Analyse Libérale

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Schumpeter et le courant autrichien.

25 Août 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

En économie, la théorie autrichienne désigne un courant née dans la lignée de l'économiste autrichien Carl Menger. Seulement, tous les économistes de nationalité autrichienne n'appartiennent pas à ce courant, et en particulier l'un des plus célèbres d'entre eux : Joseph Alois Schumpeter.

 

Ainsi, Schumpeter est un admirateur de la théorie mathématique de l'équilibre général de Léon Walras, alors que Carl Menger a contesté cette approche. Les théories de Schumpeter s'inscrivent dans le corpus dominant de l'équilibre général.

 

Son originalité est d'avoir introduit dans ce corpus un élément du courant autrichien : l'entrepreneur. Pour le courant autrichien, nous sommes tous des entrepreneurs, dans le sens où nous entreprenons pour atteindre nos objectifs ( nous agissons, pour reprendre la terminologie de Ludwig von Mises ). Schumpeter introduit l'entrepreneur comme vecteur d'innovation, et pour donner une dynamique à la théorie de l'équilibre général.

 

En effet, la théorie de l'équilibre général montre qu'il existe un point d'équilibre, qui représente un optimum en économie : à ce point d'équilibre, chacun maximise son utilité. Mais elle n'explique pas l'évolution de l'économie, les progrès, les changements. Schumpeter introduit donc la notion d'entrepreneur, qui est l'élément dynamique.

 

Schumpeter part de l'idée d'une économie stationnaire, qui répète le même processus, sans changement : le cultivateur achète engrais et semences, vend sa récolte, rachète des engrais et semences, vend sa récolte, et ainsi de suite chaque année. De même l'industriel achète ses fournitures, fabrique sa production, la vend, paie ses salariés, qui achètent ce qu'ils consomment, et ainsi de suite. Il n'y a pas de changement, pas d'augmentation de la production, pas de progrès.

 

L'entrepreneur apporte l'innovation, avec un nouveau produit, un nouveau procédé de fabrication, ou un nouveau débouché pour une production déjà existante. Ce qui provoque une évolution du système économique, avec des industrie qui apparaissent, et qui font disparaître d'autres industries. La fameuse destruction créatrice.

 

Cette théorie est qualifiée de théorie de l'entrepreneur. Mais c'est plutôt une théorie de l'innovation. L'entrepreneur n'est là que comme vecteur d'innovation, parce que c'est le seul moyen d'introduire le changement dans le système théorique. Par la suite, des travaux ont réfléchi aux moyens de susciter l'innovation au sein des grandes organisations.

 

Joseph Alois Schumpeter est donc un économiste du courant dominant, celui de l'équilibre général, concept que Keynes et la macroéconomie ont également repris.

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La mondialisation et le développement

20 Août 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Revue du web

La mondialisation vue par un économiste indien. Pour éviter certains clichés.

 

La mondialisation selon Bhagwati sur le site d'Audace Institut Afrique.

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Le troisième numéro de Laissons Faire est paru

18 Août 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

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Pour découvrir l'histoire de la traduction de la Richesse des Nations de Smith en français, pour mieux connaître Jean-Baptiste Say, pour découvrir les causes de la crise de 1907 par Yves Guyot, pour apprendre à connaître l'Ecole Française d'Economie, que L'Institut Coppet s'attache à remettre à sa juste place. (Cliquer sur l'image pour découvrir la revue Laissons Faire d'août 2013)

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Une interview de Larry Ellison, fondateur d'Oracle.

15 Août 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Revue du web

 

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Explications sur la régulation bancaire.

15 Août 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

Bâle et les défaillances du marché.

 

Un excellent article de Guillaume Nicoulaud qui explique clairement et simplement la régulation bancaire, et ses conséquences.


A diffuser largement.

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La crise est finie!

14 Août 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Humeur

 

La crise est finie ! La France est sortie de récession, c’est officiel ! Sonnez haubois résonnez musettes ! C’est écrit dans la presse, diffusé sur internet ! La France a connu une croissance de 0,5% du PIB au deuxième trimestre 2013, l’INSEE l’a annoncé. Oui : 0,5% ! C’est tout simplement le retour des trente glorieuses !

