Analyse Libérale

Le keynéso-monétarisme

29 Mai 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

Les cours d'économie enseignent que le monétarisme, à travers notamment sa grande figure Milton Friedman, fut un grand pourfendeur du keynésianisme. Il peut donc paraître curieux d'associer keynésianisme et monétarisme. Pourtant, la politique économique actuelle est guidée par un étonnant syncrétisme entre le keynésianisme et le monétarisme.

 

Selon le keynésianisme, la demande est le moteur de l'économie. On devrait plutôt dire la dépense que la demande d'ailleurs. Car cette demande, ce sont des dépenses de consommation, ce qui nous vient spontanément à l'esprit, mais aussi les dépenses d'investissement. Le fait de dépenser fait augmenter les ventes des producteurs. Voyant leurs ventes augmenter, ceux-ci vont augmenter leurs prévisions de ventes pour la saison suivante. Et donc augmenter la production. Ce qui augmente le revenu, et donc la dépense. Mais pas dans les mêmes proportions : une partie du revenu est épargné. Par conséquent, l'Etat doit soutenir l'économie par la dépense publique, et celle-ci a un effet multiplicateur, engendrant de nouvelles dépenses, et donc la croissance et l'emploi.

 

Milton Friedman a remis en cause cette théorie de la demande. Selon lui, les agents économiques peuvent-être leurrés à court terme par la dépense publique, s'imaginant qu'ils auront plus de revenus à l'avenir. Mais, ils s'adaptent rapidement, considérant que cet effet est éphémère. C'est l'hypothèse des anticipations adaptatives. Les agents s'adaptent à la politique du gouvernement, en considérant que l'augmentation des revenus est temporaire. En considérant également que l'augmentation des revenus est effacée par l'inflation. D'autre part, Milton Friedman a développé le concept du revenu permanent, selon lequel l'agent économique adapte sa dépense à ses anticipations de revenus. Ce n'est donc pas ce qu'il gagne aujourd'hui qui détermine sa dépense, mais ce qu'il pense gagner sur une longue période. Ce qui annihile les effets d'une politique de relance. La dépense ne va que très peu augmenter, car les agents n'anticipent pas que la politique de dépenses durera.

 

Le monétarisme a également remis au goût du jour la théorie quantitative de la monnaie, théorisée notamment par Irving Fisher. Cette théorie considère qu'une augmentation de la masse monétaire, si la production n'augmente pas, engendre de l'inflation. En matière monétaire, Milton Friendman conseillait que la banque centrale augmente régulièrement mais légèrement la masse monétaire, de façon prévisible, mesurée par un indicateur ad hoc.

 

Cependant, ce n'est pas ce qui est retenu aujourd'hui du monétarisme. Selon Milton Friedman, la crise de 1929 a été empirée par la banque centrale américaine, la Réserve Fédérale. Celle-ci a réduit la masse monétaire, ce qui a causé une aggravation de la crise, d'après Milton Friedman, et Anna Schwartz. En cas de crise, il faut donc que la banque centrale augmente la création monétaire.

 

Et c'est uniquement cela qui a été retenu du monétarisme. Ce qui a abouti à un pilotage de l'économie par la création monétaire. Quand l'économie donne des signes de fatigue, la banque centrale baisse ses taux pour la relancer.

 

La rhétorique mêle des arguments keynésiens au monétarisme. Que n'entend-on pas aujourd'hui qu'il faut soutenir le crédit pour relancer l'économie ! De même, avant la crise, le gouvernement américain et la Fed ont soutenu la croissance par le crédit. On parlait de « l'effet richesse ». Les prix élevés de l'immobilier permettaient aux américains propriétaires de s'endetter en prenant une hypothèque supplémentaire sur leur maison, ce qui soutenait la consommation et donc la croissance. On retrouve l'idée que la dépense crée la croissance.

 

La BCE n'a pas non plus respecté son mandat, qui est la stabilité monétaire. Elle a laissé avant la crise les taux à un niveau très bas, alors que la masse monétaire augmentait. L'augmentation de la masse monétaire est un précurseur de l'inflation. Si elle avait respecté son mandat, la BCE aurait ralenti la création monétaire. Mais elle ne l'a pas fait, car elle aurait été accusée de ralentir l'économie.

 

Ainsi, l'idée que la dépense crée la croissance est toujours la ligne directrice des politiques économiques. Elle est menée aujourd'hui à la fois par la dépense budgétaire, et par la création monétaire, réunissant le keynésianisme et le monétarisme.

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I-Cube 06/06/2013 07:42


Fais à ton rythme !


C'est la bonne méthode.


