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Ubérisation et économie du partage

12 Décembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'ubérisation, l'économie du partage, ce sont les thèmes à la mode aujourd'hui. La multinationale uber est vue comme une révolution dans le monde du travail, bousculant les schémas types. Pourtant, cette évolution est en cours depuis longtemps. Nous sommes simplement trop prisonniers de nos schémas pour envisager l'évolution.

Cette fixation sur l'ubérisation m'a fait ressortir un bouquin vieux de maintenant vingt ans, paru aux USA en 1994, et en France en 1995 : La Conquête du Travail, de William Bridges. Sous-titré "Au delà des transitions", il traite déjà de l'évolution du travail. Selon Bridges, chaque individu doit se comporter comme une entreprise, une "me inc". Nous devons chacun investir dans le développement de compétences, les vendre sur le marché, évoluer. C'est la conception du travail en tant que service. Et de l'individu en tant qu'être autonome.

Ce qui tranche avec la conception traditionnelle du travail. Celle-ci correspond au salariat industriel. Le travail est caractérisé par la pénibilité, le rapport de subordination, et sa quantité est mesurée par le temps. Tout tourne autour de cette conception du travail. Par exemple, la conception des loisirs : faire ce qui plaît, en opposition au travail. L'idée d'un travail plaisir paraît incongrue. On remarquera aussi que le travail des cadres est mal pris en compte par cette conception. En effet, la mesure du travail d'un cadre n'est pas le temps. A contrario, on a voulu faire entrer dans la notion de travail ce qui n'en était pas. Par exemple, on a considéré qu'une femme au foyer faisait le même travail qu'une femme de ménage. Par conséquent, il fallait payer la femme au foyer. On remarque qu'on s'intéresse à la forme du travail. Pas à son essence.

Il y a deux erreurs cette conception du travail : le refus de l'idée d'évolution du travail, et une focalisation sur la forme du travail, plutôt que sur son essence. Avant la révolution industriel, le travail n'était pas conceptualisé. Chacun était à sa place. Les nobles, l'Eglise, et les travailleurs, c'est-à-dire les paysans. Ces derniers voyaient leur vie rythmée par les saisons, et par l'Eglise qui imposait ses fêtes. Il y avait aussi les serfs, assez longtemps. Dans cet ordre des choses féodal, les artisans étaient une particularité. Il fallait les faire entrer dans une norme. Ce furent les corporations. C'est ainsi que Robert Castel écrit :

"(…) Sans doute la ville reste-t-elle, quantitativement marginale, mais c'est à partir d'elle que se développent l'artisanat, les échanges commerciaux, l'économie monétaire, les techniques bancaires du capitalisme commercial. Mais même ces innovations se déploient à travers des hiérarchies précises, qui maintiennent, à la ville comme dans le monde rural, la même subordination de chacun à l'ensemble."

"L'idiome corporatiste commande ainsi l'accès à ce que l'on pourraait appeler la citoyenneté sociale, le fait d'occuper une place reconnue dans le système des interdépendances hiérarchiques qui constituent l'ordre communautaire."

Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, 1995, Fayard, p. 83, pp. 131-132)

Avant la révolution industrielle, le travail de l'artisan a nécessité une réflexion pour être intégré dans l'ordre des choses. La notion de travail, si on analyse ex post, avec notre vision moderne, était donc très différente avant l'ère industrielle. Elle n'existait pas en fait. Le temps était déterminé par les obligations collectives : les fêtes religieuses, les nécessités des saisons pour les paysans, et pour les artisans, un règlement est créé pour les faire rentrer dans la norme.

La révolution industrielle dynamite cette ordre. Dynamiter n'est d'ailleurs pas le bon terme, car l'histoire est progressive, avec des accélérations. Mais le terme même de révolution industrielle est-il judicieux ? Ce terme fait référence à la forme. L'émergence de l'industrie. Mais ce n'est pas l'essence. Cette révolution, c'est le fait que des particuliers peuvent s'unir librement pour créer des industries, et d'autres offrir leurs services à ces industries, sous forme de travail. Le travail, dans cette révolution, est devenu un service. Mais on a préféré voir la forme : l'industrie, la forme du salariat.

D'une certaine manière, la focalisation sur la forme du salariat ressemble à la volonté d'intégrer les salariat dans la norme avant la révolution industrielle. C'est le refus de l'évolution On définit alors de nouveaux concepts, ubérisation, économie du partage, pour intégrer, et pour expliquer l'évolution. Mais l'essence du travail n'est pas intégrée. Le travail est un service, proposé sur un marché.

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L'école autrichienne d'économie

11 Décembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Un petit manuel d'économie

Aujourd'hui, la science économique est dominée par la macroéconomie, et ce depuis les années 1930. Depuis encore plus longtemps, la science économique est mathématisée. Depuis la fin du 19ème siècle. Les économistes utilisent les mêmes techniques mathématiques. On distingue la macroéconomie keynésienne, et la non keynésienne, ou nouvelle macroéconomie classique.

Il existe cependant un courant minoritaire, qui défend l'économie de marché, mais qui refuse la mathématisation de l'économie. C'est l'école dite autrichienne. Elle est, il faut le reconnaître, très minoritaire. Cependant, paradoxalement, un des économistes les plus connus du vingtième siècle appartient à ce courant, je veux parler de Friedrich August Hayek. Ce qui déjà justifie de s'y intéresser. Elle présente également une vision de l'économie avec une dynamique interne. Ce qui une autre raison de l'étudier. Enfin, elle a développé une théorie des cycles économiques, qui est particulièrement d'actualité avec la crise actuelle.

Carl Menger

L'école autrichienne prend naissance avec le marginalisme. Trois auteurs développent séparément le concept d'utilité marginale pour expliquer la valeur d'un produit : William Stanley Jevons et Carl Menger en 1871, et Léon Walras en 1874. Jevons et Walras vont utiliser ce concept pour mathématiser l'économie. Ce qui donnera le courant néoclassique, et le raisonnement en termes d'équilibre, général ou partiel. Carl Menger refusera la mathématisation, et le courant qui se développera à sa suite sera appelé le courant autrichien. Une appellation qui a été donné à Menger, selon Ludwig von Mises, pour le distinguer des économistes allemands, auxquels ils s'est opposé sur la question de la méthode à appliquer pour l'étude de l'économie.

