Analyse Libérale

Stauss-Kahn et les reproches faits à l'Europe.

28 Novembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

        Selon Les Echos du 22/11/2010, Dominique Strauss-Kahn, le Président du FMI, regrette

 

le manque de vision commune des Européens. Il considère que les institutions de la zone n'ont

 

pas été à la hauteur pour gérer la crise.

 

      Il souhaite un marché unique de l'emploi, ce qui signifie créer un véritable champ d'action européen en matière de taxation des revenus du travail, des systèmes de sécurité sociale, et de législation sur le chômage. Plus de centralisation donc.

 

      DSK considère que les déficits des comptes courants de certains pays doivent être réduits, tandis que d'autres, comme l'Allemagne, devraient tirer plus leur croissance de la demande intérieure.

 

      Enfin, DSK voudrait qu'une autorité budgétaire européenne indépendante établisse pour chaque pays sa politique budgétaire et alloue des ressources à partir d'un budget central. Cette autorité devrait être indépendante du Conseil européen même.

 

      Cet article est un bon condensé des reproches faits à l'Europe, et des solutions que les critiques veulent y apporter. Il reflète aussi une conception de l'économie qui reste dominante chez beaucoup de politiciens, et d'économistes par ailleurs. En même temps, c'est une conception anti-Etat de l'Europe.

 

Les reproches faits à l'Europe

      Ces critiques considèrent que la politique économique européenne n'est pas assez coordonnée. Il faudrait donc une gouvernance qui permette une plus grande harmonisation. Qui impose une politique économique commune à tous les pays en fait.

 

      Pourtant, l'Europe est déjà très intégrée. Par exemple, la législation régissant la principale recette fiscale française est entièrement européenne, ou presque: il s'agit de la TVA. Par ailleurs, beaucoup de notre législation et de nos règlements viennent de l'Europe. Ne l'oublions pas.

 

      Ensuite, face à la crise, soulignons aussi la situation historique que nous vivons: les européens se parlent! En d'autre temps, ils auraient d'abord fait la guerre. N'oublions pas de rappeler que l'Europe a été construite pour la paix. Elle remplit ce rôle aujourd'hui.

 

      Les pays ont également su coopérer pendant la crise. Ils ont eu des réponses similaires: laisser filer la dépense publique. Même l'Allemagne, quoiqu'on en dise. La prime à la casse en Allemagne a ainsi bien profité à Dacia, la filiale roumaine de Renault.

 

      L'Europe sait aussi prendre l'initiative, comme elle le fait avec l'Irlande. Ce pays ne voulait pas de plan d'aide. Mais ses banques étaient pourvues en liquidités par la banque centrale européenne, tandis qu'elles achetaient des obligations du gouvernement irlandais avec... l'argent du gouvernement qui avait servi à les recapitaliser, normalement pour soutenir l'activité. La situation devenait déstabilisante. L'Europe a réagi.

 

      On peut critiquer la méthode. On peut critiquer la politique menée. On peut vouloir plus d'intégration. Ou moins d'ailleurs. Mais il faut souligner ce qu'apporte l'Europe. Et, face à la crise, elle apporte de la coopération.

 

      Par ailleurs, on remarquera que la réponse à la crise a été remarquablement harmonisée en Europe. Tous les pays ont réagi en augmentant la dépense publique, en soutenant les banques, et beaucoup en soutenant le marché automobile. Et tous les pays sont aujourd'hui confrontés au problème de la dette. Dire qu'il n'y a pas de politique harmonisé est donc abusif.

 

     Enfin, une politique économique décidée à la tête de l'Europe serait-elle plus efficace? Imaginons que l'Europe ait favorisé la croissance par le crédit? Ce n'est pas une simple hypothèse. N'oublions pas que l'on déplorait l'insuffisance "d'effet richesse" en Europe, et que l'on vantait la politique de la banque centrale américaine. Donner un pouvoir économique à l'Europe est vu comme un contrepoids à la BCE, par ceux qui voudrait une relance monétaire. Or, on voit où a mené ce genre de politique.

 

      La question de savoir si l'hétérogénéité des pays européens est un inconvénient n'est pas si évidente.

 

La conception dominante de l'économie

      La conception de l'économie selon Strauss-Kanh, qui se reflète dans l'article des Echos, qui est aussi la conception encore largement dominante, s'apparente à un système que l'on peut contrôler, et piloter, à partir d'une salle des opérations, un peu comme une centrale hydro-électrique.