 

Le traitement de l’économie, que ce soit par les médias, les politiciens, les organismes tel que l’INSEE, ou même ces " spécialistes " censés nous éclairer, est affligeant, voire pathétique.

 

Qu’est-ce que cette définition de la récession, par la baisse du PIB deux trimestres consécutifs ? Pour une discipline qui utilise le langage mathématique pour paraître scientifique, cela est bien arbitraire. C’est également du très, très court terme comme horizon.

 

D’autre part, comment oser tirer des conclusions aussi catégoriques de chiffres aussi faibles et aussi imprécis ? On nous dit récession quand le PIB baisse de 0,1% un trimestre, et reprise quand il augmente de 0,1% ! Sachant en plus que ce n’est que la première estimation. Les chiffres sont révisés par la suite, quand plus personne ne s’y intéresse. C’est simplement ridicule.

 

Une analyse rationnelle montre que la France stagne. Le PIB est à peu près stable, malgré les politique de relance par le déficit budgétaire, et monétaire, menées depuis plusieurs années.

 

Une analyse sur le long terme montre que même en période de croissance mondiale, et tout en maintenant un déficit budgétaire important, la France connaît une croissance faible, et un chômage élevé. Par conséquent, le pays a un problème structurel.

 

Mais, qui se soucie d’une analyse censée et rationnelle ? Pour les médias, l’économie est un feuilleton, qui doit tenir en haleine jour après jour l’audience, avec dans le rôle principal les politiciens, qui sont les héros qui vont relancer l’économie.

 

Pathétique !

 

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Historique: la suppression de Fannie Mae et Freddy Mac est envisagée!

7 Août 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

La nouvelle la plus importante du numéros des Echos du mardi 7 août se trouve page 5. Elle aurait pu faire la une. En effet, le quotidien annonce que le président US Obama veut supprimer les agences Fannie Mae et Freddy Mac !

 

Ce serait un geste historique. Fannie Mae a été créée par le New Deal, pour faciliter l'accession à la propriété des habitants des USA. Freddy Mac a été créé plus tard, mais reprend la même philosophie. Ce serait un symbole du New Deal qui serait supprimé.

 

Ces deux agences rachètent aux banques les crédits hypothécaires, afin de permettre à ces dernières d'augmenter le volume des prêts immobiliers. Ainsi, les Echos rapportent qu'avant la crise neuf demande de prêt sur dix sont passés par une des deux agences. Et, à ce titre, ce que ne souligne pas le quotidien économique, ces deux agences ont été parmi les principaux vecteurs de cette crise.

 

Sous les présidence de G. W. Bush et B. Clinton, il a été demandé à ces agences de soutenir davantage l'effort envers les emprunteurs plus fragiles, comme l'écrit Les Echos. En clair, il s'agit d'accorder des prêts à des populations peu ou pas solvables. Cela afin de soutenir la croissance. Ce sont ces crédits, appelés crédits subprime, qui ont provoqué la crise (voir sur ce sujet les articles La politique de la bulle, Le procès de la crise,Les véritables objectifs de la réglementation financière).

 

Cependant, Obama veut supprimer les agences, mais continuer à encourager le crédit, ce qui n'est pas logique. C'est supprimer un moyen pour le remplacer par un autre, pas de supprimer le principe de favoriser le crédit. Selon Les Echos, l'idée de l'administration US est de faire assumer les risques par le privé. Mais, dans le même temps, il propose que l'Etat ait un rôle de réassurance. Un rôle « limité » selon Les Echos. Mais la garantie de l'Etat a-t-elle jamais été limitée ? Les USA ont connu un précédent sauvetage bancaire, il n'y a pas si longtemps, celui des caisses d'épargne.A partir du moment où l'Etat garantit, le risque repose sur l'Etat.

 

En outre, faire peser le risque sur les banques privées supposerait également de retirer à la Fed, la banque centrale US, le rôle de prêteur en dernier ressort, qui garantit aux banques qu'elles disposeront toujours d'une sources de refinancement en cas de problème. Il n'y a pas de moyen terme en matière de risque : soit, le privé assume tout, soit les autorités publiques garantissent tout. A partir du moment où l'Etat entre en jeu, le mécanisme de responsabilisation des acteurs est faussé.

 

D'autant que l'administration US continue de vouloir stimuler l'économie par le crédit. Il y aura donc toujours des encouragements aux banques pour qu'elles prêtent sans être trop regardantes.

