la dictature d'une faction, ou des hommes de pouvoir tout simplement. La constitution doit être conçue pour éviter cela. On remarquera qu'il ne s'agit pas d'une question de décentralisation, comme le considèrent de nombreux libéraux. Le libéralisme consiste à laisser ce qu'on appelle aujourd'hui la société civile s'organiser comme bon lui semble pour la majeure partie des nécessités collectives. Ce n'est pas à une constitution de décider si les décisions se prennent au niveau communal ou régional, et le centre de décision peut changer selon les desiderata des populations. Il n'y a pas de dogme. Mais, à tout niveau, le pouvoir politique est limité, pour ne pas entraver la liberté.

En conclusion, dans la pensée libérale, l'Etat est la plupart du temps considéré comme le garant de la liberté. Mais c'est aussi un organisme qui doit lui aussi être régulé, pour éviter le totalitarisme. D'où l'idée d'une constitution, qui limite le pouvoir de l'Etat. Le meilleur exemple étant la Constitution des Etats Unis d'Amérique, accompagnée de la Déclaration des Droits, qui institue un équilibre de contre pouvoirs, censés (et seulement censés), limiter le pouvoir de l'Etat. Le libéralisme est réaliste. Les individus sont faillibles. Un Etat tout puissant, et donc des politiciens tout puissants, est source de danger.

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L'augmentation des salaires aux USA

5 Avril 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

Les magasins Wal-Mart, Target, et la chaîne de fast food Mac-Donald's ont annoncé aux USA des augmentations des salaires minima de leurs salariés. Ce mouvement est significatif de l'évolution de l'économie, ainsi que des effets des politiques économiques.

Il est d'usage en France de regretter le bon temps de l'industrie, et du travail à la chaîne, période de croissance, de plein emploi, et de bons salaires. La vision est idyllique. Il y avait de petites manufactures, sans les avantages des grandes entreprises, le travail à la chaîne était pénible, et critiqué. Cependant, la croissance économique permettait le plein emploi et des salaires corrects. Il en est né un mythe de l'industrie, alors qu'à leur apparition les usines étaient surnommées des moulins de Satan (satanic mills) en Angleterre. Et l'on considérait que la vraie valeur et la prospérité venait de l'agriculture. Mais la prospérité engendrée par la révolution capitaliste, dont l'industrie était le vecteur, a permis l'augmentation des salaires, et du niveau de vie.

Les services ont suivi le même chemin. Avant même la révolution industrielle, le service était essentiellement la domesticité. Puis il est devenu une activité très variée, jusqu'à devenir majoritaire auprès de la population active. Et les supermarchés tels que Wal-Mart, Target, ou les entreprises de fast food telles que Mac-Donald's, remplacent les grandes industries de la précédente époque. Comme les grandes industries, elles proposent de meilleures conditions de travail pour attirer de bons salariés, à un moment où une part importante de la population active des USA s'est retirée du marché du travail. Même si le taux de chômage paraît faible, il y a un taux d'inactivité important.

Du point de vue de la politique économique, l'augmentation des salaires est un camouflet à la politique keynésienne de relance de l'économie. Depuis les années 1990, la politique économique consiste à utiliser la monnaie pour relancer la dépense. La Fed baisse les taux d'intérêt pour relancer la croissance. Le summum a été atteint après l'éclatement de la bulle ineternet en 2001. En 2002, les USA décident de créer une bulle immobilière, en baissant les taux d'intérêt, et en favorisant les prêts immobiliers. La réglementation bancaire, via les critères de Bâle, favorise également l'immobilier, comme le montre l'évolution du crédit depuis 1973. L'objectif est dans un premier temps de favoriser le marché immobilier. Ce qui provoque la croissance du secteur de la construction, et l'augmentation de la valeur des maisons. Cette augmentation de la valeur des maisons crée un effet richesse. C'est-à-dire que les propriétaires empruntent, en hypothéquant leur maison, au besoin en prenant une deuxième hypothèque, pour consommer. Toutes ces dépenses, selon la logique keynésienne, doivent favoriser la croissance, l'augmentation des revenus, ce qui devrait favoriser à nouveau la dépense, et ainsi de suite, dans un cercle vertueux. Cette politique était notamment encouragée par le Prix Nobel Paul Krugman, chantre du keynésianisme.

