Analyse Libérale

Présidentielle 2012: le PS sans perspectives.

6 Avril 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Présidentielles 2012

      Le parti socialiste a présenté mardi 5 avril son projet pour les présidentielles 2012. Ce projet m'inspire un billet d'humeur, qui n'est pas dans la veine de ce que j'écris d'habitude. Je le publie néanmoins, tant je suis déçu par ce projet.

 

      D'un point de vue économique, ce projet est étonnamment pauvre. Bien sûr, ce blog est libéral, et peu susceptible d'approuver un projet socialiste. Mais ce dernier est-il intéressant même pour un socialiste? Cette pauvreté pas que l'économie. Il y a aussi un manque d'élan surprenant pour un projet de gauche.

 

      En économie, les solutions évoquées sont toutes des solutions déjà essayées, ou existantes. Des emplois jeunes, alors qu'existent déjà des contrats aidés, une banque d'investissement, qui n'est que le regroupement de structures qui existent déjà, des taux différenciés d'imposition pour les bénéfices réinvestis et les bénéfices redistribués, dont je traite dans un précédent article.

 

      Bien sûr, Mitterrand a déclaré que nous avions tout essayé contre le chômage. Mais on pourrait quand même se renouveler, après si longtemps.

 

      L'économie est à vrai dire la partie pauvre de ce projet. Ce qui est surprenant, c'est aussi le manque total de perspectives. Le PS décrit un monde terrible, dans lequel il faut être solidaire, non pas pour se développer, aller de l'avant, mais simplement pour survivre. La mondialisation est l'ennemi. Le marché est l'ennemi. L’Europe doit être une forteresse.

 

      Il n'y a aucun élan, aucun espoir. Le PS présente un pays qui doit être encadré par un Etat omniprésent, encore plus qu'aujourd'hui.

 

      Il ne présente aucune perspective, aucun élan, aucun espoir d'un monde meilleur. C'est un monde dans lequel l'Etat doit tout faire, un monde étouffant.

 

      On peut rétorquer, quand on est libéral, que c'est cela le socialisme, qu'il a toujours été une idéologie étatiste, étouffante. Mais c'était au moins mieux présenté. Il y avait de l'espoir. Il y avait la perspective de plus de pouvoir d'achat, de voir son salaire augmenter. Aujourd'hui, le PS propose de plafonner les loyer, des négociations salariales. Mais il ne propose pas de création d'emplois (les emplois jeunes n'en sont pas). Il ne met pas en avant les perspectives du progrès technique. Il ne souligne pas les perspectives de la mondialisation.

 

      Un paragraphe est particulièrement saisissant, je cite:

 

      "Les temps sociaux sont éclatés. Finie, la séparation de la vie en tranches entre l’école comme temps de formation, la profession comme temps de travail, la retraite comme temps pour parachever sa vie. On peut être étudiante à 70 ans, grand-père à 40, voyageur à 16. Quant au temps libre, l’est-il vraiment quand les courriers électroniques et les sonneries du téléphone portable accompagnent nos pas ? De combien de temps dispose-t-on pour des activités vraiment choisies ? Ces questions, ici ou à l’autre bout du monde, des centaines de millions de personnes ne se les posent pas, tant elles sont

stressées."

 

      Les socialistes ont pour perspective une vie normée, séparée en tranche, sans évolution, sans changement. Au lieu de chercher à donner des perspectives à la population, à donner la possibilité à chacun de s'accomplir, à profiter des possibilités du monde moderne, ils voient de manière négative tout ce qui s'apparente à un écart par rapport à cette vie normée.

 

      Ce paragraphe, et d'autres, montrent aussi qu'ils sont restés dans une vision idéalisée de la société industrielle, avec des salariés pris en charge tout au long de leur vie par l'entreprise.

 

      Cela n'a jamais existé, sauf pour une minorité de la population. Certains ont "profité" des trente glorieuses, mais les salaires n'étaient pas forcément mirobolants, et une grande partie de cette population a connu les préretraites. Leur principal "privilège", c'était un marché immobilier plus accessible qu'aujourd'hui, ou d'habiter depuis longtemps un logement loué, et donc de payer un loyer modique. (Je mets des termes entre guillemets car ils pourraient blesser ceux qui ont connu cette époque. Je les prie de bien vouloir m'excuser, j'écris au fil de l'eau, sans avoir trop le temps de peaufiner).

 

      Mais rappelons qu'à cette époque le Smic n'a pas toujours existé, et que quand il a existé il n'était pas indexé sur l'inflation. Que les retraités étaient pauvres, que le temps de travail dépassait les quarante heures, que la sécurité sociale n'offrait pas la même protection (les soins n'étaient pas aussi développés).

