Analyse Libérale

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POLITIQUE INDUSTRIELLE

22 Septembre 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

En France, la mode est à la résurgence d’une politique industrielle initiée et pilotée par l’État. Pourtant, l’actualité montre que les innovations industrielles ne viennent pas de pays ayant une politique industrielle.

Ainsi, l’Allemagne est le pays roi de l’industrie. Et l’industrie reine est l’automobile. Pourtant, le pays qui bouscule le secteur, ce sont les USA. C’est carrément une nouvelle société, créée de toutes pièces, Tesla, qui assemble des voitures électriques utilisables « normalement », avec une grande autonomie. Tesla a également lancé la voiture autonome. Google y travaille également, et, semble-t-il, Apple.

Autre exemple, le site Numerama signale que le groupe PSA (marques Peugeot et Citroën), s’est associé avec une start up de Los Angeles, spécialisée dans l’impression 3D, Divergent 3D. Le but est de concevoir des autos plus légères et plus simples à assembler.

Dans un autre secteur, le pays européen à la pointe de l’innovation en matière de microprocesseur est également un pays peu réputé pour sa politique industrielle : le Royaume-Uni. C’est la société britannique ARM Ltd qui a développé l’architecture leader pour les smartphones.

Et les constructeurs automobiles installent dans leurs cockpits des réceptacles compatibles Androïd ou Apple. Ainsi, les smartphones utilisant ces systèmes d’exploitation peuvent être installés dans les véhicules et servir de GPS ou pour d’autres fonctions.

L’innovation de rupture vient des USA ou du Royaume-Uni. Elle provient d’un environnement favorable aux investisseurs, dans le cas de Tesla. Pour ARM, on ajoute la symbiose de l’entreprise avec l’université, Cambridge en l’occurrence. Google, ce sont des entrepreneurs à succès, qui ont gagné les moyens d’aller encore plus loin. Dans tous les cas, un environnement favorable aux investisseurs.

L’Allemagne l’a compris. Elle n’a pas de politique industrielle, mais une politique favorable aux entreprises, quelque soit leur secteur, même agricole. Elle semble même bien placée dans les fintech en Europe, derrière le Royaume-Uni.

Il y a trente ans, le magazine L’Expansion vantait le modèle de la banque industrie à l’allemande. Modèle abandonné par l’Allemagne, dont le gouvernement a favorisé l’abandon des participations croisées, et laissé les conglomérats se démanteler. Pour mener maintenant une politique, non pas industrielle, mais qu’on peut qualifier de business friendly.

La puissance technologique, qui peut entraîner un pays, ne dépend pas d’une politique industrielle. Mais d’une politique en faveur des investisseurs, de l’entreprise en général et de l’entrepreneuriat.

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Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

2 Septembre 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'Angleterre est considérée en France comme un laboratoire ultra-libéral. Particulièrement sous l'ère Cameron. Avec pour conséquence une montée des inégalités et des emplois précaires ces dernières années. Ce qui expliquerait son taux de chômage flatteur, et justifierait de ne pas suivre son exemple. Voyons ce que nous disent les statistiques à ce sujet.

Evolution du revenu médian.

Les statistiques du Royaume-Uni suivent l'évolution du revenu médian. Elles proviennent de l'enquête annuelle du bureau des statistiques du Royaume-Uni, l'ONS, : Households below average income: an analysis of the income distribution 1994/95 to 2014/15. On retrouvera la méthodologie ici. Le revenu médian est celui qui divise la population en deux parties égales : ceux qui gagnent plus, et ceux qui gagnent moins. Ce qui est plutôt pertinent pour évaluer le revenu réel. Les statistiques anglaises montrent que le revenu médian réel a atteint un niveau record pour la période 2014-2015 :

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

Le mode de calcul des revenus a changé au Royaume-Uni. Il était auparavant déflaté par le RPI. Le CPI donne un résultat plus flatteur :

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

BHC signifie before housing costs. Le changement de méthodologie, recommandé par l'organisme de supervision des statistiques au Royaume-Uni, paraît favorable. Mais il correspond en fait à la méthodologie des autres pays européens, Et notamment la France. La nouvelle méthodologie facilite donc les comparaisons internationales.

Il s'agit bien sûr des revenus réels. Le pouvoir d'achat a été impacté par la forte inflation au Royaume Uni de 2008 à 2013, qui explique la baisse des revenus réels :

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

Revenus : comparaison avec la France.

En France, le niveau de vie médian stagne, selon l'INSEE :

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

Le niveau de vie médian a même légèrement baissé entre 2008 et 2014 en France.

Inégalités au Royaume-Uni et en France.

En matière d'inégalités, les résultats, selon le coefficient de gini, sont les suivants :

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

Les statistiques du Royaume-Uni distinguent les revenus avant et après les dépenses immobilières. Pour une comparaison internationale, ce sont les chiffres avant coûts immobiliers qu'il faut retenir.

On peut remarquer que les inégalités, mesurées par l'indice de Gini, ont diminué sous l'ère Cameron.

Voici l'indice de Gini en France selon l'INSEE :

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.
Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

En France, selon les mesures de l'INSEE, les inégalités, mesurées d'après l'indice de Gini sont stables.

Selon la Banque Mondiale, l'indice de Gini pour le Royaume-Uni s'élevait à 34,4 en 2008, 34,10 en 2010, et 32, 6 en 2012. Donc, une baisse sous l'ère Cameron.