Cette politique a débouché sur la crise actuelle. Les emprunteurs ne pouvaient plus rembourser. Et s'ils ne pouvaient plus rembourser, c'est notamment parce qu'il n'y a pas eu d'augmentation des revenus réels. La politique de dépense n'a pas provoqué de hausse de salaires. Or, des hausses se produisent aujourd'hui, alors même que l'effet richesse, et tout le mécanisme de soutient de la demande, a cessé. Certes, la Fed a repris sa politique de taux bas, elle a provoqué une hausse des marchés financiers, et a injecté beaucoup de liquidités dans l'économie. Mais le marché immobilier s'est effondré. Les banques ne prêtent plus aussi facilement. Il y a un phénomène logique de rémanence dans l'économie, qui se souvient des enchaînements qui ont mené à la crise. L'effet richesse ne profite qu'aux plus riches, qui ont un patrimoine financier important. Par contre, l'économie US s'est restructurée, et a gagnée en productivité. Comme par hasard, les hausses de salaires apparaissent après la hausse de la productivité. Il s'agit d'une hausse de productivité globale, qui finit par tirer à la hausse des salaires d'emplois qui ne sont pas forcément les plus productifs.

Une hirondelle ne fait pas le printemps. L'économie repose sur plusieurs leviers. Il est trop tôt pour y voir un enchaînement vertueux de la croissance. L'Etat doit notamment se désintoxiquer de la dette. Ce qu'il faut retenir, c'est que la politique en faveur de la dépense n'a pas produit de hausses de salaires, et que celles-ci apparaissent quand l'économie américaine se restructure et gagne en productivité. C'est une défaite de la macroéconomie keynésienne. Et une victoire des théories classiques et néoclassiques de l'échange.

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La politique économique aujourd'hui

1 Avril 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Un petit manuel d'économie

Je reprends ici l'écriture de mon petit manuel d'économie. Manuel qui a l'ambition de s'adresser à des néophytes complets en économie. Le langage utilisé se veut très simple, très accessible. Alors que je cherche à être simple dans mon blog, on m'a cependant déjà dit que ce que j'écrivais était compliqué. C'est le piège habituel de ceux qui sont tellement habitués à leur microcosme : on croit être simple, mais on ne l'est pas. Je vais donc faire un effort. Par contre, cela pourra apparaître trop simpliste à ceux qui s'y connaissent un peu.

Nous avons vu dans le chapitre précédent le triomphe de la macroéconomie, accompagné du développement de la microéconomie. La science économique s'est mathématisée. Elle scrute les agrégats tels que la demande globale, la masse monétaire. Certains économistes considèrent que la macroéconomie prouve qu'il faut agir sur ces agrégats pour créer de la croissance. D'autres disent le contraire. Tandis que la microéconomie étudie le comportement des entreprises, et, plus largement, des agents économiques, jusqu'aux individus. Là encore, il s'agit, soit, de les contrôler, pour favoriser la croissance ; soit, de démontrer qu'il faut, pour favoriser la croissance, les laisser agir à leur guise.

Nous verrons ici un exemple d'application de la théorie à la politique économique. Nous nous intéresserons à la politique monétaire, qui est devenue un axe principal de la politique économique. En faisant d'abord un rapide historique.

Pendant longtemps, la monnaie a été un métal, notamment l'or. Puis, les billets sont apparus, mais toujours en liaison avec un métal. Les billets correspondaient, plus ou moins, au stock d'or de la banque nationale qui les émettait. Ainsi la France a connu le franc germinal, ou franc-or, une monnaie des plus stables de 1803 à 1914.

