Analyse Libérale

Commerce extérieur, balance commerciale

21 Mars 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

       Le commerce extérieur de la France est déficitaire. Est-ce inquiétant? La réponse la plus courante est affirmative. Pourtant, les choses ne sont pas si simples. D'abord, de quoi parle-t-on? Les échanges extérieurs sont mesurés par différents indicateurs. Ainsi, en France, la balance commerciale concerne les échanges de biens avec l'étranger. L'indicateur des États-Unis donne lui le solde des échanges de biens et de services. Il faut donc faire très attention quand on procède à des comparaisons.


       La balance commerciale n'est qu'une partie des échanges internationaux. Il y a aussi les services, les revenus financiers, les capitaux. L'ensemble constitue la balance des paiements. Voici quelques chiffres provenant de l'OCDE, qui décrivent des soldes de différentes balances des échanges extérieurs. J'ai retenu les chiffres de la France, comparés à ceux de l'Allemagne et du Japon, deux pays développés exportateurs.


balance des paiements par pays


      On peut constater que si l'Allemagne a un excédent commercial, elle a un déficit en ce qui concerne les services. De même, pour le compte financier. Pour la France, c'est l'inverse. Et on constate qu'elle a un solde du compte de capital meilleur que celui de l'Allemagne.


      On remarquera également un tableau intitulé "Erreurs et omissions". Les chiffres de ce tableau représentent le solde des échange extérieurs des pays. Ainsi, pour la France, en 2008, c'est un déficit de 34 milliards d'euros, tandis que pour l'Allemagne, c'est un excédent de 40 milliards. On remarquera que l'excédent de l'Allemagne est bien moins important que l'excédent commercial, qui ne prend en compte que les échanges de biens.


      Pourquoi appelle-t-on ce compte "Erreurs et omissions"? Tout simplement parce que le commerce extérieur est toujours à l'équilibre. Si on trouve un déséquilibre, c'est qu'il y a une erreur ou une omission. Par exemple, un client étranger a accordé un crédit. C'est un flux financier. Mais qui n'est pas forcément facile à détecter. Il y a bien un déficit commercial, mais pas financier puisque de l'argent est entré dans le pays débiteur par le crédit.


      Il faut aussi savoir que les chiffres du commerce extérieur sont faux. En effet, il est déjà difficile de suivre les échanges de biens, de marchandises. Mais, pour les services, c'est impossible. Par exemple, une bonne partie du chiffre d'affaires des grands magasins parisiens provient des visiteurs étrangers. Le montant est difficile à estimer. De même pour les achats des touristes néerlandais qui traversent la France, tractant leur caravane vers l'Espagne. Ou encore, ces anglais qui viennent faire des courses à Sangatte, à la sortie du tunnel sous la Manche.


      Il est très difficile d'estimer les échanges de services, que l'on appelle les invisibles, et tous ceux induits par le tourisme.


      D'autre part, il est d'usage de distinguer la balance des transactions courantes, qui comprend les échanges de biens, de services, ainsi que les transferts de revenus (par exemple, les revenus qu'un immigré envoie à son pays), et la balance des capitaux. Je considère que c'est une erreur. Les capitaux investis sont un achat de savoir faire. Par exemple, France Télécom a un laboratoire en Californie, pour profiter du savoir faire de la Silicon Valley.


      D'autre part, il y a un lien entre les capitaux investis et les échanges de biens. Par exemple, les capitaux investis peuvent servir à acheter des machines dans un autre pays. Ainsi, un pays en développement peut avoir un déficit dans les échanges de biens, parce qu'il est en excédent dans les échanges de capitaux. Les deux se compensent.


      Analyser les échanges extérieurs est donc complexe. Faut-il faire comme l'Allemagne, et rechercher un excédent dans les échanges de biens? Le cas de l'Allemagne est intéressant. C'est un pays qui a un fort excédent dans les échanges de biens, mais un déficit dans les services. Le Japon est dans la même situation. Ce sont, le Japon et l'Allemagne, deux pays qui dépendent fortement de la conjoncture mondiale, leur économie n'ayant pas de ressort propre apparemment.


      Indiquons au passage que la force du commerce extérieur allemand ne provient pas de la faiblesse des salaires. Même si les salariés ont fait des efforts ces dernières années, les rémunérations restent équivalentes à celle de la France. Et sont bien supérieures à celles de la Chine. La modération salariale n'explique pas tout. Les français aussi connaissent la modération salariale du reste.


