Analyse Libérale

L'impasse

15 Avril 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     L'impasse est un film de Brian de Palma, avec Al Pacino dans le rôle principal. Il relate l'histoire d'un caïd de la drogue, qui veut changer de vie, mais qui n'y parviendra pas. L'impasse, c'est aussi ce qui qualifie la vision économique et politique en France.

 

     Les discours, en cette campagne présidentielle, ne présentent aucune perspective. La France ressasse son idéologie en matière économique et politique, sans même y croire. Alors que le monde a rarement présenté autant de perspectives qu'aujourd'hui.

 

     Le renoncement qui caractérise la France est illustré par la proposition d'instauration de quotas en classe préparatoire de l'enseignement supérieur. Le candidat socialiste veut qu'une proportion d'élèves de chaque lycée français intègre une classe préparatoire. L'admission en classe préparatoire ne dépendra ainsi plus des résultats, mais de quotas. Un bon élève pourra être recalé car il n'entrera pas dans les quotas.

 

     Ce système de rationnement est déjà à l’œuvre sous d'autres formes, à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris notamment. Il consiste en une procédure spécifique d'admission pour les élèves des lycées classés en ZEP. Cette politique est appelée "diversité sociale".

 

     Cette politique est un renoncement à l'idéal républicain. Cet idéal est de permettre à chacun d'améliorer son sort, et celui de la génération suivante. Il ne s'agit pas de promettre d'être PDG à tous. Mais de donner une perspective.

 

     Aujourd'hui, l'idée d'offrir à tous les élèves des lycées classés en ZEP un avenir meilleur est abandonnée, remplacée par celle de répartition des postes. Ainsi, il est proposé de faire en sorte qu'un petit nombre d'entre eux soient intégrés dans une école prestigieuse, un cursus favorable. Et de montrer ainsi que la répartition est égalitaire.

 

     Offrir un avenir meilleur suppose une certaine qualité de l'enseignement. Mais aussi des perspectives économiques, des emplois correctement payés. C'est le développement économique qui permet la méritocratie. Le renoncement à l'idéal républicain, dans le discours dominant en France, est le signe que même ceux qui soutiennent ce discours ne croient plus en l'idéal républicain. Ils ne croient plus qu'il soit possible d'offrir des perspectives à tous.

 

     Pourtant, c'est toujours la même politique qui est mise en œuvre, depuis les années 1970. La dépense publique est présentée comme le remède, alors que celle-ci est passé de 36 % du PIB dans les années 50, à 40 % dans les années 60, et a passé le seuil des 50 % dans les années 80. Les politiques de relance sont préconisées, alors qu'elles ont échoué dans les années 1970, 1980 (entraînant un formidable plan de rigueur en France), et que la croissance française se traîne malgré un déficit budgétaire constant depuis les années 1970. Il est même demandé que la Banque Centrale Européenne finance la dépense publique par la création monétaire, ce qu'elle fait déjà d'ailleurs, alors que la création monétaire est à l'origine de la crise (cf Les essentiels sur la crise ).

 

     L'Etat est présenté comme pouvant ramener la croissance pour tous. Or, en France, l'emprise de l'Etat n'a cessé de grandir, sans résultat : réduction du temps de travail, réduction de la population active (par les pré-retraites), réglementation sur l'installation des magasins, subventionnement de l'électricité produite par panneaux solaires ou éolienne, crédits d'impôts en tous genre pour les entreprise et les particuliers, divers avantages au secteur dit culturel, etc.

 

     Les résultats ne sont pas présents, mais la mise en œuvre de cette politique continue, et ses promoteurs ne demandent qu'à l'amplifier. Les problèmes du pays sont mis sur le compte d'ennemis, comme les marchés financiers, alors qu'ils sont si cléments envers la France, offrant des taux d'emprunt très bas, surtout compte tenu de l'inflation, pour un pays surendetté. Les riches, accusés de vouloir fuir le pays et leur devoir de solidarité, alors que la France est un des pays les plus égalitariste au monde. L'ultra-libéralisme, alors que ce terme n'a aucune signification. Mais il faut un ennemi pour justifier les problèmes, et éviter de se remettre en cause.

 

     Pourtant, notre époque offre d'immenses perspectives. Ainsi, jamais la planète ne s'était autant développée. Les chinois, les brésiliens, les russes, les indiens font partie des pays émergents. La pauvreté a reculé de manière phénoménale. Alors que le monde était constitué d'une petite partie, 20 %, qui était développée, et de 80 % sous développée, la proportion évolue favorablement, offrant par ailleurs espoir aux pays qui restent dans le sous-développement.

 

     Tous ces pays qui se développent sont de formidables opportunités pour nos entreprises. Et donc pour l'emploi. Une entreprise, qui végète sur son marché national, a déjà l'Europe comme terrain de développement, et elle a maintenant le monde entier. Ce mouvement étant soutenu par l'OMC et les accords sur les échanges internationaux.

