Analyse Libérale

La fin du capitalisme selon Schumpeter

27 Avril 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

      J. A. Schumpeter considère l'entrepreneur comme l'élément moteur de l'évolution capitaliste. C'est lui qui met en œuvre les innovations qui provoquent les cycles de croissance ( cf La théorie de l'entrepreneur de Schumpeter   ).

 

      Or, dans son ouvrage Capitalisme, socialisme et démocratie, Schumpeter considère que l'évolution capitaliste est susceptible d'entraîner la disparition de l'entrepreneur.

 

      Cependant, précisons tout de suite qu'il ne s'agit pas d'une prédiction. Dans sa préface de la seconde édition de cet ouvrage, Schumpeter se défend de tout défaitisme: il présente un constat à un moment donné. Les populations peuvent réagir à ce constat.

 

      D'autre part, Schumpeter ne se livre pas à une critique du capitalisme. Il est favorable à ce système. Quant à ce qu'il pense du socialisme, système vers lequel nous nous dirigeons selon lui, ce ne sera pas évoqué dans cet article, car l'analyse du socialisme par Schumpeter est très fouillée.

 

      Capitalisme, socialisme et démocratie a été publié pour la première fois en 1942. Il est donc intéressant d'énumérer les causes de disparition de l'entrepreneur, générés par le capitalisme, et identifiées par Schumpeter, et d'examiner ce qu'il en est aujourd'hui, 70 ans plus tard.

 

      Toutes les causes de disparition de l'entrepreneur présentées ici proviennent donc du capitalisme lui-même. Ce dernier détruit donc les conditions mêmes de son existence.

 

      Les mécanismes qui provoquent la disparition de l'entrepreneur peuvent être classés en trois catégories (qui sont de mon crû, Schumpeter n'ayant pas opéré cette classification).

 

      Les différentes causes influent les unes sur les autres. L'ordre dans lequel elles sont présentées n'est donc ni chronologique, ni graduel. (Les citations proviennent de Capitalisme, socialisme et démocratie, édition Payot, 1951, 1990.)

 

I-L'argumentation de Schumpeter

 

A-L'entrepreneur et l'utilité des principes du capitalisme perdent en visibilité.

 

      L'une des causes de la disparition de l'entrepreneur est que celui-ci apparaîtra comme moins utile, de même que les principes qui sont favorables à son action.

 

      Ce qui est en cause, c'est le développement, dans le sillage du capitalisme, de très grosses sociétés, dans lesquelles sera employée la majeure partie de la population active à long terme.

 

      Dans ces grosses sociétés, le progrès technique est mécanisé. Le rôle de l'entrepreneur comme apportant des ruptures n'apparaît donc plus aux yeux des populations employées dans ces grands groupes.

 

      D'autre part, dans un grand groupe, l'utilité du cadre institutionnel du capitalisme est perdu de vue. En effet, les dirigeants des grands groupes ne sont pas des entrepreneurs, juste des salariés. Les actionnaires ne sont pas non plus des entrepreneurs. Ils ont juste fait un placement. Ces deux catégories n'ont pas le même rapport de propriété à l'entreprise que l'entrepreneur.

 

      Par ailleurs, au sein d'une grosse entreprise, ou même entre les entreprises, les relations sont de plus en plus normées, par des contrats types, ou des règlementations.

 

      La liberté de contracter, essence du capitalisme, est donc perdue de vue. Son utilité également par conséquent.

 

      Ainsi, l'évolution du capitalisme vers de grosses entreprises et plus de réglementation engendre une évolution où l'utilité de l'entrepreneur est moins visible, de même que les principes de propriété et de liberté de contracter.

 

B-Le capitalisme soutient ses opposants.

 

      Schumpeter remarque que la société capitaliste est la plus tolérante envers ses opposants, et que, même, elle les soutient.

 

      En effet, les sociétés pré-capitalistes ne toléraient pas la critique. L'opposant au féodalisme, à la monarchie absolue, risquait gros. Voltaire lui-même, par exemple, qui savait si bien jouer avec les limites, habitait près de la frontière, pour se mettre à l'abri en peu de temps.