En France, selon la Banque Mondiale, l'indice de Gini est de 33,1 en 2008, et de 33,1 en 2012.

Les inégalités sont donc équivalentes entre la France et le Royaume-Uni.

Emploi : précarité au Royaume-Uni ?

Les emplois au Royaume-Uni sont réputés précaires, de mauvaise qualité. Voyons ce que disent les faits.

En juin 2016, le chômage est particulièrement bas au Royaume-Uni, à 4,9%, tandis que le taux d'activité est particulièrement élevé, à 74,5% :

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

Sur un an, les évolutions sont les suivantes :

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

Les embauches sont donc majoritairement des temps pleins, en CDI. Les tableaux suivants montrent la répartition de l'emploi total. Les données proviennent de l'Office for National Statistics. Le tableau a été scindé pour l'article. La colonne % employees working part-time du tableau 1A a été ajoutée. Tous les tableaux concernent la population âgée de 16 ans et plus.

1A-Emplois à temps plein et à temps partiel

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

1B-Emploi temporaire.

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

1C-Emploi à temps partiel

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

Taux d'emploi.

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

Les emplois créés au Royaume-Uni sont donc essentiellement des CDI à temps plein. Le temps partiel est important mais le niveau de temps partiel contraint est faible et en baisse, de 15,4% en juin-août 2015 à 13,8% en avril-juin 2016. Le pourcentage d'indépendants (self employed) est de 15,08%. En 1992, ce chiffre était de 13,46%. Il a atteint un point bas à 12,85% en août-Octobre 2008. Il n'y a pas eu d'explosion de ce type d'emploi (on trouvera ici les statistiques concernant la répartition sectorielle de ce type d'emploi, tout comme la répartition globale des emplois). D'autre part, le taux de sous emploi baisse. Dans toutes ces statistiques, rien n'indique une précarisation de l'emploi. Au contraire, la qualité de l'emploi s'améliore. Sur le plan de l'emploi, comme sur celui des revenus, le bilan de l'administration Cameron semble plutôt flatteur.

Les contrats "zéro-heure".

Un article sur l'emploi au Royaume-Uni ne peut pas faire l'économie d'un paragraphe sur les contrats "zéro heure", ou plus précisément les contrats qui ne garantissent pas un minimum d'heures. On trouvera une étude détaillée ici.

Il faut d'abord souligner que ces emplois sont présents dans les statistiques précédentes. Ils ne changent donc pas la vision d'ensemble de l'emploi au Royaume-Uni, en particulier concernant le temps partiel contraint.

En octobre -décembre 2015, ils représentent 2,5% des emplois, contre 2,3% en octobre-décembre 2014. Mais l'office for National Statistics considère que cette hausse peut venir des réponses aux sondages : des emplois qui n'étaient pas désignés comme des emplois zéro heures le sont devenus un an plus tard. C'est une question de définition. Il n'y a pas de définition précise, de statut précis, pour les emplois zéro heure. Les statistiques dépendent donc de l'opinion de ceux qui répondent, s'ils considèrent ou non occuper un emploi zéro heure.

Fin 2015, 37% des employés zéro heure souhaitaient travailler plus, la plupart en restant dans le même emploi, sans chercher un autre emploi offrant plus d'heures travaillées. En comparaison, 10% des autres salariés souhaitent travailler plus.

Les femmes représentent 53% de la population des contrats zéro heure, contre 47% des autres contrats d'emploi. 38% de la population des contrats zéro heure a entre 16 et 24 ans, contre 12% pour les autres formes de contrat d'emploi. 23% de la population des contrats zéro heure suit un cursus de formation à plein temps, contre 3% de la population dans un contrat non zéro heure. Selon l'ONS, ces chiffres peuvent refléter le fait que certains groupes de population sont susceptibles de rechercher la flexibilité des contrats zéro heure un avantage, par exemple les jeunes, qui combinent un emploi flexible avec leurs études.

Comparaison avec la France.

Voyons maintenant une petite comparaison avec la France. Voici quelques chiffres, issus du très officiel Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE).

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.
Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

CDI et CDD.

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.
Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

Ce qui donne un taux de CDD et intérim d'environ 11,4% de la population en emploi. A comparer avec un taux de 6,2% au Royaume-Uni. Et un taux de temps partiel de 18,24% de la population employées pour la France.

Emploi à temps partiel.

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

Temps partiel selon le sexe en pourcentage.

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

Sous emploi en France.

Angleterre: précarité de l'emploi et inégalités.