Historique de la monnaie

La première guerre mondiale a fait voler en éclats le franc germinal. Elle a en effet été financée par la planche à billets, c'est-à-dire que l'argent était imprimé sans correspondance avec le stock d'or.

L'entre-deux guerres n'a pas vraiment permis de retrouver la stabilité du franc germinal. Il est difficile de rétablir un système monétaire. De plus, la crise des années trente est arrivée. Les pays ont dévalué leurs monnaies, ce qu'on appelle une dévaluation compétitive, en plus de pratiquer le protectionnisme. Le résultat a été catastrophique, aggravant fortement la crise au lieu de la faire cesser. Les circuits commerciaux étaient perturbés. Donc, les producteurs ne trouvaient plus de débouchés pour leurs marchandises. Par conséquent, ils faisaient faillite. Ce qui aggravait la crise.

Les dévaluations compétitives, et l'instabilité monétaire, ont été considérées par ceux qui ont vécu la crise des années trente comme un facteur aggravant de celle-ci. Par conséquent, les pays ont cherché après la deuxième guerre mondiale à retrouver une stabilité monétaire. C'était l'objectif des accords de Bretton Woods, qui ont institué un nouvel ordre monétaire. Dans ce système, le dollar est lié à l'or, et les autres monnaies sont liées au dollar. Les pays doivent donc avoir des dollars pour créer de la monnaie. Le système de Bretton Woods volera lui aussi en éclats, les Etats-Unis ne respectant pas le contrat : ils ont fait marcher la planche à billets. Et, en 1973, les changes deviennent flottants.

Le pilotage macroéconomique de l'économie par la politique monétaire.

Le changement est majeur. Jusqu'à présent, la monnaie d'un pays était liée à l'or. Le lien étant indirect dans le système de Bretton Woods. Les banques centrales ne pouvaient pas émettre de la monnaie comme elles le voulaient. Il fallait qu'augmente la quantité d'or qu'elles détenaient. Par conséquent, la monnaie n'était pas un agrégat sur lequel la macroéconomie pouvait agir. Nous avons vu en effet précédemment que la macroéconomie étudie sur quel agrégat agir pour stimuler l'économie. Et que dans le modèle keynésien l'injection de monnaie permet de stimuler l'économie. Dans le cadre d'une monnaie liée à l'or, l'injection monétaire est limitée.

Les pays ont néanmoins cherché à utiliser la planche à billets. C'est ce qui a fait exploser le système du franc-or, et celui de Bretton Woods. A partir de 1973, après quelques tâtonnements, c'est un système basé sur la stimulation de l'économie par la création monétaire qui se met en place.

Au niveau macroéconomique, comme la monnaie n'est pas liée à l'or, la banque centrale peut librement piloter sa création. La création monétaire est devenue le levier macroéconomique officiel pour stimuler l'économie. Le mode principal de création monétaire est la fixation des taux d'intérêt, qui est contrôlée par les banques centrales. Celles-ci diminuent les taux d'intérêt, pour encourager le crédit. Le crédit étant en effet de la création monétaire. Même si le particulier ne fait pas la différence, il y en a une différence entre un crédit bancaire, et, par exemple, un emprunt que fait une entreprise sur un marché financier. Dans le cas du crédit, la banque crée de la monnaie. Dans le cas d'un emprunt sur un marché financier, c'est de l'argent épargné qui est prêté à l'entreprise.

En baissant les taux d'intérêt, les banques centrales veulent stimuler le crédit. L'idée étant que la stimulation du crédit va entraîner plus de dépenses, des dépenses d'investissement notamment. Nous sommes donc en plein dans la macroéconomie keynésienne, selon laquelle les dépenses créent la croissance, et en particulier les dépenses d'investissement.