 


Mais tu arriveras, tôt ou tard, après avoir balayé les théories existantes, à constater un "grand-vide" qu'il faudra bien combler par quelque chose.


C'est là où tu mériteras ton "prix-Nobel".

I-Cube 05/06/2013 19:50


Dommage !


J'aurai essayé...


Parce qu'avec tes mots, tu dis finalement la même chose que les miens voulaient souligner.


 


'Pour l'inflation, j'en suis d'accord : on ne mesure pas tout. Je me contentais de dire seulement que la mesure rend un résultat ... "essouflé", alors que tout le monde s'attendait à des taux
délirants, vu les quantités de monnaie injectées...)

Vladimir Vodarevski 05/06/2013 20:31



Je ne vois pas ce que tu attends de moi. Actuellement, je me plonge plutôt dans la théorie, pour expliquer pourquoi elle se plante. Il y a un problème de méthodologie. J'avoue avoir du mal à te
suivre. A démêler le sérieux de tes exagérations. Mais je vais essayer!


A plus



Michel Martin 03/06/2013 11:37


Ecart philo, toujours sur les tréfonds de l'anarchie libérale et de la liberté, ou plutôt de la combinaison des libertés puisqu'on ne peut se passer de contribuer à des collectifs divers et
variés (avant l'époque dite moderne, j'aurais dit qu'on vit au sein d'un collectif). Cette fois une question relative à l'exploitation de l'homme par l'homme qu'on peut se poser en tant que
citoyen ordinaire (ou mousquetaire) dans le cadre du travail ou d'une association: "Est-ce que le chef roule pour le groupe ou est-ce l'inverse? Telle est la question."


Il va de soi que le salaire ou la gestion du capital entrent en ligne de compte, mais pas que. Les gens font preuve de discernement dans les ateliers et les bureaux au sujet de cette question
critique de la combinaison réelle des libertés.

Lio 31/05/2013 12:03


Très bon article. Vous connaissez bien votre
sujet.


1/ « La rhétorique mêle des arguments keynésiens au
monétarisme ».


Malheureusement, c’est bien le cas. Vous avez parfaitement
raison.


2/ « Selon le keynésianisme, la demande est le moteur de
l'économie. »


C’est malheureusement une hérésie. L’offre précède toujours la demande ou dit
autrement, la production précède toujours la consommation et la production donne les moyens de consommer. Ne rien produire c’est ne rien pouvoir consommer. Malthus et Keynes ne l’ont pas compris
qui mettaient la charrue avant les bœufs. De ce point de vue, la compréhension de la loi de Say est fondamentale et Keynes l’a déformée (« l’offre crée sa propre demande ») pour mieux
la réfuter. La crise ne vient jamais d’une faiblesse de la demande générale (surproduction générale) qui n’est qu’une conséquence d’autres dérangements survenus dans l’économie (voir Say, Mill et
Ricardo sur la Loi de Say).


3/ « Par conséquent, l'Etat doit soutenir l'économie par la dépense
publique, et celle-ci a un effet multiplicateur, engendrant de nouvelles dépenses, et donc la croissance et l'emploi. »


Le multiplicateur keynésien
est une totale absurdité. Cela a déjà été montré maintes et maintes fois. S’il suffisait de dépenser davantage pour multiplier ses revenus, tout investissement (ou dépense) serait nécessairement
rentable, la croissance n’aurait dès lors plus de limites. En réalité, il y a des dépenses pour lesquelles le multiplicateur est inférieur à 1 (perte). D’autre part, le multiplicateur de la
dépense privée n’est-il pas supérieur au multiplicateur de la dépense publique ? Si c’est le cas, toute dépense publique engendre un coût d’opportunité.

Michel Martin 30/05/2013 10:19


L'art de la régulation se
trouve chez lers néochartalistes.


La monnaie vue comme pouvoir de décision élargit les perspectives. Trop de monnaie ici et pas assez là et c'est la capacité à mobiliser les talents et capacités de chacun qui s'en trouve
affectée. La monnaie ne crée pas la richesse, mais elle peut y contribuer ou au contraire l'empêcher. Seul l'état détient les capacités régulatrices de l'économie qui sans elles conduisent à la
concentration privée capable d'imposer ses vues sans mandat ni volonté ni moyen régulateur réel. C'est le résultat certain de l'anarchie libérale qui laisse la loi du plus fort s'imposer. Mais
réguler est un art à peu près inconnu chez nous, et c'est là où je te rejoins, art de réguler que notre état volontariste et brouillon confond avec contraindre.

I-Cube 30/05/2013 09:01


Dis donc, toi qui est notre "futur prix nobel d'économie", tu devrais dépasser un peu les théories explicatives des crises passées et te pencher sur l'actuelle.