La France présente un taux de chômage bien plus élevé que le Royaume-Uni, à 9,6% au deuxième trimestre 2016, contre 4,9% au Royaume-Uni. Et un taux d'emploi de 64,7% contre 74,5% au Royaume-Uni. L'emploi à temps partiel est plus faible en France, à 18,24% au deuxième trimestre 2016, contre 26,17% au Royaume-Uni. Cependant, il est difficile d'en tirer des conclusions sur la qualité de l'emploi, car il n'y a pas de statistiques récentes en France sur la part des employés à temps partiel qui souhaiteraient travailler plus. Cette part est de 13,8% au Royaume-Uni, et diminue. En France, en 2011, le temps partiel subi concernait 32% des salariés à temps partiel selon le ministère du travail. Pour évaluer la qualité de l'emploi, il faut donc prendre les statistiques de sous-emploi. Le sous-emploi s'élève en France à 6,6% des actifs occupés, en 2015, contre 8,9% en octobre-décembre 2015 au Royaume-Uni, et 8,2% en avril-juin 2016. Le sous-emploi n'explique donc pas la forte création d'emploi au Royaume-Uni : l'écart avec la France est faible, et surtout le Royaume-Uni est dans une dynamique de réduction du sous-emploi, tandis qu'il est passé en France de 6,1% en 2013 à 6,6% en 2015. La France se distingue par ailleurs par l'évolution de l'emploi temporaire, CDD et interim. Depuis 2008, celui-ci se substitue clairement au contrat à durée indéterminé, comme l'illustre le graphique plus haut. Une telle évolution n'est pas visible au Royaume-Uni.

Conclusion : une précarisation en France ?

Les emplois créés au Royaume-Uni sont de bons emplois, et la tendance est positive : moins de sous-emploi, moins de temps partiel contraint. Ce qui s'accompagne d'une augmentation des revenus réels. Le Royaume-Uni semble être dans un cercle vertueux.

Par contre, des questions peuvent se poser... pour la France. On constate à la fois un chômage de masse, et une montée des emplois temporaires, c'est-à-dire une précarisation de l'emploi. Un emploi temporaire a des conséquences sociales, en rendant par exemple plus difficile la location d'un logement. Par ailleurs, le revenu médian baisse légèrement, tandis que le sous-emploi augmente légèrement.

Après avoir subi durement la crise, la Royaume-Uni est sur une pente ascendante, en ce qui concerne les revenus et l'emploi. La France, au contraire, connaît une stagnation des revenus et une précarisation de l'emploi.

NB:Le Cercle des élus, un polar qui se déroule dans ma ville natale. si vous aimez les polars, et la province, n'hésitez pas.

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Les anglais se seraient renseignés sur l'UE après le vote...

29 Juin 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Une information a largement été relayée dans les médias après le vote en faveur du brexit : les votants se seraient renseignés sur l'Union Européenne après avoir voté. Ce serait l'analyse des recherches Google qui le prouverait.

D'autre part, une pétition en faveur d'un nouveau vote aurait recueilli des millions de signatures, sur internet. Autre information largement relayée.

Sauf que... Le site ZDNet a publié un article montrant que la hausse des recherches sur l'UE après le vote représente une augmentation de … moins de mille personnes ! Et que la pétition sur internet a recueilli de nombreuses signatures qui sont en fait des … bots ! Bon, ne me demandez pas ce que sont des bots. J'ai vaguement compris qu'il s'agit d'une sorte de logiciel robot. Mais ce ne sont donc pas de vraies signatures.

Conclusion : l'info doit toujours être recoupée et vérifiée.

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Le Brexit a gagné, le continent est isolé.

25 Juin 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le Royaume Uni a choisi le brexit. Ce qui augure des temps difficiles pour l'Europe. Les politiciens européens avaient dressé un tableau noir des conséquences du brexit pour le Royaume Uni. Parce qu"ils craignaient surtout les conséquences sur l'Europe. Aujourd'hui, c'est l'Europe qui est ébranlée, plus que le Royaume Uni. Car c'est son existence qui est mise en doute. Car c'est son inéluctabilité, qu'on nous ressassait, qui est remise en cause.

Pour survivre, l'Europe doit se remettre en question. Et analyser froidement les raisons des tendances séparatistes à l'intérieur des pays membres.

La centralisation européenne.

J'avais voté oui à Maastricht, car ce traité comportait le principe de subsidiarité. Mais les dirigeants européens bafouent continuellement ce principe et sont lancés dans une course à la réglementation, dans des domaines qui ne relèvent pas de la politique commune. Sur Contrepoints, Vincent Benard décrit ainsi les tribulations ridicules de la réglementation sur... la taille du paquet de spaghetti ! Louis Rouanet, sur le site du Mises Institute, décrit lui toutes les réglementations sur... les couettes et les oreillers !

Un pays de l'UE ne peut même pas changer un taux de TVA sans l'aval de Bruxelles, comme la France l'a expérimenté concernant les taux de TVA dans la restauration, ou encore le livre électronique. Fiscalement, les pays membres de l'UE ont finalement moins de latitude que les états membres des USA.

Si elle veut survivre, l'Europe doit appliquer le principe de subsidiarité. En laissant la liberté fiscale, et économique aux Etats membres. Avec bien sûr en contrepartie la possibilité pour un Etat de faire faillite. Ce serait le meilleur des gardes fous aux dérives des Etats, sans que les populations n'accusent l'Europe de leurs déboires. Et l'Europe pourra se concentrer sur l'Union douanière, et peut-être enfin sur ses frontières, dont on s'aperçoit avec la crise des migrants que la gestion est assez peu coordonnée.

L'Europe sans les peuples.

L'Europe doit reconnaître qu'elle est devenue un Leviathan technocratique, qui veut décider de la vie des gens malgré eux. Qui considère que les européens doivent être guidés, même contre leur propre avis. La rupture a été consommée par le référendum sur la constitution européenne. Ecartant l'avis des européens qui l'avaient refusée, les technocrates européens ont mis en œuvre le traité de Lisbonne, prenant bien soin cette fois de ne pas consulter les européens. Comment s'étonner de la réaction de ces derniers ?