Le marginalisme explique la valeur par l'utilité marginale. Ce qui explique le paradoxe qui veut que l'eau, indispensable à la vie, coûte moins cher qu'un diamant. L'eau peut satisfaire plusieurs besoins, classés chacun par ordre d'importance. Par exemple : boire, se laver, laver la maison, remplir le pistolet à eau du petit dernier. Si la quantité disponible d'eau est à peine suffisante pour satisfaire le premier besoin, sa valeur sera très élevée. S'il y a suffisamment d'eau pour même remplir le pistolet à eau, sa valeur sera faible, car elle correspondra à l'importance du dernier besoin satisfait.

Dès le départ, Carl Menger se distingue de ses collègues Jevons et Walras. Ces derniers utilisent le concept d'utilité marginale pour établir un prix de marché, qui sera considéré comme la valeur du bien ou du service dans leurs théories. Pour Carl Merger, il n'y a pas de prix de marché, dans le sens où la valeur est subjective. Chaque individu a ses préférences, chaque individu a son classement pour les utilités d'un produit. Par conséquent, la valeur donnée à un produit diffère selon chaque individu. La valeur est subjective. Le subjectivisme est ainsi une caractéristique de l'école autrichienne, dès Carl Menger.

Une autre caractéristique apparaît également dès Carl Menger. C'est l'insistance sur le fait que la monnaie ne repose pas sur des lois imposées par un gouvernement. Mais qu'elle s'est développée à travers le comportement des individus. Ceux-ci ont d'abord choisi un bien intermédiaire, avant de développer des outils monétaires. L'explication de Carl Menger sera développée ensuite par Ludwig von Mises. C'est une caractéristique du courant autrichien, qui s'oppose à la monnaie fiat, la monnaie décrétée par l'Etat.

La praxéologie

Après Menger, l'une des figures les plus importantes du courant autrichien est Ludwig von Mises. Il y aurait beaucoup à dire sur Mises. Mais ce n'est pas l'objet de ce texte. Je le cite ici pour son concept de praxéologie. Mises inclut l'économie dans une matière qu'il nomme praxéologie, c'est-à-dire l'action humaine. Tout individu agit. Il met en œuvre des moyens pour atteindre des fins, déterminées par lui. La praxéologie étudie l'action. Pas les fins. L'économie, c'est aussi l'individu agissant. Elle fait donc partie de la praxéologie. Et l'économie de marché est dénommée catallaxie, science des échanges. Le concept de praxéologie souligne l'approche autrichienne de l'économie en tant que science humaine. L'économie n'est pas l'égalisation de quantités, d'une offre et d'une demande, mais la coordination des actions d'individus agissant chacun séparément. (Ce qui inclut les actions collectives comme une société commerciale. Mais, même une société est l'action de plusieurs individus).

Une dynamique interne.

Dans le livre L'école autrichienne, marché et créativité entrepreneuriale, Jesus Huerta de Soto souligne l'approche dynamique de l'économie de l'école autrichienne. Les théories courantes ont une approche statique. Elles déterminent un équilibre. Dans la théorie autrichienne, il n'y a pas d'équilibre. L'économie est toujours en mouvement. Et le moteur de ce mouvement, c'est l'entrepreneur. Huerta de Soto écrit :

Pour les autrichiens, la fonction d'entrepreneur, au sens large, coïncide avec l'action humaine elle-même. En ce sens, on pourrait affirmer qu'exerce la fonction d'entrepreneur toute personne agissant en vue de modifier le présent et d'atteindre ses objectifs dans le futur.

Selon Carl Menger, l'activité d'entrepreneur comprend :

  • la collecte d'informations sur la situation économique :

  • le calcul économique ;

  • l'acte de volonté par lequel les biens sont affectés à un processus particulier de production ;

  • la supervision de l'exécution du plan de production.

    Dès Carl Menger, l'entrepreneur est donc l'élément moteur de l'économie. Selon Menger, dans les grandes firmes, la fonction d'entrepreneur peut être décomposée. Cela pour souligner qu'il s'agit d'une fonction, d'un concept, pas forcément rattaché à un seul individu.

Il ne faut pas confondre entrepreneur autrichien et schumpetérien. L'entrepreneur schumpetérien s'inscrit dans la théorie de l'équilibre générale. Joseph Alois Schumpeter effectue une fusion, une synthèse, de la théorie autrichienne et de la théorie de l'équilibre. Cette dernière est statique. Schumpeter part donc d'une situation où l'économie se reproduit à l'identique à chaque cycle. Il introduit l'entrepreneur, financé par le crédit, pour modifier le cycle. Tandis que dans la théorie autrichienne, l'entrepreneur et toujours présent. Comme l'écrit Huerta de Soto, cette notion se rapporte au fait que l'individu agit, et qu'en agissant il peut changer le cours des choses.

La théorie autrichienne des cycles économiques.

L'un des apports à la fois principaux et exclusifs de l'école autrichienne à l'économie est la théorie autrichienne des cycles, connue sous l'acronyme TAC en français, et ABCT en anglais, pour austrian business cycles theory. Selon l'école autrichienne, les cycles économiques, succession de prospérité et de crise, s'expliquent par la création monétaire. Murray Rothbard, qui a écrit une histoire de la pensée économique sous l'angle autrichien, souligne que ce n'est pas le courant autrichien qui a déterminé que la création monétaire pouvait causer des crises. Il fait remonter l'idée àDavid Hume et à David Ricardo. L'école autrichienne a ensuite pleinement développé cette théorie, avec notamment Ludwig von Mises.