 

La suppression des agences Fannie Mae et Frddy Mac serait donc un geste historique, mais sans effet si la relance par le crédit est toujours à l'ordre du jour, à travers la Fed notamment, et de nouveaux canaux.

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Le procès de la crise

3 Août 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

Le verdict est tombé : fabulous fab est reconnu coupable de fraude, ainsi que le Figaro.com l'annonce. Celui-ci est accusé d'avoir vendu des titre qu'ils savaient toxiques, comme on dit aujourd'hui. Son procès est présenté comme celui du secteur financier, considéré comme responsable de la crise actuelle.

 

Les comportements des banques, des traders, sont en effet présentés comme la cause de la crise. Pourtant, ces comportements ne sont que la conséquence de la réglementation. De même que la crise financière n'est pas une cause, mais également une conséquence de la crise, qui est en fait monétaire.

 

Le comportement des banques est en effet hyper-régulé. Elles doivent se conformer aux critères de Bâle. Ces critères doivent être utilisés pour déterminer si un titre, ou un crédit, sont risqués. Plus le risque, selon les critères de Bâle, est grand, plus la banque doit avoir de capitaux propres. Et plus elle doit avoir de capitaux propres, plus sa rentabilité baisse.

 

Ces critères sont appliqués pour mesurer le risque des crédits accordés par les banques, et pour mesurer le risque des émissions obligataires, comme les fameux titres subprime, appelés aujourd'hui toxiques. Pour les émissions obligataires, le risque est déterminé par les fameuses agences de notations. Le fait que ces agences soient payées par celui qui « fabrique » les obligations mises sur le marché a été critiqué. Mais c'est la réglementation qui l'impose.

 

De nombreux organismes se sont calés sur la réglementation de Bâle, et n'achètent que des titres notés AAA selon ces critères. Ce sont, par exemple, des fonds de pension. Nous sommes donc dans une situation où les mécanismes du marché sont annihilés. La décision d'acheter un titre dépend de son rendement, certes, mais aussi de sa notation, appréciée selon les critères de Bâle.

 

Par conséquent, le boulot d'un vendeur de titres, comme fabulous fab, c'est de confectionner des titres conformes aux critères imposés par la réglementation. Peu importe ce qu'il pense. S'il considère que d'autres titres, offrant les mêmes rendements, sont moins risqués que ceux jugés sans risque selon les critères de Bâle, il ne peut pas les vendre. Son acheteur lui rétorquera que la réglementation considère que ces titres sont risqués. Il peut proposer d'autres titres, conformes à la réglementation, mais qui seront refusés car ils offriront un rendement moindre que les subprime.

 

Dans cette situation, comment juger quelqu'un qui a vendu des titres considérés comme sans risque par la réglementation, mais risqués selon lui ? D'un point de vue moral, il y a une réponse. Mais d'un point de vue légal, sachant que seul ce point de vue importe selon la loi ? Ne faudrait-il pas plutôt juger ceux qui ont établi la réglementation ?

 

Il a été dit que l’ingénierie financière a évolué plus vite que la réglementation, et que c'était la cause de la crise. Ce qui est faux. D'abord, il ne faut pas prendre les régulateurs pour des idiots. Une visite sur le site de la Banque des Règlements Internationaux suffit à montrer l'étendue de la réglementation. La vérité est que les titres subprime étaient adossés à l'immobilier. Or, l'immobilier était considéré comme peu risqué par les critères de Bâle. Ce n'est donc pas un hasard si ce sont ces titres qui se sont développés, et non, par exemple, des titres liés au crédit automobile. C'est un effet de la réglementation.

 

Le comportement de la finance était donc conditionné par la réglementation, et par conséquent les acteurs du monde de la finance ne sont pas à blâmer, mais c'est la réglementation qui l'est. Cette réglementation financière pourrait être jugée comme cause de la crise, sauf que ce serait s'attaquer à une partie d'un tout. En effet, la crise n'est pas financière, elle est monétaire.

 

Il est frappant de constater qu'on nous assène que la finance est responsable de la crise, sans jamais nous décrire l'enchaînement d'événement qui explique cette causalité. La raison en est simple : la finance n'est pas responsable de la crise.

