Analyse Libérale

Plan de l'Eurogroupe pour la Grèce: spéculation et instabilité?

24 Juillet 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

     Ce jeudi 21 juillet 2011, l'eurogroupe a accouché d'un plan de financement de la Grèce. Ont également été mis en place des mécanismes pour que l'Europe intervienne en cas de crise du même genre que la crise de la dette grecque. Les mesures de ce plan sont les suivantes.

 

Ce plan accorde une aide substantielle à la Grèce. En lui accordant des prêts. En refinançant sa dette. En diminuant les taux d'intérêt des prêts. En orientant vers ce pays une partie des fonds structurels européens. De plus, les banques participent à ce plan.

 

     Le fonds européen pourra en outre intervenir sur la base d'un programme établi à titre de précaution, pour financer la recapitalisation des établissements financiers par des prêts aux gouvernements, et de racheter des obligations souveraines sur les marchés financiers.

 

     Ce plan insiste sur les efforts de la Grèce. Il se félicite de ces efforts, en indiquant qu'ils sont indispensables «pour la reprise économique et qu'ils contribueront à la stabilité et à la prospérité futures du pays.» Il se félicite également des efforts du Portugal, de l'Irlande, de l'Espagne et de l'Italie. L'eurogroupe assure ces pays de sa confiance dans leurs efforts d'assainissement.

 

     Par ailleurs, les pays qui ne bénéficient pas d'une aide s'engagent à ramener leurs déficits sous le ratio de 3% du PIB.

 

     L'aide au refinancement de la dette grecque est certainement nécessaire. Que l'Europe en arrive à un accord est une bonne chose. C'est une grande réussite. N'oublions pas que le but premier de l'Europe, c'est la paix. Il n'y a pas si longtemps, les européens se seraient faits la guerre dans une telle situation. Qu'on soit favorable ou non à ce plan, la négociation et la coopération dont il est le résultat sont des réussites de la construction européenne.

 

     Ce texte est aussi une construction diplomatique. Il faut satisfaire ceux qui veulent faire payer le privé, ceux qui ne veulent pas de défaut de la Grèce, souligner que ce n'est pas un financement sans contrepartie, pour calmer les opinions publiques des pays qui vont payer.

 

     Parmi les objectifs de ce plan, il y a l'aide à la Grèce. Mais il y a aussi l'idée qu'un pays de la zone euro ne peut pas faire défaut sur sa dette. Il y a une question de définition, certains considérant que la Grèce est en défaut partiel. Cependant, les banques s'en sortent très bien, et ne devraient pas perdre grand chose.

 

     Cet objectif d'éviter le défaut d'un pays est une erreur. Le risque fait partie du métier des investisseurs. En protégeant les investisseurs, on les encourage à ne pas se préoccuper de la qualité des investissements, puisqu'il n'y a aucun risque. On risque ainsi une fuite en avant de l'endettement des pays européens, jusqu'à un coup d'arrêt très brutal.

 

     Le risque détermine le taux d'intérêt des emprunts. La perception du risque en fait. Si un pays est très endetté, comme le Japon, mais trouve toujours des investisseurs pour acheter la dette, à un taux raisonnable, pas de problème. Le niveau de la dette n'est pas forcément un problème en soi, si on peut toujours la placer. L'évolution des taux est un indicateur de la perception global du risque, un indicateur de la possibilité d'emprunter.

 

     Si cet indicateur est faussé, la correction est brutale. Le pays emprunteur s'imagine qu'il peut emprunter indéfiniment, mais il y a toujours une limite. La manipulation des taux à un niveau trop bas se termine par l'excès inverse, des taux trop élevés.

 

     Le plan de l'Europe pourrait également provoquer et encourager la spéculation. Un peu sur le modèle de ce qui se passait avec le SME, le système monétaire européen.

 

     Grâce à ce plan, des spéculateurs ont intérêt à attaquer la dette d'un pays en difficulté. L'Europe, pour aider le pays en difficulté, va racheter sa dette, comme elle peut le faire désormais, pour limiter la hausse des taux. Mais elle ne pourra pas le faire indéfiniment. Les spéculateurs pariant toujours plus sur la hausse des taux, et la baisse de la valeur des obligations, ils vont ramasser beaucoup d'argent quand l'Europe ne pourra plus soutenir la dette d'un pays en difficulté. Ce qui favorise la spéculation, c'est la manipulation des marchés.

