Analyse Libérale

Dégonfler le mythe de la déflation

8 Août 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Déflater le Mythe de la Déflation

Par Chris Casey, publié sur le site du Mises Institute le 2 avril 2014

 

Christopher P. Casey est Managing Director à WindRock Wealth Management.

 

La peur de la déflation sert de justification théorique à toute action inflationniste entreprise par la Réserve Fédérale et les banques centrales à travers le monde. C'est pourquoi la Réserve Fédérale vise un objectif taux d'inflation de 2%, et non de 0%. C'est en grande partie pourquoi la Réserve Fédérale a plus que quadruplé l'offre de monnaie depuis août 2008. Est c'est, remarquablement, un grand mythe, parce qu'il n'y a aucun danger ni dommage inhérent à la déflation.

 

La déflation est crainte non seulement par les partisans de Milton Friedman (ceux de la ainsi nommée école d'économie de Chicago), mais aussi par les économistes keynésiens. Le chef de file keynésien Paul Krugman, dans un article du New york Times en 2010 intitulé "Pourquoi la déflation est mauvaise", cita la déflation comme la cause de la chute de la demande agrégée puisque "quand les gens s'attendent à des prix en baisse, ils deviennent moins désireux de dépenser, et en particulier moins désireux d'emprunter."1

 

Sans doute pense-t-il que le report des dépenses dure indéfiniment. Mais nous savons d'expérience que, même face à des prix en chute, les individus et les entreprises continuent, à un certain point, d'acheter les biens et services en question. La consommation ne peut pas être éternellement repoussée. Nous voyons cela chaque jour dans l'industrie de l'informatique et de l'électronique : la valeur d'usage d'un iPhone durant les six prochains mois vaut plus que l'épargne rendue possible en retardant cet achat.

 

Un autre argument dans la diffamation de la déflation concerne les profits. Avec des prix en baisse, comment les entreprises pourront-elles en faire si les marges sont resserrées ? Mais la marge, par définition résulte à la fois des prix et des coûts. Si les coûts - qui sont après tout des prix eux mêmes - connaissent une chute de la même amplitude (et il n'y a aucune raison qu'ils ne le feraient pas), les profits ne sont pas affectés.

 

Si la déflation n'impacte ni la demande agrégée ni les profits, comment peut-elle causer des récessions ? Elle ne le fait pas. Examiner chaque période de récession depuis la Grande Dépression mènerait à cette conclusion.

 

De plus, l'expérience économique des USA durant le dix-neuvième siècle est encore plus parlante.

 

Table 1

 

Deux fois, tandis qu'elle connaissait une croissance économique soutenue et significative, l'économie américaine "endurait" des périodes de déflation de 50%.2 Mais qu'en est-il de la "preuve statistique" apportée dans l'ouvrage de Friedman (NdT : et Anna Schwartz) A Monetary History of the United States ? Une étude plus robuste a été complétée par plusieurs économistes de la Réserve Fédérale qui ont trouvé que :

 

le seul épisode pour lequel nous trouvons des preuves d'un lien entre déflation et dépression est la Grande Dépression (1929-34). Nous ne trouvons en fait aucun lien durant aucune autre période. … Ce qui est frappant c'est que presque 90% des épisodes de déflation n'ont pas connu de dépression. Dans un large contexte historique, au delà de la Grande Dépression, la notion que déflation et dépression sont liées disparaît en fait.3

 

Si la déflation ne cause pas de récessions (ou de dépressions comme on les connaissait avant la deuxième guerre mondiale), qu'est-ce qui le fait ? Et pourquoi était-elle si marquée durant la Grande Récession ? Selon les économistes de l'école autrichienne d'économie, les récessions partagent les mêmes sources : une inflation artificielle de l'offre de monnaie. Le "malinvetissement" qui s'ensuit, causé par des taux d'intérêt baissés artificiellement est révélé quand les taux d'intérêt repartent vers leur taux naturel déterminé par l'offre et la demande d'épargne.

 

Dans la récession qui en résulte, si les prêts basés sur la monnaie en réserves fractionnaires font défaut ou sont remboursés, si une banque centrale contracte l'offre de monnaie, et/ou si la demande de monnaie augmente significativement, une déflation peut se produire. Plus fréquemment, cependant, comme les banques centrales augmentent frénétiquement l'offre de monnaie dès l'approche d'une récession, une période d'inflation (ou du moins de non déflation) sera subie. Ainsi la déflation, parfois un symptôme, est injustement diffamée comme étant une source de récession.

