Analyse Libérale

Qu'est-ce que la monnaie?

21 Novembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

     La monnaie est sous les feux de l'actualité avec les menaces de guerre des changes. Elle est aussi à l'origine de la crise économique, provoquée par une course au crédit.

 

     Mais la monnaie est difficile à appréhender. On s'en sert tous les jours ou presque, mais on ne sait pas comment ça marche. Il y a bien sûr de grandes théories sur la monnaie, mais, visiblement, on ne sait pas modéliser sont fonctionnement, sinon nous ne connaîtrions pas la crise actuelle.

 

     L'objectif ici est d'essayer de comprendre ce qu'est la monnaie en pratique, de revenir aux sources, à la base, à ce qui devrait précéder les théories. C'est un essai d'appréhension réelle. Souvent, en effet, en économie, on nous balance des théories, et on ne cherche même plus à comprendre le fonctionnement réel du monde.

 

     Pour comprendre la monnaie, il faut donc s'intéresser au fonctionnement réel de l'économie. La monnaie intervient dans l'échange. Imaginons un monde sans monnaie. Ce serait donc le royaume du troc. Pour obtenir quelque chose de quelqu'un, il faudrait pouvoir lui offrir en échange quelque chose dont il a besoin. Ce qui est très compliqué. Si vous avez besoin de rideau, et que vous savez construire des maisons, on imagine les difficultés de l'échange.

 

     Pour résoudre ces difficultés, on a d'abord eu recours à un bien dont tout le monde pouvait avoir besoin, ou dont tout le monde pouvait accepter la valeur. C'est ainsi que le grain a été une monnaie. Tout le monde a besoin de manger. L'or et l'argent ont été utilisés. Tout le monde avait confiance en leur valeur. Tout le monde acceptait d'échanger quelque chose contre de l'or ou de l'argent. La confiance, déjà, était un critère clef de la monnaie.

 

     Ce système était cependant lourd. Comment le simplifier? On peut imaginer un système où l'on reconnaît devoir un service à quelqu'un. Par exemple, quelqu'un fait nettoyer sa maison par une femme de ménage. Il va signer un papier disant qu'il doit un service à la femme de ménage. La femme de ménage peut à son tour utiliser ce papier, auprès par exemple de la garde d'enfants. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que le papier revienne dans les mains de celui qui l'a signé, et qui aura été payé ainsi pour un service qu'il aura lui-même rendu.

 

     Bien entendu, un tel système requerrait une grande confiance en chacun. Or, nous échangeons avec des gens que nous ne connaissons pas. D'où la présence d'un intermédiaire: la banque.

 

     La banque va prêter une reconnaissance de dette: la monnaie. Par exemple, quelqu'un veut acheter une voiture. Il ne peut pas signer un papier disant qu'il doit un service ou quelque chose au vendeur, ce serait refusé. Alors, il va voir la banque. Celle-ci va lui avancer de la monnaie, qu'il va pouvoir utiliser pour l'échange, en l'occurrence l'achat de la voiture. C'est donc à la banque qu'il devra quelque chose.

 

     La banque qui a créé de la monnaie pour l'occasion. Car les banques créent de la monnaie. Aujourd'hui, la monnaie, ce ne sont pas des pièces, des billets, mais des écritures sur un serveur informatique. La banque a créé une reconnaissance de dette à la place du vendeur de voiture. L'argent du crédit ne provient pas des dépôts bancaires. Il est une pure création. C'est le métier des banques.

 

     La monnaie est donc créé par les banques. Elle est une reconnaissance de dette. Elle disparait quand la dette est remboursée.

 

     La banque regarde bien entendu les capacité de remboursement de l'emprunteur. Tout comme le vendeur y ferait attention dans un système sans banque.

 

     La monnaie est un moyen de transaction. Accessoirement, elle est une unité de mesure. On mesure en monnaie ce qu'on possède. La monnaie "placée" en banque a en fait servi à acheter un placement.

 

     Telle est la monnaie. L'explication paraît loin des théories habituelles. Cependant, elle correspond parfaitement à la théorie quantitative. Qui a ensuite été intégrée dans le monétarisme, qui mêle théorie monétaire et économique.

 

     On comprend que la création de monnaie doit suivre les capacités de remboursement, et donc l'évolution de l'économie. Sinon, le système explose. Exactement ce qu'enseigne la théorie quantitative. Et donc que créer de la monnaie pour relancer l'économie risque surtout de mettre en péril les banques. C'est là l'origine de la crise.

 

Sur la monnaie, voir aussi: Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) et  Comprendre la monnaie en s'amusant...et pour le fonctionnement globale de l'économie  Le schéma de base de l'économie

 

 

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bligblogalain 31/12/2010 14:16



"L'argent du crédit ne provient pas des dépôts bancaires. Il est une pure
création. C'est le métier des banques."


