Analyse Libérale

La privatisation du social

12 Janvier 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

    Anne Coffinier, fondatrice de Créer son école, déclare dans Contrepoints qu'il y a environ vingt ouvertures par an d'écoles indépendantes en France. Ce sont des écoles totalement privées, sans aucun financement publique. Ces créations d'écoles peuvent paraître surprenantes pour le pays dans lequel l'éducation publique est une institution primordiale. Elles illustrent une sorte de privatisation larvée des services publics en France.

     En effet, dans des domaines considérés comme essentiels, tels que l'éducation, la santé, les français sont de plus en plus obligés de se prendre en charge. Et cela bien qu'il n'y ait aucun désengagement de l'Etat en la matière. Il y a paradoxalement une augmentation de la dépense publique.  Dans ce contexte, alors qu'ils sont critiqués sur ce point, ce sont les libéraux qui paraissent se préoccuper le plus du social.

     Les écoles indépendantes sont un exemple extrême en matière d'éducation. Dans  ce domaine, la privatisation est surtout illustrée par le développement des cours de soutien. Dans un autre domaine, les écoles de commerce ont aussi le vent en poupe. De plus en plus, les chances de réussite scolaire de l'enfant dépendent du niveau d'éducation des parents ou de l'épaisseur  de leur portefeuille.

     En matière de santé, la situation est la même. Les dernières études montrent que les français se privent de soins. En  cause, notamment, les dépassements d'honoraires. Mais aussi les soins dentaires, les lunettes. Ceux qui le peuvent souscrivent des assurances complémentaires, ou bénéficient de celle de leur entreprise.

     Même dans le domaine de la sécurité, domaine régalien par excellence, la privatisation est en marche. Combien d'entreprises de sécurité en France? Combien de vigiles avec des chiens, pour assurer la sécurité de bâtiments, de chantiers?

     Cette privatisation du social ne provient ni d'un désengagement de la puissance publique, ni d'un manque de moyens. Au contraire, la dépense publique n'a jamais été aussi élevée en temps de paix, dépassant les 50% du PIB. Le nombre de fonctionnaires reste très élevé, même après les diminutions de ces dernières années. Par exemple, dans l'Education Nationale, il y a plus de professeurs par élèves en 2009-2010 qu'en 1995-1996.

Effectifs enseignants élèves 2009

     Les problèmes viendraient plutôt de l'organisation des services publics. La Cour des Comptes aborde régulièrement la question dans ses rapports, comme dans celui intitulé explicitement  Organisation et gestion des forces de sécurité publique, qui critique l'organisation des forces de l'ordre.

     De même, régulièrement, les magazines sortent un dossier sur les économies possibles en matière de dépenses publiques. Un dossier du numéro de décembre 2011 de Capital est ainsi consacré aux « gaspillages publics ». Le numéro de Challenges du 5 au 11 janvier 2011 interroge Brigitte Domont, professeur à Paris-Dauphine, qui déclare que «contrairement à une idée répandue, la France ne manque pas de médecins. Elle est même surdotée avec 160 généralistes pour 100 000 habitants, contre 90 en moyenne dans l'OCDE. »

     La conséquence de cette privatisation larvée du social, conjuguée à un secteur public malgré tout conséquent, et à une dépense publique importante, est que dans certains cas les français sont obligés de payer deux fois pour un service efficace. Une fois par les prélèvements obligatoires, et une fois en payant le service. Ce qui entraîne des inégalités, tout le monde ne pouvant pas payer deux fois.

     Cette situation est de nature à conforter les arguments des libéraux. Ceux-ci considèrent que l'action de l'Etat doit être limitée, ou même que l'Etat doit être supprimé. Ils appliquent une sorte de principe de subsidiarité: l'Etat n'a pas à s'occuper des domaines dans lesquels il n'est pas efficace, et où l'initiative privée, elle, l'est. C'est aussi un principe de responsabilisation: chacun est responsable de lui-même.

     Par exemple, dans le domaine de l'éducation, certains libéraux proposent un système de vouchers, des bons permettant de payer l'école, inventé par Milton Friedman, et repris par Friedrich August Hayek. Ainsi, les parents peuvent  choisir une école privée dans laquelle ils souhaitent envoyer leurs enfants. Cela permet de d'encourager l'efficacité du système, en même temps que cela donne une liberté de choix aux parents. La Suède a institué ce système.

Les libéraux sont aussi partisans du salaire complet. C'est-à-dire que la totalité du salaire, charges sociales salariales et patronales incluses, est versé au salarié, qui peut alors choisir son assurance santé, et son système de retraite.

Ces propositions peuvent paraître radicales. Elles peuvent au moins servir d'inspiration, pour des solutions intermédiaires. En matière d'éducation, cela peut consister à demander aux parents s'ils désirent envoyer leurs enfants dans une école indépendante, qui donnerait un enseignement différent de l'école publique. Ceux qui souhaitent rester dans le public resteront dans le public, ceux qui veulent un autre type d'enseignement pourront en disposer, sans payer plus. Refuser de le faire, c'est se priver de solutions.

