Analyse Libérale

La Monnaie: qu'est-ce que c'est?

26 Juin 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Monnaie

 

     La monnaie est utilisée quotidiennement par des milliards de personnes. Mais comment se fait-il que nous pouvons payer avec des bouts de papiers, appelés billets, ou un bout de plastique, appelé carte? La monnaie a ceci de paradoxal qu'elle est utilisée quotidiennement par des personnes qui ignorent totalement d'où elle vient, comment elle s'est créé, comment fonctionne le système monétaire.

 

     Il y a diverses théories en matières de monnaie. En économie, l'étude de la monnaie embraye directement sur ces théories, notamment les motifs de détention de la monnaie selon John Maynard Keynes: motif de précaution, de transaction, de spéculation. La théorie ne sera pas le sujet ici.

 

     Pour comprendre un phénomène, en économie, rien de mieux que de décortiquer sa construction, la manière dont il est apparu, dont il a évolué, pour être ce qu'il est aujourd'hui. Il s'agit de comprendre concrètement ce qu'est la monnaie, plutôt que de discuter des théories monétaires.

 

     La monnaie est née de l'échange. En effet, l'échange a commencé par le troc: l'échange de quelque chose, bien ou service, contre autre chose, un autre bien ou un autre service. Le problème, c'est de trouver un bien, un service, à échanger. On peut avoir besoin de vin, mais ne pas avoir en échange quelque chose qui intéresserait le producteur de vin.

 

     Il faut dans ce cas un medium, un bien qui soit accepté par tous, car chacun sait qu'il pourra l'échanger contre autre chose, qu'il sera toujours accepté dans l'échange. On pense naturellement à l'or. Mais, il y a eu aussi les grains, et couramment accepté.

 

     Progressivement, les métaux précieux, l'or surtout, et un peu l'argent, se sont imposés comme monnaie d'échange. Ce qui comptait, c'était le poids de métal précieux. Est ainsi né la profession de changeur. Les changeurs contrôlaient les poids des pièces venant de différents endroits d'Europe.

 

     Transporter de l'or n'était pas aisé. Surtout pour de grosses sommes. En Europe, la lettre de change permettait permettait d'éviter le transport de fonds importants en or. Un commerçant pouvait payer par un écrit, dans lequel il s'engage à ce que son fournisseur soit payé par son banquier, à partir d'une date déterminée. C'est donc à la fois un paiement et un crédit.

 

     Ensuite, la lettre de change sera déposée auprès du banquier, qui versera les fonds. Le banquier récupèrera les fonds auprès de la banque du fournisseur. En fait, il opérera une compensation. En effet, un marchand parisien peut déposer auprès de son banquier une lettre de change d'un montant que lui doit un marchand de Venise. Le banquier vénitien doit donc verser les fonds au banquier parisien. Mais un marchand de Venise peut aussi déposer une lettre de change, au banquier vénitien, et le banquier parisien doit lui aussi verser des fonds au banquier vénitien. Il y a ainsi des opération de part et d'autre.

 

     Un calcul global sera fait, et seul sera versé le solde. Si, globalement, c'est le banquier français qui doit des fonds au banquier vénitien, c'est lui qui versera des fonds. Et inversement. Il y a compensation entre les sommes dues et les sommes dues et les créances.

 

 

     La lettre de change peut aussi circuler. Dans ce cas, elle n'est pas directement remise à la banque. Elle est utilisée par celui qui l'a reçu comme moyen de paiement. Plutôt que d'émettre lui-même une lettre de change, un commerçant peut utiliser une lettre de change qu'il a reçu en paiement.

 

     Ce système repose sur la confiance. Cette confiance fait que la lettre de change est acceptée en paiement.

 

    Ensuite, se sont développés les billets au porteur. Ce sont donc les ancêtres des billets de baques actuels. Ils sont dits au porteur, car ils ne comportent pas le nom de la personne qui l'a reçu. Le porteur du billet peut recevoir l'équivalent du montant en or, sans autre formalisme.

 

     Ces billets sont émis en échange du dépôt d'un montant en or. Ils représentent cet or, qu'il n'est plus nécessaire de transporter.

 

     La encore, le maître mot est la confiance. Ces billets sont acceptés parce que chacun est certain de pouvoir les échanger contre de l'or. Ils se développent parce qu'ils sont acceptés.

 

     Cette confiance fait que les gens ne vont pas forcément transformer en or les billets qu'ils reçoivent. Ils les gardent, les utilisent comme moyen de paiement.

 

     Puisque tous les billets ne reviennent pas, les banques peuvent en émettre plus qu'elle ne reçoivent d'or en échange. C'est ce qui s'appelle le crédit. Les banques vont fournir des billets sans recevoir d'or en échange.

 

     Ce sera d'abord l'escompte des effets de commerce. Un effet de commerce est un peu comme une lettre de change. C'est un engagement écrit reçu en paiement. L'escompte, cela consiste à porter cet effet à la banque, pour recevoir des billets donc désormais en échange. C'est la banque qui encaissera le paiement à l'échéance.

 

    Les banques vont de plus en plus faire du crédit. Ce crédit prendra la forme de billets, ou simplement d'une écriture dans les comptes.

 

     Le principe est que la banque doit toujours être capable de convertir les billets en or quand quelqu'un le lui demande. Ou de convertir les montants inscrits dans ses comptes en or.

 

      Il y a là un calcul à faire. C'est le principe de la gestion des banques. La banque prend des garanties aussi quand elle fait crédit. On peut noter qu'il s'agit d'une façon de monétiser du capital immobilisé, comme un immeuble, sans avoir à le vendre.

