Analyse Libérale

Crise: ce qu'on nous dit, et ce qu'on ne nous dit pas

7 Novembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

      La manière de présenter les choses, en économie comme dans d'autres domaines, a son importance. Le choix de ce qui est mis en avant, et de ce qui est occulté, n'est pas neutre.

 

       Face à la crise actuelle, il est souvent fait référence à la grande dépression de 1929. La crise d'aujourd'hui est par exemple présentée comme la plus grave depuis celle de 1929. Le président de la Fed, Ben Bernanke, fait référence à cette dernière pour justifier son action.

 

      La comparaison est pertinente, car ces deux crises présentent des similitudes. Similitudes jusque dans la manière dont elles sont relatées.

 

      Ainsi, chacune de ces crises fait l'objet de deux explications différentes. Une première explication, "officielle", qui est enseignée à l'école, ou diffusée par les médias: la spéculation. En 1929, c'est la spéculation sur les marchés boursiers qui est accusée. Les marchés ont monté de manière exagérée, entraînant un krach, qui a entraîné la crise. Aujourd'hui, ce sont les titres subprime qui sont considérés comme responsables de la crise.

 

      La deuxième explication, moins connue, est monétaire. C'est la croissance exagérée de la masse monétaire qui est dans ce cas considérée comme responsable de la crise. Dans les années 1920, la banque centrale US, la Fed, a d'abord favorisé le gonflement de la masse monétaire, puis a resserré très fortement sa politique, pour la faire décroître. Ce qui a d'abord provoqué une période d'expansion, puis la dépression.

 

      Aujourd'hui, la Fed, et le gouvernement américain, ont également favorisé le crédit, c'est-à-dire la création monétaire, puisque le crédit est de la création monétaire. C'est ainsi que le marché immobilier a explosé, que la consommation a augmenté. Quand la crise s'est déclenchée, Ben Bernanke, qui a étudié la crise de1929, n'a pas resserré la politique monétaire. Il a au contraire ouvert les vannes, pour éviter la déflation. Il a même été plus loin en tentant de relancer l'économie par la création monétaire, avec sa politique de quantitative easing.

 

      Il y a un lien entre la création monétaire et les marchés financiers. La création monétaire favorise le développement de ces derniers. Mais les deux explications ont des conséquences totalement différentes. En mettant l'accent sur les marchés financiers, c'est le libre marché qui est accusé, qui met l'économie aux mains des spéculateurs. Ce qui entraîne une condamnation du libre marché, et une demande de plus d'intervention de la part de l’État.

 

      En mettant l'accent sur la création monétaire, ce sont les institutions qui contrôlent la monnaie qui sont en cause. En l'occurrence, la Fed et le gouvernement américain. Et aussi, le fait que l'un des objectifs de la Fed est de soutenir la croissance. C'est donc l'interventionnisme qui est fautif.

 

      Le fait de mettre l'accent sur l'une ou l'autre cause de la crise de 1929 et de celle d'aujourd'hui n'est donc pas neutre.

 

      Bien entendu, il y a également divergence sur les moyens de faire face à la crise. La thèse la plus couramment diffusée et celle de l'efficacité de la relance keynésienne, à travers l'emblématique New Deal, qui est considérée comme ayant rétabli l'économie. Tandis que d'autres démontrent au contraire que le keynésianisme a ralenti la reprise.

 

      Discuter du keynésianisme n'est pas le sujet ici. Par contre, il est intéressant de noter quelles ont été les leçons tirées de la crise, et ce qui en a été retenu aujourd'hui.

 

      La thèse dominante est celle de la nécessité de l'interventionnisme. Logiquement, ce courant retient comme mesure emblématique de la crise de 1929 une réglementation. C'est le fameux Glass-Steagall Act, qui sépare les banques de dépôt et d'investissement. Mesure qui revient d'actualité aujourd'hui.

 

      Par contre, deux mesures très importantes, qui ont été prises pour éviter une nouvelle crise, mais ne sont pourtant pas rattachées à la crise de 1929 quand elles sont évoquées.

 

      Il s'agit d'abord du système monétaire issu des accords de Bretton Woods. Ce système était une sorte d'étalon or indirect. Les monnaies étaient définies par rapport au dollar, et le dollar était basé sur l'or. Le FMI supervisait le système.

 

       Ce système avait été conçu pour éviter les désordres monétaires des années trente. Les pays effectuaient des dévaluations sauvages, pour assurer leur compétitivité, ou en catastrophe, quand ils ne pouvaient pas soutenir leur monnaie. La création monétaire était donc contrainte. Sauf pour le dollar, bien sûr, ce qui causera la fin de ce système.

 

      La deuxième mesure issue de la crise est constituée des accords du GATT. La crise avait entraîné des mesures protectionnistes, qui l'ont en fait aggravée. Par conséquent, avec les accords du GATT, a été lancé un mouvement de libre échange mondial, qui a commencé après guerre.

