Analyse Libérale

Le projet de réforme des retraites du gouvernement.

16 Juin 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

 

      Le gouvernement vient de présenter son projet de réforme des retraites. Le projet est disponible sur le site du ministère du travail. Voici différents liens: il y a une synthèse, un dossier de presse qui présente le projet en fiches (ce n'est pas trop long, c'est écrit gros et c'est aéré). Il y a aussi le discours du ministre, que je n'ai pas lu. 
 

      Il s'agit d'un projet, qui doit encore passer par l'Assemblée Nationale et le Sénat. 
 

      Le projet est basé sur l'allongement de la durée de la vie active. L'âge légal de droit commun est progressivement augmenté, pour arriver à 62 ans en 2018. L'âge légal augmentera de la même manière pour ceux qui aujourd'hui peuvent prendre leur retraite à 50 ans et 55 ans. Il sera porté à 52 et 57 ans. 
 

      Par contre, pas pour les régimes spéciaux. Pour tenir compte de la réforme de ces régimes en 2008, le mouvement d'augmentation de l'âge légal commencera en 2017. Une année d'élection présidentielle, mais bien après la prochaine élection de 2012! 
 

      La durée de cotisation pour bénéficier d'une retraite à taux plein augmentera en fonction de l'espérance de vie, jusqu'en 2020. Compte tenu des estimations de l'INSEE, la durée de cotisation devrait être de 41,5 ans en 2020 (ce peut-être plus si l'espérance de vie augmente plus rapidement). 
 

      De même, l'âge permettant de bénéficier d'une retraite à taux plein sans avoir le temps de cotisation requis est relevé de 65 à 67 ans. 
 

      Cette augmentation de la durée de la vie active est logique. La retraite est avant tout un problème de démographie. Il y a proportionnellement de plus en plus de retraités par rapport au nombre d'actifs. Il faut rétablir une proportion qui permette de financer les retraites (cf La réforme des retraites  ). 
 

      Le gouvernement va aussi chercher à augmenter un peu les recettes pour les retraites. La mesure principale est peut-être l'augmentation du taux de cotisation dans la fonction public, passe de 7,85% à 10,55%, en s'alignant sur celui du privé. Soit une augmentation de 2,7 points, c'est-à-dire 34,4%. Cette augmentation sera étalée sur 10 ans. Précisons que ce taux s'applique sur le traitement des fonctionnaires, mais pas sur leurs primes, qui n'entrent pas dans le calcul de la retraite des fonctionnaires (cf Retraites: salariés du privé contre Fonction Publique  ). 
 

      Les syndicats pourront protester que les négociations salariales dans la fonction publique ont toujours tenu compte de ce taux de cotisation. Ils demanderont parallèlement une compensation salariale. 
 

      Il faut aussi noter que la mesure touchera proportionnellement plus les bas salaires de la fonction publique. En effet, dans la fonction publique, plus la rémunération est élevée, plus la part des primes est importante. 40% par exemple pour certains cadres A, parfois plus. Par conséquent, par rapport à la rémunération totale, l'effort sera proportionnellement plus important pour les rémunérations les plus basses. 
 

      Les syndicats pourront également dire que, avec l'augmentation de la taxation des fonctionnaires, c'est une partie de la classe moyenne qui trinque. Pas les riches. 
 

      En réponse, le gouvernement veut augmenter divers impôts. Comme la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu, qui passe de 40 à 41%. Je ne suis pas certain que cette mesure soit si "équitable" que ça. En effet, plus on est riche, plus on échappe à ce taux. Soit par les niches fiscales, soit par des montages, comme le déficit fonciers, soit parce que les revenus financiers sont moins taxés que les revenus salariaux (cf Faut-il augmenter les impôts des riches?  ). Finalement, ce sont les hauts revenus salariés qui trinqueront le plus. Pas le 1% de la population, qui est la plus aisée. 
 

      Le gouvernement va certes également augmenter l'impôt sur les revenus financiers, en faisant passer le taux d'imposition de 18% à 19%. Mais il maintient l'abattement de 40% sur les dividendes. On peut penser qu'une refonte de l'impôt sur le revenu, avec une réelle simplification, une suppression de la plupart des niches fiscales, aurait été plus efficace. Selon le principe qu'un impôt est efficace s'il a un taux bas, et une assiette large (l'assiette étant la base d'imposition: plus il y a de revenus imposés, c'est-à-dire moins il y a d'exonération, plus l'imposition est efficace). On pourrait même augmenter le rendement de l'impôt sur les revenus, c'est-à-dire augmenter les rentrées d'argent.. en baissant le taux marginal d'imposition! 
 

