Analyse Libérale

L'Europe est-elle trop sévère avec la Grèce?

29 Mai 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

      Le plan d'aide à la Grèce suscite des critiques, de la part des grecs notamment. Ce plan, concocté par l'Union Européenne et le FMI, est accusé d'être trop rigoureux, et donc trop injuste, d'enfoncer le pays par ses mesures d'austérité alors que ce dernier aurait besoin d'une relance, de peser trop sur les défavorisés. Enfin, il est reproché à l'Union Européenne de demander des taux d'intérêt trop élevés, et d'avoir laissé les déficits se creuser en Grèce sans rien dire pour favoriser l'accession au pouvoir d'un socialiste, mieux à même d'imposer la rigueur.

 

      Ces reproches sont-ils justifiés? Les grecs paient un lourd tribut à la crise, et on ne peut que comprendre leur ressentiment. Un bilan, ou point d'étape, n'est pas inutile, pour évaluer si le plan d'aide à la Grèce est trop rigoureux, la responsabilité de l'Europe, et pour déterminer ce qu'il reste à faire pour la Grèce.

 

      Les contreparties demandées à la Grèce en échange du plan d'aide de l'Union Européenne et du FMI sont-elles trop rigoureuses? A chaque fois que le FMI aide un pays, il est accusé d'être trop sévère. On parle de dogmatisme de l'équilibre financier, d'ultra-libéralisme.

 

      Quand un pays a besoin de l'aide du FMI, c'est qu'il est au bord de la faillite. Il a emprunté, sa gestion n'inspire pas confiance, les préteurs ne veulent plus rien lui prêter, sauf à des taux prohibitifs.

 

      Ce n'est pas une question idéologique, ni une question de théorie économique. C'est un problème purement financier. Ce n'est pas non plus les marchés financiers qui font la loi. Que le financement provienne des banques, des marchés financiers, des particuliers, le problème est le même: quand la confiance n'est plus là, le crédit se tarit.

 

      Il faut alors faire des économies, chercher des ressources supplémentaires, d'où la rigueur.

 

      Bien sûr, il y a toujours des gens, l'ancien président du FMI, Dominique Strauss Kahn en tête, pour prôner la relance keynésienne, disant qu'il faut dépenser pour relancer l'économie. D'autres qu'il faut faire marcher la planche à billets. Mais la réalité est inévitable, et même Strauss Kahn a élaboré des plans de rigueur pour permettre à la Grèce de bénéficier d'une aide. Notons d'ailleurs que la BCE a fait marcher la planche à billet pour soutenir les banques, et les banques grecques en profitent largement, et qu'elle a utilisé une part des liquidités créées pour racheter des obligations grecques. Cela n'a pas suffi.

 

      Les pays obligés de se plier à la discipline du FMI ont du ressentiment envers l'organisme. D'autant que les gouvernements n'acceptent pas de reconnaître leurs erreurs. Le FMI, et, dans le cas de la Grèce, l'Union Européenne, sont les boucs émissaires de la rigueur, inévitable pourtant.

 

      L’Europe a-t-elle une responsabilité, en ayant sciemment ignoré certains signes avant-coureurs, pour favoriser des amis politiques? Le bruit a couru, mais c'est difficile à vérifier.

 

      Par contre, l'appareil statistique de l'Union Européenne laisse à désirer. Il ne fait que reprendre les chiffres des organismes nationaux, sans contrôle. Alors qu'on pourrait penser qu'un chiffre publié sous son égide est signe de crédibilité. Eurostat avait même repris les chiffres du chômage de l'INSEE, à l'époque où ce dernier avait changé de méthode et constaté des discordances. Il n'avait pas publié ses chiffres en France, ce qui avait créé une polémique sur les chiffres du chômage.

 

      D'autre part, l'empressement à accueillir de nouveaux pays dans la zone euro a peut-être été un peu trop grand. On peut pardonner à des économies comme celles de l'Allemagne ou de la France des écarts budgétaires. Mais la Grèce n'inspirait pas la même confiance.