 

La crise provient de la relance par le crédit. La Fed a maintenu les taux d'intérêt bas très longtemps, ce qui a encouragé le crédit. Le gouvernement fédéral US a encouragé le crédit hypothécaire, à travers les agences Fanny Mae et Freddy Mac. Ces agences rachètent le crédit hypothécaire. Le gouvernement fédérale leur a permis de racheter des crédits peu solvables. Ce qui a encouragé le crédit hypothécaire.

 

Le crédit hypothécaire a provoqué un boom de l'immobilier, et de la construction. L'emploi dans la construction a augmenté. Ce qui a provoqué une hausse de la consommation, et donc de la croissance.

 

Aux USA, quand la valeur du bien immobilier augmente, on peut contracter un nouvel emprunt hypothécaire, garanti par l'augmentation de la valeur du bien. Ce qu'on a appelé l'effet richesse : l'augmentation de la valeur du patrimoine permet l'augmentation du crédit garanti par ce patrimoine, et permet la croissance économique. Dans la première décennie des année 2000,tout le monde louait cet effet richesse. Il était reproché à l'Europe de ne pas en profiter assez, du fait de sa législation.

 

L'effet richesse a joué à plein. Mais l'inverse également. Les prix de l'immobilier ont stagné, ce qui a interrompu la hausse de la consommation, puisqu'elle ne pouvait plus être soutenue par de nouveaux crédits. La construction a marqué le pas, également. Les prêts hypothécaires comportaient des clauses selon lesquelles les remboursements étaient faibles les premières années, puis augmentaient. Ce qui a entraîné des défauts de paiements. Enfin, la Fed, inquiète de la création monétaire qu'elle a provoquée, augmente les taux d'intérêt. Comme beaucoup de prêts hypothécaires sont à taux variables, cela rend encore plus difficiles les remboursements.

 

La crise provient donc de la politique monétaire des USA. La crise financière est une conséquence de la crise économique. Quand l'immobilier s'est effondré le fameux effet richesse s'est inversé. Et les crédits subprime n'étaient plus garantis par la valeur des maisons. Les titres adossés aux subprime, noté AAA, devenaient subitement risqués. Les banques qui avaient acheté ces titres, notés sans risque, se sont soudain retrouvées en difficultés.

 

Par conséquent, si procès il devait y avoir, ce serait celui des régulateurs, qui ont provoqué la crise. Ce serait celui de la relance, puisque que c'est pour relancer l'économie que le crédit a été encouragé.

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Les emprunts toxiques

22 Juillet 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Revue du web

 

Les collectivités territoriales qui ont contracté des emprunts structurés, qu'elles qualifient de toxiques, mettent les banques en accusation. Cependant, voici ce qu'on peut lire dans le quotidien L'Opinion de ce 22 juillet, dans un article de Raphaël Legendre :

 

«Au milieu des années 2000, les élus locaux venaient nous expliquer que notre gestion de la dette française était complètement ¨ has been ¨ » se rappelle un ancien membre de l'Agence France Trésor. « Ces mêmes élus qui aujourd'hui crient au scandale ont tous signé les propositions des banques, alors que nous les avions prévenus que ces prêts structurés étaient potentiellement dangereux », se rappelle cette source.

 

Les politiciens aiment donner des leçons, et prétendre défendre l'intérêt général. La vérité, c'est que, conformément à ce que décrit l'école du choix public, ils défendent leurs intérêts, et leur politique n'est que de court terme, l'horizon des prochaines élections.

 

Les prêts structurés sont des prêts spéculatifs, dans le sens où on fait un pari sur l'avenir. Par exemple, on parie sur la stabilité de la parité entre le franc suisse et l'euro, et donc on fait dépendre le taux d'intérêt de l'emprunt de cette parité. Il y a de multiples formules, plus ou moins complexes. C'est donc de la spéculation.

 

Cet article de L'Opinion montre que les collectivités, qui accusent les banques aujourd'hui, étaient apparemment prévenues.

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L'Etat de la science économique aujourd'hui

19 Juillet 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

     Dans un précédent article, L'économie qu'est que c'est ? , je m'interrogeais sur la qualité de science de cette discipline. En effet, avec la même méthodologie, les économistes parviennent à des résultats différents, essentiellement en raison des hypothèses de départ. L'économie aujourd'hui est dominée par la macro-économie, la micro-économie devant donner des éléments pour nourrir les modèles macro (voir aussi Microéconomie et macroéconomie ).

