Analyse Libérale

Articles récents

Euro-obligations et responsabilité de la France dans l'Union Européenne.

10 Juin 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Le nouveau président de la République Française a demandé la création d'euro-obligations. La réponse de l'Allemagne est qu'il faut au préalable créer une Europe fédérale. Cette réponse a surpris en France. Elle est pourtant parfaitement logique. L'Allemagne ne refuse pas les euro-obligations. Elle propose de créer les conditions qui permettront d'en lancer.

 

     Les euro-obligations supposent que l'Union Européenne emprunte directement les montants qu'elle souhaite. L'idée étant de lui permettre de financer les Etats membres qui ne peuvent se financer qu'à des taux qu'ils considèrent comme trop élevés. La puissance économique de l'Union permettrait un endettement à des taux bas, à l'image des USA.

 

     Cependant, un emprunt suppose des revenus pour honorer les remboursements. Or, l'Union Européenne n'en a que très peu. Elle ne lève que très peu d'impôts et taxes au sein de son territoire, en l'occurrence des droits de douanes sur tous les produits qui entrent dans l'Union. Sinon, ses revenus sont les contributions des Etats membres.

 

     Par conséquent, pour créer des euro-obligations, il est d'abord nécessaire de procurer une source de revenu directe, indépendante des Etats membres, à l'Union. Ce qui signifie élargir ses prérogatives. Soit, l'Union reprend certaines prérogatives nationales. Ce qui est un transfert de souveraineté. Soit, l'Union accorde des subsides aux Etats. Ce qui est également un transfert de souveraineté. Une négociation devra décider de la dotation européenne aux Etats, comme cela se fait en France entre les régions et l'Etat.

 

     Créer une source de revenu pour l'Union, suffisamment importante pour permettre l'émission d'euro-obligations, suppose un transfert d'impôts ou de taxe depuis un Etat membre vers l'Union. Ou un impôt ou une taxe supplémentaire. Mais, compte tenu des niveaux d'imposition actuel, un nouvel impôt ou une nouvelle taxe, suffisamment importants pour financer des euro-obligations, ne sont guère réalistes.

 

     Une solution médiane existe. Ce sont des fonds de soutien financés ou garantis par les Etats membres qui le peuvent. Cette solution est déjà mise en œuvre, à travers le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF), et le Mécanisme Européen de Stabilité (MES). Ces solutions ont été mise en œuvre, avec le soutien de l'Allemagne. Une autre proposition est appelée project bond. Il s'agit de créer un fonds, ou plusieurs, pour financer des projets d'infrastructures. Ces fonds seraient dotés d'un capital, et ils pourraient emprunter. L'Allemagne n'y est pas défavorable. Les modalités de financement de ces fonds, et donc de remboursement des emprunts, ne sont cependant pas fixées.

 

     La solution médiane suppose donc un soutien des Etats qui le peuvent. Soyons clairs : l'Allemagne peut-elle réellement soutenir toute l'Union Européenne, ou, même, la zone euro? Cette solution médiane nécessite que des Etats importants soient capables de garantir les fonds créés. Or, la France est la deuxième économie de la zone euro. L'existence de ces fonds est permise parce que la France jouit encore d'un bon crédit, et qu'elle s'était engagée, sous la précédente mandature, dans un programme de maîtrise des déficits. Cette maîtrise des déficits était sujette à débat, mais l'engagement de la France était reconnu. Aujourd'hui encore, le monde estime que la France tiendra ses engagements.

 

    La solution médiane, qui exclut un renforcement du fédéralisme, dépend donc des efforts de la France. Celle-ci se trouve du côté des préteurs. Elle n'a rien à espérer, en matière de financement, de l'Europe. Elle représente une part trop importante de l'économie européenne. L'Allemagne ne pourra pas assumer seule.

 

    En conclusion, l'Allemagne fait tout pour aider l'Europe. Ses solutions sont réalistes, face à celles présentées en période électorales par le PS en France. D'autre part, la crise des dettes souveraines renvoie la France à ses responsabilités européennes. Elle est la deuxième économie de la zone euro. Ce n'est pas la zone euro qui peut aider la France. C'est la France qui peut aider la zone euro. Dans son intérêt bien compris.