Le création monétaire excessive perturbe la structure de production. La production d'un bien ou d'un service se fait en plusieurs étapes au cours du temps. Ce que l'école autrichienne appelle le détour de production. Ce détour peut comporter plus ou moins d'étapes. Une épargne élevée va favoriser un détour plus long. Il y a plus d'argent disponible pour l'investissement. La création monétaire va allonger artificiellement le détour de production. Elle crée d'abord une croissance, mais ensuite une dépression. Car les entrepreneurs, trompés par la création monétaire, ont fait des malinvestissements. Pour que la crise s'estompe, il n'y a pas d'autres solutions que de laisser l'économie résorber les malinvestissements.

Dans une version modernisée, François Facchini parle d'une théorie de la récurrence des erreurs collectives d'anticipation. Il reprend sous une forme plus élaborée les problématiques monétaires et d'anticipation. Ce qu'il faut retenir, c'est que la création monétaire excessive, dans le but de stimuler la croissance, perturbe les anticipations des entrepreneurs. Il en résulte une structure de production qui ne correspond pas à l'économie réelle. La création monétaire excessive entraîne d'abord la croissance, mais finit en dépression.

Cette théorie des cycles a permis à Friedrich August Hayek de prédire la crise de 1929. Mais il ne pouvait pas donner une date. On parle de "pattern prediction" en anglais, la prédiction de tendances de l'économie. Cette théorie des cycles est également particulièrement d'actualité avec la crise de 2007-2008. En effet, celle-ci a été précédée d'une relance par la création de monnaie, dans le but de créer une bulle immobilière, pour relancer la croissance après le dégonflement de la bulle internet en 2001 (cf Paul Krugman ici).

L'école autrichienne présente des variantes et des débats entre ses membres. Il y a par exemple une différence méthodologique entre Ludwig von Mises et son élève Friedrich August Hayek. Ce qui est décrit ici est le corpus de base qui fait à peu près l'unanimité. C'est une école centrée sur la coordination des actions des gens, avec une vision dynamique, et une importance donnée aux effets néfastes des manipulations monétaires.

Quelques liens pour aller plus loin:

- une présentation de l'école autrichienne par le professeur Jorg Guido Hülsmann;

- Murray Rothbard, Dépressions économiques;

- Histoire de l'école autrichienne d'économie en vidéo;

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Bastiat à l'honneur

4 Décembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

La France peut s'enorgueillir de ses grands penseurs, qui rayonnent encore à travers le monde. Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat, sont parmi les plus célèbres. Ils peuvent par contre être un peu délaissés dans leur propre patrie. C'est le cas par exemple de Frédéric Bastiat, plus connu à l'étranger qu'en France.

Frédéric Bastiat est heureusement à l'honneur ces temps-ci, grâce au travail de l'Institut Coppet. Ce dernier a d'abord publié un des plus célèbres textes de Bastiat : La Loi. Le texte est précédé d'une présentation de Damien Theillier, Président de l'Institut Coppet, qui en explique les notions et les enjeux.

Bastiat à l'honneur

L'Institut Coppet vient par ailleurs de publier les œuvres complètes de Frédéric Bastiat. Cette édition rassemble des ouvrages comme les pamphlets de Bastiat, ses Harmonies économiques, mais aussi sa correspondance.

Bastiat à l'honneur

Enfin, signalons le livre pour enfants Les Jumeaux Tuttle étudient La Loi. Il s'agit d'un ouvrage destiné à expliquer aux enfants les principes de La Loi de Bastiat. Il est traduit de l'anglais par Damien Theillier, président de l'Institut Coppet, et par ailleurs professeur de philosophie.

Bastiat à l'honneur

En cette période de fêtes, voici donc des cadeaux à offrir ou à se faire, pour développer sa connaissance de la culture française, et développer sa réflexion.

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Viande rouge cancérogène etc.

26 Octobre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'OMS déclare la charcuterie cancérogène, et la viande rouge probablement. Aussitôt les media diffusent ces déclarations, sans aucun recul, aucun esprit critique, comme parole d'évangile. C'est le paradoxe de notre époque : jamais les sources d'information n'ont été aussi disponibles, et pourtant l'esprit critique reste très faible. En fait, il suffit qu'un organisme public, étatique ou supra étatique, fasse une déclaration, ou qu'une quelconque ONG fasse une annonce catastrophique, aussitôt elle est reprise sans analyse, au mépris des principes démocratiques qui veulent que le peuple contrôle ceux qui les gouvernent. Alors qu'il est souvent facile de trouver une contradiction argumentée, loin des théories du complot.

On le voit en économie, où l'on parle de crise financière, accusant l'avidité des banques. Pourtant, la bulle immobilière était souhaitée par les keynésiens, comme Paul Krugman (voir ici). Le secteur bancaire est soumis à une politique très dirigistes de la part des autorités publiques, notamment à travers les critères de Bâles, comme le montre bien Guillaume Nicoulaud, ici et ici. C'est également le Congrès Us qui a voulu encourager le crédit aux pauvres, avec le Community Reinvestment Act (act signifiant loi). Sans compter la politique des agences publiques Fannie Mae et Freddie Mac, chargées de racheter aux banques leurs crédits hypothécaires. Tous ces faits, car ce sont des faits, battent en brèche l'idée d'une crise financière due au capitalisme débridé, mais montre plutôt une crise économique provoquée par des manipulations monétaires, destinées à relancer l'économie comme l'écrit Krugman. Mais de ces faits, nul ne parle dans les grands media. Le principe de contradiction n'existe pas.

D'autres matières fournissent des exemples de diffusion d'information sans recul. Comme lorsque Le Nouvel Observateur a fait sa une sur une étude sur les OGM, très critiquée par la suite (voir ici et ici). On peut citer également le bisphénol, diabolisé en France sans procès (voir ici un exemple d'étude sur les méfaits du bisphénol), et sans aucune considération pour ses effets bénéfiques (voir ici). Ne parlons pas du débat sur le climat. Aller à l'encontre de la thèse de la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique est condamné d'apostasie (voir ici et ici). Personne ne s'interroge non plus sur la politique énergétique censée diminuer la production de CO2 (voir ici). Concernant l'alimentation, on peut citer le régime cétogène, qui peut entrer dans le débat.