 

      L'euro a certainement permis à la Grèce d'emprunter plus facilement. Peut-être d'emprunter trop facilement.

 

      Enfin, l'Union Européenne n'a absolument pas prévu qu'il soit nécessaire de renflouer un pays. Tout reposait sur les critères de Maastricht. Le respect de ces critères devait empêcher un pays de faire défaut. La crise budgétaire grecque illustre bien les limites de cette approche uniquement préventive. Il est difficile de forcer un pays à respecter ces critères. Sanctionner un pays quand il est en déficit est délicat, et trop tardif. La France et l'Allemagne ont d'ailleurs refusé de se plier aux sanctions en 2003. La crise budgétaire grecque a montré la nécessité de prévoir un dispositif, ce à quoi les européens se sont attelés, mais dans l'urgence, et en pleine crise. Ce qui rend les débats plus difficiles et moins sereins.

 

      De plus, si un dispositif de renflouement avait été prévu à l'avance, identique pour tout le monde, il aurait certainement mieux accepté. Aujourd'hui, les grecs se sentent stigmatisés, d'autant plus que certaines remarques de la part de certains pays ont été acerbes.

 

      Enfin, sachant ce qui se passerait en cas de défaut, un dispositif prévu à l'avance, avec toutes les contraintes que cela suppose, aurait eu un effet plus dissuasif que les critères de Maastricht.

 

      La Grèce revient dans l'actualité car elle aurait à nouveau besoin d'aide. Comment l'aider? Le débat est ouvert, entre restructuration de la dette et nouvelle aide européenne, en passant par des privatisations.

 

      Il est impossible d'envisager quoi que ce soit de précis simplement avec les informations des médias. Il faudrait connaître précisément la situation du pays. Mais on peut rester dans le domaine théorique.

 

      Aujourd'hui, on s'aperçoit, ou on feint de s'apercevoir, que la Grèce aura besoin de temps pour sortir de sa situation. L'aide d'urgence ne suffit pas. Ce qu'il faut, c'est un programme, étalé dans le temps, avec des objectifs réalistes, et, surtout, crédibles, pour diminuer les déficits. La Grèce retrouverait ainsi la confiance des prêteurs. Elle en aurait moins besoin aussi.

 

      Un tel programme doit tenir compte de nombreux éléments. Par exemple, quelle est l'efficacité en matière de recouvrement d'impôt, les prélèvements sont-ils assis sur une base assez large, les règles juridiques sont-elles un frein ou non à l'activité, etc. C'est une grande revue et un grand travail de réforme, à faire en collaboration avec, en l'occurrence, l'Union Européenne.

 

      Ce qui implique de prendre son temps. Il aurait fallu utiliser le ballon d'oxygène fourni par la première aide européenne pour négocier un tel programme.

 

      Ce programme doit aussi tenir compte de la situation des autres pays européens. Rappelons que ces derniers ne sont pas au mieux financièrement non plus, et que leur population doit elle aussi faire des efforts. Efforts sans commune mesure avec ceux demandés au grecs, mais qui réduisent la marge de manœuvre des gouvernements.

 

      Par ailleurs, quel serait l'impact d'une restructuration de la dette grecque sur les banques européennes? On nous prédit une catastrophe en cas de restructuration. Tandis que les banques se font rassurantes.

 

      Enfin, dans quelle mesure ce qui se passe en Grèce va influencer la situation dans d'autres pays, tel le Portugal et l'Espagne?

 

      Cela fait de nombreux éléments à prendre en compte, et ce n'est pas par les médias que l'on peut avoir toutes les informations.

 

      Par contre, l'Europe pourrait faire plusieurs gestes. D'abord, les taux d'intérêt des prêts accordés à la Grèce doivent être bas, indexé sur l'évolution de l'emprunt européen. A partir du moment ou un programme est décidé, et appliqué, il faut en favoriser la réussite sans en renchérir le coût pour le pays.