 

      Il suffit d'augmenter le débit pour relancer la centrale, par la dépense publique, ou en baissant les taux d'intérêt. Il suffit de baisser le temps de travail pour faire baisser le chômage. Il suffit de faire consommer plus aux Allemands pour résorber les déficits des balances courantes.

 

      Cette conception de l'économie provient de ce qu'on appelle la synthèse, qui mélange des conception keynésienne et néoclassique, pour construire un modèle économique mathématique. Ce courant cherchait par exemple comment faire des arbitrages entre inflation et croissance. En politique, cela se traduit par des déclarations selon lesquelles il faut réduire les déséquilibre.

 

      Seulement, comment faire consommer plus aux allemands? En augmentant le déficit budgétaire? Il est prévu entre 3 et 4% du PIB en 2010. Ce qui n'est pas mal. L'Allemagne a aussi pris, pendant la crise, des mesures de financement du chômage partiel, qui ont éviter une trop grosse perte de revenus pour les salariés. Elle a également largement soutenu le marché automobile.

 

      Forcer l'Allemagne à augmenter les salaires? C'est le pays où les salaires dépendent le plus de négociations entre partenaires sociaux. Cela signifie imposer une politique contraire à celle décidée librement par ces partenaires?

 

      Mais peut-on vraiment forcer un pays à consommer? L'Allemagne voit sa population vieillir, stagner, et même baisser. Ce qui n'est pas un facteur d'augmentation de la consommation.

 

      L'économie ne se contrôle pas comme une centrale électrique. D'ailleurs, c'est justement en voulant soutenir la croissance par le crédit que nous sommes entrés dans la crise actuelle. C'est le problème de ces théories qui imaginent qu'il suffit d'agir sur certaines données macro-économiques pour influer sur l'économie.

 

 

      Il ne suffit pas d'établir une autorité centrale pour tout harmoniser. L'économie est un système complexe.

 

Une conception anti-Etat de l'Europe

      Strauss-Kahn veut que le budget des Etat européens soient confié à une autorité indépendante. Et, surtout, indépendante du Conseil Européen, qui est l'institution européenne qui représente les Etats.

 

      Cette proposition apparait d'abord ultra technocratique et anti-démocratique. Le budget est du ressort des représentants du peuple, pas d'une autorité indépendante.

 

      L'article ne précise pas comment serait décidé le budget. On peut penser que Strauss-Kahn prévoit quand même un processus démocratique. Mais dans lequel les Etats n'interviendrait donc pas.

 

       Vouloir retirer le pouvoir budgétaire des Etats est illusoire. Ainsi, en 2003, la France et l'Allemagne, menacée de sanction pour déficit excessif, ont tout simplement provoqué un assouplissement du pacte de stabilité est de croissance.

 

      On peut le regretter, le critiquer, mais, en Europe, le pouvoir, la légitimité du pouvoir, est entre les mains des Etats. C'est un fait, c'est historique. Pour le moment, qu'on soit pour ou contre, il faut faire avec.

 

      Par ailleurs, pourquoi vouloir faire une Europe sans Etats? Il est courant en France de présenter le fédéralisme comme une Europe supranationale. Or, un Etat fédéral est justement composés d'Etats. Et ces Etats ont une grande autonomie, et influent sur les décsion du gouvernement fédéral.

 

      Ainsi, aux USA, toutes les lois doivent être votée par le Sénat, qui rassemble les représentants des Etats fédérés. Chaque Etat a deux représentants, quel que soit sa superficie et sa population.

 

      Les Etats fédérés américains ont par ailleurs des pouvoir étendu, en matière fiscale notamment. en matière de droit des affaires aussi.

 

      En Allemagne, le Bundesrat a également un rôle important, de même que les Lander.

 

      Mais le pouvoir des Etats dérange en Europe. Ou, plutôt, en France. Nous avons une culture jacobine, et ne savons pas envisager une fédération qui laisse du pouvoir aux Etats.

 

      Et peut-être aussi que nos "élites", formée à la centralisation, ont-elles du mal à envisager une union qui laisse du pouvoir aux Etats.

 

Conclusion

      L'harmonisation en Europe est déjà très poussée. Et la réaction à la crise a été semblable dans tous les pays. On peut vouloir plus d'intégration, cela fait partie du débat.

 

      Mais, ce que veut Strauss-Kahn, c'est une centralisation qui n'existe ni en Allemagne, ni aux USA. C'est l'idée que Big Brother peut, en agissant sur des agrégats macroéconomique, contrôler l'économie comme on contrôle une centrale électrique.

 

 

 

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benichou 28/11/2010 16:43



Strauss Khan, c'est attlia: partout où il passe avec le FMI, le social ne repousse plus.