Analyse Libérale

Les entrepreneurs ont besoin des financiers.

23 Octobre 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     En France, la finance est déconsidérée. Elle est opposée à ce qui est appelé "l'économie réelle". Deux articles dans la presse viennent contredire ce postulat. Dans son blog sur lefigaro.fr, Yann Le Galès a présenté une étude de Startupbootcamp, qu'il a quasiment entièrement traduite, qui montre l'importance de l'environnement financier pour le développement des startups. Un autre article, publié par lesechos.fr, est une tribune de Denis Payre, co-fondateur de Business Objects, et fondateur de Kiala, qui présente un exemple concret d'utilisation des marchés financiers par une jeune entreprise en développement, et des problèmes posés par l'imposition sur les plus-values prévue dans la loi de finances 2013.

 

     L'étude de Startupbootcamp montre que l'Europe a développé des atouts qui favorisent l'essor des startups : les infrastructures, et l'éducation. Elle dépasserait même les USA dans ces domaines. Cependant, elle n'a pas mis en œuvre des conditions permettant de développer suffisamment le nombre de capital-risqueurs, de même que les conditions de sortie du capital des startups. En clair, les législations européennes ne sont pas favorables à l'investissement des financiers dans les start-ups. Les financiers ont besoin de conditions favorables pendant la période d'investissement. C'est, par exemple, un problème de fiscalité. Ainsi, en France, l'ISF pénalise l'investissement dans une entreprise de croissance, qui ne distribue aucun dividendes, et qui présente un risque.

 

     De même, les investisseurs de départ ont besoin de conditions favorables lors de la revente de leurs participations, quand des investisseurs plus traditionnels peuvent entrer dans la société, celle-ci ayant fait la preuve de son modèle économique. D'où la nécessité de marchés financiers développés. Comme par hasard, le pays qui en Europe présente les conditions les plus favorables aux investisseurs dans les startups est le Royaume Uni.

 

     Cette étude de Startupbootcamp montre l'importance des financiers et des marchés financiers pour la création, et surtout le développement de startup. Une startup aura d'autant plus besoin de financements qu'elle est ambitieuse. Et c'est son développement ambitieux qui créera des emplois.

 

     En complément, le témoignage de Denis Payre montre qu'il est illusoire de penser séparer les "bons" investisseurs des "mauvais". Par exemple, le gouvernement a décidé de favoriser la durée de détention des parts d'une société, pour accorder des abattements fiscaux. Il faut avoir détenu un pourcentage du capital pendant 6 ans au moins pour bénéficier d'un abattement maximum. Sauf que Business Objects a été introduite au Nasdaq, la bourse américaine des startups, au bout de 4 ans d'existence. Et Denis Payre explique que c'était une fenêtre de tir très étroite. Les résultats de la société étaient bons, et le secteur présentait de bonnes perspectives.

 

     De même, en France, il est convenu qu'un "bon" investisseur est celui qui possède un certain pourcentage d'une société. Or, ce pourcentage peut évoluer très vite. Quelqu'un peut investir une certaine somme pour le lancement d'une société. La société grandit, et a besoin de nouveaux financement. Ce besoin peut intervenir très rapidement. Le lancement, est d'abord un test. Puis, une fois le test réussi, d'autres investisseurs arrivent. Puis, si la société se développe, de nouveaux investisseurs viennent la soutenir. L'investisseur initial peut vite se trouver très dilué. Même le créateur peut être très dilué, car son entreprise n'aurait pas pu se développer sans investisseurs financiers.

 

     Par exemple, Pierre Chappaz, cofondateur de Kelkoo, ne possédait qu'un faible pourcentage de sa société au moment de sa revente. Mais, sans les investisseurs financiers, Kelkoo ne se serait jamais autant développé.

 

     La France favorise la création de très petites entreprises, créées par un petit groupe, qui fait peu appel à des financiers, et qui peuvent plus difficilement, et moins rapidement, se développer, et surtout créer beaucoup d'emplois. D'autre part, les grands groupes peuvent composer avec la complexité fiscale et réglementaire. Mais il ne viendrait pas à l'idée que le déclin de ces groupes puisse être compensé par de nouvelles entreprises, comme Cisco a remplacé Lucent aux USA.

 

     Les marchés financiers sont utiles aux entrepreneurs. Ils sont nécessaires à l'économie, au développement des entreprises, et, par conséquent, à l'emploi, et à la protection sociale, puisqu'elle est financé par les revenus.

 

     (Articles complémentaires : De l'utilité de l'innovation financièrepour l'économie dite réelle, Le trading haute fréquence sert moins à spéculer qu'à apporter de la liquidité )

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Lio 25/10/2012 11:24


"Les marchés financiers sont utiles aux entrepreneurs. Ils sont nécessaires à l'économie, au développement des entreprises, et, par conséquent, à l'emploi, et à la protection sociale, puisqu'elle
est financé par les revenus."


Tout est dit. Sans finance, pas ou peu de croissance.

I-Cube 24/10/2012 08:07


Une évidence.


Comme il est évident que personne ne peut se passer non plus des marchés financiers à terme, qu'on soit importateur ou exportateur.


Mais la "pensée unique" persiiteà prétendre le co,ntraire et nombre d'ignorant à ne pas réfléchir plus de deux secondes (soixante fois moins longtemps qu'un poisson rouge...) pour se rendre
compte l'insolence de tels propos.


 


En matière d'éducation économique, on a du boulot, l'Ami !