Analyse Libérale

Crise des devises : les effets de la création monétaire

8 Septembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

L'Inde, la Turquie, et d'autres pays s'organisent pour défendre leur monnaie. Au-delà des bruits de bottes du côté de la Syrie, c'est l'information la plus importante de ces dernières semaines. En effet, nous sommes actuellement les cobayes d'une expérimentation monétaire, qui consiste à faire de la politique monétaire l'alpha et l’oméga de la politique économique. L'idée est que la création monétaire crée de la croissance. Cette politique s'appuie sur un curieux syncrétisme qui mélange keynésianisme et monétarisme ( cf Le keynéso-monétarisme ). Chaque bonne nouvelle sur le plan économique aux USA est ainsi attribué à la politique monétaire de la Fed, la banque centrale US.

 

Les faits qui ternissent cette théorie monétaire sont quelque peu ignorés. Déjà, 'attribuer toutes les bonnes nouvelles économiques aux USA à la Fed est, à tout le moins, exagéré, mais cela a précédemment été évoqué dans l'article La Fed contre la BCE. Le sujet de cet article, illustré par la chute de la valeur de certaines monnaies, est la manière d'appréhender l'inflation. Car l'inflation représente le danger de l'excès de création monétaire. C'est ce que démontre la théorie quantitative de la monnaie, mais surtout l'expérience, que ce soit l'hyperinflation brésilienne, ou la stagflation des années 1970. Par conséquent, une bonne politique monétaire doit permettre de créer de la croissance en évitant l'inflation.

 

Mais l'inflation, qu'est-ce c'est ? Là est le talon d'Achille de la politique monétaire. Elle s'accommode d'une définition très restrictive de l'inflation, qui ne permet pas de réfléchir à tous les effets d'une politique monétaire.

 

L'inflation qui est mesurée et diffusée chaque mois est l'évolution des prix à la consommation. Mais pourquoi seulement les prix à la consommation ? Et l'immobilier, par exemple ? Comme par hasard, la crise actuelle provient de l'éclatement d'une bulle immobilière aux USA. Ce qui illustre à la fois l'insuffisance de l'indicateur d'inflation, et de la politique monétaire, qui ignore l'effet Cantillon.

 

D'autre part, qu'est-ce qu'une augmentation des prix ? Un progrès technique peut provoquer une baisse des prix. Et, dns e cas, si les prix ne baissent pas, c'est peut-être qu'il y a une inflation due à la politique monétaire. Il est très compliqué de mesurer l'inflation. L'indicateur qui nous est servi chaque mois est une construction très élaborée, qui tient compte justement du progrès technique qui fait qu'un ordinateur au même prix que celui de l'an dernier représente en fait une baisse des prix, du fait de l'augmentation des performances du matériel. Mais cette mesure de l'inflation repose donc sur des hypothèse statistiques finalement subjectives. Il est très difficile, quasi impossible, de mesurer l'évolution des prix pour un produit ou un service donné, tant les produits et les services évoluent. Même un stylo BIC évolue, dans la composition de l'encre par exemple.

 

Enfin, l'appréhension de l'inflation reste nationale, alors que les effets de la politique monétaire dépassent les frontières. C'est ainsi qu'aujourd'hui certains pays, comme la Turquie, s'inquiètent de voir la valeur de leur monnaie diminuer. Evidemment, pour des français nourris à la pensée unique, on peut penser que la baisse de valeur d'une monnaie est une bonne chose, qui favorisera les exportations. Cependant, la réalité est un peu moins simpliste. La baisse de valeur d'une monnaie signifie que les investisseurs se détournent du pays en question. Et que ce pays aura du mal à payer ses importations, et pouurra même manquer d'investissements, et donc de croissance. Il pourrait avoir des difficulté à honorer ses engagements dans des monnaies étrangères, et donc ne plus pouvoir emprunter pour boucler son budget.