La baisse des taux d'intérêt a aussi pour objectif de faire monter les marchés financiers. Cette augmentation passe par différents mécanismes. Par exemple, si les taux d'intérêt des crédits baissent, une entreprise pourra préférer demander un crédit auprès d'une banque plutôt que d'emprunter sur les marchés financiers. Mécaniquement, cette concurrence des crédits bancaires fait baisser les taux des emprunts sur les marchés financiers. Une entreprise peut emprunter à taux réduit. Elle n'a donc plus besoin de demander d'argent à ses actionnaires. Elle peut même leur en redonner.

Les entreprises cotées en bourse ont à choisir entre différentes sources de financement : les actionnaires, les banques, les emprunts sur les marchés financiers. Toutes les sources de financement ont un coût. Un épargnant va prendre le risque d'investir dans des actions si le rendement est intéressant. C'est-à-dire si les dividendes sont élevés. Ou, si la probabilité de voir l'action augmenter est forte.

Si une entreprise peut se financer par emprunt ou par le crédit à taux réduit, cela peut avoir trois conséquences. Le coût financier d'un nouveau projet financé par le crédit ou l'emprunt diminue. Ce qui, mécaniquement, augmente les perspectives de profits. Ce qui fait monter l'action.

Ou, l'entreprise peut financer par l'emprunt ou le crédit un projet pour lequel elle aurait normalement dû demander de l'argent à ses actionnaires. A nouveau, les perspectives de profits, sans avoir à remettre au pot, font augmenter la valeur des actions.

Enfin, une entreprise peut avoir suffisamment d'argent pour investir dans de nouveaux projets. Mais si un crédit ou un emprunt ne coûte quasiment rien, son intérêt est de reverser son argent aux actionnaires, et d'emprunter ou de souscrire un crédit pour investir. Le fait de reverser de l'argent aux actionnaires, qui sont les propriétaires de l'entreprise, fait augmenter le cours de l'action.

L'augmentation des marchés financiers est un objectif macroéconomique. Si les placements financiers non risqués augmentent, c'est que leur rentabilité baisse. Donc, les économistes pensent que les investisseurs vont s'orienter vers d'autres placements, par exemple des actions de jeunes entreprises, plus risquées mais plus rémunératrices. Si les investisseurs s'orientent vers ces jeunes entreprises, on suppose que la croissance économique va s'accélérer. Le but de la baisse des taux d'intérêt est donc aussi la hausse des marchés financiers.

Enfin, la hausse des marchés financiers a aussi pour objectif de créer un effet richesse. L'idée est que la hausse des marchés financiers entraîne une hausse de la valeur du patrimoine des gens. Ceux-ci, se sentant plus riches, vont consommer plus. D'autre part, une hausse du patrimoine des gens augmente les possibilités de crédit bancaire. En effet, les gros crédits sont garantis par le patrimoine. Si vous demandez un crédit important à votre banquier, il va demander des garanties : une hypothèque sur votre maison, des actions en garantie. On ne prête qu'aux riches. Par conséquent, l'augmentation du patrimoine augmente les possibilités de crédit, et donc favorise la demande. Cela forme un cercle, que les keynésiens estiment vertueux : la baisse des taux d'intérêt augmente les possibilités de crédit de deux manières, en rendant le crédit moins cher, et en augmentant la valeur du patrimoine. Le crédit est dépensé, créant de la demande. Ce qui crée de la croissance, des revenus, une nouvelle augmentation de la demande, de l'optimisme, ce qui renforce les dépenses, l'investissement, et crée à nouveau de la croissance.

Un exemple de relance monétaire : la bulle immobilière des années 2000.

Une bonne illustration de cette politique économique est la bulle immobilière des années 2000. En 2002, les USA connaissaient une crise économique, suite à l'éclatement de la bulle internet. Voici quelle politique préconisait le prix Nobel d'économie Paul Krugman, en 2002, dans le New-York Times :

Pour combattre cette récession la Fed a besoin d’une hausse importante des dépenses des foyers pour compenser la défaillance de l’investissement privé. [Ainsi] Alan Greenspan [ le président de la Fed, la banque centrale US, en 2002] a besoin de créer une bulle immobilière pour remplacer la bulle du Nasdaq.