Lire la suite

Islam et libéralisme

5 Juin 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Voici un entretien en deux parties avec Habib Sayah, fondateur de l'Institut Kheireddine en Tunisie. Une autre vision de l'Islam, qui ouvre la voie au progrès.

 

Institut Kheireddine-Entrtetien avec Habib Sayah-Première partie

 

Institut Kheireddine-Entretien avec Habib Sayah-seconde partie.

Lire la suite

Hauts revenus, imposition, et croissance en France : où est la vérité ?

4 Juin 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

Pour justifier les augmentations d'impôts, il est aujourd'hui fait référence à cette ère dite des trente glorieuses, entre 1945 et 1973, durant laquelle  l'économie se portait si bien, avec des taux d'imposition élevés. Par conséquent, des taux d'imposition élevés ne gêneraient pas la croissance.

 

Voici deux graphiques un peu troublant sur cette question. Ils proviennent de Thomas Piketty, économiste socialiste, ardent défenseur de l'impôt, qui ne peut être soupçonné de libéralisme.

 

décile supérieur dans le revenu total

centile supérieur dans le revenu total

(Cliquer sur les graphiques pour les agrandir)

 

Le premier graphique indique la part des revenus des 10 % les plus riches dans le revenu total, et le second graphique indique la part des 1 % les plus riches dans le revenu total. Le résultat ne correspond pas à ce qui était attendu. Durant les trente glorieuses, la part des plus riches était plus importante. Avant et après impôt. L'effet de l'impôt semblant peu évoluer  aux deux époques. Seulement, ces graphiques n'incluent pas la CSG, qui taxent aujourd'hui les revenus financiers, donc les plus riches.

 

Pourtant, est-il dit, les taux d'imposaition étaient plus élevés. Certes. Mais un taux d'imposition est bien souvent un affichage politique. il y a les niches fiscales. Il y a les déductions. Par exemple, imaginons un haut revenu, taxé au taux marginal supérieur de 60 %. La totalité de ses revenus provient de dividendes. Ceux-ci bénéficient d'un abattement de 50 %. D'où un taux marginal d'imposition réel de 30 %.

 

Imaginons un taux d'imposition de 50 %. Sur les même revenus, qui bénéficient d'un abattement de 40 %. Taux d'imposition... 30 %! Cet exemple est purement imaginaire, et donné à des fins illustratives : un taux d'imposition plus bas peut permettre de récupérer autant, ou plus si d'autres déductions sont limitées. Comme le quotient familial par exemple. Ou si d'autres prélèvements sont ajoutées, comme la CSG.

 

Faut-il baisser les impôts pour retrouver la croissance, faut-il accepter plus d'inégalité pour diminuer la pauvreté, pour permettre le progrès social à un plus grand nombre? L'objet ici n'est pas une telle démonstration. Ce serait trop expéditif! Simplement, d'abord, de montrer que la réalité n'est pas si simple. Une analyse économique requiert de s'intéresser à de multiples éléments. Ensuite, et surtout, de montrer que l'accès à une bonne information est difficile. L'information qui est mise en avant obéit à une idéologie. La vision du passé, et celle du présent, sont déformées. Trouver les faits, pour se faire son opinion, est malheureusement difficile, malgré la multiplication des médias dans notre société. Il faut pour cela faire des recherches sur le net, croiser les sources, faire un véritable travail d'investigation. Ce à quoi un couple, avec deux enfants en bas âge par exemple, dont le mari et la femme travaillent, n'a matériellement pas beaucoup de temps à consacrer. Pourtant, ils sont citoyens, ils sont électeurs, ils devraient pouvoir se faire leur propre opinion à partir de bonnes informations. Dans une démocratie idéale...

 

Lire la suite

Mitt Romney n'a pas encore gagné la primaire républicaine

1 Juin 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     Les médias ont annoncé que Mitt Romney avait remporté la primaire républicaine pour la présidentielle aux USA. La réalité est plus complexe. Les candidats aux primaires doivent gagner des délégués dans les différents Etats des USA. Une quête qui n'est pas si simple. Voici un article qui explique la difficulté à dénombrer les délégués gagnés par les candidats : Etat de la course. Et aussi : La stratégie Ron Paul.

