Analyse Libérale

De Gaulle et l'économie

11 Novembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

      A l'occasion du quarantième anniversaire de sa mort, comme d'habitude beaucoup cherchent à récupérer l'image du Général de Gaulle. C'est inévitable.

 

      En économie, de Gaulle est souvent associé à la planification, et par extension au dirigisme. Il a en effet basée sa politique sur des plans quinquennaux, et avait une attitude très volontaire, comme dans tous les domaines.

 

      Il a voulu aussi donné un rôle plus grand aux acteurs socio-économiques, avec sa réforme du Sénat et des régions.

 

      Cependant, c'est aussi l'artisan d'un franc fort, hostile à la dévaluation. C'est l'instigateur du fameux comité Armand-Rueff, que les politiciens d'aujourd'hui veulent reproduire, avec d'abord Michel Camdessus, l'ancien président du FMI,et maintenant Attali.

 

      Rappelons que Jacques Rueff est un économiste libéral, qui serait certainement qualifié d'ultra-libéral aujourd'hui.

 

      De Gaulle a supprimé l'indexation des prix de certains produits, il a baissé des subventions, fait ce qu'on appelle aujourd'hui un plan de rigueur et de libéralisation de l'économie française.

 

      Enfin, de Gaulle a fait entrer la France dans le Marché Commun, symbole du libre-échange en Europe. Ce n'est pas lui qui a négocié cette entrée. Mais il aurait pu tout interrompre. Sa raison officielle était que la France s'était engagée, et qu'elle ne pouvait pas renier sa parole.

 

       Alors, de Gaulle était-il libéral en fait?

 

      De Gaulle n'était pas un économiste. Mais un homme d'Etat. Il prenait les décisions qui lui semblait les bonnes au moment où il les prenait, sans idéologie. Avec pragmatisme.

 

       Son objectif était que la France tienne son rang. Une économie forte, et stable, était donc indispensable.

 

      Soulignons au passage que la planification, dont on a fait un symbole, n'est qu'une façon d'envisager l'action publique à moyen terme.

 

      Qu'on en ait fait un tel symbole, en comparant de Gaulle et la planification soviétique, est symptomatique des querelles d'économistes. Ces derniers s'affrontent véritablement, dénigrant les théories de l'adversaire. Il est tentant de pouvoir dire: regardez, ce que je dis, ça marche, ça a marché avec de Gaulle!

 

      Car, si tout le monde veut récupérer de Gaulle, c'est parce que sa politique a redressé le pays, spectaculairement.

 

      Alors, ceux qui se prétendent libéraux parmi les politiciens, réformateurs de l'économie, en réfèrent à de Gaulle. Et ceux qui se veulent socialistes, pourfendeur de l'ultra-libéralisme anti-social, également, mettant en avant la dimension humaniste du Général.

 

 

      La différence entre de Gaulle et les économistes, c'est aussi que le Général est un homme d'action. Il prend ce qui parait marcher, rejette ce qui ne paraît pas marcher. Et, il aurait changé de politique sans état d'âme s'il s'était trompé, ou aurait démissionné.

 

      Il est vain d'essayer de rattacher de Gaulle à un courant économique. Se serait-il rallié au keynésianisme avec la crise des années 1970? Aurait-il abandonné ensuite le keynésianisme, comme beaucoup? Nul ne le sait.

 

      Le monde a changé. L'économie a changé. S'adapter avec pragmatisme est la seule leçon d'économie que l'on peut retenir du Général de Gaulle. Sans jamais savoir ce qu'il aurait fait lui dans ces conditions.

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BENICHOU 23/11/2010 15:44



" la politique de la France ne se fait pas à la corbeille"...très libéral.


et que dire de la participation comme alternative au capitalisme sauvage?



Vladimir Vodarevski 23/11/2010 19:54



Je suis sceptique quant à la participation. Les intérêts des salariés ne sont pas ceux des actionnaires. Et les salariés, mêmes actionnaires, n'ont pas le pouvoir de décision quant à la stratégie
de l'entreprise. Pire, ils se font instrumentaliser. La société fait appel à eux en cas d'OPA qui menace le management en place. La participation est un prétexte à la modération salariale. Mais,
en temps de crise, les salariés paient, avec les mêmee sacrifices que s'ils n'étaient pas actionnaires.



Flamant rose 13/11/2010 21:17



Le général de Gaulle disait qu'entre un capitalisme sauvage et un marxisme sans âme, il y a une troisième voie qui est la participation. Il ne condamnait le capitalisme que dans ses excès. Il a
inventé la participation et a du beaucoup souffrir de voir sa tâche interrompue. Un mois et demi avant son départ en 1969, il disait " Il s'agit, partout où des hommes sont ensemble
pour vivre ou pour travailler, de rendre les rapports plus humains, plus dignes, par là plus efficaces. il s'agit que chacun, là où il fournit son effort ne soit pas un instrument pasif mais
participe activement à son propre destin. Voila ce que doit être la grande réforme française de notre siècle." Le général de Gaulle avait bien compris que pour améliorer la
compétitivité de l'entreprise et du pays, il fallait que tous soient associés à l'effort commun, et il ne s'agissait pas seulement de générosité : les rapports plus humains sont donc plus
efficaces.


En ce qui concerne Georges Pompidou, il avait de la participation une idée moins idéaliste et plus pragmatique. mais il ne lui était pas hostile. Dans l'exposé des motifs de la loi de 1967
instaurant la participation, il a mis sa "patte".



12/11/2010 10:59



J'évoque juste mon "gaullisme" à une époque reculée (mais je crois que tu avais lu).


Le reste, c'est "professionnel", donc je n'en parle pas sur le blog d'Infree.


Mais ça viendra un jour quand j'aurai changé de métier...



12/11/2010 09:52



Tu oublies de parler de sa "troisième voie".


Là, c'était osé (il s'est mis à dos tout le patronat sans pour autant avoir eu le soutien des syndicats, ouvrant ainsi sa succession à "Pompom-Pidou", l'homme des cartels des banques) et
"Bling-bling" continue d'en détruire les cendres et quelques restes !


Ca, c'était génial.


Et le monde entier vient encore, en douce, étudier le concept jusqu'aux abords de nos frontières : j'ai encore fait une conférence à Lille pour le patronat belge-flamand et Allemand (du nord) sur
ces notions...



Vladimir Vodarevski 12/11/2010 10:04



Je l'évoque en parlant de son idée d'associer les acteurs socio-économiques aux décisions. J'avoue ne pas être d'accord avec ce concept d'ailleurs. Mais je ne l'ai pas vraiment étudier. As-tu
écrit un article sur le sujet, que j'aille y faire un tour?