Dans une interview accordée en 2001, il déclarait :

Entre-temps, la politique économique devrait encourager d’autres dépenses pour compenser la chute des investissements dans le monde des affaires. Des taux d’intérêt bas, qui favorisent les dépenses dans l’immobilier et d’autres biens durables, sont la principale réponse.

La politique préconisée est ainsi de faire monter les prix de l'immobilier. Une baisse des taux d'intérêt, accompagnée d'une politique favorable aux prêts immobiliers, va permettre, d'abord, de faciliter l'achat et la construction de maisons. En effet, les taux d'intérêt bas rendent les crédits immobiliers moins chers. Cette baisse du coût des crédits entraîne en demande d'achats et de constructions de maisons. Cette hausse de la demande fait augmenter les prix des maisons. Ce qui favorise les crédits hypothécaires. Les banquiers vont accorder plus facilement un crédit hypothécaire car ils pensent qu'ils ne perdront pas d'argent : les prix augmentent, donc les acheteurs pourront toujours revendre la maison avec un bénéfice s'ils ne peuvent pas rembourser leur crédit.

On note que Krugman indique que les taux d'intérêt bas doivent aussi favoriser les achats de biens durables. Le schéma est le suivant. Les gens contractent d'abord un crédit hypothécaire, garanti par la maison qu'ils achètent, pour devenir propriétaire. Puis, la valeur de la maison augmentant, il contracte un deuxième crédit hypothécaire, garanti par la même maison, pour consommer. Ce qui, dans la logique keynésienne, crée de la croissance, puisque la consommation augmente. Comme il y a de la croissance, il y a de l'emploi, et donc des revenus pour rembourser les crédits. C'est cette politique qui a été appliquée par la banque centrale des USA, encouragée par les pouvoirs publics.

Application de la microéconomie à la politique économique.

La politique monétaire macroéconomique est complétée par des mesures microéconomiques. Le comportement des acteurs du monde de la finance est étroitement contrôlé. Les banques doivent ainsi respecter les critères de Bâle. Concrètement, ce ne sont pas les banques qui décident de ce qui est risqué ou non, ce ne sont pas les banques qui, par exemple, décident si accorder un crédit à une entreprise est risqué ou non. Elles ont une marge de manœuvre, bien sûr. Mais elle doivent d'abord respecter les critères de Bâle.

Ces critères portent le nom de la ville qui accueille le siège de la Banque des Règlements internationaux. Ils ont été énoncés à cet endroit, par un comité composé des gouverneurs de banques centrales des principaux pays de l'OCDE. Il s'agit d'éviter que les banques ne prennent trop de risques. En contrepartie, ces mêmes banques sont assurées d'être secourues par la banque centrale de leur zone monétaire en cas de problèmes.

Schématiquement, les critères de Bâle désignent plusieurs types de crédits et de placements que peuvent faire les banques. En fonction du risque, les banques doivent avoir plus ou moins de capitaux propres. Concrètement, immobiliser plus de capitaux propres réduits la rentabilité pour les actionnaires. Les critères de Bâle considère que les emprunts d'Etat ne sont pas risqués, puis vient l'immobilier, et ensuite les emprunts des entreprises. Les critères de Bâle se sont imposés au-delà des banques. Et ce sont les agences de notations qui décident de ce qui est risqué ou non.

En pratique, différents organismes, des Etats, des entreprises, viennent emprunter sur les marchés financiers. Ils émettent pour cela des titres financiers, des obligations. En face, des banques, des compagnies d'assurances, des fonds de pension, etc. Tous ces organismes qui achètent des obligations obéissent aux critères de Bâle pour gérer les risques. Par conséquent, ceux qui veulent emprunter sur les marchés financiers se font noter par des agences de notation. Ils peuvent emprunter sans se faire noter, mais, dans ce cas, ils seront classés comme des emprunts risqués. La notation détermine si un emprunt est risqué ou non. Les Etats aussi sont notés. Mais une banque peut acheter des obligations de son pays même si elles sont mal notées.

