Analyse Libérale

La politique monétaire de la Fed: quantitative easing 2

17 Octobre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

    La Réserve Fédérale, la banque centrale américaine, semble décidée à injecter encore plus de liquidités dans l'économie des USA. Une politique appelée QE 2, pour quantitative easing 2. La rumeur lui prête même l'intention de laisser filer un peu l'inflation. En effet, le dernier comité de politique monétaire considère que "l'inflation est au dessous des niveaux cohérents avec un mandat pour un emploi maximum et la stabilité des prix" (Les Echos, 14 octobre 2010).

 

    Ce qui ne signifie pas que la Fed veut provoquer une augmentation de l'inflation. Mais sans doute plus simplement, que si la politique d'injection de liquidités provoque une augmentation de l'inflation, c'est sans importance, compte tenu du niveau très bas de cette dernière.

 

    La politique de quantitative easing consiste pour la Fed à racheter des obligations du Trésor américain notamment. Mais aussi des crédits hypothécaires. Pour ces rachats, elle crée de la monnaie, qui est donc injectée dans l'économie.

 

    L'objectif, pour la Fed, est de maintenir les taux d'intérêt réels bas. En effet, les entreprises américaines se financent beaucoup par les marchés financiers, tandis qu'en Europe le financement passe plus par des prêts bancaires.

 

    En rachetant des obligations du Trésor, ou des prêts hypothécaire, la Fed fournit aussi des liquidités aux banques, des dollars qui peuvent être réemployés dans le financement de l'économie.

 

    Cependant, jusqu'où peut aller cette politique? Déjà, le quantitative easing perturbe complètement le marché des changes. En effet, la Fed maintient les rendements des obligations du Trésor et des investissements financiers à un taux très bas. Donc, les investisseurs se reporte vers des rendements supérieurs, vers les pays émergents. Cet afflux de capitaux fait augmenter la valeur des monnaies de ces pays, qui prennent des mesures pour ralentir ce mouvement.

 

    Et la Chine, étant donné la politique des USA, ne va pas s'empresser de réévaluer le Yuan, même si elle paraît favorable à une augmentation contrôlé de sa valeur.

 

    Surtout, à quoi va servir ce QE 2? L'ambition de la Fed, c'est de relancer l'économie.

 

    D'abord, on ne peut qu'être perplexe quant à cette façon de relancer l'économie, quand on se souvient que la crise financière provient d'un excès de crédit, c'est-à-dire de liquidité (cf La crise avec des mots simples). Même si les premières mesures d'injection, quand tout le système financier était bloqué, était nécessaire.

 

    De plus, la crise économique provient de la politique en faveur du crédit menée pendant plusieurs années par les USA. En encourageant notamment le secteur de l'immobilier, le gouvernement américain y a suscité des emplois. Emplois qui ont aujourd'hui disparu.

 

    L'économie doit donc se reconfigurer. Reprendre une marche normale. On repart en arrière, pour prendre en quelque sorte un nouveau départ.

 

    Tout cela ne se fera pas instantanément. Il faut créer de nouveaux emplois, il faut former les gens. L'économie est un système lourd à bouger. C'est aussi un système humain. Ce ne sont pas simplement de grands indicateurs chiffrés.

 

    Mais la politique veut des solutions rapides. La Fed essaie de contenter les politiciens.

 

    En fait, plutôt que de grands plans de relance, d'injection de liquidités, il faudrait plutôt améliorer l'indemnisation des chômeurs, aux USA, car il y aura forcément un temps de latence avant une reprise, et améliorer les dispositifs de reconversion.

 

     La politique de la Fed provoque déjà des perturbations, et cela continuera. Et, dans le même temps, les USA critiquent la politique monétaire de la Chine, mais ils sont les premiers à perturber le marché des changes.

 

 

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mamalilou 31/10/2010 04:19



ce n'est pas sa vocation... tout choix au jour le jour est politique...


le journalisme est pouvoir, la politique et même la justice...


l'homme a la capacité de tout pervertir à son profit univoque...


le tout est de placer des garde-fou pour que ça ne se produise pas, ou le moins possible....


je ne vois que l'inflexion à mener entre l'argent du capital et celui du travail, c'est ce déséquilibre qui est délétère, y compris à son paroxysme pour le capitalisme..


et dans ce déséquilibre, la politique est pouvoir....


maintenant, savoir si quelqu'un a le courage d'en parler franchement, de l'esclavage humain par et pour la finance... lors même que la finance doit permettre le progrès partagé par tous...


je suis assez en colère depuis que j'approfondis les sujets techniques en ce moment... je ne sais pas comment on peut aboutir des études en économie sans virer bredin, car l'enseignement en
lui-même est perverti par les fausses hypothèses de départ...


bon halloween, qui n'aura jamais été aussi à propos que cette année...