 

      Au contraire, le capitalisme soutient la liberté d'expression. Car, pour la classe bourgeoise, fondement du capitalisme, «les libertés qu'elle désapprouve ne sauraient être anéanties sans que soient également anéanties les libertés qu'elle approuve.» (p. 204)

 

     Ce principe laisse le champ libre aux "intellectuels", ceux qui sont des «professionnels de l'agitation sociale» (p. 198).

 

      «Le groupe intellectuel ne peut se retenir de grignoter [les institutions], car il vit de ses critiques et il ne peut affermir sa position qu'à coup de banderilles; enfin, la critique au jour le jour des personnes et des événements doit, dans une société où rien n'est plus tabou, fatalement dégénérer en critique des classes et des institutions.» (p. 205)

 

      Ajoutons que le progrès capitaliste facilite la diffusion des critiques en la rendant moins onéreuse grâce aux progrès techniques, dans l'imprimerie et la radio notamment.

 

C-L'évolution des classes sociales.

 

      L'évolution du capitalisme chamboule totalement les classes sociales. D'abord, elle provoque la disparition progressive des aristocrates, et le développement de la bourgeoisie.

 

       Or, selon Schumpeter, les aristocrates sont plus aptes à la direction d'un pays. Ils sont plus capables de défendre des principes, de clouer le bec d'un contradicteur. Par conséquent, ils sont plus aptes que les bourgeois à défendre les institutions, les principes capitalistes.

 

     D'autre part, la bourgeoisie, pourtant issue du capitalisme, change également avec lui. Schumpeter cite ainsi la désintégration de la famille bourgeoise comme cause de disparition du capitalisme.

 

      On ne se met plus en couple forcément pour fonder une famille, avoir des enfants, et les obligations que cela suppose. Les bourgeois arbitrent entre les obligations familiales, qui exigent des sacrifices, et les plaisirs immédiats.

 

      De même, le symbole de la famille bourgeoise, la maison bourgeoise, avec le train de vie correspondant, le personnel correspondant, est en voie de disparition. Les bourgeois préfèrent aller au restaurant, et habiter en appartement. (Schumpeter écrit dans les années 30, rappelons le).

 

      Or, selon Schumpeter, l'homo oeconomicus étudié par les économistes est l'homme dont «les opinions et les volitions étaient modelées par un tel foyer et qui se proposait primordialement de travailler et d'épargner pour sa femme et ses enfants» (p 217, caractères en italique dans le texte).

 

      La famille bourgeoise impliquait donc des besoins financiers élevés, et une vision à long terme. Les besoins financiers incitaient à entreprendre, la vision à long terme permettait de préserver les principes capitalistes, bénéfiques pour la société à long terme.

 

      La famille bourgeoise disparaissant, l'homo-œconomicus «cesse d'obéir à l'éthique capitaliste qui enjoignait de travailler pour l'avenir, que l'on fût ou non destiné à engranger la récolte.» (p.218)

 

D-Pourquoi l'efficacité du capitalisme ne le préserverait-il pas?

 

      On pourrait se demander si l'efficacité du capitalisme ne suffirait pas à garantir sa persistance.

 

      Cependant, selon Schumpeter, les justifications utilitaires ont peu de poids dans ce cas. Les sociétés obéissent à des impulsions extra-rationnelles: «aussi, un attachement émotionnel à l'ordre social (c'est-à-dire précisément le sentiment même que le capitalisme est constitutionnellement impuissant à engendrer) est-il seul capable de refouler en nous les impulsions hostiles.»

 

      De plus, selon Schumpeter, le capitalisme ne peut être expliqué en terme simple, et il a une action bénéfique sur le long terme. Ce qui permet à des thèses simplistes et faisant des promesses à court terme de prendre l'ascendant au sein de la population.

 

      Enfin, le capitalisme a permis d'améliorer considérablement les niveaux d'existence. Or, le progrès recèle une part d'insécurité, puisqu'il remet en cause des situations acquises. Il est facile d'utiliser cette insécurité pour jeter de l'huile sur le feu de l'agitation sociale.