De même, les peuples auraient-ils voté pour l'élargissement rapide à l'Est de l'Europe, dont les conséquences, en matière de migrations, mais aussi d'accusation de dumping social, causent aujourd'hui des protestations ? Là encore, on s'est bien gardé de les consulter. Il faut dire que la raison de cet élargissement n'était peut-être pas tant l'idéal européen, qu'une attitude défensive face à la Russie après la guerre froide. Un calcul géostratégique, qui a échoué avec l'Ukraine, et qui a occulté les débats nécessaires sur l'intégration de pays qui n'étaient pas forcément prêts. Intégration dont les conséquences suscite donc des protestations aujourd'hui.

Le populisme démocratique.

L'Europe est aussi victime du populisme de ceux là mêmes qui prétendent la promouvoir. On nous survend l'Europe en nous promettant des lendemains chantants, où tout effort serait aboli. Quand des réformes dites "difficiles" sont faites, on nous dit alors que c'est l'Europe qui les réclame. Quand la crise arrive, on réclame de l'Europe une aide. L'Europe, notamment en France, est présentée comme un super état, doté de super pouvoirs, qui pourrait nous amener la prospérité sans effort, et qui pourtant nous la refuse. Et ce sont les partis dits "républicains" qui utilisent cette rhétorique. Comment s'étonner alors de la popularité de ceux qui nous promettent la croissance sans effort par le simple fait de quitter l'Europe ?

Un pays comme la France a une relation curieuse avec l'Europe. Officiellement, elle refuse le fédéralisme, vu comme un abandon de souveraineté. Alors que justement, le fédéralisme respecte la souveraineté des Etats. A contrario, elle a la vision d'une Europe centralisée, française ! Elle veut que l'Europe applique la politique voulue par les français ! Ce qui n'est pas possible. Et entraîne un rejet.

Le Royaume Uni a ouvert la boîte de Pandore. Quitter l'Europe, pour un grand pays, n'est plus une vue de l'Esprit. L'Europe doit justifier de son utilité, et se rapprocher des peuples. C'est en respectant ces derniers qu'elle survivra, en appliquant le principe de subsidiarité, déjà prévu par les traités, et celui de responsabilité, c'est-à-dire que les Etats sont responsables de leur politique, et peuvent faire faillite. L'Europe doit en outre se concentrer sur les domaines dans lesquelles elle a une légitimité, comme les relations extérieures.

Mais le problème est aussi le fonctionnement de la démocratie. Les politiciens deviennent souvent des populistes distributeurs de promesses, qui cherchent à manipuler le peuple une fois au pouvoir. Et à refuser leurs responsabilités. Le principe libéral d'une constitution qui limite les pouvoirs se montre plus que jamais pertinent.

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Brexit : danger pour l'Europe et la France

16 Juin 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le vote sur le Brexit approche. Les partisans du maintien du Royaume Uni dressent un tableau apocalyptique du Brexit, ainsi que les institutions européennes. En fait, le Brexit serait catastrophique pour l'Europe, et notamment pour la France. C'est pourquoi, s'il se réalise, l'Europe et la France ont intérêt à passer très vite des accords avec le Royaume Uni qui permettront de commercer comme si ce dernier était encore dans le marché commun.

Le Royaume Uni peut perdre beaucoup si les frontières de l'Europe se ferment à ses produits et services. Mais l’Europe peut perdre beaucoup si le Royaume Uni ferme ses frontières également. Et notamment la France. En effet, le Royaume Uni importe énormément en provenance de l'Europe. Et en particulier de la France, pays avec lequel son commerce extérieur est déficitaire. Une fermeture des frontière signifierait une crise en Europe, et particulièrement chez un des membres les plus fragiles de l'Union : la France.

Le Royaume Uni est par ailleurs un pays actuellement très dynamique. Du point de vue de la croissance, et du point de vue de la création et du développement d'entreprises. C'est LE pays européen des start up. Ce dynamisme signifie des importations de biens et services en provenance de l'Union Européenne. Mais aussi un atout pour l'Europe. Le Royaume Uni est tourné vers le futur et vers les pays émergents. Il est impératif de tout faire pour rester lié à cette dynamique. L'Europe a tout intérêt à garder ce pays dans une zone de libre échange.

Un pays a beaucoup à perdre avec le Brexit, et c'est la France. Car le commerce extérieur français avec le Royaume Uni est bénéficiaire. Car le Royaume Uni est un partenaire majeur de la France, après l'Allemagne. La France a intérêt à maintenir le libre échange avec le Royaume Uni, surtout compte tenu de son atonie actuelle. Le Royaume Uni est un facteur de croissance pour la France.

D'autre part, le dynamisme du Royaume Uni équilibre celui de l'Allemagne. Et la France a peu de chance de récupérer des activités financières importantes. Elle ne récoltera que des miettes, du fait de sa fiscalité et de sa réglementation anti-entreprises. Afin de faire contrepoids à l'Allemagne, la France a intérêt que Londres reste une place financière importante en euros. Sinon, c'est l'Allemagne qui récoltera la mise.

En conclusion, les prédictions apocalyptiques en cas de brexit sont absurdes. A moins que les partenaires du Royaume Uni ne se tirent une balle dans le pied, provoquant eux-mêmes une crise. Plutôt que de jouer les oiseaux de mauvais augures, mieux vaudrait s'intéresser aux raisons qui motivent le brexit.

