Analyse Libérale

Où va la politique monétaire?

20 Septembre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

Où va la politique monétaire ? Quelle est sa logique ? Quel est le raisonnement de ceux qui la mènent ? La question se pose, tant elle apparaît déconnectée de la réalité, et incohérente.

 

Déconnexion de la réalité

Ainsi, tout le monde se félicite du nouveau programme de quantitative easing, c'est-à-dire d'injection de monnaie dans l'économie, décidé dernièrement par la BCE. Ce programme de création monétaire est censé relancer l'économie européenne. Cependant, au même moment, le bilan de la même politique, menée au Japon, s'avère être un échec. Curieusement, personne ne tient compte de cet échec. Alors même que le Japon est l'exemple contemporain de multiples politiques de dépenses publiques, de déficits, et de création monétaire, qui n'ont mené à rien. Mais cela ne fait pas la une de l'actualité.

 

Pour justifier la politique de création monétaire, les politiques de la Fed, la banque centrale des Etats Unis d'Amérique, et de la Bank of England, sont mises en avant pour expliquer la reprise économique dans ces pays. Mais on oublie que la politique de la BCE est elle aussi très accommodante. Il y a peu de différences entre la BCE et la Fed et la Bank of England. La BCE avait d'ailleurs déjà lancé un grand programme de crédit aux banques européennes, comme elle veut le refaire aujourd'hui. Par contre, les économies qui connaissent une reprise sont celles qualifiées de plus flexibles. Elles se restructurent après une crise. De plus, c'est justement ce qui manque au Japon, la fameuse troisième flèche des abenomics : des réformes structurelles. Les faits montrent donc que la politique de création monétaire ne relance pas l'économie. Mais personne n'en tirent les conclusions qui s'imposent.

 

Incohérences

La politique monétaire fait aussi preuve d'une grande incohérence. Officiellement, il s'agit d'encourager le crédit aux entreprises. Sauf que, d'un autre côté, la réglementation monétaire fait tout pour rendre désavantageux pour les banques le crédit aux entreprises.

 

En effet, depuis 1988, les banques doivent se conformer aux critères de Bâle. Ces critères décrètent ce qui est risqué ou pas pour les banques. Celles-ci ne sont donc pas libres dans leur activité. Si elles mènent une activité considérée comme risquée par les critères de Bâle, elles doivent respecter plus de contraintes, elles sont désavantagées. Les critères de Bâle favorisent l'investissement et le prêt aux entités publiques, et à l'immobilier. Et défavorisent l'investissement et le crédit aux entreprises ! L'instauration de ces critères a fait chuter la part du crédit aux entreprises (voir le graphique sur Contrepoints). Et ces critères viennent d'être durcis, pénalisant d'autant plus le crédit aux entreprises. D'un côté les autorités veulent donc encourager le crédit aux entreprises, de l'autre, elles le considèrent comme trop risqué !

 

Il n'y a ainsi aucune logique à la politique monétaire. Elle ne tient pas compte des retours d'expérience, et elle est incohérente.

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Michel Martin 26/09/2014 11:46


La monnaie est un sujet de régulation par excellence. C'est un sujet de stock et flux dans lequel la banque centrale se situe dans la position du régulateur. La même position, en un peu plus
complexe, que tu pourrais avoir avec un four dont tu souhaites réguler la température.


L'état a le pouvoir d'injecter (création monétaire, soit directement, soit en la déléguant a des banques privées avec les taux) et dedissiper, (surtout avec l'impôt, mais il doit y avoir
d'autres moyens dont par exemple la mise en place d'une monnaie fondante pourrait être un exemple de dissipation voisine de la dissipation de chaleur dans le cas d'un four). Que le régulateur ne
connaisse pas bien sa machine, les perturbations du milieu, qu'il manque de puissance pour y faire face, il régulera à contretemps et à la place de réguler, il fera l'inverse, agissant alors
comme une perturbation qu'il est censé contrer. Ce qui fait dire à nombre de libéraux que la meilleure régulation, c'est de ne rien faire, ou le minimum.


En effet, injecter de la monnaie (QE) quand la machine dispose de capacités et de mécanismes de stockage qui absorbent tout de suite cette manne, c'est agir à contre-temps, parce que cette
injection accroît la puissance de ces oppositions à la régulation. Il faut d'abord réduire ces capacités et mécanismes de stockage (plus facile à dire qu'à faire parce que les acteurs qui
détiennent ces mécanismes de stockage ne veulent pas les lacher et qu'ils sont puissants, assez même pour influencer directement ceux qui sont censés réguler). Qu'est-ce qui fait qu'il est plus
intéressant pour un stockeur de stocker plutôt que d'alimenter l'économie? Certains taux? Certains impôts (de plus en plus difficile sans une coordination internationale)? Là, c'est ton
domaine.