Ce que j'ai voulu montrer ici, c'est que LA vérité n'existe pas forcément. Il n'y a personne qui dispose de la science infuse. Chacun doit pouvoir se faire sa propre opinion, en confrontant les sources. Or, aujourd'hui, alors que l'information est disponible, elle est finalement très peu diffusée. On a plutôt l'impression de se voir imposer une pensée unique. N'est-ce pas dommage, pour le libre arbitre de chacun, et, finalement, le fonctionnement de la démocratie ?

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La nouvelle sphère libérale en France

3 Octobre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le magazine l'Expansion a publié ce mois d'octobre 2015 un numéro avec en titre "Les nouveaux libéraux" . Parmi les points positifs, on se réjouira de la médiatisation du renouveau du libéralisme en France, et de Students for Liberty, l'organisme qui permet aux jeunes de découvrir le libéralisme.

Sinon, l'article est malheureusement médiocre. Je suis peut-être sévère, car c'est en tant qu'ancien abonné que j'écris. Je suis tellement déçu de la dégradation de L'Expansion, et d'autres magazines d'ailleurs. L'article parle d'abord d'un foisonnement libéral, puis conclut avec les conservateurs. Pour juger du libéralisme, il fait appel à Stéphane Rozès, de CAP, dont internet nous apprend qu'il fût conseil de François Hollande. On comprend mieux son commentaire sans appel : "Le libéralisme économique appelle, en contrepoint, un conservatisme culturel". Il y a aussi un graphique illustrant le positionnement de plusieurs personnes qualifiées de libérales, et qui comporte un axe "ultra-libéral". Sachant que l'ultra-libéralisme n'existe pas, qu'il est simplement une expression politique pour diaboliser, sans explication ni argument, le libéralisme, on ne peut être convaincu par ce graphique.

Néanmoins, cet article prend acte d'un certain renouveau de la sphère libérale en France. Quelle est cette nouvelle sphère libérale ? Qui sont ces nouveaux libéraux ? Les habitués des sites libéraux se doutent que chacun a son avis sur la question. Voici le mien, et j'invite les blogueurs libéraux à faire connaître leur liste des nouveaux libéraux.

Je suis d'accord, je le répète car c'est le principal point positif de l'article de L'Expansion, avec la mise en avant de Students for Liberty. Je n'en ai entendu que du bien, et c'est un formidable vecteur pour s'initier au libéralisme, quand on est étudiant, ou, tout simplement, jeune (pas comme moi, mais je suis très jeune d'esprit!). Donc, parmi les nouveaux libéraux, je cite Christophe Seltzer, le président de Students for Liberty Paris.

Sinon, le point d'entrée du libéralisme aujourd'hui en France, c'est le portail Contrepoints. Ce site se veut un Huffington post libéral français, avant même que le Huffington post ne débarque en France. Il reprend des articles sélectionnés de blogueurs libéraux, produit aussi ses propres articles et interviews, et traductions. Il n'hésite pas à publier des points de vue différents sur un même sujet. Bien sûr, la qualité et l'intérêt des articles varient selon les jours, mais c'est une porte d'entrée ver le libéralisme, et un acteur essentiel du pluralisme en France. Contrepoints est dirigé par l'association liberaux.org. Par conséquent, parmi les nouveaux libéraux je cite donc Alexis Vintray et Arnaud Bichon, rédacteurs en chefs de Contrepoints, et Guillaume Périgois, président de liberaux.org.

Pour l'aspect culturel, je consulte le site de l'Institut Coppet. Et depuis le temps, je fais même partie de l'IC. Mais je n'ai aucun rôle opérationnel. Comme l'indique son site : La mission de l’Institut Coppet est de participer, par un travail pédagogique, éducatif, culturel et intellectuel, à la renaissance et à la réhabilitation de l’école française d’économie politique, et à la promotion des différentes écoles de pensée favorables aux valeurs de liberté, de propriété, de responsabilité et de libre marché.

L'nstitut Coppet publie des textes des libéraux français, du 18ème et 19ème siècle, ou avant. Il publie aussi des textes plus contemporains de l'école autrichienne, ainsi que des tribunes et des interviews. C'est un point d'entrée idéal pour comprendre le libéralisme, le libéralisme français et le libéralisme en tant que philosophie politique. L'Institut Coppet est animé par son président, Damien Theillier, que je cite donc parmi les nouveaux libéraux. Ses propos sont toujours étayés par des auteurs. C'est une bible du libéralisme.

Je citerai aussi parmi les nouveau libéraux Cécile Philippe, fondatrice de l'Institut Economique Molinari. Je consulte en fait rarement l'IEM. Mais il organise les Universités d'Automne en économie autrichienne. Je vous invite vivement à suivre le lien vers Youtube, car ces universités sont riches d'enseignement. Comme cette présentation de l'école autrichienne par Jorg Guido Hulsmann (voir ici).

Students for Liberty, avec Christophe Seltzer, Contrepoints, avec Alexis Vintray, Arnaud Bichon, et Guillaume Périgois, l'Institut Coppet, avec Damien Theillier, et l'Institut Economique Molinari, avec Cécile Philippe, ce choix trahit mon goût pour la connaissance et le débat d'idées. J'ajouterai deux personnes pour qui j'ai beaucoup d'estime. Guillaume Nicoulaud, dont les analyses économiques et monétaires surclassent celles des médias mainstream comme on dit, et qui fait preuve par ailleurs d'une large culture historique et libérale. Et Pierre Chappaz, entrepreneur engagé, qui défend le libéralisme.

Tels sont les principaux noms de la nouvelle sphère libérale selon mon opinion. Je précise "nouvelle". Ainsi, Pascal Salin, ou Alain Laurent sont indiscutablement des libéraux, mais pas des nouveaux (ceci dit sans malice aucune).

Et maintenant, j'espère que les blogueurs libéraux diffuseront leur propre liste, avec les liens, pour favoriser la connaissance.

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INSEE-Revenus 2013

22 Septembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'INSEE Première a publié ce 22 septembre son article annuel sur les niveaux de vie des français, pour l'année 2013 cette fois. Voici quelques commentaires sur cette publication.

