Analyse Libérale

Index de libéralisation

25 Avril 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Un index de libéralisation financière est diffusé sur le net. Il est présenté comme étant élaboré par le FMI. En fait, cet index provient d'un document de travail, intitulé A new database of financial réforms, du département de recherche du FMI. Ce dernier indiquant que ce document ne doit pas être présenté comme reflétant l'opinion du FMI.

 

     Ce document de travail définit 8 critères de libéralisation financière, et les applique à différents pays. La conclusion est que la finance a été totalement libéralisée dans les pays occidentaux, notamment en France. Ces critères peuvent être également considérés comme des critères de dérégulation, l'étude faisant un amalgame dans ses commentaires.

 

     Ces critères seront d'abord présentés, puis ils seront commentés.

 

     Les critères de libéralisation sont donc les suivants. Plus ils sont respectés, plus la finance est libéralisée.

 

     - Le contrôle du crédit et le niveau des réserves. Ce critère dépend, d'une part, du montant que les banques sont obligées de mettre en réderve auprès de la banque centrale. Plus ce montant est faible, plus l'index de libéralisation est élevé.

D'autre part, ce critère dépend du montant de crédit qui serait réservé à un ou plusieurs secteurs, ainsi que du montant des crédits bonifiés (c'est-à-dire subventionnés). Moins il y a d'obligations dans ces deux domaines, plus l'indice de libéralisation est élevé.

 

     - Existence de plafonnement des crédits octroyés par les banques. S'il n'y a pas de plafonnement, c'est un critère de libéralisation.

 

     - Libéralisation des taux d'intérêt. Ce critère regarde si les taux offerts sur les dépôts, ainsi que sur les crédits octroyés par les banques sont libres.

 

     - Entrée dans le secteur bancaire. Ce critère mesure la possibilité pour une nouvelle banque d'entrer sur le marché bancaire d'un pays, qu'elle soit nationale ou étrangère, et si les banques peuvent librement investir de nouveaux domaines (être des banques universelles).

 

     - Les échanges de capitaux. Ce critère dépend de la liberté d'échange des capitaux, à l'intérieur du pays, ainsi qu'avec les autres pays. Il dépend du fait qu'il existe ou non des barrières, ou un taux d'intérêt fixé arbitrairement.

 

      - Privatisations. Il s'agit de regarder si les banques sont privées ou plus ou moins étatisées.

 

     - Le marché obligataire. La libéralisation du marché obligataire, selon le document de travail, dépend, d'abord du fait qu'un tel marché existe. Puis, le critère prend en considération les mesures gouvernementales pour développer ce marché, comme comme des exemptions de taxes. Enfin, le critère prend en compte l'ouverture aux marchés étrangers.

 

     - Supervision du marché bancaire. Ce critère est basé d'abord sur l'application des critères de Bâle. Si ceux-ci sont appliqués, c'est signe de libéralisation.

 

     Ce critère dépend également de l'indépendance des autorités de régulation face au pouvoir. Enfin, ce critère dépend du fait que la supervision couvre toutes les institutions financières, sans exception.

 

     Ces critères appellent plusieurs commentaires. D'abord, en ce qui concerne la méthode. Il y a ainsi une confusion entre libéralisation et dérégulation. Ce qui n'est pas la même chose. Une étude digne de ce nom doit poser les définitions. Le libéralisme, ce sont des règles. L'absence de règles, ce n'est plus une libéralisation. Une étude sur la libéralisation doit donc définir si les principes du libéralisme sont respectés. Ce qui n'est pas le cas ici, ou, de prime abord, il y a une confusion entre dérégulation et libéralisation.

 

     La méthode prête aussi à critique car elle défini des mesures spécifiques, qui déterminent un degré de libéralisation si elles sont appliquées. Cependant, s'il existe d'autres règlements, d'autres politiques, dans le pays étudié, qui vont à l'encontre du libéralisme, cela n'est pas pris en compte. Par exemple, cet index de libéralisation s'intéresse aux prêts bonifiés. Mais il y a d'autres moyens d'orienter les prêts. Ainsi, aux USA, le gouvernement a favorisé les prêts subprime, aux personnes peu solvables, notamment par l'intermédiaire des agences Fannie Mae et Freddy Mac. Ce genre de politique interventionniste n'est pas pris en compte par cet index de libéralisation. Les pays peuvent donc respecter les critères de cet index, mais mettre en œuvre des politiques anti-libérales.