 

     Le quotidien Les Echos a consacré le 26 juin 2013 une page entière à un article de Jean-Marc Vittori consacré à Olivier Blanchard, le numéro 2 du FMI, et surtout un économiste largement reconnu. Ce dernier s'interroge également sur l'état de la science économique. Sur la macroéconomie plus spécifiquement. En effet, en 2008, il avait écrit que l'état de la macro était « bon », la science ayant atteint un bon niveau, et surpassé la crise du keynésiannisme des années 1970. Un moment maladroit pour une telle affirmation, veille de la crise.

 

     Ce qui amène Olivier Blanchard à s'interroger. Notamment sur la manière d'intégrer les données issues de la microéconomie dans les modèles macroéconomiques.

 

    L'intérêt de l'article est d'illustrer assez bien les méthodes de la macroéconomie et ses interrogations actuelles. Cependant, il montre aussi qu'Olivier Blanchard n'a pas de gros doutes. En effet, il ne remet pas en cause son approche. Il ne remet pas en cause la macroéconomie. Pourtant, cette approche ne repose sur aucun argument scientifique. Plus globalement, il ne s'interroge pas sur la science économique. Or, il y a matière à le faire.

 

     Blanchard défend la macroéconomie. La macroéconomie consiste à agir sur des agrégats pour provoquer la croissance. Elle agit notamment sur le crédit, par la politique monétaire. Elle étudie donc des données chiffrées, pour réaliser des modèles mathématiques. Elle utilise notamment les données de la microéconomie, qui, aujourd'hui, sert de recueil de données au niveau du terrain, c'est-à-dire des agents économiques, pour la macroéconomie. On se référera aux articles L'économie qu'est que c'est ? et Microéconomie et macroéconomie cités plus haut pour plus de détails.

 

     La macroéconomie moderne est l'héritière de John Maynard Keynes, qui a remis la discipline au goût du jour. Cependant, la méthodologie remonte à William Stanley Jevons, Léon Walras, et à Alfred Marshall, John Maynard Keynes étant élogieux à l'égard de ce dernier. Même si Jevons, Walras et Marshall appartiennent au courant néoclassique, et non aux macroéconomistes keynésiens, c'est leur manière d'envisager l'économie qui a abouti à la macroéconomie actuelle. Les concepts de Keynes ayant été mathématisés en reprenant les méthodes néoclassiques, donnant le courant de la synthèse.

 

      L'idée de Jevons, reprise par Alfred Marshall, est que l'économie comportant des données chiffrées, il faut étudier de façon mathématique ces données chiffrées. Cette idée correspond à une rupture dans la science économique. Depuis Smith, l'économie était une science humaine. Elle recherchait l'origine de la valeur par exemple. D'abord recherchée dans le travail, trois auteurs conceptualisent l'idée de valeur marginale (l'historique a été développé précédemment dans L'économie qu'est que c'est ? ). La valeur est considérée comme subjective, car chaque individu accorde une valeur spécifique à un produit, ou un service, en fonction de la nature du produit, et de son abondance ou de sa rareté. Que trois auteurs définissent indépendamment d'une façon semblable le concept de valeur montre qu'il y a une part de références communes dans leurs réflexions.

 

      Un de ces auteurs, Carl Menger, va continuer d'envisager l'économie comme une science humaine. Il est considéré comme le fondateur de l'école autrichienne. Les deux autres, William Stanley Jevons et Léon Walras, vont la mathématiser. Alfred Marshall se situe dans la lignée de l'école de Cambridge, de Jevons.

 

      Ce n'est pas tant la mathématisation que l'objet d'étude qui est important. Avec Jevons, puis Marshall (Walras également mais je m'intéresse ici surtout à l'influence de Marshall, que Keynes tient comme une référence importante), puisqu'en économie il y a des données mesurables, ce sont ces données qu'il faut étudier.