Dans le domaine de la santé, plus d'autonomie pourrait être donnée aux caisses d'assurance maladie. Certaines pourraient même être confiées au privé, aux mutuelles par exemple.

Ce genre de situation intermédiaire, de changement progressif, ne satisferait pas la plupart des libéraux, qui préféreraient un changement plus radical. Cependant, ce peut être une solution intermédiaire, et un compromis social. C'est à tout le moins une piste de réflexion.

      Dans une France où le "social" est mis en exergue, et "l'ultra-libéralisme" vilipendé, ce sont donc pourtant les libéraux qui proposent des pistes pour améliorer les services publics et la protection sociale, qui se dégradent, au point de devoir de plus en plus être compensés par le privé, malgré une dépense publique plus élevée que jamais. Ces pistes doivent être considérées si l'objectif est véritablement de maintenir l'éducation, la santé et les divers avantages que le progrès économique a apporté.



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mamalilou 21/01/2012 06:50


ce "plus" d'autonomie est idéal dans un monde où les paramètres "famille" et "parentalité" sont déjà largement stabilisés... or, dans le même temps que pointent ces options... la monoparentalité
et le désengagement très souvent paternel, risquent de contraindre le monoparent à des choix qui ne seront pas dans l'intérêt ni de l'enfant ni de sa santé ou de sa retraite... d'autant qu'en cas
d'endettement, tout ce qui représente du "social" ainsi fondu dans le "revenu du travail" sera livré à d'autres attributions que celles initialement prévues...


alors à moins d'assortir cela de restrictions par rapport aux saisies bancaires/sur salaires, de contraintes parentales chiffrées en cas de séparation, ainsi que d'une surveillance dans
l'affectation de ces sommes...


je crois volontiers en un système de bons affectés à alimentation/santé/scolarité/habillement/culture etc... qui ne peuvent être détournés au profit de rien autre...


il est important que ce qui relève du social le reste... et ne permette par ailleurs pas aux financiers de surévaluer les capacités de remboursement de leurs clients.


... et ne risque accessoirement pas de constituer un motif de réévaluation d'imposition par confusion des ressources ...


 à suivre...


bon week end à toi


bises

I-Cube 16/01/2012 08:47


Sur le principe, tu as raison.


 


Mais on se heurte dans ce pays sur l'effet pervers du "tiers payant". Personne ne paye le vrai prix (soins, éducations et même crèches), ce qui fait qu'on est sous assistanat permanent : Le
citoyen semble préférer payer des impôts et des cotisations et avoir en contrepartie du "tiers payant".


 


Perso, je sais que c'est mortel à termes, mais ça fait vivre les "politiques" et les syndicalistes : Si ça disparaissait (hors les compétences régaliennes), il faudrait recaser tout ce beau monde
et les mettre à bosser, à produire !


La prochaine révolution à faire dans notre beau pays : Mais elle sera longue et difficile, celle-là !

I-Cube 13/01/2012 09:26


Certes, certes !


 


Mais l'exemple de l'éducation est mal choisi : Je suis DDEN dans ma ville (Paris) et "j'inspecte" les écoles, toutes les écoles (c'est du bénévolat pur et depuis 25 ans maintenant), là où
parfois les inspecteurs d'accadémie ne peuvent pas entrer.


Les écoles privées sont sous convention : Les profs sont payés par le ministère.


Elles ne sont pas conventionnées : Elles sont totalement privées, et systématiquement confessionnelles (ou sectaires). De véritables "poches" de multiculturalismes formant des gamins guetthoïsés
incapables de passer les diplômes d'Etat !


Et je te cause d'expérience-terrain (j'ai ainsi une école juive, non conventionnée dans mon "portefeuille", de citoyens tout-à-fait normaux par ailleurs, avec par ailleurs des écoles
cathos-conventionnées...)


 


Est-ce vraiment ce que veulent les libéraux ?


Pas bien sûr...

Vladimir Vodarevski 13/01/2012 21:03



Sur le plan libérale, le lsystème des vouchers doit donner une totale liberté aux parents dans l'éducation de leurs enfants. Donc les écoles confessionnelles ne sont pas exclues. Même si, pour ma
part, je pense que certains enseignements seraient en contradiction avec la liberté.


Ce que je propose, c'est d'identifier les méthodes qui fonctionnent, et proposer à ceux qui les mettent en oeuvre de créer d'autres établissements scolaires, là où les gens le veulent. Ces
établissements seraient directement financés pare l'Etat. Le personnel, professeurs inclus, serient payés par l'établissement, et non par l'Etat. S'agissant de l'école de la République,
l'enseignement confessionnel est exclu.


La méthode peut être étendu à d'autres types d'actions: comme les crèches par exemple! On repère les méthode de gestion les plus efficaces, et on propose à ceux qui les mettent en oeuvre plus de
financement pour plus de crèche. J'avais lu une fois un article sur la réinsertion, un autre sur le logement social. Il y a des initiatives dont il faut profiter.


C'est là mon avis. Les libéraux peuvent préférer des solutions plus radicales, comme les vouchers. Je suis favorable à une transition plus douce.