Analyse Libérale

Faut-il réduire les déficits en période de crise?

23 Mai 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Les pays de l'Union Européenne, depuis la crise grecque, cherchent à montrer qu'ils sont capables de maîtriser leurs déficits budgétaires, pour ne pas connaître les mêmes problèmes que la Grèce. C'est-à-dire qu'ils doivent trouver des moyens de réduire ce déficits. 
 

     Cette politique fait débat. En effet, selon certains, une politique de réduction des dépenses est susceptible de retarder la reprise. 
 

     Tous les économistes s'accordent pour dire qu'en période de récession, il n'est pas anormal d'accepter un déficit. En effet, une récession entraîne une baisse des recettes fiscales (impôts) et sociales (cotisations sociales). Ainsi qu'une augmentation des allocations, allocations chômage et toutes celles sous condition de revenu. On a donc une baisse des recettes, et une augmentation des dépenses. Par conséquent, le déficit augmente. 
 

     Dans ces conditions, augmenter les prélèvements, sociaux et fiscaux, pour équilibrer le budget, c'est moins d'argent pour la consommation et l'investissement, et donc cela peut aggraver la récession. 
 

     Au contraire, avoir un déficit en période de récession, c'est avoir une politique "contra-cyclique", pour atténuer cette récession. 
 

     Il y a bien entendu toujours les keynésiens, qui comptent sur un effet relance de la dépense publique. Effet qui ne s'est pas vérifié. 
 

     Puisque la majorité des économistes s'accordent sur l'idée de laisser filer les déficits en cas de crise, pourquoi ces déclarations sur la baisse des déficits? En fait, c'est une question de niveau. Ce ne sont pas les déficits en tant que tels qui inquiètent, mais leur amplitude. L'expérience montre en effet qu'il faut les rembourser! Historiquement, il a toujours fallu rembourser les déficits. Actuellement, les différents états sont marqués par l'histoire récente, des années 1970 et 1980, quand les politiques keynésiennes de dépenses publiques ont finalement entraîné des plan de rigueur.

 

     C'est ainsi que les déficits français ont provoqué dans les années 1980 un grand plan de rigueur. Et pourtant, à l'époque, on ne pouvait pas comme aujourd'hui accuser l'euro, ou dire qu'il suffit d'un peu d'inflation pour les résorber. L'euro n'existait pas, et l'inflation n'a pas empêché un plan de rigueur. 
 

     Personne ne veut d'un plan de rigueur ou d'austérité. Mais la réalité l'impose. Le problème est différent selon les pays. Pour la France, le problème, c'est que même en période de croissance elle est en déficit. Il n'y a donc plus de réserve pour les périodes de crise. Finalement, ceux qui critiquent l'austérité aujourd'hui sont en partie responsables de celle-ci, puisque ce sont ceux qui ont protesté contre les critères de Maastricht et la politique de la BCE (Banque Centrale Européenne). 
 

     Cela rappelle que les problèmes de la France ne datent pas de la crise financière. Comme rien n'a été fait avant, nous sommes obligés de nous attaquer au problème du déficit en pleine crise. Ce qui est plus pénible. 
 

     Cependant, rien ne dit que quelque chose de significatif sera fait avant la présidentielle de 2012. La France a encore de la marge. Mais, plus nous attendrons, plus ce sera pénible. Encore une fois, souvenons-nous du gouvernement Mauroy, sous Mitterrand: un plan de relance keynésien de grande ampleur a été suivi d'un plan de rigueur d'une ampleur au moins aussi grande! 
 

     Pour lutter contre les déficits, les européens parlent de sanctions, d'autres veulent inscrire un objectif de réduction dans la Constitution française. Ce qui me paraît hors de propos. Au sein de l'Union Européenne, de la zone euro plus précisément, les sanctions ont fait le preuve de leur inefficacité. En particulier, deux pays qui auraient dû être sanctionnés il y a peu, pour déficit excessif, ont tout simplement refusé les sanctions: la France, et la si vertueuse Allemagne. 
 

     Quant à mettre un objectif de déficit dans la constitution, comment le faire respecter? Si la situation économique se dégrade brusquement, si le déficit se creuse, pourrait-on vraiment faire appliquer ce genre de loi? Un président ne le voulant pas aurait beau jeu de provoquer un référendum constitutionnel.

 

     D'ailleurs, quel objectif mettre? La politique budgétaire dépend de beaucoup d'éléments: les théories à la mode, la consjoncture. Inutile de bouleverser la Constitution à tout bout de champ. 
 

