Analyse Libérale

Le schéma de base de l'économie

3 Novembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

      Qu'est-ce que l'économie? J'ai décrit les principes de la théorie de l'équilibre, puis ceux qui ont guidé les politiques macroéconomiques.


      Nous avons vu ainsi que la théorie de l'équilibre décrit de façon mathématique le fonctionnement des marchés. Mais elle ne donne pas de solution de politique économique volontariste, pour relancer la croissance par exemple. Il faut au maximum laisser faire les forces du marché.


      Le politiques macroéconomiques ont voulu contrôler l'économie à partir des grands agrégats. Elles ont voulu relancer la croissance par une politique budgétaire, puis monétaire. Après avoir cru au succès de ces politiques, les échecs subis depuis les années 1970 jusqu'à la dernière crise financière remettent en cause ces politiques.


      La grande interrogation qui reste, c'est donc comment relancer la croissance. Ou encore, d'où vient la croissance? D'où vient la création de richesse? La théorie de l'équilibre mathématise le fonctionnement des marchés sans répondre à ces questions. Et les outils de la macroéconomie n'ont pas rempli leurs objectifs, ce qui met en doute l'Idée que la croissance puisse être initiée par une demande venant de la dépense budgétaire.


      Pour comprendre les mécanismes de l'économie, le mieux est de remonter à la source, à l'origine du mécanisme. Qu'est-ce que l'économie aujourd'hui? Comment fonctionne le système économique? Quel est l'opération économique de base, de laquelle découle tout le système?


Le schéma de base de l'économie

      Quand on décrit l'économie, on présente d'un côté les consommateurs, de l'autre les producteurs. On enchaîne sur le marché du travail, et la répartition de la richesse. Ce n'est pas là le mécanisme de base. Et c'est peut-être parce qu'on oublie le mécanisme de base que l'on comprend si mal l'économie.


      Pour le comprendre, il faut décortiquer ce qu'est une opération économique, pour les gens. Que se passe-t-il sur ce qu'on appelle le marché? Il y a des gens, qui ont des besoins, qui ont envie d'avoir quelque chose. Besoin de manger, de réparer sa toiture, envie d'un gâteau au chocolat.


      Si quelqu'un doit réparer sa toiture, mais qu'il ne sait pas le faire, il va demander à quelqu'un d'autre de le faire pour lui. Et, en échange, il va lui même proposer un service à celui qui va réparer sa toiture. Comme refaire l'installation électrique. C'est du troc.


      Evidemment, il est difficile de rencontrer quelqu'un qui peut effectuer la réparation dont on a besoin, et qui a besoin d'un service qu'on peut lui apporter. par conséquent, en paiement, pour le service, on peut signer une reconnaissance de dette: je soussigné Mr Machin doit un service de tel type à Mr Truc.


      Monsieur Truc pourra à son tour payer quelqu'un avec cette reconnaissance de dette. Par exemple, s'il veut refaire la peinture de la façade, il pourra dire au peintre, voilà, tu vas voir Machin pour ton électricité, il me doit un service, voici la reconnaissance de dette.


      Ce système a aussi ses limites. Il faut avoir confiance, être certain que le bout de papier présenté comme une reconnaissance de dette a de la valeur. Alors, Mr Truc peut aller voir une banque. Et, en échange de la reconnaissance de dette, avoir de l'argent, accepté par n'importe qui en paiement de n'importe quoi. Il pourra payer le peintre avec de l'argent.


      Mr Machin, qui a fait réparé sa toiture par Mr Truc, pourra avoir de l'argent en rendant lui même un service à quelqu'un, et rembourser la banque qui détient sa reconnaissance de dette.


      On a là le schéma de base de l'économie d'aujourd'hui: un système d'échange par l'intermédiaire de la monnaie. Ce qu'on appelle le marché, ou l'économie de marché, n'est rien d'autre qu'un système pour apparier les désirs et besoins de chacun.


      Tout le système de production part de ce schéma de base. Il se trouve que des entrepreneurs ont eu besoin de bras. Des gens ont accepté d'être payés pour exécuter un travail. Le travail est un service. Ce qu'on nous présente habituellement de l'économie est en quelque sorte la superstructure. L'infrastructure, c'est le schéma de base.


Une vision personnelle?

      Ai-je présenté une vision trop personnelle de l'économie? Je ne pense pas. J'ai juste expliqué le fonctionnement de base. En illustrant la célèbre phrase de Jean-Baptiste Say, considérée comme un fondement de l'économie de l'offre: «Les produits s'échangent contre des produits».


      De même, Schumpeter a mis à l'honneur le rôle de l'entrepreneur dans l'économie. L'entrepreneur, ce n'est pas le chef d'entreprise. C'est celui qui introduit une innovation. Quelqu'un donc qui propose un nouveau produit ou un nouveau service, pour obtenir quelque chose en échange, et qui ainsi donne une impulsion à l'économie.