Nous avons donc un système qui favorise les emprunts d'Etat, et l'immobilier. Ce n'est donc pas un hasard si Paul Krugman appelait à une bulle immobilière. L'argent injecté dans l'économie par les banques centrales se retrouve dans les emprunts d'Etat et l'immobilier. On remarque également que les acteurs de la finances sont très contrôlés. Les critères de Bâle sont entrés en vigueur en 1988, et n'ont cessé d'évoluer depuis.

Les multiples sources de la politique économique.

Nous avons ici simplifié la politique économique en la décrivant comme obéissant aux principes keynésiens, à savoir que l'argent crée la croissance. La réalité est plus complexe. Nous avons vu que la macroéconomie justifiait tout aussi bien une politique keynésienne de dépenses, pour stimuler l'économie, que son contraire. La politique économique fait son marché entre ces théories.

Ainsi, pour justifier la politique de créations monétaire, c'est aussi Milton Friedman qui est invoqué. Milton Friedman est le chef de file du courant monétariste, anti-keynésien. Mais il a écrit une histoire de la monnaie aux USA avec Anna Schwartz, dans laquelle il est stipulé que la crise des années 1930 a été aggravée par le fait que la Fed, la banque centrale US, a diminué la masse monétaire. Il en a été conclu qu'il fallait augmenter la masse monétaire, c'est-à-dire injecter de l'argent dans l'économie, pour résoudre les crises. Cependant, telles ne sont pas les préconisations de Milton Friedman et du monétarisme. Il n'a jamais approuvé cette politique. La politique économique ne s'embarrasse pas de certains raccourcis.

Une autre illustration du mélange des théories économiques par la politique économique survient quand la théorie dominante ne donne pas les résultats escomptés. Ainsi, dans les années 1970, quand les recettes keynésienne n'ont pas permis de sortir de la crise (le Royaume Uni ayant été carrément sous assistance du FMI), il a été décrété qu'il y avait des crises keynésiennes, et des crises non keynésiennes, pour lesquelles la relance par la dépense ne fonctionnait pas. Sans que personne ne mentionne l'incohérence sur le plan théorique de cette affirmation.

Aujourd'hui, face à la crise, la théorie keynésienne de dépense est appliquée. Mais, après quelques années de crise, on commence à insister sur les réformes structurelles. En effet, les pays qui s'en sortent le mieux sont ceux qui ont une économie qui s'adapte, comme le Royaume Uni, l'Allemagne, les USA, ou ceux qui ont fait des réformes pour que leur économie soit réactive, comme l'Espagne. A contrario, la France stagne. Alors les préconisations de politique économique mettent l'accent sur les réformes structurelles, dans le sens de la macroéconomie classique, en accompagnement de la politique d'injection de monnaie. C'est là une juxtaposition de deux politiques différentes, sans rapport théorique entre elles. La politique économique fait son marché dans les théories économiques.

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Keynes et le triomphe de la macroéconomie.

2 Janvier 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Un petit manuel d'économie

 

Ceci est un nouveau chapitre de mon petit manuel d'économie. L'avènement du keynésianisme et de la macroéconomie.

 

Keynes

John Maynard Keynes est sans doute le plus célèbre des économistes en France. Et les plus néophytes en économie connaissent généralement de nom le keynésianisme. C'est d'ailleurs le seul courant en économie qui est désigné du nom d'un individu. Les puristes déclareront que ce qu'on appelle keynésianisme ne correspond pas à la pensée du maître. Cependant, nous nous en tiendrons ici à l'acception courante du terme.