 

Ces turbulences monétaires sont provoquées par les interrogations sur la politique monétaire de la Fed. En effet, la politique de création monétaire, appelée quantitative easing, a provoqué un afflux de monnaie sur les marchés financiers. Cette monnaie s'est notamment déversée chez les pays émergents, qui proposaient des taux d'intérêt plus attractifs que les taux US. Le Brésil avait dénoncé cette politique, qui faisait augmenter la valeur de sa monnaie. Cet afflux de monnaie se concentre sur des investissements de court terme, et provoque une instabilité monétaire, car ils peuvent sortir du pays à tout moment. La politique monétaire de la Fed, mais aussi de la BCE, a donc provoqué une instabilité monétaire, non prise en compte par les théories keynésienne ou monétariste.

 

Au delà des effets visibles sur les taux de change, la création monétaire a d'autres effets qui ne sont pas non plus pris en compte par les théories, et qui sont de l'inflation. Ainsi, la politique des USA qui a consisté à favoriser les prêts hypothécaires a provoqué un boom immobilier  de 2001 à 2007. Cette politique de crédit facile a provoqué une hausse de la consommation également. L'inflation, mesurée par l'évolution des prix à la consommation, n'a pas augmenté. Cependant, l'effet de cet politique sur l'inflation chinoise n'a pas été envisagé. Si les prix US restaient sous contrôle, c'est parce que beaucoup de produits étaient importés de Chine. Le boom de la consommation, provoqué par la création monétaire, avait donc des effets en Chine. Dans quelle mesure l'inflation chinoise était-elle provoquée par la politique monétaire US ? Je ne connais aucun article sur ce sujet.

 

Les effets de la création monétaire sont largement sous-estimés, car cela dérangerait la thèse dominante du pilotage de l'économie par la création monétaire. Seule l'école autrichienne y attache une importance. Les turbulences monétaire actuelles viennent faire une piqûre de rappel malvenue.

 

Je ne sous-estime pas les dirigeants de la Fed ou de la BCE. Je suis certain que parmi tous les indicateurs qu'ils surveillent, se trouvent les effets de la création monétaire sur les devises, sur les actifs immobiliers. Je reproche à la théorie économique d'ignorer volontairement tous les effets d'une relance monétaire, car cela remettrait en cause ses thèses. C'est là un grand manque de rigueur scientifique.

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Michel Martin 09/09/2013 13:07


Sur la comparaison croissance, capital et patrimoine, le livre de Piketty Le
capital au 21ème siècle apporte une masse de données considérables sur le long, voire très long terme. Beaucoup de grain à moudre pour la thèse de la concentration cyclique de patrimoine,
phénomène spontané du fort qui devient de plus en plus fort et impose sa loi, jusqu'à la rupture. De quoi alimenter les thèses régulationistes, en particulier celles des chartalistes.


En gros, sur le long terme, le capital croît de 4 à 5% alors que la croissance économique se situe plutôt un peu en dessous de 2%. Le différentiel est assuré par une pression à l'endettement à
laquelle les points les plus faibles cèdent.


Tes analyses conduisent à mettre en cause les endettés qui apparaissent plutôt comme des boucs-émissaires si on remet en perspective ce mécanisme de concentration des richesses et donc de
pouvoir.

I-Cube 09/09/2013 09:48


Parfaitement bien vu, ton analyse.


 


Pour ce qui est de la mesure de l'inflation, et par ricochet de la mesure de la création de valeur ajoutée (marchande), depuis toujours et au moins dans quelques syndicats patronaux que je
fréquente, on mesure plutôt les "volumes".


Ce n'est pas simple, parce que très hétérogène.


Et que le seul point comparatif reste "l'heure-ouvrée" et donc son prix, au moins au noveau d'un métier ou d'entreprises similaires.


Et là, patatras, "l'HO" grimpe avec constance, alors que les volumes stagnent et que le chômage augmente.


Sans doute une des raisons pour lesquelles, malgré les quantités de monnaies créées ex-nihilo, l'inflation reste maîtrisée dans nos pays développés.


Mais il doit y avoir d'autres raisons, notamment la reconstitution (lente) des fonds propres du système bancaire imposée par les "scrash-tests", où toute cette monnaie est "gelée" pour ne pas
rentrer dans les circuits économiques.


Et puis encore d'autres possibles.


 


Là, aucune théorie n'étudie tous ces phénomènes inattendus, tu as parfaitement raison de le souligner...


 


Bonne journée à toi (et ton TGV).