Analyse Libérale

Réflexions sur le dernier opus de Piketty

14 Septembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

Thomas Pietty a livré son dernier opus, Le capital au XXIéme siècle. Je ne l'ai pas lu, et les articles qui le décrivent n'incitent pas à la lecture. Ce livre semble un parfait exemple de la décadence dans laquelle est tombée ce qui se fait toujours appeler science économique. Thomas Piketty considère qu'il y a une montée des inégalités. Les revenus du capital sont trop importants, et augmentent trop vite. Ils augmentent sans effort, le capital s'accroissant quasi naturellement. Pour rétablir l'égalité, il faut, selon Piketty, un impôt progressif sur le capital. Un impôt instauré par les politiciens au niveau mondial d'après les commentaires que j'ai pu lire.

 

Comment qualifier cette vision du monde ? Ultra simpliste ? Naïve ? Erronée ? Pour arriver à une telle conclusion, il faut passer par beaucoup de raccourcis, ignorer des faits, bref, ne pas respecter la rigueur d'un travail d'économiste.

 

Imaginons que les inégalités entre revenu du capital et du travail se soient accrues, comme le dit Piketty, même si son manque de rigueur n'incite pas à la confiance. A quoi cette inégalité est-elle due ? A l'économie de marché ? Ou à l'Etat ? Aux Etats plus précisément.

 

En effet, jamais les Etats n'ont été aussi interventionnistes de part le monde. En France, la dépense publique représente environ 57% du PIB. Elle dépasse 40% du PIB dans tous les pays développés. Sans compter la multitude de lois et de règlements qui encadrent l'économie.

 

Plus encore, combien de fortunes sont directement liée à un Etat ? Dans  le secteur des télécom, par exemple, qui dépend beaucoup des licences et des bonnes relations avec les gouvernements. Idem dans le secteur de la télévision. Le secteur du jeu à Macao. Le BTP dépend aussi beaucoup des commandes d'Etats. Et parlons pas du capitalisme d'Etat en Chine, et de ses millionnaires.

 

La thèse de Piketty est donc bien fragile. Est-ce que la concentration des richesses ne serait pas due aux excès des Etats ? N'est-ce pas les bonnes relations avec un Etat trop puissant qui, justement, permettent d'entretenir la richesse, l'accumulation de capitaux ? Dans ce cas, le problème, c'est l'Etat big brother. Or, Piketty,selon certains commentaires, proposerait un impôt mondial, un super big brother ? Pour de super big fortune ? A contrario, on peu remarquer qu'aux USA, un Steve Jobs peut créer Apple, un Michael Dell peut créer Dell, qu'il y a encore une possibilité pour la classe moyenne de rêver accéder à la fortune, et, surtout, s'accomplir dans un projet. Où est l'égalité, où est la justice sociale ? Du côté de l'Etat big brother qui distribue la richesse ? Ou du côté de l'Etat qui permet à chacun de s'accomplir ?

 

D'ailleurs, qui contrôle les Etats ? C'est une question qui n'est pas abordée par ceux qui, comme Piketty, veulent un Etat big brother. Les Etats sont contrôlés par les politiciens. Est-ce raisonnable de leur donner les pleins pouvoirs ? Est-ce qu'ils agissent pour le bien des peuples ou dans leur propre intérêt, comme l'enseigne l'école des choix publics ? On peut arguer que ces politiciens sont élus démocratiquement. Mais quelle proportion de la population, en tenant compte des abstentionnistes, des votes blancs, choisit réellement ses dirigeants ? Et chacun peut-il être d'accord sur tous les points d'un programme ? Et si on n'est d'accord avec aucun candidat ? Et, quand un groupe politique est élu avec 50,05% des voix, qu'il représente 35% des électeurs inscrits, est-il raisonnable de lui donner les pleins pouvoirs, pour distribuer la richesse ?

 

Ce sont là des réflexions apparemment absente des écrits de Thomas Piketty. Il préconise la redistribution par big brother, sans s'inquiéter de la légitimité ni du contrôle de big brother.

 

En outre, Piketty écrit sur l'inégalité.Mais qu'est-ce que l'inégalité, et quelles en sont les sources possibles ? L'inégalité est-elle juste ou injuste ? Par exemple, si quelqu'un, en excellent état physique refuse de travailler, est-ce juste que ceux qui travaillent subviennent à ses besoins, ou plus encore ? C'est la théorie du passager clandestin. Comment éviter les comportements de profiteurs dans un processus de redistribution ? Comment allier l'incitation à la production et la redistribution ? Préoccupations qui semblent absentes chez Piketty.