D'abord, à leur habitude, les médias ne font que répercuter les chiffres et commentaires de l'INSEE sans aucun recul. Metronews souligne la baisse du taux de pauvreté. 20 Minutes souligne que la baisse des inégalités efface le creusement observé depuis la crise, BFM et lefigaro.fr titrent sur la baisse des inégalités. Tous reprennent en fait les commentaires de l'INSEE, au lieu d'examiner les chiffres et de faire leur propre analyse. Déjà que les statistiques sont un construit, et que ce qui est appelé le taux de pauvreté en France et en Europe est sujet à caution, la reprise de l'analyse de l'INSEE montre un manque d'esprit critique.

L'INSEE indique donc que les inégalités diminuent, l'indice de Gini passant de 0,305 en 2012 à 0,291 en 2013, tandis que le taux de pauvreté passe de 14,3% en 2012 à 14% en 2013. Bien sûr, d'un point de vue statistique, c'est plutôt une stabilité. Cependant, nous sommes dans une époque où la diminution d'1% d'un indice quelconque est une chute, donc on peut considérer que l'INSEE ne verse pas dans l'exagération.

Les raisons de cette diminution des inégalités et du taux de pauvreté, selon l'INSEE, sont les suivantes :

  • diminution des revenus du patrimoine ;

  • hausse des impôt des ménages les plus aisés ;

  • augmentation des revenus d'activité du premier décile (les moins aisés), due à une augmentation du nombre d'heures travaillées, bien que le taux d'activité de cette population reste stable ;

  • hausse des prestations sociales.

Il y a un point positif dans cette énumération : la hausse des heures travaillées pour la population du premier décile. Mais il y a aussi beaucoup de négatif. La baisse des dividendes et de revenus d'intérêt est un point négatif. Il n'est jamais bon que les revenus de la population d'un pays diminuent. Surtout qu'il n'y a pas de raison que les dividendes diminuent. L'INSEE avance l'explication suivante :

Deux phénomènes peuvent expliquer cette baisse marquée des revenus du patrimoine en 2013. D’une part, les taux d’intérêt se sont nettement repliés. D’autre part, la perspective d’une hausse de la fiscalité s’appliquant aux dividendes versés en 2013 (remplacement du prélèvement forfaitaire libératoire par l’intégration dans le barème de l’impôt sur le revenu, assujettissement aux cotisations sociales des dividendes dépassant 10 %) a pu conduire certaines entreprises, en particulier des petites structures, à abaisser ou décaler leurs versements de dividendes.

On remarquera que l'INSEE fait l'impasse sur une éventuelle fuite des hauts revenus, explication que ce genre d'information ne devrait pas manquer d'alimenter.

Que la hausse des prestations sociales soient à l'origine d'une baisse des inégalités n'est pas positif non plus. Cela signifie que la hausse des bas revenus est en partie artificielle, car ne provenant pas de l'activité économique. Ce qui est corroboré par un autre point négatif, la stagnation du taux d'activité de la population du premier décile : l'activité ne repart pas suffisamment.

Il y a un point qui est totalement passé sous silence : depuis au moins 2010, le revenu médian des salariés diminue (La méthodologie évolue selon les années, donc donner le revenu 2010 pour le comparer à 2013 n'a pas de sens. Pour les comparaisons, et d'autres chiffres, rendez-vous sur le site de l'INSEE : 2010, 2011, 2012, 2013). Le revenu médian est le seuil qui départage les salariés en deux : ceux qui gagnent plus, ceux qui gagnent moins. L'INSEE raisonne en revenu disponible, c'est-à-dire après les impôts directs. Par conséquent, cette baisse peut signifier une baisse de certains salaires, comme une hausse des impôts directs. Il est à noter que les impôts indirects, qui ont augmenté également, à l'instar de la TVA, ne sont pas pris en compte. La baisse du revenu médian peut aussi provoquer une baisse du taux de pauvreté (voir ici).

En conclusion, l'étude revenus 2013 montre une baisse des revenus disponibles d'activité, que ce soit les revenus des investissements, que, surtout, ceux des salariés, qui constituent la classe moyenne.

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Les inégalités globales diminuent

9 Septembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le capitalisme est accusé de faire augmenter les inégalités. Dans cet extrait d'un article paru sur le site du Mises Institute , Daniel Fernández Méndez démonte cette thèse, statistiques à l'appui.

Au fil du temps, le discours selon lequel il y a globalement une augmentation des inégalités de revenus apparaît de plus en plus comme un conte de fées. Cette affirmation de la montée des inégalités est basée sur l'idée populaire que le développement du capitalisme mène à une immense augmentation des inégalités de revenus. Les écarts entre riches et pauvres, nous dit-on, augmentent si vite que la situation n'est plus soutenable. Ce discours affirme de plus que le capitalisme a une tendance intrinsèque à l'inégalité. Cette histoire est si souvent répétée que personne ne la met en doute.

Cette description est-elle pertinente ? Les données brutes semblent d'accord avec la version marxiste du processus de marché, dans laquelle un petit nombre de capitalistes deviennent plus riches avec le temps tandis que le peuple s'appauvrit. En effet, il semble que les inégalités ont explosé depuis la révolution industrielle. Nous pouvons voir comment les inégalités mondiales ont explosé depuis 1820 à travers les indicateurs d'inégalité communément utilisés : l'indice de Gini et celui de Theil (figure 1).

Les inégalités globales diminuent

Cependant, une analyse plus approfondie des données suggère autre chose.

Premièrement, nous notons que les inégalités de revenus au niveau mondial ont diminué depuis 1980. Cette baisse provient principalement de la mise en place de réformes en faveur de l'économie de marché en Chine, qui ont provoqué une fantastique augmentation de la productivité et des taux de croissance élevés qui ont sorti des millions de personnes de la pauvreté. En d'autres termes, 1,3 milliard de personnes convergent vers le niveau mondial moyen de revenus.

Néanmoins, les écarts entre les plus riches et les plus pauvres ont augmenté substantiellement entre 1850 et 1980. Donc la question demeure : le capitalisme en est-il la cause ?