      Par ailleurs, le gouvernement parle d'augmenter le taux d'imposition sur les plus values immobilières, mais celles-ci sont exonérées si la vente a lieu 15 ans après l'achat de l'immeuble. Or, un achat immobilier est un investissement de long terme. 
 

      Le projet propose aussi un mécanisme pour tenir compte de la pénibilité, et permettre à ceux qui sont "dans une situation d'usure constatée" de prendre leur retraite à 60 ans. Mais seules 10 000 personnes seraient concernées selon le gouvernement. 
 

      Ce sont donc les principaux points du projet, basé donc sur l'allongement de la durée de cotisation, essentiellement.

 

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17/06/2010 19:10


Si si, ils ont une vision...
Comptable et court-termiste : les élections cantonnales de 2011 et les législatives de 2012.
Donc, ils raclent, ils raclent dans tous les coins, tirant la couverture à eux pour bien montrer qu'ils prennent à bras le corps tous les problèmes (même si les solutions décidées vont s'étaler sur
de nombreuses années à venir.
Et peu importe si demain les urnes défont ce qui est fait aujourd'hui...

Evidemment, en ce qui concerne les retraites, qui concernent donc trois, voire quatre générations d'un coup, la méthode fera un flop total.
Il serait grand temps qu'on redonne aux "Gaulois" la capacité de résoudre chacun leur problème, au lieu d'inventer des usines à gaz dont on sait qu'elles seront balayées par les caprices du temps
qui passe.

Mais bon, c'est une autre Révolution à faire.


17/06/2010 08:29


Une véritable révolution (dans le sens, on tourne le dos au cap antérieur) !
D'abord parce que c'est la fiscalité qui va venir au secours du "social". Autrement dit, on ne touche pas aux cotisations du régime général.
Fabuleux...
Et pratiquement tous les bouts de la fiscalité, mais sans trop toucher justement tout ce qui réduit l'assiette des impôts (les niches, par exemple).
En revanche, on ne change pas de cap sur la méthode, qui reste "comptable" (malgré les échaces patents de ladite méthode depuis plus de 30 ans sur ce sujet et sur bien d'autres) : on réduit la
prestation et de façon drastique.
Pas une avancée sociale, mais un recul : sera-t-il acceptable par le peuple ?

Enfin et hélas, on n'a pas encore compris dans les "hautes sphères des sachants" qu'on ne décrète pas la "vie-des-gens".
Et en fonction des nouvelles règles qu'on leur impose (pour leur "plus grand bonheur", naturellement, en leur lieu et place), ils vont adapter leurs comportements au fil du temps, des années et de
leurs besoins ressentis.
Ce qui fait que cette "réforme" court à son échec.
Hélas, on va mettre encore 10 ans à s'en apercevoir !

Vraiment dommage.
Mais pouvait-il en être autrement ? Les "esprits" ne sont-ils pas encore mûrs ?


Vladimir Vodarevski 17/06/2010 18:48



Révolution, un peu. Mais timide, quand même. Le plus gros problème, selon moi, c'est que nos dirigeants ne font que réagir quand une urgence se fait sentir. Il n'y a pas de vision, pas de
politique économique et sociale.



benichou 17/06/2010 06:16


Les Suédois ont mis 10 ans pour arriver à un système qui fasse consensus. les Français...3 mois! Bravo.
le vrai résultat est que l'on va transférer le coût des retraites sur le chômage, à cause du niveau ridicule d'emploi des plus de 55 ans!
La vraie motivation de toute cette gesticulation est d'envoyer un message "positif" aux agences de notation, et aux "marchés".


Vladimir Vodarevski 17/06/2010 18:46



Les Suédois ont mis 10 ans, en péiode de croissance.


Comment va évoluer l'emploi des plus de 55 ans, c'est une bonne question. La France a voulu gérer l'emploi de manière quantitative, en diminuant la population active. Longtemps le levier a été
les préretraites. C'est assez ancré dans les moeurs. Le recul de lâge de la retraite reculera peut-être le seuil fatidique.


En tout cas, cette idée qu'il suffit de mettre les gens à la retraite pour combattre le chômage a montré sa totale inefficacité. C'est ça aussi le problème: il faut une politique de développement
économique. La France favorise les trés petites entreprises et les grands groupes. Or, le développement économique suppose de favoriser le développement de nouvelles entreprises, de les aider à
se créer, mais aussi à grandir. Le problème des retraites est aussi un problème de politique économique.


La situation financière crée une pression pour s'occuper des déficits, et donc des retraites, c'est exact. C'est quand même dommage qu'il faille une telle situation pour s'attaquer à un problème
connu de longue date. Les gouvernements ont une vision à très court terme.