 

     Voici maintenant un article qui explique que Romney n'est pas encore certain d'avoir le nombre de délégués correspondant à la majorité requise pour être désigné candidat à la présidentielle : Romney did not win nomination.

 

     Ces quelques articles soulignent en contrepoint le défaut d'information et d'explication sur la primaire républicaine aux USA. Et cela est même le cas aux USA, pourtant pays de la liberté d'expression. Romney rest favori. Mais il n'a pas encore gagné. Et Ron paul peut encore influencer la convention prévue à Tampa.

 

     (Voir aussi le site de campagne de Ron Paul )

Lire la suite

Polémique sur le paiement des impôts en Grèce

29 Mai 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

     Christine Lagarde, présidente du FMI, a créé la polémique en demandant aux grecs de payer leurs impôts, pour sortir la Grèce de la crise. Des propos fort peu diplomatiques il est vrai. Dans le contexte actuel en Grèce, était-il opportun de les tenir? Ou, ne fallait-il pas les formuler d'une autre façon?

 

     Le gouvernement grec est conscient du problème de recouvrement des impôts et taxes. Il modernise dans l'urgence l'administration fiscale, et en augmente le personnel. Il est un peu poussé dans ce sens par le FMI et l'Union Européenne. Mais, c'est un fait, une meilleure efficacité dans le recouvrement des impôts et taxes résoudrait en partie les problèmes de la Grèce. Ce pays comporte une économie souterraine importante, comme le montre cet article : Les grecs payent-ils leurs impôts?

 

     Cependant, quand quelqu'un occupe de hautes responsabilités, il se doit d'envisager toutes les conséquences de sa communication. Il est certain que, dans le contexte actuel, dénoncer globalement les grecs car le recouvrement des impôts et taxes est inefficace est contre productif. La classe politique grecque a désigné l'Europe et le FMI comme les responsables des efforts que doivent faire les grecs. Christine Lagarde, avec ses propos sentencieux, ne fait que renforcer cette rhétorique.

 

     Par contre, Christine Lagarde aurait pu axer ses propos sur les riches grecs. Ce sont ceux qui profitent le plus du laxisme fiscal. Comment demander à la classe moyenne de payer ses impôts, et les taxes, et les cotisations, si elle voit les plus aisés se jouer du système?

 

     Et, plus spécifiquement, qu'en est-il des dirigeants de la Grèce? Ce pays est assez particulier Quelques familles se partagent le pouvoir par delà les générations : les Papandreou, les Karamanlis. Personne n'a protesté quand l'ancien premier ministre Georgios Papandreou a violemment critiqué l'Allemagne et la France. Cependant, sa famille semble riche. Avec beaucoup d'avoirs à l'étranger, apparemment, puisqu'il y a vécu assez longtemps. Et les armateurs grecs, n'ont-ils pas d'argent? Combien d'impôts paient-ils sur leurs bénéfices? Toutes ces grandes familles n'ont-elles pas certains moyens? Ne pourraient-elles pas, d'abord montrer l'exemple, puis, faire une contribution exceptionnelle à leur pays? L'Eglise Orthodoxe est elle aussi critiquée dans la presse pour son patrimoine.

 

     Ces thèmes ne sont pas évoqués dans la presse. Sauf pour l'Eglise Orthodoxe. Il est donc difficile de se faire une idée. Mais, en l'absence d'information, beaucoup de questions se posent. Et Christine Lagarde aurait pu les poser, plutôt que de critiquer le peuple grec dans son ensemble.

 

     L’Allemagne, les marchés financiers, l'Europe, le FMI, sont les cibles privilégiées de la classe politique grecque, et de nombre de commentateurs. Ne serait-il pas temps de s'interroger sur la Grèce, et sur ceux qui l'ont menée là où elle est? Ce n'est pas l'Allemagne, ce n'est pas l'Europe. Ce sont ses dirigeants, ces familles qui se partagent le pouvoir.

Lire la suite

Relance salariale en Allemagne... Grâce à l'austérité!

