Analyse Libérale

Stiglitz et le paradigme néoclassique

8 Septembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

      Dans une tribune du Financial Times du vendredi 20 août 2010, Joseph Stiglitz déclare que les économistes doivent changer de paradigme. En effet, c'est parce que le patron de la Reserve Federal croyait en l'infaillibilité des marchés qu'il y a eu une crise économique, selon Stiglitz.

 

      Est-ce à dire que Stiglitz veut l'abandon de l'économie de marché? Non, il n'écrit pas ça. Il ne prône rien de particulier, citant juste des prolongements de la théorie néoclassique qu'il critique, comme les études sur l'asymétrie de l'information, ou les imperfections des marchés. Mais tout ce qu'il cite reste dans la doctrine du paradigme de l'économie de marché.

 

      Stiglitz fait également l'erreur habituelle des mauvais économistes, qui considèrent que les modèlent néoclassiques décrivent la réalité. Alors que ce ne sont que des modèles qui décrivent le fonctionnement d'un marché sous certaines conditions restrictives. Le but est d'atteindre ce fonctionnement dans la réalité, sachant que ce ne sera jamais parfait.

 

      Enfin, ce n'est pas parce que Greenspan affichait sa foi dans les marchés qu'il suivait les principes de l'économie de marché. Greenspan a manipulé les taux d'intérêt pour relancer l'économie américaine, et n'a pas contredit la politique d'assouplissement du crédit hypothécaire menée par Clinton et Bush. Alors qu'il le pouvait.

 

     La crise ne provient pas des marchés, mais de l'action du gouvernement américain et de Greenspan.

 

     Mieux, on peut même dire que la théorie néoclassique sort renforcée de la crise. En effet, la théorie néoclassique est associée à la théorie quantitative de la monnaie.

 

      Selon cette théorie, l'augmentation artificielle de la masse monétaire, c'est-à-dire, par exemple, l'augmentation du crédit encouragée par la banque centrale, entraîne une augmentation des prix.

 

      Or, c'est ce qui s'est produit: une augmentation du crédit immobilier, qui a entraîné une inflation des prix du secteur.

 

      La théorie néoclassique met aussi en garde contre l'interventionnisme monétaire. Or, la crise provient de l'interventionnisme monétaire.

 

     Ce n'est pas le paradigme économique qu'il faut changer. Il faudrait que les conseillers des princes connaissent mieux l'économie, et refusent les manipulations monétaires, ou budgétaires, qui produisent des effets à court terme, mais plongent ensuite les pays dans la crise.

 

      Bien sûr, les responsables ne sont pas ceux qui souffrent de la crises. Et ils trouvent toujours des boucs émissaires. Aujour'hui, on accuse l'économie de marché; alors que c'est un interventionnisme à mauvais escient qui est responsable de la crise.

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10/09/2010 08:49


Mauvais escient, mauvais escient, reste à voir !
Non pas que j'aurai une opinion contraire à ce que tu écris, bien au contraire : j'adhère.

Mais il faut aussi rester pragmatique :
1 - Une banque centrale n'a pas à contrarier le pouvoir politique et ses décisions, puisqu'elle est le bras financier du pays, au service d'élus politiques dudit pays.
Le faire, contrarier le pouvoir politique et tôt ou tard, le "bras financier" sera soumis à celui-là, celui-ci perdant alors sa façade d'indépendance et donc son rôle dans la vie d'un pays.
2 - Qu'aurions-nous fait à la place de Greenspan ?
Vraisemblablement la même chose que lui...

Les USA sont comme ça, mais en Europe, ça reste différent : si les uns sont une vraie fédération, avec une unité nationale "forte", l'Europe reste une vraie confédération : il faut au moins 14 pays
et Etats convergeant leurs politiques économiques pour en imposer à la BCE.
Heureusement, nous avons pu aussi découvrir qu'avec seulement quelques-uns et le "bon sens", la BCE n'a pas fait crouler les grecs, et c'est plutôt un bon signe de cohésion monétaire.
Tant mieux.

Maintenant, je me suis fait confirmé, par mes correspondants grecs vivant sur place, que l'économie en Grèce se porte plutôt bien.
Pas de crise monétaire, juste des mécomptes dans la finance publique.
Mais eux analyses que ce n'est pas pire qu'en France, largement plus endettée "en masse" et à peu près équivalent rapporté par tête d'habitant.
Rien à voir avec ce qu'on rapporte dans la presse occidentale : il y a de l'argent partout, des grosses voitures, des villas somptueuses, un train de vie flamboyant (hors Athènes qui reste une
ville "appauvrie" ; d'où les grèves qui ne concernent finalement que les dindons de la farce, à savoir une haute densité de fonctionnaires qui n'ont pas tous accès à "un deuxième boulot") !

Mais ils reconnaissent volontiers que le poids des impositions est telle, que de toute façon l'économie "souterraine" (et parfaitement officielle depuis au moins la dictature des colonels) est
vraisemblablement du double au triple supérieure à celle de la France.
Ce qui raréfie les recettes fiscales et rend impossible toute réforme en profondeur.

Malins, ils me disent que c'est un peu moins fort en Italie, que l'Espagne va y basculer plus promptement et que la France y viendra nécessairement, là encore, "tôt ou tard".

De toute ça, les théories économiques n'en tiennent bien évidemment jamais compte (puisque ça n'existe pas).