Analyse Libérale

La note US dégradée: les USA perdent le AAA

7 Août 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Le feuilleton de l'été a connu un joli rebondissement, qui le relance pour une nouvelle saison: la note des USA a été abaissée d'un cran par l'agence de notation Standard & Poor's. Elle passe de AAA à AA+.

 

     Après avoir explicité les raisons de cette rétrogradation, cet article exposera et commentera les deux types de conséquences qui sont prêtés à cette rétrogradation.

 

     La raison de cette dégradation est l'endettement de ce pays, bien sûr, à plus de 100% du PIB, son déficit, à plus de 10% du PIB. Mais c'est surtout que Washington ne donne pas l'impression d'avoir la volonté d'endiguer ce mouvement. Même le dernier vote du relèvement du plafond de la dette ne donne pas de direction. Les économies sont faibles en réalité, et concernent surtout une diminution des dépenses prévisionnelles (cf cet article de l'Institut Economique de Montréal). Comme l'explique bien Pierre-Yves Dugua sur son blog, aucun des budgets présentés par Obama ne prévoit une maîtrise de la dette. Obama qui est un président ne donnant aucune direction à son gouvernement, ce que même les démocrates lui reprochent.

 

     Les conséquences de cette dégradation sont difficiles à prévoir. Il y a bien sûr  un affolement des marchés, et, surtout, des médias et des politiciens. Cette réaction n'est pas significative. Il est nécessaire d'attendre un peu pour voir les premières conséquences de la dégradation.

 

     Ces conséquences, telles qu'elles sont évoquées, sont de deux types. D'abord, les institutions qui possèdent de la dette US pourraient devoir la déprécier, et donc comptabiliser des pertes dans leurs comptes. Certaines pourraient ne plus avoir le droit, statutairement d'acheter de la dette US. En effet, certains fonds ne peuvent acheter que des obligations AAA, selon leurs statuts. Ils devraient vendre leurs obligations US, à perte puisque la note est moins bonne.

 

     Cependant, ce risque est à relativiser. D'abord, seule une agence a dégradé la dette US. Tout en la laissant à un haut niveau. AA+, ce qui est toujours une bonne note. Il n'y a pas péril en la demeure. La dégradation est faible. Bien sûr, dans l'atmosphère fébrile actuelle, il peut y avoir des réactions excessives.

 

      Ensuite, le marché de la dette américaine reste le plus large, le plus profond, le plus liquide. Il y a beaucoup d'intervenants, beaucoup de demande pour les obligations US. Au pire, il y a les fonds américains, qui peuvent faire acte de patriotisme. Les USA sont sans doute le pays sur lequel les agences de notation ont le moins d'influence. La monnaie de la première économie du monde reste une valeur refuge.

 

     Enfin, la dette US est en grande partie détenue par des pays exportateurs, comme la Chine, ou le Japon. Ces pays exportent aux USA, et accumulent les réservent en dollars. Ils ne les vendent pas, pour ne pas réévaluer la valeur de leur monnaie vis-à-vis du dollar. Ils ne vendront donc toujours pas de dette US, et continueront à en acheter, même s'ils continueront de tenter de diversifier leurs réserves. Mais ils n'ont pas tellement le choix, sauf à changer de politique de change.

 

     Ce qui explique le courroux de la Chine. Cependant, ce pays ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Il devrait accélérer la mise à niveau de son système financier, de son économie, et ainsi normaliser sa monnaie, qui n'est pas tout à fait convertible. Le mouvement est commencé, mais encore timide.

 

     On ne peut bien sûr pas négliger un affolement prolongé des marchés, alimenté par les déclarations des politiciens. Cependant, personne n'y a vraiment intérêt, même si, dans le climat actuel, c'est possible.

 

     La deuxième conséquence qui est évoquée est l'aggravation de la crise, avec un risque de nouvelle récession. Le raisonnement est le suivant:

     - la dégradation va augmenter le coût de la dette;

     - or, l'endettement est nécessaire;

     - en effet, la dépense publique est essentielle à la relance de l'économie. Il faut s'endetter

       pour dépenser et relancer l'économie;

     - la dégradation va empêcher la relance.

 

     Cette deuxième conséquence évoquée pour la dégradation de la dette US s'inscrit donc dans la théorie keynésienne, selon laquelle la dépense publique soutient la croissance. Plus encore, la dépense publique a un effet de relance. En effet, on peut concevoir que l'injection de liquidités dans l'économie provoque de la croissance, mais l'idée keynésienne est qu'il y a un effet d'entraînement. L'effet est donc supérieur à celui de la dépense en elle même, ce qu'on appelle le multiplicateur keynésien.