 

II- Regard actuel sur le constat de Schumpeter.

 

A-Le conservatisme, socle du capitalisme?

 

      Est-ce que l'aristocratie est plus apte à gouverner que la bourgeoisie? Ou est-ce une question d'éducation que pourrait recevoir tout un chacun?

 

      On peut penser que Schumpeter a voulu mettre en avant les valeurs de l'aristocratie. Un argument à rapprocher de sa défense de la famille bourgeoise. Ce qui amène à une question: les valeurs traditionnelles, et donc un certain conservatisme, sont-elles bénéfiques au progrès économique et social?

 

      C'est un débat d'actualité, avec la notion de "libéral-conservateur", alors même que des libéraux classiques et des libertariens critiquent le conservatisme.

 

      C'est un axe de réflexion, qui ne sera pas développé ici car le sujet est vaste. On pourra avoir des éléments de réflexion dans le séminaire qu'Alain Laurent y a consacré, sous l'égide de l'Institut Coppet.

 

B-La mécanisation de progrès

 

     Là où la situation a évolué depuis l'époque de Schumpeter, c'est la tendance à la mécanisation du progrès.

 

      Aujourd'hui, les petites et moyennes entreprises ne sont pas mortes, et elles sont le creuset des innovations. C'est le phénomène des start-up. Ce sont ces grandes entreprises, telles Hewlett-Packard, ou IBM, qui rachètent des PME pour développer leurs technologies.

 

      Le magazine Enjeux-Les Echos a publié dans son édition de février 2011 un graphique montrant qu'en 1981, les entreprises de plus de 25 000 salariés concentraient 71% des dépenses de recherche et développement aux USA, contre 10% pour celles de moins de 5 000 salariés.

 

      En 2005, la proportion est de 38% pour les entreprises de plus de 25 000 salariés, et de 39% pour celles de moins de 5 000 salariés.

 

      Aujourd'hui, de nouvelles entreprises provoquent toujours des ruptures. Les grosses entreprises l'ont compris et, toujours selon Enjeux-Les Echos, elles coopèrent avec elles plutôt que de les racheter.

 

C-L'hostilité envers le capitalisme

 

      Le capitalisme est toujours la cible principale de nombreux "intellectuels" et des médias. Les contempteurs sont toujours, de loin, majoritaires.

 

      Cependant, la crise des années 1970 a quelque peu modifié la donne. L'échec des politiques dirigistes a remis à l'honneur le capitalisme, et, en particulier, la théorie de l'entrepreneur de Schumpeter. Un autre économiste autrichien, F. A. Hayek est également à nouveau mis en avant.

 

      Ce courant de pensée n'a jamais été majoritaire. Le capitalisme a toujours été critiqué avec véhémence. Mais, son efficacité apparaissait comme indéniable. C'est donc l'aspect utilitaire qui a permis cette résurgence des défenseurs du capitalisme.

 

      Ensuite, la dernière crise financière, appelée aussi crise des subprime, a été vue comme une revanche à prendre par les anti-libéraux. Ils dénoncent le capitalisme comme responsable de cette crise.

 

      Cependant, les politiques keynésiennes mises en place pour relancer l'économie se sont vite heurtée au plafond de la dette. Les théories anti-libérales se heurtent donc à nouveau à la réalité. Peu d'entre elle prône une nationalisation de l'économie, ce système ayant conduit à une catastrophe. Néanmoins, les idées dirigistes ont repris de la vigueur.

 

      Cependant, aux USA, les politiques menées suite à la crise financière ont provoqué le mouvement du Tea Party, qui réclame un retour aux sources des USA, avec moins d'Etat, plus de responsabilité individuelle.

 

      Enfin, on ne peut passer sous silence l'adhésion des pays émergents au capitalisme. Là encore, ce n'est pas l'adhésion à une idéologie, mais c'est l'efficacité économique et sociale du libéralisme qui justifie ces politiques économiques. Même s'il faut souligner que des pays comme la Chine, ou encore plus l'Inde, ont encore beaucoup de chemin à parcourir pour être qualifiés de capitalistes. Mais c'est la direction qu'ils suivent.

