Analyse Libérale

Infaillibilité du marché et régulation étatique

18 Novembre 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     L'Etat est présenté comme nécessaire pour tempérer les excès du marché. Ce dernier étant considéré comme étant "dérégulé". A contrario, l'expression "infaillibilité" des marchés est parfois employée par ceux qui s'opposent à la régulation par l'Etat.

 

     Le débat est cependant faussé par le vocabulaire. En effet, le marché ne prétend pas à l'infaillibilité. Il est juste un mode de régulation. D'autre part, l'opposition entre l'Etat et le marché n'est pas systématique. Le marché peut donner une place à l'Etat. En outre, l'action de l'Etat, en dehors du marché, n'est pas régulatrice, et appellerait à être régulée justement. L'absence de régulation de l'action de l'Etat pose par ailleurs la question des buts poursuivis par ce dernier.

 

     Le terme infaillibilité ne correspond pas au fonctionnement de l'économie de marché. Il suppose qu'est atteint un équilibre qui conviendrait à tous. Or, le marché est un processus. Il n'est jamais en équilibre. Il tend vers l'équilibre, mais ce dernier est continuellement perturbé par les actions de chacun.

 

     Le marché est le processus par lequel chacun est libre de proposer un produit ou un service à autrui, à un certain prix. Ensuite, le prix s'ajuste en fonction du succès du produit ou du service. Si un secteur d'activité a du succès, d'autres protagonistes entrent dans ce secteur. A contrario, si un secteur est en perte, les acteurs se retirent.

 

     Le marché est ainsi un processus de régulation, basé sur le responsabilité : chacun est responsable de ses pertes. Ce qui limite les excès. Chacun est prudent sachant qu'un échec entraîne des pertes.

 

     Le fonctionnement du marché nécessite des règles. Il est évident que le non respect de la propriété privée entraîne des déséquilibres. Le vol, la violence, la force, pourrait permettre à ceux qui utilisent ces moyens d'acquérir des richesses au détriment d'autrui. Il faut donc un mécanisme pour faire respecter les règles. C'est là que l'Etat peut agir, en tant qu'appareil de contrainte et de répression, pour reprendre l'expression de Ludwig von Mises. L'Etat détient le pouvoir de faire respecter des règles. C'est là son pouvoir de régulation, dans le libéralisme.

 

     Par conséquent, l'opposition entre Etat régulateur et marché n'a pas cours. Dans le cadre du processus de marché, l'Etat fait respecter les règles qui permettent la régulation. L'opposition existe dans le cadre des théories anarcho-capitalistes, ces dernières s'opposant à l'existence d'un Etat. Cependant, elles ne s'opposent pas à l'existence de règles ainsi que d'un appareil visant à les faire respecter, qui serait en l'occurrence privé.

 

     L'Etat peut donc être régulateur dans le cadre du marché, en faisant respecter les règles de fonctionnement du marché. Mais quand l'Etat intervient directement, pour, par exemple, soutenir un secteur économique, il n'est pas régulateur. Il est interventionniste. Et, en l'occurrence, son interventionnisme n'est pas régulé. Les excès de l'Etat ne sont pas stoppés.

 

     Ainsi, la crise actuelle a pour origine l'interventionnisme de l'Etat américain et de la Federal Reserve, la banque centrale des Etats Unis d'Amérique. Ces deux organismes ont encouragé le crédit. Le gouvernement US a encouragé le crédit hypothécaire, en faisant racheter des prêts accordés à des personnes peu solvables par deux organismes qu'il contrôle, Fanie Mae et Freddy Mac. Il a, de plus, promulgué une loi forçant les banques à prêter sans considération de solvabilité. La Fed, quant à elle, a maintenu les taux d'intérêt bas pour soutenir le crédit.

 

     Le résultat a été une croissance du secteur immobilier, qui a créé beaucoup d'emploi. L'emploi a entraîné à son tour la croissance, et a soutenu l'économie. Ce mouvement d'euphorie s'est cependant terminé par une crise.

 

     Cet enchaînement n'a été possible que grâce au pouvoir sans limite, non régulé, de l'Etat. Aucun garde fou n'existe actuellement à l'action de l'Etat.

 

     Se pose également la question des buts de l'Etat. Ceux qui soutiennent que l'Etat doit réguler les hypothétiques excès du marché ont une vision très idéaliste de l'Etat : celui-ci suivrait l'intérêt général. Les libéraux ont une vision plus réaliste de l'être humain. Celui-ci poursuit son propre intérêt, ce qui vaut également pour les politiciens qui nous gouvernent. Ce qui a été développé par l'école des choix publics.

 

     L'action de l'Etat vise donc les objectifs des politiciens qui nous gouvernent : leur réélection, leur clientélisme, une croissance à très court terme. Rien qui concerne l'intérêt général.

 

     En conclusion, la régulation est une notion intégrée au fonctionnement du marché, et qui n'exclut par forcément l'Etat, mais dans le cadre du marché. Il n'y a donc pas d'opposition marché-régulation, ni forcément marché-Etat (Excepté dans le cas des anarcho-capitaliste)). Par contre, quand l'Etat intervient directement dans l'économie, se pose la question de la régulation de son action, et de ses objectifs.

 

 

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Michel Martin 21/11/2012 10:11


"L'Etat détient le pouvoir de faire respecter des règles. C'est là son pouvoir de régulation, dans le
libéralisme."


Hem, il n'a pas aussi le pouvoir d'élaborer ces règles?

Lio 20/11/2012 15:32


@icube


Quelles sont ces dispositions susceptibles de soutenir la croissance et l'emploi que la FED peut prendre et pas la BCE? Vous aurez compris qu'il y a là deux questions : 1/ quelles sont
les mesures qu'une banque centrale doit prendre pour soutenir la croissance et l'emploi selon vous et 2/ parmi celles-ci, quelles sont celles que la FED peut prendre et pas la BCE? Je
suis curieux de votre réponse que j'espère illustrée par le renvoi à des textes réglementaires et à des faits concrets. Merci

Lio 20/11/2012 15:23


Très bon billet!

Michel Martin 20/11/2012 10:32


Sur le respect de LA propriété, ce serait intéressant de définir un peu plus la forme de propriété, usus, fructus ou abusus? Deux textes de réflexion sur le sujet:


http://www.pauljorion.com/blog/?p=32572


http://www.pauljorion.com/blog/?p=32635

I-Cube 19/11/2012 10:04


Très bien cette petite "remise en perspective"...


 


Pour ce qui est du rôle des "politiques" en démocratie, tu peux lire mon post de ce lundi...


 


Par ailleurs, je ne sais plus qui note que la FED a deux missions : Soutenir l'emploi et combattre l'inflation, alors que toutes les autres banques centrales, même la BCE, n'ont qu'une seule
mission : Combattre l'inflation...


Et ça change tout !