      On comprend alors le principe de laisser faire le marché. L'économie, c'est ce que font les gens pour obtenir les biens et services qu'ils désirent. Ce ne sont pas les dépenses publiques qui donnent l'impulsion. On comprend aussi l'échec du collectivisme. L'économie, ce n'est pas un plan élaborée par un pays, qui peut décider de ce qu'il faut produire. Ce sont les gens qui essaient d'obtenir ce qu'ils veulent, par divers moyens.


       Le PIB n'est qu'une évaluation monétaire de ce qui a été échangé. Un PIB qui augmente signifie que les gens ont obtenus plus. C'est tout. On ne décrète pas une augmentation, ou une baisse du PIB. Il faut convaincre les gens de produire moins, par exemple, si on veut une baisse du PIB. On entend aujourd'hui des reproches contre la course au PIB, en critiquant implicitement l'économie de marché. Mais ce n'est pas l'économie de marché qui provoque une quelconque course au PIB. Ce sont les gens qui échangent. Il faudrait donc convaincre les gens de changer de comportement.


      Sur ce schéma de base s'est construit un système complexe de salariat, de marché des capitaux, de banques, etc. Mais cela n'a pas été décidé. Ce système s'est construit tout seul. Et, pour favoriser la croissance, ou, plutôt, pour satisfaire les besoins et envie des gens, il faut ne pas entraver l'initiative. Car c'est de là que vient l'impulsion. Et c'est elle qui a, en fait, cet effet multiplicateur. Une entreprise qui se crée donne à des gens l'occasion d'offrir leurs compétences en échange d'argent.


La politique économique

      Est-ce à dire qu'il n'y a pas de politique économique possible? Qu'il suffit de laisser faire? Ce n'est pas si simple. Pour que le système fonctionne, il faut un cadre réglementaire. Il faut que chacun respecte l'autre. Cela peut se faire sans système judiciaire, dans un monde parfait. Mais, souvent, les gens doivent désigner certains d'entre eux pour faire respecter les réglemente, nécessaire au bon fonctionnement du système. La politique économique peut donc être la préservation des conditions de bons fonctionnement de l'économie. Même s'il y a débat sur le sujet, sur le rôle de l'Etat.


      Il y a aussi une politique économique dont je n'ai pas vu de théorisation mais assez souvent appliquée: l'imitation. Selon les économistes libéraux, les pratiques les plus efficaces se propagent par effet d'imitation. C'est valable pour la politique économique. On peut essayer d'imiter dans un pays un système qui a fait ses preuves ailleurs.


      C'est vrai du cadre réglementaire. Mais pas seulement. De nombreux pays ont cherché à développer les techniques et industries qui semblaient avoir ailleurs un effet moteur sur l'économie. La France a ainsi favorisé l'implantation d'une industrie textile sur son sol. Aujourd'hui, on parle de diffusion de l'innovation. On parle de susciter l'innovation. Car ce n'est pas une industrie en soi qui tire une économie de nos jours, mais plutôt un système de renouvellement permanent du tissu économique (cf  La relance, l'innovation, capital risque et capital développement   ).


      La politique économique, c'est aussi la politique monétaire. La monnaie est juste un moyen d'échange, une reconnaissance de dette. On utilise la monnaie sans même comprendre ce que c'est. On voit comme sa gestion est importante, vu son rôle dans le système. Et comme elle est délicate.


      Mais, là encore, il faut revenir au schéma de base pour comprendre comment elle fonctionne, et déterminer comment la gérer. Or, aujourd'hui, on oublie ce qu'est la monnaie pour, le plus souvent, s'engouffrer directement dans la classification keynésienne des ses rôles: épargne, transaction, liquidité.


      Ce système économique correspond aussi à des principes de sociétés. Il met en avant l'accomplissement personnel. Chacun doit pouvoir décider de sa vie. Ou, plutôt, au moins pouvoir essayer. C'est le concept d'une société respectueuse des modes de vie de chacun. Chacun est libre de vivre comme il veut, de travailler, de choisir de gagner beaucoup ou peu, sans gêner la liberté d'autrui. Ce qui suppose des ajustements permanents.


Ultra-libéralisme sauvage?

      Cet accomplissement personnel se fait-il au détriment d'autrui? La liberté, l'initiative suppose-t-elle la domination de groupes, de grosses entreprises, sur d'autres? Des plus forts sur les plus faibles?


      J'ai déjà répondu, mais il est nécessaire d'insister sur ce point. La notion de liberté suppose que la liberté de chacun soit respectée. Donc d'interdire la domination. Maintenant que les règles soient respectées ou non dans le monde réel est une autre histoire. Il y a des problèmes de domination, d'accaparement. Ce qui est contraire aux règles de l'économie de marché.


      De même, la crise financière vient à la fois d'une relance monétaire par les autorités américaines, et, entre autre, d'un manque de transparence, d'information dans le monde de la finance. Deux manquements au fonctionnement de l'économie de marché. Le monde réel n'est pas un monde idéal.


      Ensuite, on oppose souvent la solidarité au système économique. On peut aussi remarquer que les économistes en parlent peu, ou pas. Je n'ai d'ailleurs pas évoqué la solidarité jusqu'ici.