 

     Les crises du SME, la crise asiatique,  provenaient de la manipulation des taux de changes. La crise actuelle provient de l'utilisation du crédit pour relancer l'économie. Les manipulations des marchés par les Etats ont toujours amené des crises.

 

     On peut se dire que la situation est exceptionnelle, les banques étant fragilisées par la crise financière. La BCE craint que les banques soient mises dans une position difficile par le défaut de la dette grecque. Elle craint aussi qu'un défaut ne complique la situation de l'Espagne et du Portugal.

 

     Cependant, un message aurait pu être clairement envoyé aux monde de la finance, indiquant qu'un pays pouvait faire défaut. Après tout, un Etat fédéré des USA peutr faire faillite. Pourquoi pas un Etat de la zone euro?

 

     La BCE craint peut-être aussi pour elle même: elle a en effet acheté beaucoup de dette grecque. Elle a beaucoup d'actifs grecs et espagnol dans ses comptes.

 

     Il y a néanmoins une sécurité à l'intervention de l'Eurogroupe: l'accord de tous ses membres doit être unanime. On peut penser que l'Allemagne, et les pays du Nord, ou encore l'Autriche, sauront protéger la zone euro. Mais ils ne pourront pas grand chose si on encourage tous les excès sur les marchés financiers, en supprimant les mécanismes de régulation prévus par l'économie de marché.

 

Annexe: le texte des gouvernements de la zone euro (provenant du site Europa):

CONSEIL DE L'UNION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 21 juillet 2011(OR. en)

 

DÉCLARATION DES CHEFS D'ÉTAT OU DE GOUVERNEMENT DE LA ZONE EURO

ET DES INSTITUTIONS DE L'UE

 

Nous réaffirmons notre attachement à l'euro et sommes résolus à faire tout ce qui est nécessaire pour assurer la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble et celle de ses États membres.

Nous réaffirmons également notre détermination à renforcer la convergence, la compétitivité et la gouvernance dans la zone euro. Depuis le début de la crise de la dette souveraine, des mesures importantes ont été prises pour stabiliser la zone euro, réformer les règles et élaborer de nouveaux outils de stabilisation. Dans la zone euro, la reprise est en bonne voie et l'euro repose sur des fondamentaux économiques solides. Mais les difficultés auxquelles nous sommes confrontés ont montré que des mesures plus ambitieuses s'imposent.

Aujourd'hui, nous sommes convenus de prendre les mesures suivantes:

Grèce:

1. Nous nous félicitons des mesures prises par le gouvernement grec pour stabiliser ses finances publiques et réformer son économie, ainsi que du nouveau train de mesures, y compris de privatisation, récemment adopté par le parlement grec. Ces mesures constituent des efforts sans précédent, mais qui sont nécessaires pour que l'économie grecque retrouve la voie d'une croissance durable. Nous sommes conscients des efforts que les mesures d'ajustement entraînent pour les citoyens grecs, et nous sommes convaincus que ces sacrifices sont indispensables pour la reprise économique et qu'ils contribueront à la stabilité et à la prospérité futures du pays.

2. Nous convenons de soutenir un nouveau programme pour la Grèce et, avec le FMI et la contribution volontaire du secteur privé, de couvrir intégralement le déficit de financement.

Le financement public total s'élèvera à un montant estimé à 109 milliards d'euros. Ce programme visera, notamment grâce à une réduction des taux d'intérêt et à un allongement des délais de remboursement, à ramener l'endettement à un niveau bien plus supportable et à améliorer le profil de refinancement de la Grèce. Nous appelons le FMI à continuer de contribuer au financement du nouveau programme pour la Grèce. Nous avons l'intention d'utiliser le FESF en tant qu'instrument de financement pour le prochain décaissement. Nous suivrons avec beaucoup d'attention la mise en oeuvre rigoureuse du programme sur la base d'une évaluation régulière effectuée par la Commission en liaison avec la BCE et le FMI.