 

      Marshall est conscient que l'économie n'est pas comme l'astronomie. En observant les astres, il est possible d'établir le fonctionnement de différentes forces de l'univers. Et ainsi de prévoir le mouvement de chaque astre, car les objets non vivants obéissent aux mêmes forces. Par contre, en économie, chacun à ses désirs propres. Cependant, Marshall considère que si un prix est déterminé par un grand nombre de transactions, pour un produit, ce prix est la mesure du désir pour ce produit. Ce qui ouvre la voie à la méthode qui sera celle de la macroéconomie : étudier de grands agrégats, au besoin faire appel à un niveau inférieur, ce que deviendra la microéconomie, mais toujours par des études statistiques, et en tirer des modélisations de l'économie.

 

    Sauf que cette méthode n'a pas démontré scientifiquement sa viabilité. Le raisonnement d'Alfred Marshall déjà est faux. Le prix n'est pas la mesure d'un désir pour un bien ou un service. C'est le résultat d'un échange. Les désirs qui doivent s'adapter au réel. Je voudrais bien le dernier smartphone, mais pas au prix où il coûte. Son prix ne reflète pas mon désir, ou l'utilité que j'attache à ce produit. Marshall se place en fait en dehors du phénomène principal, l'échange. Pour la raison qu'il ne considère que ce qui est mesurable.

 

      Il y a aussi une contradiction entre la théorie de la valeur et le fait de considérer qu'un prix uniforme peut être la mesure du désir de chacun. C'est passer du subjectif vers l'objectif. Une objectivisation de la notion de valeur, comme le souligne Jesùs Huerta De Soto dans L'économie Autrichienne.

 

     L'expérience montre par ailleurs que la méthode statistique, l'économétrie, permet d'expliquer le passé, et permet des prévisions, mais est incapable de prévoir les chocs et les grands changements. Ce qui est tout à fait logique, car elle est basée sur les données du passé, forcément. La méthode économétrique appliquée à l'économie fait penser à l'historicisme, avec lequel Marshall semble avoir quelque affinité dans ses Principes d'économie politique.

 

       Enfin, Ludwig von Mises, dans L'action Humaine, écrit que chacun peut trouver ce qu'il veut dans des statistiques. Ce qui est la première chose que nous apprennent les cours de statistiques d'ailleurs : la statistique est un construit. On n'y trouve que ce qu'on y cherche.

 

      Par conséquent, il n'est pas démontré que l'économie peut être basée sur l'étude, forcément statistiques, de données. Même les données microéconomique sont statistiques. Cette méthode confine même à l'historicisme, et ne peut que décrire le passé.

 

      Soulignons qu'il ne s'agit pas ici de dénigrer les mathématiques. Les mathématiques ne sont qu'un outil. Il y a là une mauvaise utilisation des mathématiques. Mais peut-être y en a t-il de meilleure. N'étant pas mathématicien, et même si je suis dans la ligne de l'école autrichienne, je ne rejette pas les mathématiques pour le moment. Par exemple, le principe de maximisation de l'utilité, si on considère que l'utilité est subjective, est une bonne mathématisation du comportement économique. Cela ne fait pas avancer la réflexion, à mon avis, mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas une théorie qui a fait avancer les choses. Je pense en particulier à la théorie des jeux, que je ne connais pas suffisamment. Par contre, déclarer que l'étude statistiques des données mesurables doit être le mode de fonctionnement de la science économique, c'est une mauvaise mathématisation.

 

      Un autre aspect peu scientifique de la macroéconomie est son objet. Elle s'est développée dans le sillage de Keynes (qui n'était pas forcément d'accord avec cette mathématisation et cette systématisation de ses théories). Le but était de déterminer comment relancer au mieux l'économie par les grands agrégats, dépenses publiques, taux d'intérêt, masse monétaire, réglementation. Ce qui signifie que la macroéconomie était orientée. Ce qui n'est pas conforme à la rigueur scientifique. Une macroéconomie dissidente, dite classique, s'est par la suite développée, avec notamment Milton Friedman, et Robert E. Lucas. Mais elle n'a pu que constater l'échec de l'interventionnisme, sans proposer d'explication aux évolutions de l'économie. Robert E. Lucas s'en réfère à des chocs externes pour expliquer les cycles économiques par exemple.

 

      L'échec de la macroéconomie, qui est l'approche dominante aujourd'hui, tandis que la microéconomie n'est qu'un outil pour la macro, s'explique par l'absence de fondement scientifique dans son approche. Appréhender l'économie uniquement par les données chiffrées des statistiques n'est pas une méthode dont la viabilité scientifique est démontrée. Et le postulat de base que les autorités ont le pouvoir de contrôler l'économie, parce que c'est un postulat, n'est pas scientifique non plus.

