Analyse Libérale

La crise, où en est-on? Décembre 2009

10 Décembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Un rapide point sur la crise économique, en ce mois de décembre 2009. L'événement de ce mois, c'est l'annonce par la Banque Centrale Européenne de la fin du dispositif exceptionnel d'octroi de liquidités aux banques. La BCE va essayer de laisser les banques se financer par elles-mêmes, comme avant, et essayer d'éponger les liquidités déversées depuis 2007.


     C'est une bonne nouvelle. Ce pourrait être la date de la fin de la crise financière dans les manuels d'histoire, si tous se déroule sans encombre, bien sûr. Déjà, que la nouvelle n'ait pas affolé les marchés, que les cours des banques ne se soient pas effondrés, que ces mêmes banques n'aient pas réclamé la prorogation du dispositif, tout cela est de bon augure.


     Maintenant, les opérations de retrait de liquidités seront surveillées. Il y aura certainement des soubresauts. Et il faut attendre le tour de la banque centrale des USA, la Fed. Même si elle ne prolonge pas certains dispositifs exceptionnels, comme l'achat de bons du Trésor, ce que la BCE n'avait jamais fait, heureusement, elle n'a pas encore fait d'annonce aussi claire que son homologue européenne. Néanmoins, la Fed et la BCE se concertent. La Fed va peut-être engager le même mouvement.


     Sur le front de la crise, les prévisions les plus alarmistes ont été révisées. Ce qui démontre encore une fois que nous n'avons pas de modèle mathématique pour prévoir la croissance ou la récession. Le mouvement de reprise sera long. Comme je l'ai déjà expliqué, l'économie a connu une croissance tirée par les USA, et la politique de relance monétaire de ce pays. A suivi une inflation, immobilière, qui s'est propagée à toute l'économie, et a créé une crise financière. La mécanique de la croissance s'est cassée.


     Une partie de la croissance était donc de la "mauvaise" croissance, car elle était totalement artificielle. Certaines productions, biens ou services, et donc certains emplois, ne devaient leur existence qu'à l'excès de crédit. Ils ont donc disparu quand la relance monétaire s'est écroulée. L'économie est revenue en arrière. Maintenant, pour repartir, elle doit en quelque sorte se reconfigurer. Ce qui prend du temps.


     Les plans de relance ne sont là que pour soutenir temporairement l'économie. Ils ne créent pas un mouvement de reprise. Il n'est que voir les interrogations sur la fin de la prime à la casse dans l'automobile. Et, aussi, les interrogations sur l'endettement des Etats. Endettement qu'il faudra éponger un jour.


     On craint d'ailleurs la faillite de certains Etats de la zone euro. La Grèce, surtout. Et on s'inquiète déjà de la stabilité de la zone euro.


     Rappelons que les Etats font rarement faillite. Il y a beaucoup de recours avant cette échéance, comme un plan de rigueur, assorti d'un prêt du FMI. Quant à la zone euro, elle n'est pas constituée que de la Grèce. Il y a des différences de taux entre les obligations émises par la Grèce et celles émises par l'Allemagne. Si les investisseurs se détournent de la Grèce, ils peuvent aller vers d'autres pays de la zone. L'euro baissera peut-être, mais il a déjà été bien plus bas qu'aujourd'hui. D'ailleurs, on se plaint de son niveau élevé.


     D'autre part, quand un pays a de grosses difficultés budgétaires, qu'il n'inspire plus confiance, sa monnaie est peu à peu remplacée par une monnaie étrangère, le dollar souvent. Or, la Grèce bénéficie de l'euro, dont la gestion est indépendante des Etats. En théorie, une monnaie indépendante peut toujours être utilisée en cas de faillite du pays. En pratique, dans le cas de la Grèce, l'euro est la monnaie de beaucoup de pays, qui en assurent la stabilité.