 

      L'avantage de cette époque, c'était l'emploi aussi. Le chômage, peu indemnisé, le droit du travail, beaucoup moins protecteur qu'aujourd'hui, n'étaient pas des préoccupations car il y avait de l'emploi.

 

      C'était une époque que l'on qualifierait aujourd'hui d'ultra-libérale.

 

      C'est cela qui ressort du projet économique du PS: un monde idéalisé, où l'on fait sa carrière dans la même entreprise, avec un salaire qui augmente régulièrement à l'ancienneté, et ou tout est pris en charge par l'entreprise. Cela a pu exister dans certaines grandes entreprises. Mais il y a toujours eu un secteur, majoritaire, où la vie n'était pas si simple.

 

      Le problème du monde d'aujourd'hui, c'est l'absence de perspective, d'espoir. Le PS n'en offre pas.

 

      Finalement, il y a beaucoup de points communs entre la vision socialiste et le Front National. Le danger, c'est le monde. C'est le changement. Le paradis, c'est le passé, le monde industriel, l'action de l'Etat.

 

      Mais Marine Le Pen sera beaucoup plus convaincante en proposant de mettre dehors les immigrés, pour donner du travail, du vrai travail, pas des emplois jeunes, aux gens, et en proposant de sortir de l'Europe et de l'euro, symboles de l'entrave à l'action de l'Etat.

 

      Ce n'est pas le billet que j'avais prévu d'écrire. J'écris rarement des billets d'humeur. La lecture du projet socialiste est trop déprimante. Je suis particulièrement surpris par ce manque d'élan, de perspective. Bien qu'étant libéral, j'aurais apprécié un projet social-démocrate.

 

      Est-ce une maladresse de rédaction? Je l'espère. On peut aussi se dire que ce ne sera pas le projet du candidat socialiste. On l'espère.

 

      Néanmoins, cette vision sombre du monde, sans perspective, est à mon avis partagée par nombre de politiciens, de droite comme de gauche. Ils ne comprennent pas le monde dans lequel nous vivons. Ils sont perdus avec leurs repères d'un passé idéalisé.

 

      La France manque d'un visionnaire. Elle pense à la fin de la croissance, à la gestion de la pénurie d'emplois et de ressources, ce qui fait pas les affaires de ceux qui manquent déjà de ressources, et qui souhaiteraient des perspectives.

 

      Le premier visionnaire qui se présentera, qu'il soit un démocrate ou une graine de dictateur, emportera tous les suffrages.

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benichou 09/04/2011 08:17



Au vide des idées correspond inéluctablement la pauvreté du projet.



M.H. 08/04/2011 16:44



D'accord. En fait, j'ai cru que c'est vous qui pensiez cela. Ce pourquoi j'étais étonné.

"De plus, d'autres problèmes sont rattachés par la population à l'immigration, comme la sécurité."

C'est aussi ce que je pense. Le seul problème lié à l'immigration, et bien, c'est l'immigration massive. Marine Le Pen croit que c'est ce qui explique les ghettos. Pas complètement faux, si je
puis me permettre.



M.H. 08/04/2011 11:53



"Mais Marine Le Pen sera beaucoup plus convaincante en proposant de mettre dehors les immigrés, pour donner du travail, du vrai travail, pas des emplois jeunes, aux gens"

J'avais raté ce passage. Il est choquant. Est-ce à dire que l'immigration réduit l'emploi des français ? L'exode de Mariel ne s'est pas traduit par une hausse du chômage à Miami : sa situation
était même plus enviable à celle des autres régions non affectées par la vague d'immigration cubaine.



Vladimir Vodarevski 08/04/2011 12:05



C'est ce que pense une partie des gens. Compte tenu du tableau si sombre présenté par les partis politiques, cette solution va apparaître comme simple et évidente.


N'oubliez pas qu'en France on présente la réduction du temps de travail comme solution au chômage. Nous sommes dans une optique statique, pas dans une vision dynamique.


De plus, d'autres problèmes sont rattachés par la population à l'immigration, comme la sécurité.


J'ai voulu dire qu'en présentant un avenir sans perspective, on pousse les gens vers ceux qui propsent des solutions, pas forcément pertinentes, mais qui sont présentées comme améliorant le
quotidien.



I-Cube 07/04/2011 08:56



Ce qui est effectivement effarent, c'est que le manque de perspective se situe aussi dans les rangs de l'UMP.


Il n'y a vraiment que deux projets qui seront porteurs d'espoir : Celui du FN et celui du NPA.


Un drôle de choix à venir, non ?