 

      L’Europe pourrait aussi s'occuper sérieusement de ses frontières, plutôt que de laisser la Grèce, qui est une porte d'entrée dans l'Union, aussi esseulée. Une véritable coopération en ce domaine permettrait des économies, peu importantes, mais bienvenue pour la Grèce.

 

      Il faudrait aussi clarifier la situation sur les achats d'armes de la Grèce aux pays de l'Union Européenne. Certains parlent de demandes pressantes, de la part de la France et de l'Allemagne notamment, pour que la Grèce achètent des armes. On peut espérer que ce ne sont que des spéculations, car il ne faudrait pas renforcer les difficultés du pays.

 

      En conclusion, la leçon que nous donne la crise budgétaire grecque, c'est qu'il ne faut pas jouer avec les déficits publics. Leçon connue pourtant. Si la situation en est là, c'est parce que la Grèce a une dépense publique trop importante par rapport à ses ressources, et parce que les autres pays de l'Union Européenne ne sont pas dans une situation brillante non plus de ce côté. Et ce n'est pas à cause de la crise. Celle-ci a accru les déficits, certes, mais si l'Europe est obligée de s'infliger, en pleine crise, de la rigueur pour les diminuer, c'est parce que même en période de croissance, elle est en déficit.

 

      La deuxième leçon, c'est qu'il aurait été nécessaire de prévoir le renflouement de pays en difficultés au moment de la création de l'euro. L’Europe construit aujourd'hui un dispositif d'aide, mais dans l'urgence et la confusion, et en pleine crise.

 

      Même si les crises font avancer l'économie, quand on en tire des leçons, il aurait été préférable de prévoir, et d'atténuer ainsi les difficultés des populations.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

benichou 30/05/2011 09:08



Déjà le teitre pose problème: la Grèce est un état souverain, et l'Europe pas un père fouettard...Quoique...


sur la dette Grecque, il y aurait beaucoup à dire, je me contenterai de quelques points:


- Le différentiel de dépenses militaires: 4% contre 2% en moyenne Européenne, sur vingt ans explique la moitié de la dette. Quel est le principal fournisseur ? Les vertueux Allemands.


- A partir de 2007/ 2008 " l'Europe" était parfaitement informée des trucages statistiques du gouvernement de droite. Dès qu'un gouvernemnt social démocrate est arrivé, alors haro sur le baudet!


- les allemands ont refusé tout prêt, uniquement pour des raisons électorales internes, ils ont fini par céder sous la pression du FMI et de la France- non sans avoir des garanties sur les
contrats d'armement!


tout celà sur un fonds de désinformation : la grèce met en péril l'Euro ( 2% du PIB Européen!)


- On savait dès septembre dernier que la " purge" imposée ne mènerait à rien.


la preuve: la dette est montée mécaniquement à 150% et les taux sur le marché sont à 10 points de base par prapport à l'allemagne.


- le dernier avatar en date : la privatisation est une tarte à la crème: on voit mal comment les Grecs pourront réunir 50 milliards.


C'est aussi un faux semblant: les véritables pépites sont les banques Grecques: 50% des terres agricoles en hypothèques, des participations en turquie et dans les Balkans, le tout estimé à 20
milliards E.


C'est là dessus que lorgnent les banques allemandes, appuyées par leur gouvernement, avec la complicité des Français.


tous ces atermoiements ont mené à une impasse.aujourd'hui, il faut restructurer,et le plus vite sera le mieux.


Il parait que les banques Allemandes et Françaises ( 60 à 80% de la dette) y sont prêtes; Alors...


 



Vladimir Vodarevski 30/05/2011 09:21



La restructuration de la dette grecque est la grande question. Il est impossible, pour l'observateur extérieur que je suis, de se faire une idée sur l'impact réel d'une telle restructuration
sur les banques européennes. Mais, n'a-t-on pas fait des restructuration plus importante par le passé? D'autre part, que les prêteurs supportent le risque est normal en économie de marché (mais
sommes nous encore en économie de marché, avec autant d'interventionnisme).


Merci pour votre commentaire. J'ai écrit cet article après avoir lu vos derniers articles sur le sujet.