     Le cas de la Grèce illustre la situation d'un pays qui bénéficie de la protection de l'euro. Sans l'euro, la Grèce aurait dû dévaluer, et mener depuis longtemps un plan de rigueur, ce qui aurait entraîné une perte de pouvoir d'achat, une récession. Le seul problème de l'euro est là: il n'y a plus de crise de change pour obliger les pays à mener des plans d'assainissement. Rappelons que, contrairement à ce qu'on dit usuellement, une dévaluation n'est jamais indolore pour la population. Celle-ci paie la dévaluation par l'inflation, et un plan de rigueur.


     Aujourd'hui, la Grèce a peut-être atteint les limites du bouclier. Mais sa situation n'est pas comparable à un pays sous-développé.


     Est-ce la situation vers laquelle vont mener les déficits des pays européens? Effectivement, la Grèce nous rappelle que même avec l'euro, il arrive un temps où la rigueur s'impose. Qu'un pays de la zone euro fasse faillite est peu probable. Mais qu'il faille un jour prendre des mesures contre les déficits, officiellement, ou insidieusement (par de nouvelles taxes "écologiques" par exemple), cela paraît inéluctable.


     Voyons enfin la situation de la Chine. Celle-ci a relancé son économie à coups de dépenses publiques. Cependant, ces dépenses ne sont pas de l'endettement. La Chine puise dans ses réserves. Pas de problèmes de déficit. D'autre part, la Chine construit des infrastructures, sur un territoire qui en manque. Ces dépenses auront donc des effets bénéfiques sur le développement du pays.


     On peut s'inquiéter de la politique de crédit ds banques. On peut s'inquiéter de la fragilité du système financier chinois. Il y a beaucoup d'inconnues sur l'avenir de la Chine. Cependant, il ne faut pas analyser la Chine comme un pays développé. C'est un pays en développement, qui se développe à une vitesse phénoménale, plus vite qu'aucun pays ne l'a jamais fait. C'est 1,2 milliard de personnes qui sont susceptibles de connaître ce développement. La Chine a donc encore une marge de progression énorme. Sans qu'on puisse prévoir jusque quand. Et sans négliger des soubresauts et des à-coups, qui pourraient mettre en danger le régime.


     Le principal problème venant de Chine c'est son protectionnisme. Il semble plus difficile aujourd'hui de vendre dans ce pays pour un étranger. De s'y implanter même. Il y a également le problème de la contrefaçon. La Chine fait partie de l'OMC, les pays occidentaux pourraient se défendre contre ce protectionnisme. Mais ils sont aveuglés par les promesses du marché chinois, et vont même jusqu'à transférer de la technologie.


Finissons par la réglementation financière: rien de neuf par rapport à ce qui a déjà été prévu. Les organismes prévus vont se mettre en place progressivement (voir:  Les propositions de la Commission pour la surveillance financière. et Régulations financière: les projets, et ce qu'il faudrait changer. )

Sur la crise, voir La crise avec des mots simples et Les essentiels sur la crise

 

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mamalilou 08/01/2010 13:50


merci!
ben oui et l'écoute est parfois difficile, difficile d'entendre qu'il faut commencer par ici ou par là, mais qu'on ne peut rien faire chez soi sans convaincre les autres
qu'on ne peut rien faire tout seul
et que, puisque toute cette imbrication a mis du temps à se faire, il faudra défaire les noeuds un par un
alors oui savoir que la Chine et tout et tout...
c'est bien et puis c'est un bon quart de la population mondiale qui nous pose problème pour freiner des quatre fers maintenant..
pas facile quand l'élève dépasse le maître, quand la Chine légalise la propriété privée etc...où va-t-on?!!!
mais c'est pas simple de dire à cet adulescent prometteur du capitalisme, à ce pays où l'on ne fait rien à moitié, où l'on est minutieux par culture...
du coup les erreurs c'est en bloc qu'elles arrivent à la face du monde,
ça pour désapprendre la solidarité et la mesure à l'orient, le capitalisme a fait fort tout de même!
oui il y a des grosses choses à changer, et l'occident a peur de perdre sa prépondérance à tous niveaux en initiant le rétropédalage...
normal
j'ai envie de dire "et alors?"
on va durablement -et officieusement depuis quelques temps- se trouver dominés...économiquement...et ce sera notre contribution à la survie planétaire, bon,
voilà...
en espérant que les détenteurs de ressources ne soient pas maléfiques et nihilistes, vengeurs et ne continuent pas à leur compte la destruction...
c'est possible aussi...