 

     Le keynésianisme est la théorie dominante depuis l'après deuxième guerre mondiale. Cependant, depuis la fin des années 1960, elle est contestée, car les relances n'ont pas produit les effets escomptés. La Grande-Bretagne ayant même nécessité l'intervention du FMI.

 

     Certains aspects de l'économie ont donc été libéralisés, avec des privatisations, quelques réformes fiscales dans certains pays. Néanmoins, l'interventionnisme keynésien est resté, comme en témoignent l'augmentation de la dépense publique, et de la dette publique. En témoigne également la crise actuelle, provoquée par une incitation au crédit, pour soutenir la demande via la consommation. Le keynésianisme considérant que la demande tire l'économie.

 

     Aujourd'hui, comme hier, le keynésianisme se heurte à son échec. Les USA ne connaissent pas la reprise prévue par la théorie keynésienne, malgré un déficit qui représente 10% du PIB, et malgré la relance monétaire, via le quantitative easing de la Fed. Cette politique de la Fed ayant au contraire accentué la hausse des prix des matières premières. D'autre part, contrairement aux années 1970, les USA, et d'autres pays, partent d'un endettement et d'un déficit déjà élevés. D'où les inquiétudes sur la dette. Les USA ne montrant aucune volonté d'endiguer leur endettement, leur note est logiquement dégradée.

 

     Certains keynésiens voudraient s'affranchir des marchés, en autorisant les banques centrales à prêter aux Etats. Ce qu'à fait la Fed indirectement avec le quantitative easing, ainsi que la BCE, violant ses statuts, qui a racheté de la dette souveraine sur le marché secondaire.

 

     Le résultat de ces interventions est nul. Pas de relance. Au contraire, la BCE est sous la menace du défaut grec. Et la Grèce n'échappe pas à la rigueur.

 

     Ajoutons qu'historiquement le financement des Etats par une banque centrale, aussi appelé planche à billets, a provoqué l'inflation. Certains appellent cette inflation de leur voeu. En oubliant tous ses méfaits. Un exemple récent montre que la sortie de l'inflation permet le progrès social: le Brésil. Depuis que ce pays est sortie de l'inflation, par une politique très stricte de sa banque centrale, il renoue avec la croissance. Plus encore, pour les défenseurs du social, des programmes sociaux, comme la Bolsa, ont pu être mis en œuvre. La Bolsa est une allocation que touchent les parents s'ils envoient leurs enfants à l'école. La Bolsa n'aurait pas pu exister dans un contexte inflationniste.

 

     N'oublions pas non plus les raisons qui ont présidé à la construction de l'euro. Le modèle de l'euro, c'est le deutschmark. Ce dernier était la monnaie la plus puissante, car la plus stable d'Europe. Le monde sortait par ailleurs d'une période d'inflation contre laquelle il avait fallu lutter. Notamment avec l'action de Paul Volcker, à la tête de la Fed, qui a élevé les taux d'intérêt à 20% pour combattre l'inflation. A noter que les taux d'intérêt étaient déjà à 11% à son arrivée à la Fed, ce qui relativise les niveaux actuels. Et rappelle à quel point l'inflation est dangereuse.

 

     Par conséquent, ceux qui prônent une intervention massive des banques centrales, comme Martine Aubry, font preuve d'une grande inconséquence, et préparent des lendemains très, très douloureux au commun des mortels. Le PS en ayant toutefois l'habitude, après sa relance de 1981, qui aboutit au plus dur plan de rigueur que la France a jamais connu en temps de paix. Il semblerait que ce parti veuille remettre ça.

 

     En conclusion, la dégradation de la note des USA provient de l'absence de volonté claire de réduire les déficits et l'endettement de la part du gouvernement US.

 

     Les conséquences prêtées à cette dégradation sont d'abord techniques, et réelles: une baisse de la note peut amener des institutions financières à extérioriser des pertes, car leurs statuts les obligent à ne posséder que des actifs AAA. Cependant, ce risque, réel étant donné la nervosité des marchés, est limité, car seule une agence de notation a rétrogradé la note US, qui reste bonne, et parce que de nombreux pays possédant une part importante de la dette US n'ont pas intérêt à s'en séparer.

