Analyse Libérale

Remise en cause du modèle social-démocrate

30 Avril 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

  

     En France, les media traitent finalement assez peu de la politique étrangère. Les exemples étrangers sont peu connus. Pourtant, ils seraient riches d'enseignements. Comme celui de la Suède. C'est un pays symbole de l'Etat providence qui s'est profondément réformé. Ce qui signifie que la sociale-démocratie se pose des questions. Et la Suède n'est pas le seul pays européen dans ce cas;

 

    La Suède a connu une grave crise économique au début des années 1990. Pourtant, le pays menait toutes les politiques préconisées pour relancer la croissance. Le déficit budgétaire a dépassé les 10 % du PIB, les dépenses publiques étaient proche de 70 % du PIB. Une crise financière sévissait également, provoqué par un assouplissement des possibilités de crédit afin de relancer l'économie. Toutes les recettes néo-keynésiennes et apparentées.

 

     Depuis, le pays mène une politique de rigueur très stricte. La politique budgétaire est définie sur trois ans, avec un plafond de dépense à ne pas dépasser. S'il y a trop de dépenses une année, il faut faire des économies une autre. La dépense publique est redescendue à 53 % du PIB. Le système de retraite a été totalement refondu. Les retraites dépendent, entre autre, de l'espérance de vie, et de la croissance. Une part de capitalisation a été introduite. Par ailleurs, de nombreux services ont été privatisés : la poste, les transports ferroviaires par exemple. Même le système scolaire privé est développé, par le système inspiré des vouchers de Milton Friedman : les parents ont le choix de l'école, à qui est attribué un financement pour chaque élève. La Suède a d'autre part supprimé la taxe sur les transactions financières qu'elle avait instaurée. Elle a ainsi abordé la crise en situation d'équilibre budgétaire, et pense le rétablir bientôt.

 

     L'évolution de la Suède pose la question du rôle de l'Etat dans l'économie, et de l'interventionnisme en général. Peut-il vraiment stimuler l'activité, par l'expansion du crédit ou la dépense publique ? Y a-t-il un niveau d'interventionnisme qu'il ne faut pas dépasser ? L'idée que la rigueur budgétaire est mauvaise pour la croissance est aussi remise en cause, puisque l'économie suédoise s'est rétablie après ce traitement. Elle est même ressortie plus rapidement de la crise financière.

 

     Cette évolution amène par ricochet des interrogations sur la sociale-démocratie, dont la Suède est un symbole. Les économies socialistes se sont effondrées dans le sillage du Mur de Berlin. Avec la Suède, c'est au tour de la social-démocratie d'être forcée d'évoluer. Jusqu'à quel point devra-t-elle être remise en question?

 

     L'Allemagne, un autre symbole de la sociale-démocratie, avec notamment la cogestion, a également évolué. Par exemple, les caisse d'assurance maladie ont été mises en concurrence. Le Royaume Uni, durant la seconde partie du mandat de Tony Blair, et avec Gordon Brown, était reparti dans une spirale de dépenses. Le Royaume Uni étant un symbole de socialisme, avant Margaret Thatcher. Ce pays dispose toujours d'un système de santé étatisé, financé par l'impôt, et dispense une aide social importante. David Cameron a été élu en promettant d'inverser le mouvement, avec un projet de Big Society, qui est une vaste réforme du système social.

 

     Ce sont les pays qui ont été le plus loin dans la sociale-démocratie ou le socialisme qui se réforment. Le Royaume Uni avait ouvert le bal de la première vague. Il avait reculé. Mais, acculé, il se réforme plus profondément. L'Allemagne et la Suède, deux symboles, se sont également réformés, plus tard, lors d'une sorte de deuxième vague. Il s'agit donc d'une remise en question généralisée du modèle de l'Etat providence. Sans que les objectifs de protection sociale soient abandonnés. C'est le pouvoir de l'Etat dans la conduite de l'économie, et dans la gestion des services publics, qui est remise en question dans ces trois pays.

 

     Le monde vit aujourd'hui plusieurs crises conjuguées. Des crises provoquées par un encouragement au crédit aux USA, au Royaume Uni, en Espagne. Une crise de l'endettement, en France, en Grèce. L'échec du keynésianisme, l'échec de la régulation financière, notamment des accords de Bâle, en vigueur depuis 1988. Des crises qui poussent les Etats pragmatiques à remettre en question la pensée dominante depuis l'après guerre. Cela afin d'atteindre les mêmes objectifs : la croissance et le progrès social.