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Brexit : mais qui gouverne le monde?

16 Mai 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'hypothèse du brexit suscite l'effroi de bien des pays. Oser vouloir quitter l'Europe, quelle idée. Cela ne peut venir que du Royaume-Uni. Pourtant, les britanniques posent de bonnes questions, largement ignorées par le reste de l'Europe et tous ceux qui veulent les inciter à considérer leur initiative comme une aberration. Ce qui est en débat, c'est la gouvernance de l'Europe, et, plus encore, l'humanisme.

Les raisons du brexit.

Pourquoi ce référendum sur la sortie du Royaume Uni de l'Europe ? Il y a la question de l'immigration, certes. Le Royaume Uni, quand les travaillistes étaient au pouvoir, a ouvert sans restriction les frontières aux ressortissant des pays de l'Est, nouvellement intégrés à l'Union. Ce qui a causé un afflux massif. Cependant, ce référendum ne se résume pas cette question.

Les britanniques protestent aussi contre l'excès de réglementation européenne. Les petites entreprises estiment que ces réglementations favorisent les grosses, comme la multiplication des normes environnementales par exemple. Ou encore, quand l'Europe fixe des normes de tailles pour certains récipients. Est-ce vraiment son rôle ?

Et ce n'est pas seulement l'Union Européenne qui est critiquée pour son excès de normes. La Cour Européenne des Droits de l'Homme est elle aussi critiquée. Sa décision d'invalider la déchéance du droit de vote des prisonniers au Royaume-Uni a été mal vécue par les britanniques. Tout comme sa décision d'invalider l'expulsion d'un demandeur d'asile qui avait renversé en voiture et laissé mourir une adolescente de 12 ans. Les britanniques estiment que ce genre de décision ne relève pas des Droits de l'Homme mais d'un jury.

La concentration des pouvoirs.

Les griefs britanniques illustrent la concentration des pouvoirs en Europe. Finalement, comme tous les aspects de la vie tendent à être normés (c'est-à-dire qu'une norme est définie, et nom une règle générale comme par exemple le principe de non coercition), un groupe assez réduit de personnes décide de nos vies. La démocratie ne règle pas le problème. Un parlement ne représente que la plus forte minorité. Ensuite, un gouvernement dispose d'un appareil d'Etat capable d'influencer le peuple. Ne serait-ce que par le monopole de l'éducation. Les lobbys, tels que les ONG, ou des corporatismes, n'ont à influencer qu'un nombre réduit de personnes, pour qu'ensuite leurs vues soient imposées au peuple. Dans le cas de l'Union Européenne, le pouvoir apparaît encore plus lointain, addition des pouvoirs des gouvernements de chaque pays, à tel point que les technocrates de la Commission, qui assurent la permanence de la gouvernance, semblent avoir le pouvoir réel.

Il n'y a pas que les institutions issues de la démocratie. Il y a les Cours de Justice comme le montre l'exemple anglais : certaines décisions ne vont-elles pas au-delà de la justice, et ne tendent-elles pas à empiéter sur le domaine du législateur ? Il y a aussi les organismes supra-nationaux. Comme le Comité de Bâle. Celui-ci définit les critères prudentiels des banques, et par extension de nombreux fonds d'investissement, et déterminent au final l'orientation du financement de l'économie (voir par exemple l'article de Guillaume Nicoulaud : Bâle les défaillances du marché. ) Richard North nous rappelle par ailleurs que de nombreux autres organismes supra-nationaux édictent des règles, que l'Union Européenne ne fait elle-même que répercuter (voir ici ).

L'Europe et le monde semblent s'orienter vers une société big brother, dans laquelle finalement un petit groupe organise la vie de chacun. Ce sont des démocraties où finalement de petits groupes se disputent le pouvoir sur la population, des organismes supra-nationaux, ou même des juges qui peuvent dépasser leurs prérogatives. Au final, cela pose la question du contrôle, du débat (si ces organismes supra-nationaux se trompent, tout le monde est mal embarqué). Mais c'est aussi la question de l'humanisme, de cet idéal d'un être humain libre de sa vie et responsable. L'être humain devient de plus en plus aliéné de nos jours.

Finalement, le brexit effleure des questions très importantes, sur la gouvernance de l'Europe, du monde, et de la place de l'être humain dans la société. Mais ces questions sont largement ignorées.

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Quand la BCE crée des inégalités

29 Avril 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

La politique de la BCE produirait des inégalités, selon un article publié dans le rapport trimestriel de mars de la Banque des Règlements Internationaux. Ce qui au demeurant est logique : la politique qui consiste à inonder l'économie de liquidité est dans son principe inégalitaire. Plus encore, au cours d'une conférence à l'université d'automne en économie autrichienne, en 2014, le professeur Guido Hülsmann, fait le lien entre la montée des inégalités depuis la fin des années1960 et la politique monétaire des banques centrales à compter de cette époque.

La Banque des Règlements Internationaux a donc publié une étude, menée par trois économistes, qui conclut à une augmentation des inégalités depuis la crise financière. La politique de taux bas aurait sa part de responsabilité. En effet, cette politique a poussé les cours des actions à la hausse, favorisant les patrimoines financiers, tandis que le patrimoine immobilier, mieux réparti au sein de la population, voyait sa valeur moins augmenter. Les auteurs de l'étude parlent d'une possibilité plus que d'une certitude. Ils se sont basés sur des études statistiques élaborées.