 

     En matière de taux d'intérêt, les carences de cette étude sont également flagrantes. Aujourd'hui, il est vrai qu'il n'y a plus, ou quasiment plus, de taux d'intérêt définis par les Etats pour la rémunérations des dépôts ou des crédits. Mais comment ces taux sont-ils déterminés? Ils dépendent largement des taux des banques centrales, qui sont fixés de manière totalement discrétionnaire. Toute la création monétaire est gérée, de façon discrétionnaire, par les banques centrales. Ce qui n'a pas toujours été le cas (cf Eléments d'histoire contemporaine, sortir des poncifs ). Ce document de travail réussit à traiter des taux d'intérêt sans traiter des banques centrales. 

 

     Une bonne méthode aurait été de définir ce qu'est le libéralisme, puis d'observer si les politiques des différents pays respectent les principes du libéralisme. Il ne s'agit pas de savoir si tel ou tel réglementation est appliquée, mais si l'ensemble de la réglementation respecte les principes.

 

     D'autre part, ce qui est encore plus surprenant, cet index de libéralisation retient également des mesures... interventionnistes! Considérer des incitations fiscales (« tax exemptions » dans le texte ) en faveur du marché obligataire comme un symbole de libéralisation est tout simplement paradoxal. Le critère de développement du marché obligataire considère qu'une politique volontariste de l'Etat en la matière est un indice de libéralisation!

 

     De même, l'application des critères de Bâle est considéré comme un étalon de libéralisation. Ce qui est, là encore, fort surprenant, tant cette réglementation est contraignante. Par exemple, imaginons deux banques, dont l'une prête exclusivement aux entreprises, et l'autre finance uniquement des prêts hypothécaires. Selon les accord de Bâle 1, de 1988, la banque qui prête aux entreprises doit avoir au moins deux fois plus de capitaux propres que celle qui prête à l'immobilier. Ce sont les accords de Bâle 2 qui ont imposé les agences de notation pour mesurer les risques pris par les banques, et donc leurs besoins en capitaux propres. Aujourd'hui, Bâle 3 pose problème car il impose aux banques de posséder de la dette souveraine.

 

     George Kaplan a ainsi montré les effets du ratio de Bâle sur le crédit bancaire aux USA, dans l'article Crédit bancaire aux USA depuis 1973, et Vincent Bénard les implications de ces accords dans la crise financière, dans l'article Comment les accords de Bâle ont créé la crise qu'ils devaient prévenir.

 

     En conclusion, A new database of financials reforms n'est en aucun cas une étude qui discute de la libéralisation de la finance. Ce n'est pas son but. Elle examine l'application d'un certains nombre de mesures, sans se soucier même si ces mesures sont libérales. Le terme d'index de libéralisation est abusif. Il part du postulat que toute l'évolution de la réglementation est libérale, sans aucunement chercher à le démontrer, et en prenant même comme critère de libéralisation des mesures interventionnistes.

 

 

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Michel Martin 03/05/2012 12:15


"Ton contret social est incompatible avec le libéralisme. Le libéralisme, c'est la possibilité pour chacun de s'accomplir. Toi, tu préconises un diktat venu d'une autorité supérieure."


Ce serait possible de se décrisper un peu?


Est-ce que tu peux percevoir que tu te contredis entre ton article et ton commentaire? Dans ton article, tu pointes très justement que le libéralisme comporte des règles. Tu es aussi d'accord
pour dire que la liberté de chacun s'arrête où commence celle des autres. C'est une notion à approfondir, parce que comme telle, elle est beaucoup trop floue pour prétendre servir de règle. La
liberté pour chacun de s'accomplir est un concept tout aussi flou qui me semble indispensable à approfondir.


Quant au contrat social que je propose (seulement un volet), je n'ai ni les moyens ni l'intention de l'imposer. C'est un point de vue que je tente de faire partager en le fondant et en
l'argumentant. Je ne vois pas en quoi il serait issu d'une puissance supérieure ou fasse l'objet d'un quelconque dictat, ni en quoi il heurte le principe de liberté individuelle. Je peux même te
démontrer qu'il étend les possibilités d'émancipation des individus par rapport à la situation actuelle (c'est un petit article pour bientôt).

