Analyse Libérale

Peugeot : ne pas noircir excessivement le tableau

13 Juillet 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

      Le plan de restructuration du groupe PSA, Peugeot - Citroën, a entraîné de sévères critiques à l'encontre de ce groupe, à l'encontre de la restructuration elle-même, et aussi à l'encontre de la stratégie du groupe ces dernières années. PSA a certes commis des erreurs, comme je le souligne dans mon précédent article. Cependant, certains articles dans la presse sont par trop excessifs, comme dans le quotidien économique La tribune. Veillons à ne pas noircir le tableau, pour ne pas handicaper le groupe PSA, alors que l'image est si importante de nos jours.

 

     PSA a un problème de trésorerie. Il est engagé dans un programme d'investissement vital pour sa survie. Il organise sa montée en gamme, qui se traduit par le programme DS, ainsi que les nouvelles Peugeot. Il Développe aussi des modèles adaptés aux pays émergents, comme le programme 301, ou C4 Elysée. Ces investissements nécessitent de l'argent disponible à dépenser. Des liquidités à dépenser, pour payer les investissements. Du free cash flow dans le jargon comptable. Actuellement, les ventes de véhicules ne génèrent pas suffisamment de liquidités pour ces investissements. Le groupe est donc contraint de réduire ses coûts. Ce qu'il fait en réduisant ses effectifs, là où la production ne couvre pas les coûts. Est aussi prévu une "action sur les prix de revient hors effectifs, qui inclut l'apport de l'alliance avec General Motors", indique Le Figaro.

 

     PSA est donc en position offensive. La réduction des dépenses a pour but la croissance des ventes. Si celles-ci augmentent, il n'est pas exclu qu'il y ait des embauches. Tout en reconnaissant que le marché européen est mature, et que le développement du marché automobile se fera au dehors de l'Europe de l'Ouest.

 

     PSA est par ailleurs le deuxième vendeur de véhicules automobiles en Europe. Ce qui n'est pas rien, pour un marché réputé difficile. Il est le deuxième constructeur automobile européen. L'alliance Renault-Nissan le dépasse, mais c'est une alliance. Renault ne possède que 40 % de Nissan. PSA n'est pas le premier venu dans l'automobile. Il a également des relais de croissance, notamment en Chine et au Brésil. Il y a commis des erreurs en n'y investissant pas suffisamment. Mais il a pu y cultiver des relations et des connaissances utiles aujourd'hui, alors qu'il a décidé d'accentuer sa conquête de ces marchés.

 

     Les véhicules de PSA ont par ailleurs des qualités reconnues en tenue de route et en matière de consommation. De plus, aujourd'hui, la qualité de la finition a grandement progressé, sur les modèles tels que les DS ou la 508.

 

     D'autre part, le plan de restructuration ne signifie pas qu'il y aura nécessairement 8 000 licenciements. Ainsi, sur RTL, le président du directoire de PSA, Philippe Varin, indique qu'une proposition de reclassement sera faite à chaque salarié de l'usine d'Aulnay. Une partie se verra proposer un poste à l'usine de Poissy. PSA va également essayer de réindustrialiser le site d'Aulnay. Des entreprises sont par ailleurs intéressées par les salariés de PSA. Comme Safran, ou la SNCF et d'autres sociétés. Enfin, n'oublions pas qu'il y a toujours en matière de restructuration une négociation. PSA a abattu ses cartes. Le groupe est expérimenté, et en relation étroite avec l'Etat depuis l'après deuxième guerre mondiale, par nécessité. La production automobile, le choix de la production de masse, cela vient de l'Etat. Il y a fort à parier qu'il y a une marge de négociation, un moyen pour l'Etat de montrer qu'il a pu faire quelque chose, dans le reclassement des salariés notamment. Lers projets de reclassements décrits ci-dessus seront sans doute portés au crédit de l'Etat.

 

    Le tableau n'est donc pas si noir. Ce n'est pas une petite PME qui se restructure, mais un grand groupe habitué à négocier avec l'Etat. Un groupe qui a par ailleurs un véritable projet, et qui ne cherche pas simplement à réduire ses coûts, mais à se développer. Il est dans une situation difficile, mais veillons à ne pas noircir excessivement le tableau, pour ne pas l'enfoncer. Ce qui aurait des conséquence en termes d'emplois, pour un groupe qui produit encore essentiellement en France.

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I-Cube 16/07/2012 09:57


D'accord avec toi si tu dis que c'est "du cinoche", de l'agitation-politique.


Dans tous les dossiers "un peu importants" que j'ai eu à traiter dans le passé, concernant des "redressements d'entreprise", effectivement les autorités locales sont présentes (du maire au
sous-préfet).


Mais souvent pour s'informer plus que pour "participer". Il faut dire aussi que souvent je fais appel au CIRI pour maîtriser la trésorerie et reculer les échéances : C'est normal, puisque
les dettes sociales et fiscales sont super-prévilégiées et peuvent casser les reins à n'importe qui quand elles sont mis en recouvrement forcé.


Mais ce n'est pas le cas de PSA, qui a un problème, à venir, à venir seulement, de trésorerie qui a été anticipé.


 


Alors que les pouvoirs publics s'inquiètent (les recettes locales et nationales que perdent les "préleveurs-obligatoires" dans un avenir pas si lointain que ça, auront des répecursion sur
l'environnement fiscal, bien sûr !), je comprends : Il faut aussi de la lisibilité.


Mais que la solution vienne des cabinets ministériels et non pas des bureaux d'ingénieurs ou directement des ateliers, là, ça m'en a bouché un coin, comme le laissait supposer le ton de ton post
!


C'est tout ce que je voulais dire...

I-Cube 16/07/2012 07:55


Certes : PSA est en position de redéploiement et ce n'est pas la première fois.


Mais de là à ce que toi-même note que ça passe par des négociations avec l'Etat, là, j'enrage...

Vladimir Vodarevski 16/07/2012 08:59



C'est l'automobile. Depuis l'après guerre, l'Etat a toujours été impliqué. Peugeot existe encore en partie parce qu'il convenait à la politique auto d'après guerre. L'Etat ne peut certes pas
redresser la société. Mais, politiquement, il doit faire semblant. Et, Peugeot, pour sa tranquillité et son image en France, doit lui offrir une porte de sortie. Mais tu connais mieux que moi ce
genre de négociation j'ai l'impression.