19 Mai 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

Voici, dans un article de 20 Minutes, le résultat de l'austérité en Allemagne : une augmentation de salaire! (Les métallos allemands décrochent la fin de l'austérité salariale) En Choisissant le pragmatisme, et, surtout, l'économie de marché, les allemands ont fait des efforts, ils ont réparé les erreurs, et, aujourd'hui, alors que l'Europe se sert la ceinture, ils en récoltent les fruits. Il est donc compréhensible qu'ils aient quelque réticence à financer la gabegie de l'Europe. D'autre part, on ne peut pas les accuser de pratiquer une politique d'austérité : les salaires augmentent! Ou, plutôt, voilà où même l'austérité : à l'injection de liquidité dans l'économie, sans dépense publique. La vraie relance.

 

Lire la suite

Les élections en Rhénanie du Nord Westphalie

15 Mai 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #L'Allemagne et la France

 

Les dernières élections régionales en Allemagne, en rhénanie Westphalie, sont vues comme une défaite de la CDU, le partie d'Angela Merkel. Sont-elles pour autant une victoire de partis soutenant une politique de relance? Rien n'est moins sûr.

 

Le Centre d'Information et de Documentation sur l'Allemagne (CIDAL) donne les chiffres de cette élection. Le SPD, les socio-démocrates, ont obtenu 39,1% des voix, en progression de 4,6 points par rapport aux précédentes élections. Mais les écologistes, a priori alliés de gauche du SPD, obtiennent 11,3%, en baisse de 0,8 points.

 

La CDU, les chrétiens démocrates, le parti d'Angela Merkel, a obtenu 26,3% des voix. Il perd 8,3 points. Par contre, le FDP, le parti libéral, allié de la CDU au gouvernement, obtient 8,6%, en hausse de 1,9 point.

 

Le plus grand gagnant de cette élection est le parti Pirate, qui obtient 7,8%, en hausse de 6,2 point.

 

Tandis que la gauche radicale, euphémisme pour extrême gauche, le pari Die Link, ne franchit pas la barre de 5% des voix pour obtenir des sièges.

 

Il y a donc un refus de l'extrême gauche, un maintien des libéraux, une percée du parti pirate, une progression des socio-démocrates, et une baisse des chrétiens démocrates.

 

Il est difficile pour un français, issu d'un pays centralisateur, de comprendre des élections régionales. Il y a une part de l'interprétation propre à la situation politique du land, et qui n'est pas extrapolable au pays.

 

Cependant, il est significatif que les électeurs du land ne se soient pas tournés vers l'extrême gauche, les mélenchonistes locaux. Ils refusent le populisme. Le vote Pirate indique une protestation, difficile à classer. Certains vont prétendre qu'il s'agit d'une poussée de la gauche, d'autres de l'anarco-libéralisme. Cela ressemble en tout cas à un fort vote de protestation. La progression du FDP est attribué au charisme du cadidat. Cela montre en tout cas que, dans cet état industriel, réputé très touché par la crise, il n'y a pas de rejet du libéralisme.

 

La CDU a donc perdu, mais le SPD n'a pas forcément gagné. Et la relance encore moins. Car les socio-démocrates allemands n'ont pas forcément les mêmes idées de relance que les socialistes français. Surtout si les français demandent aux allemands de financer la relance de l'Europe. C'est le SPD qui a lancé l'agenda 2010, le plan d'économie et de relance par la compétitivité, il ne faut pas l'oublier. Et la configuration électorale ne risque pas de les faire changer d'avis. Sans compter qu'Angela Merkel reste populaire au niveau national.

Lire la suite

L'austérité, fille de la relance.

13 Mai 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     L'austérité est présentée comme une politique qui fait souffrir inutilement les populations, déjà touchées par la crise. Elle est accusée de ralentir l'économie, et ainsi d'approfondir la crise. A contrario, une politique de relance, comprise comme une injection de liquidités dans l'économie, serait plus "sociale". Cette politique créerait de l'emploi, et elle permettrait de rembourser l'endettement, car elle créerait de la croissance. Elle éviterait de diminuer la dépense publique, ce qui demande des efforts à la population.

 

     Cependant, la réalité contredit obstinément cette vision des choses depuis quarante ans. En effet, les politiques de relance n'ont jamais donné les résultats espérés, elles ont toujours provoqué l'austérité, et le problème est plus de gérer les conséquences des politiques de relance.