Michel Martin 02/05/2012 17:34


I3,


Ton expérience te montre en effet que notre contrat social a du plomb dans l'aile. Tout le monde en souffre. Les libéraux aussi bien que les autoritaires. Chacun a du mal à trouver une place qui
lui convienne, ou même seulement une place. Chacun cherche les causes de son malheur dans l'opposant, dans des règles trop invasives pour les libéraux et dans des règles trop laxistes pour les
autoritaires (de droite et de gauche). Pour le moment, je ne crois pas que nous ayons la capacité à vraiment remettre ce contrat social sur la table et à en refonder un nouveau qui tienne compte
des évolutions (effets de la mondialisation, femmes au travail, vieillissement de la population, familles nucéaires) et qui soit économiquement et socialement efficace. Est-ce que nous l'aurons
demain? J'en doute un peu du fait du vieillissement qui tend à consolider les conservatismes, mais j'essaie d'en proposer quand même quelques éléments, le plus sincèrement possible et le plus
libéralement possible.

I-Cube 02/05/2012 17:07


@ Michel : Justement, justement...


Moi je veux bien d'un "contrat social", à condition de pouvoir choisir d'y entrer ou ... de ne pas y rentrer sans pour autant devoir le supporter.


J'aimerai bien avoir le choix entre plusieurs "contrats-sociaux" et pas qu'un seul au menu.


Ce que personne ne propose, pas même toi...


 


Pour tout te dire - c'est ma formation - je "casse" de l'impôt et de la cotisation sociale à tout va dans mon métier, avec les propres "régulations" et règlementations mises en place par les
"autorités" : Bref, je coûte un max à la collectivité pour que ceux qui bossent en ait plus et que leurs entreprises survivent !


 


Je "restitue" quand l'occasion se présente en étant actif dans le bénévolat, toujours avec les mêmes "régulations & réglementations" de la même "autorité" : Quand je ne pourrai plus le faire,
on sera dans une "diktature".


Et je te le dis, j'ai de plus en plus de mal à porter des projets "sociaux" et entrepreneuriaux ; Ca me fait peur pour "ma nichée"...

Michel Martin 02/05/2012 09:54


"Il y a ainsi une confusion entre libéralisation et dérégulation. Ce qui n'est pas la même chose. Une étude digne de ce
nom doit poser les définitions. Le libéralisme, ce sont des règles. L'absence de règles, ce n'est plus une libéralisation. Une étude sur la libéralisation doit donc définir si les principes du
libéralisme sont respectés. Ce qui n'est pas le cas ici, ou, de prime abord, il y a une confusion entre dérégulation et
libéralisation."


Oui, ça ne fait aucun doute, ce qu'on nomme le néolibéralisme ou l'ultralibéralisme est bien le dérégulationnisme. Si
tu creuses dans cette direction, on va peut-être finir par se rejoindre et se comprendre sur ce qu'est un contrat social, sa nécessité (on ne sera sans doute pas d'accord sur son contenu, mais on
peut renouer langue).

Vladimir Vodarevski 02/05/2012 15:41



"On peut renouer langue". Tes commentaires sont toujours bienvenus. Je commente moins car je poursuis un projet, utopique car je suis libéral, d'entreprise, qui me prend du temps.


Ton contret social est incompatible avec le libéralisme. Le libéralisme, c'est la possibilité pour chacun de s'accomplir. Toi, tu préconise unb diktat venu d'une autorité supérieure.



I-Cube 02/05/2012 08:28


Assez stupéfiant...


 


Dérgulation = Hyper-règlementation ?


J'en suis scié, là !

Vladimir Vodarevski 02/05/2012 15:38



Du grand n'importe quoi. Mais qui nous est asséné par les médias.



I-Cube 30/04/2012 11:49


Assez d'accord avec toi...


 


Par curiosité, on est "classé" combien en "Gauloisie endettée" ?

Vladimir Vodarevski 30/04/2012 23:14



Voici un site qui reprend les chiffre de la première étude, avec des graphiques concernant la France : http://www.les-crises.fr/deregulation-financiere/


Les pays développés sont bien classés, de toutes façons. Mais cette étude manque trop de sérieux.