Analyse Libérale

Monnaie et finances : de l'orthodoxie à l'expansionnisme

8 Mai 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

L'histoire économique est souvent simplifiée, et schématisée. Ainsi, la période de l'après deuxième guerre mondiale est généralement présentée comme l'application réussie des théories keynésiennes, suivie du retour à l'orthodoxie dans les années 1980. Pourtant, la réalité est bien différente. Le sujet a déjà été évoqué dans l'article Eléments d'histoire économique contemporaine: sortir des poncifs . Il sera ici question du caractère expansionniste de la politique monétaire.

 

L'histoire "officielle" explique qu'après la seconde guerre mondiale, une politique expansionniste a été menée, selon les principes du keynésianisme. Que les Etats pouvaient gérer leur monnaie comme ils le souhaitaient, une dévaluation permettant de relancer l'économie. Et personne ne se souciait de l'inflation, ni des déficits budgétaires. A contrario, la crise des années 1970 a remis à l'honneur les politiques orthodoxes. C'est-à-dire que les objectifs sont la lutte contre l'inflation, et la rigueur budgétaire, les déficits devant être résorbés.

 

Cependant, en réalité, contrairement à ce qui est généralement laissé entendre, les politiques monétaires et budgétaires n'ont jamais été aussi expansionnistes, en Europe, que depuis l'avènement de l'euro, et aux USA, depuis depuis l'arrivée d'Alan Greenspan à la tête de la Federal Reserve, la banque centrale US.

 

La période de l'après guerre est placée sous les auspices des accords de Bretton Woods. Keynes a dû plier face aux USA. C'est une vision orthodoxe de la monnaie qui s'impose. Le dollar est le nouvel étalon monétaire. Il devient la seule monnaie convertible en or. Les autres monnaies sont valorisées par rapport au dollar. Il s'agit donc d'un système d'étalon or indirect.

 

Concrètement, cela signifie que la Banque de France, par exemple, doit toujours détenir suffisamment de dollars pour payer les échanges extérieurs. Le système contraint donc la création monétaire. Car trop de création monétaire pourrait entraîner trop d'importation et donc trop de dépenses en dollars (cf Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) pour comprendre la création monétaire). Le gouvernement ne pouvait donc pas utiliser le crédit pour relancer l'économie. Le financement même de la dépense publique n'était pas aussi simple qu'aujourd'hui.

 

En 1971, le président Nixon suspend la convertibilité du dollar en or. Les USA n'étaient plus capable d'assurer cette convertibilité. Trop de dollars ont été créés, par rapport à l'or détenu. La monnaie avait été mal gérée. Une période de flottement s'instaure. D'un côté, la libre cotation des monnaies s'impose. D'un autre, les européens n'ont de cesse de créer un mécanisme de change fixe, qui sera d'abord le serpent monétaire. Ce qui débouchera sur l'euro.

 

Dans les années 1970 et 1980, le problème qui s'impose aux autorités monétaires est l'inflation des prix à la consommation. Il sera donc mis en œuvre des politiques de lutte contre cette inflation, par Paul Volcker notamment, quand il était président de la Federal Reserve. Mais, ensuite, quand le risque inflationniste s'éloigne, la politique expansionniste prend ses quartiers.

 

Cette politique est permise par la fin de l'étalon or. Les banques centrales peuvent autoriser la création monétaire sans limite. Et elles ne s'en privent pas. La Fed a ainsi soutenu l'économie US, tandis que le gouvernement fédéral encourageait le crédit aux plus pauvres.

 

En Europe, la Bank of England a également encouragé le crédit. Et même la BCE, la banque centrale européenne. Officiellement, cette dernière a un objectif d'inflation. Et elle n'avait pas à prendre de mesures particulière car l'inflation était globalement sous contrôle, sauf dans certains pays de la zone. Cependant, si elle avait vraiment voulu mettre en ouvre un objectif d'inflation, elle aurait limité l'accroissement de la masse monétaire, conformément aux principes du monétarisme, ou de la théorie quantitative de la monnaie. Une fois que l'inflation se déclare, il est trop tard. Or, la BCE n'a pas appliqué les théories dites orthodoxe du monétarisme, laissant la masse monétaire s'accroître sans contrôle. Elle a validé la politique expansionniste.