Il me semble que les crédits accordés par les banques sont le résultat de
l'émission d'une reconnaissance de dette.


Cette émission ne peut se faire que si une part de cette somme est dans les
"réserves fractionnaires" de la banque.


La banque ne crée pas d'argent, elle crée une reconnaissance de dette d'un
montant 100€. Elle vous donne alors un montant d'argent de 100€ (prêt garanti par une réserve fractionnaire (X/10 soit 10€ par exemple)).


Ce montant de 100€ vous permet de vous acheter votre bien à Z qui le dépose
tout en partie sur son compte en banque.


Vous remboursez ensuite le prêt (avec ses intérêts), c'est à dire 100+y
(disons 5%) soit 105 euros avec des services que vous avez facturés à Z.


Quand le prêt est remboursé ainsi que les intérêts, la reconnaissance de dette
100 disparait. La banque a donc capté 5 euros dans l'économie mais l'économie ne dispose pas de 100€ de plus qu'avant : il n'y a donc pas eu de création d'argent, il y a eu circulation de
l'argent. Qu'en pensez vous ?


 






Vladimir Vodarevski 02/01/2011 00:19



Bonjour,


merci de votre commentaire.


Effectivement, c'est le fonctionnement de la monnaie. La monnaie peut être considérée comme une reconnaissance de dette.


Les réserves fractionnaires sont le fruit de la réglementation. Ce sont les ratios de solvabilité. En théorie, ils ne sont pas indispensable au fonctionnement des banques. Pour la pratique, c'est
en débat!


Bonne année 2011.



24/11/2010 09:10



En principe oui, notamment quand tu es déjà assujetti à la TVA.


En pratique, la TVA est assise sur un "prix réel", c'est-à-dire facturé (TVA sur les débits) ou encaissé (réel simplifié).


Quand il n'y a pas de prix, comme dans les SEL, il n'y a donc ni facture ni assiette : pas facile dans ces conditions-là.


D'autant que la jurisprudence du CE et la doctrine administrative empêche de réévaluer un prix (contrairement aux droits de mutation et en matière d'impôt direct) qu'il soit dérisoire ou
prohibitif.


C'est partout pareil en Europe...



BENICHOU 23/11/2010 15:35



1. Sur le plan extérieur, la monnaie est une arme de guerre.


2. Sur le plan intérieur, les états devrient reprendre le monopole du crédit, c'est à dire de la création de monnaie.


De retour. Cordialement.



23/11/2010 09:13



Exact !


Mais dans le cadre des "SEL", c'est aussi une façon de s'affranchir de la TVA et des impôts sur les bénéfices ou les revenus...


Ce n'est pas innocent, en conséquence.



Vladimir Vodarevski 23/11/2010 19:58



Mais, en théorie, ne peut-on pas imposer les transactions des "SEL" à la TVA? Puisque Mr Francis Lefebvre dit que sont considérés comme des livraisons de biens meubles corporels l'échange d'un
bien contre un autre bien.



22/11/2010 10:29



Oui, enfin, historiquement, les banquiers vénitiens, gênois ou flamands ne créaient pas de monnaie : Ils l'avaient réserve et s'échangeait des lettres de change, l'ancêtre du chèque ou de la LCR.


Quant à la monnaie fiduciaire, tous les pouvoirs en ont joué depuis la plus haute antiquité et jusqu'à la Révolution (et même au-delà des accords de Bretton-wood).


Le seigneur qui battait monnaie (Charlemagne avait réunifié entre ses mains l'autorisation de faire des écus), se payaient en différents droits (le "rendage", par exemple).


 


Par ailleurs, note qu'avec les SEL (Société d'Echange Libre) on revient au troc parfois institutionnalisé comme actuellement dans un ville de l'Isère.


Et ces kons de "réinventer" le "grain" comme d'une monnaie d'échange : marrant comme tout de vouloir se passer "d'argent" pour faire circuler deux types de monnaie, in fine.


 


Merci pour ces explications l'Ami. Au moins, c'et clair.



Vladimir Vodarevski 22/11/2010 20:47



J'ai juste cherché à expliquer ce qu'est la monnaie aujourd'hui, ce qu'on appelle la monnaie crédit. Je n'ai pas fait d'historique, car je vois mal comment on a trouvé ce moyen pour échanger,
s'affranchir peu à peu d'une référence métallique. Ce serait là un sujet d'étude intéressant. Mais, les économpistes oublient cette étapes, ils oublient ce qu'est la monnaie, pour se lancer tout
de suite dans de grandes théories, et perdre de vue la compréhension des mécanismes réels, s'ils les ont jamais compris pour certains.


C'est amusant effectivement de voir comme les détracteurs de la monnaie inventent une nouvelle monnaie. Leur problème, c'est le matérialisme. Ils font de la monnaie le symbôle de la richesse,
alors que ce n'est qu'un instrument de mesure et d'échange de la richesse. Ils modifient juste l'instrument.