      Dans un système économique ouvert, pratiquant les changes mobiles, les ajustements se font tout seul. Le commerce, c'est un échange. Si on veut quelque chose produit par un pays étranger, il faut pouvoir l'échanger contre autre chose. C'est un jeu à somme nulle.


      Par conséquent, on ne peut échanger avec un pays étranger que tant qu'on a autre chose à échanger, ou tant qu'on inspire suffisamment confiance pour obtenir un crédit.


      Si un pays n'a plus de quoi échanger, et s'il n'inspire plus confiance, son déficit se résorbe. Puisqu'il ne peut plus rien acheter à l'étranger.


      L'ajustement peut se faire par les monnaies. Un pays qui n'inspire plus confiance voit sa monnaie baisser. Les importations sont plus chères, donc il achète moins à l'étranger. Le pouvoir d'achat des habitants de ce pays diminue aussi. Le pays connait une augmentation des prix: de l'inflation importée.


      Évidemment, avec l'euro, la situation est plus difficile à examiner.


      Un pays exportateur peut être en fait dépendant de ses acheteurs, comme l'Allemagne. Même la Chine commence à se demander si elle n'est pas trop dépendante des USA. Elle a d'énormes réserves en dollars, qui se dévaloriseront si la valeur du dollar diminue. Elle est forcé d'en placer une partie sur le marché américain, ce qui lui a fait acheter des titres subprimes par exemple. La Chine milite pour que le dollar ne soit plus une monnaie de référence, pour se libérer de sa dépendance. Mais cela ne se décrète pas.


      Ajoutons que le dynamisme de la Chine ne vient pas uniquement des exportations. Bien sûr, ce pays est l'atelier du monde. Mais c'est aussi un pays en plein développement. Toutes les grandes entreprises s'y précipitent pour s'y installer. Les investissements dans ce pays sont très importants.


       L'idée qu'un pays doit exporter plus qu'il n'importe date des théories mercantilistes. On en est revenu depuis. Le dynamisme d'une économie ne dépend pas forcément des exportations, comme le montre la situation de l'Allemagne et du Japon. Ces deux pays ne sont pas très dynamiques, en particulier le Japon,et sont très dépendants de l'extérieur.


      A contrario, les USA sont en déficit commercial. Mais leur économie mène le monde. Et les capitaux affluent vers ce pays. A la fois les investissements dans des entreprises. Mais aussi, dans les emprunts d'Etat. Parce que l'économie des USA est dynamique.


      L'analyse des échanges extérieurs est donc très complexe. On en revient finalement toujours à la même problématique. Une économie est forte quand elle est dynamique par elle même. Dépendre des échanges extérieurs n'est pas bon. Le modèle allemand n'est donc pas à copier. Le modèle américain, d'avant les subprimes, et uniquement le modèle économique, pas le modèle fiscal, ni le modèle social de discrimination, mais le modèle de capital risque basé sur l'innovation, est meilleur.


       En conclusion, c'était juste quelques réflexions sur les échanges extérieurs. On a tendance à adopter les conceptions mercantilistes selon lesquelles il faut avoir un excédent des échanges de biens. La réalité n'est pas si simple. Et les commentaires des médias pas forcément pertinents. Ainsi, l'Allemagne a un excédent des échanges de biens très important, alors que la France a un déficit. Mais le solde des échanges extérieur montre une différence moindre. Et le pays qui mène le monde n'est pas un pays qui a un excédent.

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Michel MARTIN 30/03/2010 09:45


Les grosses PME qui résistent à la crise s'appèlent des ETI (Entreprises de taille intermédiaires), soit de 250 à 5000 personnes:
http://www.asmep.fr/00_koama/visu_asmep/index.asp?sid=335&cid=12655&lid=1
Il y en a 4000 en France et 10000 en Allemagne.


Vladimir Vodarevski 30/03/2010 17:54



http://www.asmep.fr/00_koama/visu_asmep/index.asp?sid=335&cid=12655&lid=1


 


 



Infreequentable 22/03/2010 12:55


Très instructif...

N'empêche, ça serait peut-être mieux d'avoir une balance positive, plutôt que négative, à mon humble avis...

On ne peut pas non plus vendre nos bijoux de famille tout le temps pour payer le déficit courant...