 

(Sur la Suède, voir aussi L'évolution économique de la Suède)

 

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mamalilou 10/05/2012 20:00


le juste milieu


revenons au centre, toujours, en tout...


croissance, mondialisation, couverture santé... c'est pas tout ou rien


c'est plus de mondialisation sur certains points, moins sur d'autres


de la croissance là, mais surtout pas ici


et couvrir les impondérables, sensibiliser et éduquer au reste


prévenir plutôt que guérir,


car la liberté sans contrainte mène à ces excès que nous ne savons plus juguler


vite, ça urge!


il urge d'apprendre nous hâter lentement...


si si, ça n'a pas l'air comme ça, mais ce développement ésotérico-philosophique s'applique à l'économie


en évitant sagement l'économisme...


et bravo Bayrou au passage pour son intervention intelligente, sage, pédagogique et ambitieuse du jour

I-Cube 02/05/2012 16:54


Oui très différente : Ce sont des "hértiques huguenots".


Ils n'ont pas le même rapport avec l'argent que dans les pays "papistes".


 


Quant au "social", mon "Ami-futur-prix-Nobel-d'économie", sache que tout le monde en cause mais assez peu savent de quoi il retourne vraiment.


J'ai certes un "travers" congénital : Le social - j'ai été éduqué comme ça - c'est de ne pas supporter que la misère traîne sur "mon" trottoir !


Alors comme je la vois tous les jours, un jour on m'a proposé de "redresser" un centre social. Je le fais bien "dans le civil" moyennant rétribution quand ill s'agit d'entreprises en difficulté,
pourquoi pas bénévolement pour un "centre social" ?


D'autant que n'y connaissant rien, c'était une façon d'apprendre comment ça marche.


Bé j'ai pas été déçu pour avoir embaucher une directrice "travailleur-sociale" issue de la fonction publique territoriale qui voulait monter "à la Kapitale" et je lui ai donné carte-blanche dans
un quartier plutôt "rupin"...


Et depuis, elle décoiffe avec des "bouts de ficelle" a rameuter toute la misère de chez les bourges et à faire la fête "tout-zouké" générations et milieux sociaux qu'elle va en devenir une
référence absolue avant de s'attaquer aux quartiers "politique de la ville" (là où il y a de la subvention en veux-tu en voilà).


 


En bref, "le social", ça consiste à transformer des "bouffeurs d'aides individuelles" en "cotisants-sociaux", à leur donner envie de sortir de leur misère et leur faire croire que c'est à portée
de main.


Et ça marche : De l'argent qui rapporte bien plus à la collectivité que ça ne lui coûte quand c'est bien fait.


 


Et la petite-minette des ZUP de zones, elle est déjà adminiistratrice de la Fédération des centres socxiaux en moins de 20 mois et finira directrice générale ou Présidente d'ici un an.


En attendant, elle a l'écoute de tous les "politiques", de droâte comme de gôche (et du centre : c'est une PRG activiste) qui boivent ses paroles et lui mangent dans la main quand elle veut.


Et je t'assure qu'elle a mon soutien d'administrateur-bénévole : Les comptes sont aux 9/10ème redressé et normalement je passe à autre chose en 2013 mission de redressement accomplie.


 


Comme ça, j'aurai redressé un centre médical, une mutuelle étudiante et une organisation de réinsertion par la formation pesudo-syndicale et un centre social dans ma "courte"
carrière, il me manque plus qu'une "maison de vieux" et une assurance-complémentaire, j'aurai fait le tour du "social" !


 


Mais bon, quand j'en entends parler, du "social", et pas des "petites-bites", ils y a bien des kons qui devraient rester couchés, crois-moi !

Flamant rose 02/05/2012 15:38


Je comprends que vous vouliez vous en tenir à l'économie et éviter la politique politicienne. Mais François Hollande, lui, fait de la politique et compte tenu de la forte présence de Jean Luc
Mélenchon il est obligé de gauchir son discours, il lui faut toutes les voix des communistes, c'est normal, nous sommes en campagne électorale. S'il est élu il ne pourra rien prendre du
programme de Mélenchon. Quant à Jospin c'est tout de même lui qui, sous la Véme République a le plus privatisé. Pour ce qui est des 35 h, oui cela s'est fait sous Jospin, mais nous savons
tous que le père biologique des 35 heures c'est DSK et oui...Et entre nous, il est aussi le père biologique de l'idée de la TVA sociale en France ce que tout le monde semble oublier.
Pourtant, il n'a pas la réputation d'être un gauchiste, il en a, il est vrai, une autre...