 

Conclusion

 

      Schumpeter a dégagé des tendances conduisant à la fin du capitalisme, et issues du capitalisme lui-même. Tout en précisant qu'il ne s'agissait pas d'une prédiction, mais d'un constat à un moment donné, et en ajoutant qu'en ce domaine, un siècle représente une période court terme.

 

      Aujourd'hui, du fait de la crise des années 1970, les théories libérales ont été remises au goût du jour, en particulier la théorie de l'entrepreneur de Schumpeter. Et le capitalisme s'étend sur toute la planète.

 

      Cependant, l'opposition reste forte, en particulier en France d'ailleurs.

 

      Mais, le monde a aussi changé avec l'internet. Une théorie peut moins facilement dominer une société et faire taire ses opposants. Le mouvement du Tea Party, assez informel, doit beaucoup à internet. En France, les libéraux commencent à s'organiser sur le web, avec par exemple, Contrepoints, l'Institut Turgot, l'Institut Coppet, ou l'Aleps par exemple.

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mamalilou 03/05/2011 04:04



le comm de "jeté" est bien jeté!


Nietzsche est toujours assez mal compris, quand il parle de "mort" qui meurt...


il est tout à la fois, poète, philosophe, critique, et surtout éminemment espiègle...


 


le socialisme? au passé on dit LES socialismes... le présent et le futur se construirons sur la préservation  des écosystèmes, de l'écoumène Terre, et en se sens il ne peut qu'être social...


le seul socialisme qui peut aujourd'hui quelque chose est nécessairement utopique, càd non avéré encore, il est ce qui sera la réalité de demain, et c'est celui-là qu'il faut élaborer


et si le terme gêne "socialisme" pour ce qu'on y colle encore par amalgame, changeons-en... disons franchement "utopisme social"... que les choses soient claires... l'utopie n'est pas une chose
péjorative, c'est ce qui fait bouger le monde.


 


critiquer le passé ne sert qu'à construire le présent et l'avenir, pas à prolonger la critique de ce qu'on ne travaille pas à changer...


 


merci Vlad pour ta lecture patiente, j'écris tard, c'est souvent truffé de boulettes, n'hésite pas à me reprendre sur le fond ou la forme, le débat c'est aussi ça...


bon mardi à toi



Vladimir Vodarevski 03/05/2011 06:40



Le temps me manque un peu. Un article comme celui-ci a nécessité de ma part une relecture de Schumpeter. Mais je vais essayer de consacrer plus de temps aux commentaires. Bonne journée



jéjé 01/05/2011 22:31




Le socialisme n'a pas changé, il est né dans les giron du capitalisme le plus libéral, pour en être l'antithèse et les deux forment le ying et le yang auquel le capitalisme prétend se substituer.


Une imposture qui n'est conçue qu'avec une seule issue préméditée : la mort.


Les socialistes ne peuvent changer, ils ont la même perspective de court/ moyen terme que les libéraux.


Socialisme et libéralisme sont des outils dont la seule fonctionnalité est l'intellectualisation édifiante (=qui rend la foule stupide) des rapports de l'homme au monde, la finalité n'étant pas
la production du mieux, du plus intelligent ou du plus noble, ni même du souhaitable, la finalité est le corrollaire inévitable de toute intellectualisation, l'amollissement du corps, la
flêtrissure de la fleur, le gel des racines, et le déperissement des branches.


Ce n'est pas sans raison que Charles Plisnier, écrivain belge, a immortalisé la contradiction du socialisme primitif sa violence radicale. Cet écrivain nous donne l'intuition que les socialistes
primitifs avaient encore le sens de leur erreur et que leur corps (qui se suicidait pour le groupe) revelait la contradiction que leur esprit refusait d'admettre et de discuter.


L'homme n'est ni bon, ni nécessaire : le socialisme est une vaine tentative d'affirmer le contraire qui n'est qu'une tentation mystique celle de prefèrer la mort du groupe que celle de
l'individu.


