Analyse Libérale

Les débats européens sur la dette

24 Octobre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Il se déroule en ce moment une bataille feutrée, masquée par la mort de Kadhafi et le coupe du monde de rugby, qui revêt cependant une importance cruciale en matière monétaire. Les européens mènent en effet des négociations sur ce que doit faire la zone euro face à la crise de la dette. Parmi les solutions figurent la proposition française de transformer le fonds de soutien à l'euro en banque, afin de lui permettre d'être financé par la BCE, la Banque Centrale Européenne.

 

     C'est ce qu'on appelle vulgairement le financement par la planche à billets. C'est ce qu'a fait la Fed, la banque centrale des USA, à travers ses politiques de quantitative easing. Cela signifie créer de la monnaie, ex nihilo, pour financer la dette des états européens. En effet, la BCE crée de la monnaie à chaque fois qu'elle achète de la dette.

 

     C'est d'abord aller à l'encontre des traités européens, qui interdisent à la BCE de créer de la monnaie pour financer les Etats de la zone euro. La BCE a trouvé un subterfuge en rachetant de la dette sur les marché financiers et non pas directement lors de l'émission de l'emprunt par un pays de la zone. Il n'en reste pas moins qu'il s'agit là d'un contournement rendu possible uniquement par l'assentiment des différents pays de la zone.

 

     Ensuite, c'est le rejet, ou même le déni, de l'expérience. Pourquoi cette règle qui interdit ce qu'on appelle la monétisation de la dette a-t-elle été instaurée? Parce que la monnaie la plus stable d'Europe, et qui a soutenu l'édification de l'économie la plus puissante de l'Union était le deutschemark. La banque centrale allemande avait construit cette monnaie en luttant scrupuleusement contre l'inflation. Cette monnaie, forte, constamment réévaluée, avait soutenu la croissance de l'Allemagne, qui était la première puissance exportatrice mondiale (et qui vient à peine de se faire détrôner par la Chine).

 

     C'était un pacte: l'Allemagne acceptait d'abandonner le deutschemark, à condition que la nouvelle monnaie soit aussi bien gérée. C'est ce pacte qui vole en éclats, ce qui explique les réticences allemandes.

 

     Mais ce pacte n'est-il pas trop rigide? Ne faut-il pas libérer la création monétaire pour enrayer la crise, comme l'a fait la Fed?

 

     Les médias popularisent l'idée que le laxisme monétaire, grâce notamment à la dévaluation, permettrait une reprise rapide et sans douleur. Rappelons cependant l'expérience française des années 1980. A cette époque, l'euro n'existait pas, le franc était dévalué selon le bon vouloir du gouvernement. Ce qui n'a pas empêché, sous un gouvernement socialiste, un plan de rigueur tel que cette expression est devenue tabou en France. Ce qui montre clairement les conséquences de la fuite en avant de l'endettement. On pourrait ajouter que la crise actuelle provient de la création monétaire débridée de la Fed.

 

     Tel est le débat aujourd'hui. D'un côté, la théorie, héritée du keynésianisme, qui stipule que la dépense publique permet la relance de l'économie. Et, de l'autre côté la réalité, selon laquelle la relance budgétaire engendre des dettes qu'il faut rembourser, sans aucun effet de relance. L’Allemagne s'est astreinte à un gros effort pour pour retrouver l'équilibre budgétaire, de même que le pays emblématique de l'Etat providence, la Suède. Et ce sont ces pays qui sont en meilleure santé aujourd'hui. Ne serait-ce pas un signe?

 

     De plus, le monde connaît aujourd'hui une inflation des prix des matières premières, laquelle n'est pas sans rapport avec les politiques de quantitative easing de la Fed.

 

     Aujourd'hui, l'Europe négocie pour circonscrire la crise. Est prévu l'acceptation d'un défaut partiel de la Grèce, à hauteur de 50% de sa dette, par les banques, en échange d'une recapitalisation de ces dernières. Les négociateurs mettent également la pression sur l'Italie, pour qu'elle présente des perspectives budgétaires crédibles. Ils veulent éviter un effet domino: si un pays de la zone n'est pas crédible, toute la zone est entourée de suspicion.

 

     Pour le moment, la proposition française de la planche à billets est écartée. Mais il semble que ce soit surtout l'Allemagne qui l'écarte. Cette proposition pourrait donc redevenir d'actualité. Avec ses effets prévisibles.

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I-Cube 28/10/2011 09:56



Pas du tout : Les "hors bilans" sont publiés dans les annexes des entreprises.


En toute transparence.


Et pour la finances publiques, on en est à voter une loi de finances rectificative à chaque fois.


Faut lire le JO, c'est tout !


Et rester aux aguets...



I-Cube 25/10/2011 11:35



Abandon de la créance/dette sur la Grèce ?


Un choix entre "planche à billet" et abandon ?


 


C'est assez marrant comme idée.


 


Parce que quand une "filiale" a des difficultés à rembourser ses avances ou ses comptes-courants, en général on en reporte le terme. Ca ne change rien aux "bilans consolidés".


Global.


Ou quand on abandonne, c'est sous condition de "retour à meilleure fortune".


Là non plus, ça ne vhange rien aux "bilans consolidés", il sont seulement allégés our passer les dettes/créances dans le "hors bilan", avant que d'y revenir à l'occasion...


 


Pourquoi ils ne pensent pas à ce genre de mécanismes archi-connus, nos "dirigeants" ?



Vladimir Vodarevski 27/10/2011 22:33



Du hors bilan pour les Etats! Tu ne trouves pas qu'ils font assez de bêtises comme ça? C'est un moyen supplémentaire d'opacité que tu proposes!



benichou 25/10/2011 06:16



Mieux vaut laisser les pays et les peuples CREVER, au nom de la SACRO SAINTE orthodoxie financière!


Il y a certains propos que je trouve CRIMINELS.



Vladimir Vodarevski 25/10/2011 18:45



Il ne faut pas non plus se lancer dans une fuite en avant pour soi-disant sauver l'Europe, et enfoncer encore plus les européens. Ce sont ces bien pensants donneurs de leçons qui sont les
premiers à critiquer les augmentations de biens de première nécessité, provoquée par la création monétaire.


A contrario, l'orthodoxie monétaire a permis une action sociale efficace au Brésil.


La réalité nous rappelle à l'ordre. L'ignorer risque de créer plus de souffrance encore.