      Il y a là un grand malentendu entre les économistes et le grand public. Les économistes étudient le fonctionnement de l'économie. La solidarité est une affaire personnelle. On décide, ou non, d'aider les autres. Une économie juste est une économie qui proscrit le vol par exemple. Mais assurer un niveau de vie minimum, et décider qu'il y a un niveau de vie minimum, n'est plus du ressort de l'économie. Ce sont les gens qui, individuellement ou collectivement, peuvent décider de garantir ce niveau de vie minimum.


      Cela est d'autant plus vrai que la notion de solidarité est différente d'un pays à l'autre. Un habitant des USA va privilégier le don volontaire à des associations, et se méfier de l'Etat. Il va avoir tendance à considérer que si quelqu'un est pauvre, c'est au moins en partie, de sa faute. Un français va être plus exigeant sur la nécessité d'une protection collective.


       La solidarité est donc surtout une affaire de gestion. Il ne faut pas considérer que toute dépense de solidarité est bonne pour l'économie, car la dépense publique soutiendrait la croissance. Nous avons vu que c'était faux. Il faut, en fonction des vœux des gens, déterminer les attributs d'un niveau de vie minimum, en fonction des possibilités, et le garantir sans obérer le fonctionnement de l'économie. Ce sont des ressources qui ne sont plus disponibles pour l'investissement par exemple.


      Ce débat sur la solidarité est souvent faussé par ce concept qui dit que la dépense publique a forcément un effet bénéfique sur la croissance économique. On s'en sert de prétexte pour ne pas s'interroger sur l'efficacité des dépenses publiques, en terme de maintien d'un niveau de vie minimum. Et, quand quelqu'un veut améliorer l'efficacité de la dépense publique, il est accusé de vouloir détruire le système de protection social. Au final, on en vient à des solutions prises dans l'urgence, en catastrophe, quand on ne peut plus financer le social. Et, comme les économistes mettent l'accent sur les conditions de fonctionnement de l'économie, et non sur les aspects de solidarité, ils sont accusé de vouloir détruire le social. Un langage de sourds. Mais quand même en partie de la faute des économistes, qui devraient parler aux gens de ce qui les intéressent, plutôt que de rester dans leur bulle théorique.


      Aujourd'hui, la mode est aussi d'opposer l'écologie au système économique. Ce dernier favoriserait l'exploitation de la planète. Répétons-le, ce sont les gens qu'il faut convaincre de changer de mode de vie. Le système intègre très bien l'écologie. Les normes de santé publiques, par exemple, sont extérieures au système économique. Maintenant, qu'il y ait des lobbies qui voudraient préserver certains avantages, c'est une chose qu'il faut combattre. La réalité n'est pas l'idéal théorique, je le répète.


Conclusion

      Je viens de décrire, rapidement, le libéralisme. Le système de l'économie de marché, dans lequel donc chacun propose ses services en échange d'autres services. Le libéralisme politique aussi, qui veut laisser chacun libre de s'accomplir, dans le respect d'autrui. Nous sommes loin de la mathématisation. Nous sommes dans une conception humaniste, dirions nous aujourd'hui, de l'économie. On en voit aussi mieux tous les enjeux sociaux. Tous les débats possibles sur le rôle de l'Etat. Présentée hors du jargon mathématique pseudo scientifique, l'économie peut aussi être plus accessible.


      Ce n'est ici qu'une présentation. Je ne fais qu'effleurer tous les enjeux. Mais, déjà, j'ai pu justifier des choix de politiques économiques. Et, surtout, cette explication a sa cohérence, et elle est aussi cohérente avec la réalité observée. Cohérence interne, cohérence externe: les critères requis pour une théorie.


(Cet article pourrait être amélioré. Mais j'ai choisi de le publier tel quel, car, d'abord, la  perfection est inatteignable. Et je n'ai pas trop le temps de peaufiner. Si vous pensez que des précisions sont nécessaires, ou si vous nêtes pas d'accord, n'hésitez pas à laisser des commentaires.)

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03/11/2009 18:48


Rien à redire.
Juste une précision "juridique" (puisque je suis aussi juriste) : Le Code civil, en son article 1779, cause de "louage d'ouvrage et de service", pour nommer à la fois tout contrat de travail, de
transport et voiturier et (depuis 1967) d'entreprise (en fait la remise d'un ouvrage, d'un bien fini ou semi-fini).
Et ça date de 1804...

Là dessus et par ailleurs, le contrat de travail (enfin les contrats de travail, louage de service), s'ils ont tout un Code pour eux, dit "Code du travail", parfois très touffu, complexe et mouvant
dans le temps, ne bénéficie absolument d'aucune définition juridique !
Même pas dans le Code de la fonction publique, ni dans aucun autre...

C'est juste une construction jurisprudentielle stratifiée et consolidée au fil du temps.

Bon, c'était juste une aparté sur un point de détail.
Mais elle est assez symptomatique de la pensée contemporaine en matière "d'activité économique laborieuse".