_l'homme est inutile : le libéralisme est une vaniteuse tentative de prétendre le contraire, qui n'est que le culte de l'instrumentalisation de la mort de l'individu pour garder le groupe en
vie.


Libéralisme et socialisme sont deux formes d'épitaphe du suicide, penser le contraire c'est rester dans l'infamie qui à vu nos parents pourtant sains d'esprits et de corps se comporter comme des
fous. 


La seule chose qui permet de faire survivre ces chiromancies artificielles de l'homme, c'est la fascination mythique de l'homme pour le veau d'or du progrès ( qui n'est pas une invention
moderne). le progrès est un mythe que vous le croyez ou non, celui qui nourrit la religion et son cousin le philosophe et non la science, science et tant que sagesse et non en tant qu'instrument
de l'Etat ( c'est à dire instrument du philosophe et ou du religieux). 


Je n'aspire pas nécessairement à un monde ou le socialisme ou le libéralisme sont mort, on peut laisser aux constitutions fragiles ces jouets puériles, j'aspire surtout à un monde courageux, et
donc un monde qui prend l'intellectualisation pour le piège l' impasse qu'elle est : la négation de l'humanité.Vous crierez que j'appelle au
facisme, au national socialisme  et sa perversité, encore une fois non, dans un monde sans socialisme et sans libéralisme, le facisme, le national socialisme n'a pas de raison d'être.


Comprenez le bien le facisme ou le national socialisme sont l'enfant maudit du ying et du yang capitaliste, c'est aussi celui qui nous révèle sa vrai nature. 


L'intuition du surhomme de Nietszche n'est certainement pas celle des nazis. Le surhomme des nazis nourrit encore le socialisme et le libéralisme, et l'on peut déjà entrevoir les monstruosités
que cela va enfanter.


En ce sens Niesztche tient plus du poète que du philosophe, puisqu'il nous dit que l'être humain est insurmontable, la mort est le seul progrès auquel il peut aspirer, le reste ce sont des
enfantillages de gens nés avec une cueillère en argent dans la bouche et du caviar à chaque repas.



mamalilou 30/04/2011 19:03



euh, s'il manque un bout, je reviendrai redéposer la fin...



Vladimir Vodarevski 30/04/2011 20:24



Merci de venir faire un tour Mamalilou. Tu es toujours la bienvenue. En tant que libéral, je suis pour le débat.



mamalilou 30/04/2011 19:03



pas mal du tout


mais encore une fois, la conviction personnelle l'emporte sur la critique pure


tu opposes le dirigisme au capitalisme


et tu parles d'échec pour ce qui n'a pu s'exercer en dehors d'une hostilité d'une majorité de la planète annexée par le capitalisme, obligeant tout "dissident" au capitalisme à des mesures de
contournement de cette inégalité de traitement, et le tout dans des contextes y compris guerriers...


bien sûr on ne peut pas systématiquement revenir sur tout, mes quand ces élisions conduisent à la liberté de pareils sophismes, là ça devient du mensonge...


non on n'a pas pu juger sur pièce de quoi que ce soit de viable en terme de socialisme...pas parmi ce à quoi tu fais référence...on a la manie j'ai remarqué de ne pas différencier "socialisme" et
"soviétisme" sans parler de l'état nation...


 


mais il a le socialisme marxiste et la social démocratie (réformiste: dépasser le capitalisme...)..., le socialisme libertaire (qui critique vertement le socialisme autoritaire et hiérarchique,
l'étatisme), le socialisme utopique, ainsi appelé parce qu'il n'a pas été relayé à ce jour par une politique homogène, or, c'est là que se situe le mouvement d'évolution aujourd'hui, au-delà des
"prédictions" de Schumpeter... dans ce droit fil de la pensée écologiste qui prend ce tournant... un socialisme qui a influencé certains systèmes de pensée de la gauche non marxistes et en
rupture avec la social-démocratie, par ses aspect d'économie solidaire, d'alternatives d'autogestion de communautarisme de lieux de vie, de rupture avec la valeur croissance, etc... 