 

Autre exemple : si la majorité de la population reçoit un enseignement dispensé par une école publique, contrôlé par l'Etat. Si l'école enseigne que la vie active c'est être salarié à vie d'une entreprise, à la sortie de l'école, sans se poser de questions, l'entreprise étant responsable de l'emploi et des compétences des salariés. Si une minorité apprend, par ses parents, par un système d'éducation privé parallèle, que pour réussir dans la vie il faut entreprendre, envisager l'avenir, cultiver ses compétences. Et si c'est la minorité qui réussit mieux, d'où vient l'inégalité ? Est-ce une injustice sociale qu'il faut compenser en prenant à ceux qui réussissent pour donner à ceux qui ne réussissent pas, ou est-ce le fait que l'Etat big brother, qui a monopolisé l'éducation des masses, ne leur apprend pas les règles de la réussite ?

 

L'inégalité est un sujet complexe. Piketty, comme d'autres, ne l'envisage pas dans toute sa complexité.

 

Enfin, sur le site du Nouvel observateur, Piketty déclare : « L'erreur des libéraux a été de croire que la croissance et la concurrence pouvaient tout régler. » Voilà une formule bien lapidaire pour résumer le libéralisme. Et complètement fausse. Le libéralisme, c'est la régulation, dans le sens que chacun doit respecter ce qu'Hayek appelait des règles de juste conduite. Riches, puissants, doivent respecter les règles. L'objet du gouvernement est de faite respecter ces règles. L'interventionnisme est lui un mode de gouvernement dérégulé, dans le sens où il n'y a pas de règles que chacun devrait respecter. Le gouvernement, confié à des politiciens, est tout puissant, et décide de favoriser tel ou tel secteur d'activité, tel classe de la population. Le risque de clientélisme, de corruption, est logiquement plus élevé. Imaginons un gouvernement interventionniste mondial... Quel risque de corruption, de clientélisme ! Mais Piketty n'envisage aucunement toutes ces implications. Son raisonnement est ultra-simpliste.

 

Ultra-simpliste, ou ultra-idéologique, comment qualifier Thomas Piketty ? Il laisse tellement de questions dans l'ombre, en ne les abordant apparemment pas (je reconnais qu'il faudrait que je lise son livre pour faire un commentaire juste, mais ce que j'en lis ne me donne pas envie de gaspiller de l'argent). L'économie, les inégalités, le pouvoir, ce sont là des sujets complexes. Il faut les envisager dans toute leur complexité, comme peuvent le faire Ludwig von Mises, ou Friedrich August Hayek. Mais existe-t-il encore de tels auteurs ? Ou, surtout, sont-ils médiatisés ? Un Jesus Huerta de Soto, un Jorg Guido Hülsmann, ne bénéficie pas du battage médiatique d'un Piketty.

 

NB : pour lire des choses plus sérieuses, cf L'école autrichiennepar Jesus Huerta de soto, et Monnaie, crédit bancaire et cycles économiquesdu même auteur.

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Michel Martin 14/10/2013 09:51


Il est probable que le livre de Piketty qui est extrêmement documenté et sur une période de temps très longue serve de base dans la recherche de régulation du phénomène d'accumulation de
patrimoine (et non simplement capital) qu'on a pu constater depuis au moins 5000 ans (cf les travaux de David Graeber sur les phénomènes cycliques engendrés par cette concentration qui finit
toujours par une remise à plat douloureuse, la plupart du temps sous forme de guerre). Ce que propose Piketty n'est ni plus ni moins qu'une proposition de régulation pacifique de ce phénomène
bien antérieur à toutes nos petites causeries sur le libéralisme ou l'interventionnisme.


Ce n'est pas parce qu'une régulation maladroite aggrave les problèmes qu'il faut disqualifier la nécessité de régulation.

Lio 16/09/2013 15:29


Réflexions sur le dernier opus de Piketty


 


C'est une perte de temps!

I-Cube 16/09/2013 10:47


Juste un "absurde".


Et qui pousse le raisonnement jusqu'à la "dictature mondiale" !


 


Traumatisant, même s'il le fait bien ... et sur commande, en plus.