Analyse Libérale

Les entrepreneurs sont redevables à l'Etat

7 Août 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

      Le président US Barack Obama a déclenché une polémique outre-Atlantique, en déclarant, en substance, que les entrepreneurs devaient leurs succès à l'Etat. En effet, les entrepreneurs bénéficient du réseau routier, des infrastructures électriques, de l'éducation, de services fournis par l'Etat. Ils bénéficient même de découvertes faites par des recherches financées par l'Etat. Donc, ils doivent leurs succès à l'Etat.

 

     Que les infrastructures, l'école, la recherche, soient utiles aux entrepreneurs, nul ne le contestera. Mais déclarer, par un raccourci, que cela signifie que la réussite des entrepreneurs doit tout à l'Etat, c'est là bien audacieux. D'abord, car tous ces services ne proviennent pas forcément de l'Etat, ou pourraient être fourni en dehors de l'Etat. Ensuite, parce que l'action de l'Etat, dans ces domaines, n'est pas non plus obligatoirement efficace, et que l'interventionnisme étatique produit dans d'autres domaines des effets très néfastes pour l'économie.

 

    Il ne faut pas confondre deux choses: les services fournis par l'Etat, et l'utilité de l'Etat. En effet, il est indéniable que beaucoup de services sont fournis par l'Etat, comme par exemple l'éducation. Ce qui ne signifie pas que l'Etat est indispensable aux entrepreneurs, mais que ces services, à l'instar de l'éducation, sont utiles aux entrepreneurs. Les services fournis par l'Etat pourraient être fournis par le privé. D'ailleurs, l'Etat n'a rien inventé. Que ce soit l'éducation, la prévoyance, l'assurance maladie, les chemins de fer, tout a été inventé par le privé. L'Etat est venu ensuite, étatisant ces domaines.

 

   Aujourd'hui encore, le privé apparaît comme indispensable. Il intervient dans les infrastructures, comme en matière de téléphonie, et même en matière de sécurité, ou d'éducation. Il n'y a donc pas de domaine propre à l'Etat.

 

     S'il n'y a pas de domaine propre à l'Etat en matière économique ou sociale, la première question est donc l'utilité de l'Etat. Les réponses des libéraux sont différentes. Friedrish August Hayek ou Milton Friedman prônent un rôle à l'Etat. Les fonctions régaliennes, de justice, de sécurité, mais aussi une partie du financement de dépenses de formation ou un impôt négatif. Les libertariens, comme Murray Rothbard, prônent l'absence d'Etat.

 

     Cependant, aucun ne dirait que les entrepreneurs doivent leur réussite à l'Etat. En effet, l'Etat a besoin des impôts versés par les entrepreneurs, des emplois créés par les entrepreneurs. L'Etat dépend donc des entrepreneurs, qui créent de l'activité. Dans un monde idéal, l'Etat est au service de la population, et donc des entrepreneurs. C'est la population, qui en s'unissant, décide, dans un monde idéal, des services que doit rendre l'Etat, et les finance, librement, toujours dans un monde idéal.

 

     La question de savoir si les entrepreneurs doivent leur réussite à l'Etat dépend aussi de l'efficacité de l'Etat, US en l'occurrence, ces dernières années, dans les missions qui lui sont dévolues. le bilan n'est pas très reluisant. Le réseau routier US n'est pas réputé pour sa qualité. Le réseau électrique est en train d'être rénové. Le système éducatif n'est pas terrible. Remarquons qu'aux USA, il faut sans doute entendre Etat au sens large dans les propos d'Obama. En effet, beaucoup de fonctions sont des prérogatives locales, des Etats fédérés, ou des comtés, ou paroisses en Louisiane. Ainsi, l'éducation est très décentralisée, tout en bénéficiant de programme fédéraux, comme le No child left behind du président George W. Bush. Quoi qu'il en soit, dans les fonctions qui lui sont dévolues, le bilan n'est pas terrible. Sauf peut-être dans la sécurité.

 

     Mais le gouvernement US a été plus loin que les fonctions qui sont dévolues à l'Etat par les théories économiques et politiques. Il est intervenu dans l'économie en forçant les banques à prêter à des populations fragiles, par le community reinvestment act, de même qu'il a fixé aux agences Fannie Mae et Freddie Mac des objectifs de rachat de prêts hypothécaires accordés à des foyers à bas revenus (des prêts subprime) ou à revenus modérés. Ajoutons que le président de la Fed, la banque centrale américaine, est nommé par le président US, et que son mandat est renouvelable. Donc, si un président est renouvelé, c'est que sa politique convient au président. Il y a ainsi un lien de dépendance, qui permet d'inclure la politique de la Fed dans la politique gouvernementale. La Fed qui a favorisé la création monétaire, pour soutenir l'économie. Toutes ces politiques ont provoqué la crise actuelle.

 

     L'Etat se présente comme défenseur de l'intérêt général. mais l'école du choix public a montré que l'Etat obéit aux intérêts de ceux qui composent le gouvernement, intérêts partisans, et de court terme.

 

     Par conséquent, au vue du bilan de l'Etat US, la question serait plutôt, est-ce que les entrepreneurs ne réussissent-il pas malgré l'Etat? Malgré les déficiences de l'Etat dans les fonctions qui lui sont dévolues, et malgré l'interventionnisme qui a provoqué la crise?

 

      Obama s'inscrit dans une rhétorique très française: en économie, quand ça va mal, c'est la faute aux entreprises, l'Etat n'est pas critiquable, et, s'il échoue, c'est forcément qu'il manque de moyens, et non qu'il doit redéfinir son action et son mode de fonctionnement. L'Etat ne doit jamais se remettre en question.

 

     Les USA sont un pays de débats. Face à quelqu'un comme Obama, il y a un Ron Paul, le mouvement des Tea Party, qui rétablissent les faits. Les propos d'Obama dénote cependant une orientation assez éloignée des valeurs entrepreneuriales des USA. Ils n'ont pas été proférés au hasard, et dénotent probablement l'orientation de la campagne présidentielle : les valeurs de l'entrepreneuriat, de la croissance, de la réussite, défendues probablement par Mitt Romney, et l'interventionnisme, défendu par Obama. Même s'il est un peu tôt, et qu'il ne faille préjuger de rien en politique : les politiciens suivent le vent.

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