 

Mais les banquiers centraux d'aujourd'hui ne partagent pas cet avis. En 2002, Ben Bernanke avait comme opinion qu'une "déflation soutenue peut être hautement destructive pour une économie moderne et devrait être fortement combattue".4 L'actuel présidente de la Réserve Fédérale, Janet Yellen, partage ses craintes :

 

Il est concevable que cette très basse inflation puisse se transformer en une franche déflation. Pire encore, si la déflation s'intensifie, nous pourrions nous retrouver dans une spirale dévastatrice dans laquelle les prix chutent à un rythme de plus en plus rapide et l'activité économique coule de plus en plus.5

 

Aujourd'hui amarrés à aucune contrainte d'étalon or et plombés par une dette gouvernementale massive, dans tous les scenarii possibles opposant le spectre de la déflation aux ravages de l'inflation, les préjugés et les phobies des banquiers centraux choisiront cette dernière. Ce choix est aussi inévitable qu'il sera dévastateur.

 

Publié par le Mises Institute sous licence :

1Krugman, Paul. “Why is Deflation Bad?” The Conscience of a Liberal. The New York Times 2 August 2010. http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/08/02/why-is-deflation-bad/?_php=true&_type=blogs&_r=0

2McCusker, John J. “How Much Is That in Real Money?: A Historical Price Index for Use as a Deflator of Money Values in the Economy of the United States.” Proceedings of the American Antiquarian Society, Volume 101, Part 2, October 1991, pp. 297-373.

3Atkeson, Andrew and Kehoe, Patrick. Federal Reserve Bank of Minneapolis. Deflation and Depression: Is There an Empirical Link? January 2004.

4Bernanke, Ben.“Deflation: Making Sure ‘It’ Doesn’t Happen Here.” Remarks by Governor Ben S. Bernanke Before the National Economists Club, Washington, D.C. 21 November 2002. http://www.federalreserve.gov/boarddocs/speeches/2002/20021121/

5Yellen, Janet. A View of the Economic Crisis and the Federal Reserve’s Response Presentation to the Commonwealth Club of California. San Francisco, CA 30 June 2009. http://www.frbsf.org/our-district/press/presidents-speeches/yellen-speeches/2009/june/yellen-economic-crisis-federal-reserve-response/

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Vendée 31/03/2016 10:00

Bonjour,
Merci pour votre contribution à la vulgarisation du discours économique.
Cependant votre point de vue sur la déflation demande à être complété.
Effectivement si les prix et les revenus baissent parallèlement, le pouvoir d'achat des revenus est maintenu, voire augmente si les prix diminuent plus rapidement. Il y eut effectivement beaucoup de périodes historiques où la déflation s'est accompagnée de la croissance.
MAIS :
il s'agit d'une moyenne des prix et des revenus. Certains revenus peuvent augmenter tandis que d'autres peuvent baisser. On peut donc très bien avoir une période de déflation et de croissance compatible avec la diminution du revenu réel pour une partie importante de la population (l'autre voyant son revenu réel augmenter). On peut prendre l'exemple de la fin du XIXème siècle où les périodes de déflation/croissance s'accompagnèrent d'une diminution des salaires réels et d'une augmentation des profits réels (forte augmentation des inégalités donc). La croissance était alors soutenue principalement par l'investissement, ce qui n'est évidemment pas durable, la consommation devant tôt ou tard prendre le relais (on ne va pas produire des machines ou des infrastructures sans que parallèlement il n'y ait des biens de consommation produits).
Par analogie, la quasi déflation (faible inflation plutôt) et la croissance économique constatée actuellement aux USA s'accompagne d'une diminution des salaires réels pour une bonne partie de la population.

Le raisonnement "trop d'épargne, donc pas assez de dépenses, mais ce n'est pas grave car les prix et les revenus (nominaux) baissent, donc business as usual (on fait autant ou plus avec moins de monnaie)" est trop simple. Les prix baissent-ils vraiment au même rythme que les revenus? Je retourne l'argument : çà serait un hasard statistique si les entreprises connaissaient une baisse conjointe de leurs coûts et de leurs recettes. Dans le cas contraire : décalage de trésorerie qui peut être fatale si elle se prolonge dans le temps.
Je ne dis pas pour autant que la solution keynésienne à cette viscosité des prix (création monétaire compensatoire et socialisation de l'investissement) est la panacée. Je dis juste qu'il faut se méfier des discours trop bien rodés. C'est vraiment dans beaucoup de domaines, ça l'est particulièrement en économie.
Soyons inventifs et construisons la science économique de l'avenir en dépassant l'opposition binaire keynes/friedman
Cordialement,
Eric Vendée