Analyse Libérale

Libertariens et libertarianisme

23 Août 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

      Le libertarianisme peut apparaître comme un barbarisme en langue française. Il s'impose pour désigner un courant intellectuel, qui a pour origine les USA, et qui renoue finalement avec les sources du libéralisme.

 

      Les primaires présidentielles aux USA contribuent à diffuser un nouveau terme dans les médias français, celui de libertarien. En effet, dans le scrutin informel de l'Iowa, Ron Paul, candidat déclaré libertarien, a fait bonne figure, en deuxième position. Le libertarianisme est un néologisme relativement récent dans la langue française. Il prend le pas sur le terme libertaire, qui était également utilisé. Il est une sorte de retour aux sources du libéralisme, après des décennies de domination de l'utilitarisme.

 

      Le terme libertarien s'inscrit dans un contexte américain. En effet, aux USA, le terme "liberal" a perdu depuis longtemps son acception originelle. Il ne désigne plus les théories désignées comme libérale en Europe. Il est plus proche de l'interventionnisme, de la social-démocratie. Les libéraux, au sens européen du terme, y sont qualifiés de "classical liberal".

 

      Dans La pensée libertarienne, Sébastien Caré écrit: « Initié au sortie de la guerre, activement développé dans les années 1960 et solidement institué la décennie suivante, le libertarianisme se donne comme une réponse à la crise rencontrée par le libéralisme depuis le début du siècle. Les libertariens qui se sont portés au chevet de leur aïeul agonisant dressent aussi un diagnostic récurrent: il aurait manqué à la doctrine un pouvoir d'abstraction semblable à celui qui a fait le succès du socialisme. La cause en est que le libéralisme aurait cessé d'être une philosophie politique appelant à l'imagination et investissant tous les domaine du vivre-ensemble, pour ne devenir qu'une doctrine économique, par trop concrète et pragmatique, et partant réduite à la défense d'un statu quo peu reluisant. »

 

      Le libertarianisme est ainsi une sorte de retour aux sources du libéralisme. Il abandonne la voie utilitariste des néoclassiques, qui raisonnent sous forme de calcul économique: la maximisation de l'utilité sous contrainte. Il revient à une réflexion sur l'être humain, sur la société, ses règles, sa dynamique.

 

      Il se situe dans la lignée de Tocqueville, de Locke, Popper, Mill, de tous ceux qui ont posé les bases de la réflexions libérale, au delà du simple calcul économique. C'est une vision de l'économie qui avait été conservée par les autrichiens, dont Hayek et Von Mises.

 

      C'est Hayek, qui n'aimait pas le terme de libertarianisme, auquel préférait la référence aux Whigs anglais, qui en a néanmoins a donné une bonne définition, dans un texte publié en annexe de La route de la servitude, et intitulé Pourquoi je ne suis pas conservateur: « Aux Etats-Unis, où il est presque impossible d’employer le mot « libéral » dans le sens que je lui ai donné, on lui a substitué le mot « libertarien ». Peut-être est-ce la solution ; pour ma part, je trouve ce mot bien peu attrayant et je lui reproche de sentir l’artificiel et le succédané. Ce que je souhaiterais serait un mot qui évoque le parti de la vie, le parti qui défend la croissance libre et l’évolution spontanée. Mais je me suis creusé la tête en vain pour trouver un terme descriptif qui s’impose de lui-même. »

 

      Le spectre du libertarianisme est très large. Sébastien Caré le fait aller d'Ayn Rand à Milton Friedman, en passant par Murray Rothbard, Ludwig Von Mises, Nozick ou Friedrich Hayek. Cette diversité montre que le libertarianisme n'est pas une théorie homogène. Les auteurs peuvent s'opposer sur des thèmes tels que la méthodologie, l'origine des règle de la société, ou encore la place et la taille de l'Etat. Le libertarianisme n'est pas une idéologie.

 

      Le libertarianisme est ainsi avant tout un courant intellectuel, qui fait renouer l'économie avec l'humanisme. Aujourd'hui, ses idées semblent en phase avec une partie de la population des USA. Reste à voir ce que la politique reprendra de ce courant.

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

benichou 25/08/2011 06:15



Je trouve que vous " glissez" un pau vite sur le coeur de cette phrase: la dénonciation des "Banksters", dès le début du XIX ème siècle!



Vladimir Vodarevski 25/08/2011 21:02



Vous avez raison! Je pars tout de suite dans une réflexion sur la monnaie, alors qu'il y avait, d'après le peu que j'ai pu ire sur le sujet, de véritable filous parmi le maquis des banquiers US
de l'époque.


Cependant, historiquement, les banquiers, et ceux qui exerçaient le commerce de l'or, qui ont fait office de banquiers, n'ont-ils pas toujours été critiqués? C'est parce que ce commerce n'était
pas bien vu qu'il était réservé aux juifs, des non chrétiens, à une époque. Juifs qui en ont gagné une réputation d'avarice.



benichou 24/08/2011 16:51



 « Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un
jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation,
ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis ».Extrait d’un discours de
Thomas Jefferson de 1802


Etonnant non?


C'est d'autant plus drôle, que le parti républicain- démocrate de Jefferson était opposé à la puissance de l'état fédéral!



Vladimir Vodarevski 24/08/2011 23:19



Pas si étonnant. A l'époque, le gouvernements fédéral essayait d'iposer une monnaie unique. Remarquez comme le souci est l'inflation! C'était l'époque de l'étalon or, et on craignait la création
mnétaire inconsidérée. Jefferson aurait-il été d'acord avec une banque centrale, créé en 1913 aux USA, qui aurait eu pour but de soutenir la croissance?



Michel Martin 23/08/2011 23:08



Tu es au coeur de notre désaccord. Et le libertarianisme est bien une idéologie, celle qui présuppose une main invisible sociale, qui présuppose que l'addition d'individus peut faire une société.
Je propose une évolution de cette idéologie d'une démocratie anarchique vers une démocratie sociocratique qui prenne en compte dès le début de la combinaison du je et du nous.


Le ciel est garni d'étoiles (liberté, égalité, océanité), mais
l'enfer est pavé de bonnes intentions. Aussi bien l'idéologie égalitariste traduite en communisme que l'idéologie libertaire traduite en libertarianisme ne devraient jamais être descendu du ciel
étoilé des idéologies sous forme de programmes.