Cependant, on se demande pourquoi il apparaît comme une découverte que la politique de la banque centrale européenne accroît les inégalités. Je l'avais moi-même souligné dans un article sur les inégalités (voir ici). Le but de la banque centrale est de relancer l'investissement. En baissant le taux des crédits. Et aussi en abaissant le rendement des placements peu risqués pour que les investisseurs s'orientent vers des placements plus risqués. Les investisseurs voient le rendement des obligations baisser. Ils se reportent sur les actions. D'abord les actions peu risquées, qui voient leur valeur augmenter. Ce qui augmente le patrimoine de ceux qui possèdent des actions. Les entreprises, voyant les taux de crédit baisser, ont intérêt à emprunter pour se financer. Et elles rachètent leurs propres actions. Car, économiquement, il est plus rentable de se financer par l'emprunt et de rendre de l'argent aux actionnaires. Ce qui fait augmenter le cours des actions. Et ce qui favorise les riches, qui sont ceux qui proportionnellement possèdent plus d'actions.

Ce mécanisme de hausse des actifs financiers est voulu. Il a déjà été mis en œuvre à partir de 2002, pour les actifs immobiliers. On considérait à l'époque que l'éclatement de la bulle internet devait être compensé par une bulle immobilière (voir ici ce qu'en disait Paul Krugman). C'est une constante depuis la fin du système de Bretton Woods : on considère que l'injection de monnaie dans l'économie, et donc le création de bulles, relance la croissance. On n'obtient que des inégalités, comme le montre le professeur Guido Hülsmann.

Le professeur Hülsmann constate que les inégalités augmentent depuis la fin des années 1960, tant les inégalités de revenus que de patrimoines. Cela coïncide avec la fin des accords de Bretton Woods. Le système monétaire issu des accords de Bretton Woods en 1944 lié la valeur du dollar à l'or, et la valeur des autres monnaies mondiales au dollar. C'était une sorte d'étalon or indirect. L'émission de dollars dépendait des réserves en or de la banque centrale des USA, et l'émission des autres monnaies dépendait des réserves en dollars dans les banques centrales hors USA. Officiellement, c'est en 1971 que la convertibilité du dollar en or est abandonnée. Mais, dans les faits, la guerre du Viet-Nam avait entraîné un relâchement monétaire bien auparavant.

La fin des accords de Bretton Woods signifie une augmentation de la création monétaire. Le professeur Hülsmann souligne que le secteur de la finance voit ses revenus croître plus vite de puis la fin des années 1960 que d'autres secteurs. Les patrimoines financiers augmentent plus vite aussi. Dans le cadre de l'école autrichienne d'économie, dont le professeur Hülsmann est un éminent représentant, ces inégalités s'expliquent aisément : c'est l'effet Cantillon. Quand il y a création monétaire, les premiers, et généralement les seuls, à en profiter, sont ceux qui sont placés au début de la chaîne monétaire. La monnaie est injectée sur les marchés financiers. Donc,ceux qui en profitent, sont ceux qui ont des placements financiers, c'est-à-dire des gens aisés, et ceux qui travaillent dans la finance, salariés et sociétés. La lecture du professeur Hülsmann est très enrichissante pour qui s'intéresse aux inégalités. Les conclusions sont cependant dérangeantes.

En conclusion, un des facteurs d'inégalités dans les pays développés apparaît être la politique de création monétaire des banques centrales. Officiellement, cette politique doit créer de la croissance. En réalité, elle provoque des crises, et des inégalités.

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Le projet de loi sur l'évolution du droit du travail

31 Mars 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le projet de modification du droit du travail fait l’actualité. Il est l’objet de vives critiques. Celles-ci témoignent d’une certaine conception de l’être humain et de la société. Nous ferons ici une analyse libérale de ces critiques. Le libéralisme est d’abord un humanisme, qui s’oppose à l’aliénation de l’être humain. Le libéralisme peut aussi être vu comme un utilitarisme, qui défend le bien être social.

Humanisme

Les opposants à la loi travail défendent une conception du salarié qui dépend totalement de l’entreprise. Celle-ci doit lui assurer l’emploi, une rémunération élevée, financer la protection sociale et la prévoyance. L’être humain est pris en charge par l’entreprise. Il faut que l’Etat force l’entreprise à remplir cette fonction.

C'est une vision de l’être humain non autonome. Aliéné pour reprendre le vocabulaire marxiste. Même si c’est par l’intermédiaire de l’action de l’Etat à l’encontre de l’entreprise.

Au contraire, l’idéal humaniste prône une société où chacun est autonome et responsable. Ce qui n’exclut pas les mécanismes de prévoyance et d’assurance d’ailleurs. Mais chacun peut être à même de faire des choix, d’évoluer au cours de sa carrière, sans dépendre d’une entreprise.

C’est un idéal qui peut faire peur aujourd’hui, et les anti-humanismes jouent sur cette peur. En effet, nous sommes généralement assez peu préparés à être autonomes. L’école ne nous insère pas dans la vie active. Et tout dépend de l’éducation que nos parents ont pu nous donner, qui dépend à nouveau de leur propre parcours et de leurs réflexions. Cependant, n’est-ce pas un idéal à atteindre ?