 

     Dès les premiers signes de ralentissement de l'expansion d'après guerre, des politiques de relance ont été engagées. La France a connu des relances sous Giscard dans les années 1970, et sous Mitterrand en 1981. Ces politiques n'ont pas relancé l'économie.

 

     Elles ont toutes provoqué la rigueur. dans les années 1970, il était question de "stop and go" : des politiques expansionnistes suivies de la rigueur pour rétablir les comptes. En France, la relance de 1981 a été suivie d'un formidable plan de rigueur.

 

    Aujourd'hui encore, une crise suit la politique expansionniste menée par les pays occidentaux (cf Monnaie et finances : de l'orthodoxie à l'expansionnisme ). C'est parce que les pays européens étaient en déficits, alors même qu'ils étaient en croissance, qu'ils sont en difficulté aujourd'hui. Ce qui n'empêche pas un pays comme la France de mener actuellement une politique de relance. Tous les pays européens mènent une politique de relance : déficit budgétaire, taux d'intérêt bas, et, même, financement indirect de la dette par la BCE! Tous les leviers de la relance sont actionnés.

 

     La relance par l'injection de liquidités dans l'économie ne paraît donc pas si "sociale" que le prétendent ses thuriféraires. Au contraire, elle apparaît comme créatrice de crise, et c'est plutôt la politique dite d'austérité, assumée et bien organisée, qui peut améliorer la vie des populations. La relance apparaît comme une fuite en avant, et plus les pays iront dans cette direction, plus la facture sera lourde pour la population. Souvenons nous de 1981.

 

     La relance n'est pas une solution. L'austérité n'est pas une fin en soi. Il convient de réfléchir à un fonctionnement meilleur de l'économie. Et voilà donc que les propositions de réformes structurelles font leur retour. Ces propositions réapparaissent à chaque crise, remettant en question la pensée dominante axée sur la relance. L'expansionnisme monétaire a permis de les éluder ces dernières années. Mais la réalité est têtue.

 

Lire la suite

Monnaie, relance, économie

12 Mai 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Monnaie

 

     L'opinion courante considère que c'est la demande qui tire l'économie. Keynes a théorisé cette opinion, mais elle paraît naturelle à beaucoup, sans qu'il soit besoin de se pencher sur la théorisation (qui n'est pas convaincante d'ailleurs comme cela est décrit dans l'article Keynésianisme et libéralisme, comparaison ). La relance se traduit par une politique monétaire accommodante, ou de la dépense publique. C'est la monnaie qui prête à confusion. Il paraît naturel de considérer que la monnaie donne du pouvoir d'achat, qu'elle est une richesse. Car c'est avec la monnaie que nous payons ce que nous désirons.

 

     La confusion est d'autant plus grande que la monnaie a longtemps été une marchandise comme une autre, qui était utilisée dans l'échange : l'or, ou l'argent. Posséder de la monnaie, à l'époque, c'était posséder un bien de valeur. Une richesse donc.

 

     Pour comprendre le fonctionnement de l'économie, il est utile de faire abstraction de la monnaie. De décrire d'abord une économie sans monnaie, puis le passage à la monnaie. Cependant, une économie sans monnaie n'est pas une économie sans moyen d'échange indirect. Incidemment, cette méthode permet de comprendre ce que doit être la monnaie.

 

     Pour schématiser le fonctionnement de l'économie, imaginons donc un échange entre trois personnages, A, B, et C. Le personnage A, madame Alphonsine, par exemple, rend un service au personnage B, madame Berthe. En échange, madame Berthe signe une déclaration de dette à madame Alphonsine : moi soussignée madame Berthe doit un service à madame Alphonsine.

 

     Madame Alphonsine, qui a besoin d'un service, fait appel au personnage C, madame Colette. En échange, madame Alphonsine remet à madame Colette la reconnaissance de dette de madame Berthe. Nous sommes dans une communauté où tous se font confiance. Madame Alphonsine ne doit donc rien à madame Colette.