 

      Là encore, mettre l'accent sur une mesure, plutôt que les autres, n'est pas neutre. Quand la mondialisation est dénoncée, il n'est pas opportun de rappeler que les accords du GATT ont été développés en réponse à la crise de 1929. De même, aujourd'hui, la monnaie est utilisée pour relancer l'économie. Un système dérivé de l'étalon or paraît donc trop contraignant. D'autre part, rappeler que Bretton Woods tirait les leçons de la crise serait rappeler les causes monétaires de celle-ci.

 

      Au XIXème siècle, l'économiste français Frédéric Bastiat insistait sur «ce qu'on voit, et ce qu'on ne voit pas». Ainsi, quand une vitre est cassé, l'opinion publique se dit qu'à quelque chose malheur est bon, puisque cela procurera du travail au vitrier, et alimentera l'économie. C'est ce qu'on voit. Mais, ce qu'on ne voit pas, c'est que l'argent ainsi dépensé aurait pu être dépensé autrement. Chez un cordonnier, par exemple, pour se faire fabriquer des chaussures.

 

      Aujourd'hui, dans la manière de présenter la crise, ainsi que celle de 1929, il y a en quelque sorte ce qu'on nous dit, et ce qu'on ne nous dit pas. Ce qui est mis en avant, propagé auprès de tous, et ce qui est mis de côté, absent des débats.

 

 

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Michel Martin 21/11/2011 13:47


errata , c'est 45 banques sur 50 firmes et non 50 sur 50.

Michel Martin 21/11/2011 13:45


Un article écrit par des systémiciens qui donne corps à la notion de concentration du capital et aux risques systémiques qui en découlent. The Network of global corporate control. En plus de la concentration, il y a un facteur aggravant le
risque systémique qui est l'imbrication liée aux réseaux modernes. Au coeur du système, 50 firmes transnationales, dont 50 banques, risquent, si elles chutent, d'entrainer dans leur chute
l'ensemble de l'économie mondiale. Comme tu le dis, c'est une critique bateau, celle de la concentration du capital découlant du marché autorégulé, mais le bateau risque en effet de couler!


 


Voilà une nouvelle bonne occasion de se pencher sur le Bancor (ou autre solution) visant à découpler les économies régionales, au moins  partiellement sur le plan monétaire. Il me semble que
c'est un bien meilleur choix que celui de souhaiter qu'un gouvernement mondial voie le jour pour que politique et économie puissent se mettre en cohérence.

Michel Martin 09/11/2011 16:53



Interventions ou pas, quand la concentration de capital se densifie, que les pompes à Phynance sont devenues plus puissantes que ce que peut produire l'économie, il ne reste plus qu'à attendre le
deuxième temps du couple concentration/explosion (ou implosion, c'est selon). Tous ceux qui ont des accumulations importantes conjugueront leurs efforts pour limiter la fonte, pourtant
inéluctable, de leur pactole (sans se consulter, pas besoin de complot pour ça, l'intérêt individuel suffit).



I-Cube 08/11/2011 08:59



Très bien !


 


Mes "petites modélisations" partent de la création de valeur ajoutée dans l'économie Gauloise à partir d'un indicateur simple : Les heures de travail produites (payées) déflatée de l'inflation
rempante.


Mais je réévalue tous les ans les indices passés pour raisonner en euro constant. On tourne autour de 29 €/heure en 2010, en baisse perpétuelle depuis une vingtaine d'année, hors les années
"Tonton Yoyo"...


 


Et je corrèle avec la création de masse monétaire : La différence est un indice qui corrèle les cours de bourse. Et après je fais des scénarii d'hypothèse.


Et comme actuellement on détruit de la (fausse) monnaie, je ne sais même pas si on tiendra le cap des 3150 points du CAC 40 en fait d'année, qu'avait prédit mon modèle (Qui donnait une hypothèse
haute de 3350 points).


C'est un indcateur de "confiance/défiance" des désordres de la planète finance...


 


Pour 2012, "j'affine", mais les bourses de valeurs devrait baisser : Je ne sais pas de combien, ce qui a un impact "feeback" sur l'économie réelle avec une nouvelle baisse de l'acticité en
euro constant valeur 2011...


A moyen terme, le "modèle" reste optimiste, même en cas de "crise grave", parce qu'il prévoit la création d'un nouvel ordre mondial économique : Mais je ne sais pas lequel !


A suivre, mais ton explication des "monnaies" et politique monétariste à contrepied explique très bien la corrélation qui existe entre politique économique et économie où tout le monde semble se
planter assez régulièrement !



benichou 08/11/2011 06:34



Il faudrait arrêter de parler de " la crise" comme si c'était un acteur en soi qui nous tombait dessus, comme une fatalité. Il y a des facteurs de déséquilibre:


- L'ccroissement de la masse monétaire mondiale et notamment  aux USA.


- Les subprimes, dues au remplacement du salaire par du crédit, et à la moralité douteuse des banquiers.


- La croissance très faible en Europe depuis des années : baisse des ressources des états: dette.


- Baisse du pouvoir d'achat en Europe ; même effets.


- Déséquilibres des échanges mondiaux: cf la Chine.



Vladimir Vodarevski 11/11/2011 14:55



Une crise n'arrive pas par hasard, vous avez raison. Mais changer le vocabulaire des médias... Mission impossible. Mieux vaut s'y conformer, quand cela ne dénature pas trop le propos.