 

     Le deuxième type de conséquence s'inscrit dans l'idéologie keynésienne: une baisse de la note entraîne une hausse des taux d'intérêt, une baisse des dépenses publiques, et une récession. Cependant, depuis plus de quarante ans, les politiques keynésiennes sont un échec.

 

     On peut d'ailleurs se demander si cette crise de la dette n'est pas une crise keynésienne, l'aboutissement de la politique keynésienne.

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Kim 09/08/2011 08:46


Completement novice en la matiere, je me plais a lire vos articles traitant de problemes complexes, mais nanmoins ecrits avec des mots simples, des phrases courtes. Merci!


Michel Martin 08/08/2011 10:25



Vladimir,


Le Bancor est une monnaie de compensation qui ne circule pas et qu'on ne peut pas marchandiser. Chaque pays
dispose d'un compe dans sa monnaie qui circule et d'un compte en Bancor qui sert à effectuer ses échanges internationaux. A chaque exercice, on réajuste la parité monnaie nationale/bancor, à la
hausse si le compte Bancor est positif et à la baisse dans le cas contraire. C'est cet outil de souveraineté monétaire et économique que les américains ont refusé à Bretton Woods où ils ont
préféré imposer leur planche à billets (le dollar est notre monnaie et votre problème). Les US ont échangé leurs dettes contre de l'or à qui en faisait la demande jusqu'en 1971 et ensuite ils ont
continué à émettre leur monnaie de singe. Le Bancor n'est pas moralement antilibéral, mais il est anti libertarien. Sur un plan philosophique plus général, le Bancor est compatible avec la
liberté sociocratique (liberté qui nous lie à nos responsabilités collectives) du fait du regain de souveraineté qu'il permet, alors qu'il ne l'est pas avec la liberté anarchique qui est notre
lot commun actuel qui promeut l'égo envers et contre tous (la main invisible sur le plan philosophique, ou dit autrement, l'individualisme).


@Benichou,


L'affaiblissement américain est la seule chance que nous avons de voir le système monétaire international se modifier et de voir les idées de Keynes s'imposer (Bancor).



benichou 08/08/2011 07:38



Toujours sur le même sujet voir le papier de Geoges Hugeux.


C'est de la bonne lecture!


http://finance.blog.lemonde.fr


 



benichou 08/08/2011 07:17



Pourquoi tant de haine pour ce pauvre Keynes ???


Après 2008 et les "turpitudes" auquelles elles se sont livrées- du véritable gangstérisme- les agences de notation ont perdu toute légitimité à noter qui que ce soit.


Le jugement de S§P est avant tout politique, destiné à affaiblir obama et l'administration démocrate. En cherchant bien on trouvera certainement une collusion avec les républicains les plus
extrémistes.


Je serai à la place d'Obama, j'enverrai la CIA se débarrasser du Board de S§P.


Et dans la foulée on pourrait pendre Blankfein et consorts.


Ce serait faire ooeuvre de salubrité publique.



Michel Martin 07/08/2011 22:31



Si Keynes pouvait lire toutes les inepties qu'on lui colle sur le dos, il risquerait d'en défailir sur le champ. C'est quand même un comble que sa proposition de Bancor de Bretton Woods ait été
refusée par les américains et qu'on lui colle une part de la responsabilité de la crise actuelle, qu'on recherche des boucs émissaires ici et là, perdant ainsi de vue l'ensemble du mouvement de
crise monétaire qui se développe sous nos yeux. Quand ouvriras-tu les yeux, Vladimir sur ce qui est en train de se passer, sur cette crise systémique globale de bulle/dette? Quand l'édifice se
sera effondré? La monnaie, c'est de la confiance, et cette confiance doit reposer sur un équilibre volumique entre l'économie et la monnaie. Les tours de passe-passe finissent toujours mal depuis
Law.



Vladimir Vodarevski 07/08/2011 23:20



Le coeur du problème, c'est l'idée qu'il faut stimuler la demande. C'est là la base de la théorie keynesienne. Je ne connais pas assez le bancor pour être précis sur le sujet. Mais il me semble
qu'il reprenait cette idée. Le keynésianisme, c'est l'idée qu'on doit manipuler l'économie. Et c'est cela qui a échoué.


Mais un simple commentaire ne suffira pas pour te répondre. J'ai en projet un article qui compare le keynésianisme au libéralisme. Mais, tu sais ce que c'est: pour faire les choses sérieusement,
il faut du temps. Je n'ai pas la facilité d'écriture de notre amis Icube!