Analyse Libérale

QE2, c'est parti!

4 Novembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

      La journée du 3 novembre a été marquée par les résultats des élections américaines du midterm. Mais l'autre événement majeur est la décision de la Fed de lancer un nouveau programme d'injection de liquidités dans l'économie, le fameux QE2, pour quantitative easing 2.

 

      La Fed va racheter des bons du Trésor. L'objectif est de faire baisser, ou de maintenir bas, les taux d'intérêt. En effet, s'il y a une forte demande pour les bons du Trésor, les taux d'intérêt servis par ces bons vont diminuer. Un bon est un titre qui rapporte des intérêts à son possessuer. Par exemple, un bon d'une valeur de 100 dollars qui rapporte un intérêt de 5 dollars, soit un taux de 5% (chiffres complètement fantaisistes, je le précise). Les bons du Trésor sont échangés sur les marchés obligataires. Si la valeur du bon double par exemple, il rapporte cependant toujours 5 dollars. Soit dans ce cas un taux d'intérêt de 2,5%. Le taux d'intérêt a diminué.

 

      La Fed espère par ricochet faire baisser tous les taux d'intérêt. En effet, en faisant baisser les taux d'intérêt sur les bons du Trésor, elle rend ceux-ci moins attractifs, et encourage les baques et les agents financiers à chercher d'autres opportunités d'investissement. Les taux des bons du Trésor sont également une sorte de référence pour les taux d'intérêt en général, par conséquent leur baisse peut entraîner celle des autres taux. Même si cette fonction de référence ne paraît plus tout à fait vérifiée.

 

      La Fed ne peut plus faire baisser les taux d'intérêt en baissant ses taux directeurs, car ceux-ci sont déjà très bas. Elle utilise donc ce qu'on appelle une politique non conventionnelle.

 

      Le but de la Fed est de relancer l'économie. Certains commentateurs pensent que la Fed veut également soutenir le marché des actions, pour créer un effet richesse. En faisant augmenter le prix des bons du Trésor, elle rend par comparaison l'achat d'actions plus attractif. Si les investisseurs se tournent vers les actions, celles-ci vont augmenter. Ce qui va faire augmenter le patrimoine des américains, qui se sentiront plus riches et vont consommer plus.

 

      Enfin, l'objectif de la Fed pourrait aussi d'éviter la déflation. Celle-ci est un phénomène décrit généralement comme une spirale de baisse des prix. C'est en fait plus compliqué. Pour des explications plus complète, voir l'article Inflation, déflation: explications et risques.  . Disons qu'un manque de liquidités dans l'économie peut causer un ralentissement. C'est d'ailleurs pour cela qu'en cas de surchauffe, d'inflation, on augmente les taux d'intérêt: pour retirer des liquidités, et ralentir la machine.

 

      La politique de la Fed a-t-elle des chances de relancer l'économie? Une injection de liquidité peut effectivement provoquer une croissance... mais sous forme de bulle! C'est ainsi que la crise actuelle provient d'un excès de crédit (voir Les essentiels sur la crise  ). Aujourd'hui, une des crainte est de voir se former une bulle sur les marché financiers. Actions ou obligations d'ailleurs.

 

      Par ailleurs, l'action de la Fed perturbe fortement le marché des changes, comme expliqué dans l'article  Le G20 peut-il réguler le marché des changes?   . En fait, le problème, c'est que l'économie a besoin de liquidités pour fonctionner, mais trop de liquidité crée de l'inflation. Mais comment se matérialise l'inflation, c'est la grnade inconnue aujourd'hui. L'inflation ce n'est pas n forcément celle des prix. C'est celle des marchés financiers, des marchés des changes aussi.

 

      On ne peut pas non plus relancer l'activité en facilitant le crédit. On ne fait pas boire un âne qui n'a plus soif. Il faut des projets à financer.

 

      Le rôle d'une banque centrale n'est pas de relancer l'économie. D'ailleurs, peut-on relancer l'économie par des injections d'argent au niveau macro-économique? La Fed mène cette politique car les politiques budgétaires ont peu d'effet. mais elle n'a pas plus de réussite.

 

      Le problème c'est que le politiciens sont impatients. Ils veulent que la machine reparte d'un seul coup. Mais on ne sort pas ainsi d'une crise économique provoquée par un excès de crédit pendant plusieurs années. L'économie doit se reconfigurer. Et, l'économie, ce sont des gens, ce sont des entreprises, pas de simples chiffres sur un graphique, pas une simple équation mathématique.

 

      En mathématiques économiques, l'ajustement est instantané. Pas dans la vraie vie.

 

(Voir aussi  La politique monétaire de la Fed: quantitative easing 2   )

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BENICHOU 07/11/2010 16:56



A propos de QE 2:


http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/11/06/la-fed-est-notre-banque-centrale-et-votre-probleme-par-pierre-antoine-delhommais_1436391_3232.html


Cordialement.



Vladimir Vodarevski 07/11/2010 17:01



Merci pour le lien, qui est disponible en cliquant ici.



BENICHOU 06/11/2010 05:42



Vous prenez les commandes de la BCE quand?


Ca urge.



BENICHOU 04/11/2010 15:32



La bonne vieille planche à billets.


Rien de nouveau sous le soleil depuis les assignats! Seuls les montants sont Hollywoodiens!


J'ai entendu ce matin l'adjoint de DSK au FMI, un parfait crétin univoque, qui disait qu'il n'y avait aucun risque pour personne. On pourrait se marrer si ce n'était pas tragique.



Vladimir Vodarevski 05/11/2010 21:14



Ouais, la planche à billet. Je suis quand même déçu par Bernanke, qui n'a pas le courage de dire au personnel politique qu'il ne peut pas faire de miracle, et qui perturbe l'économie mondiale.



Flamant rose 04/11/2010 13:42



La relance économique est quelque chose qu'il faut manier avec précaution. Dans le cas contraire cela peut se révéler être une véritable bombe à retardement. deux exemples :


On l'a vu en 1975 lorsque Chirac alors Premier ministre de VGE décida d'un plande relance. Nous avons atteint une inflation à deux chiffres et un déficit du commerce extérieur qui s'est
considérablement dégradé.


Mais nous l'avons surtout vécu en 1981 avec le plan de relance Mauroy qui allait à contre courant de la politique menée partout ailleurs en Europe. cela nous a amené en moins de deux ans au plan
de rigueur le plus dur qu'ait connu la cinquième République.


Je suis complétement d'accord avec vous sur le fait que ce n'est pas le rôle d'une banque centrale que de décider de relancer l'économie.