Analyse Libérale

Free détruit-il des emplois?

17 Juin 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Nouvelle économie - croissance

 

      L'arrivée de Free sur le marché de la téléphonie mobile a chamboulé le secteur. Les concurrents déjà présents, en particulier SFR et Bouygues Télécom, Orange ayant conclu un accord d'itinérance avantageux, critiquent le nouvel entrant, l'accusant de provoquer des pertes d'emplois. Arnaud Montebourg, ministre "du redressement productif", critique par ailleurs l'ARCEP pour avoir favorisé la concurrence au détriment de l'emploi. Des études affirmant d'autre part que Free entraîne des destructions d'emplois.

 

      Cette polémique, et surtout sa médiatisation, est une illustration de l'état d'esprit en matière d'économie en France. L'innovation y est ainsi vu comme une menace, alors qu'elle est un facteur de progrès. De même, la connivence en économie y est favorisée.

 

      Free détruit-il des emplois? Les chiffrages en la matière sont absurdes. Soulignons d'abord que Bouygues ou SFR ne s’interrogent pas sur l'effet que leur entrée sur le marché des télécommunications a pu avoir sur l'opérateur historique, désormais dénommé Orange. Pourtant, Orange doit réduire ses effectifs.

 

      D'autre part, comment chiffrer l'impact d'un nouvel opérateur, qui a un modèle de prix serrés tel que Free, sur l'emploi dans un pays? Free a embauché, et investi. Ce sont des emplois supplémentaires. En diminuant le prix de l'abonnement mobile, Free libère du pouvoir d'achat pour ceux qui avaient un abonnement plus onéreux, en même temps qu'il occasionne une dépense pour ceux qui n'avaient pas les moyens, ou ne voulaient pas en raison du prix, de s'offrir un abonnement mobile.

 

      Free a aussi incité les opérateurs déjà présents à reprendre leurs investissements. Ceux-ci indiquent désormais vouloir investir dans la 4G pour se démarquer. Investissement, ce qui signifie emploi, et 4G signifie revenu supplémentaire. Ce qui signifie aussi progrès globalement pour la France.

 

      L'intervention que souhaite le ministre Arnaud Montebourg va donc à l'encontre à la fois de l'emploi, du pouvoir d'achat, et du développement technologique du pays. Par contre, cette intervention pourrait servir les intérêts de deux entreprises privées dont le modèle économique, et les bénéfices, sont perturbés par l'arrivé du nouveau concurrent (la position d'Orange est plus subtile, cette société se rattrapant par son accord d'itinérance conclu avec Free).

 

      Que des entreprises privées défendent leurs intérêts n'a rien de blâmable. C'est le soutien d'un gouvernement à ces intérêts privés qui pose problème. C'est là le problème de l'interventionnisme : celui-ci ne défend pas l'intérêt du pays, mais les intérêts de ceux qui savent mieux communiquer, ou qui sont mieux introduits dans les sphères gouvernementales. Ceux qui savent le mieux établir la connivence.

 

      La solution à ce genre de dérive est connue. C'est la limitation des pouvoirs du gouvernement. Que celui-ci sanctionne les comportements anti-concrurrentiels, comme l'utilisation de la force, est normal. Par contre, il ne devrait pas avoir le pouvoir de favoriser des intérêts privés par rapport à d'autres intérêts privés.

 

      Free a été un aiguillon dans le domaine de l'internet, qui a permis le développement du web en France. Il a contribué au développement de ce secteur en France, et de tout l'écosystème qui va avec. Il peut être un aiguillon dans le mobile, alors que la France ne semble pas en pointe dans la 4G. A moins que le gouvernement n'entrave le progrès.

 

 

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mamalilou 25/06/2012 04:38


ah non vlad, pas ça!!!


c'est quoi cette tournure fallacieuse encore...