 

     D'autre part, la technologie offre elle aussi des perspectives formidables aujourd'hui. Les technologie de l'information et de la communication ont atteint un point de basculement, qui irrigue toute l'économie. Il est possible aujourd'hui de dicter un message à un petit smartphone, qui l'enverra sous forme écrite. Des applications qui nécessitaient des ordinateurs de la taille d'une armoire tiennent aujourd'hui dans la poche.

 

     Nous sommes entrés dans un nouveau monde, plein de promesses et de perspectives. La technologie permet de diminuer les coûts dans de nombreux domaines, offre des perspectives de nouveaux produits et services. Même dans les produits traditionnels. Grâce à la combinaison de la mondialisation, de la logistique, et de l'internet, la moindre entreprise française peut vendre son produit au bout du monde.

 

     La politique pour profiter de ces perspectives est connue. Elle est symbolisée par le modèle de la Silicon Valley. Un salarié, expérimenté, après 15-20 ans de boîte, crée son entreprise, avec les économies qu'il a accumulé. Il peut être aidé par des business angels, généralement d'ancien chefs d'entreprises qui ont revendu leur affaire, et qui investissent leur argent dans des domaines qu'ils connaissent, ou qui veulent simplement consacrer une partie de leur argent pour donner aux autres la même chance qu'ils ont eu. Parfois, ce sont carrément de jeunes chercheurs qui créent une entreprise, avec l'aide des business angels. Ensuite, l'entreprise se développe, faisant différents appels de fonds, qui intéressent différentes catégories d'investisseurs, jusqu'à l'IPO, l'initial public offering, c'est-à-dire l'entrée sur un marché boursier. D'abord le Nasdaq, généralement.

 

     L'Etat peut favoriser mouvement, par une politique fiscale adaptée, et en ne mettant pas d'entrave à la création de nouvelles activités. Il peut aider les entreprises à se développer, en créant, par exemple, dans les universités, des organisme ad hoc, qui proposerait des conseils aux entreprises à potentiel, en matière de financement, de nouveaux marchés. Mais des services en partie payant, pour impliquer les entreprises.

 

     Ce processus de création et de développement d'entreprises, qui favorise l'emploi, porte un nom : le capitalisme.

 

     Le discours dominant en France est donc un discours de renoncement à l'idéal républicain. C'est un discours qui ne voit aucune perspective pour la population, même en appliquant sa politique. Alors ce discours propose une logique de rationnement, pour répartir les places. Cela alors même qu'une autre politique est possible que celle menée sans succès en France depuis les années 1970. Mais cette autre politique est rejetée, par pure idéologie, car c'est le capitalisme. A la place, la même politique est menée depuis les années 1970, sans même aucun espoir. Une impasse.

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Flamant rose 18/04/2012 10:16


Il y a 10 candidats à l'élection présidentielle. On nous dit ne pas comprendre l'abstention et le vote blanc car avec 10 candidats allant de l'extrême droite à l'extrême gauche en passant par les
souverainistes qui peuvent d'ailleurs être les mêmes, tout citoyen devrait y trouver son compte. Et bien non, tout le monde n'y trouve pas son compte, Y a t-il un candidat libéral ? Si oui, alors
il faut me dire lequel. Même Nicolas Sarkozy vient de se montrer favorable à l'encadrement des loyers. 


 

Vladimir Vodarevski 18/04/2012 11:25



Non, il n'y a pas de candidat libéral.


Mais ce n'est presque plus la question.


Quel repli sur soi. Quel manque d'avenir. Quel manque d'espoir.



I-Cube 16/04/2012 08:32


Nos "élites", devenues dogmatiques après leurs formations d'élite-égalitariste te nous prépare depuis une génération un pays é"triqué" :


Un "gros" potentiel de "survie" dit de "proximité" : TPE et fonction publique ou parapublique, incapable de se développer ailleurs que "sur place" ;


Un énorme secteur de "services à la personne".


Et une toute petite frange d'entreprises (y compris PME) à forte valeur ajoutée qui s'épanouissent ici et ailleurs.


Surtout ailleurs... et qui payent tout le reste jusqu'au jour où elles délocalisent.


C'est un peu la conséquence de ce que me racontait J-L. Beffa quand il était patron de Saint-Gobain : "Quand j'ouvre une usine en Pologne, tant que je ne licencie pas en France, chacun est
conscient que je paye le cout-français sur le dos des ouvriers polonais, et tout le monde est content !"


Depuis Renault en a ouvert partout... pour financer le régime social "gaulois".


On délocalise donc par le haut et par le bas : Un pays de rentiers mal dans leur peau et qui n'offre aucune perspective à sa jeunesse !


Tu as raison, c'est l'impasse : On renonce à tout effort suffisant pour en sortir...