3. Nous avons décidé d'allonger dans toute la mesure du possible le délai de remboursement des futurs prêts consentis par le FESF à la Grèce en le portant des 7,5 années actuelles à un minimum de 15 ans et jusqu'à 30 ans avec un délai de grâce de 10 ans. À cet égard, nous assurerons une surveillance adéquate après la fin du programme. Dans le cadre du FESF, nous accorderons des prêts à des taux d'intérêt équivalents à ceux prévus par le mécanisme de soutien à la balance des paiements (environ 3,5 % actuellement), proches du coût de financement du FESF, sans descendre en dessous. Nous avons également décidé de repousser sensiblement les échéances de la facilité existante mise en place pour la Grèce. Cela s'accompagnera d'un mécanisme prévoyant des incitations appropriées en faveur de la mise en œuvre du programme.

4. Nous préconisons l'adoption d'une stratégie globale pour la croissance et l'investissement en Grèce. Nous saluons la décision de la Commission de créer un groupe de travail qui collaborera avec les autorités grecques pour canaliser les fonds structurels vers la compétitivité et la croissance, la création d'emplois et la formation. Nous mobiliserons des fonds et des institutions de l'UE, comme la BEI, vers cet objectif et relancerons l'économie grecque. Les États membres et la Commission mobiliseront immédiatement toutes les ressources nécessaires pour apporter une assistance technique exceptionnelle en vue d'aider la Grèce à mettre en œuvre ses réformes. La Commission fera rapport en octobre sur les progrès accomplis à cet égard.

5. Le secteur financier a indiqué qu'il était prêt à soutenir la Grèce sur une base volontaire en recourant à différentes possibilités permettant de renforcer encore la viabilité globale. La contribution nette du secteur privé est estimée à 37 milliards d'euros1. Un rehaussement de crédit sera fourni pour étayer la qualité de la garantie, afin d'en permettre l'utilisation continue pour que les banques grecques puissent accéder aux opérations de liquidités de l'Eurosystème. Nous fournirons des ressources appropriées pour recapitaliser les banques grecques si nécessaire. 1 En prenant en compte le coût du rehaussement de crédit pour la période 2011-2014. De plus, un programme de rachat de la dette contribuera à hauteur de 12,6 milliards d'euros, portant le total à 50 milliards d'euros. Pour la période 2011-2019, la contribution nette totale de la participation du secteur privée est estimée à 106 milliards d'euros.

Participation du secteur privé:

6. Pour ce qui est de notre approche générale à l'égard de la participation du secteur privé dans la zone euro, nous tenons à préciser que la Grèce appelle une solution exceptionnelle et bien spécifique.

7. Tous les autres pays de la zone euro réaffirment solennellement qu'ils sont fermement déterminés à honorer pleinement leur propre signature souveraine et tous les engagements qu'ils ont pris en matière de viabilité des finances publiques et de réformes structurelles durables. Les chefs d'État ou de gouvernement de la zone euro appuient sans réserve cette volonté, la crédibilité de toutes leurs signatures souveraines étant un élément déterminant pour assurer la stabilité financière de l'ensemble de la zone euro.

Outils de stabilisation:

8. Afin d'améliorer l'efficacité du FESF et du MES et de faire face au risque de contagion, nous décidons d'augmenter leur souplesse, assortie de conditions appropriées, pour leur permettre:

- d'intervenir sur la base d'un programme établi à titre de précaution;

- de financer la recapitalisation des établissements financiers par des prêts aux

gouvernements, y compris dans les pays ne bénéficiant pas d'un programme;

- d'intervenir sur les marchés secondaires sur la base d'une analyse de la BCE constatant l'existence d'une situation exceptionnelle sur les marchés financiers et de risques pour la stabilité financière et sur la base d'une décision prise d'un commun accord par les États participant au FESF/MES, afin d'éviter la contagion. Nous mettrons en place les procédures nécessaires pour la mise en œuvre de ces décisions le plus rapidement possible.

9. Le cas échéant, un contrat de garantie sera mis en place de façon à couvrir le risque résultant, pour les États membres de la zone euro, des garanties qu'ils auront fournies au FESF.