Vladimir Vodarevski 02/05/2012 15:51



Le PS peut s'allier avec l'extrême gauche, sans que lui soit fait aucun reproche. Un parti social-démocrate refuse de s'allier à l'extrême gauche.


Mon opinion ne vient pas d'un refus de la politique. Mes grands-parents étaient polonais. J'ai vu ma famille envoyer des colis en Pologne. Et des rumeurs couraient sur le courrier : était-il lu
par les autorités communistes. Je suis donc anti-communistes, anti-nazi, anti-extrémiste.


Je suis européen aussi. Attentif à l'actualité européenne, dans la mesure du possible, malgré la pauvreté des media français en la matière.


Et je constate des différences majeures, que je viens d'évoquer, entre le ssocialistes français et les socio-démocrates européens. Ne serait-ce que l'acceptation officielle de l'économie de
marché.


En Allemagne, le parti social démocrate est gêné par les hériteirs du communisme. En France, le PS fréquente sans vergogne l'extrême gauche.



Flamant rose 02/05/2012 10:14


Le PS n'a jamais eu son congrés de Bad Godesberg, c'est vrai et c'est bien le paradoxe. Pourquoi ? tout simplement parce que la mue s'est faite sans congrés.


Il faut savoir que le "grand tournant" du premier septennat de François Mitterrand a eu lieu lors d'une conférénce de presse tenue par le président le 4 avril 1984 au pavillon
Gabriel à Paris lors de son retour d'une visite aux Etats-Unis et plus exactement de la Silicon Valley. Je passe les détails de cette visite au cours de laquelle, il a notamment rencontré un
tout jeune homme e 29 ans qui allait se faire un nom et un prénom: Steve Job.


C'est lors de cette conférence de presse que Mitterrand prône pour la France "une modernisation quasiment à marche forcée". Cette modernisation était demandée
depuis longtemps par la deuxième gauche de Michel Rocard qui a estimé que le PS venait de faire son "Bad Godesberg". C'est donc effectivement sans congrés, et sans la moindre
motion que le PS a opéré sa mue idéologique. Ce jour là, ce 4 avril 1984, François Mitterrand qui devait rompre avec le capitalisme a rompu avec le socialisme.


Pourquoi cette référence à Bad Godesberg ? Parce que lors du congrés du parti socialiste allemand qui se tenait à Bad Godesberg en 1959, il adopta un programme qui voulait que la libre
concurrence et la libre initiative de l'entrepreneur soient des éléments importants de la politique économique sociale-démocrate.  

Vladimir Vodarevski 02/05/2012 14:04



Mitterrand avait suffisamment de pouvoir pour imposer ses vues au PS. Et il n'était pas un idéologue.


Le PS, lui, a peu évolué. Aujourd'hui, Hoolande se permet de faire l'éloge de la culture communiste à Limoges. Un parti social-démocrate ne le ferait pas. Un parti social démocrate créerait un
cordon sanitaire autour de l'extrème gauche.


Jospin, en tant que Premier Ministre, n'a pas agi en social démocrate. Il a imposé les 35h, alors même que les allemands commençaient à en revenir, et, surtout, que les français n'en voulaient
pas. Les allemands ont mis en place la réduction du temps de travail par la négociation, de manière pragmatique, et avec des échappatoires. Les socialistes ont imposé la réduction du temps de
travail.


De même, cette police faussement appelée de proximité. C'est une police destinée à savoir tout sur ce qui se passe dans une zone géographique, qui fait du social, et qui coûte très cher. Alors
que les français ne demandait que plus d'efficacité. Jospin a fait fi de l'efficacité pour imposer une idéologie.


Alors même que sans rien faire, il aurait pu gagner les élection, grâce à la croissance mondiale, et au relatif assainissement des finances publiques par Juppé. Mais il a préféré l'idéologie.


Le PS français n'a jamais revendiqué la défense de l'économie de marché. Je ne dis pas que des élus PS ne sont pas socio-démocrates. Je dis que le PS maintient une ambiguïté, qui fait la force de
l'extrême gauche, et qu'il cherche toujours sa légitimité dans le socialisme, et non la sociale-démocratie. Au contraire du PS espagnole par exemple. Ou de la gauche italienne. A des années
lumières du PS allemand, dont ne fait plus partie Oskar Lafontaine, ou des socio-démocrate suédois.