Je te donne quelques pistes qui contredisent les autres :


 


- L'effet de le levier keynénisen ne fonctionne plus. Il est même négatif.


On l'a vu en "Gauloisie richissime", dans la mesure où entre les déficts publics, le "plan de relance' de "Dévide-gens" et le "Grand-emprunt", l'économie s'est plutôt "tassée" en euros constant
(à peine positive en euro courant sur la période du quinquennat de "Bling-bling").


 


- La croissance de la masse monétaire pilotée par la BCE (mais également et surtout par la FED, la BoE et la BoJ actuellement notamment), n'engendre pas d'inflation (redoutée par les
allemands et souhaitée par les "débiteurs").


L'explication simple, voire simpliste, c'est que ce pognon créé sui generis n'est pas revenu dans "l'économie réelle" et ce, durablement...


Pour t'en convaincre, tu lis les injonctions de tous les "politiques".


Il sert à consolider les bilans du système bancaire, encore traumatisé par la crise de liquidités de 2009 : On n'est pas prêt de les reprendre "au piège".


 


- Quand la dette publique augmente, le patrimoine privé des citoyens (et entreprises)augmente aussi et quasi-proportionnellement.


C'est assez frappant quand tu fais la relation à partir des études de l'Insee sur le sujet sur du long terme (depuis "Giscard", globalement).


Il y a comme un "syphonnage", un "transfert" assez évident, même hors inflation, alors que le mécanisme de formation de capital (entreprises et particuliers) est plus complexe qu'il n'y
paraît et fonctionne principalement sur "l'effet de pénurie".


 


- De plus, quand la "productivité" (ils disent la "compétitivité", le "redressement") augmente, elle augmente la déqualification du prolétaire et par ricochet le chômage.


Le décallage entre les conditions et les effets est de l'ordre de 6 à 9 mois, mais il reste assez clair sur une longue période.


On avait ainsi en France un PIB/horaire de l'ordre de 29 €/heure travaillée (payée et produite), on a désormais 34 €/h 5 ans plus tard (d'après les stats européennes) et aucun effet
d'enrichissement, mais un demi-million de chômeur de plus !


Tel que baisser le coût du travail horaire (le CICE par exemple, mais aussi les primes-fillon sur les bas salaires et inversement l'exonérations de charges et d'impôt pour les heures
supplémentaires) n'augmente qu'à la marge le PIB, mais détruit durablement de l'emploi.


J'avoue que je reste circonspect quant aux effets du CICE (vues les polémiques techniques qu'il génère à la fois sur le terrain et ailleurs), tel que ce mécanisme risque d'être totalement
contreproductif dans la mesure où le citoyen paye (cher) pour être "moins coûteux" (à la marge : les exportations). Le reste, il supporte en totalité.


C'est la suite logique des effets des "déclinistes" qui ne voient l'avenir que dans le partage global de la "pénurie".


 


- Enfin clairement, quand l'Etat tente de redresser la barre et augmente la pression fiscale, les assiettes se réduisent. Notamment le PIB.


Du coup, mais on ne le saura que plus tard, les recettes fiscales s'épuisent et les déséquilibres s'aggravent.


 


Normalement, quand tu auras "mouliné" ces données et constats, tu devrais te faire plaisir.


Parce que constatant qu'aucune solution technique valable n'existe pour sortir du cercle dépressif, il te faudra conclure que l'Etat est trop gros et ne fait qu'étouffer l'économie d'un pays (par
ses réglementations liberticides, par ses contraintes et contrôles, par son activisme tous azimuts).


Je te préviens, il s'agit d'être convaincant, parce que, que ce soit dans les "grandes-écoles" (de l'énarchie aux écoles de commerce), ou dans les cénacles de la technostructure au pouvoir
(grandes entreprises, couloirs de Bercy, Parlement et ailleurs) ils n'ont toujours pas changé de cap et d'analyse, au contraire : Ils restent keynésiens et au mieux "keynésio-monétaristes".


 


Alors au boulot STP !