     Pour inciter les pays européens à une bonne gestion, je pencherais plus pour une sorte de FMI européen: un organisme, ou simplement un processus d'aide aux pays en difficultés, mais sous conditions. Cet organisme, ou la BCE, pourrait prêter de l'argent au pays en question, à condition qu'il prenne concrètement des mesures pour réduire son déficits. Aucun pays n'aurait envie d'être dans cette situation. Ce serait à la fois une incitation à une meilleure gestion, et une solution en cas de dérapage. Mais ce n'est qu'une réflexion, je ne crois pas à la solution miracle sur la question. 
 

     Plutôt que de savoir s'il faut ou non réduire les déficits (les réduire, pas forcément les éliminer en période de crise, pour parvenir à les faire disparaître en période de croissance), le débats devraient donc plutôt porter sur la manière de le faire. Ce qui implique deux volets. Un volet concernant la gestion des dépenses et des recettes: il faut éliminer les dépenses inutiles, s'assurer de l'efficacité des dépenses engagés, ainsi que de l'efficacité du système de prélèvement obligatoire. 
 

     Un deuxième volet concerne la politique économique, pour favoriser la croissance. Car la crise financière ne doit pas nous faire oublier que la France, et l'Europe, avaient déjà auparavant un chômage élevé et un problème de renouvellement économique. 
 

 

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emile 26/05/2010 09:37


Excellent article il pose bien la problématique.
D’accord sur le fond, mais je pense qu’aujourd’hui les médecines anciennes comme l’austérité seraient très néfaste.
Nous avons maints exemples en commençons par l’Argentine qui n’a pas suivi cette voie et qui réussit le retour à une croissance forte (avec d’énormes sacrifices quand même).
En lisant et relisant Stiglitz je pense qu’il faut aller vers « Sa » solution et éviter trop d’austérité. D’ailleurs même le FMI à travers son économiste en chef met en garde contre « trop »
d’austérité.
Articles sur mon blog.


Vladimir Vodarevski 26/05/2010 19:17



Je ne pense pas que l'Argentine soit un bon exemple: elle se débat dans de grandes difficultés. Par contre, le Brésil, depuis qu'il a choisi la rigueur monétaire, n'a jamais autant progressé.


Le FMI est schizophrène. D'un côté, il prône le keynésianisme, mais quand il doit intervenir, s'engager, c'est la rigueur qui est au rendez vous.


L'austérité n'est pas un choix. Elle dérange car elle va à l'encontre de l'idée que la dépense budgétaire provoque la relance. Or, c'est là le problème: les dépenses budgétaires soutiennent
l'économie, tant qu'on dépense. Mais l'effet relance, qui permettrait de laisser la machine tourner et de rembourser les emprunts ne se réalise pas. A partir de là, la question du niveau du
déficit se pose.


 



25/05/2010 11:15


Et si tout cela n'était qu'un jeu de vase communicant ?
J'entends : un déficit public remet de l'argent dans les circuits de "production/consommation" (avec un gros "swap" pour ce qui est des importations : environ 25 % qui est perdu, puisqu'il relance
l'économie étrangère).
L'absence de déficit, quand il s'agit de recettes fiscales et sociales, c'est du pareil au même : cet argent n'est pas thésorisé, il est redistribué aux prêteurs qui recherche de nouveaux
investissements, qui provoque une croissance à terme de la "production/consommation", etc.
Finalement, les effets restent les mêmes.

En revanche, réduire les déficits par la réduction des dépenses inutiles, bé, ça c'est pas kon : c'est d'ailleurs la prochaine révolution des pays industrialisés !
Car on avance en efficacité et en productivité, dans cette hypothèse-là !

Quant à mettre l'ensemble dans la constitution, c'est encore une ânerie du style, après moi, le déluge.
Sauf si ça provoque un "électrochoc" dans la tête des politiques.

Mais ne rêvons pas : ils sont tous élus pour dépenser de l'argent qu'ils n'ont pas et qu'ils nous piquent dans la poche sans même que nous l'ayons eu à notre tour !


Jacques Heurtault 24/05/2010 21:23


En l'occurrence, il ne s'agit pas d'un choix économique mais d'un choix politique ... Les décideurs doivent seulement garder à l'esprit que reculer pour soi-disant mieux sauter amène, en fait, à
moins bien pouvoir sauter! Les atermoiements font le lit de l'extrême droite!