 

      Le contraste avec l'école autrichienne permet de mieux comprendre l'absence de fondement scientifique de la macroéconomie actuelle. L'école autrichienne se fonde sur le subjectivisme. Comme Jevons et Walras, Carl Menger a considéré que la valeur était subjective. Cependant, alors que les deux autres courant du marginalismes s'éloignaient de ce concept, pour lui préférer l'étude des données mesurables, Carl Menger a adopté une logique plus rigoureuse. Puisque la valeur est subjective, l'économie doit en tenir compte. Ce qui s'appelle le subjectivisme.

 

      A la suite de Carl Menger, Ludwig Von Mises, dans L'Action Humaine, a défini le champ de l'économie. L'économie est englobée dans la science de l'action humaine, que Mises nomme praxéologie, et elle est plus précisément la catallaxie, c'est-à-dire la science des échanges mutuels. On remarquera que l'école autrichienne se place au niveau de l'échange, justement laissé de côté par Marshall, qui n'en considère que les effets.

 

      L'école autrichienne apporte une explication à la crise actuelle, avec sa théorie du malinvestissement. La stimulation monétaire entraîne de mauvais investissements ce qui finit par provoquer une crise. Ce qui a permis à Jesùs Huerta De Soto, dans Monnaie, crédit bancaire, et cycles économiques, de prédire la crise actuelle.

 

      La comparaison entre la macroéconomie et l'école autrichienne permet de mettre en exergue des débats qui n'ont jamais été tranchés en économie. Or, c'est l'objet d'étude même qui n'est pas tranché. D'un côté, la macroéconomie, dont la pertinence scientifique de sa méthode scientifique n'a jamais été démontrée. De l'autre, l'école autrichienne, plus rigoureuse scientifiquement, mais minoritaire. Du côté de la macroéconomie, le postulat d'origine que les autorités, gouvernement, banque centrale, contrôlent l'économie en agissant sur les grands flux, les taux d'intérêt, le crédit, la masse monétaire, le budget de l'Etat. Du côté de l'école autrichienne, une approche économique plus neutre. Mais l'école autrichienne est double. C'est aussi une école philosophique qui défend la liberté. Un combat fort louable, chacun en conviendra, et que je soutiens. Cette défense de la liberté a des liens avec l'économie. En effet, puisque la valeur est subjective, le marché, ou la catallaxie, est une recherche permanente de compromis entre les aspirations de chacun. Cependant, la méthodologie n'est pas celle de l'économie. Ainsi, Murray Rothbard pose la liberté comme droit imprescriptible. L'Etat est un instrument de coercition. Donc, l'Etat n'a pas le droit d'être. Raisonnement logique, mais non économique.

 

      Les questions politiques sont tellement liées à l'économie qu'elles semblent empêcher l'émergence d'une science économique " pure ". La macroéconomie a imposé l'Etat, au sens large, en comprenant la banque centrale, comme organisateur de l'économie. Et ceci sans justification rationnelle. Face à la montée des totalitarismes socialistes, que ce soit le marxisme ou le national-socialisme, les autrichiens, de culture germanique donc, comme Karl Marx et Adolf Hitler, s'inquiètent de la montée de ces totalitarismes, sujet qui les touche de près. Le débat a donc pris une tournure politique entre plus ou moins d'Etat. De même, la nouvelle macroéconomie classique prône l'inefficacité des politiques publiques, mais sans proposer une explication de la dynamique de l'économie, car elle reste dans le carcan de la macroéconomie. La majorité des politiciens, par intérêt, de même que les économistes financés par les Etats, prônent eux plus d'Etat.

 

      Que nous sommes loin des interrogations, finalement très étriquées, d'Olivier Blanchard. Les débats éthiques, plus ou moins de liberté, se mélangeant aux débats économiques, les considérations sur les fondements de l'économie. Et l'intérêt des politiciens pousse à plus d'Etat, comme celui des économistes financés sur fonds publiques. Telle est l'économie aujourd'hui. Un beau capharnaüm finalement. Et Olivier Blanchard n'en a qu'une vue très, très, très étriquée.

 

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