Vladimir Vodarevski 31/10/2010 08:46



L'économie est composée de plusieurs écoles. L'enseignement sera toujours, pour une ou plusieurs de ces écoles, perverti. Face aux mêmes faits, les théories ont des interprétations différentes.
Toi et moi avons par exemple des avis très différents. C'est pourquoi, à mon sens, un bon enseignement en économie doit apprendre la curiosité, et la nécessité d'argumenter. On ne peut pas
connaître toutes les théorie dans leur détail. Il faut savoir construire son opinion, savoir l'argumenter sans trop de mauvaise foi si j'ose dire, et être toujours prêt à la mettre à l'épreuve.


Raison pour laquelle je vais sur ton blog, même si je ne laisse plus trop de commentaires (Pas la peine de ressaser toujours les mêmes arguments. Tu connais les miens, et je ne laisserai un
commentaire que pour apporter quelque chose au débat. J'avoue aussi que d'autres projets m'occupent un peu au détriment des blogs!)


Bon week end



mamalilou 22/10/2010 22:06


je retiens "la politique veut des solutions rapides"... c'est malheureusement si vrai... alors que, pour bien des décisions, ça mériterait qu'on planche à plusieurs en rotation pendant des mois...
et surtout qu'on se donne les moyens en cours de route d'infléchir certaines directions, de se remettre en question quand on voit des écueils et ne pas laisser aux suivants (opposants politiques)
le bâton merdeux, et les externalités négatives qu'on avait vu...
c'est vraiment une lutte de pouvoir personnel et non un désir de bien faire pour tous donc pour soi aussi...
belle soirée à toi


Vladimir Vodarevski 23/10/2010 11:13



La politique est pouvoir. Partout.



L'ignoble infreequentable 20/10/2010 10:10


Ah ?
Avouer ses faiblesses, n'est-il pas le commencement de la sagesse (enfin... l'un des commencements).
Et la sagesse, n'est-elle décidément pas vendeuse, au moins mieux que les utopies ?


19/10/2010 19:35


Quand penses-tu qu'ils vont découvrir que la croissance, la vraie la durable, celle qui ne plombe pas l'économie et fout en l'air le social jusqu'à le piétiner au plafond, ça ne se décrète pas ?


Vladimir Vodarevski 19/10/2010 19:41



Ils le savent. Mais comment avouer aux électeurs qu'ils ne détiennent pas la clf de tous les miracles? Ce n'est pas vendeurs, la raison!



19/10/2010 10:04


Y'a surtout que l'inflation est une bonne façon appurer la dette.
Mais c'est assez extraordinaire que la FED en soit réduite à louvoyer entre deux contradiction : La crise dernièrement était due à un excès de crédit(flambée) et un arrêt de l'inflation.
On repart pour un tour en finançant l'inflation par le crédit.
Je la trouve extraordinaire celle-là !


Vladimir Vodarevski 19/10/2010 19:20



Oui, c'est assez extraordinaire. Mais c'est l'ambiguïté de la Fed: sa mission est à la fois la stabilité monétaire, et la croissance de l'économie. Et pour les politiciens qui nomment ses
dirigeants, la croissance à n'importe quel prix, dans une optique de très court terme, c'est la priorité!



BENICHOU 19/10/2010 08:40


Un article à méditer...
http://www.slate.fr/story/28697/yuan-guerre-monnaies-chine


Vladimir Vodarevski 19/10/2010 19:23



Le lien vers l'article: Yuan, guerre des monnaies


A noter que la Chine vient d'augmenter son taux d'intérêt. Ce qui est peut-être un prélude à une revalorisation du Yuan.



BENICHOU 18/10/2010 06:08


Pourquoi ne pas dire clairement que le but est de laisser filer le dollar?
Les américains tout comme les chinois ont une politique de taux change très active.
Pas comme la BCE, qui assiste à tout ça en spectateur!


Vladimir Vodarevski 18/10/2010 12:58



L'objectif premier de la Fed n'est pas d'affaiblir le dollar. Il est réellement de soutenir l'économie. Créer de la monnaie uniquement pour affaiblir le dollar serait vraiment très dangereux,
pour les USA.


Les USA sont sans doute satisfaits des effets secondaires de cette politique de quatitative easing.


Cependant, il ne faut pas surestimer le pouvoir des Etats sur la valeur de la monnaie. La Chine peut maintenir une parité dollar-Yuan fixe car les échanges de Yuan sont très controlés. Mais sa
volonté est d'aller progressivement vers une normalisation. A ce titre, la baisse du dollar la gêne, même si cela favorise ses exportations vers l'Europe.


Les autres pays, comme le Japon, essaie d'éviter une hausse de leur monnaie vis à vis du dollar. Sans trop de réussite.


Quant à l'Europe, s'engager dans une guerre des monnaies seraient vains. La zone euro est à peu près à l'équilibre dans ses échanges commerciaux. Il y a une forte demande pour l'euro.


Le véritable problème, c'est la volatilité. Problème inhérent au temps de crise, malheureusement. Il suffira d'une inquiétude sur un pays de la zone euro pour faire retomber l'euro. Ce qui rend
la gestion des changes compliqué pour les entreprises.