Inégalités internes contre inégalités externes.

Au début du 19ème siècle, le coefficient de Gini était de 43, tandis qu'au début du 21ème siècle il était proche de 70 (le chiffre évolue entre 65 et 70 en fonction de l'origine des données).

Mais est-ce que ces chiffres ont comparables ? Pour cette interrogation, nous devons séparer les composantes du coefficient de Gini entre les écarts de revenus à l'intérieur des pays, et les écarts entre les pays.

Durant le début du 19ème siècle, 35% des inégalités globales décrites par l'indice de Gini était dues aux écarts entre les pays. A la même époque, 65% des inégalités provenaient des écarts de revenus à l'intérieur de chaque pays. Mais, au début du 21ème siècle, 85 à 90% des inégalités sont dues aux écarts entre les pays, tandis que seulement 10 à 15% sont dues aux différences de revenus au sein de chaque pays.

En d'autres termes, la principale origine des inégalités dans le monde est passée des inégalités internes aux pays aux inégalités externes, entre les pays.

Ce qui indique clairement que les inégalités ne proviennent pas du capitalisme, mais du développement de l'industrie et des institutions de marché dans différents endroits à différents rythmes. Si la moitié du monde adopte l'économie de marché et l'autre non, il est clair que le développement du premier groupe va rendre le monde plus inégalitaire, mais ce fait ne nous dit rien à propos des inégalités dans les endroits qui ont adopté les institutions de marché. En effet, les données disponibles soutiennent précisément cette hypothèse : les inégalités entre les pays ont augmenté de 15 points, à 60 – 63 points selon l'indice de Gini, tandis que les inégalités internes ont chuté de 28 points, à 7 – 11 points (figure 2 et 3).

Les inégalités globales diminuent
Les inégalités globales diminuent

Selon à la fois les indices de Gini et de Theil, la tendance montre que les inégalités entre les pays augmentent tandis que que les inégalités internes diminuent jusqu'aux années 1980. Les dernières observations modifient la tendance, en partie en raison de la récente intégration de la Chine et de sa force de travail dans l'économie internationale.

Note:les opinions exprimées sur le site Mises.org ne sont pas nécessairement celles du Mises Institute.

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Pauvreté et inégalités aux Royaume Uni sous le gouvernement Cameron

2 Septembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

La France a le meilleur système social du monde, c'est bien prouvé. Il suffit de regarder dans l'actualité ce qu'il en est de nos voisins : inégalités salariales en Allemagne, emploi zéro heure au Royaume Uni, sans compter l'inégalité croissante entre les salaires des grands patrons et les salariés. Il ne nous faut donc pas adopter la politique économique de nos voisins.

Sauf que l'information qui nous est diffusée est largement incomplète, pour ne pas dire biaisée. Les petits défauts de nos voisins sont largement médiatisés, tandis que leurs réussites sont passées sous silence. Ainsi en est-il pour l'inégalité en Allemagne, comme je l'ai montré dans un précédent article : plus grande inégalité salariale entre la France et l'Allemagne ne signifie pas plus grande inégalité de revenus, car le chômage est plus faible en Allemagne.

Voyons aujourd'hui le cas du Royaume Uni. Durant la torpeur du mois d'août nous a été diffusée la différence entre le salaire moyen des patrons britanniques et le salaire moyen. Ce jour, c'est une augmentation de 20% des contrats dits zéro heure qui nous est annoncée. Tout laisse à penser que le système britannique est très inégalitaire, surtout depuis que ce sont les conservateurs qui gouvernent.

Curieusement, une information parue le 25 juin 2015 a été passée sous silence. Pourtant, il s'agissait d'une étude très attendue sur les revenus au Royaume Uni, du Department for Work and Pensions. Mark Easton, éditorialiste à la BBC, écrit que ce jour "était celui, nous disait-on, où nous verrions une forte augmentation de la pauvreté tandis que serait inclus dans les chiffres officiels pour la première fois le plein impact des coupes dans l'Etat Providence.

Mais, à la place, les chiffres sont restés largement stables, et le gouvernement peut se permettre de déclarer que «la proportion de personnes avec de bas revenus est à son plus bas niveau depuis le milieu des années 80.»"

Les chiffres sont clairs : les revenus sont stables en 2014 par rapport à 2013. La politique de David Cameron a endigué la baisse des revenus provoquée par la crise, et la politique de Gordon Brown. Plutôt que de reporter chiffres et graphiques ici, je vous invite à vous reporter à l'étude, via ce lien. Je reprendrai seulement deux graphiques significatifs.

D'abord, l'évolution des revenus moyens :

Pauvreté et inégalités aux Royaume Uni sous le gouvernement Cameron

Et un graphique décrivant l'évolution des inégalités, si chères à la France :

 

 

Pauvreté et inégalités aux Royaume Uni sous le gouvernement Cameron

On constate que les inégalités n'ont pas augmenté sous le gouvernement Cameron, au contraire du gouvernement travailliste. Et on constate l'inanité d'une statistique comparant les salaires des patrons au salaire moyen pour mesurer l'inégalité.

 

Comme pour l'Allemagne, le résultat de la politique de Cameron est la création d'emplois. Ces emplois procurent des revenus, et des revenus durables ou soutenables pour employer un jargon à la mode, c'est-à-dire que ces revenus ne dépendent pas de la dépense publique. Pour une description de la politique économique du Royaume Uni, on se référera aux articles d'Emploi 2017 : La recette britannique de la réduction du chômage , et Élections britanniques : les ressorts méconnus du succès économique. On pourra y ajouter celui-ci, Apprentissage au Royaume-Uni : les clés d'un succès, qui montre que le Royaume Uni prépare l'avenir en se souciant de la formation de sa main d’œuvre.

 

Voici donc un tableau très différent de ce que nous rapportent les médias français. Il n'est pas idyllique, mais témoigne de l'amélioration de la situation économique au Royaume Uni, notamment du point de vue des revenus. Ceux-ci étant d'ailleurs en augmentation en 2015.