 


et le concept de socialisme remonte à Platon, rien moins...avec transformation sociale et édification d'une société "idéale" fondée sur l'abondance et l'égalité... on y revient... car oui le
socialisme dit utopique est d'abord une philosophie, philantrope, qui entend ne pas fonder de distinction entre les classes sociales, il remet en cause le capitalisme autour de ses conséquences
néfastes


car on ne pourra pas, au-delà de tous ces principes économiques fondés autour de concepts diversement séducteurs, se départir de cette analyse accablante de la somme d'externalités négatives qui
aujourd'hui surpassent de loin tout avantage associé au capitalisme... et cette analyse-là, on ne pourra pas éternellement s'en dédouaner... ce en quoi ton billet une fois encore, pourtant juste
évidemment en terme d'histoire et de théorisation, (exception faite de ton sophisme sur les sociétés dirigistes), représente encore une fois une pirouette commerciale, car le capitalisme lui, a
eu plus que son temps pour faire ses preuves... l'apogée est loin derrière nous, il faut savoir s'arrêter à temps...


 


Entendons-nous bien, si avant, le socialisme se fondait sur une vision "optimiste" aujourd'hui c'est bien la négativité ambiante et le pessimisme auquel la poursuite du capitalisme confine qui
motive des réflexions sur ce recours qu'on nous avait habitués insidieusement à reléguer au placard à force de moqueries illégitimes qui n'avait pour argument que la force populiste d'une opinion
grégaire...


Aujourd'hui on ne s'appuiera évidemment pas sur la confiance en la force de raison de l'homme pour aboutir à une
civilisation de Raison et de bien-être...


c'est bon, on a compris la nécessité de tenir compte de la marge de non-fiabilité de la nature humaine


des expériences de "communisme primitif" n'ont pas résisté à l'industrialisation... on y revient c'est le propre de la gestion collective: tout le monde ou personne


d'ailleurs, le capitalisme vit cela aujourd'hui (mais il s'en fout, il table sur l'élitisme), tant que le travail des hommes n'est pas rétribué également sur la planète, les pays qui avancent
socialement plus vite, sont pénalisés dans l'emploi... il faudra bien réguler ça... je ferme la parenthèse.


 


le socialisme utopique se détache de la notion d'état pourvoyeur... il prône l'initiative citoyenne, au sein de petite communauté, ou "cellules" si tu veux, comme dans la biologie quoi... mais
jusque là, la fédération de ces cellules n'a pas encore pu aboutir, il faudrait peut-être tenter cette voie... dis-je dans le cadre de cette réflexion ici proposée...à nous de rêver cela, c'est
facile, mais il faut élaborer cela dans toute sa complexité, pas forcément exclusivement en se réclamant de vieux théoriciens... car le monde bouge...


 


et si tu regardes aujourd'hui, il y a toujours des développements ça et là, en Afrique, en Asie... du socialisme qui s'appuie et respecte les traditions des peuples, et défie l'industrialisation,


on évitera judicieusement le socialisme arabe (baathisme) et ses dérives bien connues...mues par la lutte contre le protectorat français d'ailleurs... une des conséquences du capitalisme donc, en
cette opposition farouche... qu'aujourd'hui les peuples syriens, libanais et jordaniens combattent courageusement depuis qu'il est sorti d'Irak... le Yémen et le Soudan, bien qu'ayant déjà pris
leurs distances d'avec le parti central depuis long mènent à leur tour le combat...je referme la parenthèse.


 


et puis on pourra sonder aussi la voie de l'écosocialisme, comme le font les Scandinaves, (socialisme vert si tu veux, pas toujours marxiste là encore comme certains s'amusent à le catégoriser),
l'écologie n'étant pas conciliable avec le captialisme, vu que ses modes de production sont guidés par la recherche du profit et de valeur d'échange, ce qui pousse au productivisme et à l'incapacité de prise en compte de la
destruction de l'environnement puisque pas de valeur d'échange.


voir la déclaration écosocialiste de Bélem en 2009... oui oui ça bouge...