 

     Enfin, madame Colette a besoin d'un service que peut lui rendre madame Berthe. Elle va donc voir celle-ci, qui lui rend ce service. En échange, madame Colette lui remet sa propre reconnaissance de dette. Reconnaissance de dette qui donc est annulée.

 

     Il y na donc eu production, puisque trois services ont été réalisés. Il y a eu échange, il y a eu paiement. Au final, il n'y a pas de monnaie. Pourtant, la production est réelle : trois services. La monnaie n'est pas non plus à l'origine de la production.

 

     Introduisons maintenant la monnaie. Tout le monde ne se connaît pas dans la communauté, qui est par ailleurs très nombreuse. Un organisme va certifier les reconnaissances de dette. Ainsi, madame Alphonsine va porter la reconnaissance de dette de madame Berthe à cet organisme. Elle reçoit en échange l'équivalent en... monnaie! Elle échange avec madame Colette cette monnaie contre un service. Madame Colette fait de même avec madame Berthe. Qui va ensuite rembourser sa dette à l'organisme de certification.

 

     Ce processus n'est pas utopique. C'est l'escompte. Les comptoirs d'escompte ont compté parmi les premières grandes banques. Les entreprises venaient escompter les traites reçues de leurs clients, et recevaient en échange de la monnaie. Aujourd'hui existe l'affacturage : des sociétés rachètent des factures contre de la monnaie. La méthode de l'escompte s'est aussi simplifiée : une banque va accorder directement un crédit à une entreprise au vu de son volume de factures en attente d'être payées.

 

     Nous voyons là le rôle de la monnaie crédit (par opposition à la monnaie marchandise, comme l'est par exemple une pièce d'or) : à la fois étalon de mesure de la valeur, et instrument d'échange. Et nous voyons aussi qu'au final, la monnaie disparaît, au terme de son parcours. C'est là ce que devrait vraiment être la monnaie crédit.

 

     Bien entendu, si un Etat crée de la monnaie et la distribue, il va stimuler l'activité. Observons ce qui se produit dans ce cas. Imaginons que l'Etat décide de créer de la monnaie, et de mener une politique de grands travaux, pour relancer l'économie. Supposons qu'il y ait suffisamment de main d’œuvre inemployée et suffisamment qualifiée pour mener ces grands travaux. Les travaux diffusent donc de la monnaie en salaires. Supposons qu'il y ait suffisamment de main d’œuvre inemployée et qualifiée pour que les fournisseurs puissent vendre les produits et services nécessaires aux grands travaux. Faisons la même hypothèse pour les produits et services qu'achèteront les nouveaux embauchés avec leurs salaires. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'inflation exagérée. Il y a là beaucoup d'hypothèses. Mais ce ne sont que celles du keynésianisme.

 

     L'activité économique va augmenter. Les nouveaux salariés vont consommer, acheter voitures, maisons, séjours en hôtel, etc. Tout une chaîne économique va se mettre en place.

 

     Problème, si l'Etat cesse la création monétaire, que se passe-t-il? Tout l'édifice s'effondre. Car tout provient de la création initiale. L'économie devrait se reconstruire. La stimulation initiale produirait l'effet inverse. L'arrêt des grands travaux entraîne la baisse de la consommation, et une réaction en chaîne inverse de la réaction initiale.

 

     Mais, si l'Etat continue la création monétaire, que se passe-t-il? L'activité augmente jusqu'à saturation. Quand l'activité ne peut plus augmenter, faute de main d’œuvre, ce sont les prix qui augmentent. Pas forcément uniformément. Ce peut être les prix de l'immobilier, les prix à la consommation, les marchés financiers. Il faut un déversoir pour toute la monnaie créée.

 

     Certains préconisent une durée de vie limitée pour la monnaie. Au bout d'un an, par exemple, elle perdrait sa valeur. Ce qui ne changerait rien. Les gens se rueraient sur des produits dont ils penseraient que la valeur perdurerait. Il y aurait sans doute un surcroît d'inflation des produits d'épargne, ou de l'immobilier.