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Inégalités salariales en Allemagne

30 Août 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

La France se plaint du France bashing, mais elle se complaît à l'Allemagne bashing. Ce qui est d'autant plus dommage que ces deux pays ot des aspirations sociales très proches. L'Allemagne pourrait servir de modèle social-démocrate à la France.

Aujourd'hui, c'est un titre du Figaro sans ambiguïté : "Comment l'Allemagne a profité d'une politique salariale très inégalitaire". Cet article commente une publication de France Stratégie, appellation actuelle de l'ancien Commissariat Général du Plan, intitulée : "Comment se comparent les salaires entre la France et l'Allemagne". Cette publication indique notamment que le coût du travail est plus faible en Allemagne qu'en France, et le salaire moyen plus élevé par contre. Elle insiste surtout sur les inégalités salariales, beaucoup plus fortes en Allemagne qu'en France. Des inégalités qui sont moins compensées par la redistribution depuis les années 2000. La publication conclut :

"Ce régime a permis à l'industrie allemande de combiner gestion de la contrainte de compétitivité coût et maintien de salaires relativement attractifs, en tirant bénéfice des différentiels de salaires avec les services à faibles valeur ajoutée."

"A contrario, la France ressort comme un pays ayant, jusqu'à présent du moins, organisé des modalités plus uniformes d'évolution salariale entre secteurs. En conséquence, l'industrie et plus généralement le secteur des biens échangeables ont beaucoup moins bénéficié d'un faible coût de leurs intrants, ce qui a pesé sur leur compétitivité."

Le ton de la publication est ainsi nettement négatif envers l'Allemagne. Elle souligne les inégalités salariales, elle précise que depuis les années 2000, elles sont moins compensées par la redistribution, ce qui est une critique implicite des réformes économiques du social-démocrate Peter Hartz. Elle considère que la compétitivité allemande provient de ces inégalités. Les entreprises offrent de bons salaires pour attirer la main d'oeuvre la plus compétente et la plus susceptible d'aller voir ailleurs, et se rattrape sur le reste. Ce qui explique la puissance allemande dans le secteur des "biens échangeables", et quand on pense à l'industrie allemande on pense à ses excédents dans le commerce international.

Le figaro.fr commente ainsi :

"Dans la deuxième partie de l'étude, France Stratégie relève que l'Allemagne a su valoriser les secteurs les plus exposés à l'exportation – dans l'industrie notamment -, en offrant des salaires en moyenne plus élevés que dans les autres secteurs «protégés» de la concurrence internationale.

(...)

Outre la flexibilité des salaires sur laquelle l'Allemagne a pu jouer pour contenir ses coûts et préserver ses élites, notre voisin a choisi de miser sur ses secteurs exportateurs à forte valeur ajoutée, en leur permettant de se fournir en intrants pas chers."

Cette présentation de l'Allemagne dont la compétitivité s'expliquerait par le caractère inégalitaire de son économie est cependant infondé. Elle est incorrecte à la fois sur l'inégalité, et sur la compétitivité.

En insistant sur les inégalités de revenus, plus forte en Allemagne qu'en France, France Stratégie tend à faire penser que l'Allemagne est un pays inégalitaire, que ces inégalités explique sa compétitivité, mais que ce modèle n'est pas à imiter car anti-social. Pourtant, un petit détail est mis sous silence : le chômage.

L'Allemagne a fait le choix de l'emploi. Aujourd'hui, le taux de chômage en Allemagne est de 6,4% en juillet 2015, contre 10,4% en France au premier trimestre 2015. Ce qui signifie une plus grande exclusion du marché du travail en France, et une proportion plus importante de personnes qui gagnent leur vie grâce à leur emploi en Allemagne. Ce qui signifie moins d'inégalité de revenue en Allemagne.

C'est ce que confirme ce blog, qui critique pourtant les réformes Hartz. Un blog d'Alternative Eco, qu'on ne pourra donc pas accuser d'ultra-libéralisme débridé. Il présente un graphique qui montre que l'inégalité, parmi les ménages en âge de travailler, est plus forte en France qu'en Allemagne. Et même, ces inégalités se réduisent actuellement, après une hausse aui a suivi les réformes Hartz. L'auteur du blog écrit :

"La reprise de la croissance, la baisse du chômage et, plus récemment, la hausse des salaires se sont donc traduites par un resserrement des inégalités de revenus primaires (marchands), que la récession de 2009 n’a pas interrompu, en raison du maintien de l’emploi et de l’impact à court terme de la crise sur les revenus du patrimoine des ménages les plus aisés."

L'amplitude es salaires en Allemagne permet l'emploi des moins productifs, tandis qu'en France le niveau du SMIC exclut les moins productifs, accroissant les inégalités. Forte inégalité salariale ne signifie donc pas forte inégalité de revenus, mais au contraire plus d'égalité.

La publication de France Stratégie tend aussi à présenter l'Allemagne comme un pays exportateur qui profite des autres pays, en leur vendant des produits. Tordons tout de suite le cou à cette idée. L'Allemagne ne vit pas sur le dos de l'Europe. Au contraire, les exportations de l'Allemagne vers l'Europe stagnent, comme le montre cet article de l'IFRAP. En fait, l'excédent commercial allemand augmente grâce aux échanges hors union européenne, tandis les importations en provenance de l'UE augmente plus vite que les exportations dans l'autre sens. En clair, comme l'écrit l'IFRAP, l'Allemagne fait travailler l'UE.

D'ailleurs, soyons réaliste : l'Allemagne, au niveau des salaires, reste bien supérieure à des pays tels que la Roumanie, ou le Maroc, où Renault fait fabriquer ses véhicules Dacia, importés ensuite en Allemagne. Et ne parlons pas de la Chine. La compétitivité de l'Allemagne, au niveau mondial, ne repose pas sur la faiblesse des coûts salariaux.

L'idée même que la prospérité d'un pays se fait au détriment d'un autre est du pur mercantilisme. Il est décevant de voir un organisme officiel français s'inscrire dans cette logique, alors que les grands économistes français ont combattu cette conception de l'économie, comme le montre le site de l'Institut Coppet. C'est un rejet des valeurs françaises.