Utilitarisme

Les opposants à la loi travail défendent un cadre figé. Or, c’est la liberté qui a permis le progrès social. En effet, la révolution industrielle, le salariat, l’assurance maladie, la prévoyance, ne sont pas le fruit d’un plan établi ex-nihilo par un Etat. Ils se sont développés avant d’être repris par les Etats.

Or, la société évolue. L’histoire montre que c’est la condition du progrès social. Aujourd’hui, et depuis plusieurs années, des questions se posent sur l’évolution du travail par exemple, avec l’ubérisation, l’économie du partage (voir ici).

Nous sommes dans une période pleine de promesses, mais personne ne connaît la forme que prendra l’économie, les modes de relations économiques qui en découleront. La seule solution pour profiter du progrès est de laisser les acteurs construire cette nouvelle économie. Il a fallu abolir les corporations pour développer l’industrie.

Conclusion : le progrès nécessite le changement.

L’évolution vers une société humaniste, où l’être humain peut décider de sa vie et s’accomplir, et vers le progrès social, nécessite donc la réforme. Un changement qui fait peur, car nous n’y sommes pas préparés. Mais nous devons plutôt laisser foisonner les initiatives, pour qu’apparaisse le nouveau cadre contractuel, afin de profiter du progrès.

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comparaison entre la crise de 1929 et aujourd'hui.

13 Mars 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'économie se pique d'être scientifique. Pourtant, elle ne tient aucun compte des faits. Elle s'enferme dans l'idéologie. Une comparaison entre la crise de 1929 et celle de 2007 - 2008 l'illustre. L'origine des deux crises est monétaire. Les banques centrales usurpent un mérite abusif dans le fait que la crise de 2007 - 2008 n'a pas eu l'ampleur de celle de .1929, alors qu'elles ont répété les mêmes erreurs. Par contre, les véritables raisons de cette différence d'ampleur sont ignorées. Pourtant, il suffit de regarder les faits. De tirer les leçons de l'expérience.

L'origine des deux crises.

La crise de 1929.

Comme le montre Lionel Robbins, dans le livre La Grande dépression, la crise de 1929 a été précédée d'une période d'expansion monétaire, à partir de 1925, provoquée par la banque centrale des USA. L'objectif était de soutenir la Banque d'Angleterre, qui souhaitait rétablir un étalon or, mais avec une parité entre la livre et l'or trop optimiste. Robbins constate que la politique monétaire a provoqué une surproduction dans le secteur des biens de production. Il aurait pu citer également l'envolée de la bourse, boostée par les achats à découvert.

Dans l'article Echoes of 1937 in the current economic cycle, Brendan Brown décrit la politique monétaire pendant la crise de 1929. C'était à nouveau une politique d'expansion monétaire, que nous nommons aujourd'hui quantitative easing. En 1937, la fin brusque de cette politique a provoqué une rechute de l'économie.

La crise actuelle.

La crise de 2007 - 2008 a également été précédée d'une période d'expansion monétaire. Celle-ci a débuté vers 2002, suite au ralentissement de 2001. Cette politique a provoqué un bulle immobilière, qui a boosté l'économie. Cette bulle permettait de compenser la chute de celle des valeurs internet, comme l'expliquait le prix Nobel Paul Krugman en 2002. Ajoutons les facilités accordé au crédit, avec les agences Fannie Mae et Freddie Mac, qui rachetaient des crédits subprime, c'est-à-dire à risque. Ou encore, le Community Reinvestment Act, destiné à accroître le crédit aux personnes peu solvables. Toute l'économie était basée sur le crédit, et tout le monde s'en félicitait. Un cercle vertueux keynésien devait s'engager, les dépenses entraînant la croissance. C'était l'époque où le ministre de l'économie français, Nicolas Sarkozy, voulait importer en France l'hypothèque inversée, qui permet de prendre un crédit à la consommation gagé par la valeur de son habitation.

Face à la crise, comme dans les années 1930, c'est à nouveau la politique monétaire qui est mise en œuvre. Avec notamment des politiques dites non conventionnelles. Avec le quantitative easing. Et avec le même dilemme qu'en 1937: est-ce que la remontée des taux, et la fin du quantitative easing, ne vont pas provoquer une contraction de l'économie?

Les différences entre les années 30 et aujourd'hui.

Durant la crise de 1929, différentes mesures ont été mises en oeuvre en dehors de la politique monétaire. Aux USA, contrairement à la légende, le président Hoover a été très interventionniste. Il a pris des mesures protectionnistes, mené une politique de déficit budgétaire, et incité les patrons à ne pas baisser les salaires. Il a fait l'exact contraire de la politique de son prédécesseur face à la crise des années 20. Roosevelt a mené une politique semblable. Les pays ont aussi dévalué leurs monnaies.

Aujourd'hui, globalement, la crise n'a pas entraîné un fort protectionnisme. Même s'il y a eu des mesures de ce type, recensées par l'OMC, elles n'ont pas eu l'ampleur de celles des années 1930. D'autre part, de nombreux pays, dont les USA, ont laissé le tissu économique s'adapter. Ce sont ces pays qui s'en sortent le mieux. L'Allemagne a même une situation budgétaire saine.