 

     On remarquera aussi que l'émission de monnaie n'a pas nécessairement à être un monopole d'Etat. Ce dernier n'apporte aucune garantie particulière. Le système peut fonctionner sans l'Etat.

 

     Mais l'Etat s'est toujours occupé de la monnaie. Il s'est arrogé le privilège de la frappe. Officiellement, la raison était de garantir par la frappe le poids des pièces d'or. Mais c'était surtout un attribut du pouvoir. Les pièces pouvaient être rognées.

 

     Par conséquent, l'émission de billets, et de crédit, ne pouvait se faire que par privilège de l'Etat.

 

     Par la création de banques centrales, les Etats ont contrôlé l'émission de billets. Au début, il s'agissait surtout d'assurer le financement de l'Etat, en échange du monopole sur la monnaie. Mais la banque centrale fonctionnait normalement. C'est-à-dire qu'elle assurait la convertibilité des billets.

 

     Peu à peu a été instauré un cours légal, c'est-à-dire que dans le pays, les gens sont obligés d'accepter la monnaie de la banque centrale. Puis, c'est le cours forcé qui a été instauré. C'est-à-dire que la monnaie n'est plus convertible en or.

 

     Le cours légal a été instauré pour favoriser la banque centrale. La monnaie n'est plus convertible en or car trop de monnaie a été créée.

 

     La monnaie est donc un outil de transaction, conçue pour éviter de se servir d'un bien intermédiaire, comme l'or. La crédit est de la création monétaire, basée sur la confiance. La monnaie et le crédit ont été étatisés.

 

     Cette étatisation fait que le cours de la monnaie dépend, entre autre, mais aussi principalement, de la confiance en l'économie du pays qui la contrôle. C'est le principe de la confiance. Si une grande puissance comme les USA accepte toujours le dollar, celui-ci fluctuera selon l'offre et la demande, mais restera une monnaie mondiale, acceptée partout dans le monde.

 

     La monnaie d'un pays en mauvaise santé, mais pas aussi puissant, sera elle en difficulté.

 

     De quoi dépend la monnaie? Puisqu'il n'y a plus de convertibilité en or, on peut penser que, dans ces conditions, la monnaie, c'est du vent. Certains le pensent.

 

     La monnaie obéit toujours à certains fondamentaux. Ainsi, les banques doivent toujours accorder du crédit en fonction des garanties et des capacités de remboursement des emprunteurs. C'est ce qui régule le système.

 

     Cependant, des politiques monétaires se greffent sur ce processus de régulation. Ainsi, les taux d'intérêt sont contrôlés par la banque centrale. Ils ont été utilisés pour relancer l'économie.

 

     Cette politique monétaire est ambigüe. D'abord, elle s'est voulue expansive, sous le keynésianisme. L'inflation n'est pas un problème pour les théories keynésiennes. Cependant, elle est devenu un problème dans la réalité. Alors, c'est la lutte contre l'inflation qui est devenue une priorité... Officiellement. Alors qu'en fait, c'est une volonté de soutenir la croissance par le crédit qui a causé la crise actuelle.

 

     Ce n'est bien sûr qu'une opinion, celle de votre serviteur, qui illustre les débats sur la monnaie. Face aux désordres monétaires, des appels au retour de l'étalon or sont apparus. C'est un appel à la convertibilité de la monnaie en or. Ceci afin de réguler la création monétaire, et éviter les crises. D'autres veulent relancer l'économie par la création monétaire, qui devrait financer l'action de l'Etat.

 

     Il y a là deux conceptions de la monnaie. C'est le constat final de cet article. Aller plus loin nécessiterait de longs développements, qui feront éventuellement l'objet d'un autre article.

 

     Ce rappel sur l'apparition de la monnaie montre que son fonctionnement ne nécessite pas forcément l'action de l'Etat. Cette action, elle, qui est la politique monétaire, prête à débat. Il faut, plus spécifiquement, parler d'action des autorités monétaires,puisque, officiellement, une banque centrale comme la Banque Centrale européenne, ou la Fed américaine, sont indépendante. Cette action est, d'une part, accusée de provoquer les crises économiques. D'autre part, elle est souhaitée par certains pour relancer la croissance.

 

   La monnaie est assurément un maillon essentiel de la compréhension de l'économie.

 

Articles complémentaires: Monnaie et crédit1694: Londres invente la banque centrale,     

 

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Michel MARTIN 30/06/2011 22:08



Il ne reste plus qu'à nous expliquer le paradoxe ou dilemne de Triffin pour nous aider à comprendre le désordre monétaire actuel et les diverses solutions envisageables pour le résoudre (Bancor,
monnaie internationale de Schmitt...).



I-Cube 27/06/2011 10:04



Au départ, à l'origine de tout, était le troc.


La monnaie (unité de conversion) s'est imposée à travers le "troc triangulaire" : J'ai besoin de fourrage pour mon bétail. Je vends une partie de mon bétail au boucher et j'achète le fourrage (ou
les graines) au cultivateur (ou garinetier).


Ce que tu nommes "Etat", c'est en fait le seigneur local : Il a besoin de taxer pour garantir la police des marchés, la régularité du "marché" local.


 


Après, le reste est venu tout seul, avec une première tentative d'unification sous l'empire Romain et une seconde sou Charlemagne (qui a fermé tous les ateliers de frappe de monnaie, sauf deux).


La troisième, c'est l'Euro...



Michel Martin 05/11/2015 13:23

Le troc est un mythe contesté, par exemple par David Graeber:
http://ecodemystificateur.blog.free.fr/index.php?post/Une-histoire-de-la-monnaie-par-David-Graeber