 

C'est en 1936 que paraît l'ouvrage majeur de Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie. Keynes se place dans le cadre de l'équilibre général. Il considère que l'économie peut connaître un équilibre de sous emploi. Dans ce cas, il faut soutenir l'économie par la dépense, et notamment l'investissement public. Selon Keynes, l'injection de monnaie dans l'économie a un effet multiplicateur. Par exemple, l'Etat décide d'investissements publics. Les entreprises voient augmenter la demande. Elles livrent plus de produits, doivent embaucher pour produire. Ce qui entraîne des dépenses de consommation. L'augmentation de la demande provoque des anticipations positives. C'est-à-dire que les entreprises investissent, anticipant une hausse de la demande, ce qui provoque une distribution d'argent, et donc des achats, qui provoquent des anticipations positives, et ainsi de suite. Un cercle vertueux s'enclenche. L'effet de la dépense de départ est multiplié. D'où le concept du multiplicateur keynésien.

 

Keynes place son raisonnement explicitement dans le contexte de la loi de Say. Il considère que cette loi empêche les économistes classiques et néoclassiques (Keynes englobe les deux courants dans le terme classique) d'envisager l'éventualité même d'une crise de sous-emploi. Keynes a une interprétation très particulière de la loi de Say. Selon lui, la loi de Say postule que l'offre crée sa propre demande. Or, comme le souligne Steven Kates, la loi de Say ne dit rien de tel. Elle constate que des produits et des services s'échangent contre des produits et des services. De même, Steven Kates1 montre que non seulement la loi de Say n'empêchait pas les classiques et les néoclassiques d'envisager une récession et le chômage, mais que c'était justement la loi de Say qui envisageait les fluctuations de la conjoncture. L'interprétation de la loi de Say par Keynes est donc totalement fallacieuse. Pourtant, comme le souligne également Steven Kates, cette interprétation s'impose. Même parmi les opposants au keynésianisme. Steven Kates n'apporte pas d'explication à cette évolution. Pour ma part, j'incriminerais la notion d'équilibre mathématique, à laquelle Keynes a été nourri à l'école de Cambridge. Mathématiquement, les dépenses d'investissement doivent se retrouver quelque part.

 

Keynes a donc imposé l'idée que la dépense créait la croissance. Sa démonstration est bancale. Cependant, cela n'a pas d'importance méthodologiquement, car ses hypothèses ont été mathématisées, avec l'avènement, ou plutôt le triomphe, de la macroéconomie.

 

Le triomphe de la macroéconomie

La théorie keynésienne a très vite été mathématisée, même si Keynes n'y était pas favorable. Cette mathématisation reprend des outils développés par les néoclassiques, comme les courbes d'offre et de demande. Mais son approche est totalement différente.

 

La macroéconomie ne mathématise pas le comportement de l'individu. Elle traite directement des grandeurs globales : l'offre globale, la demande globale, etc. Elle va étudier l'effet d'une hausse des dépenses publiques sur la demande globale par exemple. L'individu n'étant pris en considération qu'à travers les anticipations.

 

La macroéconomie reprend les thèses keynésiennes et des outils néoclassiques. C'est pourquoi on l'a appelée aussi économie de la synthèse. Synthèse keynésienne ou synthèse néoclassique, cela désigne la même chose.

 

Le raisonnement littéraire n'est plus du tout pris en compte. C'est la réalité qui doit valider la théorie, à travers les statistiques. Peu importe donc que le raisonnement de Keynes prenne autant de liberté avec la loi de Say. Nous sommes dans une approche mathématique : un travail à partir d'une hypothèse. C'est la confrontation avec le réalité qui doit valider l'hypothèse.

 

Même la majorité des non-keynésiens reprend l'approche macroéconomique. Il en est ainsi par exemple du monétarisme, dont un des chefs de file est le célèbre Milton Friedman. Ce courant reprend la théorie quantitative de la monnaie, selon laquelle la création monétaire est un facteur inflationniste, en la développant. Il est donc à l'opposé du keynésianisme. Mais l'approche est la même : la macroéconomie, validée par la réalité, et l'individu pris en compte à travers les anticipations. Les anticipations sont juste différentes. En cas de hausse de la dépense publique, c'est ici une hausse de l'inflation qui est anticipée.

