Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /Mars /2010 00:13
 

      Certaines voix se font entendre, notamment au FMI, pour relancer l'inflation. Ce qui, selon ces personnes, permettrait d'avoir plus de croissance économique. Ce qui pose la question du lien entre croissance et inflation.


      Si l'inflation est souhaitée, c'est parce que qu'elle favoriserait la croissance. Ainsi, les pays en forte croissance ont souvent une forte inflation. Par exemple, en Chine, en 2008, la croissance a atteint 9%, tandis que l'inflation atteignait 5,9%. En 2009, la croissance était de 8,7%, tandis que l'indice des prix reculait de 0,7%. Mais 2009 était une année particulière, pas forcément significative.


      La lutte contre l'inflation, surtout, serait néfaste pour la croissance. En effet, elle consiste à augmenter les taux d'intérêt, et donc, à ralentir l'économie.


      Il a même été élaboré des modèles macro-économiques montrant une correspondance entre la croissance et l'emploi d'une part, et l'inflation d'autre part. La lutte contre l'inflation se faisait au détriment de l'emploi selon ce modèle.


      Cependant, si l'inflation est ainsi favorable à la croissance, d'où viennent les politiques destinées à lutter contre elle? Ces politiques ont été imposées par la réalité économique. En effet, dans les années 1970 est apparu le phénomène appelé stagflation, caractérisé par une forte inflation et une stagnation économique. Il y avait donc de l'inflation, mais pas de croissance. Ce qui était gênant donc pour la théorie dominante.


      Par ailleurs, l'inflation commençait à devenir incontrôlable. Une inflation trop élevée devient de l'hyperinflation, et là, aucune théorie économique n'y est favorable. L'hyperinflation signifie que ce vous gagnez aujourd'hui ne vaut rien demain. Il faut se dépêcher de dépenser son argent, pour avoir un produit à échanger plus tard. Il n'y a plus d'épargne possible, l'investissement à moyen terme, et a fortiori à long terme devient difficile.


      Les théories classiques de maîtrise sont donc redevenues à la mode, actualisées par les monétaristes et leur représentant le plus connu: Milton Friedman.


      Le choc fut sévère: taux d'intérêt élevé, suppression de nombreux mécanismes d'indexation sur l'inflation, notamment pour les salaires, car ces mécanismes alimentaient l'inflation.


      Depuis, les pays surveille l'inflation, et notamment les pays européens, par l'intermédiaire de la Banque Centrale Européenne.


      Que nous enseigne l'expérience de ces soixante dernières années? Que la croissance peut produire de l'inflation, mais que l'inflation ne produit pas la croissance. C'est ainsi que la Chine Connaît des périodes d'inflation forte, parce que sa croissance est forte. La forte croissance entraîne une augmentation des revenus qui entraîne une inflation.


      Qu'est-ce qu'une inflation provoquée? Et quels seraient ses effets? C'est en fait ce que nous avons connu avec la crise financière. C'est même un remarquable cas d'école. D'abord, l'administration Clinton a permis à deux organismes contrôlés par les pouvoirs publics, Fannie Mae et Freddy Mac, de racheter aux banques des prêts hypothécaires risqués, c'est à dire octoyés à des foyers potentiellement insolvables. L'administration Clinton, de même que celle de W. Bush, ont aussi encouragé les banques à prêteraux plus démunis. La Federal Reserve, la banque centrale américaine, a complété le tableau en maintenant les taux d'intérêt à un niveau très bas.


      Il y a donc eu abondance de crédit offert pour acheter des biens immobiliers, même sans apport et sans un grand contrôle du niveau des ressources, puisqu'il fallait prêter aux plus pauvres. Le résultat a été une envolée des prix de l'immobilier. Ce qui est de l'inflation. Mais une inflation non prise en compte, puisque seule est prise en compte l'inflation des prix à la consommation.


      Aux Etats-Unis, quand la valeur de la maison augmente, il est possible d'obtenir un nouveau prêt hypothécaire, sur la base de de la valeur supplémentaire, même s'il y a déjà un premeir prêt hypothécaire à rembourser. Les américains ont donc emprunter pour consommer. Ce qui a été appelé l'effet richesse: l'augmentation de la richesse patrimoniale permet aux gens d'emprunter pour consommer, ce qui tire la croissance économique.


      Le monde entier a été entraîné par la croissance américaine. D'autres pays ont également joué avec le crédit facile, comme l' Royaume Uni et l'Espagne. En France, il été déporé que l'effet richesse ne joue pas autant, les français s'endettant moins.


      Puis, les américains ont eu des difficultés à rembourser. Et la belle mécanique s'est enrayée, pour aboutir à une crise financière. (Pour une vision globale de la crise, cf Les essentiels sur la crise  ). Nous avons donc là un bel exemple de crise causée par l'inflation, et une inflation provoquée par l'encouragement au crédit.


      Cette crise, et la stagflation, montre d'abord que l'inflation ne peut pas être contrôlée. Il arrive toujours un moment où elle échappe à ses initiateurs.


      La dernière crise financière montre aussi que l'inflation peut se manifester là où elle n'est pas attendue, ou mesurée. Cela faisait des années que l'inflation des prix à la consommation était faible, mais que certains disaient qu'elle s'était réfugiée sur les marchés financiers. En fait, c'était d'abord dans l'immobilier, puis par ricochet dans les marchés financiers.


      Pourquoi, au vu des expériences passées, vouloir relancer l'inflation? Par entêtement idéologique, peut-être. Aucun élément objectif ne justifie cette position.


      D'autant plus qu'il n'est pas besoin d'essayer de relancer l'inflation aujourd'hui: tout est déjà fait pour. En effet, les banques centrales européenne, britannique, et américaine, ont déversé énormément de liquidité dans le circuit financier. La Federal Reserve en particulier, avec les interventions dites non conventionnelles, qui font un peu peur. Pour résumer succinctement, la Fed a prêté directement par divers mécanisme, au lieu de ne prêter qu'aux banques. Pour l'instant, aucune inflation ne semble s'être déclarée, les banques préférant garder leur argent auprès de la Fed justement, et les américains préférant épargner. Mais il serait temps que la situation revienne vite à la normale.


      Pourtant, certains, au FMI notamment, voudraient que ce genre de situation perdure, même une fois la crise passée. Il est évident que ce ne sont pas ces donneurs de leçons qui en paieront le coût, social notamment.


       Pour conclure, signalons le cas du Brésil. Ce pays a connu des années d'hyperinflation. Depuis plusieurs années, c'est la contraire, la banque centrale, et le gouvernement, luttent contre l'inflation. Contre toutes les critiques. Le Brésil connaît aujourd'hui une croissance, et une stabilité économique comme il n'en a pas connue depuis longtemps.


      Mais, surtout, cette lutte contre l'inflation a permis la mise en place d'un programme social d'aide aux plus démunis. Le versement de cette allocation n'aurait en effet pas étét possible sans la lutte contre l'inflation. L'allocation aurait été versée, mais elle aurait perdue toute valeur à cause de l'inflation. Elle aurait commencé par être réévaluée, mais l'inflation augmentant trop, l'indexation aurait été abandonnée. Tandis que dans un contexte de stabilité monétaire, ce genre de politique est possible.


(Pour une définition plus complète de l'inflation, et de son pendant, la déflation, cf: Inflation, déflation: explications et risques.  )

 

Par Vladimir Vodarevski - Publié dans : A contrepied - Communauté : Economie et société
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