Assainissement budgétaire et croissance dans la zone euro:

10. Nous sommes déterminés à continuer à apporter un soutien aux pays bénéficiant d'un programme jusqu'à ce qu'ils puissent accéder à nouveau au marché, à condition qu'ils mettent en œuvre ces programmes avec succès. Nous nous félicitons de la détermination de l'Irlande et du Portugal à mettre en œuvre leurs programmes de manière rigoureuse et réaffirmons notre ferme volonté de voir aboutir ces programmes. Les taux et les délais de remboursement de prêt que nous avons arrêtés pour la Grèce dans le cadre du FESF seront appliqués également au Portugal et à l'Irlande. Dans ce contexte, nous notons que l'Irlande est disposée à participer de manière constructive aux discussions sur le projet de directive sur l'assiette commune consolidée pour l'impôt sur les sociétés (ACCIS) et aux discussions structurées sur les questions de politique fiscale dans le cadre du Pacte pour l'euro plus.

11. Tous les États membres de la zone euro respecteront à la lettre les objectifs budgétaires fixés, amélioreront la compétitivité et remédieront aux déséquilibres macroéconomiques. Les déficits publics dans tous les pays, à l'exception de ceux bénéficiant d'un programme, seront ramenés sous le seuil de 3 % d'ici 2013 au plus tard. Dans ce contexte, nous nous félicitons du train de mesures budgétaires présenté récemment par le gouvernement italien, qui permettra de ramener le déficit sous le seuil des 3 % en 2012 et d'équilibrer le budget en 2014. Nous saluons également les réformes ambitieuses entreprises par l'Espagne sur les plans budgétaire, financier et structurel. Pour donner suite aux résultats des tests de résistance des banques, les États membres fourniront à celles-ci, le cas échéant, des filets de sécurité.

12. Nous mettrons en œuvre les recommandations adoptées en juin en ce qui concerne les réformes qui favoriseront notre croissance. Nous invitons la Commission et la BEI à développer les synergies entre les programmes de prêts et les fonds de l'UE dans tous les pays bénéficiant d'une assistance de l'UE/du FMI. Nous appuyons tous les efforts déployés par ces pays pour améliorer leur capacité à absorber les fonds de l'UE afin de stimuler la croissance et l'emploi, notamment par une augmentation temporaire des taux de cofinancement.

Gouvernance économique:

13. Nous appelons à la mise au point rapide du paquet législatif sur le renforcement du Pacte de stabilité et de croissance et sur la nouvelle surveillance macroéconomique. Les membres de la zone euro appuieront sans réserve la présidence polonaise afin de parvenir à un accord avec le Parlement européen sur l'adoption de règles de vote dans le volet "prévention" du pacte.

14. Nous nous engageons à mettre en place, d'ici la fin 2012, des cadres budgétaires nationaux, comme prévu dans la directive relative aux cadres budgétaires.

15. Nous convenons qu'il y a lieu de réduire la dépendance à l'égard des notations de crédit externes dans le cadre réglementaire de l'UE, en tenant compte des récentes propositions de la Commission dans ce sens, et nous attendons avec intérêt les propositions de la Commission sur les agences de notation.

16. Nous invitons le président du Conseil européen, en concertation étroite avec le président de la Commission et le président de l'Eurogroupe, à présenter d'ici le mois d'octobre des propositions concrètes sur la manière d'améliorer les méthodes de travail et de renforcer la gestion des crises dans la zone euro.

 

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I-Cube 25/07/2011 09:50



La suite logique, parce qu'il y a une logique à vouloir échéapper au défaut total (même s'il est vrai que des communes en "Gauloisie du fruc" ont pu faire faillite...), c'est que la recette
fiscale augmante, la dette s'éteint, les coûts baissent, bref, on rentre dans les critère de Maastricht et que ceux-ci deviennent au fil du temps plus "sévères".


 


Imagine un peu les effets de leviers extraordinaires à venir, si la dette publique n'est plus souscrite par défaut de besoin ?


Tout irait alors vers l'investissement dans le privé ert la croissance reviendrait à terme avec deux chiffres d'une année sur l'autre, jusqu'à en manquer à terme de main-d'oeuvre !


Magnifique comme perspective, non ?


 


Allez, encore 10 à 15 ans, et nous y serons enfin...



Vladimir Vodarevski 26/07/2011 19:23



L'effet d'éviction des emprunts publics. Il rst très fort en ce moment.