ça manque de rigueur dans la diffusion de l'information


c'est truffé d'a priori partisan, de rendus de frustration dans le fantasme de toute puissance des goinfres de progrès technologique non urgent, en ces temps où la "crise" provoquée par des
dysfonctionnements d'économie génèrent de réels problèmes non de confort techno mais de subsistance, de précarité, de perte d'emploi, de surexploitation des travailleurs les plus faiblement
rémunérés, de manque d'accès à la santé, etc...


non, je ne suis pas d'accord avec la façon de poser des causalités une fois encore


il y a polémique, oui.


mais pas en rapport à l'innovation, cette causalité est absolument fantaisiste et appartient à celui qui la pose, ça ne relève d'aucune éthique d'information


 c'est une pirouette servie en lieu et place d'une argumentation


c'est grossier, ah si vlad, c'est une grosse ficèle ça!!


 


on peut séparément polémiquer sur l'attitude des uns ou des autres par rapport à l'innovation, si tu veux, de façon généraliste, on pourra toujours trouver matière


mais là tu sais mieux que personne ce qu'est une externalité négative, en économie.


certains choix priorisés ont pour externalité négative de freiner momentanément l'innovation, si et seulement si, les acteurs productifs eux, se serve de cette variable d'ajustement justement à
tort, càd comme pression fallacieuse, alors qu'ils peuvent s'adapter dans de nouvelles contraintes.


s'il y a effet pervers sur l'innovation (ça n'arrivera pas, tu rigoles ou quoi, c'est le nerf de la guerre, mdr) ce sera uniquement par la volonté de faire pression sur les décisions
gouvernementales...


et tu y contribues largement là....


 


or, je me suis personnellement appliquée à suivre les discussions des différents acteurs mentionnés auditionnés par la commission parlementaire


et je m'inscris en faux, il y a bien un souci de concurrence et d'emploi, 


il faut une fois pour toute cesser ces sophismes de séductions qui se substituent à tout argumentaire comparé


il sera difficile de gérer à la fois


- l'innovation, ce progrès qui n'en peut être que s'il est partagé par tous


- la concurrence/compétitivité


- le respect des conditions de travail et du chateau de cartes social


- et... l'emploi...


on le sait notre mode économique capitaliste ne permet pas ces considérations antinomiques au filtre de la rentabilité et de la croissance.


inutile de prétendre qu'une intention dirigée "pour" une priorité est volontairement dirigée "contre" une autre de ces priorités


stigmatisant de façon absolument stérile la bipolarisation des vues économiques


de façon partisane, c'est stérile ... 


tu mets en évidence la bêtise de la chose, soit


alors venons-en au fait, la preuve est encore faite ici que cette équation ne peut se résoudre dans le "repère" capitaliste, il faut changer de dimension économique


d'éconosystème donc (merci de ne pas employer le terme d'écosystème ici, c'est grotesque tout de même, particulièrement concernant la téléphonie et l'internet...)


personne ne veut "entraver le progrès" mais si l'on met la charrue avant les boeufs et qu'on laisse des failles à la goinfrerie du capital, le progrès sera comme toujours jusque là, encore et
encore et encore, pas partagé par tous, et se fera au détriment de l'emploi, de la qualité de la couverture sociale, etc...


alors je te retourne le sophisme


"quoi? tu voudrais au nom de la précipitation à vouloir toujours plus, fusiller des emplois, négliger les mesures écologiques, continuer à sauver l'outil obsolète et nuisible du capitalisme
étendu à la gestion de la société des hommes,? tout ça pour une goinfrerie de progrès tout relatif (euh, il ne s'agit pas d'innovation qui sauve des vies, hein... ni qui apporte un confort
extraordinaire, ou élève les consciences... c'est juste du "plus"... merci de remettre les choses à leur place!!"


bises en trois dimensions...


et sans doute bientôt en 4 au train où vont les choses!!!!

I-Cube 18/06/2012 09:16


Ce "lobbying", s'il fonctionne, sera totalement scandaleux : Il ne vise qu'à protéger des "rentes" de situation par la règlementation à défaut de fournir l'effort pour garder "une avance".


 


C'est vraiment un cancer létal, totalement "décliniste" puisque défavorisant le "progrès" : Et il va falloir faire avec pendant au moins 5 ans, en plus...