quoi? oui je fais un peu exprès, mais bien sûr ça met en évidence la nécessité d'une gouvernance mondiale pour l'écolo/nomie...
je compte à vrai dire sur des "penseurs" de ta trempe pour nous concocter ça rapidement...
se référer notamment à marie martin-pécheux...

toujours flou et à la serpe, ça s'arrange pas chez moi, hein...
je compatis... :))
merci pour ta patience
belle journée à toi Vlad


mamalilou 04/01/2010 14:54


coucou! me revoilou!!!

nous vlà en 2010 dis!!! rien vu passer
que cette année te soit nourrissante et épanouissante
dans la joie, le partage et l'harmonie
de l'énergie y compris pour alimenter ce blog riche et pointu
et puis de l'amour
pur et universel

revenons à nos moutons, oui moutons, ben oui,...tout le monde se dit ouais super profitons des bas prix de main d'oeuvre et autres poncifs récurrents et mauvaises idées à moyen terme pour des
sirènes à court terme...
c'est ce que j'appelle la gourmandise du profit...
et ça entraîne à des difformités de l'entité planétaire humaine...
ben oui hein, c'est vu à la louche, tu me connais, le bon sens près d'chez vous... mdr mdr mdr
mais oui je ne peux qu'être d'accord avec ce que tu pointes, même si ce qui appuie ma compréhension et ma réflexion en ce domaine relève plus d'évaluations empiriques et de notions de priorités
biologiques, écologiques et sociétales, de vision collective durable et de "bon sens économique de ménagère"...
je crois en effet qu'on a à gagner à freiner les réflexions à la louche sur l'économie qui a contribué et contribue encore à légitimer au nom d'entité fictives (profit, croissance, budget, cours
boursier etc...) la perte de qualité de vie, voire de garantie de survie.

aucune grande vertu économique suspectée, aucune valeur conceptuelle ne peuvent être agitées en tête de gondole des mesures de restriction de condition de travail et de rémunération, voire de
licenciement pour justifier les fracas dans la vie professionnelle et personnelle des humains
humains qui sont seuls et uniques garants de la valeur travail dont dépendent ces concepts et notions que sont profit, croissance, dividendes etc...
voilà pour le propos(je vais pas dire "analyse" non plus, hein...) de madame toulmonde...!!!


Vladimir Vodarevski 04/01/2010 17:34


Merci Mamalilou, et meilleurs voeux à toi. Oui, l'année a passé vite. On va essayer de prendre plus sont temps en 2010. En continuant à disserter d'économie et d'autres sujets. Et en essayant de se
comprendre les uns les autres, même si on n'est pas toujours d'accord sur tout :)) Comment communiquer si personne n'écoute personne?
Une bonne année, Mamalilou.


mamalilou 31/12/2009 16:51


beaucoup de retard de lecture, bigre, mais je reviendrai à tête reposée.
pour l'heure , la soirée et l'an qui viennent
et après aussi, mais je le rappellerai (:o))je te souhaite:
plein plein de précieux instants, intenses et mémorables, et puis tout l'enthousiasme et le désir d'aborder cet an neuf, enfin dix mais neuf quand-même!!!
de cet enthousiasme et de ce désir découle tout le reste
et puis bien sûr une forme d'athlète!!!
à l'an prochain donc, avec toute mon amitié


L'ignoble infreequentable 10/12/2009 12:31


Ouais, comme quoi, après l'inondation de liquidité en période de fatale crue de "mauvaise monnaie", on en revient à "éponger"...
Politique monétariste totale avec un discours keynésien !
Moi j'admire, vraiment !