Vladimir Vodarevski 05/06/2013 19:04



 


L'effet de levier keynésien a-t-il jamais fonctionné ? Quand la crise est arrivée dans les années 1970, les politiques keynésiennes n'ont pas obtenu de résultats positifs. Elles ont même
conduit le Royaume Uni dans les bras du FMI ! Bien sûr, On te dira que le keynésianisme a permis les trente glorieuses. Sauf que c'est faux. L'après guerre est marquée par les accords de
Bretton Woods, qui ont imposé aux Etats européens une discipline monétaire peu compatible avec les déficits keynésiens. Ce sont aussi les accords du Gatt, qui marquent le développement du
commerce mondial (cf Crise, ce qu'on
nous dit et ce qu'on ne nous dit pas)


Les dépenses de l'Etat ont certes augmenté. Mais c'est la croissance économique qui a permis cette augmentation. Aujourd'hui, l'Etat contrôle plus de la moitié de la richesse créée, et n'a jamais
eu un arsenal législatif et réglementaire aussi puissant. C'est cela l'effet de levier négatif : le poids de la dépense publique, des prélèvements, et des lois et règlements freine
l'économie comme un boulet. Plus on accroît ce poids, par la dépense par exemple, plus l'économie ralentit.


 


Il n'y a pas d'inflation dis-tu ? Je te réponds que la mesure de l'inflation est fausse. L'inflation est une augmentation des prix qui n'est pas provoquée simplement par une trop forte
demande, mais par un accroissement trop importante de la masse monétaire. Les prix varient, c'est normal. C'est anormal quand c'est la création monétaire qui provoque une augmentation. Pourquoi
exclut-on les actions, les obligations, les matières premières dans l'observation de l'inflation ? Et quand le real brésilien augmente à cause des quantitative easing de la Fed, pourquoi ne
serait-ce pas de l'inflation ? Je m'interroge sur ces subtilités, qui font que seule une augmentation générale des prix à la consommation est considérée comme de l'inflation. D'autre part,
même une stagnation des prix peut être de l'inflation. Si la productivité augmente, et que les performance d'un appareil augmente à prix égal, n'y a-t-il pas baisse de prix ? A contrario, si
la productivité augmente, mais que les prix ne bougent pas, c'est, peut-être, qu'il y a inflation.


Notre statistique de l'inflation est un construit, avec ses choix, ses préjugés. Il y a inflation sur les marchés financiers, actions, obligations souveraines, sur le marché de l'or. Peut-être
cela nous protège-t-il d'ailleurs. Les banques ont laissé beaucoup de liquidités à la banque centrale, mais elles les ont reprises quand la rémunération a baissé. Elles ont sans doute été
investie en obligations souveraines, et en actions.


 


Je n'ai aucune idée de la corrélation entre l'augmentation de la dette publique et du patrimoine des particuliers et des entreprises. Une hypothèse facile : il faut bien que l'argent se
retrouve quelque part. Mais je n'ai aucun élément sur cette question.


 


La productivité n'augmente pas la déqualification. L'augmentation du pouvoir d'achat, ou la baisse des prix engendrée par la productivité permet à de nouveaux services d'être rentables. Notre
monde du cybercommerce a besoin de manutentionnaires, d'emballeurs, de livreurs. Les sandwicheries se développent avec l'évolution des modes de vie. Les supérettes, qui ont besoin d'hôtes de
caisse, aussi.


Par contre, l'augmentation forcée du coût de travail, directement, ou indirectement par la diminution du temps de travail peut exclure les moins productifs du monde du travail.


Le plus difficile est d'intégrer la nécessité de changer, d'évoluer. On nous apprend à l'école à vivre de la même manière toute notre vie en salarié soigné par l'entreprise ou l'Etat jusqu'à la
retraite, celle-ci étant assurée par la collectivité sans que nous ayons à y penser. Le retour à la réalité fait mal. C'est notre éducation qui pose problème.


 


Bien sûr que l'Etat est trop gros. Mais comment changer les choses ? On nous enseigne que l'Etat, c'est bien. Moins d'Etat, c'est mal. L'Etat peut tout. Il est surpuissant. Y'a qu'à, faut
que. Je n'ai pas la recette pour changer les choses.


 


Et je n'ai aucune idée de ce monde d'après. De ce qu'il faudrait qu'il soit, peut-être. Mais de ce qu'il sera... Il y a des forces antagonistes à l’œuvre. D'un côté les déclinistes, ceux qui
veulent créer cet homme nouveau du socialisme aussi, ceux qu'Hayek appelle les constructivistes et qui mènent les peuples au désastre. De l'autre, une époque remplie d'opportunité, où le marché
d'un hôtel en France est le monde, où la technologie diminue les coûts et permet ce qui était impossible il y a dix ans. Il y a un changement structurel capable de relancer l'économie dans une
nouvelle ère des trente glorieuses. Les gouvernements vont-ils tout gâcher ou ces forces seront-elles plus puissantes ? Si la France s'obstine, pourra-t-on trouver refuge ailleurs, et
profiter du progrès ? Désolé, j'ai perdu ma boule de cristal !


 


Bien à toi l'infree.