 

La théorie économique a donc profondément changé depuis Adam Smith, cette évolution étant parachevée par le triomphe de la macroéconomie. Auparavant, le raisonnement était littéraire. Aujourd'hui, il est mathématique et statistique. Avec toujours les deux pôles, l'un considérant que la dépense permet de relancer l'économie, l'autre non. Et avec toutes les variantes entre ces deux pôles. Ainsi, face aux échecs des politiques de dépenses publiques durant à la crise des années 1970-80, on a pu dire que certaines crises sont des crises de la demande, nécessitant un soutient à la demande, et d'autres des crises de l'offre, nécessitant de soutenir le processus de l'offre.

 

Il n'y a plus de référence à la loi de Say, et à la notion d'échange. C'est une conséquence de la disparition du raisonnement littéraire. La loi de Say n'est évoquée que dans son interprétation keynésienne, même pour ceux qui la soutiennent. C'est-à-dire que les dépenses d'investissement des entrepreneurs sont diffusées dans l'économie, à travers les achats, et la distribution de salaires, et qu'elles soutiennent ainsi l'économie.

 

Le vocabulaire keynésien s'impose.

On remarquera à quel point le vocabulaire keynésien s'est imposé. Ainsi on distingue théorie de l'offre et de la demande, sans plus aucune mention de l'échange volontaire source de richesse. De même, les statistiques sont keynésiennes. Par exemple, les médias s'en font largement l'écho, on surveille les composantes de la demande : la consommation, les exportations.

 

L'idée d'anticipation positive s'est imposée également. Quand la croissance faiblit, on l'attribue à la morosité. Et on considère qu'il faut envoyer des signaux positifs pour relancer l'économie.

 

Enfin, quand on parle de relancer l'économie, ou d'une politique de croissance, c'est à la théorie keynésienne qu'il est fait référence : une relance de l'économie par la dépense publique. A contrario, une politique de l'offre, ou basée sur l'échange, qui impose des réforme structurelles, est appelée politique d'austérité. Ce qui est absurde : la politique de l'offre (si on reprend les termes keynésiens), est aussi une politique de relance. Les mots que nous entendons, que nous employons, qui nous sont assénés comme des vérités, sont ainsi connotés. Il faut s'en souvenir à chaque fois qu'il est question d'économie.

 

La microéconomie.

En même temps que la macroéconomie s'est développée la microéconomie. Au contraire de la macroéconomie, la microéconomie n'aborde pas l'économie de façon globale. Elle traite d'une multitude d'aspect de l'économie. Par exemple, elle étudie l'asymétrie de l'information dans un échange, une situation dans laquelle un des acteurs a plus d'informations que l'autre, ce qui le met en position favorable. Elle va étudier la capacité d'une entreprise à imposer ses prix au marché (dont les travaux du prix Nobel Jean Tirole). Elle va tester l'hypothèse d'efficience des marché financiers ( ce que fait le prix Nobel Eugène Fama). Elle va s'intéresser à la réglementation financière. Une multitude de sujets, utilisant essentiellement des méthodes statistiques, mais aussi d'autres, la théorie des jeux par exemple (qui modélise de façon mathématique des processus de décision), des théories comportementales, etc. La théorie néoclassique, comme elle part de l'individu, est aussi classée dans la microéconomie.

 

On a pu dire que macroéconomie et microéconomie formait un ensemble unifié, car utilisant toutes deux des méthodes mathématiques. Mais la microéconomie s'est tellement diversifiée, qu'on peut avoir une opinion contraire.

 

En conclusion de ce chapitre, on soulignera que l'économie est passée définitivement à la mathématisation, abandonnant le raisonnement littéraire. Le but est d'asseoir son caractère scientifique. Cependant, le débat est toujours le même : faut-il soutenir l'économie par la dépense ? De son côté, la microéconomie veut modéliser les détails de l'économie, avec la même scientificité, mais là aussi il y n'y a pas d'unanimité, mais toujours des débats.

 

1Say's law and the keynesian revolution

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