Les leçons de la crise des années 30.

Après la deuxième guerre mondiale, deux accords phares tiraient les leçons de la crise: Bretton Woods, et les accords du GATT. Bretton Woods rétablissait la discipline monétaire. L'émission de dollars US dépendait du stock d'or des USA. Les autres monnaies étaient liées au dollar par une parité fixe, et donc indirectement à l'or. Les désordres monétaires ont été considérés comme une cause de la crise. Les accords de Bretton Woods ont volé en éclats, les crises sont revenues.

Les accords du GATT visaient à promouvoir le libre commerce entre les pays. Le protectionnisme ayant été identifié comme une cause d'aggravation de la crise. Cahin caha, ils se sont développés. Et nous ont protégés d'une aggravation de la crise de 2007 – 2008.

Conclusion

La politique de relance monétaire nous est présentée comme le Saint Graal de la politique économique. Les banquiers centraux s'enorgueillissent d'avoir évité une aggravation de la crise de 2007 - 2008. Pourtant, ils ont causé cette crise. Et leur politique monétaire a la même inefficacité que dans les années 30. Certains réclament des mesures protectionnistes pour sortir de la crise. Pourtant, c'est ce qui a aggravé la crise des années 30.

Ce sont là des faits. pourtant, la théorie les ignore. A l'exception de l'école autrichienne. Pourtant, l'économie se prétend scientifique.

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L'appel des quatre vingt

20 Février 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le quotidien Les Echos du jeudi 11 février 2016 a consacré un pleine colonne à une tribune de quatre vingts économistes, en faveur d'une politique dite alternative, publiée par Le Monde. En une seule colonne, on ne relève que des contradictions : contradiction avec les faits, ou contradiction interne. Ce qui m'a dissuadé de lire leur tribune.

Ces "économistes" critiquent l'austérité en France. Mais on se demande quelle austérité ? La dépense publique a augmenté (quand on parle de diminution, c'est en fait une diminution de l'augmentation). Le déficit public reste abyssal. D'ailleurs, dans le même numéro des Echos, un article montre les déficits budgétaires en pourcentage du PIB : 7,2% en 2009, 6,8% en 2010, 5,1 en 2011%, 4,8% en 2012, 4,1% en 2013, 3,9% en 2014, 3,8% en 2015. Où est l'austérité ?

La vérité est que le gouvernement français mène une politique keynéso-socialiste. C'est-à-dire basée sur le déficit public, de fortes contraintes sur les entreprises, et une volonté de transformation sociale, comme le montre le soutien à ce qu'il appelle l'économie solidaire et responsable (ce qu'elle n'est pas malgré son appellation). Cette politique ne donne pas les résultats escomptés. Alors, contre toute vraisemblance, dans un jusqu'au boutisme idéologique, on demande encore plus de déficit.

D'autre part, Les Echos citent Christophe Ramaux,maître de conférences à l’université Paris-I, un des coordinateurs de la tribune, qui accuse l'Allemagne d'étrangler l'Europe :

« Il ne faut pas hésiter à risquer d’aboutir à une rupture avec l’Allemagne. L’euro lui bénéficie en lui permettant de dégager des excédents commerciaux en étranglant les pays du sud de l’Europe, dont la France fait partie. »

On remarquera trois choses dans cet extrait. D'abord, une politique mercantiliste tombée en désuétude depuis des siècles. Ensuite, que la France fait partie de l'Europe du sud, cette Europe du chômage, de la crise. Enfin, la désignation d'un bouc émissaire, l'Allemagne, qui pomperait les revenus de l'Europe de Sud. Mais cette affirmation est contredite par les faits, une nouvelle fois.

En effet, comme le montre l'IFRAP, les importations en provenance de l'Union Européenne en Allemagne augmentent. Tandis que la part de ces exportations hors UE augmente. Comme l'écrit l'IFRAP, l'Allemagne fait travailler ses partenaires européens. Il ne tient qu'à la France d'en profiter.

Enfin, Les Echos citent Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE :

« nous faisons l’analyse que le risque d’éclatement de la zone euro est réel. Certains d’entre nous le voient d’un bon œil, d’autres pas. Mais il faut rappeler à l’Allemagne qu’elle a beaucoup à perdre en cas de disparition de l’euro, notamment en ce qui concerne son épargne investie dans d’autres pays européens ».

On remarque dans cette citation une menace envers l'Allemagne. Celle-ci est clairement désignée comme bouc émissaire. En même temps, cette citation est contradictoire : elle accuse l'Allemagne des maux de la France, mais reconnaît qu'elle finance l'Europe. Ce financement, compte tenu des règles de Bâle, concerne aussi la dette d'Etat. Sans le vouloir, cet économiste souligne le rôle de l'Allemagne dans le financement de l'Europe. Par quoi veut-il remplacer ce financement ? La planche à billets et ses conséquences néfastes ?

Cet article n'incite pas à lire la tribune en question. Tout est contredit par les faits, ou se contredit. Cependant, c'est la pensée dominante en France. Il suffit d'augmenter encore plus les déficits, pour que tout aille pour le mieux, sans efforts. Ou de faire payer l'Allemagne. Un bouc émissaire, pour expliquer les problèmes du pays. Mais se remettre en question, se demander si le jusqu'au boutisme keynéso-socialiste doit être remis en cause, c'est hors de question.

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