Michel Martin 02/05/2012 10:10


La social démocratie ne peut réussir seule dans un seul pays. Aucun pays ne peut échapper à "l'ambiance" de dérégulation. Toto me semble être un de ceux qui a le mieux pris en compte cette donnée de situation dérégulée.


Question de fond: la biocapacité de la terre sera d'environ 1,3ha par habitant pour 8-9 milliards d'habitants. Les pays dits développés ont une empreinte écologique comprise entre 4 et
10ha/habitant. Est-ce que continuer à parler de croissance sur la base du PIB est raisonnable? De mon point de vue, il devient essentiel de découpler croissance quantitative (mesurée par le PIB)
et progrès, est-ce qu'on a le choix?


Je propose le PIBED comme indicateur d'activité un peu moins suicidaire que
le PIB.

Vladimir Vodarevski 02/05/2012 15:33



Le raisonnement qui amène à définir un nouvel indicateur synthétique est absurde. Il critique l'imperfection du PIB qui agrège des données très différentes. Mais il conclut qu'il faut un
indicateur encore plus compliqué!


Le PIB est un indicateur parmi d'autres. Arrêtons de vouloir créer un indicateur qui mesure ce qui est par essence subjectif. Il existe différents indicateurs, obéissant à différentes conceptions
de la société. Sachons les utiliser.


Tu es vraiment un ultra matérialiste. La production humaine est pourtant déjà essentiellement composée d'immatériel. même le prix d'un auto dépend de la valeur immatériel qui y est attachée. Il
n'y a pas de limitation physique à la croissance. Tout dépend de l'être humain, que tu refuses. Et, même d'un point de vue matérialiste, l'univers est si vaste! La Terre en a encore pour au moins
500 ans de ressources, largement de quoi se lancer dans la récolte de ressources spatiales. Cela fait 50 ans que le pic de production de pétrole devrait être atteint. Il est toujours reculé. Tu
devrais croire en l'être humain de temps en temps. Tu devrais croire en l'humanisme de temps en temps.



I-Cube 02/05/2012 08:33


Je suis absolumet d'accord à suivre l'exemple de la Suède...


Eux ont réussi là où nous nous avons échoué : C'est un constat.


 


Mais c'est aussi une autre culture, totalement différente de la nôtre.


On a encore bien des révolutions à faire dans la tête.

Vladimir Vodarevski 02/05/2012 15:37



Une autre culture, mouais.


Mais pourquoi autant d'ignorance? Tout le monde parle de social en France. Personne ne se soucie des expériences étrangères, de pays référents en la matière pourtant.



gilles benichou 01/05/2012 06:45


Ceci est une façon très insidieuse de faire de la politique sans le dire : Hollande est social démocrate donc "dangerreux" ( merci the economist !), et il va mener le pays à sa perte.


Désolé, ça ne marche pas.


La vraie faillite de la Social Démocratie Européenne est de s'être ralliée au néo libéralisme le plus débridé;

Vladimir Vodarevski 01/05/2012 11:22



 


 


Non, cet article n'a rien à voir avec l'élection présidentielle. Je rebondis sur un article paru ailleurs, c'est tout. La campagne actuelle est loin d'une réflexion de ce niveau. Ni Hollande, ni
Sarkozy ne font de propositions quant au périmètre de l'Etat, et à la manière de gérer les services publics. Rien à voir avec la Suède, ni l'Allemagne, ni le Royaume Uni. La Suède a réfléchi, et
continue de le faire, à des mesures structurelles importantes. Encore une fois, rien à voir avec cette élection présidentielle.


Cet article ne dit rien de plus que ce qui est écrit. Je l'écris car un article intéressant sur la Suède est paru. Je déplore qu'il faille fouiller le net pour trouver des articles aussi
intéressant. Il faut donc en profiter quand il y en a un.


Et je montre qu'un pays symbole de l'Etat providence a considéré qu'il devait évoluer, sans changer ses objectifs en matière social. Pour un pays qui comme la France se dit attaché au social,
cela ne devrait-il pas être source de réflexion?


Où y a-t-il ultra-libéralisme? La dépense publique est supérieure à 50% du PIB. La Suède a connu une politique monétaire interventionniste. D'ailleurs, il est frappant de voir que les USA et le
Royaume Uni ont aussi connu un activisme monétaire avant la crise.


Vous inversez l'ordre chronologique. La crise ne vient pas après des mesures libérales. C'est quand il y a crise, que les idées libérales reviennent dans la réflexion, parfois.


Enfin, Hollande n'est pas social-démocrate. Il est socialiste. Le PS français n'a jamais eu son congrès de Bad Godesberg.