La prospérité, la croissance, dépend de plusieurs éléments. L'Allemagne a su mener une politique pragmatique en la matière, avec néanmoins des dérives comme la politique énergétique, absolument pas pragmatique, mais au contraire idéologique. Il y a plus de 20 ans, le magazine L'Expansion vantait un modèle allemand fait de relations fortes entre les banques et les entreprises, et de participations croisées inter-entreprises. A la veille de l'explosion de ce système, explosion accompagnée par les pouvoirs publics qui ont diminué les impôts sur les plus-values pour que les participations croisées soient dénouées plus facilement. L'Allemagne a aussi abaissé son impôt sur les sociétés. Les syndicats ont accepté la modération salariale pour préserver l'emploi. La transmission des entreprises familiales est facilitée. On peut aussi citer la politique éducative allemande, qui favorise l'insertion professionnelle via la formation professionnelle.

La publication de France Stratégie est ainsi décevante à plus d'un titre. Elle n'analyse pas les effets de l'amplitude des salaires sur l'employabilité, et donc sur l'égalité de revenus. Elle s'inscrit dans une logique mercantiliste surannée et dépassée, et contraire à la tradition économique française, en insinuant que l'Allemagne profite des bas salaires pour exporter.

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LA CRISE GRECQUE

10 Juillet 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Humeur

Prenant un café au resto derrière chez moi, je tombe sur un reportage de BFM, sur la pénurie de médicaments en Grèce. C'est bien sûr l'Europe, l'Union Européenne plus précisément, qui est, de façon sous entendue, accusée de cette pénurie. De nombreux médias relaient les accusations contre l'Union Européenne, et le FMI, et surtout la terrible Allemagne, qui impose l'austérité à la Grèce. La rock star (selon le Financial Times) Thomas Piketty se rappelle au bon souvenir des médias en disant qu'un pays comme l'Allemagne, qui a bénéficié en son temps d'un effacement de ses dettes, devrait être plus indulgent avec la Grèce. Le Pape y va de son sermon, avec tout le respect que j'ai pour le catholicisme, d'où vient une partie de mon éducation, fustigeant le FMI et ceux qui portent atteinte à la souveraineté des peuples en imposant des plans d'austérité.

Cependant, toutes ces allégations sont fausses. Complètement fausses.

Pourquoi la Grèce, et d'autres pays, appellent-ils à l'aide ? Parce que leur économie s'écroule. Ce n'est pas le FMI qui impose l'austérité, ce n'est pas l'Europe qui impose la rigueur, à la Grèce notamment. La Grèce ne peut plus payer ses retraités, ni ses fonctionnaires, non pas à cause de l'Europe, mais parce que son économie s'écroule. Et l'Europe ne vient pas imposer plus d'austérité à la Grèce, mais, au contraire, apporte des fonds pour soulager ce pays, et lui permettre de payer en partie les retraites et les fonctionnaires. L'Europe atténue les souffrances des Grecs. Accuser l'Europe d'imposer l'austérité, c'est comme accuser les pompiers des dégâts du feu qu'ils viennent éteindre.

Concernant la Grèce, comme le montre Guillaume Nicoulaud sur Contrepoints, ce sont 107 milliards d'euros de dettes grecs qui ont été effacés en 2012, tandis que depuis 231,2 milliards lui ont été versés, dont plus de 200 milliards par l'Europe et le FMI (plus de 180 milliards en ce qui concerne l'Europe).

Ces chiffres établissent plusieurs choses. D'abord, accuser l'Allemagne de manquer d'indulgence en refusant d'effacer une partie de la dette grecque, comme on aurait effacé une partie de sa dette, est sans fondement. L'Allemagne a, au sein de l'Union Européenne, participé à l'effacement d'une grande partie de la dette grecque. On s'étonne que les médias qui rapportent les propos de Piketty ne le rappellent pas.

D'autre part, ces chiffres montrent que l'Europe a injecté des milliards dans l'économie grecque. Exactement comme le lui demande les keynésiens, et tout ceux qui la fustigent en la rendant responsable des malheurs des grecs. Or, les Grecs souffrent malgré les milliards déversés par l'Europe. On s'étonne que les médias ne le soulignent pas.

Ensuite, ces milliards déversés sur la Grèce n'ont pas entraîné cette fameuse relance keynésienne, qu'ils auraient dû provoquer selon la théorie keynésienne, et d'éminents économistes tel Paul Krugman. Ce qui montre l'ineptie de cette théorie. D'ailleurs, d'où viennent les problèmes de la Grèce ? De la politique de dépense publique et de déficit budgétaire menée par ses dirigeants. Si la dépense publique apportait la croissance, la Grèce serait un des pays les plus prospère de la Terre. On s'étonne que les médias ne le rappellent pas.

Faut-il néanmoins financer les fonctionnaires grecs, les retraités grecs, toute l'économie grecque, par solidarité ? La première question est de savoir si on en a les moyens, sachant que c'est de l'argent perdu, qui n'entraînera aucune relance keynésienne. La deuxième question est de savoir s'il est juste que la Grèce vive aux crochets de l'Europe, dont de nombreux habitants ont consenti des sacrifices pour relancer l'économie. Enfin, ce serait un chèque en blanc donné à des politiciens qui utiliserait cet argent pour asseoir leur pouvoir sur les gens. Serait-ce juste ? Serait-ce éthique ?

Les politiciens ont l'habitude de rejeter la responsabilité des difficultés de leur pays sur d'autres. Le FMI, l'Union Européenne, les marchés financiers, cet ennemi sans visage qu'est la finance. C'est ce que fait la Grèce. C'est ce que fait la France. C'est ce que font tous ceux qui veulent s'attirer la sympathie des gens confrontés aux difficultés économiques. Mais, dans des économies qui n'ont jamais été aussi dirigistes, ce sont les politiques internes qui sont responsables des difficultés. L'aide extérieure peut les atténuer, mais pas les résoudre. Tout dépend de chacun des pays. De la Grèce. De la France aussi.

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