 

L'euro a également facilité le financement de la dette souveraine. Auparavant, en cas de déficit prolongé, les Etats devaient faire appel à l'épargne national, ce qui coûtait plus cher. Aujourd'hui, ce sont les marchés qui financent la dette, à un taux très avantageux. En élargissant le marché de la dette, l'euro a grandement facilité le financement de la dette française. Avant, elle était réduite à la zone franc. Aujourd'hui, avec l'euro, c'est toute la zone euro qui a intérêt à investir dans la dette française. Un emprunt national reviendrait plus cher aujourd'hui qu'emprunter sur les marchés financiers.

 

Ce qui s'est traduit par un accroissement de la dette, un taux d'intérêt faible, et a permis les déficits permanents des différents Etats européens (les USA bénéficiaient déjà de telles conditions). En clair, aux USA, au Royaume Uni, et dans la zone euro, les pays ont mené une politique expansionniste: le crédit et la dépense publique pour stimuler la croissance. Ce qu'ils ne pouvaient pas faire sous Bretton Woods.

 

Aujourd'hui, face à la crise, sont opposées, dans les médias, par les politiciens et les éditorialistes, la relance, et la rigueur. Sauf que nous sommes déjà dans une politique de relance. La politique monétaire est toujours expansionniste, avec des taux bas. La Federal Reserve finance la dette US, de même que la BCE, qui le fait indirectement, en fournissant des liquidités aux banques de la zone euro, et en acceptant de la dette souveraine en contrepartie. Et les déficits budgétaires ont explosé.

 

La politique économique de ces dernières années est donc loin d'avoir été orthodoxe. Elle a consisté en un soutien constant à l'économie, sous la forme du crédit et du déficit budgétaire. D'autre part, la politique de l'après guerre n'était pas si expansionniste. En terme de politique monétaire, elle revenait vers une certaine orthodoxie. Même si le système était bancal, rien ne pouvant réellement obliger les USA à bien gérer leur monnaie.

 

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Michel Martin 10/05/2012 11:01


Une vidéo sur la formation des prix à écouter et à méditer. L'offre et la demande y
perd sa place centrale, sans pour autant être éliminé, pour devenir un des éléments du rapport de force qui devient l'élément clé de formation du prix.

Michel Martin 09/05/2012 14:25


Si au moment de Bretton Woods, les US représentaient 70% de l'économie mondiale comptabilisée, l'approximation du dollar comme monnaie de réserve pouvait être acceptable. Au fur et à mesure que
ce pourcentage a diminué, cette approximation devenait de plus en plus intenable, jusqu'en 1971 comme tu le dis où la convertibilité des dollars en or n'a plus été assuré par les US, sans pour
autant que l'on remette en cause ce dollar comme monnaie de réserve internationale, ce qui aurait dû être le cas à ce moment là. Le paradoxe de Triffin qui pointe l'incompatibilité de gestion
entre une monnaie nationale et une monnaie internationale (il en faut beaucoup plus que pour une monnaie nationale, sauf si l'économie du pays en question est très largement majoritaire comme
c'était le cas en 1944 pour les US et le dollar).


Comme tu le soulignes, l'expansionisme monétaire n'a plus aucun frein et le SMI n'existe plus, laissant le champ libre aux plus forts (une cinquantaine de banques pour faire court) d'exploiter le
plus loin possible la rente du capital, créant une pression à l'endettement que nulle force n'est en mesure de contrarier et qui prend les diverses formes publiques et privées, suivant les
circonstances et les lieux, qu'on lui connaît aujourd'hui. C'est à qui se repassera la patate chaude. La pression se reporte aujourd'hui sur une flexibilisation du travail (dérégulation pour être
précis), ainsi qu'en atteste ce projet d'éradication du CDI passant au-dessus des pouvoirs politiques et qui a fait grand bruit les temps dernier. Le chômage demeure un des plus sûrs garants
d'une maîtrise de l'inflation, au moment où les deux autres facteurs d'inflation montent irrésistiblement, à savoir la rareté relative (et peut-être momentanée) des matières premières et le
volume monétaire démesuré.


 


Pour Keynes, l'économie n'est qu'un outil, et non une fin, au service de l'emploi. C'est en ce sens qu'on peut parler d'une économie politique. Il est alors complètement inapproprié de nommer
Keynésiennes des politiques de relance profitant essentiellement aux rentiers sans réduire le chômage. Si Keynes a utilisé les outils de la relance par la demande, c'est qu'a son époque, cette
méthode était efficace pour réduire le chômage.

I-Cube 09/05/2012 10:03


Reste maintenant à "atterrir" sans trop de casse...


Parce qu'on va tomber de haut si la descente n'est pas "contrôlée".