 


mais ne nous y trompons pas, aujourd'hui encore le capitalisme mène une croisade contre les pays communistes et socialistes dans le monde... voire en 2006 au Conseil de l'Europe, littéralement la
"criminalisation" de la lutte des classes... condamner les crimes des régimes totalitaires communistes est une chose... certes... mais les textes proposés ne visent pas à en comdamner les
acteurs... mais bel et bien à empêcher un bilan comparatif des deux systèmes... rappelons que les communistes ont luttés contre l'horreur nazie avec une efficacité remarquable... malheureusement,
auréolés de la vertu rigoureuse et éthique de lutte contre le crime totalitaire, ces projets englobent des conséquences que je ne suis pas loin de suspecter d'avoir été les réelles motivation..


pas que je défende ces régimes, loin de là, mais je défends la liberté de penser ici, de penser le monde autrement...


 


bon faut bien que je m'arrête, merci encore Vlad, pour ton excellent topo et pour ton "écoute".


bon WE à toi



I-Cube 27/04/2011 19:08



Ce qu'il n'avait pas vu, parce que ça n'existait pas en 42 (et bien des années plus tard) c'est le "capitalisme d'Etat" et son rôle devenant majeur au fil du temps.


Ni ses travers (ou ceux de "l'économie mixte", telle que nous la vivons depuis la fin des années 70 et qu'elle est née en "Gauloisie avancée" en 1945).


Là, il nous manque un "théoricien" : Je compte sur toi pour faire avancer la matière (et devenir prix nobel d'économie comme je l'avais prévu) !


Il te faudra aussi faire la part de l'économie "associative", telle qu'elle croît depuis quelques décennies qui vient en contre-point mais aussi en substitution du capitalisme véritable et du
capitalisme d'Etat.


C'est là que j'y trouve le plus grand nombre d'entrepreneur au sens de Schumpeter.


Parce que le capitalisme de la PME, ça reste une typologie assez restrictive qui se résume à trois profils de dirigeants (et donc de TPE/PME) : Le commercial, l'ingénieur, le financier.


 


Bien à toi !



Flamant rose 27/04/2011 17:13



Dans Capitalisme, socialisme et démocratie, Schumpeter développe une analyse de la dynamique historique du capitalisme qui articule logique économique et éléments institutionnels. Pour lui,
l'aboutissement de la tension entre ces deux dimensions n'est autre que le déclin du capitalisme et son basculement vers le socialisme. Pour des raisons totalement différentes il rejoint Karl
Marx. Là où Marx voit dans l'avénement du socialisme une issue, non seulement logique, mais souhaitable, Schumpeter ne cache pas son aversion pour le modèle socialiste et regrette une évolution
qu'il juge pourtant inéluctable. 


Comme vous le soulignez, son étude est très fouillée et si on veut en faire la synthése qu'il lui permet d'en arriver à cette conclusion, c'est que bien qu'il le défende, il pense que
finalement le capitalisme consiste en un processus de destruction créatrice dont il est difficile d'asseoir la légitimité auprès de ceux qui en sont les victimes, parce que la tolérance de la
société aux inégalités se réduit et parce que l'esprit d'entreprise disparait d'une économie qui se bureaucratise et se rationnalise, les institutions du capitalisme sont donc, pour lui, amenées
à disparaître. 


Ce qui est également interessant chez Schumpeter c'est son analyse de la démocratie (également fouillée) qui lui apparaît comme étant un facteur qui aggrave l'affaiblissement de la légitimité des
institutions du capitalisme. Il pense en effet que le régime démocratique n'est pas au service de la volonté générale et du bien commun, mais qu'il est un espace de manipulation de l'opinion
publique par des professionnels dela politique qui ne portent que sur leurs seuls interêts.


Cette vision de l'économie par Schumpeter est à l'origine d'un nouveau champ d'analyse en économie, aujourd'hui important que représente l'école du Public Choise (le texte fondateur de
ce courant est le calcul du consentement publié en 1962 par James Buchanan et Gordon Tullock) .