Analyse Libérale

La révolution fiscale selon Piketty

11 Mars 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

 

      Thomas Piketty, économiste de gauche, a écrit un livre intitulé Pour une révolution fiscale. Il propose de créer un nouvel impôt, qui remplacerait l'actuel impôt sur le revenu, la CSG, et le prélèvement libératoire. Seraient supprimés concomitamment la prime pour l'emploi et le bouclier fiscal. Ce nouvel impôt serait très progressif, avec six tranches, basées sur la totalité du revenu (l'impôt sur le revenu actuel est basé sur le revenu marginal. Ainsi, quelqu'un qui gagne 30 000 euros par mois, paiera 0% d'impôt pour la tranche de ses revenus entre 0 et 5 963 euros, il paiera 5,5% de 5963 à 11 896 euros, 14% de 11 896 à 26 420 euros, et 30% de 26 420 à 30 000 euros. Il sera donc au taux marginal de 30% mais ne paiera pas 30% d'impôt, puisque son revenu est découpé en tranches, chaque tranche ayant un taux d'imposition différent. Il paiera 2 534 euros d'impôt, soit un taux d'imposition réel de 9,39% de son revenu total.)

 

      Piketty présente sa révolution comme juste socialement. Il calcule que son système permettrait d'imposer plus les riches, et moins les autres.

 

      Sauf que Piketty oublie les cotisations sociale. En 2005, celles-ci représentaient 16,23% du PIB en France. La CSG et l'impôt sur le revenu (qui comprend le prélèvement libératoire), représentaient 7,10% du PIB en 2005. Un peu moins que la TVA, à 7,43% (source: Wikipedia).

 

      Ainsi, Piketty ne s'intéresse qu'à une petite partie des prélèvements obligatoires. Sachant que les cotisations sociales touchent tous les salariés, même ceux qui ne travaillent qu'à temps partiel, pour un salaire partiel.

 

      Les simulations présentées par Piketty sont d'ailleurs clairs: avec son système, c'est de 40 à 50% de prélèvements pour tout le monde. Pas tellement de différences entre les riches et les pauvres.

 

      Piketty sait que l'argent se trouve au sein de la classe moyenne. C'est elle qu'il faut taxer, donc. Bien sûr, il y a des riches qui gagnent beaucoup. Mais, en additionnant les revenus de la classe moyenne, globalement, c'est là qu'il y a le plus d'argent, de loin. Même si les riches, intégrés dans l'économie mondiale, ont tendance à gagner de plus en plus.

 

      La classe moyenne est largement composée de salariés. Par conséquent, le moyen le plus efficace de la taxer est de se servir à la source, au salaire donc.

 

      Il n'y a donc pas de révolution fiscale avec Piketty. Juste l'hypocrisie habituelle en matière de prélèvements obligatoires.

 

      Une véritable révolution fiscale serait une flat tax sur tous les revenus, les salaires (complets, en incluant les cotisations patronales), les plus values, les stock options, les héritages, l'impôt sur les sociétés, tout, avec un taux de 20% par exemple, ou 25% comme je le propose dans mon précédent article. Ajoutons la TVA , avec au besoin une légère augmentation. Puis, un impôt sur le revenu, auquel seraient assujettis tous les revenus supérieurs à un certain seuil, déterminé par les ordinateurs de Bercy. En supprimant toutes les niches fiscales, bien sûr. Là, ce serait la révolution, au bénéfice des bas salaires. En effet, si on reverse aux salariés la totalité de ce qui est payé par l'entreprise, salaire+charges patronales, amputés d'un impôt à 20%, les salariés sont gagnants.

 

      Pourquoi Piketty ne propose-t-il pas cette véritable révolution?

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M.H. 28/03/2011 21:55



Article sympathique d'Aymeric Pontier sur le petit livre rouge de Piketty, sur objectifeco, "Quel serait le meilleur système fiscal pour la France
?" pour ceux que ça intéresse.



M.H. 27/03/2011 18:15



J'ai bien regardé les courbes de Piketty et consorts. L'impôt n'est pas si régressif qu'ils le prétendent. Comparé aux faibles salaires, il reste définitivement progressif. Le problème vient des
charges sociales, qui représentent, comme vous le dites, la majeure partie des prélèvements. Les riches (cadres) vivent plus longtemps que les pauvres (ouvriers) et tombent moins souvent malades.
Ces charges sociales sont extrêmement régressives sur les plus hauts salaires.

Piketty se plaint que l'impôt est "brouillon". Autrement dit, les gens ne savent pas dans quelle mesure ils contribuent aux financements publics. Il y a un moyen : leur reverser le salaire
complet.



Vladimir Vodarevski 27/03/2011 18:31



Oui, reverser le salaire complet, je suis d'accord.


Je ne comprends pas du tout la démarche de Piketty: pourquoi ne pas intégrer les charges sociales dans son raisonnement? La seule explication, c'est le caractère de cotisation de ces
prélèvements. Ce ne sont pas des impôts, mais des cotisations, c'est-à-dire des prélèvement destiné à un but spécifique. Il n'empêche que ces prélèvements sont obligatoires.



I-Cube 14/03/2011 09:14



Bé justement, on se demande vraiment (pour ta dernière question).


J'ai le bouquin à la maison : Il fourmille d'informations croisées et recroisées, mais n'en tire pas les "bonnes" conséquences.


Et si je comprends bien, ils écrivent (car ils sont plusieurs auteurs) un programme commune de gôche minimal qui ne fait qu'enfoncer encore plus le clou dans les travers de notre fiscalité après
l'avoir dénoncé.


Mais faut que j'aille au bout pour tout bien piger : Je demande un délai !


 


Merci en tout cas pour ce premier éclairage...