 

     Changeons un peu d'hypothèse, et imaginons que l'Etat ne fasse pas de grands travaux, mais qu'il favorise la création monétaire à travers les banques. Par exemple, les taux d'intérêt sont décidés par une banque centrale. Celle-ci les maintient à un niveau très bas. Deux organismes publics rachètent aux banques les prêts hypothécaires accordés aux particuliers, même des prêts accordés à des personnes peu solvables. L'Etat obligeant d'ailleurs les banques à faire crédit à des gens peu solvables.

 

     Que provoque cette politique? Indubitablement, une croissance économique. La croissance de l'immobilier dope le secteur de la construction. Le prix des maisons augmente. Ce qui dope la consommation, car il est possible de contracter de nouveaux prêts hypothécaires, grâce à l'augmentation de la valeur de la maison. Les taux étant bas, le crédit à la consommation est très accessible également.

 

     La banque centrale, qui contrôle la création de monnaie, via essentiellement les taux d'intérêt, s'inquiète. Les prix de l'immobilier sont si élevé que les transactions stagnent. Une bulle s'est indéniablement formée dans ce secteur. Elle augmente donc les taux d'intérêt pour dégonfler la bulle. Ce qui provoque la baisse des prix de l'immobilier. Mais aussi la baisse de la consommation. D'autant plus que les particuliers ont souscrit des prêts à taux variables pour acquérir leurs maisons. Leurs remboursements augmentent, diminuant leur consommation. Sachant par ailleurs que leur épargne est quasi nulle, tellement le crédit était encouragé. L'économie entre donc en récession. C'est là la description de la crise actuelle aux USA. L'Europe subit les répercussion de cette crise, comme elle a bénéficié des effets de la croissance US. Mais l'Europe a aussi vécu à crédit, même si c'était à une moins grande échelle.

 

     Imaginons maintenant que l'Etat intervienne sans création monétaire. Il dépense simplement les montants qu'il a prélevés sur les revenus des citoyens. Il y a deux sortes de dépenses étatiques. Ce peut être des investissement collectifs. Certains investissements doivent être faits en commun. Les citoyens peuvent se rassembler pour construire des routes, des centrales électriques, etc. Si ces dépenses sont librement consenties par les citoyens, elles ne diffèrent pas du schéma originel de l'échange.

 

     Par contre, l'Etat peut aussi faire des dépenses pour satisfaire des électeurs, des intérêts clientélistes. Telle ligne de TGV est construite grâce au lobbying d'une région, et elle s'arrête dans le village dont le ministre des transports est le maire. L'Etat prend des revenus aux citoyens, pour les distribuer selon des intérêts électoralistes, et privés.

 

     Ce qui crée un nouvel état d'esprit. Les gens vont chercher à attirer cette manne de l'Etat. Comportement au demeurant tout à fait rationnel, et qui n'est pas blâmable : il s'agit de s'adapter à la politique du pays. Evidemment, toute l'économie est chamboulée. L'Etat cherche à prélever un maximum de pouvoir d'achat, en faisant croire à chacun qu'il perçoit plus qu'il ne donne. Mais le mécanisme de l'échange est perturbé. Il y a beaucoup de perdants. Le système est profondément injuste. Et il n'est plus efficient.

 

     Conceptuellement, une question se pose dans cette situation : comment mesurer la production? Nous avons vu au début de ce texte qu'une économie sans monnaie était productive. Mais, les dépenses de l'Etat, quand elles sont clientélistes, sont-elles productives? Par exemple, quand une société de travaux publique reçoit un chantier, uniquement grâce à son entregent auprès de l'Etat, chantier qui ne satisfera qu'un ministre, comment mesurer la production? Sachant que la production vient de l'échange, alors qu'il s'agit là de prendre du pouvoir d'achat aux citoyens pour la satisfaction d'un ministre? Ou quand l'Etat subventionne des emplois, tels des emplois jeunes? Une dépense monétaire n'engendre pas forcément une production économique.

 

     La monnaie ne représente pas forcément la production. Elle n'est certes pas à l'origine de la croissance économique. C'est l'échange librement consenti qui est à l'origine de la croissance. La création monétaire crée une croissance suivie d'une crise. Et la dépense publique doit être encadrée, sous peine de détruire le fonctionnement de l'économie, et de favoriser le copinage.

 

Lire la suite

Un voyage Privé vers la Lune en 2017?

11 Mai 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

Lire la suite